Fete de la Visitation - Tableau poétique des Fetes Chrétiennes - 19 eme

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Fete de la Visitation - Tableau poétique des Fetes Chrétiennes - 19 eme

Message par MichelT le Mer 31 Mai 2017 - 22:48

La  Visitation ( 31 mai)


Quand le messager céleste, l'archange Gabriel, envoyé du Très-Haut, apparut tout à coup à Marie dans son humble demeure de Nazareth, et lui annonça le mystère qui devait s'accomplir en elle pour la rédemption du monde, il apprit à la Vierge, étonnée et confuse, que sa cousine Élisabeth, femme de Zacharie, malgré sa stérilité reconnue et son âge fort avancé, allait aussi être mère d'un fils, et qu'elle était déjà dans le sixième mois de sa grossesse. Marie ayant répondu à l'envoyé de Dieu : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole » , l'archange remonta vers le trône de l'Éternel, et l'humble Vierge, après avoir adoré et prié, reprit ses occupations de tous les jours. Elle avait beau vouloir courber sa pensée, quelque chose d'inconnu, des idées plus élevées que celles qu'elle avait eues jusqu'alors remplissaient son âme; elle sentait que le temps des prodiges était venu, et quoique Nazareth fût encore assez éloigné de la ville d'Hébron, qui était située dans les montagnes de Juda , elle entreprit d'aller voir Élisabeth, sur laquelle la main du Seigneur venait de s'étendre.

Elle partit donc avec Joseph pour faire le voyage, et nous croyons qu'en quittant sa tranquille demeure, Marie savait que c'était plus qu'un devoir de famille qu'elle allait remplir : celle qui devait donner le jour au fils de Dieu savait déjà bien des choses de l'avenir ; elle savait que l'enfant que portait Élisabeth devait être le précurseur du sien , et elle allait le sanctifier en embrassant sa mère.

L'auteur de l'Histoire des Fêtes de l'Église prétend que dans le calme et la paix de sa maison , la pieuse épouse de Zacharie entendit tout à coup une voix qu'elle connaissait, celle de sa parente, Marie, fiancée de Joseph et comme lui de la lignée de David. Dès les premiers mots de Marie qui la saluait, Élisabeth sentit son enfant tressaillir dans ses entrailles, et elle-même, remplie soudainement du Saint-Esprit, s'écria : «Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où me vient ce bonheur, que la mère de mon Seigneur daigne me visiter? Car dès que votre voix a frappé mon oreille, mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Vous êtes, ô Marie ! bien heureuse d'avoir cru aux paroles du Seigneur, car tout ce que vous a dit l'ange en son nom s'accomplira. »

Alors l'humble Vierge, qui devait être mère en gardant toute sa virginale pureté, fut saisie de l'esprit d'en haut, et répondit à Élisabeth par ces magnifiques et prophétiques paroles «Mon âme glorifie le Seigneur. Mon esprit est ravi de joie en Dieu mon salut, Parce qu'il a abaissé ses regards sur l'humilité de sa servante. Les générations m'appelleront bienheureuse dans tous les siècles, Parce qu'il a fait en moi de grandes choses, lui qui est le Tout-Puissant et dont le nom est saint. Sa miséricorde se répand d'âge en âge sur tous ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras, il a renversé les superbes, il a fait descendre les grands de leurs trônes, il a élevé les humbles. Il a rempli de biens ceux qui étaient dans le besoin, il a renvoyé vides et pauvres ceux qui étaient riches. Se souvenant de ses miséricordes, il a pris Israël son serviteur sous sa protection. Ainsi il a parlé à nos pères, à Abraham, à sa postérité, et il s'est souvenu de ses promesses, qu'il tiendra jusqu'à la fin des siècles.»

Que l'on songe à ce qu'était le monde à l'époque où cette scène se passait dans les montagnes de Juda, et l'on s'inclinera devant cette sagesse d'en haut, qui pour régénérer et sauver les hommes ne va point recourir aux grandeurs de la terre, mais à deux femmes qui vivent, pures et simples, dans la crainte et l'amour de Dieu. Oh ! quels grands, quels sublimes entretiens durent avoir, lieu entre Marie et Élisabeth pendant les trois mois qu'elles passèrent ensemble dans la même demeure!; Toutes les deux devaient avoir, comme les prophètes, des visions de l'avenir.

La mère âgée du Précurseur n'approchait sans doute qu'avec vénération et respect de la jeune vierge , qui allait enfanter un Dieu : car il est à présumer, comme l'a pensé saint Augustin dans sa Cité de Dieu, qu'Élisabeth connut par une révélation ce que la modestie de Marie lui cachait, le mystère de l'incarnation , et que ce fut aussi par une inspiration soudaine qu'elle apprit ce que signifiait ce tressaillement extraordinaire qu'elle avait senti dans son sein, lorsque la douce voix de Marie était parvenue à son oreille.

C'était le serviteur qui bondissait de joie à la venue du maître , le flambeau qui s'allumait à l'approche de la lumière. Les Pères ont pensé que le tressaillement de Jean dans
le sein maternel n'était pas moins la marque de sa sanctification que l'hommage que le Précurseur rendait au Christ, qu'une Vierge immaculée venait de concevoir et que lui était destiné à annoncer.

Dès l'origine des fêtes chrétiennes, on a pensé que la sanctification du fils de Zacharie et d'Élisabeth avait précédé sa naissance, et que c'est par la parole de la Vierge; que Jésus-Christ a sanctifié son précurseur. La visite de Marie a la mère de Jean, de celui qui devait briller aux yeux des hommes comme une lampe ardente , de celui qui devait être prophète et plus que prophète, était donc bien plus qu'un devoir de famille et d'amitié; c'était une solennelle entrevue entre les deux femmes qui en savaient plus sur le salut du monde que tous les philosophes, que tous les sages de l'univers. Aussi l'Église a voulu conserver et consacrer le souvenir de cette visite, et elle a fixé au 31 mai la fête de la Visitation.

Pour donner à cette journée toute sa solennité, la liturgie a grand soin de redire toutes les paroles des deux femmes inspirées, et ces mots qui ont été joints à la salutation angélique et que nous répétons chaque matin et chaque soir ,  Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni, et le Magnificat, ce psaume, beau entre toutes les poésies sacrées, que les prêtres ne chantent que debout, en balançant l'encensoir devant l'image de la Vierge, qui l'a dit la première.

Bien des siècles ont passé sur le monde depuis qu'une fille de la royale lignée de David, devenue pauvre, est partie, avec un vieillard, de la petite ville de Nazareth pour aller voir une de ses parentes à Hébron , dans les montagnes de Juda.  Parmi tous les grands événements, les bouleversements, les changements d'empires et de royaumes, comment le souvenir de cette visite d'une femme à une femme a-t-il surnagé sur l'oubli?

Ah ! vous allez le savoir. C'est que la religion fait vivre à jamais ce qu'elle a pris sous sa garde, et qu'elle a voulu que le jour où la mère du Christ s'est reposée sous le toit de la mère du Précurseur ne passât point inaperçu parmi les autres jours.  Aussi voyez aux grandes fêtes de l'année, dans nos vieilles et gothiques cathédrales : voici tout à coup que les prêtres se lèvent de leurs stalles, que l'évêque ou l'archevêque descend de son trône placé près de l'autel ; il va sortir du chœur des diacres, des sous-diacres, des curés, des vicaires; des chanoines l'accompagnent des choristes avec des cierges des lévites avec des encensoirs d'or, le précèdent et le suivent. Où va le prince de l'Église avec ce cortège sacré?

Tous vont ensemble à la chapelle de la Vierge , parce que les chantres du sanctuaire viennent d'entonner la Magnificat, parce que les paroles que Marie a dites il y a plus de dix-huit cents ans, dans la maison d'Élisabeth, sont alors chantées sous les voûtes du temple de Jésus- Christ. Cet hommage à la Vierge de Nazareth ne lui est pas seulement rendu aux grandes fêtes et dans nos somptueuses basiliques ; non, tous les dimanches et dans toutes les églises, dans celles des grandes villes comme dans celles des hameaux , le cantique de Marie est toujours, après la bénédiction du Saint-Sacrement, ce qu'il y a de plus solennel dans les offices du soir.

L'orgue, comme la voix du ciel, et le chant des fidèles, comme celle de la terre, alternent les versets de ce magnifique psaume. Dans les prophétiques paroles de la Vierge inspirée, chacun trouve ou une leçon ou une espérance. Les petits et les humbles y sont consolés de leur petitesse, et du peu de place qu'ils occupent ici-bas, par ce verset : « Mon esprit est ravi de joie en Dieu mon sauveur, parce qu'il a abaissé ses regards sur l'humilité de sa servante » ; et les grandeurs orgueilleuses et usurpées tremblent à ces mots : « Il a déployé la force de son bras, il a renversé les superbes et les a fait descendre de leurs trônes. »

Il n'y a que la religion qui sache aussi bien ce qu'elle doit dire à chacun.

source: Tableau poétique des fêtes chrétiennes - Vicomte Walsh 19 eme siecle


Musique chrétienne classique : Marc-Antoine Charpentier 17 eme siècle - Magnificat









MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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