Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

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Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

Message par Francesco le Dim 10 Mai 2009 - 23:54

Rappel du premier message :

Peu de gens se rapellent que les 7 demeures de l'ame (ou chteau intérieur) de Ste Thérese d'Avila est une révélation de Dieu a ste Thérese d'Avila.En effet,la réforme carmélitaine traversait une période difficile en raison de l'attitude des carmes chaussés et le directeur spirituel de Thérese lui avait demandé de rédiger un texte sur la vie spirituelle pour ses filles(carmélites déchaussées).Mais Ste Thérese n'allait pas tres bien et ne sentait pas d'inspiration.Elle a demandé a Dieu de l'éclairer et voila que le Seigneur lui a montré un chateau en forme de diamant ,avec 7 demeures et qui se situait dans l'ame.Elle comprit que le centre du chateau(de l'ame) était habité par Dieu et que les 6 demeures précédentes étaient des étapes avant l'union complete de l'ame avec Dieu.

http://spiritualite3.free.fr/chateau_interieur.html

Ce texte sur le chateau intérieur(7 demeures) est
un des plus importants de la tradition spirituelle et chaque catholique devrait connaitre ce livre;qui est aussi une des plus grandes révélations du Seigneur a ses enfants
.

La vie spirituelle est un chemin mais il a un but.......Nous devons connaitre ce chemin et ce but (ainsi que les pieges qu'il contient).Refuser de connaitre ce chemin est un refus de Dieu lui meme....

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Re: Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

Message par Francesco le Jeu 31 Déc 2009 - 1:09

SIXIEMES DEMEURES - Chapitre 4
Spiritualité
& Mystique


Thérèse de Jésus
Demeures I
Demeures II
Demeures III
Demeures IV
Demeures V
Demeures VI

Suis-je donc en train de confesser ce qui était vu, et qu'il s'agit d'une vision imaginaire ? Je veux rien dire de semblable, cela n'est pas mon projet, mais la vision intellectuelle ; je manque d'instruction, mon ignorance est incapable de rien exprimer ; si je me suis bien expliquée à propos de cette oraison, je comprends clairement que ce n'est pas de mon propre chef. Pour moi, je suis d'avis que lorsque l'âme à qui Dieu accorde ces ravissements ne pénètrent que certains de ces secrets, ce ne sont pas des ravissements, mais quelques faiblesses naturelles ; car il se peut que des personnes de faible complexion, et c'est notre cas à nous femmes, surmontent la nature par une certaine force d'esprit, et restent absorbées, comme je crois l'avoir dit à propos de l'oraison de quiétude. Cela n'a rien de commun avec le ravissement., lorsque c'en est un, croyez-le, Dieu dérobe l'âme toute entière, elle est sa propre chose, et en tant que telle, désormais, son Epouse, il montre peu à quelques petites parcelles du royaume qu'elle a mérité, en tant qu'épouse ; si petite soit-elle, tout est abondance dans ce grand Dieu, et il ne permet à personne de l'entraver, ni aux puissances, ni aux sens ; il donne l'ordre immédiat de fermer les portes de toutes ces Demeures, celle où il réside reste seule ouverte pour nous y introduire. Bénie soit une si grande miséricorde ; ceux qui ne voudraient pas en profiter, et qui perdraient ce Seigneur, seront maudits à juste titre.

Ce que nous quittons n'est rien, ni tout ce que nous faisons, ni tout ce que nous pourrions faire pour un Dieu qui consent ainsi à se donner à nous ! Puisque nous espérons jouir de ce bien dès cette vie même, que faisons-nous ? A quoi nous arrêtons-nous ? Est-il rien d'assez grand pour nous distraire un instant de chercher ce Seigneur comme le faisait l'Epouse, dans les rues et sur les places ? O tout au monde est moquerie qui ne nous rapproche de cela et ne nous aide pas à le rejoindre, même si délices, richesses, joies, tout ce qu'on peut imaginer, devaient durer toujours ! Tout est dégoût, ordure, à en comparaison des trésors dont nous devons jouir à jamais ! Et cela même n'est rien, comparé au seul fait de posséder les Seigneurs de tous les trésors, ceux du ciel et de la terre.

O aveuglement humain ! Jusqu'à quand, jusqu'à quand, attendrons-nous qu'on retire cette poussière de nos yeux ! Elle ne semble pas abonder parmi nous au point de nous aveugler tout à fait, mais je vois cependant de petits grains,, de petits graviers, qui suffiront à nous faire grand tort, si nous les laissons s'accumuler ; pour l'amour de Dieu, servons-nous de ces fautes pour connaître notre misère, qu'elle épure notre vue, comme le fit la boue pour l'aveugle qu'a guéri notre Epoux ; à nous voir, donc, si imparfaites, supplions-le d'autant plus vivement extraire les biens de nos misères, pour contenter sa Majesté en toutes choses.

Je me suis beaucoup égarée de mon sujet par inadvertance. Pardonnez-moi et croyez que lorsque j'approche des grandeurs de Dieu, c'est-à-dire, lorsque j'en parle, je ne puis retenir de vives plaintes : je vois ce que nous perdrons par notre faute. Car bien que le Seigneurs donne ces choses à qui il veut, si nous aimions sa Majesté comme Elle nous aime, Elle nous les donnerait à nous tous. C'est son unique plaisir, trouver à qui donner, et ses richesses ne diminuent pas pour autant.

Pour en revenir, donc, à ce que je disais, l'Epoux ordonne la fermeture des portes des Demeures, et même celles du château et de l'enceinte ; car lorsqu'il veut enlever cette âme, et la ravir, elle perd la respiration, et même si elle garde un peu plus longtemps l'usage des sens, il lui est totalement impossible de parler ; mais parfois, aussi, tout s'interrompt soudain, les mains et le corps se refroidissent à tel point qu'elle croit être privée d'âme, et qu'il arrive même qu'on ne perçoive plus son souffle. C'est bref, je le précise : cet état là est très bref ; car dès que ce grand ravissement se relâche, le corps semble se ressaisir un peu, il reprend haleine pour mourir à nouveau et donner à l'âme un supplément de vie ; et pourtant, cette grande extase ne dure pas longtemps.

Lorsqu'elle a cessé, il arrive néanmoins que la volonté reste si absorbée et l'entendement si égaré, pendant des jours et encore des jours, que c'est âme semble incapable de rien comprendre de ce qui n'éveille pas la volonté et l'incite à aimer; elle est toutefois fort éveillée à l'amour, mais endormie s'il s'agit d'affronter les créatures et de s'y attacher.

Quand l'âme revient tout à fait à elle, oh quelle confusion est la sienne, quel immense désir elle a de s'employer au service de Dieu, de quelque façon qu'il veuille l'utiliser ! Si les effets des états d'oraison précédents sont comme je les ai décrits, que peut-il s'ensuivre d'une faveur aussi grande que celle-là ? Je voudrais vivre mille vies pour les vouer toutes au service de Dieu, et que toutes choses sur terre se transforment en langues pour le louer. Le désir de pénitence est immense ; on n'y a guère de mérite, la force de l'amour est telle que l'âme ne se ressent guère de tout ce qu'elle fait, elle voit clairement que les tourments qu'enduraient les martyrs étaient peu de choses, car avec cette aide de Notre Seigneur tout devient facile ; ces âme donc, se plaignent à Sa Majesté quand elles n'ont pas l'occasion de souffrir.

Quand Sa Majesté leur fait cette faveur en secret, elles l' estiment à sa très haute valeur ; mais quand plusieurs personnes en sont témoin, elles sont si confuses, si honteuses, que leur âme en quelque sorte, se vide du bonheur dont elle a joui, tant elle est soucieuse, affligée, de ce que les gens penseront de ce qu'ils ont vu. Elles connaissent la malice du monde, et comprennent que d'aventure on ne l'attribuera pas à qui de droit, et au lieu d'y trouver une occasion, de louer le Seigneurs, ce sera peut-être un sujet de médisances.

Sous certains aspects, cette confusion me semble un manque d'humilité, mais cela ne dépend plus de leur volonté ; en effet, si cette personne souhaite le blâme, que lui importe ? Comme l'a dit Notre Seigneur à quelqu'un qui s'affligeait ainsi : « Ne te met pas en peine, puisqu'ils doivent soit me louer, Moi, soit médire de toi ; et quoi qu'on dise, tu y gagnes ». J'ai su plus tard que ces paroles avaient beaucoup encouragé et soutenu cette personne ; je les rapporte ici, au cas où l'une ou l'un de vous connaîtrait pareille affliction. Notre Seigneur semble vouloir que tout le monde comprenne que cette âme est déjà sienne et que personne n'a le droit d'y toucher. Qu'on s'attaque à son corps, à son honneur, à ses biens, à la bonheur : tout contribuera à honorer Sa Majesté ; mais quand l'âme, point ; si elle ne s'éloigne pas de son Epoux par une outrecuidance forte coupable, il la protégera contre le monde entier, et même contre tout l'enfer.

Je ne sais si j'ai réussi à faire comprendre ce qu'est le ravissement ; tout dire est impossible, comme je l'ai signalé mais je sens qu'on ne perd rien à s'y essayer, pour faire comprendre en quoi il consiste ; car il diffère beaucoup, par ses effets, des ravissements « feints », ce n'est pas que la personne qui les a veuille tromper, mais elle est trompée. Et lorsque les signes et les effets ne sont pas conformes à une si haute grâce, on la diffame à tel point qu'en conséquence, et avec juste raison, on ne croira plus celles à qui le Seigneur l'accorde. Qu'il soit à jamais béni et loué. Amen, amen.

( Constatons que la Sainte a quelques difficultés à exprimer ces états et les conséquences, elle le fait remarquer en disant "tout dire est impossible" : il semble y avoir une confusion : le domaine est si subtil que les mots sont difficiles pour exprimer ces choses. Le Seigneur dans sa Miséricorde peut par sa grâce ôter les diffamations, ôter les tromperies dont une personne serait sujette dans des ravissements « feints » mais n'oublions pas non plus que le monde étant ce qu'il est une personne qui reçoit ces grâces des ravissements peut aussi être sujettes à de grandes diffamations et humiliations de la part de personnes se prétendant être très hautement spirituelles. Chacun, au profond de lui-même reçoit la certitude par Dieu lui-même.)


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Re: Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

Message par Francesco le Ven 1 Jan 2010 - 2:11

SIXIEMES DEMEURES - Chapitre 5
Suite du même sujet.
Comment Dieu élève l’âme, par un rapt de l’esprit différent de ce qui a été décrit.
Pourquoi le courage est nécessaire.
De cette savoureuse faveur qu’accorde le Seigneur. Enseignement fort profitable.
Il est une autre sorte de ravissement, ou vol de l'esprit, car bien qu’en substance ce soit la même chose, le sentiment intérieur est fort différent. Parfois, on sent soudain un mouvement de l’âme si accéléré que l’esprit semble emporté avec une vélocité qui fait grand peur, particulièrement dans les débuts ; c'est pourquoi je vous disais que ceux à qui Dieu accorde ces grâces doivent avoir beaucoup de courage, de la foi, de la confiance, et être pleinement résignés à laisser Notre Seigneur faire de l’âme ce que bon lui semble. Croyez-vous que la personne, qui est en pleine possession de ses sens, sent son âme emportée soudain, puisse n’être qu'à peine troublée ? Nous avons même lu que le corps suit parfois, sans savoir où il va, qui l'emporte, n'y commencent ; car au début de ce mouvement momentané, on n'est pas tellement certain qu'il vienne de Dieu.

N'y a-t-il aucun moyen d'y résister ? Aucun ; ce serait même pire. Certaine personne m'a dit que Dieu semble vouloir faire comprendre à l’âme qui s'est remise en ses mains et s'est donnée à Lui si souvent et si sincèrement tout entière avec une volonté totale, qu'elle ne s'appartient plus, et il la ravit dans un élan encore plus impétueux ; cette personne avait décidé d'être comme la paille que l'ambre soulève, comme vous l'aurez remarqué, et de s'abandonner dans les mains de celui qui, dans sa toute-puissance, sait que la plus grande sagesse est de faire nécessité vertu. Et parce que j'ai parlé de la paille, la vérité est qu'avec la même facilité qu'un géant peut ravir une paille, notre grand et puissant géant ravi l'esprit.

Cela évoque ce bassin dont nous avons parlé, dans la quatrième demeure, ce me semble, qui avec une telle douceur, sans aucun frémissement, s’emplissait ; mais ici, ce grand Dieu qui retient les sources des eaux et qui ne permet pas à la mer de sortir de ses limites, déchaînent les sources qui alimentent ce bassin ; dans un élan impétueux, une vague se soulève, si puissante qu'elle élève sur les hauteurs cette nacelle qu'est notre âme. Et de même qu'une nacelle ne peut lutter, que le pilote et tous ceux qui la gouvernent sont impuissants à la maintenir où ils le veulent au milieu des vagues en furie, l’âme peut encore moins arrêter où elle le veut dans son mouvement intérieur, ni obtenir que ses sens et ses puissances fassent autre chose que ce qui leur est commandé. Quant à l'extérieur, on n'en fait ici aucun cas.

Vraiment, rien que d’écrire cela, je m’ émerveille de voir se montrer la grande puissance de ce grand Roi et Empereur : que sera-ce de ceux qui le vivent ! M’est avis que si Sa Majesté se découvrait à ceux qui errent monde et s'y perdent comme elle se découvre à ces âmes, par crainte, à défaut d'amour, elles n’oseraient plus l’offenser. Mais que celles qui ont été instruite de si hauts chemins ont donc le devoir de chercher de toute leur force à ne pas fâcher le Seigneur ! Pour l’Amour de Lui, je vous en supplie, vous, à qui Sa Majesté aurait accordé de si grandes faveurs ou des grâces semblables de veiller à ne pas vous contenter de recevoir. Considérez que quiconque doit beaucoup devra beaucoup payer.

Ici encore il faut un grand courage, car cela effraye vivement. L’âme à qui Notre Seigneur n'en donnerait point vivrait dans une grande affliction ; la vue ce que Sa Majesté fait d’elle, suivie d'un retour sur elle- même, lui prouverait qu'elle n'est guère capable de faire ce qu'elle doit, le peu qu'elle fait lui paraîtrait plein de fautes, de failles, de faiblesses ; pour ne pas penser aux imperfections de son oeuvre, qui tant qu'elle en fasse, elle préfère tâcher d'oublier, et se cacher dans la Miséricorde de Dieu ; puisqu'elle n'a pas de quoi payer, ce que Sa Pitié et sa Miséricorde à l'égard des pécheurs y suppléent.

Peut-être lui répondra-t-il comme à une personne qui se tenait devant un crucifix, fort affligée, considérant qu'elle n'avait jamais rien eu à donner à Dieu, ni quoi que ce soit à quitter pour lui. Pour la consoler, le Crucifié lui-même à lui dit qu'il lui donnait toutes ces douleurs et toutes les épreuves qu'il avait souffert dans sa passion ; elle pouvait se les approprier, pour les offrir à son père. Ce fut pour cette âme un tel réconfort, elle se vit si riche, m'a-t-elle dit, qu'elle n'a jamais pu l'oublier ; elle se le rappelle même à chaque fois qu'elle voit sa misère, il se retrouve fortifiée, consolée. Je pourrais évoquer certaines choses comme celle-là, j'ai connu tant de personnes saintes et vouée à l’oraison que j'en sait un grand nombre ; j'y résiste pour que vous ne pensiez pas qu'il s'agit de moi. Ce que je viens de vous dire me semble fort propre à vous faire comprendre combien la connaissance que nous avons de nous-même est agréable à Notre Seigneur, ainsi que l'effort de toujours considérer et reconsidérer notre pauvreté, notre misère, certaines de ne rien posséder que nous n'ayons reçu. Donc, pour cela et beaucoup d'autres choses qui se présentent à l’âme que le seigneur a fait accéder à cet état, il faut du courage ; et, ce me semble, plus encore pour la dernière de ces faveurs que pour toutes les autres, si elle est un humble. Plaise au Seigneur de nous en donner, il en a le pouvoir.

Pour revenir à ce brusque rapt de l'esprit, il est tel que l'esprit semblait vraiment quitter le corps, et pourtant, c'est clair, cette personne n'est pas morte ; mais pendant quelques instants, elle ne peut dire si son esprit est dans son corps oui ou non. Il lui semble avoir été tout entière dans une autre région, bien différente de celle nous vivons ; là, on lui a montré une autre lumière, si différente de celle d'ici-bàs qu'elle aurait pu passer sa vie entière à la fabriquer, ainsi que d'autres choses, sans y parvenir. Et en un instant, on lui montre tant de choses à la fois que si son imagination et sa pensée travaillaient des années à les agencer, elle n'y parviendrait pas pour une sur mille. Ce n'est pas une vision intellectuelle, mais imaginaire, on la voit des yeux de l’âme beaucoup mieux que nous ne voyons ici-bàs des yeux du corps, et, sans paroles, on lui fait comprendre certaines choses ; ainsi, si elle voit des saints, elle les reconnaît comme si elle les avait beaucoup fréquenté.

D'autres fois, en même temps que les choses qu'elle voit des yeux de l’âme, d'autres lui sont montrées par une vision intellectuelle, en particulier une multitude d’anges, en compagnie a de leur Seigneur ; et sans rien avoir des yeux du corps ni de l’âme, par une connaissance admirable que je ne saurais expliquer, on lui présente ce que je dis, et beaucoup d'autre choses indicibles. Quelqu'un de plus habile que moi qui en aurait l'expérience pourrait peut-être le faire comprendre, mais cela me semble bien difficile. Je ne saurais dire si l'âme est unie au corps lorsque cela se produit ; du moins je ne jurerais pas qu’elle soit dans le corps, ni que le corps soit dans l’âme.

J'ai souvent pensé ceci : de même que le soleil immobile au ciel a des rayons d'une telle puissance qu'ils ne parviennent en un instant sans qu'ils bougent de là-haut, l'âme et l'esprit ne font qu’un, comme ne font qu’un le soleil et ses rayons ; et ainsi, tout en restant à sa place, l’âme, par la puissance de la chaleur qui lui vient du vrai soleil de justice, peut projeter au-dessus d'elle-même ce qu'il y a de supérieur en elle. Enfin, je ne sais ce que je dis. Ce qui est vrai, c'est qu'à la vitesse d'une balle sortie d'une arquebuse à laquelle on a mit le feu, il se produit intérieurement une envolée (je ne sais quel autre nom lui donner), dont le mouvement et si clair, bien que sans bruit, qu'on ne peut l’attribuer à l'imagination ; et voila l’âme tout hors d'elle-même autant qu'elle peut le comprendre, et de grandes choses lui sont montrées ; quant elle revient à elle, elle a tant gagné, les choses la terre lui semblent si peu de choses comparées à ce qu'elle a vu, qu’elle n’y voit qu’ordures ; dès lors elle vivra sur terre à dures peines, rien de ce qui lui plaisait naguère n’a pour elle le moindre intérêt. Le Seigneur semble avoir voulu lui faire entrevoir le pays où elle ira un jour, comme les envoyés du peuple d'Israël rapportèrent des signes de la Terre Promise, pour l'aider à supporter les épreuves de cette route si pénible, sachant où elle ira se reposer. Quelque chose qui passe si vite ne vous semblera peut-être pas devoir être très profitable, mais l'âme en tire de si grands bénéfices que nul ne saurait les apprécier à leur valeur, sauf ceux qui en ont fait l'expérience.

On voit bien par là que ce n'est pas chose du démon ; l'imagination n’y peut rien, et le démon serait impuissant à représenter des choses si efficaces, qui laissent dans l’âme tant de paix, de calme, et de bienfaits, trois, en particulier, à un très haut degré. Le premier est la connaissance la grandeur de Dieu, car plus elle se découvre à nous, plus nous sommes admis à la comprendre. Le second : connaissance de soi, humilité de voir comment choses si basses comparées au Créateur de tant de grandeurs a osé l’offenser, et même le regarder. Le troisième : n'est guère priser toutes les choses la terre, si ce n'est celles qui peuvent s'employer au service d'un si grand Dieu.

Tels sont les premiers joyaux que l’Epoux donne ici à son épouse, ils sont d’une telle valeur qu'elle s'exposera pas au risque de les perdre ; ce qu'elle a vu reste si gravé dans sa mémoire qu'il est impossible, je crois, de l’oublier en attendant d'en jouir pour toujours, sous peine de subir un immense dommage ; mais l’Epoux qui lui fait ce don a aussi le pouvoir de lui donner la grâce de ne pas le perdre.

Donc, pour en revenir au courage nécessaire, pensez-vous que ce soit peu de chose ? Car l’âme semble vraiment se séparer du corps, elle voit ses sens lui échapper et ne comprend pas pourquoi. Il faut que Celui qui lui donne tout le reste lui donne aussi du courage. Vous direz quel est bien payé de ses craintes ; je suis du même avis. Loué soit à jamais Celui qui peut tant donner. Plaise à sa majesté de nous accorder de mériter de la servir. Amen.


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Re: Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

Message par Francesco le Sam 2 Jan 2010 - 1:07

SIXIEMES DEMEURES - Chapitre 6
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Demeures VI

Un autre effet de l'oraison évoquée dans le chapitre précédent qui prouve que cet état est véritable, et pas un leurre. D'une autre faveur que le seigneur accorde à l'âme pour l'inciter à le louer.
Ces hautes faveurs communiquent à l'âme un si vif désir de jouir pleinement de celui qui les accorde qu'elle vit dans un si grand tourment, savoureux toutefois, elle aspire ardemment à mourir, et toujours avec des larmes, elle demande à Dieu de la sortir de cet exil. Tout ce qu'elle voit ici-bas la fatigue ; la solitude lui apporte certain soulagement, mais le chagrin la reprend, sans lequel elle ne peut vivre. Ce petit papillon n'arrive pas à se stabiliser ; l’âme est si attendrie par l'amour que la première occasion d'activer cette flamme lui fait prendre son vol. Les ravissements sont donc très fréquents dans cette Demeure, sans qu'il soit possible de s'y dérober, même en public ; persécutions, médisances s’ensuivent, qui ne lui permettent pas de vivre sans crainte, comme elle voudrait, car de nombreuses personnes l'effraient, en particulier les confesseurs, les confidents.

Bien que la certitude habite une partie de son âme, spécialement quand elle est seule avec Dieu, elle est, d'autre part, fort affligée ; elle redoute que le démon, par ces tromperies , la pousse offenser Celui qu'elle aime tant, car elle ne met guère en peine de médisances, sauf lorsque son confesseur lui-même l’accable, comme si elle y pouvait quelque chose. Sans cesse, à tout un chacun, elle demande des prières, elle supplie Sa Majesté de la conduire par une autre voie, selon le conseil de ceux qui lui disent que ce chemin est fort dangereux. Mais elle y a fait de si grands progrès, tout ce qu'elle lit, tout ce qu'elle entend et sait, d'après les commandements de Dieu, montre si bien qu'il conduit au ciel, ce qu'il lui est impossible de renoncer à son désir de le suivre, malgré sa volonté ; elle s’ abandonne donc entre les mains de Dieu. Toutefois, elle s’afflige de ne pouvoir désirer prendre une autre voie, il lui semble de ne pas obéir à son confesseur, alors que l'obéissance et le refus d'offenser Notre seigneur sont, lui semble-t-il, les seuls remèdes contre l'illusion. Elle se juge incapable de consentir à commettre un péché véniel, dût-on la mettre en pièces, et s’afflige donc immensément de constater qu'elle ne peut éviter d'en commettre beaucoup s'en apercevoir.

Dieu donne à cette âme un si vif désir de ne le fâcher, si peu que ce soit, en rien, autant que possible, de ne rien faire d'imparfait, que dans ce seul but, sans présumer de tout le reste, elle voudrait fuir les gens, et elle envie beaucoup ceux qui vient ou ont vécu au désert. Par ailleurs, elle voudrait se jeter au beau milieu du monde pour chercher à amener une seule âme à mieux louer Dieu : elle s'afflige, si elle est femme, des entraves que lui oppose sa nature qui l'en empêcher, et elle envie beaucoup ceux qui sont libres de proclamer à grands cris qui est ce grand Dieu des chevaleries.

Oh ! pauvre petit papillon, lié par tant de chaînes, on ne le permet pas de voler comme tu le voudrais. Ayez pitié de lui mon Dieu ! autorisez-le à réaliser quelques-uns de ses désirs, pour votre honneur et votre gloire. Ne songez pas à son peu de mérite, à sa basse nature. Vous avez la puissance, Vous Seigneur, d'ordonner à la mer et au grand Jourdain de se retirer pour laisser passer les enfants d'Israël ? Ne plaignez pas cette âme, puisque avec l'aide de votre force, elle peut supporter bien des peines ; elle est y est résolue, et désire les subir. Etendez, Seigneur, votre bras tout-puissant afin qu'elle n'emploie pas sa vie à des choses aussi mesquines. Que votre grandeur se manifeste en un objet si féminin, si méprisé, pour que le monde comprenne qu'elle n'est rien par elle-même, et que Vous, il vous loue ; quoi qu'il puisse lui en coûter, c'est ce qu'elle veut, et eût elle mille vies, les donner pour qu'une âme vous loue un peu mieux à cause d'elle ; ce sera, estime-t-elle, bien user de ses peines, elle comprend en toute sincérité qu'elle ne mérite pas de souffrir pour vous la moindre des épreuves, et encore moins de mourir.

Je ne sais à quel propos ni pourquoi j'ai dit cela, mes soeurs, ce fut pas inadvertance (Sainte Thérèse écrit à ses soeurs dans sa communauté : les carmélites). Comprenons que tels sont sans aucun doute les effets de ces suspensions ou de ces extases ; il ne s'agit pas de désirs passagers, mais continuels, et quand se présente l'occasion de le prouver, on voit qu'ils n'étaient pas feints. Pourquoi dis-je qu'ils sont continuels ? L'âme se sent lâche, parfois, devant les choses les plus mesquines elle est craintive et si démunie de courage qu'il lui semble impossible d'en avoir pour quoi que ce soit. J'entends que le Seigneur l'abandonne à sa nature, pour son plus grand bien ; alors, avec une clarté qui l'anéantit, elle voit que le peu de vaillance qu'elle a montré fut un don de Sa Majesté, elle tire de là une plus grand connaissance de la miséricorde de Dieu et de la grandeur qu'il a consenti à montrer en quelqu'un d'aussi bas qu'elle. Mais elle est d'ordinaire dans l'état que nous avons décrit.

Dans ce grand désir de voir Notre Seigneur, considérez ceci : ils sont parfois si oppressants qu'il ne vous est pas nécessaire de les exalter, mais de vous en distraire si vous le pouvez, dis-je, mais c'est complètement impossible dans certains des cas dont je parlerai plus loin, vous le verrez. Vous pourrez parfois résister à ceux dont je parle ici, car la raison se remet tout entière à la volonté de Dieu ; elle dit ce que disait saint Martin ; vivement, car ils sont, semble t'il , le fait de personnes fort avancées et le démon pourraient les susciter pour nous faire croire que nous sommes dans ce cas ; il est donc toujours bon de garder des craintes. Mais je crois que le démon ne saurait donner à l'âme la quiétude et la paix qui accompagnent cette peine, la passion dont il l'agitera ressemble à la peine que causent les choses du siècle. Mais ceux qui n'auraient pas l'expérience de l'une et de l'autre ne le comprendront pas, ils penseront que c'est quelque chose de très grand, ils la fomenteront autant qu'ils le pourront, ce qui nuira gravement à leur santé ; car cette peine est continuelle, ou du moins très fréquente.

Notez qu'une faible constitution peut fomenter ces peines-là, en particulier s'il s'agit de personnes tendres qui pleurent pour des vétilles; mille fois on leur fera croire qu'elles pleurent pour Dieu, sans qu'il en soit rien. Il peut même leur arriver de verser à certains moments des torrents de larmes sans pouvoir y résister, au moindre mot de Dieu qu'elles entendent ou évoquent, mais certaine humeur rapprochée du coeur peut en être la cause plutôt que l'amour de Dieu, on croirait toutefois que jamais elles ne cesseront de pleurer. Comme elles ont compris que les larmes sont bonnes, elles ne les maîtrisent point, elles voudraient passer leur temps à pleurer et font tout pour cela. Le démon cherche, par ce moyen, à les affaiblir de manière qu'elles ne puissent plus faire oraison ni observer leur Règle.

Je crois que vous pouvez vous entendre demander ce que vous pouvez faire puisque je vois du danger partout et que lorsqu'il ne me semble qu'on peut être abusé par quelque chose d'aussi bon que les larmes, l'abusée c'est moi. Cela se peut, mais croyez que je ne parle pas sans l'avoir constaté chez certaines personnes, néanmoins pas en moi, car je ne suis nullement tendre, mon coeur est même si dur que j'en suis parfois peinée ; toutefois, quand la flamme intérieure est vive, pour dur que soit le coeur, il distille comme un alambic ; et vous constaterez bien que les larmes qui viennent de là sont réconfortantes, elles apaisent au lieu d'agiter, et il est rare qu'elles fassent du mal. Ce qu'il y a de bien dans ce leurre, lorsque leurre il y a, c'est qu'il nuira au corps, mais pas à l'âme si elle est humble, je le précise ; au cas où l'humilité ferait défaut, il ne sera pas mauvais de garder cette méfiance.


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Re: Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

Message par Francesco le Dim 3 Jan 2010 - 2:11

SIXIEMES DEMEURES - Chapitre 6
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Demeures VI

Ne pensons pas que tout soit fait en pleurant beaucoup, mettons plutôt activement la main à l'ouvrage, et pratiquons les vertus ; voilà ce qui nous convient, viennent les larmes si Dieu nous les envoie sans que nous cherchions à les provoquer. Elles arroseront cette terre sèche, et aident beaucoup à produire des fruits, d'autant plus que nous y prêtons moins d'attention, car cette eau tombe du ciel; on ne saurait la comparer avec celle que nous tirons en nous fatiguant à creuser, car nous creuserons souvent jusqu'à être fourbues sans trouver une flaque d'eau, et encore moins un puits ou une source. C'est pourquoi, j'estime préférable de nous mettre en présence de Dieu, de considérer sa miséricorde, sa grandeur, ainsi que notre bassesse, afin qu'il nous donne ce qu'il veut, que ce soit l'eau, ou la sécheresse : il sait mieux que nous ce qui nous convient. Ainsi, nous vivrons en repos, et le démon aura moins d'occasions de nous attirer de ses chausse-trapes.

En même temps que ces choses pénibles et savoureuses à la fois, il arrive que Notre Seigneur accorde à l'âme une jubilation, une oraison étrange, que l'âme ne comprend pas. J'en parle ici pour que vous sachiez que cela peut vous arriver ; s'il vous fait cette faveur, rendez-lui d'abondantes grâces. C'est ce me semble, une union profonde des puissances, mais Notre Seigneur les laisse, avec les sens, libres de jouir de cette joie; ils en jouissent. J'ai l'air de parler arabe, mais cela se passe vraiment ainsi ; le bonheur de l'âme est si excessif qu'elle ne voudrait pas être seule à en jouir mais le dire à tout le monde pour qu'on l'aide à louer Notre Seigneur, elle ne tend qu'à cela. Oh ! que le monde entier conçoive sa joie ! Il lui semble s'être enfin trouvée, et comme le père de l'enfant prodigue, elle voudrait convier tout le monde à de grandes fêtes, pour montrer son âme établie en un lieu où, à n'en pas douter, elle est en sécurité, du moins en ce moment. M'est avis qu'elle a raison ; il est impossible au démon de donner tant de joie intérieure, au plus profond de l'âme, tant de paix, et ce contentement qui ne tend qu'à provoquer la louange de Dieu.

Dans cet état d'allégresse, c'est déjà beaucoup de pouvoir se taire et dissimuler, non sans peine. C'est ce que dut ressentir saint François quand, marchant dans la campagne en poussant des clameurs, il rencontra les voleurs, et leur dit qu'il était le crieur public du grand Roi ; d'autres saints aussi vont au désert pour pouvoir publier, comme saint François ces louanges de leur Dieu. J'en ai connu un, nommé frère Pierre d'Alacantara, je crois qu'il est de ceux là, si on en juge par sa vie ; il faisait comme eux, et ceux qui eurent l'occasion de l'entendre le prenaient pour un fou. Oh ! La bonne folie, mes soeurs ! Plaise à Dieu de nous la donner à toutes ! Quelle grâce il vous a faite de vous amener en un lieu où même si le Seigneur vous donne cette folie et que vous la manifestiez, vous trouverez de l'aide, et point de médisances, comme ce serait le cas si vous étiez dans le monde où ces cris sont si rares qu'il n'est pas surprenant qu'on en médite.

O temps infortunés, vie misérable où nous vivons, et heureuses celles qui ont la bonne fortune d'en sortir ! Lorsque nous sommes toutes réunies, il m'arrive parfois d'éprouver une joie particulière à considérer ces soeurs dont la joie intérieure est si grande qu'elles rivalisent de louanges à Notre-Seigneur qui les a conduites dans ce monastère ; on voit très clairement que ces louanges jaillissent du profond de leur âme. Je voudrais mes soeurs, que vous le fassiez souvent, car la première éveille les autres. Quel meilleur emploi de votre langue, quand vous êtes ensemble, si ce n'est louer Dieu, puisque nous avons tant de raisons de le faire !

Plaise à sa Majesté de nous accorder souvent cette oraison si sûre, et si avantageuse ; car nous ne pouvons l'acquérir, elle est toute surnaturelle. Il arrive qu'elle dure une journée, l'âme est alors comme quelqu'un qui a beaucoup bu sans toutefois que ses sens soient aliénés, ou comme un mélancolique qui n'a pas tout à fait perdu la tête mais dont l'imagination s'obstine dans une idée fixe que personne ne peut lui ôter. Ce sont des comparaisons, bien grossières pour un sujet si doux mais je n'ai pas le talent de mieux faire, c'est ainsi ; dans sa joie, cette âme s'oublie si bien elle même, et toute choses, qu'elle ne remarque et n'exprime que de ce qui procède de sa joie : la louange de Dieu. Aidons cette âme, nous toutes, mes filles. Pourquoi voudrions-nous avoir plus de cervelle ? Qui pourrait nous donner de plus grandes joies ! Que toutes les créatures nous y aident, dans les siècles des siècles ! Amen.
Chapitre VII


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Francesco
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Re: Les 7 Demeures de l'Ame de Thérese d'Avila

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