L'Amour de la Sagesse Éternelle

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Jeu 3 Sep 2015 - 19:47

Ce nouveau fil contiendra les enseignements de Saint Louis-Marie Grignon de Monfort sur l'importance de l'Amour de la Sagesse Éternelle. Ce livre est suggéré par les pères Monfortains en prélude aux livres "La vraie dévotion à la Vierge Marie" et "Le Secret de Marie". Monfort mentionne entre autre de réciter le Salvé Regina ou encore le Veni Creator avant de lire ses textes.

L' Amour de la Sagesse Éternelle

Par Saint Louis-Marie Grignion de Monfort

Prière à la Sagesse éternelle

1. O divine Sagesse, souveraine du ciel et de la terre, humblement prosterné devant vous, je vous demande pardon de ce que je suis assez hardi pour parler de vos grandeurs, étant aussi ignorant et aussi criminel que je suis. Ne regardez pas, je vous prie, les ténèbres de mon esprit et les souillures de ma bouche, ou, si vous les regardez, que ce ne soit que pour les détruire d'une œillade de vos yeux et d'un souffle de votre bouche. Vous avez tant de beautés et de douceurs, vous m'avez préservé de tant de maux et comblé de tant de bienfaits, et vous êtes d'ailleurs si inconnue et méprisée. Comment voulez-vous que je me taise? Non seulement la justice et la reconnaissance, mais mon intérêt même m'obligent à parler de vous, quoiqu'en bégayant. Comme un enfant, je ne fais que bégayer, il est vrai, mais c'est que je suis encore enfant, et, en bégayant, je désire apprendre à bien parler, lorsque je serai arrivé à la plénitude de votre âge.

2. Il n'y a pas, ce semble, d'esprit ni d'ordre dans ce que j'écris, je l'avoue, mais c'est que j'ai si grande envie de vous posséder, qu'à l'exemple de Salomon je vous cherche de tous côtés en tournant sans méthode. Si je tâche de vous faire connaître en ce monde, c'est parce que vous-même avez promis que tous ceux qui vous éclaireraient et découvriraient en auraient la vie éternelle. Agréez donc, mon aimable princesse, mes petits bégayements comme des discours relevés, recevez les traits de ma plume comme autant de pas que je fais pour vous trouver; et donnez, du haut de votre trône, tant de bénédictions et de lumières à ce que je veux faire et dire de vous, que tous ceux qui l'entendront soient enflammés d'un nouveau désir de vous aimer et de vous posséder dans le temps et dans l'éternité.

AVIS QUE LA DIVINE SAGESSE DONNE AUX PRINCES ET AUX GRANDS DU MONDE
DANS LE SIXIEME CHAPITRE DU "LIVRE DE LA SAGESSE"


3. [1] La Sagesse est plus estimable que la force, et l'homme prudent vaut mieux que le courageux.
[2] Vous donc, ô rois, écoutez et comprenez; recevez l'instruction, juges de toute la terre.
[3] Prêtez l'oreille, vous qui gouvernez les peuples et qui vous glorifiez de voir sous vous un grand nombre de nations.
[4] Considérez que vous avez reçu cette puissance du Seigneur et cette domination du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres et qui sondera le fond de vos pensées.
[5] Parce qu'étant les ministres de son Royaume, vous n'avez pas jugé équitablement, que vous n'avez point gardé la loi de la justice et que vous n'avez point marché selon la volonté de Dieu.
[6] Il se fera voir à vous d'une manière effroyable et dans peu de temps, parce que ceux qui commandent les autres seront jugés avec une extrême rigueur.
[7] Car on a plus de compassion pour les petits et on leur pardonne plus aisément; mais les puissants seront tourmentés puissamment.
[8] Dieu n'exceptera personne; il ne réputera la grandeur de qui que ce soit; parce qu'il a fait les grands comme les petits et qu'il a également soin de tous.
9. Mais les plus [grands] sont menacés des plus grands supplices.
10. C'est donc à vous, ô rois, que j'adresse ces discours, afin que vous appreniez la Sagesse et que vous ne tombiez pas.
11. Car ceux qui auront fait justement les actions de justice ce seront traités comme justes, et ceux qui auront appris ce que j'enseigne trouveront de quoi se défendre.
12. Ayez donc un désir ardent pour mes paroles, aimez-les, et vous y trouverez votre instruction.

4. 13. La Sagesse est pleine de lumière et sa beauté ne se flétrit point. Ceux qui l'aiment la découvrent aisément et ceux qui la cherchent la trouvent.
14. Elle prévient ceux qui la désirent et elle se montre à eux la première.
15. Celui qui veille dès le matin pour la posséder n'aura pas de peine, parce qu'il la trouvera assise à sa porte.
16. Ainsi occuper sa pensée de la Sagesse est la parfaite prudence, et celui qui veillera pour l'acquérir sera bientôt en repos.
17. Car elle tourne elle-même de tous côtés pour chercher ceux qui sont dignes d'elle; elle se montre à eux agréablement dans ses voies, et elle va au-devant d'eux avec tout le soin de sa providence.
18. Le commencement donc de la Sagesse est le désir sincère de l'instruction; le désir de l'instruction est l'amour; l'amour est l'observation des lois.
19. L'attention à observer ses lois est l'affermissement de la parfaite pureté de l'âme.
20. Et cette parfaite pureté fait que l'homme est proche de Dieu.
21. C'est ainsi que le désir de la Sagesse conduit au royaume éternel.
22. Si donc vous avez de la complaisance pour les trônes et les sceptres, ô rois des peuples, aimez la Sagesse, afin que vous régniez éternellement.
23. Aimez la lumière de la Sagesse, vous tous qui commandez les peuples du monde.
24. Je représenterai maintenant ce que c'est que la Sagesse et quelle a été son origine; je ne vous cacherai point les secrets de Dieu, mais je remonterai jusqu'au commencement de sa naissance; je la produirai au jour et la ferai connaître, et je ne cacherai point la vérité.
25. Je n'imiterai point celui qui est desséché d'envie, parce que l'envieux n'aura point de part à la Sagesse.
26. Or la multitude de ses sages est le salut du monde, et un roi prudent est le soutien de son peuple.
27. Recevez donc l'instruction par mes paroles, et elle vous sera avantageuse.




avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Jeu 3 Sep 2015 - 19:50

REMARQUES DE L'AUTEUR
5. Je n'ai pas voulu, mon cher lecteur, mêler la faiblesse de mon langage avec l'autorité des paroles du Saint-Esprit dans ce chapitre. Mais qu'il me soit permis de remarquer avec vous:
1. Combien la Sagesse éternelle est de soi-même douce, facile et engageante, quoiqu'elle soit si brillante, si excellente et si sublime! Elle appelle les hommes pour leur apprendre les moyens d'être heureux; elle les cherche; elle leur sourit; elle les comble de mille bienfaits; elle les prévient en mille manières différentes, jusqu'à s'asseoir à la porte de leur maison, pour les attendre et leur donner des marques de son amitié.
Peut-on avoir un cœur, et le refuser à cette douce conquérante?

6. 2. Quel est le malheur des grands et des riches s'ils n'aiment pas la Sagesse! Que les paroles qu'elle leur adresse sont effrayantes! Elles sont inexplicables en notre langue : Horrende et cito apparebit vobis... Judicium durissimum his qui praesunt fiet... Potentes... potenter tormenta patientur. Fortioribus... fortior instat cruciato. [Sag 6,6,7,9]
Ajoutons à ces paroles quelques-unes de celles qu'elle leur a dites ou fait dire depuis son Incarnation: Vae vobis, divitibus. Facilius est camelum pere foramen acus transire quam divitem intrare in regnum caelorum. Matt.19. Marc,Luc 18.
Ces dernières paroles ont été tant de fois répétées par la divine Sagesse, lorsqu'elle vivait sur la terre, que trois évangélistes les ont rapportées de la manière, sans y rien changer; ce qui devrait faire fondre en larmes, crier et hurler les riches: Agite nunc, divites, plorate, ululantes in miseriis quae advenient vobis! Jac 5. [Jc 5,1] Mais, hélas! ils ont ici-bas leur consolation; ils sont comme ensorcelés par leurs plaisirs et par leurs richesses, et ils ne voient pas les malheurs qui leur pendent sur la tête.

7. 3. Salomon donne sa parole qu'il fera une description fidèle et exacte de la Sagesse, et que ni l'envie ni l'orgueil, qui sont contraires à la charité, ne l'empêcheront pas de communiquer une science qui lui a été donnée du ciel, en sorte qu'il ne craint point que les autres ou l'égalent ou le surpassent en connaissance. [cf. Sg 6,24-26]
C'est à l'exemple de ce grand homme que je vais expliquer simplement ce que c'est que la Sagesse avant son incarnation, dans son incarnation, et après son incarnation, et les moyens de l'obtenir et de la conserver.
Mais n'ayant pas l'abondance des connaissances et des lumières qu'il avait, je n'ai pas tant à craindre l'envie et l'orgueil que mon insuffisance et mon ignorance, que je vous prie de supporter et d'excuser par votre charité.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Jeu 3 Sep 2015 - 19:53


CHAPITRE I

Pour aimer et rechercher la divine Sagesse, il est nécessaire de la connaître.

1. Nécessité de la connaissance de la Divine Sagesse

8. Peut-on aimer ce qu'on ne connaît pas? Peut-on aimer ardemment ce qu'on ne connaît qu'imparfaitement?
Pourquoi est-ce qu'on aime si peu la Sagesse éternelle et incarnée, l'adorable Jésus, sinon parce qu'on ne la connaît pas, ou très peu?
Il n'y a presque personne qui étudie comme il faut, avec l'Apôtre, cette science suréminente de Jésus, qui est cependant la plus noble, la plus douce, la plus utile et la plus nécessaire de toutes les sciences et connaissances du ciel et de la terre.

9. [1] C'est premièrement la plus noble de toutes les sciences, parce qu'elle a pour objet ce qu'il y a de plus noble et de plus sublime, la Sagesse incréée et incarnée, qui renferme en soi toute la plénitude de la divinité et de l'humanité, tout ce qu'il y a de grand au ciel et sur la terre, toutes les créatures visibles et invisibles, spirituelles et corporelles. Saint Jean Chrysostome dit que Notre-Seigneur est un sommaire des œuvres de Dieu, un tableau raccourci de toutes ses perfections et de toutes celles qui sont dans les créatures.
Omnia quae velle potes aut debes est Dominus Jesus Christus. Desidera hunc, requiere hunc, quia haec est una et pretiosa margarita pro qua emenda etiam vendenda sunt omnia quae tua sunt: Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, est tout ce que vous pouvez et devez désirer. Désirez-le, cherchez-le, parce qu'il est cette unique et précieuse perle pour l'achat de laquelle vous ne devez pas faire difficulté de vendre tout ce que vous avez. In hoc glorietur qui gloriatur, scire et nosse me. St. Hironi 9: Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, ni le fort de sa force, ni le riche de ses richesses; mais que celui qui se glorifie tire sa gloire de ce qu'il me connaît, et non de ce qu'il connaît autre chose.

10. 2. Il n'y a rien de si doux que la connaissance de la divine Sagesse: Bienheureux ceux qui l'écoutent; plus heureux sont ceux qui la désirent et la recherchent; mais les plus heureux sont ceux qui gardent ses voies, goûtent en leur coeur cette douceur infinie qui est la joie et la félicité du Père éternel et la gloire des anges. [Pr 2,1-9]
Si on savait quel est le plaisir que goûte une âme qui connaît la beauté de la Sagesse, qui suce le lait de cette mamelle du Père, mamilla Patris, [on] s'écrierait avec l'Épouse: "Meliora sunt ubera tua vino: le lait de vos mamelles est plus doux que le vin délicieux et que toutes les douceurs des créatures"; particulièrement lorsqu'elle fait entendre aux âmes qui la contemplent ces paroles: "Gustate et videte: goûtez et voyez. Comedite... et bibite: mangez et buvez; et inebriamini, et enivrez-vous de mes douceurs éternelles; car mon entretien n'a rien de désagréable, ni ma compagnie d'ennuyeux, mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie: non enim habet amaritudinem conversatio illius; nec taedium convictus illius, sed laetitiam et gaudium".

11. 3. Cette connaissance de la Sagesse éternelle n'est pas seulement la plus noble et la plus douce, mais encore la plus utile et la plus nécessaire, parce que la vie éternelle consiste à connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ. "Vous connaître, s'écrie le Sage, parlant à la Sagesse, est la parfaite justice; et comprendre votre équité et votre puissance est la racine de l'immortalité." Voulons-nous, en vérité, avoir la vie éternelle, ayons donc la connaissance de la Sagesse éternelle.

Voulons-nous avoir la perfection de la sainteté en ce monde, connaissons la Sagesse.

Voulons-nous avoir en notre coeur la racine de l'immortalité, ayons en notre esprit la connaissance de la Sagesse: Savoir Jésus-Christ la Sagesse incarnée, c'est assez savoir; savoir tout et ne le pas savoir, c'est ne rien savoir.

12. Que sert-il à un tireur de flèches de savoir tirer dans les côtés du blanc où il vise, s'il ne sait pas tirer droit dedans? De quoi nous serviront toutes les autres sciences nécessaires au salut si nous ne savons pas celle de Jésus-Christ, qui est l'unique nécessaire et le centre où toutes doivent aboutir? Quoique le grand Apôtre sût tant de choses et qu'il fût si versé dans les lettres humaines, il disait pourtant qu'il ne croyait savoir que Jésus-Christ crucifié:
Non judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hunc crucifixum, 1 Corint 2. [1 Co 2,2]
Disons donc avec lui: "Quae mihi fuerunt lucra, haec arbitratus sum propter Christum detrimenta. Verumtamen [existimo] omnia detrimentum esse, propter eminentem scientiam Jesu Christi, Domini mei: Je méprise toutes ces connaissances desquelles j'ai jusques ici fait état, en comparaison de celle de Jésus -Christ, mon Seigneur." Je vois maintenant et j'expérimente que cette science est si excellent, si délicieuse, si profitable et si admirable, que je ne tiens aucun compte de toutes les autres, qui autrefois m'avaient tant plu; et elles me semblent à présent si vides et si ridicules, que c'est perdre son temps que de s'y amuser:
"Haec autem dico ut nemo vos decipiat in sublimitate sermonum. Videte ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem fallaciam: Je vous dis que Jésus-Christ est l'abîme de toute la science, afin que vous ne vous laissiez point tromper aux belles et magnifiques paroles des orateurs ni aux subtilités si trompeuses des philosophes. Crescite in gratiam et in cognitione Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi." Or, afin que nous croissions tous dans lagrâce et la connaissance de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, nous en parlerons dans les chapitres suivants, après que nous aurons distingué plusieurs sortes de sagesse.

2. Définition et division du sujet

13. La sagesse, en général, prise selon la signification de son nom, est une science savoureuse, sapida scientia, ou le goût de Dieu et de sa vérité. Il y a plusieurs sortes de sagesses. Premièrement, elles se distinguent en véritable et fausse sagesse: la véritable est le goût de la vérité sans mensonge ni déguisement; la fausse est le goût du mensonge, couvert de l'apparence de la vérité.
Cette fausse sagesse est la sagesse ou prudence mondaine que le Saint-Esprit distingue en trois: Sapientia terrena, animalis, diabolica: la sagesse terrestre, animale et diabolique. [Jc 3,15]
La vraie sagesse se distingue en sagesse naturelle et surnaturelle.
La sagesse naturelle est la connaissance des choses naturelles d'une manière éminente dans leurs principes. La sagesse surnaturelle est la connaissance des choses surnaturelles et divines dans leur origine.
Cette sagesse surnaturelle se divise en sagesse substantielle et incréée, et en sagesse accidentelle et créée.
La sagesse accidentelle et créée est la communication que fait d'elle-même aux hommes la Sagesse incréée, autrement c'est le don de la sagesse. La Sagesse substantielle et incréée est le Fils de Dieu, la seconde Personne de la très Sainte-Trinité, autrement la Sagesse éternelle dans l'éternité, ou Jésus-
Christ dans le temps. C'est proprement de cette Sagesse éternelle dont nous allons parler.

14. Dès son origine, nous la contemplerons dans l'éternité, résidente dans le sein de son Père, comme l'objet de ses complaisances.
Nous la verrons dans le temps, brillante dans la création de l'univers.
Nous la regarderons ensuite tout humiliée dans son incarnation et dans sa vie mortelle, et puis nous la trouverons glorieuse et triomphante dans les cieux.
Enfin nous verrons quels sont les moyens dont il faut se servir pour l'acquérir et la conserver.
Je laisse donc aux philosophes les arguments de leur philosophie comme inutiles; je laisse aux chimistes les secrets de leur sagesse mondaine.
Sapientiam loquimur inter perfectos: Parlons donc de la vraie Sagesse, de la Sagesse éternelle, incréée et incarnée, aux âmes parfaites et prédestinées.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Ven 4 Sep 2015 - 14:47

CHAPITRE II


L'origine et l'excellence de la Sagesse éternelle.

15. C'est ici qu'il faut s'écrier avec saint Paul: "O altitudo... Sapientiae... Dei! : O profondeur, ô immensité, ô incompréhensibilité de la Sagesse de Dieu!" "Generationem ejus quis enarrabit? : Qui sera l'ange assez éclairé et l'homme assez téméraire pour entreprendre de nous expliquer comme il faut son origine?" C'est ici qu'il faut que tous les yeux se ferment, de peur d'être éblouis d'une si vive, si brillante lumière. C'est ici qu'il faut que toute langue se taise, de peur de ternir une beauté si parfaite en voulant la découvrir. C'est ici qu'il faut que tout esprit s'anéantisse et adore, de peur d'être opprimé par le poids immense de la gloire de la divine Sagesse, en voulant la sonder.

1. La Sagesse par rapport au Père

16. Voici cependant l'idée que le Saint-Esprit, pour se conformer à notre faiblesse, nous en donne dans le livre de la Sagesse qu'il n'a composé que pour nous:
"La Sagesse éternelle est la vapeur de Dieu, la vertu de Dieu et l'effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant. C'est pourquoi elle ne peut être susceptible de la moindre impureté. Elle est l'éclat de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté."

17. C'est l'idée substantielle et éternelle de la divine beauté qui fut montrée à saint Jean l'évangéliste dans l'île de Patmos, lorsqu'il s'écria: "In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum: Au commencement était le Verbe, - ou le Fils de Dieu, ou la Sagesse éternelle, - et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu."

18. C'est d'elle qu'il est dit, dans plusieurs endroits des livres de Salomon, que la Sagesse a été créée, c'est-à-dire produite, dès le commencement, avant toutes choses et avant tous les siècles. Elle dit d'elle-même: "J'ai été établie dès l'éternité, et dès le commencement, avant que la terre fût créée. Les abîmes n'étaient pas encore lorsque j'étais déjà conçue."

19. C'est en cette beauté souveraine de la Sagesse que Dieu le Père a pris ses complaisances dans l'éternité et dans le temps, comme ce grand Dieu assura lui-même expressément, le jour de son baptême et de sa transfiguration: "Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui, Matt 17: Voilà mon Fils bien-aimé dans lequel je prends uniquement mes complaisances."
C'est cette lumineuse et incompréhensible clarté dont les Apôtres virent quelque peu des rayons de sa transfiguration, qui les pénétrèrent de douceur et les jetèrent dans l'extase: Illustre quiddam [cernimus] Sublime, celsum, interminum, Antiquius caelo et chao:
Cette Sagesse éternelle est quelque chose d'illustre, d'élevé, d'immense, d'infini et de plus ancien que l'univers. Si je n'ai point de paroles pour expliquer la seule petite idée que je me suis formée de cette beauté et de cette douceur souveraine, quoique mon idée soit infiniment au- dessous de s on excellence, qui est-ce qui pourra avoir une juste idée et l'expliquer comme il faut? Il n'y a que vous, grand Dieu, qui connaissiez ce que c'est, ni qui puissiez le révéler à qui vous voulez.

2. Les opérations de la Sagesse dans les âmes

20. Voici comme la Sagesse même déclare ce qu'elle est, par rapport à ses effets et ses opérations dans les âmes. Je ne mêlerai point mes petites paroles avec les siennes, de peur d'en diminuer l'éclat et la sublimité: c'est dans le chapitre 24 de l'Ecclésiastique.

1. "La Sagesse se louera elle-même; elle s'honorera dans le Seigneur et elle se glorifiera au milieu de son peuple.
2. Elle ouvrira sa bouche dans les assemblées du Très- Haut et elle se glorifiera dans les armées du Seigneur.
3. Elle sera élevée au milieu de son peuple et elle sera admirée dans l'assemblée de tous les saints.
4. Elle recevra des louanges parmi la multitude des élus et elle sera bénie de ceux qui seront bénis de Dieu. Elle dira:

21. 5. Je suis sortie de la bouche du Très-Haut; je suis née avant toutes les créatures.
6. C'est moi qui ai fait naître dans le ciel une lumière qui ne s'éteindra jamais et qui ai couvert toute la terre comme d'un nuage.
7. J'ai habité dans les lieux très hauts, et mon trône est dans une colonne de nuée.
8. J'ai fait seule tout le tour du ciel; j'ai pénétré la profondeur des abîmes; j'ai marché sur les flots de la mer.
9. Et j'ai parcouru toute la terre.

22. 10. J'ai eu l'empire sur tous les peuples et sur toutes les nations.
11. J'ai foulé par ma puissance aux pieds les coeurs de tous les hommes, grands et petits; et, parmi toutes ces choses, j'ai cherché un lieu de repos et une demeure dans l'héritage du Seigneur.
12. Alors le Créateur de l'univers m'a donné des ordres et m'a parlé: Celui qui m'a créée a reposé dans mon tabernacle.
13. Et il m'a dit: Habitez dans Jacob, qu'Israël soit votre héritage et prenez racine dans mes élus.

24. 14. J'ai été créée dès le commencement et avant tous les siècles, je ne cesserai point d'être dans la suite de tous les âges, et j'ai exercé, en sa présence, mon ministère dans la maison sainte.
15. J'ai été affermie en Sion, j'ai trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma puissance s'est établie dans Jérusalem.

25. 16. J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, dont l'héritage est le partage de mon Dieu, et j'ai établi ma demeure dans l'assemblée de tous les saints.
17. Je me suis élevée comme les cèdres du Liban et comme le cyprès de la montagne de Sion.
18. J'ai poussé mes branches en haut comme les palmiers de la montagne de Cadès et comme les plants de rosiers de Jéricho.
19. Je me suis élevée comme un bel olivier dans la campagne et comme le plane qui est planté dans un grand chemin, sur le bord des eaux.
20. J'ai répandu une senteur de parfum comme la cannelle et le baume le plus précieux, et une odeur comme celle de la myrrhe la plus excellente.
21. J'ai parfumé ma demeure comme le storax, le galbanum, la boîte de parfum, l'onyx, la myrrhe, comme la goutte d'encens tombée d'elle-même; et mon odeur est comme celle d'un baume très pur et sans mélange.
22. J'ai étendu mes branches comme le térébinthe, et mes branches sont des branches d'honneur et de grâce.
23. J'ai poussé des fleurs d'une agréable odeur comme la vigne, et mes fleurs sont des fruits de gloire et d'abondance.


26. 24. Je suis la mère du pur amour, de la crainte, de la science et de l'espérance sainte.
25. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité; en moi est toute l'espérance de la vie et de la vertu.

27. 26. Venez à moi, vous qui me désirez avec ardeur, et remplissez-vous des fruits que je porte.
27. Car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage surpasse en douceur le miel le plus excellent.
28. La mémoire de mon nom passera dans la suite de tous les siècles.

28. 29. Ceux qui me mangent auront encore faim et ceux qui me boivent auront encore soif.
30. Celui qui m'écoute ne sera point confondu, et ceux qui agissent en moi ne pécheront point.
31. Ceux qui m'éclaircissent auront la vie éternelle.
32. Tout ceci est le livre de vie, l'alliance du Très- Haut et la connaissance de la vérité."

29. Tous ces arbres et toutes ces plantes auxquels la Sagesse se compare, qui ont des fruits et des qualités si différentes, marquent cette grande variété d'états, de fonctions et de vertus des âmes qui paraissent des cèdres, par l'élévation de leur cœur vers le ciel; ou des cyprès, par la méditation continuelle de la mort; ou des palmiers, par l'humble souffrance de leurs travaux; ou des rosiers, par le martyre et l'effusion de leur sang; qui portent leurs branches bien loin, par l'étendue de leur charité pour leurs frères; et toutes les autres plantes odoriférantes, comme le baume, la myrrhe et les autres, qui sont moins exposées en vue, marquent toutes les âmes retirées qui souhaitent d'être plus connues de Dieu que des hommes.

30. Après que la Sagesse s'est représentée comme la mère et la source de tous les biens, elle exhorte tous les hommes à quitter tout pour la désirer uniquement, parce qu'elle ne se donne, dit saint Augustin, qu'à ceux qui la désirent et la recherchent avec autant d'ardeur qu'une si grande chose mérite d'être recherchée. La divine Sagesse marque, dans les paroles du 30 et 31 versets, trois degrés dans la piété, dont le dernier en est la perfection:
1 Écouter Dieu avec une humble soumission;
2 Agir en lui et par lui avec une fidélité persévérante;
3 Enfin, acquérir la lumière et l'onction nécessaires pour inspirer aux autres l'amour de la Sagesse, pour les conduire à la vie éternelle.



avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Mar 8 Sep 2015 - 14:59


CHAPITRE III

Merveilles de la puissance de la divine Sagesse dans la création du monde et de l'homme.
1. Dans la création du monde
31. La Sagesse éternelle a commencé à éclater hors du sein de Dieu, lorsqu'après une éternité entière, elle fait la lumière, le ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c'est-à-dire la Sagesse éternelle: Omnia per ipsum facta sunt. [Jn 1,3]
Salomon dit qu'elle est la mère et l'ouvrière de toutes choses: Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia. Remarquez qu'il ne l'appelle pas seulement l'ouvrière de l'univers, mais la mère, parce que l'ouvrier n'aime pas et n'entretient pas son ouvrage comme une mère fait son enfant.

32. La Sagesse éternelle, ayant tout créé, demeure en toutes choses pour les contenir, soutenir et renouveler: omnia continet, omnia innovat. C'est cette beauté souverainement droite qui, après avoir créé le monde, y a mis le bel ordre qui y est. Elle a séparé, elle a composé, elle a pesé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui y est.
Elle a étendu les cieux; elle a placé le soleil, la lune et les étoiles et les planètes avec ordre; elle a posé les fondements de la terre; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux abîmes; elle a formé les montagnes; elle a tout pesé et balancé jusqu'aux fontaines. Enfin, dit-elle, j'étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite tout à la fois et une variété si agréable, que c'était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et
divertir mon Père: Cum eo eram cuncta componens; et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, ludens in orbe terrarum. [Sg 1,7]

33. Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures qu'elle a faites dans l'univers. Car, sans parler des différentes espèces d'anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d'instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits! Quis sapiens, et intelliget haec: Qui est celui à qui la Sagesse s'est communiquée? Et celui-là seul aura l'intelligence de ces mystères de la nature.

34. La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies; et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l'ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu'ils en tombaient dans l'extase et le ravissement.

2. Dans la création de l'homme

35. Si la puissance et la douceur de la Sagesse éternelle a tant éclaté dans la création, la beauté et l'ordre de l'univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l'homme, puisque c'est son chef d'oeuvre, l'image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son vicaire unique sur la terre: Sapientia tua fecisti hominem, ut dominaretur omni creaturae quae a te facta est. Sap. 9. [Sg 9,2]

36. Il faudrait ici, à la gloire de cette belle et puissante ouvrière, expliquer la beauté et l'excellence originelle que l'homme reçut d'elle lorsqu'elle le créa; mais le péché qu'il a commis, dont les ténèbres et les souillures ont rejailli jusque sur moi, misérable enfant d'Ève, m'ont tellement obscurci l'entendement que je ne puis que très imparfaitement en parler.

37. Elle fit, pour ainsi dire, des copies et des expressions brillantes de son entendement, de sa mémoire et de sa volonté et les donna à l'âme de l'homme pour être le portrait vivant de la Divinité; elle alluma dans son coeur un incendie de pur amour pour Dieu, elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges, des bêtes et autres créatures.

38. Tout dans l'homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillure, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la Sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures. Il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l'immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son coeur, sans crainte de la mort, par lequel il l'aimait continuellement, sans relâche, et purement, pour l'amour de lui-même. Enfin il était si divin, qu'il était continuellement
hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu'il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre. O libéralité de la Sagesse éternelle envers l'homme! O heureux état de l'homme dans son innocence!

39. Mais, malheur des malheurs! Voilà ce vaisseau tout divin qui se brise en mille morceaux; voilà cette belle étoile qui tombe; voilà ce beau soleil qui est couvert de boue; voilà l'homme qui pèche, et qui, en péchant, perd sa sagesse, son innocence, sa beauté, son immortalité. Et enfin il perd tous les biens qu'il avait reçus, et est assailli d'une infinité de maux. Il a l'esprit tout hébété et ténébreux: il ne voit plus rien. Il a le coeur tout glacé pour Dieu: il ne l'aime plus.
Il a l'âme toute noire de péchés: elle ressemble au démon. Il a des passions toutes déréglées il n'en est plus le maître. Il n'a que la compagnie des démons, il en est devenu la demeure et l'esclave. Il est attaqué des créatures: elles lui font la guerre. Voilà l'homme en un instant devenu l'esclave des démons, l'objet de la colère de Dieu et la victime des enfers!
Il se paraît à lui-même si hideux que de honte il va se cacher. Il est maudit et condamné à la mort; il est chassé du paradis terrestre et il n'en a plus dans les cieux. Il doit mener, sans aucune espérance d'être heureux, une vie malheureuse sur la terre maudite. Il y doit mourir en criminel, et, après sa mort, être comme le diable, à jamais damné dans son corps et dans son âme, lui et tous ses enfants. Tel est le malheur épouvantable où l'homme, en péchant, tomba; tel est l'arrêt équitable que la justice de Dieu prononça contre lui.

40. Adam, en cet état, est comme désespéré; il ne peut recevoir de remède ni des anges ni des autres créatures. Rien n'est capable de le réparer parce qu'il était trop beau et trop bien fait en sa création, et qu'il est, par son péché, trop hideux et trop souillé. Il se voit chassé du paradis et de la présence de Dieu, il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec toute sa postérité; il voit le ciel fermé et l'enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l'un et fermer l'autre.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Mer 16 Sep 2015 - 14:40


CHAPITRE IV


Merveilles de la bonté et miséricorde de la Sagesse éternelle avant son incarnation.
41. La Sagesse éternelle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d'honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d'oeuvre détruit, son vicaire sur la terre renversé. Elle prête tendrement l'oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son coeur et l'affliction de son âme.

1. Le décret de l'Incarnation

42. Il me semble voir cette aimable Souveraine appeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité pour réparer l'homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, il se fait une espèce de combat entre la Sagesse éternelle et la Justice de Dieu.

43. Il me semble que j'entends cette Sagesse qui, dans la cause de l'homme, dit qu'à la vérité l'homme mérite, par son péché, avec sa postérité, d'être à jamais damné avec les anges rebelles; mais qu'il faut avoir pitié de lui, parce qu'il a plus péché par faiblesse et par ignorance que par malice. Elle représente, d'un côté, que c'est un grand dommage qu'un chef- d'oeuvre si accompli demeure pour jamais l'esclave de son ennemi, et que des millions de millions d'hommes soient à jamais perdus par le péché d'un seul. Elle montre, de l'autre, les places du ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu'il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l'éternité si l'homme est sauvé.

44. Il me semble que j'entends la Justice qui répond que l'arrêt de mort et de damnation éternelle est porté contre l'homme et ses descendants, et qu'il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde, ainsi que contre Lucifer et ses adhérents; que l'homme est un ingrat pour les bienfaits qu'il a reçus; qu'il a suivi le démon en sa désobéissance et en son orgueil, et qu'il le doit suivre dans ses châtiments, parce qu'il faut nécessairement que le péché soit puni.

45. La Sagesse éternelle, voyant qu'il n'y avait rien dans l'univers qui fût capable d'expier le péché de l'homme, de payer la justice et d'apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver le pauvre homme qu'elle aimait d'inclination, trouve un moyen admirable.
Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu'à l'excès, cette aimable et souveraine Princesse s'offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l'esclavage du démon et des flammes de l'enfer et nous mériter une éternité de bonheur.

46. Son offre est acceptée; le conseil en est pris et arrêté: la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées. Pendant environ quatre mille ans qui se sont écoulés depuis la création du monde et le péché d'Adam jusqu'à l'incarnation de la divine Sagesse, Adam et ses descendants sont morts selon la loi de Dieu portée [contre eux]; mais, en vue de l'incarnation du Fils de Dieu, ils ont reçu des grâces pour obéir à ses commandements et pour faire une digne pénitence après les avoir transgressés; et, s'ils sont morts dans la grâce et l'amitié de Dieu, leurs âmes sont descendues aux limbes en attendant leur Sauveur et Libérateur pour leur ouvrir la porte du ciel.

47. La Sagesse éternelle, pendant tout le temps qui s'est passé avant son incarnation, a témoigné aux hommes, en mille manières, l'amitié qu'elle leur portait, et le grand désir qu'elle avait de leur communiquer ses faveurs et de s'entretenir avec eux: "Mes délices, a-t-elle dit, sont d'être avec les enfants des hommes. Deliciae meae esse cum filiis hominum." [Pr 8,31] Elle a tourné elle-même de tous côtés pour chercher ceux qui étaient dignes d'elle: quoniam dignos seipsa circuit quaerens, c'est-à-dire des personnes dignes de son amitié, dignes de ses trésors, dignes de sa propre personne. Elle s'est répandue parmi les nations différentes, dans les âmes saintes, pour y former des amis de Dieu et des prophètes; et c'est elle seule qui a formé tous les saints patriarches, les amis de Dieu, les prophètes et les saints de l'Ancien et du Nouveau Testament: Et per nationes in animas sanctas se transfert, amicos Dei et prophetas constituit. Sap.

7. C'est cette Sagesse éternelle qui a inspiré les hommes de Dieu, et qui a parlé par la bouche des prophètes, et elle les a dirigés dans leurs voies, éclairés dans leurs doutes, soutenus dans leurs faiblesses et délivrés de tous maux.

48. Voici comme le Saint-Esprit l'a raconté lui-même, dans le
10 chapitre de la Sagesse en ces termes:
[1] "C'est la Sagesse qui conserva celui que Dieu avait formé le premier pour être le père des hommes, ayant d'abord été créé seul, c'est-à-dire Adam.
[2] C'est elle aussi qui le tira de son péché, et qui lui donna la force de renfermer et de gouverner toutes choses.
[3] Lorsque l'injuste, Caïn, se sépara d'elle dans sacolère, il périt malheureusement par la fureur, que le rendit le meurtrier de son frère.
4. Et lorsque le déluge inonda la terre à cause de lui, la Sagesse sauva encore le monde, ayant gouverné le juste, Noé, par un bois qui paraissait méprisable.
5. Et lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s'abandonner au mal, c'est elle qui connut le juste, Abraham, qui le conserva irrépréhensible devant Dieu et qui lui donna la force de vaincre la tendresse qu'il ressentait pour [son fils Isaac].
6. C'est elle qui délivra le juste, Loth, lorsqu'il fuyait du milieu des méchants qui périrent par le feu tombé sur les cinq villes.
7. Dont la corruption est marqué par cette terre qui en fume encore, et qui est demeurée toute déserte, où les arbres portent des fruits qui ne mûrissent point et où l'on voit une statue de sel qui est le monument d'une âme incrédule.
8. Car ceux qui ne se sont pas mis en peine d'acquérir la sagesse non seulement sont tombés dans l'ignorance du bien, mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leurs folies sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées.

49. 9. Mais la Sagesse a délivré de tous maux ceux qui ont eu soin de la révérer.
10. C'est elle qui a conduit par des voies droites le juste, Jacob, lorsqu'il fuyait la colère d'Esaü, son frère; qui lui a fait voir le royaume de Dieu, qui lui a donné la science des saints; qui l'a enrichi dans ses travaux et qui lui en a fait recueillir le fruit.
11. C'est elle qui l'a aidé contre ceux qui voulaient le surprendre par leurs tromperies et qui l'a fait devenir riche.
12. Elle l'a protégé contre ses ennemis, elle l'a défendu des séducteurs et elle l'a engagé dans un rude combat, afin qu'il demeurât victorieux, et qu'il sût que la Sagesse est plus puissante que toute chose.
13. C'est elle qui n'a point abandonné Joseph le juste lorsqu'il fut vendu; mais elle l'a délivré des mains des pécheurs; elle est descendue avec lui dans la fosse.
14. Et elle ne l'a point quitté dans ses chaînes, jusqu'à ce qu'elle lui ait mis entre les mains le sceptre royal, et qu'elle l'ait rendu le maître de ceux qui l'avaient traité si injustement. Elle a convaincu de mensonge ceux qui l'avaient déshonoré et elle lui a donne un nom éternel.
15. C'est elle qui a délivré le peuple juste, les Hébreux, et la race irrépréhensible de la nation qui l'opprimait.
16. Elle est entrée dans l'âme du serviteur de Dieu, Moïse, et elle s'est élevée avec des signes et des prodiges contre les rois redoutables.
17. Elle a rendu aux justes la récompense de leurs travaux, elle les a conduits par une admirable voie, et elle leur a servi d'un couvert pendant le jour et de la lumière pendant la nuit.
18. Elle les a conduits par la mer Rouge et elle les a fait passer au travers des eaux profondes.
19. Elle a enseveli leurs ennemis dans la mer et elle a retiré les siens du fond de l'abîme. Ainsi les justes ont remporté les dépouilles des méchants.
20. Ils ont honoré par leurs cantiques, ô Seigneur, votre saint nom, et ils ont loué tous ensemble votre main victorieuse.
21. Parce que la Sagesse a ouvert la bouche des muets et qu'elle a rendu éloquentes les langues des enfants."

50. Dans le chapitre suivant de la Sagesse, le Saint-Esprit marque les différents maux dont la Sagesse a délivré Moïse et les Israélites, pendant qu'ils étaient dans les déserts. A quoi l'on peut ajouter que tous ceux qui ont été délivrés des grands dangers, dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, comme Daniel dans la fosse aux lions, Suzanne du crime faux dont on l'accusait, les trois enfants de la fournaise de Babylone..., saint Pierre de la prison, saint Jean de la chaudière d'huile bouillante, et une infinité de martyrs et de confesseurs des tourments qu'on faisait souffrir à leurs corps et des calomnies dont on noircissait leur réputation, on peut ajouter, dis-je, qu'ils ont tous été délivrés et guéris par la Sagesse éternelle: Nam per Sapientiam sanati sunt quicumque placuerit tibi, Domine, a principio. [Sg 9,19]

Conclusion


51. Écrions-nous donc: "Heureux mille fois une âme dans qui la Sagesse est entrée pour y faire sa demeure! Quelques combats qu'on lui livre, elle demeurera victorieuse; de quelques dangers qu'elle soit menacée, elle en sera délivrée; de quelques tristesses qu'elle soit accablée, elle sera réjouie et consolée; et en quelques humiliations qu'elle soit tombée, elle en sera relevée et glorifiée dans le temps et dans l'éternité."
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Jeu 24 Sep 2015 - 18:35


CHAPITRE V

L'excellence merveilleuse de la Sagesse éternelle.
52. Le Saint-Esprit ayant pris la peine de nous montrer l'excellence de la Sagesse, en des termes si sublimes et si intelligibles, il ne faut que les rapporter ici avec quelques petites réflexions.

53. 1. La Sagesse atteint avec force depuis une extrémité jusqu'à l'autre, et elle dispose tout avec douceur. Rien n'est si doux que la Sagesse. Elle est douce en elle-même, sans amertume; douce à ceux qui l'aiment, sans leur laisser aucun dégoût; douce dans sa conduite, sans faire aucune violence. Vous direz souvent qu'elle n'est point dans les accidents et renversements qui arrivent, tant elle est secrète et douce; mais, comme elle a une force invincible, elle fait tout insensiblement etfortement venir à sa fin par des voies inconnues aux hommes. Il faut que le sage soit, à soexemple: "suaviter fortis et fortiter suavis: doucement fort et fortement doux."

54. 2. Je l'ai aimée, je l'ai recherchée dès ma jeunesse, j'ai tâché de l'avoir pour épouse. Quiconque veut acquérir le grand trésor de la Sagesse doit, à l'exemple de Salomon, la rechercher: 1 de bonne heure, et même dès le bas âge, si cela se peut; spirituellement et purement, comme un chaste époux son épouse;
3. constamment, jusqu'à la fin, jusqu'à ce qu'on l'ait obtenue. Il est sûr que la Sagesse éternelle a tant d'amour pour les âmes, qu'elle va jusqu'à les épouser et contracter avec elles un spirituel mais véritable mariage que le monde ne connaît point; et l'histoire nous en fournit d[es] exemples.

55. 3. Elle fait voir la gloire de son origine en ce qu'elle est étroitement unie à Dieu et qu'elle est aimée par celui qui est le Seigneur de toutes choses.
La Sagesse est Dieu même: voilà la gloire de son origine. Dieu le Père prend en elle toutes ses complaisances, comme il a témoigné: voilà combien elle est aimée.

56. 4. Elle est la maîtresse de la science de Dieu et la directrice de ses ouvrages. C'est la seule Sagesse qui éclaire tout homme venant en ce monde; c'est elle seule qui est venue du ciel pour nous apprendre les secrets de Dieu; et nous n'avons point d'autre véritable maître que cette Sagesse incarnée, nommée Jésus- Christ; c'est elle seule qui dirige à leur fin tous les ouvrages de Dieu, particulièrement les saints, en leur faisant connaître ce qu'ils doivent faire, et en leur faisant goûter et faire ce qu'elle leur fait connaître.

57. 5. Si l'on souhaite les richesses de cette vie, qu'y a-t- il de plus riche que la Sagesse qui fait toutes choses?
6. Si l'esprit de l'homme fait quelque ouvrage, qui a plus de part qu'elle dans cet art [avec] lequel toutes choses ont été faites?
7. Si quelqu'un aime la justice, les grandes vertus sont encore son ouvrage; c'est elle qui enseigne la tempérance, la prudence, la justice et la force, qui semble[nt] la chose du monde la plus utile à l'homme dans cette vie.
Salomon fait voir que, comme on ne doit aimer que la Sagesse, c'est d'elle seule aussi qu'on doit tout attendre, les biens de fortune, la connaissance des secrets de la nature, les biens de l'âme, les vertus théologales et cardinales.

58. 8. Si quelqu'un désire la profondeur de la science, c'est elle qui sait le passé et qui juge de l'avenir . Elle pénètre ce qu'il y a de plus subtil dans les discours et de plus difficile à démêler dans les paraboles; [elle connaît les signes et les prodiges] avant qu'ils paraissent et ce qui doit arriver dans la succession des temps [et] des siècles. Quiconque veut avoir une science des choses de la grâce et de la nature qui ne soit pas commune, sèche et superficielle, mais extraordinaire, sainte et profonde, doit faire tous ses efforts pour acquérir la Sagesse, sans laquelle un homme, quoique savant devant les hommes, n'est réputé pour rien devant Dieu: in nihilum computabitur. [Sg 3,17]

59. 9. J'ai donc résolu de la prendre avec moi pour être la compagne de ma vie, sachant qu'elle me fera part de ses biens et qu'elle sera ma consolation dans mes peines et dans mes ennuis. Qui peut être pauvre avec la Sagesse, qui est si riche et si libérale? Qui peut être triste avec la Sagesse, qui est si douce, si belle et si tendre? Qui, deceux qui cherchent la Sagesse, dit sincèrement avec Salomon: "Proposui ergo: J'ai donc résolu"? La plupart n'ont pas pris cette résolution sincère; ils n'ont que des velléités, ou, au plus, que des résolutions chancelantes et indifférentes; c'est pourquoi ils ne trouvent jamais la Sagesse.

60. 10. Elle me rendra illustre parmi les peuples, et, tout jeune que je suis, je serai honoré des vieillards.
11. On reconnaîtra la pénétration de mon esprit pour bien rendre justice. Les plus puissants seront surpris losqu'ils me verront, et les princes témoigneront leur admiration sur le visage.
12. Quand je me tairai, ils attendront que je parle; quand je parlerai, ils me regarderont attentivement; et quand je m'étendrai dans mes discours, ils mettront leur main sur leurs bouches.
13. C'est elle aussi qui me donnera l'immortalité, et c'est par elle que je rendrai la mémoire de mon nom éternelle parmi ceux qui me doivent suivre.
14. Je gouvernerai les peuples par elle, et les nations me seront soumises. Sur ces paroles du Sage dans lesquelles il se loue, saint Grégoire fait cette réflexion: "Ceux que Dieu a choisis pour écrire ses paroles sacrées, étant remplis de son Esprit-Saint, sortent en quelque manière d'eux-mêmes pour entrer en celui qui les possède, et ainsi, étant devenus la langue de Dieu, ils ne considèrent que Dieu dans ce qu'ils disent; ils parlent d'eux comme ils parleraient d'un autre."

61. 15. Les rois les plus redoutables craindront lorsqu'ils entendront parler de moi. Je ferai voir que je suis bon à mon peuple et vaillant dans la guerre.
16. Entrant dans ma maison, je trouverai mon repos avec elle; car sa conversation n'a rien de désagréable, ni sa compagnie d'ennuyeux; mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie.
17. Ayant donc pensé à ces choses, les ayant méditées enmon coeur, considérant que je trouverai l'immortalité dans l'union avec la Sagesse,
18. Un saint plaisir dans son amitié, des richesses inépuisables dans les ouvrages de ses mains, l'intelligence dans ses conférences et ses entretiens, et une grande gloire dans la communication de ses discours, j'allais la chercher de tous côtés, afin de la prendre pour ma compagne.
Le Sage, après avoir renfermé en peu de paroles ce qu'il avait expliqué auparavant, tire cette conclusion: "J'allais la chercher de tous côtés." Pour acquérir la Sagesse, il faut la chercher ardemment, c'est-à-dire: il faut être prêt à tout quitter, à tout souffrir et à tout entreprendre pour la posséder. Il y a peu qui la trouvent, parce qu'il y en [a] peu qui la cherchent d'une manière qui soit digne d'elle.

62. Le Saint-Esprit, dans le chapitre 7 de la Sagesse, parle encore de l'excellence de la Sagesse en ces termes: "Dans la Sagesse il y a un esprit d'intelligence qui est saint, unique, multiplié en ses effets, subtil, disert, agile, sans tache, clair, doux, ami du bien, pénétrant, que rien ne peut empêcher d'agir, bienfaisant, amateur des hommes, bon stable, infaillible, calme, qui peut tout, qui voit tout, qui renferme en soi tous les esprits, intelligible, pur et subtil. Car la Sagesse est plus active que toutes les choses agissantes, et elle atteint partout à cause de sa pureté. [Sg 7,22-24]
Enfin la Sagesse est un trésor infini pour les hommes, et ceux qui en ont usé sont devenus les amis de Dieu et se sont rendus recommandables par les dons de la science: Infinitus enim thesaurus est hominibus, quo qui usi sunt participes facti sunt amicitiae Dei, propter disciplinae dona commendati" Sap 7 [Sg 7,14]

63. Après des paroles si puissantes et si tendres du Saint-Esprit pour nous faire voir la beauté, l'excellence et les trésors de la Sagesse, quel est l'homme qui ne l'aimera pas et ne la recherchera pas de tous ses forces? D'autant plus que c'est un trésor infini, propre à l'homme, pour lequel l'homme est fait, et qu'elle-même a des désirs infinis de se donner à l'homme.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Lun 28 Sep 2015 - 14:58


CHAPITRE VI


Les désirs empressés que la divine Sagesse a de se donner aux hommes.

64. Il y a une si grande liaison d'amitié entre la Sagesse éternelle et l'homme, qu'elle est incompréhensible. La Sagesse est pour l'homme, et l'homme pour la Sagesse. Thesaurus infinitus hominibus: c'est un trésor infini pour les hommes, et non pour les anges ou pour les autres créatures.
Cette amitié de la Sagesse pour l'homme vient de ce qu'il est, dans sa création, l'abrégé de ses merveilles, son petit et son grand monde, son image vivante et son lieutenant sur la terre. Et, depuis que, par l'excès de l'amour qu'elle lui portait, elle s'est rendue semblable à lui en se faisant homme, et s'est livrée à la mort pour le sauver, elle l'aime comme son frère, son ami, son disciple, son élève, le prix de son sang et le cohéritier de son royaume, en sorte qu'on lui fait une violence infinie lorsqu'on lui refuse ou on lui arrache le coeur d'un homme.

1. La lettre d'amour de la Sagesse éternelle

65. Cette beauté éternelle et souverainement aimable a tant de désir de l'amitié des hommes, qu'elle a fait un livre exprès pour la gagner, en lui découvrant ses excellences et les désirs qu'elle a de lui. Ce livre est comme une lettre d'une amante à son amant, pour gagner son affection. Les désirs qu'elle y témoigne du cœur de l'homme sont si empressés, les recherches qu'elle y fait de son amitié sont si tendres, les appels et ses vœux y sont si amoureux, qu'à l'entendre parler vous diriez qu'elle n'est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu'elle a besoin de l'homme pour être heureuse.

66. Tantôt pour trouver l'homme, elle court dans les grands chemins; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes; tantôt elle vient aux portes des villes; tantôt elle entre jusques dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu'elle peut: "O viri, ad vos clamito, et vox mea ad filios hominum: O hommes! ô enfants des hommes! c'est à vous que je crie depuis si longtemps; c'est à vous que ma voix s'adresse; c'est vous que je désire; c'est vous que je cherche; c'est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi; je veux vous rendre heureux."
Et, pour les attirer puissamment, elle leur dit: "C'est par moi et par ma grâce que les rois règnent, que les princes commandent, et que les potentats et les monarques portent le sceptre et la couronne. C'est moi qui inspire aux législateurs la science de dresser de bonnes lois pour policer les États, et qui donne la force aux magistrats d'exercer équitablement et sans crainte la justice.

67. J'aime ceux qui m'aiment, et quiconque me cherche diligemment me trouvera, et, me trouvant, trouvera abondance de tous biens. Car les richesses, la gloire, les honneurs, les dignités, les solides plaisirs et les vraies vertus sont avec moi; et il est incomparablement meilleur à un homme de me posséder que de posséder tout l'or et tout l'argent du monde, toutes les pierreries et tous les biens de tout l'univers. Je conduis les personnes qui viennent à moi par les voies de la justice et de la prudence, et je les enrichis de la possession des vrais enfants, jusqu'au comble de leurs désirs. Et soyez persuadés que mes plus doux plaisirs et mes plus chères délices sont de converser et de demeurer avec les enfants des hommes. [cf. Pr 8,31]

68. Maintenant donc, mes enfants, écoutez-moi. Bienheureux ceux qui gardent mes voies. Écoutez mes instructions, soyez sages et ne les rejetez point. Heureux celui qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison et qui se tient à ma porte. Celui qui m'aura trouvée, trouvera la vie; et il puisera le salut de la bonté du Seigneur. Mais celui qui péchera contre moi blessera son âme. Tous ceux qui me haïssent aiment la mort. [Pr 8,32-36]

69. Après tout ce qu'elle a dit de plus tendre et de plus engageant pour s'attirer l'amitié des hommes, elle craint encore qu'à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine ils n'osent, par respect, s'approcher d'elle. C'est pourquoi elle leur fait dire qu'elle est d'un accès facile; qu'elle se laisse aisément voir à ceux qui l'aiment; qu'elle prévient ceux qui la désirent; qu'elle se montre à eux la première, et que celui qui se lèvera du matin pour la chercher n'aura pas beaucoup de peine pour la trouver; car il la trouvera assise à sa porte pour l'attendre. [Sg 6,13b-15]

2. L'Incarnation, la mort et l'Eucharistie

70. Enfin la Sagesse éternelle, pour s'approcher de plus près des hommes et leur témoigner plus sensiblement son amour, est allée jusqu'à se faire homme, jusqu'à devenir enfant, jusqu'à devenir pauvre et jusqu'à mourir pour eux sur la croix. Combien de fois s'est-elle écriée, lorsqu'elle vivait sur la terre: "Venez à moi, venez tous à moi; c'est moi, ne craignez rien; pourquoi craignez-vous? Je suis semblable à vous; je vous aime. Est-ce parce que vous êtes pécheurs? Eh! c'est eux que je cherche; je suis l'amie des pécheurs. Est-ce parce que vous vous êtes égarés du bercail par votre faute? Eh! je suis le Bon Pasteur. Est-ce parce que êtes chargés de péchés, couverts d'ordures, accablés de tristesse? Eh! c'est justement pourquoi vous devez venir à moi; car je vous déchargerai, je vous purifierai, je vous consolerai."

71. Voulant d'un côté montrer son amour pour l'homme jusqu'à mourir en sa place afin de le sauver, et ne pouvant de l'autre se résoudre à quitter l'homme, elle trouve un secret admirable pour mourir et pour vivre tout à la fois, et demeurer avec l'homme jusqu'à la fin des siècles: c'est l'invention amoureuse de l'Eucharistie; et pour venir à bout de contenter son amour en ce mystère, elle ne fait point de difficulté de changer et renverser toute la nature.

Si elle ne se cache pas sous [l']éclat d'un diamant ou autre pierre précieuse, c'est qu'elle ne veut pas seulement demeurer extérieurement avec l'homme: mais elle se cache sous l'apparence d'un petit morceau de pain, qui est la nourriture propre de l'homme, afin que, étant mangée de l'homme, elle entrât jusqu'en son coeur pour y prendre ses délices: Ardenter amantium hoc est. "O Deum vere prodigum sui prae desiderio hominis! O Sagesse éternelle, dit un saint, ô Dieu vraiment prodigue de lui-même par le désir qu'il a de l'homme."

3. Ingratitude de ceux qui refusent

72. Si nous ne sommes pas touchés des désirs empressés, des recherches amoureuses et des témoignages d'amitié de cette aimable Sagesse, quelle est notre dureté et notre ingratitude?

Mais si, au lieu de l'écouter, nous lui fermons l'oreille; si, au lieu de la chercher, nous la fuyons; si, au lieu de l'honorer, de l'aimer, nous la méprisons et l'offensons, quelle est notre cruauté, et quel sera notre châtiment, même dès ce monde! "Ceux, dit le Saint-Esprit, qui ne se sont pas mis en peine d'acquérir la Sagesse non seulement sont tombés dans l'ignorance du bien mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leur folie, sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées: Sapientiam enim praetereuntes, non tantum in hoc lapsi sunt ut ignorarent bona, sed et insipientiae suae reliquierunt hominibus memoriam, ut in his quae peccaverunt, nec latere potuissent." Sap 10. [Sg 10,8]

Trois malheurs, pendant la vie, à ceux qui ne se mettent pas en peine d'acquérir la Sagesse; ils tombent:

1) dans l'ignorance et l'aveuglement;
2) dans la folie;
3) dans le scandale et le péché.

Mais quel est leur malheur à la mort, lorsque, malgré eux ils entendent la Sagesse leur reprocher: "Vocavi, et renuistis. Je vous ai appelés, et vous ne m'avez pas répondu; je vous ai tendu les bras tout le jour, et vous m'avez méprisée; je vous ai attendus, assise à votre porte, et vous n'êtes point venus à moi. Ego quoque in interitu vestro ridebo et subsannabo vos: Et moi à mon tour je me moque de vous; je n'ai plus ni oreilles pour écouter vos cris, ni yeux pour regarder vos larmes, ni cœur pour être touchée de vos sanglots, ni mains pour vous donner du secours."

Mais quel sera leur malheur en enfer! Lisez ce que le Saint-Esprit lui-même a dit des malheurs, des plaintes, des regrets et du désespoir des fols, en enfer, qui reconnaissent trop tard leur folie et leur malheur pour avoir méprisé la Sagesse de Dieu. Talia dixerunt in inferno. Sap 5.14: Ils commencent à parler sagement, mais c'est en enfer.

4. Conclusion

73. Désirons donc et recherchons uniquement la divine Sagesse. Cuncta quae desiderantur, huic et non valent comparari; et en un autre endroit: Omne desiderabile ei non potest comparari, Pr. 8: On ne peut rien désirer de plus que la Sagesse. Ainsi, quelques dons de Dieu, quelques trésors célestes que vous désiriez, si vous ne désirez pas la Sagesse, vous désirez quelque chose de moindre qu'elle.

Ah! si nous connaissions ce que c'est que ce trésor infini de la Sagesse fait pour l'homme, - car j'avoue que je n'en ai rien dit, - nous soupirerions jour et nuit après elle: nous volerions avec vitesse aux extrémités du monde, et nous passerions avec joie au travers des feux et des rasoirs, s'il était nécessaire, pour la mériter.

Mais il faut prendre garde de se tromper dans le choix de la Sagesse, car il y en a de plusieurs sortes.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Mer 30 Sep 2015 - 14:56

CHAPITRE VII


L'élection de la vraie Sagesse.

74. Dieu a sa Sagesse; et c'est l'unique et véritable qui doive être aimée et recherchée comme un grand trésor. Mais le monde corrompu a aussi sa sagesse, et elle doit être condamnée et détestée comme mauvaise et pernicieuse. Les philosophes ont aussi leur sagesse; et elle doit être méprisée comme inutile, et souvent comme dangereuse au salut. Nous avons jusqu'ici parlé de la Sagesse de Dieu aux âmes parfaites, comme dit l'Apôtre; mais, de peur qu'elles ne soient trompées par le faux brillant de la sagesse mondaine, montrons-en l'imposture et la malignité.

1 La sagesse mondaine

75. La sagesse mondaine est celle dont il est dit: Perdam sapientiamn sapientium 1 Corint: je perdrai la sagesse des sages selon le monde. Sapientia carnis inimica est Deo, Rom 8: la sagesse de la chair est ennemie de Dieu. Non est ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica, Jacob, 3.13: cette sagesse ne vient pas du ciel, mais c'est une sagesse terrestre, animale et diabolique. Cette sagesse du monde est une conformité parfaite aux maximes et aux modes du monde; c'est une tendance continuelle vers la grandeur et l'estime; c'est une recherche continuelle et secrète de son plaisir et de son intérêt, non pas d'une manière grossière et criante, en commettant quelque péché scandaleux, mais d'une manière fine, trompeuse et politique, autrement ce ne serait plus selon le monde une sagesse, mais un libertinage.

76. Un sage du siècle est un homme qui sait bien faire ses affaires, et faire réussir tout à son avantage temporel, sans quasi paraître vouloir le faire; qui sait l'art de déguiser et de tromper finement sans qu'on s'en aperçoive; qui dit ou fait une chose et pense l'autre; qui n'ignore rien des airs et des compliments du monde; qui sait s'accommoder à tous pour en venir à ses fins, sans se mettre beaucoup en peine de l'honneur et de l'intérêt de Dieu; qui fait un secret mais funeste accord de la vérité avec le mensonge, de l'Évangile avec le monde, de la vertu avec le péché, de Jésus-Christ avec Bélial; qui veut passer pour un honnête homme, mais non pas pour un dévot; qui méprise, empoisonne ou condamne aisément toutes les pratiques de piété qui ne s'accommodent pas avec les siennes. Enfin, un sage mondain est un homme qui, ne se conduisant que par la lumière des sens et de la raison humaine, ne cherche qu'à se couvrir des apparences de chrétien et d'honnête homme, sans se mettre beaucoup en peine de plaire à Dieu ni d'expier, par la pénitence, les péchés qu'il a commis contre sa divine Majesté.

77. La conduite de ce sage du monde est fondée sur le point d'honneur, sur le "qu'en dira-t-on", sur la coutume, sur la bonne chère, sur l'intérêt, sur le grand air, sur le mot à rire. Ce sont là les sept mobiles innocents, comme il croit, sur quoi il se tient appuyé pour mener une vie tranquille. Il a des vertus particulières qui le font canoniser des mondains, comme la bravoure, la finesse, la politique, le savoir-faire, la galanterie, la politesse, l'enjouement. Il prend pour des péchés considérables l'insensibilité, la bêtise, la pauvreté, la rusticité, la bigoterie.

78. Il suit le plus fidèlement qu'il peut les commandements que le monde lui a faits:
Tu sauras bien le monde;
Tu vivras en honnête homme;
Tu feras bien tes affaires;
Tu conserveras ce qui t'appartient;
Tu sortiras de la poussière;
Tu te feras des amis;
Tu hanteras le beau monde;
Tu feras bonne chère;
Tu n'engendreras point de mélancolie;
Tu éviteras la singularité, la rusticité, [la] bigoterie.

79. Jamais le monde n'a été si corrompu qu'il l'est, parce que jamais il n'a été si fin, si sage à son sens, ni si politique. Il se sert si finement de la vérité pour inspirer le mensonge, de la vertu pour autoriser le péché, et des maximes mêmes de Jésus-Christ pour autoriser les siennes, que les plus sages selon Dieu y sont souvent trompés. Le nombre de ces sages selon le monde, ou de ces fols selon Dieu, est infini: Stultorum infinitus est numerus. [Qo 1,13]

80. La sagesse terrestre, dont parle saint Jacques, est l'amour des biens de la terre. C'est de cette sagesse dont les sages du monde font une profession secrète, quand ils attachent leur cœur à ce qu'ils possèdent; quand ils tâchent de devenir riches; quand ils intentent des procès et font des chicanes inutiles pour les avoir ou pour les conserver; quand ils ne pensent, ils ne parlent, ils n'agissent la plus grande partie du temps que dans la vue d'avoir ou de conserver quelque chose de temporel, ne s'appliquant à faire leur salut et aux moyens de le faire, comme la confession, la communion, l'oraison, etc., qu'à la légère, par manière d'acquit, par intervalles et pour sauver les apparences.

81. La sagesse charnelle est l'amour du plaisir. C'est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils ne cherchent que les plaisirs des sens; quand ils aiment la bonne chère; quand ils éloignent de soi tout ce qui peut mortifier ou incommoder le corps, comme les jeûnes, les austérités, etc.; quand ils ne pensent plus ordinairement qu'à boire, qu'à manger, qu'à jouer, qu'à rire, qu'à se divertir et qu'à passer agréablement son temps; quand ils recherchent les lits mollets, les jeux divertissants, les festins agréables et les belles compagnies. Et, après que sans scrupules ils ont pris tous ces plaisirs qu'ils ont pu prendre sans déplaire au monde et sans incommoder leur santé, ils cherchent le confesseur le moins scrupuleux (c'est ainsi qu'ils nomment les confesseurs relâchés qui ne font pas leur devoir), afin d'avoir de lui, à bon marché, la paix dans leur vie molle et efféminée et l'indulgence plénière de tous leurs péchés. Je dis: à bon marché; car ces sages selon la chair ne veulent ordinairement pour pénitence que quelques prières ou quelques aumônes, haïssant ce qui peut affliger le corps.

82. La sagesse diabolique est l'amour et l'estime des honneurs. C'est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils aspirent, quoique secrètement, aux grandeurs, aux honneurs, aux dignités et aux emplois relevés; quand ils recherchent à être vus, estimés, loués et applaudis des hommes; quand ils n'envisagent, dans leurs études, dans leurs travaux, dans leurs combats, dans leurs paroles et dans leurs actions, que l'estime et la louange des hommes, pour passer pour des personnes dévotes, pour des gens savants, pour des grands capitaines, pour des savants jurisconsultes, pour des gens d'un mérite infini et distingué ou de grande considération; quand ils ne peuvent souffrir qu'on les méprise et qu'on les blâme; quand ils cachent ce qu'ils ont de défectueux et font montre de ce qu'ils ont de beau.

83. Il faut, avec notre Seigneur Jésus la Sagesse incarnée, détester et condamner ces trois sortes de sagesse fausse pour acquérir la véritable: qui ne cherche point son propre intérêt, qui ne se trouve point dans la terre et dans le cœur de ceux qui vivent à leur aise, et qui a en abomination tout ce qui est grand et relevé devant les hommes.

2. La sagesse naturelle

84. Outre cette sagesse mondaine, qui est condamnable et pernicieuse, il y a une sagesse naturelle parmi les philosophes. C'était cette sagesse naturelle que les Égyptiens et les Grecs recherchaient autrefois avec tant d'empressement: Graeci sapientiam quaerunt. Ceux qui avaient acquis cette sagesse étaient appelés mages ou sages. Cette sagesse est une connaissance éminente de la nature dans ses principes. Elle fut communiquée en plénitude à Adam dans son innocence; elle fut donné en abondance à Salomon, et dans la suite des temps quelques grands hommes en ont reçu quelque partie, comme l'histoire nous apprend.

85. Les philosophes vantent leurs arguments de philosophie comme un moyen d'acquérir cette sagesse. Les chimistes vantent les secrets de leur cabale pour trouver la pierre philosophale, dans laquelle ils s'imaginent
que cette sagesse est renfermée. A la vérité, la philosophie de l'École, étudiée bien chrétiennement, ouvre l'esprit et le rend capable des sciences supérieures; mais elle ne donnera jamais cette prétendue sagesse naturelle si vantée dans l'antiquité.

86. La chimie ou alchimie, ou la science de dissoudre les corps naturels et de les résoudre à leurs principes, est encore plus vaine et plus dangereuse. Cette science, quoique véritable en elle-même, a dupé et trompé une infinité de gens, par rapport à la fin qu'ils se proposaient; et je ne doute point, par l'expérience que j'en ai moi-même, que le démon ne s'en serve aujourd'hui pour faire perdre l'argent et le temps, la grâce et l'âme même, sous prétexte de trouver la pierre philosophale. Il n'y a point de science qui propose l'exécution de plus grandes choses, et par des moyens plus apparents.
Cette science promet la pierre philosophale, ou une poudre qu'ils nomment de projection qui, jetée en quelque métal que ce soit, s'il est fondu, le change en argent ou en or, qui donne la santé, qui guérit les maladies, qui même prolonge la vie, et qui opère une infinité de merveilles qui passent chez les ignorants pour divines et miraculeuses. Il y a une bande de gens qui se disent savants en cette science, qu'on nomme cabalistes, qui gardent les mystères de cette science si cachés qu'ils aimeraient mieux perdre la vie que de révéler leurs prétendus secrets.

87. Ils autorisent ce qu'ils disent:

1 Par l'histoire de Salomon qu'ils assurent avoir reçu le secret de la pierre philosophale, et dont ils vantent un livre secret, mais faux et pernicieux, nommé la Clavicule de Salomon.
2 Par l'histoire d'Esdras, à qui Dieu donna à boire une liqueur céleste qui lui donna la Sagesse, comme il est marqué dans le 7 livre d'Esdras.
3 Par les histoires de Raymond Lulle et de plusieurs autres grands philosophes qu'ils assurent avoir trouvé cette pierre philosophale.
4 Enfin, pour mieux couvrir du manteau de la piété leurs tromperies, ils disent que c'est un don de Dieu, qu'il ne donne qu'à ceux qui l'ont longtemps demandé et qui l'ont mérité par leurs travaux et par leurs prières.

88. Je vous ai rapporté les rêveries ou les illusions de cette science vaine, afin qu'on n'y soit pas trompé comme tant d'autres, car j'en sais qui, après avoir fait plusieurs dépenses inutiles et perdu beaucoup de temps à chercher ce secret, sous les plus beaux et pieux prétextes du monde, et de la manière la plus dévote, ont été enfin obligés de s'en repentir, en avouant leurs tromperies et leurs illusions. Je ne conviens pas que la pierre philosophale soit possible. Le savant Delrio l'assure et la prouve possible; d'autres la nient. Quoiqu'il en soit, il n'est pas convenable et il est même dangereux qu'un chrétien s'applique à la chercher. C'est faire injure à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, dans lequel sont tous les trésors de la Sagesse et de la science de Dieu, tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire. C'est désobéir au Saint-Esprit qui dit: "Altiora te ne quaesieris, Eccli 3: Ne cherchez point ce qui est au-dessus de vos forces'" [Si 3,22]

3. Conclusion

89. Demeurons-en donc à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et incarnée, hors duquel il n'y a qu'égarement, que mensonge et que mort: Ego sum via, veritas et vita. Voyons ses effets dans les âmes.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Mer 7 Oct 2015 - 15:51

CHAPITRE VIII



Effets merveilleux de la Sagesse éternelle dans les âmes de ceux qui la possèdent.


90. Cette beauté souveraine, étant naturellement amie du bien: amans bonum, particulièrement de celui de l'homme, son plus grand plaisir est de se communiquer. C'est pourquoi le Saint-Esprit dit qu'elle cherche, parmi les nations, des personnes dignes d'elle, et qu'elle se répand et transporte dans les âmes saintes: in animas sanctas se transfert, Sap. 7; et c'est cette communication de la Sagesse éternelle qui a fait les amis de Dieu et les prophètes.
Elle entra autrefois dans l'âme du serviteur de Dieu, Moïse, et lui communiqua une lumière abondante pour voir de grandes choses, et une force merveilleuse pour faire des miracles et remporter des victoires: Intravit in animam servi Dei, et stetit contra reges horrendos, in portentis et signis, Sap. 10.16.
Lorsque la divine Sagesse entre dans une âme, elle y apporte avec elle toutes sortes de biens et lui communique des richesses innomrables: Omnia bona mihi venerunt cum illa et innumerabilis honestas per manus illius, Sap. 11. C'est le témoignage que Salomon rend à la vérité, après avoir reçu la
Sagesse.

91. Parmi une infinité d'opérations que la Sagesse fait dans les âmes, souvent d'une manière si secrète que l'âme même ne s'en aperçoit pas, en voici quelques-unes des plus ordinaires:

92. La Sagesse éternelle communique son esprit tout de lumière à l'âme qui la possède: Optavi et datus est mihi sensus; et invocavi, et venit in me spiritus Sapientiae: J'ai désiré, et l'intelligence m'a été donnée; j'ai invoqué, et l'esprit de la Sagesse est venu en moi. C'est cet esprit subtil et pénétrant qui fait qu'un homme, à l'exemple de Salomon, juge de toutes choses avec un grand discernement et une grande pénétration: Acutus inveniar in judicio et in conspectu potentium admirabilis ero,Sap. 8: [Sg 8,11] A cause de la Sagesse qui m'a communiqué son esprit, on reconnaîtra la pénétration de mon esprit dans les jugements; les plus puissants seront surpris lorsqu'ils me verront.

93. Elle communique à l'homme la grande science des saints et les autres sciences naturelles, même les plus secrètes, quand elles lui sont convenables: Si multitudinem scientiae desiderat quis, scit praeterita et de futuris aestimat, scit versutias sermonum, et dissolutiones argumentorum, Sap. 8. [Sg 8,8]
Elle a donné à Jacob la science des saints: Dedit illi scientiam sanctorum, Sap. 10. [Sg 10,10]
Elle a donné à Salomon la science véritable de toute la nature: Dedit mihi horum quae sunt scientiam veram, Sap. 7.17. Elle lui a découvert une infinité de secrets, que personne avant lui n'avait connus: Quaecumque sunt absconsa et improvisa didici, Sap. 7. [Sg 7,21]

94. C'est dans cette source infinie de lumières que les plus grands docteurs de l'Eglise, entre autres saint Thomas d'Aquin, comme il l'avoue lui-même, ont puisé ces admirables connaissances qui les ont rendus recommendables. Et vous remarquerez que les lumières et lesconnaissances que donne la Sagesse ne sont pas des connaissances sèches, stériles et indévotes, mais des connaissances lumineuses, onctueuses, opérantes et pieuses, qui touchent et contentent le coeur en éclairant l'esprit.

95. La Sagesse ne donne pas seulement à l'homme ses lumières pour connaître la vérité, mais encore une capacité merveilleuse pour la faire connaître aux autres: Scientiam habet vocis: La Sagesse a la connaissance de ce qu'on dit, et elle communique la science de le bien dire, parce que c'est elle qui a ouvert la bouche à des muets et a rendu éloquents les langues des enfants: Quoniam Sapientia aperuit os mutorum, et linguas infantium fecit disertas. Sap.10.21.
Elle délia la langue de Moïse, qui était empêchée. Elle donna ses paroles aux prophètes pour arracher, pour détruire, pour dissiper, pour bâtir et pour planter: Dedi verba mea in ore tuo... ut evellas, et destruas, et disperdas, et dissipes, et aedifices et plantes, Jerem 1.10, quoiqu'ils avouassent qu'ils ne savaient d'eux-mêmes pas mieux parler que des enfants. Ce fut la Sagesse qui donna aux Apôtres la facilité de prêcher partout l'Evangile et annoncerles merveilles de Dieu: Locuentes... magnalia Dei.Sermone ditans guttura: Elle faisait de leur bouche un trésor de paroles.

Comme la divine Sagesse est parole dans l'éternité et dans le temps, elle a toujours parlé, et sur sa parole tout a été fait et tout a été réparé. Elle a parlé par les prophètes, par les Apôtres, et elle parlera jusqu'à la fin des siècles par la bouche de ceux à qui elle se donnera.

96. Mais les paroles que la divine Sagesse communique ne sont pas des paroles communes, naturelles et humaines; ce sont des paroles divines: vere verbum Dei. Ce sont des paroles fortes, touchantes, pénétrantes: penetrabilior omni gladio ancipiti; qui partent du coeur de celui par qui elle parle et qui vont jusqu'au coeur de celui qui l'écoute. C'est ce don de la Sagesse qu'avait reçu Salomon, lorsqu'il dit que Dieu lui avait fait la grâce de parler selon qu'il sentait dans son coeur: Mihi autem dedit Deus dicere ex sententia. [Sg 7,15]

97. Ce sont ces paroles que Notre-Seigneur promit à ses Apôtres: "Debo vobis os et Sapientiam cui non poterunt resistere ...: [Lc 21,15] je vous donnerai une telle facilité de parler, une telle Sagesse et force dans vos paroles, que tous vos ennemis ne pourront y résister." Oh! qu'il y a peu de prédicateurs, en ce temps, qui aient ce don ineffable de la parole, et qui puissent dire avec saint Paul: Loquimur Dei Sapientiam: nous parlons la Sagesse de Dieu." [1 Cor 2,7] Ils parlent, la plupart, selon les lumières naturelles de leur esprit, ou [selon] qu'ils l'ont puisé dans les livres, mais non pas ex sententia, selon que la divine Sagesse leur fait sentir, ou bien ex abundantia cordis, selon l'abondance divine que la Sagesse leur communique. C'est pourquoi on voit maintenant si peu de conversions opérées par la parole. Si un prédicateur avait véritablement reçu de la Sagesse ce don de parler, ses auditeurs à peine résisteraient- ils à ses paroles, comme autrefois: non poterant resistere Sapientiae et Spiritui qui loquebatur: ceux qui écoutaient ne pouvaient résister à la Sagesse et à l'Esprit qui parlait. Ce prédicateur parlerait tout ensemble avec tant de suavité et d'autorité quasi potestatem habens, que sa parole ne lui reviendrait point vide et sans effet.

98. La Sagesse éternelle étant l'objet de la félicité et des complaisances du Père éternel, lajoie des anges, elle est à l'homme qui la possède le principe des plus pures douceurs et consolations. Elle lui donne un goût pour tout ce qui est de Dieu, et lui fait perdre le goût des créatures. Elle réjouit son esprit par le brillant de ses lumières; elle verse dans son coeur une joie, une douceur et une paix indicibles, même parmi les amertumes et les tribulations les plus rudes, comme le témoigne saint Paul qui s'écriait: "In omni superabundo gaudio tribulatione nostra." (2 Corint.) Entrant dans ma maison, quoique je sois tout seul, dit Salomon, je trouverai un doux repos avec elle, car sa conversation n'a rien de désagréable, ni sa compagnie rien d'ennuyeux; mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie; et non seulement dans ma maison et dans son entretien, je trouvais de la joie, mais même en tous les lieux et en toutes choses, parce qu'elle marchait devant moi: Intrans in domum meam, conquiescam cum illa: quoniam non habet amaritudinem conversatio illius, nec taedium convictus illius, sed laetitiam et gaudium... Et laetatus sum in omnibus, quoniam antecedebat me ista Sapientia, Sap. [Sg 7,12] Il y a un saint et véritable plaisir dans son amitié: Et in amicitia illius delectatio bona, Sap 8; au lieu que les joies et les
plaisirs qu'on peut prendre dans les créatures ne sont que
l'apparence de plaisir et affliction d'esprit.

99. 4 Quand la Sagesse éternelle se communique à une âme, elle lui donne tous les dons du Saint-Esprit et toutes les grandes vertus dans un degré éminent, savoir: les vertus théologales: une foi vive, une espérance ferme, une charité ardente; les vertus cardinales: une tempérance réglée, une prudence consommée, une justice parfaite et une force invincible; les vertus morales: une religion parfaite, une humilité profonde, une douceur charmante, une obéissance aveugle, un détachement universel, une mortification continuelle, une oraison sublime, etc. Ce sont ces vertus admirables et ces dons célestes que le Saint-Esprit exprime divinement en peu de mots, quand il dit: "Si justitiam quis diligit, labor es hujus magnas habent virtutes: sobrietatem utilius nihil est in vita hominibus." Sap. 8.

100. 5 Enfin, comme il n'y a rien de plus actif que la Sagesse, omnibus enim mobilibusmobilior est, elle ne laisse point croupir dans la tiédeur et la négligence ceux qui ont son amitié. Elle les rend tout de flammes; elle leur inspire de grandes entreprises pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes; et pour les éprouver et les rendre plus dignes d'elle, elle leur procure de grands combats et elle leur réserve des contradictions et des traverses dans presque tout ce qu'ils entreprennent. Elle permet tantôt au démon de les tenter, tantôt au monde de les calomnier et de les mépriser, tantôt à leurs ennemis de les surmonter et abattre, tantôt à leurs amis et à leurs parents de les abandonner et de les trahir. Ici elle leur procure une perte de biens, là une maladie; ici une injure, là une tristesse et un abattement de coeur. Enfin elle les éprouve en toute manière dans le creuset de la tribulation comme l'or dans la fournaise. "Mais leur affliction, dit le Saint-Esprit, a été légère et leur récompense sera grande, parce que Dieu les a tentés et les a trouvés dignes de lui. Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise; il les a reçus comme une hostie d'holocauste, et il les regardera favorablement quand leur temps sera venu: Et si coram hominibus tormenta passi sunt, spes illorum immortalitate plena est. In paucis vexati, in multis bene disponentur: quoniam Deus tentavit eos, et invenit illos dignos se. Tanq uam aurum in fornace probavit illos, etquasi holocausti hostiam accepit illos, et in tempore erit respectus illorum." Sap.3.[Sg3,4-6]

C'est la Sagesse qui a enrichi le juste dans ses travaux et qui lui en a fait recueillir le fruit; c'est elle qui l'a aidé contre ceux qui voulaient le surprendre par leurs tromperies et qui l'a fait devenir riche. Elle l'a protégé contre ses ennemis; elle l'a défendu des séducteurs et elle l'a engagé dans un rude combat, afin qu'il demeurât victorieux et qu'il sût que la Sagesse est plus puissante que toute chose: Honestavit illum in laboribus et complevit labores illius; in fraude circumvenientium illum affluit illi, et honestum fecit illum. Custodivit illum ab inimicis, et a seductoribus tutavit illum et certamen forte dedit illi, ut vinceret, et sciret quoniam omnium potentior est Sapientia. Sap.10. [Sg 10,10-12]

101. Il est rapporté dans la vie du bienheureux Henri de Suzo, religieux de saint Dominique, que dans les désirs ardents qu'il avait de posséder la Sagesse éternelle, il s'offrit plusieurs fois à elle pour souffir toutes sortes de tourments, pourvu qu'il eût ses bonnes grâces. "Quoi! ne sais-tu pas, se
disait-il un jour à soi-même, que les amants épousent mille et mille souffrances pour celle qui est l'objet de leur amour? Les veilles leurs sont douces; les fatigues agréables, et le travail un repos, s'ils sont une fois assurés que leur personne qu'ils aiment s'en tiendra obligée et satisfaite. Si les hommes font ces choses pour contenter une charogne puante,ne rougis-tu pas de honte de chanceler en ta résolution d'avoir la Sagesse? Non, ô Sagesse éternelle, je ne reculerai jamais en votre amour, fallût-il m'engager dans les halliers et les épines par-dessus la tête, afin d'arriver au lieu de votre séjour; fallût-il être le théâtre de mille cruautés en mon corps et en mon âme, je priserai votre amitié plus que toutes choses, et vous régnerez absolument sur toutes mes affections."

102. Quelques jours après qu'il était en voyage, il tomba entre les mains de voleurs, qui le battirent et le mirent dans un état si pitoyable, qu'eux-mêmes en avaient pitié. Alors Henri de Suzo, se voyant en cet état, abandonné de tout secours, tomba dans une noire mélancolie, oublia sa résolution d'être courageux dans les afflictions et se met à pleurer et à penser pourquoi Dieu l'affligeait ainsi. Le sommeil le prit dans cette pensée où il s'entretenait, et sur le matin, vers le point du jour, il entendit une voix qui lui faisait cette réprimande: "Voici donc notre soldat qui tranche les montagnes, qui grimpe sur les rochers, qui enfonce les citadelles, qui tue et qui met en pièces tous ses ennemis lorsqu'il est en prospérité, et n'a pas après ni courage, ni
bras, ni jambes dans l'adversité. C'est un lion au temps de la consolation, et un cerf craintif dans la tribulation: la Sagesse ne donne point son amitié à ces poltrons et à ces lâches." Le bienheureux Henri, à ces réprimandes, confesse la faute qu'il avait faite de s'affliger à l'excès, et supplie en même temps la Sagesse de lui permettre de pleurer et de décharger son coeur oppressé, par ses yeux. "Non, non, repliqua cette voix, tous les habitants du ciel ne feraient aucune estime de toi, si, comme un enfant et une femme, tu t'abandonnais aux larmes; essuie tes yeux et montre un visage serein."

103. Ainsi la croix est le partage et la récompense de ceux qui désirent ou possèdent la Sagesse éternelle. Mais cetteaimable souveraine, qui fait tout avec nombre, poids et mesure, ne donne des croix à ses amis qu'à proportion de leurs forces, et elle répand tellement sur ces croix l'onction de ses douceurs, qu'ils en font leurs délices.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Ven 9 Oct 2015 - 14:45

CHAPITRE IX

L'incarnation et la vie de la Sagesse éternelle.

L'Incarnation de la Sagesse Éternelle

104. Le Verbe éternel, la Sagesse éternelle, ayant résolu dans le grand conseil de la Sainte-Trinité, de se faire homme pour réparer l'homme perdu, fit connaître à Adam, comme il est croyable, et promit aux anciens patriarches, comme la sainte Écriture le marque, qu'il se ferait homme pour racheter le monde. C'est pourquoi, pendant les quatre mille ans qui se sont écoulés depuis la création du monde, tous les saints personnages de l'ancienne loi ont demandé le Messie avec d'instantes prières. Ils gémissaient, il pleuraient, ils s'écriaient: "O nues, pleuvez le juste! ô terre, germez le Sauveur! O Sapientia, quae exore Altissimi prodiisti, veni ad liberandum nos."
Mais leurs cris, leurs prières et leurs sacrifices n'avaient pas assez de force pour attirer la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, du sein de son Père. Ils levaient leurs bras vers le ciel; mais ils n'étaient pas assez longs pour atteindre jusqu'au trône du Très-Haut. Ils faisaient continuellement des sacrifices même de leurs cœurs à Dieu; mais ils n'étaient pas d'un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces.

105. Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé [et] la Sagesse éternelle se fit elle-même une maison, une demeure digne d'elle: Sapientia aedificavit sibi domum. [Pr 9,1] Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers. Il est impossible d'exprimer d'un côté les ineffables communications de la Très Sainte-Trinité à cette belle créature, et, de l'autre, la fidélité avec laquelle elle correspondit aux grâces de son Créateur.

106. Le torrent impétueux de la bonté infinie de Dieu, arrêté violemment par les péchés des hommes depuis le commencement du monde, se décharge avec impétuosité et en plénitude dans le cœur de Marie. La Sagesse éternelle lui donne toutes les grâces qu'Adam et tous ses descendants, s'ils étaient demeurés dans la justice originelle, auraient reçues de sa libéralité.
Enfin toute la plénitude de la divinité, dit un saint, se répand en Marie, autant qu'une pure créature en est capable. O Marie, ô chef-d'œuvre du Très-Haut, ô miracle de la Sagesse éternelle, ô prodige de la Toute-Puissance, ô abîme de la grâce, il n'y a, je l'avoue avec tous les saints, il n'y a que celui qui vous a créée qui connaisse la hauteur, l'étendue et la profondeur des grâces qu'il vous a faites.

107. La divine Marie eut en quatorze ans de vie de si grands accroissements dans la grâce et la sagesse de Dieu, une fidélité si parfaite à son amour, qu'elle ravit en admiration non seulement tous les Anges, mais encore Dieu même. Son humilité profonde jusqu'au néant le charma; sa pureté toute divine l'attira, sa foi vive et ses prières fréquentes le forcèrent. La Sagesse est amoureusement vaincue par de si amoureuses recherches: "O quantus amor illius, s'écrie saint Augustin, qui vincit omnipotentem! Oh! quel fut l'amour de Marie qui a vaincu le Tout-Puissant!" Chose étonnante, cette Sagesse, du sein de son Père, voulant descendre dans le sein d'une Vierge pour s'y coucher parmi les lis de sa pureté et se donner tout à elle, en se faisant homme en elle, lui dépêcha l'archange Gabriel pour la saluer de sa part, lui marquer qu'elle a gagné son cœur, et qu'elle désirait [se] faire homme en elle, pourvu qu'elle y donnât son consentement. L'archange exécuta sa commission, assura Marie qu'elle demeurerait vierge en devenant mère, et gagne, de son cœur, malgré les résistances de son humilité profonde, le consentement ineffable que la Sainte-Trinité avec tous les anges et tout l'univers attendaient depuis tant de siècles, lorsqu'en s'humiliant devant son Créateur elle dit: "Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole!"

108. Regardez qu'au même instant que Marie consentit à être la mère de Dieu, il se fit plusieurs prodiges. Le Saint-Esprit forma du plus pur sang du cœur de Marie un petit corps, il l'organisa parfaitement; Dieu créa l'âme la plus parfaite qu'il eût jamais créée. La Sagesse éternelle ou le Fils de Dieu s'unit, en vérité de personne, à ce corps et à cette âme. Et voilà la grande merveille du ciel et de la terre, l'excès prodigieux de l'amour de Dieu: Verbum caro factunm est: Le Verbe s'est fait chair; la Sagesse éternelle s'est incarnée. Dieu est devenu homme, sans cesser d'être Dieu; cet Homme-Dieu s'appelle Jésus-Christ, c'est-à-dire Sauveur.

2. La vie de la Sagesse incarnée

Et en voici l'abrégé de sa vie divine:

109. 1. Il voulut naître d'une femme mariée, bien qu'en effet elle fût vierge, afin qu'on ne lui pût reprocher d'être sorti d'une conjonction adultère, ou pour d'autres raisons très importantes que les Saints Pères nous apprennent. Sa conception fut annoncée par l'ange Gabriel, comme nous venons de le dire. Il devint enfant d'Adam, sans être héritier de sa faute.

110. 2. On eut cette conception un jour de vendredi, 25 [de] mars; et le vingt cinq de décembre, le Sauveur du monde naquit dans la ville de Bethléem, dans une pauvre étable, où une crèche lui servit de berceau. Un ange annonça à des pasteurs, qui gardaient leurs troupeaux à la campagne, que le Sauveur était né, et leur recommanda de l'aller adorer à Bethléem; et en même temps ils ouïrent une musique céleste des anges qui chantaient: "Gloire à Dieu dans les cieux et en terre la paix aux hommes de bonne volonté."

111. 3. Le 8 jour, il fut circoncis, selon la loi de Moïse, bien qu'il n'[y] fût point sujet, et il reçut le nom de Jésus, venu du ciel. Trois Mages, venus d'Orient, le vinrent adorer, avertis par l'apparition d'une étoile extraordinaire qui les conduisit à Bethléem. Cette fête s'appelle Épiphanie, c'est-à- dire manifestation de Dieu, le 6 de janvier.

112. 4. Il voulut lui-même s'offrir au Temple quarante jours après sa naissance, et observer tout ce que la loi de Moïse ordonnait pour le rachat des premiers-nés. Quelque temps après, l'ange avertit saint Joseph, époux de la Sainte Vierge, de prendre l'Enfant Jésus et sa mère, et de fuir en Égypte, pour éviter la fureur d'Hérode: ce qu'il fit. Quelques auteurs tiennent que Notre-Seigneur fut deux ans en Égypte; d'autres trois; d'autres, comme Baronius, jusqu'à huit. Sa présence sanctifia tout ce pays pour être digne d'être peuplé partout de saints anachorètes, comme on a vu depuis. Eusèbe dit qu'à l'entrée de Jésus-Christ les démons prirent la fuite, et saint Athanase, que les idoles tombèrent.

113. 5. A l'âge de douze ans, le Fils de Dieu disputa au milieu des docteurs avec tant de sagesse, qu'il ravit en admiration tous ses auditeurs. Après cette action, l'histoire sainte ne parle plus de lui jusqu'à son baptême, qui fut la trentième année de sa vie; après lequel il se retira au désert, y jeûna quarante jours, sans boire ni manger. Il y combattit le démon, et il en demeura victorieux.

114. 6. Après cela il commença de prêcher dans la Judée, d'appeler les Apôtres et d'opérer toutes ces merveilles adorables dont le texte sacré fait mention. Il me suffit de remarquer qu'en la troisième année de sa prédication et la trente-troisième de son âge, Jésus ressuscita le Lazare; qu'il fit son entrée triomphante dans la ville de Jérusalem le 29 de mars, et que, le 2 jour d'avril suivant, qui était un jeudi, [1]4 jour du mois [de] Nisan, il fit la Pâque avec ses disciples, lava les pieds à ses Apôtres et institua le très saint sacrement de l'Eucharistie sous les espèces du pain et du vin.

115. 7. Le soir de ce jour, il fut pris par ses ennemis, conduits par le traître Judas. Le lendemain, 3 avril, nonobstant la fête, on le condamna à mort, après qu'on l'eut fouetté, couronné d'épines et traité avec une ignominie extrême. Le même jour il fut conduit sur le Calvaire et cloué sur une croix entre deux scélérats; et c'est de cette façon que le Dieu de l'innocence voulut mourir de la plus honteuses de toutes les morts et endurer le tourment dû à un voleur nommé Barrabas, que les Juifs lui avaient préféré. Les anciens Pères entendent que Jésus-Christ fut attaché à la croix avec quatre clous, et que du milieu de la croix il sortait un bois en forme de siège, sur lequel son corps reposait.

116. 8. Le Sauveur du monde, après trois heures de vie languissante, expira dans la 33 année de son âge. Joseph d'Arimathie eut le courage de demander son corps à Pilate, et il le mit dans un monument qu'il avait fait bâtir de nouveau. Mais il ne faut pas oublier que la nature témoigna de la douleur qu'elle avait de la mort de son auteur par divers prodiges qui arrivèrent au moment que Jésus expira. Il ressuscita le 5 avril et (s')apparut plusieurs fois à sa sainte Mère et à ses disciples, pendant quarante jours, jusqu'au jeudi 14 mai, qu'il conduisit ses disciples sur le mont des Oliviers, et là, en leur présence il monta par sa propre vertu dans les cieux, à la droite de son Père, laissant les vestiges de ses sacrés pieds sur la terre.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Ven 9 Oct 2015 - 14:48

CHAPITRE XI



La douceur de la conduite de la Sagesse incarnée.

6. Elle est douce en toute sa conduite

123. Jésus enfin est doux en ses actions et en toute la conduite de sa vie: dulcis in opere. Il a bien fait toutes ses actions: omnia bene fecit; c'est-à-dire que tout ce qu'a fait Jésus-Christ est fait avec tant dejustesse, de sagesse, de sainteté et de douceur, qu'on n'y peut remarquer aucun défaut ni aucune difformité. Voyons avec [quelle] douceur cette aimable Sagesse incarnée se comportait en toute sa conduite.

124. Les pauvres et les petits enfants la suivaient partout comme leur semblable; ils voyaient en ce cher Sauveur tant de simplicité, de bénignité, de condescendance et de charité, qu'ils faisaient la presse pour l'approcher. Un jour qu'il était à prêcher dans une rue, les enfants, qui avaient coutume d'être auprès de lui, firent la presse par derrière; les Apôtres, qui étaient les plus proches de Notre-Seigneur, les repoussèrent. Jésus s'en aperçut, reprit ses Apôtres et leur dit: "Sinite parvulos ad me venire. Laissez venir à moi ces chers petits enfants." Quand il furent auprès de lui, il les embrassa et les bénit. Oh! quelle douceur et bénignité! Les pauvres, le voyant habillé pauvrement et simple en toutes ses manières, sans faste ni sans fierté, ne se plaisaient qu'en sa compagnie, prenaient partout sa défense contre les riches et les orgueilleux qui le calomniaient et le persécutaient; et lui, de son côté, leur donnait en toute rencontre mille louanges et bénédictions.

125. Mais qui pourra expliquer la douceur de Jésus envers les pauvres pécheurs? Avec quelle douceur traitait[-il] Madeleine la pécheresse, avec quelle douce condescendance convertit[-il] la Samaritaine, avec quelle miséricorde pardonnait[-il] à la femme adultère; avec quelle charité allait-il manger chez les pécheurs publics pour les gagner! Ses ennemis ne prirent-ils pas occasion de cette grande douceur de le persécuter en disant qu'il faisait par sa douceur transgresser la loi de Moïse, et en l'appelant comme par injure l'ami des pécheurs et des publicains? Avec quelle bonté et humilité tâcha-t-il de gagner le cœur de Judas qui le voulait trahir, en lui lavant les pieds et en l'appelant son ami! Enfin avec quelle charité demanda-t-il pardon à Dieu son Père pour ses bourreaux, en les excusant à cause de leur ignorance!

126. Oh! que Jésus la Sagesse incarnée est belle, douce et charitable! Qu'elle est belle dans l'éternité, puisqu'elle est la splendeur de son Père, le miroir sans tache et l'image de sa bonté, plus belle que le soleil et plus brillante que la lumière même! Qu'elle est belle dans le temps, puisqu'elle a été formée par le Saint-Esprit, pure, sans aucun péché, et belle, sans aucune tache; puisqu'elle a charmé pendant sa vie les yeux et les cœurs des hommes, puisqu'elle est à présent la gloire des anges; qu'elle est tendre et douce envers les hommes, et particulièrement les pauvres pécheurs, qu'elle est venue chercher dans le monde visiblement, et qu'elle cherche tous les jours invisiblement!

7. Elle est encore douce dans la gloire


127. Et qu'on ne s'imagine pas que Jésus, pour être maintenant triomphant et glorieux, en soit moins doux et condescendant; au contraire, sa gloire perfectionne, en quelque manière, sa douceur: il n'a pas tant de désir de paraître que de pardonner, d'étaler les richesses de sa gloire que celles de ses miséricordes.

128. Qu'on lise les histoires, on verra que, quand cette Sagesse incarnée et glorieuse a apparu à ses amis, elle leur a apparu non d'une manière tonnante et foudroyante, mais d'une manière douce et bénigne; elle n'a pas pris la majesté d'une souveraine et du Dieu des armées, mais la tendresse d'un époux et la douceur d'un ami. Elle s'est quelquefois fait voir dans l'Eucharistie; mais je ne me souviens pas avoir lu qu'elle y soit apparue autrement que sous la forme d'un doux et bel enfant.

129. Il y a quelque temps qu'un malheureux, de rage de ce qu'il avait perdu son argent au jeu, tira son épée contre le ciel et s'en prit à Notre-Seigneur de ce qu'il avait perdu son argent. Chose étonnante! au lieu que les foudres et les carreaux devaient tomber sur lui, voici venir du ciel un petit papier voltigeant autour de lui. Il est surpris, il prend le papier, il l'ouvre et il y lit: "Miserere mei Deus, Seigneur Dieu, ayez pitié de moi!" L'épée lui tomba des mains; il est touché jusqu'au fond du cœur; il se jette par terre et crie miséricorde.

130. Saint Denis l'Aréopagite rapporte qu'un évêque nommé Carpus, ayant converti un idolâtre avec beaucoup de peine et ayant appris qu'un [autre] idolâtre l'avait en un moment fait renoncer à sa foi, fit à Dieu pendant toute une nuit des instantes prières afin qu'il tirât vengeance d'une telle injure qu'on faisait à sa majesté, en punissant les coupables. Lorsqu'il était dans la plus ardente chaleur de son zèle et de sa prière, il vit tout d'un coup la terre s'ouvrir, et il vit, sur le bord de l'enfer, cet apostat et cet idolâtre que les démons tâchaient d'y faire tomber. Il lève les yeux en haut, il voit le ciel s'ouvrir, et venir Jésus-Christ à soi avec une multitude d'anges, qui lui dit: Carpus, tu me demandes vengeance; tu ne me connais pas. Sais-tu ce que tu me demandes et ce que les pécheurs m'ont coûté? Pourquoi veux-tu que je les perde? Je les aime tant, que je serais prêt de mourir une seconde fois pour chacun d'eux, s'il était besoin. Puis Notre-Seigneur, s'approchant de Carpus et lui montrant ses épaules découvertes, lui dit: Carpus, si tu veux te venger, frappe plutôt sur moi que sur ces pauvres pécheurs.

131. Après cela, n'aimerons-nous pas cette Sagesse éternelle qui nous a plus aimés et nous aime encore plus que sa vie, et dont la beauté et la douceur surpassent tout ce qu'il y a de plus beau et de plus doux au ciel et sur la terre!

132. Il est rapporté dans la vie du [Bienheureux] Henri de Suzo, que la Sagesse éternelle, qu'il désirait ardemment, lui apparut un jour en cette manière. Elle prit une forme corporelle entourée d'une claire et transparente nuée, assise sur un trône d'ivoire et jetant un éclat, de sa face et de ses yeux, pareil aux rayons du plein midi; sa couronne était l'éternité; sa robe, sa félicité; sa parole, suavité; et ses embrassements causaient la plénitude de tous les bienheureux. Henri la vit en cet appareil, et ce qui l'étonna davantage, c'est que tantôt elle paraissait une jeune fille qui était le miracle du ciel et de la terre en beauté, et tantôt un jeune homme qui semblait avoir épousé toutes les beautés créées pour s'en peindre le visage; tantôt il la voyait hausser la tête par-dessus les cieux, et en même temps fouler de ses pieds les abîmes de la terre; tantôt il la voyait éloignée de lui, et tantôt s'approcher, tantôt majestueuse, et tantôt condescendante, bénigne, douce et pleine de tendresse envers tous ceux qui l'abordaient. Lorsqu'elle lui paraissait de la sorte, elle se tourna vers lui, et, lui faisant un souris agréable, elle lui dit: "Mon fils, donne-moi ton coeur." En même temps Henri se jeta à ses pieds et lui fit un don irrévocable de son coeur. A l'exemple de ce saint personnage, faisons à la Sagesse éternelle et incarnée un don irrévocable de notre coeur, qui est tout ce qu'elle nous demande.

avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Lun 19 Oct 2015 - 18:40

CHAPITRE XII


Les principaux oracles de laSagesse incarnée qu'il faut croire et pratiquer pour être sauvés.

133. 1. Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même et qu'il porte sa croix tous les jours et me suive. Luc c. 9 [23].
2. Si quelqu'un m'aime, il gardera mes commandements; et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui. Jean 4 [14.23]
3. Si vous présentez votre offrande à l'autel et que vous vous souveniez que votre frère est piqué contre vous, laissez votre offrande devant l'autel et allez vous réconcilier. Matt. 5 [23-24].

134. 4. Si quelqu'un vient à moi, [et] s'il ne hait pas son père et sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même son âme, il ne peut être mon disciple . Luc 14 [26].
5. Quiconque aura quitté sa maison ou ses frères, ses enfants ou ses héritages, pour l'amour de moi, il recevra le centuple et possédera la vie éternelle. Matt. 19 [29].
6. Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel. Matt. 19 [21].

135.7. Tous ceux qui me crient: Seigneur,Seigneur n'entreront pas au royaune des cieux; mais celui qui fait la volonté de mon Père céleste y entrera. Matt. 7 [31].
8. Quiconque entend mes paroles et les exécute sera semblable à un homme qui a bâti sur le rocher ferme. Matt. 7 [24].
9. Je vous dis en vérité: Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme des enfants, vous n'entrerez point au royaume des cieux. Matt. 18 [3].
10. Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos dans vos âmes. Matt. 11 [29].

136. 11. Quand vous priez, prenez garde à ne pas être semblable à ces hypocrites, qui aiment fort de prier debout au milieu de leur synagogue, afin que les hommes les voient. Matt. 6 [5].
12. Que vous sert-il de parler beaucoup en priant, puisque votre Père céleste connaît vos nécessités avant que vous les lui proposiez. Matt. 6 [7-8].
13. Quand vous vous disposez à faire vos prières, pardonnez aux autres le tort qu'ils vous ont fait, afin que votre Père qui est aux cieux vous fasse miséricorde. Luc 11 [Mc 11,25].
14. Tout ce que vous demanderez à Dieu en vos prières, croyez que vous le recevrez, et vous le recevrez en effet. Marc 11 [24].

137. 15. Quand vous jeûnez, ne soyez pas semblable à ces hypocrites tristes qui paraissent avec un visage exténué, afin que les hommes connaissent leur jeûne. Je vous dis en vérité qu'ils ont déjà leur récompense. Matt. 6 [16].

138. 16. Le ciel se réjouira plus de voir un pécheur faire pénitence que de voir quatre-vingt-dix-neuf justes qui ne font point pénitence. Luc 15 [7].
17. Je ne suis pas venu pour appeler les justes, mais pour appeler les pécheurs et les attirer à la pénitence. Luc 5 [32].

139. 18. Bienheureux sont ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Matt. 6 [5, 10].
19. Vous serez bienheureux quand les hommes vous haïront et vous tiendront indignes de leur compagnie à cause du Fils de l'homme; réjouissez-vous, car votre récompense sera grande dans les cieux. Luc 6 [22-23].
20. Si le monde vous hait et vous persécute, sachez qu'il m'a eu en haine devant vous. Si vous eussiez été du monde, le monde vous eût aimé comme siens; mais parce que je vous ai choisis, il vous hait. Jean 15 [18-19]

140. 21. Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et chargés, et je vous consolerai. Matt. 22 [11,28]
22. Je suis le pain de vie qui suis descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donne est ma chair. Jean 6 [51-52].
23. Ma chair est une vraie nourriture, et mon sang un vrai breuvage. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Jean 6 [56-57].

141. 24. Tous les hommes vous haïront à cause de moi; mais je vous promets qu'un seul de vos cheveux ne tombera pas de votre tête que je n'en aie soin. Luc 21 [17-18].

142. 25. Personne [ne] peut servir deux maîtres; ou il en haïra l'un et aimera l'autre, ou il en supportera un et méprisera l'autre. Matt 6 [24].

143. 26. Les mauvaises pensées, qui viennent du coeur comme de leur source, souillent la conscience de l'homme; mais manger sans laver ses mains ne peut pas le souiller. Matt. 15 [19-20].
27. L'homme de bien tire de son bon trésor de son coeur ce qui est bon, et le mauvais ne peut prendre de son mauvais trésor que ce qui n'est pas bon. Matt. 12 [35].

144. 28. Personne n'est digne du royaume de Dieu si, mettant la main à la charrue, il regarde derrière soi. Luc 9 [62].
29. Tous les cheveux de votre tête sont comptés, ne craignez point, vous êtes plus considérés que les petits oiseaux. Luc 10 [12,7].
30. Dieu n'a pas envoyé son Fils au monde afin qu'il juge et condamne le monde, mais afin qu'il le sauve. Jean 3 [17].

145. 31. Tout homme qui fait le mal ne peut supporter la lumière, crainte que ses oeuvres ne soient censurées. Jean 3 [20].
32. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. Jean 4 [24].
33. C'est l'esprit qui donne la vie à tout, et la chair ne profite de rien; les paroles que je vous ai dites sont des paroles de vie. Jean 6 [64].
34. Quiconque fait le péché se rend serviteur et esclave du péché, et le serviteur ne demeurera pas toujours en la maison. Jean 8 [34-35].
35. Qui est fidèle dans les petites choses est fidèle dans les plus grandes, et qui est injusteen peu est encore injuste quand il s'agit [de] davantage. Luc 16 [10].
36. Il est plus facile que le ciel et la terre périsse[nt], qu'un seul iota de la loi ne soit point accompli. Luc 16 [17].
37. Faites en sorte que vos actions soient actions de lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père, qui est dans les cieux. Matt. 5 [10].

146. 38. Si votre justice n'est pas plus grande que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez jamais au royaume des cieux. Matt. 5 [20].
39. Si votre oeil vous scandalise, arrachez-le; car il vous est plus expédient de perdre un de vos membres que de souffrir qu'on jette tout votre corps dans l'enfer. Matt. 5 [23].
40. Le royaume des cieux souffre violence, et il n'y a que les violents qui le ravissent. Matt 11 [12].
41. N'amassez point des trésors en la terre, où la teigne et la rouille peuvent les corrompre, où les voleurs peuvent les dérober; mais amassez des trésors au ciel, où les larrons ne peuvent pas vous les ôter. Matt 6 [19-20]
42. Ne jugez pas, afin que vous nesoyez pas jugés; le même jugement que vous ferez aux autres, on le fera de vous. Matt 9 [7,1-2].

147. 43. Prenez garde aux faux prophètes qui viennent à vous couverts d'une peau de brebis, et qui, au dedans de leur coeur, sont des loups ravissants; vous les connaîtrez par leurs fruits. Matt 7 [15-16].
44. Prenez garde de ne pas mépriser un des plus petis enfants, car leurs anges voient la face de mon Père, qui est dans les cieux. Matt. 18 [10].
45. Veillez, car vous ne savez ni l'heure ni le jour que le Seigneur viendra. Matt. 25 [13].

148. 46. Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps; mais craignez celui qui peut tuer le corps et jeter l'âme dans les enfers. Luc 12 [4-5].
47. Ne vous inquiétez point de ce que vous devez manger ou de ce qui doit couvrir votre corps; votre Père céleste sait bien ce qui vous est nécessaire. Luc 12 [22,30].
48. Il n'est rien de caché qui ne soit découvert , et rien de couvert qui ne soit révélé. Luc 5 [8,17].

149. 49. Quiconque veut être le plus grand parmi vous doit être le serviteur de tous; et qui veut être le premier doit servir comme le dernier. Matt. 20 [26-27].
50. Qu'il est difficile que ceux qui ont de l'argent entre[nt] dans le royaume des cieux. Marc 10 [23].
51. Il est plus facile de faire passer un chameau par le trou d'une aiguille qu'un riche entre dans le royaume de Dieu. Luc 10 [18,25].
52. Et moi je vous dis: Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Matt. 5 [44].
53. Malheur à vous, riches, parce que vous avez votre consolation en ce monde. Luc 6,24.

150. 54. Entrez par la porte étroite, parce que la porte et le chemin qui conduit à la perdition est large et spacieuse et il y a beaucoup de personnes qui y entrent. Que la porte et le chemin qui conduit à la vie est étroite et qu'il y a peu qui la trouvent. Matt. 7 [13-14].
55. Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers; car plusieurs sont appelés et peu sont élus. Matt. 20 [16].
C'est un plus grand honneur de donner que de recevoir. Act. 20 [35].
56. Si quelqu'un vous donne un soufflet sur une joue, présentez-lui l'autre, et à celui quiveut vous faire un procès pour avoir votre robe, donnez encore votre manteau. Matt 5 [39-40].
57. Il faut toujours prier et ne point s'en lasser. Luc 18 [1].
Veillez et priez, de peur que vous n'entriez point en tentation. Matt. 26 [41].
58. Tous ceux qui s'élèvent seront humiliés, et toux ceux qui s'humilient seront élevés. Luc 14 [11].
59. Faites l'aumône, et toutes choses sont ... [pures pour vous. Lc 11,41].
60. Si votre main ou votre pied est une occasion de péché, coupez-les et les jetez loin de vous. Si votre oeil vous est une occasion de péché, arrachez-le et le jetez loin de vous; car il vaut mieux que vous entriez dans le ciel n'ayant qu'une main, qu'un pied et qu'un oeil, que de tomber en enfer avec deux mains, deux pieds et deux yeux. Matt 18 [9].
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Lun 19 Oct 2015 - 18:43

[61.] LES HUIT BEATITUDES.

151. 1. Bienheureux les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux leur appartient;
2. Bienheureux les débonnaires, car ils posséderont la terre;
3. Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés;
4. Bienheureux ceux qui ont fain et soif de la justice, car ils seront rassasiés;
5. Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde;
6. Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront
Dieu;
7. Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu;
8. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux [Mt 5,3-10].

152. 62. Je vous rends grâces, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents du siècle, et de ce que vous les avez révélées aux humbles et aux petits; oui, mon Père, parce que ça a été votre bon plaisir [Mt 11,25-26].

153. Voilà l'abrégé des grandes et importantes vérités que la Sagesse éternelle est venue elle-même nous enseigner sur la terre, après les avoir pratiquées la première, afin de nous retirer de l'aveuglement et des égarements où nos péchés nous avaient jetés.
Bienheureux ceux qui ont l'intelligence de ces vérités éternelles.
Plus heureux ceux qui les croient.
Mais très heureux ceux qui les croient, les pratiquent et les enseignent aux autres; car ils brilleront dans le ciel comme des étoiles dans toute l'éternité.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Lun 19 Oct 2015 - 18:48

CHAPITRE XIII



Abrégé des douleurs inexplicables que la Sagesse incarnée a voulu souffrir pour notre amour.

1. La raison la plus puissante d'aimer la Sagesse

154. Entre toutes les raisons qui nous peuvent exciter à aimer Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, la plus puissante à mon avis [ce] sont les douleurs qu'il a voulu souffrir pour nous témoigner son amour.
"Il y a, dit saint Bernard, un motif qui l'emporte par- dessus tous, que me pique plus sensiblement et me presse d'aimer Jésus-Christ, c'est, ô bon Jésus, le calice d'amertume que vous avez bu pour nous, et l'oeuvre de notre rédemption qui vous rend aimable à nos coeurs; car ce souverain bienfait et ce témoignage incomparable de votre amour acquiert aisément le nôtre: il nous attire plus doucement, il nous demande plus justement, il nous presse plus étroitement et il nous touche plus puissamment: Hoc est quod nostram devotionem et blandius allicit et justius exigit etarctius stringit et afficit vehementius." Et la raison qu'il en donne en peu de mots: "Multum quippe laboravit sustinens: parce que ce cher Sauveur a beaucoup travaillé et beaucoup souffert pour venir à bout de nous racheter. Oh! combien de peines et d'angoisses il a essuyées!"

2. Les circonstances de la Passion de la Sagesse

155. Mais ce qui nous fera voir clairement cet amour infini de la Sagesse pour nous, sont les circonstances qui se rencontrent en ses souffrances, dont la première est l'excellence de sa personne qui, étant infinie, élève infiniment tout ce qu'elle a souffert en sa passion. Si Dieu eût envoyé un séraphin ou un ange du dernier ordre pour se faire homme et mourir pour nous, c'eût été, sans doute, une chose très admirable et digne de nos reconnaissances éternelles; mais le Créateur du ciel et de la terre, le Fils unique de Dieu, la Sagesse éternelle, étant venue elle-même donner sa vie, auprès de laquelle les vies de tous les anges et de tous les hommes et de toues les créatures ensemble sont infiniment moins considérables que la vie d'un seul moucheron comparé à celle de tous les monarques du monde, quel excès de charité nous fait-il voir en ce mystère, et quel doit être notre étonnement et notre reconnaissance!

156. La seconde circonstance est la qualité des personnes pour lesquelles il souffre. Ce sont des hommes, de viles créatures et ses ennemis, dont il n'avait rien à craindre ni rien à espérer. Il s'est trouvé quelquefois des amis qui sont morts pour leurs amis; mais trouvera-t-on jamais autre que le Fils de Dieu qui soit mort pour son ennemi?
Commendat charitatem suam [Deus] in nobis; quoniam cum adhuc peccatores essemus secundum tempus Christus pro nobis mortuus est. [Rm 5,8-9]. Jésus-Christ a fait paraître l'amour qu'il nous porte en mourant pur nous, lors même qui nous étions encore pécheurs et par conséquent ses ennemis.

157. La troisième circonstance, c'est la multitude, la grièveté et la durée de ses souffrances. La multitude de ses douleurs est si grande qu'il est appelé: vir dolorum, l'homme de toutes les douleurs, dans lequel, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y a pas une partie sans blessure: a planta pedis usque ad verticem, non est in eo sanitas. [Is 1,6]
Ce cher ami de nos âmes a souffert en toutes choses: dans l'extérieur et dans l'intérieur, dans le corps et dans l'âme.

158. Il a souffert en ses biens, car sans parler de la pauvreté de sa naissance, de sa fuite et de sa demeure en Égypte et de toute sa vie, il fut en sa Passion dépouillé de ses habits par les soldats qui les partagèrent entre eux, et puis attaché tout nu au gibet, sans qu'on lui laissât un pauvre haillon pour le couvrir.

159. En son honneur et en sa réputation, pour avoir été chargé d'opprobres, et appelé blasphémateur, séditieux, ivrogne, gourmand et endiablé.
En [sa] sagesse, parce qu'il fut tenu pour [un] ivrogne et un imposteur et traité comme un fol et un insensé.
En sa puissance: réputé comme un enchanteur et un magicien, qui faisait de faux miracles par l'intelligence qu'il avait avec le diable.
En ses disciples dont l'un le vendit et le trahit, le premier d'entre eux le renia, et les autres l'abandonnèrent.

160. Il souffrit de toutes sortes de personnes: des rois, des gouverneurs, des juges, des courtisans, des soldats, des pontifes, des prêtres, des ecclésiastiques et des séculiers, des Juifs et des Gentils, des hommes et des femmes, et généralement de tous; sa sainte Mère même lui fut un terrible surcroît d'afflictions, la voyant présente à sa mort, noyée dans un océan de tristesses au pied de la croix.

161. Notre cher Sauveur a de plus enduré en tous les membres de son corps: sa tête fut couronnée d'épines, ses cheveux et sa barbe arrachés, ses joues souffletées, son visage couvert de crachats, son col et ses bras étreints de cordes, ses épaules accablées et écorchées par le poids de la croix, ses pieds et ses mains percés de clous, son côté et son coeur ouverts d'une lance, et tout son corps déchiré sans pitié de plus de cinq mille coups de fouets, en sorte qu'on lui voyait les os à demi décharnés. Tous ses sens furent encore noyés en cette mer de douleurs: ses yeux, en voyant les grimaces et les moqueries de ses ennemis et les larmes de la désolation de ses amis; ses oreilles, en entendant les injures, les faux témoignages, les calomnies et les horribles blasphèmes que ces bouches maudites vomissaient contre lui; son odorat, par l'infection des crachats qu'on lui vomit au visage; son goût, par une très ardente soif en laquelle on ne lui donna que du fiel et du vinaigre; et les sens du toucher, par les excessives douleurs que lui firent les fouets, les épines et les clous.

162. Sa très sainte âme fut très grièvement tourmentée des péchés de tous les hommes, comme [d']autant d'outrages faits à son Père qu'il aimait infiniment, et comme la source de la damnation de tant d'âmes qui, malgré sa mort et Passion, seraient damnées; et elle avait compassion, non seulement de tous les hommes en général, mais de chacun en particulier, qu'elle connaissait distinctement. Ce qui augmenta tous ses tourments, ce fut leur durée, qui commença depuis le premier instant de sa conception et dura jusqu'à sa mort; parce que, par la lumière infinie de sa sagesse, il voyait distinctement et avait toujours présents tous les maux qu'il devait endurer.
Ajoutons à tous ses tourments le plus cruel et le plus épouvantable de tous, qui fut son abandon sur la croix, lorsqu'il s'écria: "Deus [meus], Deus meus, ut quid dereliquisti me: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous quitté, pourquoi m'avez-vous abandonné?"

3. L'affection extrême de la Sagesse dans ses douleurs

163. De tout ceci il faut inférer, avec saint Thomas et les saints Pères, que notre bon Jésus a plus souffert que tous les martyrs ensemble, tant ceux qui seront jusqu'à la fin du monde que ceux qui ont été. Si donc la moindre douleur du Fils de Dieu est plus estimable et nous doit toucher plus sensiblement que si tous les anges et les hommes étaient morts et anéantis pour nous, quelle doit être notre douleur, notre reconnaissance et notre amour pour lui, puisqu'il a souffert pour nous tout ce qu'on peut souffrir, et avec une affection extrême, sans y être obligé! Proposito sibi gaudio sustinuit crucem. Heb.12. Ayant devant soi la joie, il a porté la croix.
C'est-à-dire, selon les saints Pères, Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, pouvant demeurer là-haut au ciel, dans sa gloire, infiniment éloigné de nos misères, il a mieux aimé, en notre considération, descendre en terre, se faire homme et être crucifié. Après s'être fait homme, elle pouvait communiquer à son corps la même joie, la même immortalité et la même béatitude dont il jouit maintenant; mais elle ne le voulut pas, afin de pouvoir souffrir.

164. Rupert ajoute que le Père éternel proposa à son Fils, au moment de son incarnation, le choix de sauver le monde par les plaisirs ou par les afflictions, par les honneurs ou par les mépris, par les richesses ou par la pauvreté, par la vie ou par la mort; en sorte qu'il eût pu, s'il eût voulu, avec la joie, les délices, les plaisirs et les honneurs et les richesses, glorieux et triomphant, racheter les hommes et les mener avec soi en paradis. Mais il choisit plutôt les maux et la croix, pour rendre à Dieu son Père plus de gloire et aux hommes un témoignage d'un plus grand amour.

165. Bien plus, il nous a tant aimés, qu'au lieu d'abréger ses peines, il désirait de les prolonger et d'en endurer encore mille fois davantage; c'est pourquoi, sur la croix, lorsqu'il était foulé d'opprobres et abîmé dans la souffrance, comme s'il ne souffrait pas assez, il s'écria: "Sitio: J'ai soif."
Et de quoi avait-il soif? "Sitis haec", dit saint Laurent Justinien, "de ardore dilectionis, de amoris fonte, de latitudine nascitur et charitatis: sitiebat nos et dare se nobis desiderabat: Cette soif provenait de l'ardeur de son amour, de la fontaine et de l'abondance de sa charité. Il avait soif de nous, et de se donner à nous et de souffrir pour nous."

4. Conclusion

166. Après cela, n'avons-nous pas raison de nous écrier avec saint François de Paule: "O charité! ô Dieu charité! Oh! que la charité que vous nous avez montrée, en souffrant et mourant, est excessive!" ou, avec sainte Marie-Madeleine de Pazzi embrassant un crucifix: "O amour! ô amour! combien peu êtes-vous connu!" ou, avec saint François d'Assise se traînant dans la boue au milieu des rues: "Oh! Jésus, mon amour crucifié, n'est point connu! Jésus, mon amour, n'est point aimé!"
En effet, la sainte Église fait dire avec vérité tous les jours: "Mundus eum non cognovit: Le monde ne connaît point Jésus-Christ, la Sagesse incarnée; et, à parler sainement, connaître ce que Notre-Seigneur a enduré pour nous et ne point l'aimer ardemment, comme le monde fait, est une chose moralement impossible.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Ven 23 Oct 2015 - 15:13

CHAPITRE XIV


Le triomphe de la Sagesse éternelle dans la croix et par la croix

167. Voici, à ce que je crois, le plus grand "secret du roi, sacramentum regis", le plus grand mystère de la Sagesse éternelle, la Croix.

1. La Sagesse et la Croix

Oh! que les pensées et les voies de la Sagesse éternelle sont éloignées et différentes de celles des hommes, même les plus sages! Ce grand Dieu veut racheter le monde, chasser et enchaîner les démons, fermer l'enfer et ouvrir le ciel aux hommes, rendre au Père éternel une gloire infinie. Voilà un grand dessein, un ouvrage difficile et une grande entreprise. De quel moyen se servira cette Sagesse qui atteint, par sa connaissance, d'un bout à l'autre de l'univers, qui dispose tout doucement et le fait fortement? Elle a un bras tout- puissant; d'un seul tour de main, elle peut détruire tout ce qui lui est contraire et faire tout ce qu'elle voudra; d'une seule parole de sa bouche, elle peut anéantir et créer; que dis-je? elle n'a qu'à vouloir pour tout faire.

168. Mais son amour donne des lois à sa puissance. Elle veut s'incarner pour témoigner à l'homme son amitié; elle veut descendre elle-même sur la terre pour le faire monter aux cieux. Ainsi soit! Mais apparemment que cette Sagesse incarnée paraîtra glorieuse et triomphante, accompagnée de millions de millions d'anges, ou du moins de millions d'hommes choisis, et qu'avec ces armées, cet éclat et cette majesté, sans pauvreté, sans infamies, sans humiliations et sans faiblesses, elle terrassera tous ses ennemis, elle gagnera les coeurs des hommes par ses charmes, par ses plaisirs, par ses grandeurs et ses richesses? Rien moins que tout cela. Chose étonnante! Elle voit, parmi les Juifs, un sujet de scandale et d'horreur, et, parmi les païens, un objet de folie, elle voit un morceau de bois vil et méprisable, dont on fait la confusion et le supplice des plus scélérats et des plus malheureux, appelé un gibet, une potence ou une croix. C'est sur cette croix sur laquelle elle jette les yeux; elle y prend ses complaisances; elle la chérit parmi tout ce qu'il y a de grand et d'éclatant au ciel et sur la terre, pour être l'instrument de ses conquêtes et l'ornement de sa majesté, les richesses et les plaisirs de son empire, l'amie et l'épouse de son coeur. O altitudo sapientia [et scientiae] Dei: O profondeur de la sagesse et de la science de Dieu! Que son choix est surprenant et que ses desseins et jugements sont sublimes et incompréhensibles! Mais que son amour pour cette croix est ineffable!

169. La Sagesse incarnée a aimé la croix dès son enfance: Hanc amavi a juventute mea. Elle ne fut pas plus tôt entrée dans le monde, qu'elle la reçut, dans le sein de sa Mère, des mains du Père éternel, et qu'elle la mit au milieu de son coeur, pour y dominer, en disant: "Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mei. Mon Dieu, mon Père, j'ai choisi cette croix étant dans votre sein, je la choisis en celui de ma Mère; je l'aime de toutes mes forces et je la mets au milieu de mon coeur pour être mon épouse et ma maîtresse."

170. Pendant tout sa vie, elle l'a cherchée avec empressement. Si elle courait, comme un cerf altéré, de bourgade en bourgade et de ville en ville, si elle marchait, à pas de géant, vers le Calvaire, si elle parlait si souvent de ses souffrances et de sa mort à ses Apôtres et à ses disciples, et même à ses prophètes dans sa transfiguration, si elle s'écriait si souvent: "Desiderio desideravi. J'ai désiré, mais d'un désir infini"; toutes ses courses, tous ses empressements, toutes ses recherches, tous ses désirs tendaient à la croix et elle regardait comme [le] comble de sa gloire et de sa plus haute fortune de mourir en ses embrassements. Elle l'a épousée avec des amours ineffables dans son Incarnation; elle l'a portée et recherchée avec une joie continuelle, pendant toute sa vie qui n'a été qu'une croix continuelle; et, après avoir fait plusieurs efforts pour aller l'embrasser et mourir sur elle au Calvaire. Quomodo coarctor usque dum perficiatur: Et comment est-ce que je suis empêchée? et qu'est-ce qui m'arrête? et pourquoi ne puis-je pas encore t'embrasser, chère croix du Calvaire?

171. Enfin elle est venue au comble de ses désirs. Elle a été souillée d'opprobres; elle a été attachée et comme collée à la croix, et elle est morte avec joie, dans les embrassements de sa chère amie, comme dans son lit d'honneur et de triomphe.

172. Ne croyez pas qu'après sa mort, pour mieux triompher, elle se soit détachée de la croix, elle ait rejeté la croix. Tant s'en faut. Elle s'est tellement unie et comme incorporée avec la croix, qu'il n'y a ni ange, ni homme, ni créature au ciel et sur la terre qui l'en puisse séparer. Leur lien est indissoluble, leur alliance est éternelle; jamais la Croix sans Jésus, ni Jésus sans la Croix. Elle a rendu par sa mort les ignominies de la Croix si glorieuses, la pauvreté et nudité si riches, les douleurs si agréables, ses rigueurs si charmantes, qu'il l'a comme toute divinisée et rendue adorable aux anges et aux hommes, et elle ordonne que tous ses sujets l'adorent avec lui. Elle ne veut pas que l'honneur de l'adoration, même relatif, soit rendu aux autres créatures, quelque relevées qu'elles soient, comme sa très sainte Mère; ce grand honneur n'est réservé ni dû qu'à sa chère Croix. Elle fera cesser, au grand jour du jugement, tout celui des reliques des saints, même les plus respectables, mais pour celles de sa Croix, il commandera aux premiers Séraphins et Chérubins d'aller, dans le monde, ramasser les morceaux de la vraie Croix, qui, par sa toute-puissance amoureuse, seront si bien réunis, qu'ils ne feront plus qu'une seule Croix, et la Croix même sur laquelle elle est morte.
Elle fera porter cette Croix en triomphe par les Anges, qui en chanteront des cantiques d'allégresse. Elle se fera précéder de cette Croix, posée sur une nue la plus éclatante qui ait jamais paru, et elle jugera le monde avec elle et par elle. Quelle sera pour lors la joie des amis de la Croix, lorsqu'ils la verront; mais quel sera le désespoir de ses ennemis, qui, ne pouvant supporter la vue de cette Croix brillante et foudroyante, crieront aux montagnes de tomber sur eux et aux enfers de les engloutir!

2. La Croix et nous

173. La Sagesse éternelle, en attendant le grand jour de son triomphe dans son dernier jugement, veut que la Croix soit le signal, le caractère et l'arme de tous ses élus. Elle ne reçoit aucun enfant qui ne l'ait pas pour caractère; elle ne reçoit aucun disciple qui ne la porte sur son front sans en rougir, sur son coeur sans s'en rebuter, et sur ses épaules sans la traîner ou la rejeter. Elle s'écrie: Si quis vult venire post me, etc. Elle ne reçoit aucun soldat qui ne la prenne comme son arme pour se défendre, pour attaquer, pour renverser et pour écraser tous ses ennemis, et [elle] leur crie: Confidite, ego vici mundum. In hoc signo vinces. Fiez-vous à moi, mes soldats: je suis votre capitaine, je suis victorieux de mes ennemis par la Croix, et vous le serez aussi par ce signe.

174. Elle a renfermé tant de trésors, de grâces, de vie, et de joie dans la Croix, qu'elle n'en donne la connaissance qu'à ses plus grands favoris. Elle découvre bien souvent à ses amis, comme à ses Apôtres, tous ses autres secrets: Omnia nota fecit vobis; mais non pas ceux de la Croix, à moins qu'ils ne l'aient mérité par une très grande fidélité et par de grands travaux. Oh! qu'il faut être humble, petit, mortifié, intérieur et méprisé du monde, pour connaître le mystère de la Croix, qui est encore aujourd'hui, non seulement parmi les Juifs et les païens, les Turcs et les hérétiques, les sages du siècle et les mauvais catholiques, mais même parmi les personnes qu'on appelle dévotes, et très dévotes, un sujet de scandale, un objet de folie, de mépris et de fuite; non pas dans la spéculation, car jamais on n'a plus parlé, jamais on n'a plus écrit qu'à présent, de la beauté et de l'excellence de la Croix; mais dans la pratique, puisqu'on craint, on se plaint, on s'excuse, on fuit, lorsqu'il s'agit de souffrir quelque chose.
"Confiteor tibi, Pater, Domine Rex coeli et terrae, quia abscondisti hoc a sapientibus et prudentibus hujus saeculi, et revelasti ea parvulis: Mon Père, dit un jour cette Sagesse incarnée, dans un transport de joie, en voyant la beauté de la Croix, je vous rends grâces de ce que vous avez caché aux sages et aux prudents du siècle les trésors et les merveilles de ma Croix, et de ce que vous les avez révélés aux humbles et aux petits." [Lc 10,21]

175. [Si] la connaissance du mystère de la croix est une grâce si spéciale, quelle en est la jouissance et la possession réelle! C'est un don que la Sagesse éternelle ne fait qu'à ses plus grands amis, et encore après bien des prières, des désirs et des supplications. Quelque excellent que soit le don de la foi, par laquelle on plait à Dieu, et on s'approche de lui et on surmonte ses ennemis, et sans laquelle il faut être damné, la Croix est encore un plus grand don. Saint Pierre, dit saint Jean Chrysostome, est plus heureux d'être en prison pour Jésus-Christ que d'être sur le Thabor, au milieu de la gloire; il est plus glorieux de porter les chaînes à ses pieds que les clefs du paradis dans ses mains. Saint Paul [estime] une plus grande gloire d'être enchaîné pour son Sauveur que d'être élevé au troisième ciel. Dieu faisait une plus grande grâce aux apôtres et aux martyrs de leur donner sa croix à porter dans les humiliations, les pauvretés et les tourments les plus cruels, que de leur donner le don des miracles et de convertir tout le monde. Tous ceux à qui la Sagesse éternelle s'est communiquée ont été tous désireux de la Croix, l'ont cherchée, l'ont embrassée, et, quand il leur arrivait quelque occasion de souffrir, ils s'écriaient du fond de leur coeur avec saint André: "O bona Crux, tamdiu desiderata: O bonne Croix, si longtemps désirée!"

176. La Croix est bonne et précieuse pour une infinité de raisons:
1 Parce qu'elle nous rend semblables à Jésus-Christ;
2 Parce qu'elle nous rend les dignes enfants du Père éternel, les dignes membres de Jésus-Christ et les dignes temples du Saint-Esprit. Dieu le Père châtie tous les enfants qu'il reçoit: ce sont des oracles: "castigat... omnem filium quem recipit." Jésus-Christ ne reçoit pour siens que ceux qui portent leurs croix. Le Saint-Esprit taille et polit toutes les pierres vives de la Jérusalem céleste, c'est-à-dire les prédestinés;
3 La Croix est bonne, parce qu'elle éclaire l'esprit et lui donne plus d'intelligence que tous les livres du monde: qui non est tentatus, quid scit? [Si 34,9]
4 Parce qu'elle est, quand elle est bien portée, la cause, la nourriture et le témoignage de l'amour. Elle allume le feu de l'amour divin dans le coeur, en le détachant des créatures. Elle entretient et augmente cet amour; et comme le bois est la pâture du feu, la Croix est la pâture de l'amour.
Elle est le témoignage le plus assuré qu'on aime Dieu. C'est de ce témoignage dont Dieu s'est servi pour nous montrer qu'il nous aime; et c'est aussi le témoignage que Dieu demande de nous pour lui montrer que nous l'aimons;
5 La Croix est bonne, parce qu'elle est une source abondante de toutes sortes de douceurs et de consolations, et qu'elle produit la joie, la paix et la grâce dans l'âme;
6 Enfin elle est bonne, parce qu'elle opère, pour celui qui la porte, un poids de gloire immense dans le ciel: immensum gloria e pondus operatur. [2 Co 4,17]

177. Si on savait le prix de la Croix, on ferait faire des neuvaines, comme saint Pierre d'Alcantara, pour obtenir ce délicat morceau du paradis. On dirait, avec sainte Thérèse: "Aut pati, aut mori: Ou souffrir ou mourir"; ou avec sainte Marie-Madeleine de Pazzi: "Non mori, sed pati: Non pas mourir, mais souffrir." On ne demanderait, avec le bienheureux Jean de la Croix, que la grâce de souffrir quelque chose pour lui" "pati et contemni pro te". On n'estime dans le ciel des choses de la terre que la Croix, disait ce bienheureux à une servante de Dieu après sa mort. "J'ai des croix qui sont d'un si grand prix, disait Notre-Seigneur à un de ses serviteurs, que c'est tout ce que ma chère Mère, toute-puissante qu'elle est, peut obtenir de moi pour ses fidèles serviteurs."

178. Sage mondain, honnête homme du siècle, vous n'entendez point ce langage mystérieux. Vous aimez trop les plaisirs, vous recherchez trop vos aises, vous aimez trop les biens de ce monde, vous craignez trop les mépris et les humiliations, en un mot, vous êtes trop les ennemis de la Croix de Jésus. Vous estimez et louez même la Croix, en général; mais non pas la vôtre, que vous fuyez tant que vous pouvez, ou que vous ne faites que traîner malgré vous, en murmurant, en vous impatientant, en vous plaignant. Il me semble que je vois les vaches qui, en mugissant, traînaient malgré elles l'arche d'alliance, dans laquelle était renfermé ce qu'il y avait de plus précieux au monde: trahentes et mugientes. [1 R 6,12]

179. Le nombre de fols et des malheureux est infini, dit la Sagesse, parce que le nombre de ceux qui ne connaissent point le prix de la Croix et la portent malgré eux est infini. Mais vous autres, disciples véritables de la Sagesse éternelle, qui êtes tombés en plusieurs tentations et afflictions, qui souffrez pour la justice plusieurs persécutions, qui êtes traités comme la balayure du monde, consolez-vous, réjouissez- vous, tressaillez d'allégresse, parce que la Croix que vous portez est un don précieux qui fait envie aux bienheureux; mais ils n'en sont plus capables. Tout ce qu'il y a d'honneur, de gloire et de vertu en Dieu et son Saint-Esprit même repose sur vous, parce votre récompense est grande dans les cieux et même sur la terre, par les grâces spirituelles qu'elle vous obtient.

3. Conclusion pratique

180. Buvez, amis de Jésus-Christ, buvez à son calice d'amertume, et vous deviendrez ses amis. Souffrez avec lui, et vous serez glorifiés avec lui; souffrez avec patience et même avec joie. Encore un peu de temps et puis une éternité de bonheur pour un moment de peines. Ne vous y trompez pas: depuis qu'il a fallu que la Sagesse incarnée est entrée dans le ciel par la Croix, il est nécessaire d'y entrer après lui par le même chemin. De quelque côté que vous vous tourniez, dit l'Imitation de Jésus- Christ, vous trouverez toujours la Croix: ou d'un prédestiné, si vous la prenez comme il faut, avec patience et joyeusement pour l'amour de Dieu; ou d'un réprouvé, si vous la portez avec impatience et malgré vous, comme tant de doubles misérables qui sont obligés de dire pendant toute l'éternité dans l'enfer: Ambulavimus vias difficiles: Nous avons travaillé et souffert dans le monde, et, au bout, nous voilà damnés. La vraie Sagesse ne se trouve point dans la terre, ni [dans] le coeur de ceux qui vivent à leur aise. Elle fait tellement sa demeure dans la Croix, que, hors d'elle, vous ne la trouverez point dans ce monde, et elle s'est même tellement incorporée et unie avec la Croix, qu'on peut dire avec vérité que la Sagesse est la Croix et la Croix est la Sagesse.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Ven 23 Oct 2015 - 15:21

CHAPITRE XV



Moyens pour acquérir la divine Sagesse.

PREMIER MOYEN: UN DÉSIR ARDENT.

1. Nécessité du désir de la Sagesse

181. Jusqu'à quand, enfants des hommes, aurez-vous le coeur pesant et tourné vers la terre? Jusqu'à quand aimerez-vous la vanité et chercherez-vous le mensonge. Pourquoi ne tournez- vous pas vos yeux et vos coeurs vers la divine Sagesse, qui, de toutes les choses qu'on peut désirer, est la plus désirable; qui pour se faire aimer des hommes, découvre elle- même son origine, montre sa beauté, étale ses trésors et leur témoigne en mille manières, les désirs qu'elle a qu'ils la désirent et la recherchent? "Concupiscite ergo sermones meos, Sap 6: Désirez donc, dit-elle, d'entendre mes paroles". [Sg 6,12] Elle va au-devant de ceux qui la désirent: Praeoccupat qui se concupiscunt, Sap.6. Le désir de la Sagesse conduit au royaume éternel: Concupiscentia itaque Sapientiae deducit ad regnum aeternum, Sap 6. [Sg 6,21]

2. Qualités requises de ce désir

182 Il faut que de désir de la Sagesse soit un grand don de Dieu, puisqu'il est la récompense de la fidèle observation des commandements de Dieu: Fili, concupiscens Sapientiam, conserva justitian, et Deus praebebit illam tibi, Eccli. 1. Cogitatum tuum habe in praeceptis Dei, et in mandatis illius maxime assiduus esto, et ipse dabit tibi cor, et concupiscentia Sapientia dabitur tibi. Mon fils, si vous désirez comme il faut la Sagesse, conservez la justice,gardez les commandements, et Dieu vous la donnera. Appliquez toute votre pensée à ce que Dieu vous ordonne et méditez sans cesse ses commandements et il vous donnera lui-même un coeur, et le désir de la Sagesse vous sera donné. [Si 1,33; 6,37].
Car la Sagesse n'entrera point dans une âme maligne et elle n'habitera point dans un corps assujetti au péché: quoniam in malevolam animam non introibit Sapientiam, nec habitabit in corpore subdito peccatis, Sap 1. [Sg 1,4]. Il faut que le désir de la Sagesse soit saint et sincère, en gardant fidèlement les commandements de Dieu; car il y a une infinité de fols et paresseux qui ont mille désirs ou plutôt mille velléités du bien; mais qui, ne leur faisant point quitter le péché ni se faire violence, sont des désirs faux et trompeurs qui les tuent et les damnent: Desideria occidunt pigrum, Pro. 22. [Pr 21,25] Car le Saint-Esprit, qui est le Maître de la Science, fuit le déguisement, et il se retire des pensées qui sont sans entendement; et l'iniquité survenant le bannit de l'âme: Spiritus enim sanctus disciplina effugiet fictum, et auferet se a cogitationibus quae sunt sine intellectu, et corripi[e]tur a superveniente iniquitate, Sap 1. [Sg 1,5].

3. Exemples de ce désir

183. Salomon, qui est le modèle que le Saint-Esprit nous a donné pour acquérir la Sagesse, ne l'a reçue qu'après l'avoir longtemps désirée, recherchée et demandée: "Optavi, dit-il, et datus est mihi sensus: et invocavi, et venit in me spiritus Sapientiae: J'ai désiré, et l'esprit de la Sagesse est venu en moi. Hanc amavi et exquisivi a iuventute mea, et quaesivi sponsam mihi eam assumere... Circuibam quaerens ut mihi illam assumerem, Sap. 8: Je l'ai aimée et je l'ai recherchée dès ma jeunesse, et afin de l'avoir pour mon épouse et ma compagne, j'allais de tous côtés pour la chercher." [Sg 8,2. 18]. Il faut être, comme Salomon et Daniel des hommes de désir, pour avoir ce grand trésor de la Sagesse.

DEUXIEME MOYEN: [UNE] PRIERE CONTINUELLE.
1. Nécessité de la prière continuelle

184. Plus un don de Dieu est grand et plus il est difficile à obtenir. Quelles prières donc, quels travaux n'exige pas le don de la Sagesse, qui est le plus grand de tous les dons de Dieu! Écoutons ce que dit la Sagesse même: "Cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira, demandez et l'on vous donnera." Comme si elle disait: Si vous voulez me trouver, il faut me chercher; si vous voulez entrer en mon palais, il faut frapper à ma porte; si vous voulez me recevoir, il faut me demander. Personne ne me trouve s'il ne me cherche; personne n'entre chez moi s'il ne frappe à ma porte; personne ne m'obtient s'il ne me demande, et tout se fait par la prière. La prière est le canal ordinaire par lequel Dieu communique ses grâces, particulièrement sa Sagesse. Le monde a été quatre mille ans à demander l'incarnation de la divine Sagesse. Marie a été 14 ans à se préparer par la prière à la recevoir dans son sein. Salomon ne l'a reçue qu'après l'avoir longtemps demandée et avec une ardeur merveilleuse: Adii
Dominum, dit-il, et deprecatus sum illum, et dixi ex totis praecordiis meis:... Da mihi (Domine) sedium tuarum assistricem sapientiam, Sap 9: Je me suis adressé au Seigneur, je lui fis ma prière, et je lui dis de tout mon coeur: Donnez-moi cette Sagesse qui est assise auprès de vous dans votre trône!" Si quis autem vestrum indiget sapientia, postulet a Deo, qui dat omnibusaffluenter, et non impropera; et dabitur ei, Jac. 1: Si quelqu'un de vous a besoin de la Sagesse, qu'il la demande à Dieu qui donne à tous abondamment et ne reproche point ses dons, et elle lui sera donnée.
Remarquez, en passant, que le Saint-Esprit ne dit pas: Si quelqu'un a besoin de charité, d'humilité, de patience, etc., qui sont des vertus si excellentes, mais: Si quelqu'un a besoin de Sagesse.. [Car en la demandant], on demande toutes les vertus qui sont renfermées en elle.

2. Qualités requises de la prière

185. Pour l'avoir, il faut la demander, mais comment la demander?
Premièrement, il faut la demander avec une foi vive et ferme, sans hésiter: postulet autem ex fide, nihil haesitans; car celui qui n'a qu'une foi chancelante ne doit pas s'attendre à l'obtenir: Non ergo aestimet homo ille quod accipiat aliquid a Domino, Ibid. [Jc 1,6-7].

186. Secondement, il faut la demander avec une foi pure, sans appuyer sa prière sur des consolations sensibles, des visions ou des révélations particulières. Quoique tout cela puisse être bon et véritable, comme il a été en quelques saints, il est toujours dangereux de s'y fier; et la foi est d'autant moins pure et méritoire, qu'elle est appuyée sur ces sortes de grâces extraordinaires et sensibles. Ce que le Saint-Esprit nous déclare des grandeurs et des beautés de la Sagesse, des désirs que Dieu a de nous la donner, et les besoins que nous avons d'elle, sont des motifs assez puissants pour nous la faire désirer et demander à Dieu avec toute sorte de foi et d'empressement.

187. La pure foi est le principe et l'effet de la Sagesse en notre âme: plus on a de foi, et plus on a de sagesse; plus on a de sagesse, plus on a de foi. Le juste, ou le sage, ne vit que de la foi sans voir, sans sentir, sans goûter et sans chanceler. "Dieu l'a dit ou l'a promis", voilà la pierre fondamentale de toutes ses prières et de toutes ses actions, quoiqu'il leur semble naturellement que Dieu n'a point d'yeux pour voir sa misère, point d'oreilles pour écouter ses demandes, point de bras pour terrasser ses ennemis, ni de main pour lui donner de l'aide; quoiqu'il soit attaqué de distractions, de doutes et de ténèbres dans l'esprit, d'illusions dans l'imagination, de dégoûts et d'ennuis dans le coeur, de tristesse et d'agonies dans l'âme. Le sage ne demande point à voir de choses extraordinaires comme les saints ont vu, ni à goûter des douceurs sensibles dans ses prières et ses dévotions. Il demande avec foi, ex fide, la divine Sagesse: et dabitur ei. Et il doit s'assurer davantage qu'elle lui sera donnée, qui si un ange était descendu des cieux pour l'en assurer, parce que Dieu a dit: "Omnis qui petit, accipit: tous ceux qui demandent à Dieu comme il faut obtiennent ce qu'ils demandent. Si ergo vos, cum sitis mali, nostis bona data dare filiis vestris, quanto magis Pater vester de caelo dabit spiritum bonum petentibus se, Luc 11: Si donc vous, qui êtes méchants, savez donner de bonnes choses à vos enfants, à plus forte raison votre Père céleste donnera-t-il le bon esprit de la Sagesse à ceux qui la lui demandent." [Lc 11,13].

188. Troisièmement, il faut demander la Sagesse avec persévérance. C'est pour l'acquisition de cette perle précieuse et de ce trésor infini qu'il faut user d'une sainte importunité auprès de Dieu, sans laquelle on ne l'aura jamais.
Il ne faut pas faire comme la plupart des personnes qui demandent à Dieu quelque grâce. Quand ils ont prié pendant quelque temps considérable, comme des années entières, et ne voient pas que Dieu exauce leurs prières, ils se découragent et ils cessent de prier, croyant que Dieu ne veut pas les exaucer; et par là ils perdent le fruit de leurs prières et ils font injure à Dieu, qui n'aime qu'à donner, et qui exauce toujours les prières bien faites, soit d'une manière, soit de l'autre. Quiconque donc veut obtenir la Sagesse doit la demander jour et nuit, sans se lasser et sans se rebuter. Bienheureux mille fois sera-t-il, s'il l'obtient après dix, vingt, trente années de prières, et même une heure avant [de] mourir. Et, s'il la reçoit après avoir passé toute sa vie à la rechercher et à la demander et à la mériter par toutes sortes de travaux et de croix, qu'il soit bien persuadé qu'on ne la lui donne pas par justice, comme une récompense, mais par pure miséricorde, comme une aumône.

189. Non, non, ce ne sont point ces âmes négligentes et inconstantes dans leurs prières et leurs recherches qui auront la Sagesse; ce seront celles qui seront semblables à cet ami qui va, d'ennui, frapper à la porte d'un de ses amis pour lui demander trois pains à emprunter. Remarquez que c'est la Sagesse même qui, dans cette parabole ou histoire, nous marque la manière avec laquelle il faut la demander pour l'obtenir. Cet ami frappe et redouble ses coups et sa prière, quoique ce soit à une heure indue, vers la minuit; quoique son ami soit couché; quoiqu'il en ait été rebuté et renvoyé deux ou trois fois, comme un impudent et un importun. Enfin l'ami couché, se voyant si importuné des prières de cet ami, se lève, ouvre sa porte et lui donne tout ce qu'il demandait. [cf. Lc 11,5-8]

190. Voilà la manière dont il faut prier pour avoir la Sagesse. Et infailliblement, tôt ou tard, Dieu, qui veut être importuné, se lèvera, ouvrira la porte de sa miséricorde et nous donnera les trois pains de la Sagesse: le pain de vie, le pain d'entendement et le pain des Anges. Voici quelques prières formées par le Saint-Esprit pour la demander:

PRIERE DE SALOMON POUR OBTENIR LA DIVINE SAGESSE

191. Dieu de mes pères, Dieu de miséricorde, qui avez fait tout par votre parole; qui avez formé l'homme par votre Sagesse, afin qu'il eût la domination sur les créatures que vous avez faites, afin qu'il gouvernât le monde dans l'équité et la justice et qu'il prononçât les jugements avec un coeur droit, donnez-moi cette Sagesse qui est assise auprès de vous, dans votre trône. Ne me rejetez pas du nombre de vos enfants, parce que je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme faible qui dois vivre peu et qui suis peu capable d'entendre les lois et de bien juger. Car, encore que quelqu'un paraisse consommé parmi les enfants des hommes, il sera néanmoins considéré comme rien, si votre Sagesse n'est point en lui.

192. Votre Sagesse est celle qui connaît vos ouvrages, qui était présente lorsque vous formiez le monde et qui sait ce qui est agréable à vos yeux et quelle est la rectitude de vos préceptes. Envoyez-la donc de votre sanctuaire qui est dans le ciel et du trône de votre grandeur, afin qu'elle soit et qu'elle travaille avec moi et que je sache ce qui vous est agréable; car elle a la science et l'intelligence de toutes les choses, elle me conduira dans toutes mes oeuvres avec une exacte circonspection, et elle me protégera par sa puissance. Ainsi mes actions seront agréées de vous. Je conduirai votre peuple avec justice et je serai digne du trône de mon Père; car qui est l'homme qui puisse connaître les desseins de Dieu, ou qui pourra pénétrer ce que Dieu désire? Les pensées des hommes sont timides et nos prévoyances sont incertaines, parce que le corps qui se corrompt appesantit l'âme, et cette demeure terrestre abat l'esprit dans la multiplicité des soins qui l'agitent. Nous ne comprenons que difficilement ce qui se passe sur la terre, et nous ne discernons qu'avec peine ce qui est devant nos yeux; mais qui pourra découvrir ce qui se passe dans le ciel, et qui pourra connaître votre pensée, si vous ne donnez vous-même la Sagesse et si vous n'envoyez votre Esprit-Saint du plus haut des cieux, afin qu'il redresse les sentiers de ceux qui sont sur la terre et que les hommes apprennent ce qui vous est agréable. Car c'est par la Sagesse, ô Seigneur, que tous ceux qui vous ont plus dès le commencement ont été guéris. [Sg 9,1-6,9-19]

193. A l'oraison vocale il faut ajouter l'oraison mentale, laquelle éclaire l'esprit, enflamme les coeurs et rend l'âme capable d'écouter la voix de la Sagesse, de goûter ses douceurs et de posséder ses trésors. Pour moi je ne trouve rien de plus puissant pour attirer le Règne de Dieu, la Sagesse éternelle, au dedans de nous, que de joindre l'oraison vocale et la mentale en récitant le saint Rosaire et en méditant les 15 mystères qu'il renferme.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Mar 27 Oct 2015 - 13:48

CHAPITRE XVI

Moyens pour acquérir la divine Sagesse

TROSIEME MOYEN : UNE MORTIFICATION UNIVERSELLE
.

1. Nécessité de la mortification

194. "Non reperitur Sapientia in terra suaviter viventium, Job, 28. La Sagesse, dit le Saint-Esprit, ne se trouve point chez ceux qui vivent à leur aise, qui donnent à leurs passions et à leurs sens tout ce qu'ils désirent. Car ceux qui marchent selon la chair ne peuvent plaire à Dieu; et la sagesse de la chair est ennemie de Dieu: Qui in carne sunt, Deo placere non possunt. Sapientia carnis inimica est Deo. Ad Rom. 8. Mon esprit ne demeurera point dans l'homme, parce qu'il est chair: Non permanebit spiritus meus in homine... quia caro est." [Gn 6,3]
Tous ceux qui sont à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, ont crucifié leur chair avec ses désirs et ses concupiscences, portent actuellement et toujours la mortification de Jésus dans leurs corps, se font continuelle violence, portent leurs croix tous les jours, et enfin sont morts et même ensevelis en Jésus-Christ. Voilà des paroles du Saint-Esprit qui montrent plus clair que le jour que, pour avoir la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, il faut pratiquer la mortification, le renoncement au monde et à soi-même.

195. Ne vous imaginez pas que cette Sagesse, plus pure que les rayons du soleil, entre en une âme et un corps souillé[s] par les plaisirs des sens. Ne croyez pas qu'elle donne son repos, sa paix ineffable, à ceux qui aiment les compagnies et les vanités du monde: "Vincenti, dit-elle, dabo manna absconditum:
Je ne donne ma manne cachée qu'à ceux qui sont victorieux du monde et d'eux-mêmes." Cette aimable souveraine, quoique par sa lumière infinie elle connaisse et distingue toutes choses en un instant, cherche cependant des personnes dignes d'elle: Quaerit dignos se. [Sg 6,17] Elle cherche, parce que leur nombre est si petit, qu'à peine en trouvera-t-elle d'assez détachés du monde, d'assez intérieurs et mortifiés pour être dignes d'elle, dignes de sa personne et de ses trésors et de son alliance.

2. Qualités requises de la mortification

196. La Sagesse ne demande pas, pour se communiquer, une demi- mortification, une mortification de quelques jours, mais une mortification universelle et continuelle, courageuse et discrète.

Pour avoir la Sagesse:

197. [1] Il faut, premièrement, ou quitter réellement les biens du monde, comme firent les Apôtres, les disciples, les premiers chrétiens et les religieux: c'est le plus tôt fait, c'est le meilleur, c'est le moyen le plus assuré pour posséder la Sagesse; ou, du moins, il faut (en) détacher son coeur des biens, et les posséder comme ne les possédant point, sans s'inquiéter pour les conserver, sans se plaindre ni s'impatienter quand on les perd: ce qui est bien difficile à exécuter.

198. 2 Il ne faut pas se conformer aux modes extérieures des mondains, soit dans les habits, soit dans les meubles, soit dans les maisons, soit dans les repas et les autres usages et actions de la vie: Nolite conformari huic saeculo, Rom. 12.

Cette pratique est plus nécessaire qu'on pense.

199. 3 Il ne faut pas croire ni suivre les fausses maximes du monde; il ne faut pas penser, parler et agir comme les mondains. Ils ont une doctrine aussi contraire à celle de la Sagesse incarnée, que les ténèbres à la lumière et la mort à la vie. Examinez bien leurs sentiments et leurs pensées: ils pensent et ils parlent mal de toutes les plus grandes vérités.
Il est vrai qu'ils ne mentent pas ouvertement; mais ils déguisent leurs mensonges sous l'apparence de la vérité; ils ne croient pas mentir, mais ils mentent cependant. Ils n'enseignent pas ordinairement le péché ouvertement, mais ils le traitent ou de vertu, ou d'honnêteté, ou de chose indifférente et de peu de conséquence. C'est en cette finesse, que le monde a apprise du démon pour convertir la laideur du péché et du mensonge, que consiste cette malignité dont parle saint Jean: "Totus mundus in maligno positus est: Tout le monde est pénétré de malignité, et à présent plus que jamais."

200. [4] Il faut, tant qu'on peut, fuir les compagnies des hommes, non seulement celles des mondains, qui sont pernicieuses ou dangeureuses, mais même celles des personnes dévotes, lorsqu'elles sont inutiles et qu'on y perd son temps. Celui qui veut devenir sage et parfait doit mettre en exécution ces trois paroles dorées que la Sagesse éternelle dit à saint Arsène: "Fuge, late, tace: Fuyez, cachez-vous, taisez-vous!" Fuyez tant que vous pouvez les compagnies des hommes, commme faisaient les plus grands saints: Maximi sanctorum humana consortia quantum poterant vitabant. De imit.
Que votre vie soit cachée avec Jésus-Christ en Dieu: Vita vestra est abscondita cum Christo in Deo, Coloss. 3 [Col 3,3]
Enfin, gardez le silence aux hommes, pour vous entretenir avec la Sagesse: Un homme silencieux est un homme sage: Est tacens qui invenitur sapiens, Eccli. 20. [Si 20,5].

201. [5] Pour avoir la Sagesse, il faut mortifier son corps, non seulement en souffrant patiemment les maladies du corps, les injures des saisons et les atteintes qu'il reçoit, en cette vie, des créatures; mais encore en se procurant quelques peines et mortifications, comme jeûnes, veilles et autres austérités de saint pénitent. Il faut du courage pour cela, parce que la chair est naturellement idolâtre d'elle-même, et le monde regarde et rejette comme inutiles toutes les mortifications du corps. Que ne dit-il point, que ne fait-il point pour détourner de la pratique des austérités des saints, de chacun desquels il est dit, à proportion: "Corpus suum perpetuis vigiliis, jejuniis, flagelis, frigore, nuditate atque omni asperitatum genere in servitutem redegit, cum quo pactum inierat ne ullam in hoc saeculo ei requiem praeberet: Le sage, ou le saint, a réduit son corps en servitude par des veilles, par des jeûnes, par des disciplines, par le froid, la nudité et toute sorte d'austérités et il avait fait pacte avec lui de ne lui donner aucun repos en ce monde." Le Saint-Esprit dit de tous les saints qu'ils étaient ennemis de la robe souillée de leur chair: odientes (et) eam quae carnalis est, maculatam tunicam, Jud. 23.

202. [6] Afin que cette mortification extérieure et volontaire soit bonne, il faut nécessairement la joindre avec la mortification du jugement et de la volonté, par la sainte obéissance; parce que, sans cette obéissance, toute mortification est souillée de la volonté propre, et souvent plus agréable au démon qu'à Dieu. C'est pourquoi il ne faut faire aucune mortification considérable sans conseil. La demeure de la Sagesse est dans le conseil: Ego Sapientia habito inconsilio. [Pr 8,12] Celui qui se fie à soi-même se fie à un fol: Qui confidit in corde suo stultus est, Prov. 28. Le sage fait tout avec conseil : Astutus omnia agit cum consilo, Prov. 18. Quiconque veut ne point se repentir de qu'il a fait ne doit le faire qu'après avoir demandé conseil à un homme sage. C'est le grand conseil que le Saint-Esprit nous donne: "Fili, sine consilio nihil facias, et post factum non paenitebis, Eccli. 30. Consilium semper a sapiente perquire" Tob. 4. [Tb 4,19]
Par le moyen de cette obéissance, l'amour-propre, qui gâte tout, est chassé; le plus petite chose devient très méritoire; on est à couvert de l'illusion du démon; on deviendra victorieux de tous ses ennemis, et on arrivera sûrement, et comme en dormant, au port du salut: iter quasi dormiendo confectum.
Tout ce que je viens de dire est renfermé au grand conseil: Quittez tout, et vous trouverez tout, en trouvant Jésus-Christ, la Sagesse incarnée: Dimitte omnia, et invenies omnia [Imit Christi].
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par jaimedieu le Mar 27 Oct 2015 - 13:57

CHAPITRE XVII
QUATRIEME MOYEN : UNE TENDRE ET VERITABLE DEVOTION A LA SAINTE VIERGE.

203. Voici enfin le plus grand des moyens et le plus merveilleux de tous les secrets pour acquérir et conserver la divine Sagesse, savoir: une tendre et véritable dévotion à la Sainte Vierge.

1. Nécessité de la vraie dévotion à Marie


Il n'y a jamais eu que Marie qui ait trouvé grâce devant Dieu pour soi et pour tout le genre humain, et qui ait eu le pouvoir d'incarner et mettre au monde la Sagesse éternelle et il n'y a encore qu'elle qui, par l'opération du Saint-Esprit, ait le pouvoir de l'incarner pour ainsi dire dans les prédestinés.
Les patriarches, les prophètes et les saints personnages de l'ancienne Loi avaient crié, soupiré et demandé l'incarnation de la Sagesse éternelle; mais aucun ne l'avait pu mériter. Il ne s'est trouvé que Marie qui, par la sublimité de sa vertu, a atteint jusqu'au trône de la Divinité et a mérité ce bienfait infini. Elle est devenue la mère, la maîtresse et le trône de la divine Sagesse.

204. Elle en est la Mère très digne, parce qu'elle l'a incarnée et mise au monde comme le fruit de ses entrailles: Et béni est le fruit de votre ventre, Jésus.
Ainsi partout où est Jésus, au ciel ou en terre, dans nos tabernacles ou dans nos coeurs, il est vrai de dire qu'il est le fruit et le rapport de Marie, que Marie seule est l'arbre de vie, et que Jésus seul en est le fruit.
Quiconque donc veut avoir ce fruit admirable dans son coeur doit avoir l'arbre qui le produit: qui veut avoir Jésus, doit avoir Marie.

205. Marie est la maîtresse de la divine Sagesse, non pas qu'elle soit au-dessus de la divine Sagesse, vrai Dieu, ou qu'elle l'égale: ce serait un blasphème de le penser et de le dire; mais parce que Dieu le Fils, la Sagesse éternelle, étant soumis parfaitement à Marie comme à sa Mère, il lui a donné sur soi-même un pouvoir maternel et naturel qui est incompréhensible, non seulement pendant sa vie sur la terre, mais encore dans le ciel, puisque la gloire, non seulement ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. Ce qui fait que, dans le ciel, Jésus est, autant que jamais, enfant de Marie, et Marie, mère de Jésus. En cette qualité, elle a pouvoir sur lui et il lui est soumis en quelque manière parce qu'il le veut bien; c'est-à- dire que Marie, par ses puissantes prières et sa maternité divine, obtient de Jésus tout ce qu'elle veut; elle le donne à qui elle veut; elle le produit tous les jours dans les âmes qu'elle veut.

206. Oh! qu'une âme qui a gagné les bonnes grâces de Marie est heureuse! Elle se doit tenir comme assurée de posséder bientôt la Sagesse; car, comme elle aime ceux qui l'aiment, elle leur communique ses biens à pleines mains, et le bien infini, dans lequel tous les autres sont renfermés, Jésus, le fruit de son sein.

207. S'il est donc vrai de dire que Marie est, en un sens, la maîtresse de la Sagesse incarnée, que devons-nous penser de la puissance qu'elle a sur toutes les grâces et les dons de Dieu, et [de] la liberté qu'elle a de les donner à qui bon lui semble?
Elle est, disent les saints Pères, l'océan immense de toutes les grandeurs de Dieu, le grand magasin de tous ses biens, le trésor inépuisable du Seigneur et la trésorière et la dispensatrice de tous ses dons.
C'est la volonté de Dieu que, depuis qu'il lui a donné son Fils, nous recevions tout par sa main, et il ne descend aucun don céleste sur la terre qu'il ne passe par elle comme par un canal.
C'est de sa plénitude que nous avons tout reçu, et s'il y a en nous quelque grâce, quelque espérance de salut, c'est un bien qui nous vient de Dieu par elle. Elle est si maîtresse des biens de Dieu, qu'elle donne à qui elle veut, autant qu'elle veut, quand elle veut et de la manière qu'elle veut, toutes les grâces de Jésus-Christ et tous les dons du Saint- Esprit, tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire. Ce sont les pensées et les expressions des saints Pères, dont je ne rapporte pas les passages latins afin d'abréger. Mais, quelques dons que nous fasse cette souveraine et aimable Princesse, elle n'est point contente si elle ne nous donne la Sagesse incarnée, Jésus son Fils; et elle est occupée, tous les jours, à chercher des âmes dignes d'elle, afin de la leur donner.

208. Marie, de plus, est le trône royal de la Sagesse éternelle. C'est en elle qu'elle fait voir ses grandeurs, qu'elle étale ses trésors et qu'elle prend ses délices, et il n'y a point de lieu dans le ciel et sur la terre, dans lequel la Sagesse éternelle fasse voir tant de magnificence et prenne tant de complaisances qu'en l'incomparable Marie. C'est pourquoi les saints Pères l'appellent le sanctuaire de la Divinité, le repos et le contentement de la Sainte- Trinité, le trône de Dieu, la cité de Dieu, l'autel de Dieu, le temple de Dieu, le monde de Dieu et le paradis de Dieu.
Toutes ces épithètes et ces louanges sont très véritables, par rapport aux différentes merveilles que le Très-Haut a opérées en Marie.

209. Ce n'est donc que par Marie qu'on peut obtenir la Sagesse.
Mais, si on nous fait un aussi grand don que celui de la sagesse, où la plaçerons-nous? Quelle maison, quel siège, quel trône donnerons-nous à cette princesse si pure et si brillante, que les rayons du soleil ne sont que de la boue et des ténèbres en sa présence. Peut-être me répondra-t-on que c'est seulement notre coeur qu'elle demande, que c'est lui qu'il faut lui donner, que c'est lui où il faut la placer.

210. Mais ne savons-nous pas que notre coeur est souillé, impur, charnel et rempli de mille passions, et par conséquent indigne de posséder une si noble et si sainte hôtesse, et que, quand nous aurions cent mille coeurs comme le nôtre à lui présenter pour lui servir de trône, ce serait toujours avec justice qu'elle mépriserait nos poursuites, qu'elle ferait la sourde oreille à nos demandes, et qu'elle nous accuserait même de témérité et d'insolence, pour vouloir la loger dans un lieu si infect et si indigne de sa majesté?

211. Que faire donc pour rendre notre coeur digne d'elle! Voici le grand conseil, voici l'admirable secret: Faisons entrer, pour ainsi dire, Marie en notre maison, en nous consacrant à elle, sans réserve, comme ses serviteurs et esclaves. Défaisons-nous, entre ses mains en son honneur, de tout ce que nous avons de plus cher, ne réservant rien pour nous; et cette bonne Maîtressse, qui ne s'est jamais laissée vaincre en libéralité, se donnera à nous d'une manière incompréhensible, mais véritable; et c'est en elle que la Sagesse éternelle viendra demeurer comme dans son trône glorieux.

212. Marie est l'aimant sacré qui, étant dans un lieu, y attire si fortement la Sagesse éternelle, qu'elle n'y peut résister. Cet aimant l'a attirée sur la terre pour tous les hommes, et il l'attire encore tous les jours dans chaque particulier où il est. Si nous avons une fois Marie chez nous, nous avons facilement et en peu de temps par son intercession la divine Sagesse.
Marie est, de tous les moyens pour avoir Jésus-Christ, le plus assuré, le plus aisé, le plus court et le plus saint. Quand nous ferions les plus effroyables pénitences, quand nous entreprendrions les voyages les plus pénibles et les plus grands travaux, quand même nous répandrions tout notre sang pour acquérir la divine Sagesse, et que l'intercession et la dévotion de la Sainte Vierge ne se trouvâ[t] pas en tous ces efforts, ils seraient inutiles et incapables de nous l'obtenir. Mais si Marie dit un mot pour nous, si son amour se trouve chez nous, si nous sommes marqués à la marque de ses fidèles serviteurs qui gardent ses voies, nous aurons bientôt et à peu de frais la divine Sagesse.

213. Remarquez que non seulement Marie est la Mère de Jésus, le chef de tous les élus, mais encore elle est [la Mère] de tous ses membres; en sorte que c'est elle qui les engendre, les porte dans son sein et les met au monde de la gloire, par les grâces de Dieu qu'elle leur communique. C'est la doctrine des saints Pères et entre autre de saint Augustin, qui dit que les élus sont dans le sein de Marie, et qu'elle ne les met au monde que lorsqu'ils entrent dans la gloire. De plus, c'est à Marie que Dieu a ordonné d'habiter en Jacob, de prendre son héritage en Israël et de jeter des racines dans ses élus et ses prédestinés.

214. Il faut conclure de ces vérités:
1 qu'en vain on se flatte d'être enfant de Dieu et disciple de la Sagesse, si on n'est enfant de Marie;
2 que pour être du nombre des élus, il faut que Marie habite et jette des racines en nous, par une tendre et sincère dévotion envers elle;
3 que c'est à elle à nous engendrer en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, jusqu'à sa perfection et la plénitude de son âge; en sorte qu'elle peut dire d'elle, avec plus de vérité que saint Paul ne disait de lui-même: "Quos iterum parturio, donec formetur in vobis Christus: Je vous engendre tous les jours, mes chers enfants, jusqu'à ce que Jésus- Christ, mon Fils, ne soit parfaitement formé en vous."

2. En quoi consiste la vraie dévotion à Marie

215. Quelqu'un, désirant d'être dévôt à la Sainte Vierge, me demandera peut-être en quoi consiste la vraie dévotion à la Sainte Vierge.
Je réponds, en peu de mots, qu'elle consiste dans une grande estime de ses grandeurs, une grande reconnaissance pour ses bienfaits, un grand zèle pour sa gloire, une invocation continuelle de son secours et une dépendance totale de son autorité, et un ferme appui et une confiance tendre en sa bonté maternelle.

216. Il faut se donner de garde des fausses dévotions à la Sainte Vierge, dont le démon se sert pour tromper et damner plusieurs âmes.
Je ne m'arrêterai point à les décrire; il me suffit de dire que la vraie dévotion à la Sainte Vierge:
1 est toujours intérieure, sans hypocrisie et sans superstition;
2 tendre, sans indifférence et sans scrupule;
3 constante, sans changement et sans infidélité;
4 sainte, sans présomption et sans dérèglement.

217. Il ne faut pas être du nombre des faux dévôts hypocrites qui n'ont leur dévotion que sur les lèvres et sur leurs corps.
Il ne faut [pas] être aussi du nombre des dévôts critiques et scrupuleux qui craignent de rendre trop d'honneur à la Sainte Vierge et de déshonorer [le Fils] en honorant la Mère.
Il ne faut pas être de ces dévôts indifférents et intéressés qui n'ont point un amour tendre ni une confiance filiale envers la Sainte Vierge, et qui n'ont recours à elle que pour l'acquisition ou la conservation des biens temporels.
Il ne faut pas être de ces dévôts inconstants et légers qui ne sont dévôts à la Sainte Vierge que par boutade et pour quelque temps, et qui se retirent de son service dans le temps de la tentation.
Enfin il faut bien prendre garde d'être du nombre de ces dévôts présomptueux, qui, sous le voile de quelques dévotions extérieures qu'ils pratiquent, cachent un coeur corrompu par le péché; qui s'imaginent que, par ces dévotions à la Sainte Vierge, ils ne mourront point sans confession, et [qu']ils seront sauvés, quelque péché qu'ils commettent d'ailleurs.

218. Il ne faut pas négliger de se mettre dans les confréries de la Sainte Vierge, et surtout dans celle du saint Rosaire, pour en remplir les devoirs, qui sont très sanctifiants.

219. Mais la plus parfaite et la plus utile de toutes les dévotions à la Sainte Vierge, c'est de se consacrer tout à elle et tout à Jésus par elle en qualité d'esclave, lui faisant une consécration entière et éternelle de son corps, de son âme, de ses biens tant intérieurs qu'extérieurs, des satisfaction et des mérites de ses bonnes actions, et du droit qu'on a d'en disposer, enfin, de tous les biens qu'on a reçus par le passé, qu'on possède à présent et qu'on possédera à l'avenir.
Comme il y a plusieurs livres qui traitent de cette dévotion, il me suffit d'assurer que je n'ai jamais trouvé de pratique de dévotion à la Sainte Vierge plus solide, puisqu'elle est appuyée sur l'exemple de Jésus-Christ, plus glorieuse à Dieu, plus salutaire à l'âme, et plus terrible aux ennemis du salut; et enfin plus douce et plus aisée.

220. Cette dévotion bien pratiquée, non seulement attire Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, dans une âme, mais encore l'y entretient et l'y conserve jusqu'à la mort. Car, je vous prie, que nous servira de chercher mille secrets et de faire mille efforts pour avoir le trésor de la Sagesse, si, après l'avoir reçue, nous avons le malheur de la perdre, comme Salomon, par notre infidélité? Il a été plus sage que nous ne serons peut-être jamais, et, partant, plus fort, plus éclairé; cependant il a été trompé, il a été vaincu, et est tombé dans le péché et la folie, et il a laissé tous ceux qui l'ont suivi dans un double étonnement de ses lumières et de ses ténèbres, de sa sagesse et de la folie de ses péchés. On peut dire que, si son exemple et ses livres ont dû animer tous ses descendants à désirer et rechercher la Sagesse, sa chute véritable, ou du moins le doute bien fondé qu'on en a eu, a empêché une infinité d'âmes de s'appliquer à la recherche d'une chose, à la vérité bien belle, mais bien facile à perdre.

221. Pour être donc, en quelque manière, plus sage que Salomon, il faut mettre entre les mains de Marie tout ce que nous possédons, et le trésor des trésors, Jésus-Christ, afin qu'elle nous le garde. Nous sommes des vaisseaux trop fragiles; n'y mettons pas ce précieux trésor et cette manne céleste. Nous avons trop d'ennemis sur les bras, et trop fins et trop expérimentés; ne nous fions pas à notre prudence et à notre force. Nous avons de trop funestes expériences de notre inconstance et de notre légèreté naturelle; soyons défiants de notre sagesse et de notre ferveur.

222. Marie est sage: mettons tout entre ses mains; elle saura bien disposer de nous et de ce qui nous appartient à la plus grande gloire de Dieu.
Marie est charitable: elle nous aime comme ses enfants et serviteurs; offrons-lui tout, nous n'y perdrons rien; elle fera tout réussir à notre profit.
Marie est libérale: elle rend plus qu'on ne lui donne; donnons-lui ce que nous possédons, sans aucune réserve; nous en recevrons cent pour un, et, comme on dit, pour cent oeufs, un boeuf.
Marie est puissante: rien n'est capable de lui ravir ce qu'on lui a mis entre les mains; mettons-nous entre ses mains; elle nous défendra et nous rendra victorieux de tous nos ennemis.
Marie est fidèle: elle ne laisse rien égarer ni perdre de ce qu'on lui donne. Elle est la Vierge fidèle à Dieu et fidèle aux hommes, par excellence. Elle a gardé et conservé fidèlement tout ce que Dieu lui a confié, sans en perdre la moindre partie; et elle garde encore tous les jours, avec un soin particulier, ceux qui se sont mis entièrement sous sa protection et sa tutelle.
Confions donc toutes choses à sa fidélité; attachons-nous à elle comme à une colonne qu'on ne peut renverser, comme à une ancre qu'on ne peut détacher, ou plutôt comme à la montagne de Sion qu'on ne peut ébranler.
Quelque aveugles, quelque faibles et quelque inconstants que nous soyons de notre nature, et quelque nombreux et malicieux que soient nos ennemis, nous ne nous tromperons ni ne nous égarerons jamais et n'aurons jamais le malheur de perdre la grâce de Dieu et le trésor infini de la Sagesse éternelle.

Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, par les mains de Marie.

223. O Sagesse éternelle et incarnée! ô très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique du Père éternel et de Marie toujours vierge!
Je vous adore profondément dans le sein et les splendeurs de votre Père, pendant l'éternité, et dans le sein virginal de Marie, votre très digne Mère, dans le temps de votre incarnation.
Je vous rend[s] grâce de ce que vous vous êtes anéanti vous-même, en prenant la forme d'un esclave, pour me tirer du cruel esclavage du démon.
Je vous loue et glorifie de ce que vous avez bien voulu vous soumettre à Marie votre sainte Mère en toutes choses, afin de me rendre par elle votre fidèle esclave.
Mais, hélas! ingrat et infidèle que je suis, je ne vous ai pas gardé les voeux et les promesses que je vous ai si solennellement faits dans mon baptême: je n'ai point rempli mes obligations; je ne mérite pas d'être appelé votre enfant ni votre esclave; et, comme il n'y a rien en moi qui ne mérite vos rebuts et votre colère, je n'ose plus par moi-même approcher de votre sainte et auguste Majesté.
C'est pourquoi j'ai recours à l'intercession et à la miséricorde de votre très sainte Mère, que vous m'avez donnée pour médiatrice auprès de vous; et c'est par son moyen que j'espère obtenir de vous la contrition et le pardon de mes péchés, l'acquisition et la conservation de la Sagesse.

224. Je vous salue donc, ô Marie immaculée, tabernacle vivant de la Divinité, où la Sagesse éternelle cachée veut être adorée des anges et des hommes.
Je vous salue, ô Reine du ciel et de la terre, à l'empire de qui tout est soumis, tout ce qui est au-dessous de Dieu.
Je vous salue, ô Refuge assuré des pécheurs, dont la miséricorde n'a manqué à personne; exaucez les désirs que j'ai de la divine Sagesse, et recevez pour cela les voeux et les offres que ma bassesse vous présente.

225. Moi, N..., pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd'hui entre vos mains les voeux de mon baptême; je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres, et je me donne tout entier à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que je n'ai été jusqu'ici.
Je vous choisis aujourd'hui, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l'éternité.

226. Recevez, ô Vierge bénigne, cette petite offrande de mon esclavage, en l'honneur et union de la soumission que la Sagesse éternelle a bien voulu avoir de votre maternité; en hommage de la puissance que vous avez tous deux sur ce petit vermisseau et ce misérable pécheur, et en action de grâce [des privilèges] dont la Sainte-Trinité vous a favorisée.
Je proteste que je veux désormais, comme votre véritable esclave, chercher votre honneur et vous obéir en toutes choses.
O Mère admirable! présentez-moi à votre cher Fils, en qualité d'esclave éternel, afin que, m'ayant racheté par vous, il me reçoive par vous.

227. O Mère de miséricorde! faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu et de me mettre pour cela au nombre de ceux que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.
O Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils, que j'arrive, par votre intercession, à votre exemple, à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les cieux. Ainsi soit-il.
avatar
jaimedieu

Féminin Date d'inscription : 02/03/2011
Age : 60
Localisation : Montréal, Québec Canada

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Amour de la Sagesse Éternelle

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum