MAXIMES CHRÉTIENNES – année 1680 - France - Jean-Desmarets de St-Sorlin

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

MAXIMES CHRÉTIENNES – année 1680 - France - Jean-Desmarets de St-Sorlin

Message par MichelT le Sam 6 Fév 2016 - 19:24

MAXIMES CHRÉTIENNES – année 1680  - France
Jean-Desmarets de St-Sorlin



CHAPITRE 1    De la véritable et solide Science de Dieu.
CHAP. 2           Du soin de se corriger.
CHAP. 3           Qu`il faut supporter les défauts d`autrui.
CHAP. 4           Des jugements téméraires
CHAP. 5           Qu`il vaut mieux se taire que de trop parler.
CHAP. 6           Des œuvres de la Charité.
CHAP. 7           De l'amour de la solitude.
CHAP. 8           De la componction du cœur.
CHAP. 9           Des Tentations.
CHAP. 10         De la misère humaine.
CHAP. 11         De la mort.
CHAP. 12         Du Jugement.
CHAP. 13         De la considération de soi-même.
CHAP. 14         De la bonne conscience.
CHAP. 15         De l`Amour de Jésus sur toutes choses.
CHAP. 16         D`être privé de toutes consolations.
CHAP. 17         Des souffrances.
CHAP. 18         Qu`il faut chercher Dieu avec simplicité de cœur.
CHAP. 19         De n`attirer point a soi les choses extérieures.
CHAP. 20         Comme il faut se conduire dans ses désirs.
CHAP. 21         Des affections désordonnées.
CHAP. 22         Du détachement.
CHAP. 23         Contre les langues des Médisants.
CHAP. 24         De l`épreuve du véritable Amant.
CHAP. 25         Comment on doit se comporter dans les Grâces que Dieu nous fait.
CHAP. 26         Comment il faut entendre la Parole de Dieu.
CHAP. 27        Qu`il ne faut pas perdre courage quand on tombe en quelques défauts.
CHAP. 28         De la confiance de recouvrer la grâce.
CHAP. 29         De l`aveuglement humain.
CHAP. 30        Qu`il faut mépriser tout pour trouver le Créateur.
CHAP. 31        Qu'il faut combattre avant de recevoir la Couronne
CHAP. 32       Que la grâce de Dieu  ne se communique point a ceux qui s'attachent au monde.
CHAP. 33       De la Nature de la grâce.  
CHAP.  34      Qu`il ne faut pas sonder les mystères ni les jugements de Dieu.
CHAP. 35       Comment s`acquiert la grâce de la dévotion.


CHAPITRE 1.

De la véritable et solide Science de Dieu.

La doctrine de Christ que lui-même a prêchée,
Surpasse tout savoir, son Auteur l`anoblit,
Le fidèle y savoure une manne cachée,  
Lorsque d'un esprit humble il l`écoute et la lit,

Qui sans l'esprit de Christ écoute sa parole,
Ne se sent point par elle émouvoir ni charmer,
Mais qui veut la comprendre et qu'elle le console,
Aux règles de sa vie il se doit se conformer.

Que te sert-il d'avoir de la Trinité sainte,
A l'envi des Docteurs hautement disputé,
Si de la Trinité ton cœur n’a point de crainte,
Et si tu lui déplais par ton manque d'humilité,

Le haut savoir n'est pas un savoir qui lui plaise,
Sans être humble, à sa grâce on ne peut parvenir,
J'aime mieux dans mon cœur sentir la syndérèse, ( partie la plus élevée de l`âme)
Qu`être estimé savant à la bien définir,

Quand je saurais la Bible et les propos des Sages,
Dont la Grèce autrefois a fait sa vanité,
Quels seront sur la terre enfin tes avantages,
Si tu vis sans la grâce et sans la charité.

L'homme par sa nature est désireux d`apprendre,
Et jamais de savoir il ne peut s`assouvir,
Mais le plus grand savoir, quoi qu`il puisse comprendre,
Sans la crainte de Dieu, que nous peut-il servir?

Un humble jardinier qui cultive les herbes,
Vaut en servant son Dieu, mille à mille fois mieux,
Qu`un savant ou un Philosophe aux démarches orgueilleuses,
Qui négligeant  le Ciel sait tous le cours des Cieux,

Quand même tu saurais tous les secrets du monde,
Si ton cœur est aride et sans la charité,
Que te sert devant Dieu ta Science profonde,
Puisque de ta misère il sait la vérité,

Et plus et mieux tu sais, plus te sera sévère,
Le Grand Juge d`en-haut si tu ne vis pas mieux,
Défend-toi de l`orgueil que le savoir suggère,
Et craint pour le grand don qui t'est venu des Cieux,

Pourquoi même à quelqu`un veux-tu qu'on te préfère,
S`il est d'autres esprits d'un vol plus renommé,
Veux-tu quelque savoir utile et nécessaire?
Apprend à te rendre humble et fuit d'être estimé,

Il n'est savoir plus haut, ni leçon plus utile,
Que de se bien connaitre et de se garder humble,
S`estimer peu,  juger tous autre plus habile,
C`est le savoir qui seul peut immortaliser,

Qu`heureux est l'homme instruit par les vérités divines,
Qui sans ombre et sans fard contentent pleinement,
Non par des mots volants, par de vaines figures,
Qui contentent l'oreille et pas l`entendement

L’opinion, les sens nous trompe en mille choses,
Et souvent dans l'erreur nous mène en s`égarant,
Que sert de disputer des naturelles causes,
Si nul ne périra pour en être ignorant ?

Que peut nous peut importer le genre ni l`espèce,
Ni divers autres mots que la Logique apprend!
Qui parle au divin Verbe, éternelle Sagesse,
De mille opinions laisse le différent.

Un seul Verbe fit tout : tout parle de ce Verbe,
Lui seul est le Principe et seul Il parle à nous,
Sans lui nul ne sait rien, quoique habile et superbe,
Lui seul pour bien juger est le maitre de tous.

Plus un homme dans la foi se renferme et s`abime,
Plus des secrets divins il atteint la hauteur,
Car il reçoit d`en-haut la lumière sublime,
Qui l`enseigne bien mieux que livres ou Docteurs,

De ses propres défauts la recherche soit mise,
Est un chemin plus sûr pour chercher Jésus- Christ,
Que le vol élevé d`une science exquise,
Ni l`abime du doute ou se plonge l`esprit,

Où sont ces grands Docteurs remplis de vaine audace,
Qu`on voyait en leurs jours hautement discourir,
Il ne s'en parle plus et d'autres tiennent leur place,
Ils n'ont fait que parler, avoir bruit, et mourir,

Que la gloire de ce monde est frêle et passagère,
Ah , que n`était leur vie égale à leurs propos,
Leur étude eut été solide et nécessaire,
Et leur peine à leur âme  eut acquis le repos,

Chacun par le savoir cherche une fausse estime,
Le service de Dieu par tous est oublié.
Chacun dans ses pensées s`égare et s`abime,
En cherchant d`être grand plutôt qu'humilité,

Celui-là seul est grand, de qui l`humble sagesse,
A placé dans son cœur la grande charité,
Celui-là seul est grand, qui dans soi se rabaisse,
Et par qui pour un rien tout honneur est compté,

Celui-là seul est prudent, qui pour Jésus méprise,
Tout ce que l'Univers a d'honneur et de bien,
Celui-là seul est savant, de qui l`âme soumise,
De Dieu fait le vouloir et renonce le sien.

CHAPITRE 2.

Du soin de se corriger.

Pour bien se corriger, deux soins sont nécessaires,
S`arracher par effort de ce qui nous perd le plus,
Et tâcher d'acquérir par des efforts contraires,
Ce qui nous manque le plus, ce qui nous sert le plus,

Le travail du combat et l'horreur de la peine,
En empêche plusieurs de bien se corriger,
Celui dans les vertus tient la route droite,
Qui fait le plus d'effort dans le plus grand danger,

Là plus profite l'homme de la grâce il est plus digne,
Où le plus il se dompte et se  rabaisse le cœur,
Tous n'ont pas à l`égal cette valeur insigne,
Mais plus on a d'amour, plus on a de vigueur,

Si pour vaincre le vice, et pour nous en défendre
Nous marchions au combat comme de vaillants soldats,
Du Ciel nous sentirions toute grâce descendre,
Et le secours de Dieu ne nous manquerait pas,

Si dans le cours d'un an nous arrachions un vice,
Nous nous verrions bientôt dans un état parfait,
Souvent qui suit Jésus, se lasse à son service,
Et fait moins à la fin qu'au commencement il n'a fait,

L'ardeur et le progrès toujours doivent s`accroître,
Mais peu savent garder leur première ferveur,
Faisons le moindre effort quand un désir vient naitre,
Tout se rendra bien plus facile à notre cœur,

Qui ses moindres défauts abandonne et méprise,
Toujours en de plus grands tombe insensiblement,
Celui-là sent au soir une heureuse franchise,
Qui sent avoir passé le jour utilement,

Veille donc sur toi-même d`abord,
Et des autres laisse là le trouble et les discordes,
Ne te néglige pas, et croit que l'on profite,
Autant que sur soi-même on peut faire d'efforts,

Laisser ce que l'on aime est chose difficile,
Et plus encore d'agir contre sa volonté,
Si tu n'as pas le cœur de vaincre en chose vile,
Quel effort feras-tu dans la difficulté?

C'est là le grand combat que se vaincre soi-même,
Que porter dans soi-même un cœur plus fort que soi,
Qu`être ferme et soumis, et pour son bien suprême,
Être son propre esclave, et se faire la loi.


CHAPITRE 3.

Qu`il faut supporter les défauts d`autrui.


Ce que tu ne pourras par soins et par prudence,
En toi-même, en autrui, corriger aisément,
Tu le dois supporter avec patience,
Attend que le Seigneur en ordonne autrement,

Quand tu reprends quelqu’un, s'il se rend trop rebelle,
Alors sans contester, à Dieu tu dois l'offrir,
Il faut laisser agir la Sagesse éternelle,
Qui change en bien le mal qu'elle aura fait mourir,

Tâche à souffrir des autres les défauts, les paresses,
Pensant  à ce qu'il faut que l'on souffre de toi.
Tu ne peux à ton gré corriger tes faiblesses.
Peux-tu ranger un autre au plaisir de ta loi?

Dieu veut que nous portions le fardeau les uns des autres,
Nul mortel n'est sans vice : à soi nul ne suffit.
Portons les maux d'autrui ; qu`autrui porte les nôtres,
Que chacun donne à l'autre avis, aide et profit,

Est-ce vertu que vivre avec les paisibles?
Il nous est naturel et facile et charmant,
Mais avec les humeurs difficiles et terribles,
On acquiert plus d`honneur, plus on a de tourments.

CHAPITRE 4.

Du jugement téméraire.

Surveille toujours tes regards et réfléchis sur toi-même,
Juge de tes pensées et de tes passions,
Garde dans le jugement d’autrui une retenue extrême,
Et jamais ne pénètre en ses intentions,

Qui veut juger d`autrui  travaille en chose vaine,
Bien souvent on s'y trompe et  l'on pèche aisément,
Mais qui juge de soi, jamais ne perd sa peine,
Et pour son propre bien travaille utilement,

Notre pensée s`ingère à juger d'une chose,
Selon ce qui lui plait,  ou ce qui lui déplait:
Et notre propre amour en décide et dispose,
Plus selon ce qu'il veut que selon ce qu'elle est.


CHAPITRE 5.

Qu'il vaut mieux se taire que de trop parler.


Nous parlons volontiers, pensant par nos paroles,
Trouver dans des conversations triviales un secours mutuel,
Et par le vain babil de nos langues frivoles,
Soulager de nos cœurs l`ennui continuel,

Nous étalons nos soins, nos désirs, et nos haines,
Et de tous sans nul fruit nous parlons librement,
Mais le soulagement de nos paroles vaines,
Des divines douceurs perd le soulagement,

Il faut veiller, prier dans une humble retraite,
Pour ne pas perdre un temps qui ne fait que passer,
Ou rends, s'il faut parler, toute âme satisfaite,  
De tout mot que ta bouche aura pût prononcer,

Se taire entièrement est beaucoup plus facile,
Qu'en parlant ne pas dire un mot imprudemment,
Et chez soi se cacher comme en un sûr asile,
Que se pouvoir dehors garder suffisamment,

Mais par la négligence et le mauvais usage,
Le silence par nous n'est jamais bien gardé,
Beaucoup sert toutefois l'entretien doux,
De ceux dont le propos de Dieu seul les guides,

CHAPITRE 6.

Des œuvres de la Charité.

Jamais pour aucun bien nul mal ne doit se  faire,
D'un devoir pour un autre on ne peut se dégager,
Souvent la Charité veut qu'un bien se diffère,
Ou que pour un plus grand on le puisse changer,

Changer un bien en mieux,  ce n'est pas le détruire,
Nulle œuvre ne nous sert qu'avec la charité,
Mais tout ce que l'on peut par charité produire,
Fut-il petit et bas, a de l'utilité,

Quand une œuvre est jugée au Tribunal suprême,
Dieu prend garde a la cause, et non a à l`effet,
Celui-là fait beaucoup, dont le cœur beaucoup aime,
Celui- là fait beaucoup, qui fait bien ce qu'il fait,

Une bonté de mœurs que donne la naissance,
Une volonté propre, une commodité,
Le désir de l`honneur, l'espoir de récompense,
Sont souvent déguisés du nom de charité,

Heureux qui seulement aurait une étincelle,
Du grand feu que produit l'ardente charité,
Tous les biens que contient la terre universelle,
Ne seraient à son sens que pure vanité.


CHAPITRE 7.

De l`amour de la solitude.

Cherche un temps pour toi seul, et d`une attache forte,
Sur les bienfaits de Dieu médite avec loisir,
Laisse les livres vains, mais lis ce qui t`apporte,
De la componction plutôt que du plaisir,

Il faut qu`avec Jésus,  des troupes se détachent,
Qui recherche au-dedans son repos et s`y plaise,
Seul est sûr en public qui volontiers se cache,
Seul est sûr à parler , qui volontiers se tait,

Nul n'est digne ici-bas que le Ciel le console,
S'il ne s'adonne point à pleurer en secret,
Entre en ton cabinet,  laisse la troupe folle,
Si tu veux de ta vie avoir un vrai regret,

Il vaut mieux se cacher, et penser à soi-même,
Qu'en miracles briller négligeant son devoir,
Qui peu fort, est louable  et goute une heure extrême,
Quand il fuit d`être vu tout ainsi que de voir,

Aux hommes vains laisse les choses vaines,
Et pense à quelle fin ton Seigneur t'a formé,
Sur toi ferme ta porte à des heures certaines,
Et lors appelle à toi Jésus ton bien-aimé.

Content dans ta retraite avec  lui demeure,
Conte lui tes besoins, tes pensées, tes souhaits,
Demande qu'il t`assiste et te console à toute heure,
Tu n'auras point ailleurs une plus grande paix.

CHAPITRE 8.

De la componction du cœur.

Si tu veux profiter, de Dieu garde la crainte,
Ne sois-pas inconstant, ni libre en tes désirs,
Par un sévère frein tient ton âme contrainte,
Ne l` abandonne pas à d`ineptes plaisirs,

Donne ton cœur entier au regret de tes fautes,
Et soudain en amour il deviendra fervent,
Ce regret nous produit des félicités hautes,
Que les humains plaisirs nous font perdre souvent,

La seule joie heureuse, et la liberté vraie,
N'est que dans un cœur pur et qui craint le Seigneur,
Heureux qui laisse tout, que nul trouble n`effraye,
Qui s'arrache de tout pour pleurer en son cœur,

Heureux qui sait quitter tour objet qui l`allume,
Tout ce qui souille l'âme ou la peut tourmenter,
Combattons vaillamment, croyant qu'une coutume,
par une autre coutume enfin se peut dompter,

Que tes regards soient toujours occupés sur toi-même,
Car toi-même, avant tous, tu dois te corriger,
Cherchant l'appui de ceux qui sont d'un rang suprême,
Si tu ne peux l`avoir, ne t'en veuille affliger,

Mais sois triste plutôt d`être tiède et sans zèle,
De n'avoir pas un cœur vraiment religieux,
De n'être pas à Christ un serviteur fidèle,
De penser à la terre, et  négliger les cieux,

Quand l'homme a de sa vie une douleur entière,
Le monde lui devient; triste, amer et pesant,
Le juste pour pleurer n'a que trop de matière,
Lui-même est de ses pleurs un sujet suffisant.

CHAPITRE 9.

Des tentations.


Face à tout ce qui nous tente, il faut que chacun veille,
Sans cesse en oraison nous devons demeurer,
Redoutant l`ange déchu qui jamais ne sommeille,
Mais qui cherche à l'entour quelqu’un à dévorer,

Nul n'est si pur et si saint, si parfait sur la terre,
Qui de tentation soit libre entièrement,
La vie est un combat, une éternelle guerre,
Et sans être assailli nul ne vit un moment,

Mais les tentations sont souvent fort utiles,
Bien que leur poids nous courbe elles sont d'un grand fruit,
Par-là  nous connaissons que nous sommes fragiles,
Et l'homme s`humilie, se purge et s`instruit,

Tous les Saints ont passé par ces troubles sensibles,
Dans cette rude épreuve ont montré leur valeur,
Et les cœurs qui n'ont pu se garder invincibles,
A la fin sont tombés dans l'éternel malheur,

D'une tentation évitant la poursuite,
Dans une autre soudain l'on est précipité,
Nulle ne peut jamais se vaincre par la fuite,
Mais par la patience et par l'humilité,

L`inconstance d'esprit, en Dieu peu d`espérance,
Font qu'un cœur s’abandonne, et toujours est tenté,
Comme sans gouvernail un navire en balance,
De flots de toutes parts est sans cesse agité,

Au feu s`éprouve l'or : l`homme au feu qui le tente,
Nul ne sait ce qu'il peut, qu`après un grand combat,
Combattons l`ennemi d'abord qu'il se présente,
Lors plus facilement notre force l`abat,

Ne souffrons pas qu‘il entre, il faut hors de la porte,
Repousser son assaut d'un courage hardi,
C'est bien souvent trop tard qu'un remède on apporte,
Alors que par le temps le mal s`est agrandit,

D`abord nous vient en l'âme une simple pensée,  
Puis l`image s`imprime, et presse fortement,
Le plaisir vient ensuite, et l'ardeur insensée,
Enfin pour dernier mal vient le consentement,

Quand nous sommes tenté , que nul ne désespère,
Prions Dieu qu'il nous aide au fort de nos combats,
C'est lui qui voit l’assaut, l`échauffe ou la modère,
Et la mène à tel point que nous ne tombions pas,

Donc sous sa main puissante humilions nos âmes,
Quand nous sommes tentés ou d`ennuis abattus,
Il sauve l'humble cœur de ses poignantes flammes,
Et selon les travaux lui donne les vertus,

Aux assauts, aux ennuis, l'homme voit s'il profite,
Là son mérite est grand, sa force parait mieux,
C'est peu d'être dévot, quand rien ne nous irrite,
Qui peut dompter son trouble, enfin dompte les cieux;

Dans les plus grands combats tel se montre invincible,
Que le moindre accident tous les jours fait tomber,
Afin qu'il se défie en un assaut terrible,
Puisqu'en si peu de chose il se voit succomber,

Connait ton faible esprit qu`abat le moindre trouble,
Qui toutefois lui sert pour gagner la vertu,
Souffre ou chasse l`ennui  et l'attaque redouble,
Si tu t'en sens frappé , n'en sois pas abattu,

Souffre,  sinon en joie, au moins en patience,
Si tu sens du dépit,  tâche à le réprimer,
De peur que de ta voix ne parte une licence,
Qui puisse au cœur du faible un scandale allumer,

Soudain s'apaisera la tempête excitée,
Le retour de sa grâce adoucira tes maux,
Ta peine en peu de temps par moi sera domptée,
Si ta bouche m`invoque au fort de tes travaux.


CHAPITRE 10.

De la misère humaine.

Quelque part que tu sois, vers quoi que tu t`adresses,
Si ce n'est vers ton Dieu, tu seras combattu,
Si selon tes souhaits, ta force, et tes souplesses,
Tout ne te réussit, pourquoi te troubles-tu?

L'homme seul est heureux qui pour Jésus endure,
Plusieurs faibles diront :  Ah ! voyez l'homme heureux!
Il goûte tous les biens que produit la nature,
Qu`il est riche et puissant! que tout rit à ses vœux!

L'homme n'est pas heureux-dans la pleine abondance,
Dans l'état médiocre est la félicité,
Et quiconque du monde a fait l'expérience,
Vois que ce n'est qu`abus, misère et vanité,

Plus un homme dans soi se renferme et s`épure,
Plus la présente vie est son aversion,
Il connait et voit mieux de l`humaine nature,
La faiblesse et la corruption,

0 terrestres esprits ! ô fols ! ô cœurs serviles,
Qui ne pouvez goûter rien qui ne soit charnel,
Vous sentirez un jour combien sont choses viles,
Ces biens qui vous font perdre un bonheur éternel,

Mon frère, ne perd pas la confiance ferme,
De penser au salut, d’agir, de t`avancer,
Voici, ce temps est propre, à quoi demander terme,
Debout en cet instant :  il faut commencer.

Il est temps de marcher, il est temps de combattre,
De t`arracher du vice, et de le surmonter,
Et si quelque douleur, quelqu`ennui veut t’abattre
Pense que c'est alors le temps pour mériter,

Il faut que par les feux, que par les eaux tu passes,
Avant que d'arriver au rafraichissement,
Si tu ne fais effort quand tes forces sont lasses,
Tu ne pourras dompter un vice entièrement,

Grande fragilité, misérable faiblesse,
Qu'au vice on est par toi facilement poussé!
Hélas! faut-il qu'un homme aujourd`hui se confesse,
Et recommence demain ce qu'il a confessé?

Le cœur dit, je perdrai ma méchante habitude,
Puis agira demain comme n'ayant rien dit,
Que chacun s'humilie, et de soi ne présume,
Puisque son faible cœur bientôt se refroidit,

Souvent on peut soudain perdre par négligence,
Ce qu'avec long travail la grâce avait donné,
A quel point sur le soir sera notre impuissance,
Puisque nous nous lassons dès que le jour est né?

Je veux contre moi-même avouer ma faiblesse,
Mes malices Seigneur  et mes iniquités,
Peu de chose m`aigrit,  me remplit de tristesse,
Et mes plus faibles vœux soudain sont agités,

En moi nait un grand feu de chose bien légère,
Le moindre flot qui vient pourrait me submerger,
Je pense être affermit, quand rien ne m'est contraire,
Et suis presque abattu par un souffle léger,

Quelle est donc cette vie en misère féconde,
Si pleine d'ennemis,  de pièges et d`appas,
Qu`une peine nous quitte, arrive une seconde,
Et par un mal nouveau, l'autre ne cesse pas,

Comment peut-on chérir cette vie asservie,
A tant d`afflictions de l'esprit et du corps,
Même comment peut-on l`appeler une vie,
Puisqu`elle nous produit tant de sortes de troubles,

On l'aime toutefois, et l'on cherche à s'y plaire,
Chacun se plaint du monde et l'appelle trompeur,
Nul pourtant ne le fuit, car la chair nous est chère,
Il charme d'un côté, et de l'autre il fait peur.


CHAPITRE 11.

De la mort.

Si rien ne se passait dedans ta conscience,
De la peur de mourir tu seras moins touché,
La justice des mœurs est la vraie assurance,
Ne craignons point la mort, mais craignons le péché,

Si ton âme aujourd`hui n'est pas bien préparée,
Demain le sera-t-elle, homme tardif et vain,
Ce demain ne t'est pas une chose assurée,
Et  sais-tu si Dieu veut t`accorder ce demain?

Comment,  pauvre insensé penses-tu longtemps vivra?
Toi qui ne peux avoir un seul jour assuré,
Que nous sommes surpris, et quel assaut nous livre,
La mort qui nous abat d'un coup inespéré!

Heureux a qui la mort est présente à toute heure,
Et qui pour bien mourir s`apprête chaque jour,
Songe,  si quelquefois tu vois qu'un homme meure,
Que tu dois à ce but arriver à ton tour,

Crains la mort au matin et du soir ne t'assure,
Puis le soir arrivant ne sois certain du matin,
Sois toujours préparé : garde ton âme pure,
Crois qu'aujourd’hui la mort te fera son butin,

Qu`heureux est et prudent qui tel est dans la vie,
Qu'il veut être de Dieu rencontré dans la mort,
D'où vient de bien mourir l'assurance et l'envie!
Voici dans ce débris ce qui rend le cœur fort,

Du monde grand mépris,  grand désir de sagesse
Aimer la pénitence,  à tout travail t`offrir,
Obéissance prompte, aveu de ta misère,
Se renoncer à soi-même et pour Dieu tout souffrir,

Va donc si saintement qu`en tes dernières heures,
Tu sois plutôt content, que frissonnant de peur,
Pour vivre en Jésus-Christ, fait qu'au monde tu meures,
Apprends à dédaigner tout son faste trompeur,

Léger et délivré des désirs de la terre,
Tu t'en iras à Dieu, seul but de tes souhaits,
Maintenant à ton corps fait tellement la guerre,
Qu`au Ciel ton âme puisse un jour voler en paix.

CHAPITRE 12.

Du jugement.

Considère toujours la fin en toute chose,  
Et comment tu verras ton grand juge irrité,
Qu`excuse ni présent au pardon ne dispose,
Qui sait tout, et de tout juge avec équité.

Misérable pécheur que pourras-tu répondre,
Devant Dieu qui connait jusqu’aux moindres défauts,
Toi qu'un homme en colère d`un regard peut confondre,
Qui de toi bien souvent fait des jugements faux,

Tu devrais tout prévoir pour ce jour redoutable,
Où nul ne doit d'un autre attendre du secours,
Où tous redouteront ce juge sévère,
Et porteront chacun des fardeaux assez lourds,

Maintenant tes travaux de grands fruits peuvent faire;
Tes pleurs être reçus,  tes soupirs écoutés,
Ton amère douleur peut à Dieu satisfaire,
Et te purger ici de tes iniquités,

Celui qui purge ici, qui lorsque l'on l`offense,
Plaint le péché d`autrui, non le mal qu'on lui fait;
Qui de Dieu pour ce crime implore la clémence,
Qui pour l'amour de Dieu pardonne sont forfait,

Qui demande pardon volontiers pardon à son frère,  
Qui penche à la pitié, plutôt qu`à se fâcher,
Qui se fait violence, a lui-même sévère,
Et dont le sage esprit sait bien dompter la chair,

Il vaut bien mieux purger ses péchés en ce monde,
Qu'en l'autre les garder pour être au feu purgé, (purgatoire)
De nous-mêmes l'amour qui dedans nous abonde,
Nous trompe et nous tient trop dans la chair engagé,

Ce feu pour dévorer n'aura que tes offenses,
Plus tu te veux ici flatter et consoler,
Plus tu sentiras lors de cruelles souffrances,
Et plus tu garderas de matière à brûler,

L'homme en ce lieu cruel plein de flammes mordantes;
Sera punit le plus où plus il a péché.
Là l'homme paresseux sent des pointes ardentes
Le gourmand sent la faim et de soif est séché.

Tous vice aura sa peine : à l`orgueilleux,  la honte,
L`avare y souffrira toute nécessités,
Une heure en ce lieu triste en cruauté surmonte,
Cent ans de pénitence et de calamité,

Alors on connaitra que celui seul fut sage,
Qui fut estimé fol et de nulle valeur,
Combien croit utile et l`opprobre et l`outrage,
Et toute iniquité frémira de douleur,

Lors sera l'âme juste en délices plongée,
Et l'homme gémira qui fut sans piété,
Lors se réjouira toute chair affligée ;
Et pleurera tout cœur nourrit de vanité,

Plus qu'un riche manteau qui pare le superbe,
Lors aura plus d`éclat le manteau déchiré,
Et du pauvre le toit couvert de chaume et d’herbe,
Plus qu'un palais de marbre et qu'un lambris doré,

Plus se réjouira la conscience pure,
Que la subtilité des Docteurs les plus forts;
Et le noble mépris des biens de la nature,
Que l`inutile amas des plus riches trésors,

Plus que les beaux discours vaudront les œuvres saintes,  
Et plus que tous plaisirs les regrets et les pleurs,
Il vaut donc mieux ici souffrir quelques contraintes,
Que de souffrir là-bas tant d`horribles douleurs.

Éprouve ici ta force, essaye et te dispose
Au juste châtiment de tes faits criminels.
Si tu ne peux ici souffrir la moindre chose,
La pourras-tu souffrir des tourments éternels.

Si telle est aux moindres maux ton impatience,
Que te fera la gêne aux effroyables lieux,
Tu ne peux de deux biens avoir la jouissance,
Être au monde en plaisirs, puis régner dans les cieux,

Qu`a  servi la grandeur, la richesse mondaine,
Alors qu'en un instant la mort vient ravir,
Tout n'est que vanité, toute vanité très vaine,
Hormis penser à Dieu, l'aimer et le servir.

Qui sait n'aimer que Dieu, ne craint mort ni supplice,
Ni  le jugement dernier et l'Enfer malheureux,
Son zèle l’affermit, lui rend le Ciel propice,
Et vers son Dieu lui donne un accès amoureux,

Mais qui craignant l’Enfer, de Dieu n'a point la crainte,
Ne peut durer longtemps sans tomber au péché,
Car l'Enfer qui lui cause une terreur contrainte,
De loin le tient toujours à sa chaine attaché,

CHAPITRE 13.

De la considération de soi-même.

Nul ne se peu fier en sa force ordinaire,
Car la grâce  et le soin nous manquent au besoin
Quelque peu de raison nous aide et nous éclaire,  
Et nous perdons ce peu par notre peu de soin,

Peu découvrent l'abîme où l'erreur les attire,
Peu savent à quel point leur sens est aveuglé,
Souvent nous faisons mal, et l'excuse en est pire,
On fait passer pour zèle un désir dérèglé,


Dernière édition par MichelT le Dim 7 Fév 2016 - 21:53, édité 6 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Re: MAXIMES CHRÉTIENNES – année 1680 - France - Jean-Desmarets de St-Sorlin

Message par MichelT le Sam 6 Fév 2016 - 19:33

(suite - De la Considération de soi-même)

Nul défaut ne nous semble en autrui pardonnable
Et chacun pour soi-même est un juge bien doux,
Ce qu`on souffre d`autrui nous semble insupportable,
Et nous ne pesons point ce qu'on souffre de nous,

Qui pèserais ses faits dans la juste balance,
Ne jugerait d'autrui jamais sévèrement,
L'homme sage avant tout, à soi pense et repense,
Qui pense à soi, d'autrui se tait facilement,

Tu ne peux avoir l'âme intérieure et forte,
Qu`en pensant a toi-même, et parlant peu d'autrui,
Ce qu'au dehors tu vois, te trouble et peu t`importe,
Pense à toi, pense à Dieu, tu n'aimeras que lui,

Quiconque aime Dieu seul, qui tout en Dieu repose,
Ne croit pas l'Univers digne de son désir,
Dieu seul grand, éternel, qui remplit toute chose,
Comble l'âme de grâce et le cœur de plaisir.


CHAPITRE 14.

De la bonne conscience.

La bonne conscience est du juste la gloire,
Avec elle il jouit d'un repos bienheureux,
Elle sait supporter toute malice noire,
Elle en franche d'ennuie dans le sort rigoureux,

Le méchant n'a jamais de véritable joie,
La paix intérieure en son cœur n'est jamais,
Nulle paix ne se trouve en la méchante voie,
Ne croit pas le méchant, s'il dit, je suis en paix,

Ne le croit pas  s'il dit , nul mal ne peut me nuire,
Et quel homme oserait me causer de l'ennui?
La colère de Dieu viendra tout à coup le détruire,
Et toutes ses fausses pensées périront avec lui,

Se plaire dans la peine, a l'amant est facile,
C'est se glorifier en la Croix du Seigneur,
Toute gloire est ici passagère et fragile,
Et l'ennui suit toujours tout terrestre bonheur,

Songe d'être au dedans sans désordre et sans blâme,
Ce qu'on pense de toi ne pourra te blesser,
L'homme voit ton visage et Dieu connait ton âme,
L'homme connait tes faits , et Dieu voit ta pensée,

Qui ne cherche au dehors d'être estimé louable,
Fait bien voir qu'en Dieu seul il a mis son bonheur,
Car qui se recommande est peu recommandable,
Celui qu'estime Dieu, seul est digne d`honneur,


CHAPITRE 15.

De l'amour de Jésus sur toute chose.


Qui sait aimer Jésus, jouit d'un bonheur extrême,
Heureux qui pour Jésus est méprisé,
Il faut, pour l'aimer seul, laisser tout ce qu'on aime,
Jésus ne peut régner en un cœur divisé,  

L'amour de ce qu'on voit est volage, infidèle,
Et l'amour de Jésus est franc de changement,
Aimant la créature, on périt avec elle,
Quiconque aime Jésus, l`aime éternellement,

Tu dois donc l'aimer seul, pour seul ami le prendre,
C'est le plus digne amant que tu puisses chérir,
Quoique  chacun te laisse, il peut seul te défendre,
Ne crains pas qu'à fin il te laisse périr.

Il faut que de tout autre un jour tu te détaches,
Soit que ton cœur le veuille, ou ne le veuille pas,
Il faut, vivant,  mourant, qu'en Jésus tu te caches,
Et tu ne dois jamais t'en éloigner d'un pas,

A sa fidélité commet toute ton âme,
Et si chacun te manque, il peut te soulager,
Jésus brûle pour toi d'une jalouse flamme,
Et ne souffre avec lui nul amant étranger,

Il veut dedans ton cœur seul commander en Maitre,
Seul il veut sur ce trône être assis comme un Roi,
Fait donc tout autre amour de ton cœur disparaitre.
Jésus viendra soudain demeurer avec toi.

Il faut aimer Jésus sur tous ceux que l'on aime,
C'est en son amour seul que l'excès est permis,
Aimons tout pour Jésus, et Jésus pour Lui-même,
Seul et fidèle ami par-dessus tous amis,

Pour lui seul, en lui seul, ton cœur en même bande,
Doit amis, ennemis, dedans soi renfermer,
Pour tous, de sa prière à Jésus fais offrande,
Afin qu'ils puissent tous le connaitre et l'aimer,

Ne souhaite jamais d'être aimable ou louable,
Au-dessus de tout autre, au jugement de tous,
Cela n'est dû qu'à Dieu qui n'a point de semblable,
Qui sur lui ne vois rien et vois tout au-dessous.


CHAPITRE 16.

D'être privé de toute consolation.

Des humaines douceurs le mépris vient sans peine,
Quand on goûte au dedans la divine douceur,
Perdre toute douceur, la divine et  l'humaine,
C'est là qu'est le mérite et la force du cœur,

D'être gai quand la grâce arrive à notre porte,
Il n'est pas malaisé; c'est un grand bonheur à tous,
Assez doucement vont ceux que la grâce porte.
A ceux que Dieu conduit leurs fardeaux sont bien doux.

Ne sois point affligé  qu`un ami te délaisse,
Sachant qu'enfin l'un l`autre il faut tous se quitter,
Il faut longtemps apprendre à te dompter sans cesse,
Avant qu'en Dieu ton cœur se puisse transplanter,

Qui s`assure en soi-même, au dehors cherche l'aide,
Mais les parfaits amants du Christ et des vertus chrétiennes,
N`aspirent au dehors à nul bien qui leur plaise,
Qu'au travail de combattre et d'être combattus.

Lorsque d'une douceur Jésus te favorise,
Tu dois,  en rendant grâce, humble la recevoir.
Ne croit pas qu'elle soit par ton mérite acquise.
C'est un don que sur toi sa grâce a fait pleuvoir.

Ne t'en enfle pas trop de gloire ni de joie,
D'autant plus pour ce don sois dans l'humilité,
Plus de soin dans tes faits et plus de crainte emploi,
L`heure passe et bientôt tu vas être tenté,

Si de cette douceur soudain tu sens l’absence,
Tu n'en dois pas tomber dans un ennui trop grand,
Mais attend son retour en humble patience,
Avec les intérêts après ce grand Dieu te la rend.

Ceux qui suivent Jésus dans ses routes secrètes,
Éprouvent bien souvent ce désordre en leur cœur,
Et les Saints les plus grands et les plus grands Prophète,
Ont senti que l`ennui souvent fait la douceur,

Le roi David chante, sentant la grâce en lui présente,
Dans mes heureux transports rien ne me peut troubler,
Puis il ajoute après, sentant qu'elle s'absente,
Tu t'en vas, et d'ennuis je me sens accablé,

A son Dieu cependant il s'adresse et le prie,
II l’appelle, et son cœur ne désespère pas,
Revient, mon Dieu, dit-il, devant toi je m`écris,
Exauce moi, Seigneur, et m'entends d'ici-bas,

De ses cris à la fin le doux fruit il remporte,
Il dit, quand des ennuis il sent finir le cours,
Ma prière est reçue, et Dieu me réconforte,
Il m'exauce, il descend, il vient à mon secours,

Mais en quoi, ce secours? Tu bannis ma tristesse,
Dit-il , et de plaisir tu m'as environné,
Dieu traite ainsi les Saints; et pour notre faiblesse,
Nul pendant la tiédeur ne doit être étonné,

La ferveur, la froideur nous arrive et nous quitte,
L'Esprit vient et s'en va selon son bon vouloir,
Dès le matin, dit Job , le Seigneur nous visite,
Puis il vient souvent nous éprouver sur le soir,

Quand dans cet abandon je m'ennui et me lasse,
Sur quoi se doit alors fonder ma sureté,
Si ce n'est sur l'espoir de la divine grâce ?
Si ce n'est sur Dieu seul, plein de toute bonté?

Car ni les hommes saints, ni les amis uniques,
Ni les Livres sacrés, ni nul traité chrétien,
Ni les chants les plus doux d'hymnes et de cantiques,
Alors dans notre ennuie ne soulagent de rien,

Quand je suis délaissé de la grâce céleste,
Abandonné de Dieu dedans ma pauvreté,
La seule patience et le bien qui me reste,
Pour Dieu je me renonce et veux sa volonté,

Il n'est Saint si rempli de joie et de lumière,
Qui devant, ou bientôt ne se trouve tenté,
Nul n'est digne d'avoir la grâce familière,
Qui pour Dieu n'est d'ennui quelquefois agité,

Car les tentations sont souvent les indices,
Que de Dieu puis après on sera consolé,
Il promet ici-bas ses célestes délices,
A qui ne tombe point quand il est ébranlé.


CHAPITRE 17.

Des souffrances.


Plusieurs aiment Jésus pour son céleste empire,
Mais de sa lourde Croix il a bien peu d`amants,
A sentir les douceurs tout cœur dévot aspire,
Mais peu veulent pour lui se voir dans les tourments,

Plusieurs dans ses faveurs l'aiment et le bénissent,
Des doux soulagements qu'il leur fait recevoir,
S'il les laisse un moment, s'il se cache, ils languissent,
Et tombent dans la plainte ou dans le désespoir,

Quiconque aime ardemment Jésus pour Jésus même,
Et non pour ressentir la divine douceur,
Dans les plus grands ennuis il le bénit et l’aime,
Comme si de plaisirs il lui comblait le cœur,

Même il le bénirait, quand de nulle assistance,
Jamais son triste cœur ne serait consolé,
Que l'amour de Jésus tout pur et de puissance,
Quand notre propre amour ne s'y voit point mêlé!

Renonce-toi , nous dit le Verbe véritable ,
Porte ta croix , suis-moi : ces mots semblent cruels,
Mais ce propos sera bien plus épouvantable,
Allez , allez , maudits, dans les feux éternel,

Celui qui maintenant avec plaisir écoute,
Le précepte important qu'il faut porter sa croix,
L'écoute sagement et d'autant moins redoute,
De la damnation l'épouvantable voix,

On verra, quand Jésus viendra juger la terre,
Le signe de la Croix dans le Ciel figuré,
Lors l'amant de la croix et qui s'est fait la guerre,
S'approche de Christ d'un visage assuré,

Pourquoi de la porter n'as-tu donc pas l'envie,
Puisqu`on monte-par elle au royaume promis,
On trouve dans la croix le salut et la vie,
Et le puissant secours contre tous ennemis,

De la croix seulement notre salut doit naitre,
Et de l'heure éternelle l'espoir délicieux,
Porte donc ta croix, et suit Jésus ton Maitre,
Car c'est le seul chemin qui mène dans les cieux,

Il a donné l'exemple à toute âme Chrétienne!
Porte ta croix, dit-il, vient fidèle, et suis-moi,
Comme il porta sa croix, tu dois porter la tienne,
Comme il est mort pour toi, tu dois mourir pour lui,

Crois-tu te garantir de ce que nul n'évite?
Dans le monde quel Saint fut sans croix, sans tourments?
De la peine Jésus sans cesse eut le mérite,
Et jamais sans souffrir ne vécut un moment,

Si Christ pour le salut eut connu quelque usage,
Plus utile et plus sûr que celui de souffrir,
Lui-même pour l'exemple en eut été l'image,
Et sa bouche eut pris soin de nous le découvrir,

Tout consiste à souffrir, à mourir tout consiste.
Le chemin de la vie éternelle est celui de la croix,
Pour la paix du dedans, que le dehors soit triste,
Pour vivre, il faut mourir tous les jours mille fois,

Va, cherche en mille lieux, chemine et te fourvoie,
T`éloignant de la croix et plus haut et plus bas,
Tu ne trouveras point une plus sure voie,
En quelques lieux divers que te mènent tes pas,

Que ton libre vouloir tout ordonne et dispose,
En tout ce que tu veux, en tout ce que tu vois,
Tu rencontres toujours à souffrir quelque chose,
Toujours, bon gré, malgré, tu trouves une croix.

Tantôt le corps malade à  te plaindre t`oblige,
Tantôt à ton esprit l'ennui sert de bourreau,
Tantôt Dieu t`abandonne, ou le prochain t`afflige,
A toi-même souvent tu deviens un fardeau.

CHAPITRE 18.

Qu`il faut chercher Dieu avec simplicité de cœur.


Devant mes yeux, mon fils, marche en vérité pure,
Et cherche-moi toujours avec un simple cœur,
Qui marche en vérité, la vérité, l’assure,
Le sauve de tout mal et de l'homme trompeur.

Tu n'as rien dont ton cœur puisse un honneur prétendre,
Et de tout ce qu'il sent, il peut s`humilier,
Il est plus faible encore qu'il ne le peut comprendre,
Puisque tout le séduit et tout le fait plier,

Mais recherche surtout la Vérité suprême,
Fuit la Nature encline à tout bien passager,
Et pour tes seuls péchés ait une haine extrême,
Nulle perte à l'égal ne te doit affliger,

Plusieurs en me cherchant ont les cœurs peu sincères,
Me cherchant d'un esprit d`orgueil et curieux,
Ils veulent pénétrer mes secrets, mes mystères,
Ils n'ont point de souci d'eux-mêmes ni des cieux,

Soudain dans les péchés leur orgueil les abimes,
Le monde les retient de cent nœuds attachés,
Craint-moi, n'épluche point mon essence sublime,
Mais d'un soin diligent épluche tes péchés!

Voit quels sont tes défauts, tes passions volages,
L'un pense être dévot en priant plein d'ardeur,
D'autres en livres peints, en tableaux, en images,
D'autres m'ont dans la bouche, et bien peu dans le cœur,

Mais mon amant purgé d'affections humaines,
Et d'esprit pénétrant pense à I ‘Éternité,
Sert son corps à regret, fuit les choses mondaines,
Et sent parler en lui l'esprit de vérité,

La vérité l'enseigne à se faire la guerre,
A dédaigner un rien pour un bien précieux,
A fouler les honneurs, et les biens de la terre,
A souhaiter sans cesse et ma grâce et les cieux.


CHAPITRE 19.

De n'attirer point a soi les choses extérieure.


Fais-toi, Mon Fils, un fort d`ignorance profonde,
Montre-toi sur la terre en tour mortifiée.
Tu dois vivre ici-bas comme si tout le monde.
Du moins à ton égard était crucifié.

Tu dois à cent propos faire la sourde oreille,
Et penser seulement à te donner la paix,
Pour ce qui te déplait, fait l'aveugle et sommeille,
Laisse à chacun son sens,  ne le combat jamais,

A cent troubles divers on peut fermer la porte,
Et jouir au dedans d'un solide repos,
Quand on ne veut savoir que ce qui nous importe,
Sans apprendre d'autrui les faits ni les propos,

Comment serait en paix qui de soi se détache,
Qui s'épanche au dehors, et dans soi n'est jamais,
Heureux le simple cœur qui tout en soi se cache,
Et ne cherche au dehors rien qui trouble sa paix.


CHAPITRE 20.

Comment il faut se conduire dans ses désirs.


Tout désir ne vient pas de l'Esprit de lumière,
Bien qu'à l'âme fidèle il semble droit et bon,
Tout désir est douteux et peu savent la manière,
De bien juger s'il vient du Ciel ou du Démon. ( des anges déchus)

Le désir quelquefois vient de ton esprit même,
Et doit t`être suspect encore qu'il ne soit rien,
Plusieurs tombent enfin dans un désordre extrême,
Quand ils ont fait un mal en pensant faire un bien,

Tout ce qui semble un bien soudain n'est pas à suivre,
Tout ce qui semble un mal n'est pas à rejeter,
Même un bon désir par son excès enivre,
Parfois avec la bride il le faut arrêter.

Donc en humble crainte et désire et demande,
Te figurant en Dieu, mets le tout en ses mains,
Dit-lui : Tu connais tout, Seigneur, quoique j'attende,
Que souvent pour mon bien tous mes souhaits sont vains!

Ta sainte volonté mon Sauveur, soit la mienne,
Seigneur, que mon désir suive toujours le tien,
Qu`une étroite union avec toi j'entretienne,
Veux-tu? Ne veux-tu pas?  Je veux,  je ne veux rien.


CHAPITRE 21.

Des affections désordonnées.

Quiconque en ses désirs se transporte et s`égare,  
Des ennuis bientôt sent l`insupportable fardeau,
Jamais n'ont de repos ni l`orgueilleux ni l'avare,
L`humble jouit toujours d'une profonde paix,

Qui n'est pas mort en soi n'est jamais invincible,
Peu de chose le tente, et le fera broncher,
L'esprit faible  et penchant vers tout objet sensible,
Des choses de la terre a peine à s'arracher,

Souvent même il est triste alors qu'il s'en retire,
Il a trop de regret s'il en est empêché,
Puis il sent un remords, s'il a ce qu'il désire,
Ne trouvant nul repos dans le bonheur qu'il a cherché.

CHAPITRE 22.

Du détachement.


Il faut que ton vouloir, O  mon fils, se dispose,
A donner tout pour tout, à n'avoir rien de toi,
L'amour propre te nuit plus que toute autre chose,
Lui seul s`attache ou fuit : tu dépens de sa loi.

Si ton amour est pur, simple, et plein de justice,
De toute folle ardeur tu seras détaché,
Jamais d'aucun désir ne te fait un supplice,
Ne souhaite nul bien dont tu sois empêché,

Pourquoi de vains soucis consumes-tu ton âme?
Sans s`agiter ainsi, veuille ce que je veux,
Tu ne pourras sentir ennui,  perte, ni blâme,
A tout ce que tu vois n`attache point tes vœux,

Là n'est pas le plaisir, ni le grand avantage,
D'acquérir une chose, ou la multiplier,
Mais de la mépriser d'un généreux courage,
L'arracher de ton cœur, la perdre et l'oublier,

La ferveur te manquant, le lieu bien peu t'assure,
Si ta paix n'est en moi, tes soins sont superflus.
Tu peux changer de lieu, mais non pas de nature,
Tu trouveras ailleurs ce que tu fuis, et plus,

Car rien n'est sous le ciel n`est ferme ni durable,
Tout n'est que vanité, qu`affliction d'esprit.
Heureux qui roule en soi ce propos véritable,
Et bien sage est celui qui dans son cœur l'écrit.


CHAPITRE 23.

Contre les langues des Médisants.

Mon fils,  une fois troublé,  quelqu`un te diffame,
Ou te dit un propos fâcheux à  supporter,
Tu dois penser à toi puis encore à ton âme,
Croyant qu'a tes défauts rien ne peut s'ajouter,

Si tu savais régner au dedans de toi-même,
Tu ne voudrais jamais peser des mots volants,
Se taire en temps mauvais, est la vertu suprême,
Et mépriser pour moi les propos insolents,

Ce que de toi l'on dit, l'on pense, l'on murmure.
N'est pas où git ta paix, ne te fait pas la loi,
Les jugements d'autrui changent-ils ta nature?
La paix, la gloire vraie n`est-elle pas en moi?

Quiconque aux hommes vains ne cherche pas à plaire,
Ou craint peu de déplaire, aura beaucoup paix,
Le désordre des sens et ton trouble ordinaire,
Vient de ta vaine crainte et de tes vains souhaits,

Pense à moi,  sur des mots n'entre point en défense,
Si tu sembles parfois confus quoi qu`innocent,
N'amoindri  ta couronne avec l'impatience. .
J'aime qui souffre un mal, et  non qui s'en ressent,

De rien dont ne te fâche et vers moi seul regarde,
Qui puis te délivrer de toute indignité,
Qui puis te garantir des traits que l'on te darde,
Et qui rends a chacun comme il l'a mérité.

CHAPITRE 24.

De l'épreuve du véritable Amant.

Ton amour, O mon fils, n'a pas de force encore,
Tu n'es pas sage assez pour être mon amant.
Tu cèdes aux assauts, et l`ennemi te dévore,
Tu cherches mes douceurs, et trop avidement,

Un amant généreux, lorsque l'Enfer le tente,
Est ferme, et ne croit  pas ses conseils dangereux,
Et comme je lui plais lors que je le contente,
je ne lui déplais pas dans le sort malheureux,

Jamais mon noble amant en mes dons ne repose,
Mais par-dessus tous dons il se repose en moi.
Tout n'est donc pas perdu quand tu perds quelque chose,
Quand je ne réponds-pas aux désirs de ta foi,

Ce breuvage amoureux que parfois je fais boire,
Est un sensible effet que ma grâce produit,
C`est un doux avant-gout de la céleste gloire,
Mais que nul ne s'y fit : il arrive et s'enfuit,

Mais combattre du monde et les maux et les charmes,
Lutter contre les vents dont le cœur est battu,
Mépriser des démons les pièges, les alarmes,
C'est marque de mérite, et de grande vertu,

Ce n'est pas sans raison qu`après l'ardeur de l'âme
Il  retombe parfois aux faiblesses du cœur,
Tu souffres, sans agir : pleure, puis te renflamme,
Ce mal est un mérite, et non pas un malheur,

Sache que l'ennemi toujours plein de malice,
Tâche à te détourner des soins de ton bonheur,
De la sainte douceur des dévots exercices,
De penser à la mort et de m'en rendre honneur,

L`humble confession déplais à sa malice,
De ma table, s'il peut, il détourne tes pas,
Mais ne l'écoute point,  rit de son artifice,
Rien qu'il n`est mille fois déçu par ses appas,

S'il t'offre des pensées: voluptueuses et sales,
Sur lui repousse-les, et courageux dit-lui,
Retourne, Esprit impur, aux prisons infernales,
Sois honteux de m'offrir des pensées si maudites,

Va-t’en, je te méprise, et ta malice infâme,
Retire-toi de moi, séducteur malheureux,
Sur moi tu ne peux rien : Dieu protège mon âme,
Sa clarté me fait voir, ton piège dangereux,

Jésus est mon salut ma force, et ma lumière,
Donc de quel ennemi la peur me peut troubler?
Je pourrais avoir contre moi, une armée entière,
Jésus est avec moi, rien ne me fait trembler,

Donc en vaillant soldat, mon fils, pense à combattre,
Et si par ta faiblesse il t'arrive de choir,
Reprends un cœur nouveau que rien ne puisse abattre,
Et dans ma seule grâce attache ton espoir,

Garde toi de l`orgueil qui te mène sans cesse,
Dans l'erreur sans retour et dans l'aveuglement,
Sois humble, et pour leçon apprend que je rabaisse,
L`orgueilleux qui sur soi s'assure follement,

CHAPITRE 25.

Comment on doit se comporter dans les grâces que Dieu nous fait.

Mon Fils, il t'est plus sur de bien cacher ma grâce,
Et te sentant dévot, d'être sans vanité,
Il faut en parler peu, croire ton âme basse,
Et craindre pour ce don, n'ayant rien mérité,

Ce n'est pas le grand fruit de la dévote vie,
Que de goûter la grâce et d`être consolé,
Mais de souffrir en paix qu'elle te soit ravie,
Et d'un cœur patient sans en être ébranlé,

Alors de l'oraison tu ne dois te distraire,
Ni de l'usage saint de tes actes pieux,
Pour toute aridité, pour chagrin ne diffère,  
Fais ainsi que-ton cœur le pourra pour le mieux,

Qui présume de soi perd ma grâce éternelle,
Il  s`abime en pensant s'élever dans les cieux,
Qu`humble il n`espère pas y voler de son aile,
Enlevé sur la mienne il volera mieux,

Les nouveaux voyageurs dans ma secrète voie,
Sans des guides prudents sont déçus ou heurté,
S'il advient que leur sens en nul guide ne croit,
Dans l`abime bientôt seront précipités,

Il vaut mieux avoir moins, que tel grand avantage,
Dont ton fragile esprit peut se rendre orgueilleux,
Qui s'emporte de joie est encore peu sage,
L`oublie sa misère est toujours périlleux.

Qui dans le temps de paix est trop plein d'assurance,
En temps de guerre aura le courage abattu,
Tu tombes moins souvent en péril, en offense,
Gardant en un cœur humble une forte vertu.

CHAPITRE 26.

Comment il faire entendre la parole de Dieu.

Mon fils, sois attentif à ma douce parole,
Qui passe des Savants tout discours haut et vain,
Ma parole est la vie, et  l'esprit qui console.
Nul ne la doit peser selon le sens humain,

Il ne faut pas l'entendre pour vainement s'y plaire,
Mais dans un saint silence il la faut écouter,
Il faut la recevoir d'un cœur humble et  sincère,
Sur elle avec amour il te faut méditer.


Dernière édition par MichelT le Dim 7 Fév 2016 - 22:03, édité 3 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Re: MAXIMES CHRÉTIENNES – année 1680 - France - Jean-Desmarets de St-Sorlin

Message par MichelT le Sam 6 Fév 2016 - 19:38

CHAPITRE 27.

Qu`il ne faut pas perdre courage quand on tombe en quelques défauts.

L`humilité, mon fils, jointe à la patience,
Me plait bien plus en toi pendant l'adversité,
Que de ton zèle ardent la douce violence,
Quand je te vois marcher dans la prospérité,

Pourquoi t`affliges-tu d'un mépris, d'une injure,
Quand on t'en dirait plus, tu devrais tout souffrir,
Laisse passer le mot. Qui sans peine l'endure,
Sans peine mille fois laissera discourir,

Tu parais courageux quand rien ne t'est contraire,
Et même tes conseils semblent pleins de vigueur,
Mais voyant à ta porte une disgrâce amère,
Tu manques aussitôt de conseil et de cœur,

Souffre, sinon en joie, au moins en patience,
Si tu sens un dépit, tâche à le réprimer,
De peur que de ta voix ne parte une licence,
Qui puisse au cœur du faible un scandale allumer,

Soudain s'apaisera la tempête excitée,
Le retour de la grâce adoucira tes maux,
La  peine en peu de temps par moi sera domptée,
Si ta bouche m`invoque au fort de tes travaux,

L'Ange même au ciel, le premier homme en terre,
Ne peut demeurer ferme;  et toi le pourras-tu?
C'est moi qui te défends quand tout te fait la guerre,
J`élève l`humble faible à la haute vertu.

CHAPITRE 28.

De la confiance de recouvrer la grâce.

Mon fils, je suis le Dieu confortant dans l'orage,
Viens à moi dans les jours de la triste saison,
Plus tard tu viens à moi, plus tard je te soulage,
Je te fuis, quand tu fuis d'entrer en oraison. (prières)

Tu cherches avant moi quelqu`un qui te console,
Et cherchant au dehors, ton soin, ton temps se perd,
Hors de moi tu n'entends nul utile parole,
Nul secours n'est puissant, nul remède ne sert,

Reprend donc tes esprits après cette tempête,
Voit luire ma bonté qui vient pour te guérir,
Qui regarde l`assaut, et toujours se tient prêt,
Pour réparer la brèche et pour te secourir,

Non seulement, mon fils, ma bonté la répare,
Mais la comble, et fait voir tout facile à mon bras,
Nul secours de la terre au mien ne se compare,
Je ne suis pas celui qui dit et ne fait pas,

Où donc est ta foi?  Sois ferme et persévérant,
Sois patient et fort. Je viens toujours à temps,
Cette tentation n'était qu'une chimère,
Et je t'en vais bientôt guérir si tu m'attends,

Tu te fais un grand mal d'une crainte frivole,
Et dans les temps futurs tu cherches le malheur,
Tristesse sur tristesse, et rien ne te console,
De chaque jour, mon fils, te suffit la douleur,

Pour choses qui jamais  n`arriveront peut-être,
Soit en bien, soit en mal, que sert de t`émouvoir?
En cela tu fais bien ta faiblesse paraitre,
D`être ému de tout mal que tu peux concevoir,

Tu sers ton ennemi, qui bien peu se tourmente
Si l'assaut qu'il te donne est véritable ou faux,
S'il t`abat d'une peine ou future ou présente,
Suffit que pour t`abattre il trouve tes défauts,

Ne soit donc point troublé; crois en moi, perd la crainte,
Et toujours te confie en ma grande bonté,
Tu me pensais bien loin et je suis dans ton enceinte,
Souvent qui croit tout perdre a le plus mérité,

Encore que pour un temps tu nages dans le trouble,
Ne te croit pas de moi du tout abandonné,
Quand rien ne te console, et quand le mal redouble,
Le  Royaume des Cieux à ce prix est donné,

Telle épreuve et tels maux sont aux miens plus utile,
Et les exercent mieux, que s'ils étaient contents
je sais les chemins surs, quoique plus difficiles,
Et que pour ton salut tu dois souffrir un temps.

Autrement au plaisir dans l'heure on s'abandonne
L'heureux se flatte, et crois être ce qu'il n'est pas,
Je puis quand il me plait ôter ce que je donne,
T`élever au plus haut, puis te mettre au plus bas,

Ne te dépite pas du mal que je t'envoi,
Que ton cœur aussitôt n'en soit pas abattu,
Je puis le soulager et le changer en joie,
De ce mal, ma bonté fait naitre une vérité,

Je vous aime, ai-je dit, comme m'aima mon Père,
Il m'envoya du ciel pour souffrir ici-bas,
De même j`envoyai ma troupe la plus chère,
Non dans les grands plaisirs, mais dans les grands combats.

CHAPITRE 29.

De l`aveuglement humain.

C'est pure vanité qu'avoir l'âme asservie,
Aux plaisirs dont l'Enfer nous doit punir un jour,
C'est pure vanité qu'aimer la longue vie,
Et pour la bonne Vie avoir si peu d'amour.

C'est pure vanité qu'aimer tant de chimères,
S`arrêter au présent, sans prévoir l'avenir.
C'est vanité qu'aimer les choses passagères,
Et n'aimer pas le bien qui ne doit point finir.

On déplore sans fin des pertes temporelles,
On court terres et mers pour un profit léger,
Et l'on passe en oubli des pertes éternelles,
A peine on vient vers Dieu sur le tard se ranger,

On cherche incessamment un rien ou peu de chose,
Et le bien nécessaire est de tous négligé,
L'homme court au dehors :  jamais ne s'y repose,
Et s'il ne s'en repent, y demeure engagé.

CHAPITRE 30.

Qu`il faut mépriser tout, pour trouver le Créateur.

Celui-là savait bien le fardeau sous qui l`on tombe,
Et voulait bien voler, qui s'écriait ainsi,
Qui me pourra me prêter l'aile d'une colombe,
Pour voler et trouver un lieu libre de soucis?

Rien n'est plus en repos qu'une âme simple et pure,
Ni plus libre qu'un cœur qui rien n'aime ici-bas,
Il faut faire un mépris de toute créature,
Et de son propre amour sensible à trop d`appas,

Peu de contemplatifs se trouvent dans le monde,
Car peu savent du monde en tout se détacher,
Il faut donc que la grâce aux grands désirs réponde,
Pour élever son âme et de soi s'arracher,

Plusieurs à contempler adonnent leurs pensées,
Et pour le faire bien ne sont pas ce qu'il faut,
En ne s'adonnant pas, toutes choses laissées,
A se mortifier et vaincre tout défaut.

Après nous être un temps recueillis en nous-mêmes,
Nous sortons au dehors, sans bien peser nos mœurs,
Sans bien chercher en nous nos désordres extrêmes,
Et quelle impureté règne encore en nos cœurs.


CHAPITRE 31.

Il faut combattre avant que de d`avoir la couronne.

Je vois bien ton désir :  ta plainte m'est connue,
Tu voudrais être libre, et voler dans les cieux,
Mais cette heure, mon fils, n'est pas encore venue,
Il faut longtemps encore t'éprouver en ces lieux.

Tu veux mon fruit céleste :  il n'est pas mûr encore,
Avant que voir ma face, il faut bien t`éprouver,
Je veux te consoler quand l'ennui te dévore,
Mais tu ne peux encore à ma gloire arriver,

Sois robuste, en souffrant ce que craint la nature,
Dépouille le vieil homme , et n'en réserve rien,
Fuit tout ce que tu veux :  ce que tu fuis , endure,
Fait le vouloir d'autrui bien plutôt que le tien,

Souffre l'honneur d`autrui, que le tien se rabaisse,
Qu'un autre ait ce qu'il veut, quand rien ne t'est donné,
Qu'un autre ait de l`emploi,  que sans charge on te laisse,
Là je vois si ton cœur est en moi résigné.

Céder aux lois d`autrui, c'est une rude peine,
N'osant leur résister ni te rendre content,
Console-toi pensant à ta fin prochaine,
Au grand fruit que tu fais, au grand prix qui t'attend,

Pour les mépris soufferts, je donnerai la gloire;
Pour l`ennui, le plaisir ; pour le trouble, la paix,
Pour l'humble abaissement, l'honneur de la victoire,
Et pour le fort combat,  le triomphe à jamais.


CHAPITRE 32.

Que la grâce de Dieu ne se communique pas à ceux
qui s'attachent au monde.


Mon fils, ma grâce est noble, haute et précieuse,
Et ne se mêle point aux choses d'ici-bas,
Veux-tu qu'elle descende en ton âme pieuse?
Songe à ne pas aimer ce qu'elle n'aime pas.

Cherche un recoin secret et habite dans toi-même,
Et ne cherche d'aucun inutile propos,
Cherche dans l'oraison ton Monarque suprême,
Garde ton cœur contrit , pur , et plein de repos,

Fait grand mépris du monde ; et sans cesse préfère,
Mon aimable entretien à tout bien du dehors,
Tu ne peux me goûter, si ton âme légère,
Aime les sains plaisirs que demande ton corps,

Quelle joie au mourant qu'au monde rien n'attache!
Mais un infirme esprit n'en peut tirer son cœur,
Il n'est point ici-bas d'homme charnel qui sache,
Le repos d'un esprit qui du monde est vainqueur,

Veux- tu vivre en Chrétien?  fait ce que ton cœur aime.
De toi-même surtout fuit l'amour qui t`abat,
Car tu dompteras tout en te domptant toi-même,
A se vaincre soi-même est le plus grand combat,

Qui se dompte si bien, que sans cesse il soumette,
Son cœur à sa raison, et sa raison à moi,
Et du monde et de soi la victoire parfaite,
Et vainqueur de ces deux, à tout il fait la loi.

Si tu veux parvenir à ce point souhaitable,
Jusques à la racine il faut mettre le fer,
Pour trancher l'amour propre, et le soin redoutable,
Qui pour les biens mondains te pourrait t`échauffer,

Car cet amour caché dont par trop l'homme s'aime,
Est la source dans lui de toutes pensées mauvaises.
Ayant dompté ce mal, en se domptant soi-même,
Il jouira toujours d'une profonde paix.

CHAPITRE 33.

De la Nature de la Grace.

Considère, mon fils, la Nature de la Grace,
Et discerne avec soin leurs divers mouvements,
Fait, pour les distinguer, que ton sens se ramasse,
Qui recherchant le bien s'y trompe à tous moments,

La Nature est subtile, engage, trompe, attire,
Et n'a jamais pour but autre chose que soi,
Mais la Grace est sincère, et du mal se retire,
Ne tend jamais de piège, et pour but n'a que moi.

La Nature à regret meurt ou se voit pressée,
Toujours craint qu'on la veuille ou soumettre ou dompter,
Mais la Grace s`immole, aime d`être abaissée,
Veut servir, et pour Dieu prête à tout supporter,

Toujours à tous honneurs aspire la Nature :
La Grace fuit la gloire, en tout vient me l'offrir,
La Nature craint tout, mépris, opprobre, injures,
La Grace, pour mon nom, est prête à tout souffrir,

La Nature toujours se tourne aux créatures,
Et chérit sa chair propre, aux soins, aux vanités,
La Grace à Dieu se tourne, aux vertus les plus pures,
Fuit le monde et la chair et leurs infirmités,

La Nature au dehors cherche un plaisir sans cesse,
Pour y lier son cœur, et pour plaire à ses sens,
Mais la Grace au dedans a son Dieu seul s'adresse,
Et prend avec lui seul ses plaisirs innocents,

La Nature est avare; et pour peu qu'elle donne,
Espère autant, ou plus; ou louange, ou faveur,
La Grace, hors de Dieu seul, toute chose abandonne,
Sinon ce qui lui sert à plaire à son Sauveur,

La Nature s'enquiert de secrets, de nouvelles,
Veut paraitre au dehors, sur tout porte ses sens,
La Grace ne s`enquiert de bruits ni de querelles,
Méprisant tout le monde et ses biens périssant.

CHAPITRE 34.

Qu`il ne faut pas sonder les mystères, ni les jugements de Dieu.  

Ne dispute jamais des matières sublimes,
Mon Fils, ni des secrets qu'à l'homme j`ai caché,
Pourquoi l'un est heureux, quoique chargé de crimes,
Pourquoi sont à mes Saints les malheurs attachés,

Pourquoi j'en laisse l’un, et reprend l'autre en grâce,
Pourquoi l'un est sauvé; pourquoi l`autre se perd,
Telle enquête, mon fils, tout sens humain surpasse,
Pour voir dans mes secrets nulle raison ne sert,

Tel savoir curieux nul bien ne peut produire,
Et ne sert qu'à nourrir d`inutiles débats,
Je suis un Dieu caché :  ton cœur se doit instruire,
Non à percer le Ciel, mais à se tenir bas,

Cherche pieusement mes vérités sincères,
Souffre que l'on t'enseigne et docile et soumis,
Marche par les sentiers tracés par les saints Peres,
Et par l'humilité rend tes pas affermis.

Douce simplicité, n'es-tu pas plus heureuse,
Laissant des questions les chemins épineux,
D'aller par une voie et pleine et non trompeuse,
En suivant de ma loi le flambeau lumineux?

Que d’âmes ont perdu la grandeur de leur zèle,
Voulant dans mes secrets pénétrer trop ayant,
En toi je veux la foi, l’espoir, l'amour fidèle,
Et non un esprit haut, curieux, et savant,

Oubli tes fausses pensées, et contre eux ne conteste!
Et moque-toi du doute envoyé des Enfers,
Croit mes Prophètes saints, ma parole céleste,
Tu remettras là-bas l`ennemi dans ses fers.

Souvent beaucoup te sert de souffrir ces atteintes,
Satan ne tente point ceux qu'il tient sous sa loi,
Mais il tente le sens des âmes les plus saintes,
Et livre cent assauts pour abattre leur foi,

Poursuit donc , viens à moi d'une foi simple et forte,
Remets moi surement ce que tu n`entends pas,
Dieu ne te trompe point : ceux que leur sens emporte,
Se trompent et sont pris par leurs propres appas.

Dieu marche avec le simple, à l'humble se découvre;
Donne l'intelligence aux âmes de mépris,
Rend sages les cœurs purs par le sens qu'il leur ouvre,
Se cache aux curieux et orgueilleux esprits,

Le sens peut te tromper, la raison n`est pas fiable,
Rien ne trompe la Foi,  rien ne peut la blesser,
L'humain raisonnement, pour devenir utile,
Doit la suivre, et non pas la rompre ou devancer!,

Si tu ne comprends pas les choses les plus basses,
Que je mis sous tes pieds et rangé sous ta loi,
Comment comprendras-tu mes mystères, mes grâces,
Et tout ce que le Ciel cache au-dessus de toi?

Si tels étaient de Dieu les hauts faits adorables,
Que les humains esprits les puissent concevoir,
Seraient-ils appelés divins, inconcevables?
Et doit-il à ton sens limiter son pouvoir?

CHAPITRE 35.

Comment s`acquiert la grâce de la dévotion.

Il te faut rechercher ma grâce avec insistance,
La demander toujours avec un grand désir,
L'attendre avec espoir et longue patience,
Enfin la recevoir avec un doux plaisir.

Il faut la conserver d'une humilité ferme,
Et sans cesse avec elle agir et profiter,
Puis remettre en mes mains la manière et le terme,
Quand je voudrai du Ciel venir te visiter,

Avec humilité souffre tes sécheresses,
N'en désespère pas ; n'envie pas tristement.
Si je refuse un temps mon zèle et mes tendresses,
Ma bonté quelquefois les donne en un moment,

Souvent quand l'oraison est presque toute faite,
Je viens, quoi qu'à l'abord je ne daigne écouter,
Si ma grâce vendit soudain qu'on la souhaite,
Est-il un cœur humain qui puisse la supporter?

Attends d'un ferme espoir ce que ton cœur désire,
Attends en humble esprit, attends patiemment,
Si je retiens ma grâce, ou si je la retire,
Tu dois à tes péchés, l`imputer seulement.

Peu de chose souvent la retarde, ou la cache,
Mais ce peu,  qu'il est grand, privant d'un si grand bien,
Qu`a surmonter ce peu, ton courage s'attache,
Si tu t'en rends vainqueur, quel bonheur sera le tien?

Je verse mes faveurs quand les vaisseaux sont vides,
Quand à tout autre amour une âme à renoncé,
Mes grâces d'autant plus sont hautes et solides,
Que ton cœur se fait voir en soi-même abaissé.

FIN

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Re: MAXIMES CHRÉTIENNES – année 1680 - France - Jean-Desmarets de St-Sorlin

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum