MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

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MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Ven 2 Juin 2017 - 20:41

MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE ET LES PRINCIPALES FÊTES


Sur la Vie et la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ et sur les Mystères de la St Vierge , et les Fêtes des Saints ;
sur les Bienfaits de Dieu, sur les péchés, sur les quatre fins de l'homme et sur plusieurs autres sujets de piété.



Composées en Latin par le R.P. Buse'e de la Compagnie de Jésus et traduite en français en l`année 1708.


Jean Buse`s est né à Nimègue en Hollande en 1547. Il a étudié la théologie à Rome et l`enseigna ensuite à Mayence en Allemagne pendant plusieurs années. Il est décédé en 1611.


Ce que c'est que la Méditation.

LA Méditation , que d'autres appellent Oraison mentale , est une dévote et affectueuse convention des choses divines, et de tout ce qui peut exciter l'homme à aimer ou à louer Dieu, et à imiter Jésus-Christ et les Saints , en nous portant au bien, et en nous éloignant du mal. Elle est dévote et affectueuse , parce qu'elle consiste moins dans l'action de l'entendement , que dans l'affection de la volonté , puisqu’elle doit faire naître en nos cœurs l'amour de Dieu, le dégout du péché , et le mépris des choses humaines : ce qui fait dire au Roi David, dans la pratique continuelle qu'il faisait de cet exercice: , la méditation fera naître dans mon cœur une sainte et prompte ardeur , qui me fera fuir les choses qui me font nuisibles , embrasser les utiles , négliger les temporelles ,et rechercher les éternelles. Aussi voyons nous que Jésus-Christ et ses Disciples passaient les jours et les nuits à méditer dans les déserts et sur les montagnes. St Luc rapporte , que la Vierge méditait sans cesse dans son cœur tout ce qu'elle avait vu et entendu de son Fils. Saint Jean-Baptiste passa toute sa vie dans le désert à cet exercice : plusieurs Anachorètes y ont employé leurs jours. Tous les Saints s'y sont toujours attachés avec beaucoup d'exactitude. St Basile, St Jérôme, St Benoît,  St Bernard, St François, St Dominique, St Ignace, St Xavier , et tout ce qu'il y a eu dans le Christianisme de grands Personnages pour la sainteté et pour la Doctrine, en ont fait leur principale étude.

TABLE DES MATIÈRES

1 - DE L'ANNONCIATION DE LA ST VIERGE MARIE
2 - LA VISITATION A SAINTE ÉLISABETH
3 - DE LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST
4 -LA REVELATION DE L'ANGE AUX PASTEURS.
5- LA CIRCONCISION ET L'IMPOSITION DU SACRÉ NOM DE JÉSUS
6 - DES TROIS ROIS MAGES
7 - LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE
8- FUITE DE JESUS EN EGYPTE
9- MEURTRE DES SAINTS INNOCENTS
10- JESUS-CHRIST AGÉ DE DOUZE ANS SE RENDIT DANS LE TEMPLE
11 - VIE DE JESUS DEPUIS L'AGE DE DOUZE ANS JUSQU'A L'AGE DE TRENTE
12 - LA PRÉDICATION DE ST JEAN BAPTISTE ET LE BAPTÊME DE JESUS
13 - JÉSUS AU DÉSERT
14- VOCATION DES APÔTRES
15 - LES NOCES DE CANA
16 - ENTRETIEN DE JESUS AVEC NICODÈME
17 - LA SAMARITAINE
18 - DE LA GUÉRISON DU FILS D'UN SEIGNEUR
19 - DE LA BELLE MÈRE DE SIMON PIERRE, QUI FUT GUÉRIE DE LA FIÈVRE
20 – DU PARALYTIQUE QUI FUT GUÉRI PAR JÉSUS
21- VOCATION DE ST MATTHIEU
22 - DE LA FILLE DU PRINCE DE LA SYNAGOGUE, ET DE L'HÉMOROÏSSE
23 - DU PARALYTIQUE AUPRÈS DE LA PISCINE
24 - SERMON DE JESUS-CHRIST SUR LA MONTAGNE.
25 - DE LA LAMPE ALLUMÉE ET MISE SUR LE CHANDELIER.
26 - DE L'AFFECTION POUR SES ENNEMIS
27 - DU LÉPREUX
28 - DU SERVITEUR DU CENTURION.
29 - DU FILS DE LA VEUVE DE NAIM
30 - AMBASSADE A ST JEAN LE BAPTISTE
31 - DE LA TEMPÊTE APAISÉE SUR MER
32- LE DÉMONIAQUE
33 - LA CONVERSION DE MARIE MAGDELEINE
34 - ENVOI DES APÔTRES
35 - DU DOCTEUR DE LA LOI ET DU SAMARITAIN
36 – JESUS ENSEIGNE DANS LA BARQUE DE St PIERRE
37 - DE LA BONNE SEMENCE ET DE LA ZIZANIE
38 - DU DÉMON MUET ET AVEUGLE
39 - DES CINQ PAINS MULTIPLIÉS PAR JÉSUS
40 - MARCHE DE JÉSUS SUR LES EAUX
41 - LA CANANÉENNE
42 - L'HOMME SOURD ET MUET
43 - ACCUEIL A JESUS EN LA MAISON DE MARTHE
44 - DE l`HYDROPIQUE QUI FUT GUÉRI ET DE L'HUMILITÉ
45 - DE LA FEMME SURPRISE EN ADULTÈRE
46 - L'AVEUGLE NÉ
47 – DU BON PASTEUR
48 - LA TRANSFIGURATION DE JÉSUS
49 - DU LUNATIQUE
50 - DE L'ENFANT PRODIGUE
51 - QU'IL FAUT IMITER LES ENFANTS
52 - DU MAUVAIS RICHE ET DU PAUVRE LAZARE
53 - DU RECEVEUR QUI AVAIT MAL SERVI SON MAITRE
54 - DE LA PRIERE, DU MAUVAIS JUGE, ET DU PHARISIEN ET PUBLICAIN
55 - D'UN JEUNE HOMME QUI ÉTAIT RICHE
56  -  LES ENFANTS DE ZEBEDÉE
57 - LA RÉSURRECTION DE LAZARE
58 - DE DIX LÉPREUX
59 - AVEUGLES PRÈS DE JÉRICHO
60 - SOUPER DE JÉSUS EN BÉTHANIE
61 – DE ZACHÉE
62 - ENTRÉE DE JÉSUS DANS JÉRUSALEM
63 - LES VENDEURS CHASSÉS HORS DU TEMPLE
64- DU FIGUIER MAUDIT ET SÈCHE.

MEDITATIONS TRES DÉVOTES SUR LA VIE ET PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JESUS- CHRIST.


1 - DE L'ANNONCIATION DE LA ST VIERGE MARIE.

L 'Ange Gabriel saluant la sacrée Vierge dans Nazareth , et lui apportant la nouvelle de la conception du Verbe divin dans son humble sein, lui dit : Je vous salue pleine de grâce, ect. Vous concevrez, en votre sein, et vous enfanterez un Fils.

Considérez que l'Ange ne rencontra pas la Sainte Vierge dans quelque lieu beaucoup fréquenté, mais dans sa maison et dans sa chambre, étant attentive à la considération de choses divines: pour vous apprendre que vous devez vous y arrêter chez vous, et vous y appliquer à la prière, si vous voulez jouir de la visite et de la consolation des Anges.

Pensez de quelle clarté cette chambre virginale fut remplie à l'arrivée de l'Ange , et avec quel respect et quelle vénération, il lui fit la révérence, et lui dit : Je vous salue pleine de grâce. Ce qui n'est pourtant pas si étonnant qu'il y ait lieu d'en être surpris : parce que si Dieu a fait quelques grâces particulières aux autres Saints, MARIE en a été si comblée et si remplie , qu'elle en a reçue toute l'abondance : Que si elle en a été remplie avant la conception de Jésus , quel accroissement n'en a t'elle point eu après que ce mystère a été accompli ? Faites réflexion qu'elle est appelée pleine de grâce devant Dieu ; afin que nous fussions instruits de recourir à elle dans nos besoins, comme à notre Patronne , notre Avocate , et notre Médiatrice ; et que nous sachions que de même que nous avons obtenu Jésus par son moyen, nous pouvons aussi impétrer toutes sortes de faveurs par son entremise.

Marie fût surprise de ce discours ; pensait en elle-même ce que se pouvait être que ce salut: et dit enfin à l'Ange : Comment ce que vous dites se pourra-t-il faire , car je ne connais point d'homme?

Considérez que la sacrée Vierge est surprise à l'abord et au discours de l'Ange, et ne vous en étonnez pas ; parce que c'est le propre des chastes et honnêtes Vierges, de trembler à l'approche ou même à la vue d'un homme. Outre qu'elle se réputait indigne d'être louée de cette manière: car les humbles et les Saints conçoivent d'autant plus de confusion que plus on les loue. Elle fut donc surprise, mais elle n'en perdit pas le jugement. Car comme elle était bien prudente et bien avisée, elle commença à penser en elle-même , quel était ce salut, avant que d'y répondre.

Voyez quel était son zèle pour conserver sa chasteté ; car quoi qu'elle ne doutât point que tout ce que Dieu lui promettait par la voix de l'Ange, serait infailliblement accompli, n'en sachant pas néanmoins la manière , elle se met en peine et: lui demande comment il se pourra faire qu'elle devienne mère sans préjudice de la Virginité qu'elle avait vouée : Jusque-là qu'elle ne donna point son consentement d'être élevée à la dignité de Mère de Dieu, qu'elle ne fut assurée qu'elle demeurerait Vierge, et que cette sublime qualité serait jointe à celle de la divine maternité.

L'Ange lui répondit: Le Saint Esprit surviendra en vous et Marie lui dit alors: Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre volonté.

Considérez la très-sainte Trinité comme présente à l'entretien de l'Ange avec la sacrée Vierge ; attendant la réponse de sa fille bien aimée, observant avec attention les paroles d'humilité qu'elle devait prononcer. En effet aussitôt après que l'Ange l'eut assurée de la conservation de sa Virginité , fléchissant les genoux et levant les mains et les yeux vers le Ciel , avec une soumission profonde et la larme à l'œil ; Voici , dit-elle , la servante du Seigneur , qu'il me soit fait selon votre parole : Pour vous apprendre à ne pas différer quand vous êtes appelé de Dieu , et quand après en avoir murement délibéré , vous reconnaissez que c'est une vocation Divine.

Considérez que la St Vierge nous propose ici quatre grandes vertus à imiter : 1 . Une prompte obéissance dans une chose qui a de la difficulté. 2. Une humilité profonde étant élue pour être la Mère de Dieu. 3. Une charité ardente et un zèle embrasé pour le salut du prochain. 4. Et une foi inébranlable, car elle croyait indubitablement que la promesse de l'Ange serait accomplie. En effet aussitôt après avoir dit : Qu'il me soit fait selon votre parole, elle conçoit un Dieu-homme dans son sein.





2 - LA VISITATION A SAINTE ÉLISABETH

Peu de temps après Marie s'en alla promptement au Pays des montagnes de Judée, entra dans la maison de Zacharie , et salua Élisabeth.

Considérez l'ardente charité de Marie , qui aussitôt qu'elle a conçu Jésus dans son sein, quoi qu'elle eut coutume de demeurer seule dans sa maison et n'est point détournée ni par la tendresse de son âge , ni par sa pudeur virginale, ni par la difficulté du chemin des montagnes, de rendre visite à la Cousine Élisabeth.

Remarquez sa profonde humilité , en ce qu'étant devenue la Mère de Dieu , et par conséquent la plus digne de toutes les pures créatures , à qui l'on témoignait les respects et sa vénération par des visites , elle se résout volontiers d'aller en rendre et offrir son service à sa cousine Élisabeth qui lui était beaucoup inférieure. Voyez sa diligence et son ardeur à faire ce chemin , car elle franchit les montagnes avec un saint empressement , car comme dit saint Ambroise, la grâce du St Esprit ne sait ce que c`est que d'agir lentement.

Aussitôt qu`Élizabeth eut entendu ce que lui dit Marie en la saluant l'enfant qu'elle portait tressaillait dans son ventre, et étant remplie du St Esprit elle s'écria : Vous êtes bénie entre toutes les femmes : Et d'où me vient cet honneur , que la Mère de mon Dieu me vienne trouver ?

Considérez combien ceux à qui Marie fait la grâce de les visiter, sont heureux; puisque saint Jean étant encore dans les flancs de sa mère , et sainte Elizabeth sa mère furent remplis du saint Esprit par sa présence ; de sorte que ce saint Enfant avantagé par avance et par privilège de l'usage de la raison , fit ses efforts pour sortir du lieu où il était enfermé , afin de voir le petit Jésus , et sa sainte Mère.

Pensez avec quelle tendresse et avec quelle joie sainte Élisabeth se porta à embrasser la sacrée Vierge ; et avec quel sentiment elle lui dit : Béni soit l'arbre , et béni soit le fruit qui en est provenu. Comment ai-je pu mériter que vous qui êtes la Mère de Dieu , me fissiez l'honneur de me venir voir , étant bien plus obligée comme votre servante et votre esclave , de vous rendre ce devoir ? Mais votre profonde humilité a voulu me prévenir, comme celle de votre divin Fils préviendra le mien quand il lui demandera le baptême.

Considérez ce que nous devons dire, nous qui sommes remplis de péchés , lorsque le Fils de Dieu entre tant de fois dans la maison de notre âme en la sainte Eucharistie , si sainte Elizabeth s'écria à l'arrivée de la sacrée Vierge: D’où me vient cet honneur?

Marie lui dit alors : Mon âme magnifie le Seigneur, ect. Elle demeura avec elle près de trois mois, et s'en retourna après en sa maison.

Considérez quelle pudeur couvrit le visage de la sacrée Vierge lors qu'elle entendit de tels éloges de sa grandeur et de sa dignité, comme elle s'humilia d'autant plus, et comme enfin ne pouvant retenir son sentiment intérieur , elle en rapporta toute la gloire à Dieu , lors qu'elle dit: Mon âme magnifie le Seigneur , de qui proviennent toutes les faveurs et toutes les grâces, dont il m'a comblée. Ma présence a fait à la vérité tressaillir l'enfant qui est dans vos entrailles, mais mon esprit a conçu une joie ineffable en Dieu qui est mon Sauveur.

Pensez quelle fut l`allégresse de ces deux bienheureuses et saintes Mères ; quelles furent les louanges et les remerciements qu'elles rendirent à Dieu de leurs conceptions si extraordinaires et si miraculeuses : avec quelle affection et quel zèle la sacrée Vierge s'employa pendant ces trois mois au ministère même des servantes , comme elles se mettaient en peine de se prévenir l'une l'autre par amour et par humilité.

O mon âme ! Si tu avais peu accompagner Marie sur ces montagnes si élevées , s'il t'avait été permis d'être présente aux doux embrassements de ces deux saintes Mères , et d'entendre les premières civilités de leur entrevue ! Sans doute que conjointement avec la sacrée Vierge tu te fusse écriée : Je magnifie le Seigneur. Mais maintenant qu'avec ton corps tu ne peux pas jouir de ce bonheur inconcevable, prosterne-toi par la pensée aux pieds tantôt de l'une et tantôt de l'autre ; et adore l'Époux dans le sein de la sacrée Vierge.





3 - DE LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.


La bienheureuse et sacrée Marie part de Nazareth pour aller à Bethléem avec Joseph son Époux. Joseph aussi d'autre part descendit de Galilée, et alla à Bethléem pour se faire enregistrer avec Marie , qui était sa femme épousée, grosse sur le point de faire ses couches.

Considérez l’obéissance et l'humilité de Joseph et de Marie : car Marie étant Mère du Roi des Rois, ne dédaigne pas d'obéir à un Roi de la terre, et Gentil (un non juif) , quoi qu'avec un danger si manifeste , sachant bien qu'elle était prés de faire ses couches. Admirez ensuite leur peine à souffrir les fatigues d'un long voyage, et pensez combien leurs entretiens étaient remplis de piété.

Considérez qu'ils partent de Galilée qui veut dire vicissitude , pour aller à Bethléem , qui signifie maison de pain , pour se faire enregistrer dans le livre de la famille de David ( descendance du Roi David, roi d`Israël vers 950 av J.C) et de là vous apprendrez qu'après avoir abandonné les plaisirs passagers et changeants de ce monde , vous devez souvent aller à la Table du Pain de vie , qui est descendu du Ciel , afin que votre nom soit enregistré dans le livre où sont écrits les noms de tous les Saints.

Ou il arriva qu` étant en ce pays elle fut au terme de son accouchement, et qu'elle ne pouvait trouver de place dans aucune hôtellerie.

Considérez de quelle façon saint Joseph étant entré sur le soir dans Bethléem , cherche partout un lieu pour se retirer et prendre du repos : et de quelle angoisse il est saisi quand il n'en trouve point , et qu'il se voit rebuté des uns et des autres. Jetez les yeux sur la sacrée Vierge, qui va tantôt deçà, tantôt delà, et s'égare pendant l'obscurité de la nuit; contrainte de se reposer sur quelque pierre , et d'attendre avec douleur si quelqu'un ne fera point ému de compassion , la voyant en un état si pitoyable.

Contemplez comme après avoir parcouru toutes les rues et les coins les plus écartés , ils se trouvent enfin obligés de se retirer dans une étable demi ruinée , ou plutôt dans une caverne obscure , où les pauvres gens avaient coutume de loger leur bétail pendant la nuit. Pensez enfin que la sacrée Vierge y étant entrée , connut bien que ce lieu était le Paradis préparé au second Adam ; que c'était le Palais Royal bâti pour la Naissance de Jésus Christ, et le Trône d'où le véritable Salomon devait enseigner la véritable sagesse fondée sur l'humilité et la pauvreté.

Et elle enfanta son Fils premier né , elle l'enveloppa de langes , et le coucha dans la Crèche .

Considérez que la sacrée Vierge après avoir passé une bonne partie de la nuit en prières et en ardents soupirs lancés vers le Ciel , étant enfin absorbée dans l'admiration de la sagesse de Dieu , et comme extasiée dans une joie inconcevable, mit au monde l'Enfant Jésus, sortie de ses très-pures et très-chastes entrailles, sans aucune douleur , et sans lésion de sa virginité.

Considérez de quelle lumière brilla cette Étable , sitôt que ce divin Enfant parut sur la terre , quelle harmonie des Anges y ravit les oreilles ; quelle joie en conçurent  la sacrée
Vierge et saint Joseph ; comme en quelque façon à l'envi l'un de l'autre , ils s'empressaient à lui donner des baisers ; de quelles œillades ce divin Enfant récompensa leurs caresses et les empressements amoureux de la sacrée Vierge à lui rendre les devoirs d'une bonne Mère , l'enveloppant de pauvres langes, le pressant sur son sein, et le nourrissant de son lait très pur.

Considérez que ce divin Enfant est couché, non pas sur un oreiller bien mollet , ni sur aucune chose précieuse , mais dans une Crèche vile , dure et froide : et que Dieu ne permet toutes ces choses si surprenantes , que pour confondre la sagesse du monde , et pour faire voir que tout ce qui est admirable aux yeux des hommes , n'est pas un bien véritable.








4 - LA REVELATION DE L'ANGE AUX PASTEURS.

La Naissance de Jésus est révélée aux bergers par un Ange, Je vous apporte, leur dit-il , la nouvelle d'une grande joie, qui est qu'un Sauveur vous est né aujourd`hui.

Considérez que l'Ange du Seigneur après en avoir obtenu la permission de l'Enfant Jésus, ne s'adresse pas aux Rois ni aux Savants ,mais à de simples gens, à des Pasteurs qui gardaient soigneusement leurs troupeaux , et qui avaient mérité cette grâce par leur humilité et par leur vigilance. Car comme dit le Sage : Dieu se plait à converser avec les personnes simples. Et Dieu dit lui-même : Celui qui m'aura invoqué dès le matin, me trouvera.

Remarquez que Jésus-Christ qui est le Souverain Pasteur , éclaire de la lumière les Supérieurs et les Pasteurs des autres, avant ceux qui leur sont sujets , afin que ceux-ci se laissent plus volontiers conduire , principalement dans la nuit ; c'est à dire quand il est question de grandes difficultés de la foi et des mœurs.

Observez que l'Ange dit à ces Pasteurs: Un Sauveur vous est né; car un Enfant est né pour nous, dit le prophète Isaïe, et un Fils nous a été donné. De quel don plus précieux pouvions nous être enrichis et honorés ?

Et voici l'assurance que vous pouvez, en avoir. Vous trouverez, un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche.

Considérez quelle marque donne l`Ange pour savoir si Jésus-Christ est dans notre cœur; il faut savoir : 1. Si comme des enfants, nous sommes exempts de péché et de tromperie. 2. Si nous nous contentons de ce qui suffit pour nous vêtir, et pour vivre sans superfluité. 3. Si nous ne fuyons point les austérités.

Considérez la grandeur de la joie dont ces Pasteurs furent remplis à cette nouvelle, et avec quel empressement ils allèrent à Bethléem après avoir abandonné leurs Brebis : combien humblement ils adorèrent Jésus-Christ ; avec quelle piété ils baisèrent ses mains et ses pieds et les présents qu'ils lui offrirent selon leur état , et avec quel agrément et quel sourire dont son bas âge pouvait être capable, ce divin Enfant témoigna qu'il avait agréable la visite de ces bonnes gens , et qu'il se plaisait en leur conversation. O heureux Pasteurs à qui il a été permis de voir ce que tant de Rois , et tant de Prophètes ont désiré de voir , et n'ont point vu?

Aussitôt l'Ange fut accompagné d'armées célestes qui louaient Dieu et disaient ; Gloire à Dieu dans les lieux élevés; et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Considérez qu'il ne pouvait y avoir rien de plus glorieux dans un lieu si méprisable, que des Anges qui chantaient le triomphe de Jésus-Christ , et y faisaient résonner l'air de leur harmonie. Que si vous pensez à la qualité de la personne de cet Enfant , qui parait si pauvre , et qui est pourtant le Fils du Très-haut, vous connaitrez facilement qu'il mérite la vénération de toutes les créatures : mais si vous considérez la cause de cet abaissement qui n'est autre que nos péchés , vous ne vous en étonnerez plus; car c'est par son moyen, et par celui d'une humiliation encore plus profonde , et qui a duré jusques à la mort de la Croix, que nous avons été réconcilié avec Dieu , et que la paix éternelle a été accordée aux hommes de bonne volonté , c'est à dire à ceux qui sont tout prêts de conformer leurs sentiments aux ordres de Dieu (10 commandements – Lois divines),et de les exécuter avec obéissance.

Considérez avec quelle allégresse les Anges retournèrent dans le Ciel , comme ils remplirent toute la céleste Jérusalem d'une nouvelle si agréablement surprenante: et enfin comme l'âme de la sacrée Vierge , ayant remarqué et entendu toutes ces choses , fut absorbée dans une joie inconcevable.



Dernière édition par MichelT le Lun 21 Aoû 2017 - 19:19, édité 60 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Sam 3 Juin 2017 - 23:10

5- LA CIRCONCISION ET L'IMPOSITION DU SACRÉ NOM DE JÉSUS

L 'Enfant Jésus fut circoncis. (Luc 2.)

Considérez la profonde humilité de Jésus Christ, en ce qu'il a bien voulu passer pour pécheur , quoi qu'il ne le fut point , et ne peut l`être (car la circoncision était établie pour effacer le péché originel ) et que nous ne voulons pas être tenus pour tels , quoi que nous ne le soyons que trop véritablement.

Considérez son obéissance à subir une Loi qui ne l'obligeait point : car il était le Seigneur de tout le monde , et était venu pour abolir cette même Loi.

Considérez sa charité , qui parait en ce qu'il a sitôt commencé à répandre son sang. En quoi il nous a donné l'exemple , pour nous obliger à circoncire nos passions déréglées, principalement celles qui sont contraires à la chasteté, et à éviter les moindres occasions du péché , quoi que cela ne se puisse faire sans travail , et sans douleur.

Il fut nommé Jésus , qui est le nom qui avait été prononcé par l' Ange avant sa Conception dans les entrailles sacrées de Marie.

Considérez pourquoi il est nommé Jésus, qui veut dire Sauveur, vu qu'il souffre d'être circoncis , comme s'il avait besoin de faire son salut. C'est sans doute sa charité embrasée pour les hommes qui l'a obligé à nous procurer un si grand avantage par son incommodité, et à nous délivrer de douleur, et procurer notre salut par l'effusion de son Sang. Il n`a pas aussi voulu porter ce nom sans sujet, quoi que Dieu en fut l`Auteur , et que l'Ange en eut été le Héraut, mais il l'a voulu mériter par son travail et par sa Passion. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre : Pour cela Dieu l`a élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout autre nom.

Pensez donc combien ce nom est adorable, car le Ciel (Purgatoire, Anges, Paradis), la Terre, et les Enfers lui rendent leurs respect en fléchissant le genou; aussi est-ce le nom du Fils de Dieu en tant qu'il est homme. Pensez encore combien il est aimable et utile au salut : car quiconque invoquera le nom du Seigneur, dit le Prophète Joël, sera sauvé.

Considérez et concluez que vous n'êtes pas des domestiques de Jésus, si vous ne vous efforcez de devenir le sauveur des autres, par votre travail et par vos souffrances.

L'enfant Jésus fut rendu à sa Mère qui était touchée de compassion après lui avoir vu répandre son sang.

Considérez premièrement que l'Enfant Jésus jeta des larmes en sa Circoncision , non pas tant à cause de ce qu'il souffrait , qu'à cause du sujet qui le faisait souffrir ; c'est à dire , à cause de vos péchés , et qu'il jeta ses petits yeux sur sa sainte Mère, pour tirer quelque consolation de ses regards au milieu de ses douleurs.

Pensez de quelle angoisse fut saisie le cœur de Marie, lors qu'elle vit les larmes qui tombaient des yeux de son cher Enfant , et le sang qui coulait de sa plaie ; combien elle jeta de soupirs , et comme elle s'écria plutôt de cœur que de vive voix : O mon doux Jésus , qu'est-ce que cela ? je vous ai vu il n'y a pas huit jours pleurant et tremblant dans une Crèche, et aujourd'hui je vous voit répandre votre sang pour mon salut ! O combien votre amour prend-il d'accroissement de jour en jour !




6 - DES TROIS ROIS MAGES.

Les Rois Mages vinrent adorer l'Enfant Jésus et y furent conduits par une Étoile, dont ils rendirent témoignage en ces termes : Nous avons vu son étoile en l'Orient , et nous sommes venus l'adorer.

Considérez le grand amour de l'Enfant Jésus, qui invite tous les hommes à faire leur salut : les bergers des lieux voisins , gens pauvres , par un Ange : les riches et les nobles par une Etoile. Les premiers tirés de la nation des Juifs ; les autres du parti des Gentils ( les non Juifs) ; et les uns et les autres appelés par des moyens qui avaient du rapport à leur état , comme les Mages qui étaient versés dans l'Astrologie par l'apparition d'une Étoile.

Considérez l'obéissance des Mages , qui se laissent persuader par un indice si faible et si peu convaincant, et qui osent hardiment s'enquérir jusques dans Jérusalem , au vu et au su du roi Hérode : Ou est né le Roi des Juifs ? Voyez avec quelle allégresse il font leur voyage , et quelles actions de grâces ils rendent à sa divine Majesté. Pesez enfin si à votre égard vous seriez aussi prêt d'obéir à une inspiration divine.

S'étant prosterné à terre, ils l'adorèrent, et ayant ouvert leurs trésors, il lui présentèrent de l'Or , de l'Encens et de la Myrrhe.

Considérez, que les Mages prosternés par terre ,et en posture de suppliants , adorent Jésus-Christ avant que de lui faire aucun présent; qu'ils lui font d'abord l'offrande de leurs corps et de leurs âmes , qui était bien la plus agréable qu'ils lui pussent faire , et que l`on puisse concevoir. En effet, ce fut ainsi que Dieu jeta premièrement les yeux sur Abel , et après sur les présents. Faites-en de même, et commencez par offrir à Dieu votre cœur et votre volonté, et puis vous lui présenterez le fruit de vos bonnes œuvres.

Considérez que les Mages offrirent à Jésus-Christ de l'Or comme à un Roi; de l'Encens comme à un Dieu ; et de la Myrrhe , comme à un homme sujet à la mort. Ainsi de votre
part offrez-lui l'or de la Charité , en l'aimant plus que toutes choses ; l'encens de la dévotion , rapportant toutes vos actions à son honneur et à sa gloire ; et enfin la myrrhe de la mortification, en donnant un frein à vos appétits déréglés.

Que si vous êtes Religieux, offrez à l'Enfant Jésus l'or de votre vœu de pauvreté , renonçant à toute propriété ; l'encens de celui de chasteté , en lui consacrant votre corps ; et la myrrhe de l'obéissance , en soumettant votre volonté à celle de votre Supérieur. Considérez de quelle consolation cet aimable Enfant, combla le cœur de ces Rois , en leur donnant la bénédiction , leur présentant ses petites mains et ses pieds pour les baiser et enfin quelle était la joie et le sentiment de la sacrée Vierge et de saint Joseph en ce rencontre.

Leur ayant été révélé en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils s' en allèrent en leur pays par un autre chemin.

Considérez que les Mages après avoir été une d'une telle libéralité envers Jésus , et lui avoir offert leurs propres personnes et leurs trésors , sans rien diminuer de leur foi, quoi qu'ils virent tant de pauvreté, dans ses parents ; sont récompensés d'une nouvelle grâce accompagnée de miracle, car ils sont avertis de ne point retourner vers Hérode , c'est à dire de se donner de garde d'encourir quelque dommage de la conversation avec des méchants. D'où vous devez inférer que quand vous vous serez offert à Dieu , et que vous lui aurez fait présent de tout ce qui dépend de vous , il ne vous abandonnera jamais , et ne souffrira pas que vous vous engagiez dans le monde , qui est tout rempli de corruption , mais qu'il fera plutôt que vous retourniez dans votre pays, qui est le Ciel.




7 - LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE.


St-Joseph et la sainte Vierge menèrent l'enfant Jésus au Temple pour l'offrir à Dieu, comme un premier né ; en faisant aussi l'offrande de deux Tourterelles ou de deux Pigeonneaux.

Considérez que l'enfant Jésus croissant en âge croit aussi en humilité: car il était né pauvre , il avait été circoncis comme un pécheur; et aujourd'hui il est présenté comme un pauvre, qui devait être racheté pour cinq sicles. Voyez quelle était la pauvreté de ses parents, qui n'ayant pas le moyen d'acheter ou d'offrir un Agneau, présentèrent seulement un couple de Pigeons. Mais ne vous persuadez pas que cela ait été sans mystère : car la vérité a dû être préférée à l'ombre et à la figure. En effet ce divin enfant était l'Agneau qui porte les péchés du monde, et qui dès lors s'offrait à Dieu pour notre salut , étant tout disposé à souffrir quand le temps en serait arrivé.

Pensez à ce que représentent ces deux Pigeonneaux. Ils figurent sans doute que ceux qui se présentent à Dieu doivent être simples , exempts de tromperie , embrasés de charité car l'une des principales propriétés de ces animaux est d'être sociables et fertiles en bonnes œuvres , de même que les Colombes sont naturellement fécondes.

Siméon venant à l'heure même dans le Temple, prit Jésus entre ses bras : il bénit Dieu, et dit: Maintenant Seigneur, vous laissez votre serviteur en paix , conformément à votre parole.

Considérez avec quel respect ce saint vieillard reçut l'enfant Jésus d'entre les bras de sa sainte Mère au milieu du Temple : avec quelle dévotion il le baisa et le serra contre lui ,
combien il versa de larmes de joie tenant entre ses mains ce précieux trésor qu'il espérait et attendait depuis si longtemps , quels éloges il lui donna; et qu'enfin après l'avoir vu il était tout disposé à mourir. En effet quiconque aime Jésus , méprise facilement cette vie, et tout ce qui est temporel.

Considérez par le moyen de quelles vertus saint Siméon a mérité de voir et de recevoir Jésus entre ses bras. 1. Sans doute parce qu'il avait le St Esprit ; et que par son mouvement il était venu dans le Temple. 2. Parce qu'il était juste ; c'est à dire affranchi de tout péché, et orné de toutes sortes de vertus. 3. Parce qu'il craignait Dieu d'une crainte filiale, qui l'empêchait de pécher, à cause qu'il le croyait et le considérait présent à toutes ses actions : 4. Parce qu'il attendait la consolation d'Israël , c'est à dire la venue de Jésus : car Dieu ne peut être éloigné de ceux qui l'attendent avec un grand zèle et un grand désir. Faites donc aussi vos efforts pour acquérir ces vertus, si vous voulez recevoir Jésus, non pas entre vos bras, mais dans votre bouche et dans votre cœur au Sacrement de la sainte Eucharistie , avec l'avantage et l'utilité que vous en pouvez espérer.

Anne la Prophétesse étant survenue, louait Dieu et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.

Considérez que Dieu n'a point d'égard ni à la qualité, ni au sexe, ni à l'âge , ni à la condition des personnes , mais seulement à leur vertu et à leur piété.

Considérez que l'exemple de deux personnes qui avaient atteint l'âge de la vieillesse est ici proposé , pour vous apprendre que pour être digne de recevoir Jésus et de se le conserver à jamais , il faut persévérer dans la piété jusques à la mort. Voyez quelles vertus ont été pratiquées par cette sainte femme pour mériter de voir Jésus. 1. Elle avait conservé sa chasteté pendant près de vingt ans. 2. Elle ne bougeait du Temple : 3. Elle y priait jour et nuit : 4. Elle affligeait son corps par des jeûnes et par d'autres austérités. 5. Enfin elle publiait les louanges de Jésus à tous venants.






8- FUITE DE JESUS EN ÉGYPTE

Un Ange dit en songe à Joseph : Levez-vous, prenez l'Enfant et sa Mère, et fuyez en Égypte.

Considérez que Jésus dès le commencement de sa vie a souffert des déplaisirs et des persécutions: pour vous apprendre que si vous voulez être son Disciple , vous devez être préparé à la tentation et que vous l’êtes véritablement lors que vous la souffrez en effet, comme disait saint Ignace de Loyola. Outre que l'Apôtre nous enseigne que tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ, souffriront de la persécution.

Qui se levant prit l'Enfant et la Mère pendant la nuit, et se retira en Égypte.

Considérez la prompte obéissance de Joseph qui aussitôt , quoi qu'il fût nuit , se leva , et fit part à la sainte Vierge de la révélation qu'il avait eue. Pensez quelle fut la surprise et l'émotion de cette sainte Mère, comme elle se mit en état de partir, tant elle était obéissante; et figurez-vous comme elle éveilla l'enfant Jésus, comme elle eut compassion de ses larmes , et prit cette nouvelle et ce voyage pour le commencement des douleurs que saint Siméon lui avait prédites.

Considérez avec quelle confiance en Dieu ces deux saintes personnes entreprirent d'aller en cet exil ; car elles s'étaient entièrement dévouées à son bon plaisir; et comme ayant chargé leur âne de quelques pains , de pauvres langes elles se mirent en chemin.

Voyez si vous n'êtes point touché du désir de leur faire compagnie , et de prier la sainte. Vierge qu'elle vous oblige tant que de vous permettre de prendre son Fils entre vos bras et de la soulager en le portant ; et pensez , vous qui avez tant d'aversion pour le travail , et qui aimez tant le repos , avec quelle fatigue elle a fait un si long et si pénible voyage , étant toujours chargée ; quoi que du trésor le plus précieux que l'on puisse concevoir.

Et il séjourna en ce pays jusqu`à la mort d'Hérode, afin que la Prophétie qui dit: J'ai rappelé mon fils de l`Égypte, fût accomplie.

Considérez que la sainte Vierge étant arrivée en Égypte, n'y trouva pas ou un Palais Royal digne de la grandeur et de la Majesté du Fils de Dieu, ou même ce qui était nécessaire pour prendre du repos et le remettre de tant de fatigues et de tant de lassitudes. Car si dans Bethléem entre ses concitoyens elle ne pût rencontrer qu'une vieille étable et une crèche, pour, coucher son Jésus, qu'aurait-elle trouvé de plus commode chez des barbares et des infidèles ?

Comme donc elle était pauvre et étrangère, il est à croire qu'elle fut obligée de le retirer dans quelque pauvre lieu , et que là ils furent contraints elle et St Joseph de gagner leur vie du travail de leurs mains. Pensez avec quel soin elle éleva son Fils pendant les sept années de son exil , avec quel respect et quelle circonspection elle le touchait, sachant qu'il était son Seigneur , et son Dieu  avec quelles tendresse d'amour , de piété et de dévotion , les genoux en terre elle le levait et le couchait dans son berceau. Pensez enfin quelle fut sa joie et son contentement , de même que celui de saint Joseph , quand ils le virent un peu avancé en âge , faisant sa premières démarches dans la maison qu'ils l'entendirent discourir de choses saintes et divines.



Dernière édition par MichelT le Mer 7 Juin 2017 - 17:49, édité 2 fois

MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Mer 7 Juin 2017 - 11:59

9- MEURTRE DES SAINTS INNOCENTS.

Le roi Hérode voyant que les Mages l'avaient trompé, en fut si piqué et si fort en colère, qu'il fit tuer dans Bethléem tous les enfants de deux ans et au-dessous.

Considérez que ce Roi impie n'a rien omis , et qu'il n'y a rien qu'il n'ait osé pour se conserver la dignité de Roi; car quelle tyrannie peut être plus cruelle que de répandre tant de sang , d'égorger tant d'innocents , et de massacrer tant de mères qui s'opposaient à la recherche des bourreaux , et qui cachaient leurs enfants; enfin de priver tant de pères de l’espérance d'avoir des successeurs et des héritiers ? O impiété aveugle d'une jalousie insensée , s'écrie saint Léon, qui te persuade de pouvoir renverser les desseins du Tout-Puissant par ta fureur ! Le Souverain du monde ne cherche pas un Royaume qui ne dure que peu de temps , lui qui en donne un autre qui n'aura jamais de fin.  Apprenez de là jusqu’où s'emporte un désir déréglé, et soyez fortement persuadé que vous échouerez au même écueil; si vous ne vous appliquez à mortifier vos passions.

Considérez quelle est la bonté de Dieu, et combien la gloire de ces saints Enfants la fait visiblement paraitre; car il a donné à leur mort non seulement la récompense du sacrifice mais aussi celle du Martyre , quoi qu'il n'y ait point eu d'intention de souffrir , ni même de connaissance de la cause pourquoi il souffrait,  de la part de celui qui a été massacré , mais seulement de la nécessité: point de désir de mourir , mais de la cruauté de la part du meurtrier ; point enfin de mérite , mais de l'infortune.

Pour vous apprendre à ne jamais désespérer à cause du grand nombre de vos faiblesses, et du peu de courage que vous avez à vous en corriger; car Dieu est prêt de suppléer à vos défauts; pourvu que seulement vous ayez la volonté de vous en délivrer.

Hérode étant mort, un Ange commanda a Joseph de retourner en la terre d`Israël ; et ayant appris qu`Archelaus y régnait, il se retira en la Galilée et établit sa demeure dans Nazareth.

Considérez le grand et amoureux soin que Dieu prend de ses élus , comme il en conserve le souvenir dans le fort des persécutions qu'ils souffrent , et comme il leur prête son secours dans l'occasion la plus pressante. Pensez aussi combien cette nouvelle donna de joie à la sacrée Vierge et à saint Joseph ; avec quelle gaieté ils se mirent en chemin , et quelle tristesse sans doute accompagnée de larmes et de soupirs, saisit les Égyptiens , quand ils virent le départ de ces augustes personnes, dont ils connaissaient la sainteté. Représentez-vous l'Enfant Jésus déjà un peu avancé en âge qui marche un bâton en la main pour soulager sa lassitude. Voyez les tous ensemble qui se reposent dans des lieux déserts et sans aucun' ombrage qui soit capable de les garantir de la chaleur du jour qui les incommode. Remarquez qu'ils n'ont pas même ce qui leur est nécessaire au boire et au manger ; et que la nuit ils se retirent dans quelque caverne, où ils n'ont point d'autre lit que la terre nue.

Considérez que saint Joseph étant arrivé en la terre d’Israël, ne voulut point retourner en Judée , quoi qu'il fut certain que la divine protection ne lui manquerait pas : pour vous apprendre que les gens de bien , quoi qu'assurés en quelque façon de leur salut ; ne doivent pas s'exposer aux périls , ce qui serait tenter Dieu , mais les éviter autant qu'ils peuvent , de même que saint Joseph pour fuir la rage d'Hérode, se retira dans l'Égypte.







10- JESUS-CHRIST AGÉ DE DOUZE ANS SE RENDIT DANS LE TEMPLE.

Jésus ayant atteint l'âge de douze ans, alla de Nazareth à Jérusalem.

Considérez avec combien de piété la sacrée Vierge allait tous les ans à Jérusalem avec Jésus et St Joseph, pour y célébrer la Pâque, quoi que les femmes n'y fussent point obligées, et beaucoup moins l'enfant Jésus. Et de cet exemple apprenez à faire beaucoup de choses qui ne vous obligent point, et à visiter volontiers les lieux saints, quoi qu'éloignez , pour y répandre vos vœux, et y faire vos prières. Persuadez-vous de voir l'Enfant Jésus les mains jointes, et auprès de lui la sainte Vierge et saint Joseph , qui prient avec ferveur pendant un longtemps. Plut à Dieu que la moindre étincelle du feu de ces prières si ardentes et si embrasées , pût tomber sur la glace de nos oraisons.

Jésus demeura dans le Temple à l`insu de ses parents.

Considérez quelle fut la douleur de la sainte Vierge , lors que retournant le soir en sa maison, elle ne vit point son Jésus , qu'elle croyait être avec saint Joseph, combien ils jetèrent l'un et l'autre de soupirs , de sanglots et de larmes, ne sachant de quel côté aller pendant les ténèbres, et persuadez-vous qu'ils ne prirent ni repas, ni repos pendant toute la nuit.

Pensez que quand vous voudrez vous dévouer au service de Dieu, ou obéir à l`inspiration divine, vous pouvez abandonner vos parents, et ne pas suivre leurs conseils s`ils résistent  à un si louable dessein; car il faut sans difficulté obéir à Dieu plutôt qu'aux Hommes. Remarquez encore que Jésus-Christ se retire quelquefois et retire même ses consolations des personnes les plus pieuses; pour faire voir que vous devez soigneusement le conserver et appréhender de perdre sa grâce. Voyez enfin le Fils de Dieu dans un coin au Temple, qui prie pendant toute la nuit, et qui durant le jour continue ce saint exercice, ou s'entretient avec des enfants de choses de piété , ou demande son pain de porte en porte.

Trois jours s'étant écoulés, ils le rencontrèrent dans le Temple, assis au milieu des Docteurs religieux, et sur ce qu'ils lui demandèrent pourquoi il avait tant tardé, il leur répondit: Ne saviez-vous pas que je suis obligé de me trouver ou il s'agit de l'intérêt de mon Père ?

Pensez comme la sainte Vierge retournant à Jérusalem, s'enquérait partout , demandant à tous venants des nouvelles de son cher Enfant; et de quelle joie accompagnée de larmes elle fut comblée quand elle l'aperçut, comme elle se jeta aussitôt à son cou , comme elle le baisa; et représentez-vous ses caresses et celles de saint Joseph. Figurez-vous encore les plaintes amoureuses qu'ils lui firent, la consolation qu`il leur donna ; et enfin l'éloge qu'en firent les Docteurs en leur présence.

Apprenez de là que l'on trouve le Sauveur dans le Temple, et non pas en la compagnie des parents et des personnes qui sont attachées à leur chair, et à leur sang. Apprenez aussi à vous humilier, afin que vous ne soyez pas honteux d'écouter les autres, et de vous faire instruire de ce que vous ne savez pas.




11 - VIE DE JESUS DEPUIS L'AGE DE DOUZE ANS JUSQU'A L'AGE DE TRENTE.

Jésus a l'âge de douze ans étant retourné de Jérusalem à Nazareth avec son père et mère, il leur était soumis.

Considérez que Jésus , comme dit saint Luc , a commencé par les actions , et a continué par les enseignements : car pendant les trente premières années de sa vie il a pratiqué l'humilité , la patience , l'obéissance et la prière; et pendant les trois dernières il a prêché et enseigné les autres : pour vous apprendre que si vous voulez être utile au prochain , vous devez d'abord vous attacher à la pratique de la piété et des bonnes œuvres , parce que vous n'instruirez pas facilement de parole , si premièrement vous ne pratiquez vos instructions , et n'en donnez l'exemple.

Pensez qu'encore qu'il n`y ait rien d'écrit dans l'Évangile, des actions de Jésus depuis son âge de douze jusques à trente ans , il ne faut pas se persuader qu'il ait passé ce nombre d'années sans rien faire. Il fuyait la conversation des hommes; il était assidu dans le Temple et à la prière : il aidait sa sainte Mère dans les emplois les plus humbles, et travaillait à la charpenterie avec saint Joseph. En effet, il est dit dans saint Marc, chapitre  6, que l'on disait de lui : N'est-ce pas là un Charpentier? Mais pourquoi en a t'il été de la sorte, sinon pour nous donner l'exemple d'aimer la retraite pour un temps , de fuir la vaine gloire , et pour nous apprendre à nous faire instruire soigneusement si nous voulons enseigner les autres?

Considérez d'une part le bon Joseph qui travaille de tout son pouvoir pour nourrir le Créateur de tout l'Univers, et sa très chère et très sainte Épouse: d'autre part la sacrée Vierge qui s'emploie à filer, à coudre, ou à d'autres menus ouvrages, pour contribuer à la nourriture et à l'entretien de celui qui nourrit les Anges dans le Ciel et toutes les créatures dessus la terre. Compatissez avec Jésus qui travaille à la sueur de son visage, non pas tant pour son utilité particulière, que pour nous donner sujet d'imiter son humilité, son obéissance et sa charité.

Figurez-vous quelle était la consolation de la sacrée Vierge, de voir si longtemps son Fils auprès d'elle, car elle savait qu'il était le Créateur de l'Univers, et avec quel respect elle et saint Joseph lui parlaient, combien il était prompt à leur obéir, quoi qu'ils fussent bien éloignez d'entreprendre de lui commander aucune chose. Voyez le bon Jésus avec un tablier devant lui qui va et vient par la maison, pour soulager tantôt sa sainte Mère et tantôt saint Joseph soit à tirer de l'eau, soit à balayer la maison,  soit à allumer le feu.  Car il est vraisemblable qu'ils n'avaient ni serviteurs, ni servantes, quoique les Anges y fussent présents, et qu'admirant une si profonde humilité, ils lui prestassent leur ministère avec grande joie.

Considérez qu'outre ces œuvres corporelles et publiques , il s'est aussi employé dans le particulier à beaucoup d'autres spirituelles et plus relevées. En effet combien de fois étant las de son travail s 'est-il retiré dans sa chambre, et a-t-il passé les nuits en prière pour notre salut? Combien d'heures a t'il employées à donner l'intelligence des choses divines à Marie et à Joseph : combien de fois a-t-il interrompu son travail pour vaquer à l'oraison, en ayant obtenu la permission de ses parents ? Combien le souvenir de la désobéissance de nos premiers parents, de l'ingratitude des hommes et de la perte de tant d’âmes , lui a t'il causé de tourments d'esprit et de larmes, afin d'apaiser la colère de son Père, et d'impétrer notre salut ?

Considérez ce qu'ajoute saint Luc, que Jésus croissait avec l'âge en sagesse et en grâce devant Dieu, et devant les hommes ; pour vous apprendre que si vous le voulez parfaitement imiter , vous devez faire vos efforts , qu'aucun moment de votre vie ne se passe sans quelque progrès , en avançant de vertu en vertu , devant Dieu par l'entière et sincère observance de ses Divins commandements , et devant les hommes par les exemples des bonnes œuvres.






12 - LA PRÉDICATION DE ST JEAN BAPTISTE ET LE BAPTÊME DE JESUS.

St-Jean Baptiste avait un habit de poils de chameau, une ceinture de cuir autour de ses reins, et il ne mangeât dans le désert que des sauterelles et du miel sauvage.

Considérez que St Jean s'est retiré dans le désert étant encore jeune et qu'il y a vécu jusques à l'âge de trente ans avec une merveilleuse austérité, pour vous apprendre à persévérer dans la manière de vivre saintement, que vous aurez entreprise, quoi qu`il s'y rencontre des difficultés. Pensez à ce que nous devons faire, nous qui sommes remplis de péchés et d'imperfections, si St Jean qui avait été sanctifié dans le ventre de sa mère, et qui était le plus grand de tous les enfants des hommes , au dire de Jésus dans St-Matthieu, chapitre 14, a traité son corps avec tant de rigueur.

Étant sorti du désert il prêcha le Baptême sur les rives du Jourdain, en disant: Faites pénitence , car le Royaume des Cieux est proche.

Considérez que Dieu retira St Jean du désert et l'employa au ministère de la Prédication, tant pour nous faire voir que la perfection de la vie Chrétienne ne consiste pas seulement en la contemplation, et à faire notre salut particulier, mais aussi dans l'action, et à procurer celui des autres: que pour nous faire entendre que ceux qui sont obligés d'enseigner les autres, doivent embrasser la pénitence , s'attacher à l'Oraison et mépriser le monde, afin de vérifier par leur exemple ce qu'ils enseignent de paroles.

Pensez quel doit être le dessein d'un Prédicateur. Sans doute de porter les hommes; à la contrition , à la confession, et à la satisfaction de leurs péchés. Mais parce que cela pouvait sembler rude et difficile, St-Jean a adouci ce commencement de sa prédication, en proposant la merveilleuse récompense du Royaume des Cieux qui était proche; pour vous apprendre à la représenter souvent aux hommes, pour leur pouvoir persuader de faire pénitence.

Alors les peuples de toute la Judée allaient vers lui, et en confessant leurs péchés il les baptisait, et leur disait :  A la vérité je vous baptise avec de l'eau, mais un plus puissant que moi viendra après moi, duquel je ne suis pas digne de délier les souliers, et il vous baptisera par le St-Esprit et par le feu.

Considérez quelle autorité Saint Jean s'était acquise par la sainteté de sa vie et sa profonde humilité, non seulement auprès du peuple, mais aussi auprès des Princes , des Scribes et des Pharisiens,  qui accouraient par troupes, pour l'entendre, et doutaient même s'il n'était point le Messie, qui leur avait été promis dans la Loi. Ce qui fit qu'ils se portèrent facilement à confesser publiquement leurs péchés, et à recevoir le nouveau Baptême qu'il leur présentait.

Jésus vint de Nazareth qui est en Galilée, trouver Jean sur les rives du Jourdain pour être baptisé par lui.

Considérez que Jésus ayant dit adieu à ses parents et au monde, se mit seul en chemin, lui qui pouvait avoir plusieurs milliers d'Anges en sa compagnie, se mêla parmi une troupe de Publicains et de pécheurs , comme s'il leur eut été semblable, et se soumit à la discipline de St Jean, pour recevoir de lui le Baptême de la Pénitence et la rémission des péchés, quoi qu'il fut impeccable et qu'il n'eut pas besoin par conséquent de pénitence : quoi, dis-je , qu'il fut le Souverain de toutes choses, et que seul il peut baptiser au Saint Esprit : Et après cela nous voulons paraitre dignes d'honneur et de gloire, et commander aux autres, nous qui sommes remplis de défauts et de péchés?

Considérez que Jésus en toutes ses actions si merveilleuses et si éclatantes, n'a point voulu qu'on le tint pour un homme rare, et au-dessus du commun, mais qu'il a toujours paru semblable aux autres. En effet il a été circoncis comme eux, présenté au Temple, et aujourd’hui baptisé par saint Jean : pour vous apprendre à vous accommoder en toutes choses, même en fait de spiritualité, au reste des hommes, et à ne prétendre aucune prérogative, quelque doctrine, quelque sagesse , quelque esprit et quelque industrie que vous ayez.

Jean s'en empêchait en disant : C`est moi qui a besoin de recevoir le Baptême de votre main, et vous venez à moi ? Jésus lui répondit : Laissez-moi faire pour cette heure, car c'est ainsi qu'il faut que nous accomplissions toute Justice.

Considérez quelle fut la surprise de l'humble St Jean, quand il vit le Sauveur du monde qui venait vers lui pour recevoir le Baptême. Pensez qu'il alla au-devant s de lui avec grand courage, qu'il se prosterna à ses pieds et qu'il lui dit : C'est moi qui ait besoin de recevoir le Baptême de votre main, et vous venez à moi? A Dieu ne plaise que j'ose vous baptiser, moi qui ne suis qu'une vile créature, vous qui êtes mon Créateur; moi qui ne suis qu'un homme, vous qui êtes mon Dieu. Admirez comme Jésus s'humilie même devant St Jean, et comme ils contestent saintement, non de l'avantage, de l'honneur, de de la gloire, comme nous pourrions faire, mais de celui de l'abaissement et de l'humiliation.

Pensez que Jésus appelle l'accomplissement de toute Justice, de se soumettre à St Jean, c'est à dire le Créateur à la créature. Quelle sera donc notre justice, lorsque non seulement nous méprisons nos inférieurs, mais nous avons même de la peine à nous soumettre à nos égaux, ou à ceux qui ont pouvoir de nous commander.

Jésus ayant été baptisé par St-Jean, il sortit aussitôt hors de l'eau, et comme il était en prière, le Ciel s`ouvrit, le St Esprit descendit sur lui sous la forme visible d'une colombe, et l'on entendit une voix du Ciel qui disait; Vous êtes mon Fils bien aimé ; c'est en vous que j`ai mis toute ma complaisance.

Considérez comment le Roi des Anges ne craint point de se dépouiller de ses habits et d'entrer dans l'eau à la vue des hommes, au grand étonnement de ces esprits bienheureux. Pensez aussi avec quel tremblement et quel respect St Jean le suit et verse de l'eau dessus sa tête. Persuadez-vous qu'en considération de cet abaissement inconcevable de Jésus, le Ciel s'ouvrit, et les Anges en descendirent. Mais parce que les hommes ne sont pas capables de comprendre une humilité si prodigieuse, le Père Éternel voulut publier par une voix venue du Ciel que cette vertu était l'un des principaux motifs de ses complaisances en Jésus.

Considérez que la descente du St Esprit en forme de colombe, fait voir qu'il descend volontiers sur les âmes qui ont les propriétés de cet oiseau. Car comme il n'a point d'autre chant que le gémissement, comme il ne frappe point de son bec, comme il n'a point de fiel ni d'ongles crochus, et comme il nourrit les petits des autres oiseaux de même que les siens propres, ainsi un parfait Chrétien conçoit de la douleur pour les péchés d'autrui , n'offense personne, n'a point d'inclination ni à la colère ni à la vengeance, ne prétend point au bien d'autrui , et pourvoit aux besoins de son prochain comme aux siens propres.






MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Jeu 8 Juin 2017 - 22:55

13 - JÉSUS AU DÉSERT

Jésus incontinent après son Baptême, se retira dans le désert, et il y jeûna pendant quarante jours et quarante nuits.

Considérez qu'après que le Ciel eut rendu témoignage que Jésus était le Fils de Dieu, il se retira dans le désert, comme s'il y eut voulu faire pénitence : où sans nourriture, il pratiqua la mortification et le silence en la compagnie des bêtes sans autre destin que de travailler à votre salut, et de vous apprendre que qui commence à servir Dieu, doit crucifier sa chair et ses concupiscences. O mon âme, reconnaissez que vous êtes l'une de ces bêtes du désert; pensez combien de fois vous avez offensez la patience de Jésus par l'emportement de vos passions indomptées; Jetez-vous aux pieds de votre adorable Maitre dans la solitude, déplorez vos crimes et vos abominations, jetez la vue sur son visage plein de douceur et de mansuétude, peut-être qu'il vous fera l'honneur et la grâce de jeter quelques-uns de ses regards sur vous.

Il fut tenté trois fois par l'ennemi; et le Tentateur s'étant approché, lui dit: Commandez, que ces pierres deviennent du pain.

Considérez la grande humilité de Jésus en ce que non seulement il a permis au démon ( l`ange déchu) de le tenter plusieurs fois, pour vous apprendre que quoique vous soyez saint , vous ne serez pas exempt de tentation.

Je vous donnerai tout ce que vous voyez, si en vous prosternant vous voulez m`adorer.

C'est un des artifices plus ordinaires du démon (de l`ange déchu), de nous flatter par des visions. Ce fourbe, qui sait que tout ce qui a plus de force et plus de charme dans le monde pour séduire les hommes, est, comme le dit Saint Jean, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux , ou l'orgueil de la vie, se sert de toute sorte de moyens pour nous flatter par la sensualité, ou par la vanité , ou par la passion ordinaire que nous avons de nous élever au-dessus des autres, et de nous rendre souverains et indépendants.

C'est aussi la coutume ordinaire de ce trompeur, de nous prendre par notre faiblesse. Il étudie nos plus petites inclinations; il s'accommode à notre naturel; il est toujours à nos côtés, dans les compagnies et dans la solitude, dans le travail et dans l'oisiveté pendant le jour et pendant la nuit, soit que l'on étudie, que l'on joue, ou que l'on se promène ; il est comme il lui plait , selon la différence des humeurs, sérieux ou enjoué, gai ou mélancolique, dédaigneux ou flatteur , sévère ou complaisant, avare ou prodigue; et bien qu'il soit toujours superbe de sa nature , il s'humilie en apparence, et il n'y a aucune sorte de personnage qu'il ne fasse pour nous tromper. Mais il est bien trompé lui-même, quand il voit que nous nous défendons avec les mêmes armes qu'il emploi pour nous perdre. Il nous attaque par la gourmandise, il faut nous défendre par l'abstinence: il nous attaque par la curiosité, il faut nous défendre par la retenue de nos sens : il nous attaque par l'ambition , il faut nous défendre par le mépris de toutes choses, et comme il n'y a rien au monde qu'il n'emploi , pour nous presser et pour nous vaincre , nous nous devons servir de toutes sortes d'artifices , pour triompher glorieusement de lui.

Les Démons ( anges déchus) ne se lassent jamais. Ils se mettent en embuscade pendant le jour; ils se cachent dans les ténèbres ; ils ont toujours les yeux ouverts pour nous surprendre : ils nous épient en cachette : ils nous présentent des pierres pour nourriture: ils nous font voir des Royaumes imaginaires, et puis ils nous élèvent sur le haut des montagnes , qui s'écroulent en un instant, et qui ne servent qu'à notre ruine.

Mais Jésus-Christ, qui se met aujourd’hui à la tête de tous ceux qui combattent à son exemple, nous apprend que la seule connaissance des tentations, est leur défaite; que pour les vaincre, il faut leur résister, et que souvent le seul mépris que nous en faisons , est notre triomphe. Courage donc, Chrétiens, il nous suffit d'avoir un Dieu pour chef, pour protecteur, et pour vengeur, quand nous combattons pour sa gloire; car c'est lui-même qui prend notre défense: c'est lui qui fait pleuvoir des pièges sur nos ennemis, et qui leur donne le feu, le souffre et la tempête pour leur partage.






14- VOCATION DES APÔTRES

Jésus étant sur le rivage de la mer de Galilée, vit deux frères, Pierre et André, qui jetaient leurs filets dans la mer.

Considérez que Jésus ne vit pas ces deux frères seulement des yeux du corps, mais d'une œillade toute divine, par laquelle il les avait élus, et appelés dès l'éternité à l'Apostolat. Œillade véritablement heureuse, qui de pécheurs qu'ils étaient les rendit justes, d'hommes de la dernière condition les éleva à la qualité de Princes du monde, et de pêcheurs en fit des Apôtres.

Considérez qu'ils étaient frères; car il n'a pas voulu que les chefs de son Église fussent autres que des personnes parfaitement unies par une affection mutuelle. Aussi dit-il ailleurs : L'on reconnaitra que vous êtes mes Disciples, si vous vous aimez les uns les autres. Voulez-vous donc que Dieu vous regarde favorablement? Ayez soin d'entretenir la concorde et l'union fraternelle. Considérez qu'ils furent appelés lorsqu'ils étaient sur la mer, afin qu'à l'exemple de Jésus ils apprissent à retirer les âmes des écueils, des tempêtes et des naufrages de ce siècle ( de la vie humaine). En effet ils n'abandonnèrent pas le métier de pêcheurs, mais ils l’exercèrent d'une façon beaucoup plus noble et plus relevée.

Il leur dit: Suivez-moi, je vous ferai devenir des pêcheurs d'hommes. Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent.

Considérez qu'ils se mirent à sa suite aussitôt, comme dit le texte de l'Évangile, après sa parole, sans même achever ce qu'ils avaient commencé; pour vous faire voir quelle sorte d'obéissance Dieu exige du Religieux, qui veut imiter la perfection Apostolique, sans doute elle doit être telle que sans aucun délai il obéisse au commandement de son Supérieur.

Considérez qu'à l'exemple de ces deux Apôtres que celui qui veut suivre Jésus, doit abandonner trois choses : 1. les filets; c'est-à-dire les œuvres criminelles qui tiennent les hommes arrêtés et attachés, comme s'ils l'étaient par des cordes et par des chaines;  2. la nacelle qui figure les possessions du monde et les biens temporels; 3. l'amour déréglé pour ses parents et pour ceux de sa famille, ce qui est ici marqué en ce que Jacques et Jean abandonnèrent leur père Zébédé.

Il vit encore deux autres frères qui travaillaient dans leur navire à refaire leurs filets, et qui le suivirent de même que les deux autres.

Considérez que par cet exemple les Prédicateurs qui sont des pêcheurs d'hommes, sont avertis de faire cesser quelquefois la pêche des âmes, pour refaire leurs filets, c'est à dire pour se recueillir en eux-mêmes , et pour corriger leurs défauts, afin qu'ensuite ils puissent retourner à leur emploi avec plus de ferveur, et en retirer un plus grand avantage. Remarquez que saint Pierre, qui figure la ferveur de l'action, fut appelé avant saint Jean, qui signifie la contemplation, pour vous faire voir qu'avant que de vous appliquer à ce dernier exercice, vous devez pratiquer les vertus Chrétiennes qui consistent à agir.





15 - LES NOCES DE CANA

Jésus fut invité à des Noces avec ses Disciples.

Considérez premièrement l'humilité de Jésus-Christ, qui ne dédaigne pas d'aller à des Noces de pauvres gens; mais effectivement pauvres , puisqu'ils manquèrent de vin. Concevez ici un grand mystère ; car le mariage est le symbole de l'alliance de Jésus-Christ avec l'Église, de qui vous êtes l'un des membres, et apprenez que de même que l'Épouse ne peut se séparer de son Époux après la célébration de ses noces, ainsi vous ne pouvez vous séparer de Jésus-Christ après votre baptême, et notamment si vous l'avez choisi pour votre Époux par le vœu de chasteté. Pensez pourquoi Jésus-Christ voulut bien aller à ces noces; et vous connaitrez que ce fut pour gratifier les Épousés et les conviés, tant à l'égard de ce qui concernait le temporel, que de ce qui regardait le spirituel.

La sainte Mère de Jésus l'avertit que le vin manquait.  Il n`y a plus de vin, lui dit-elle, et elle donna avis a ceux qui servaient, d'obéir ponctuellement à tout ce qu'il leur dirait.

Considérez que de même qu'autrefois la sacrée Vierge, par sa profonde humilité, en disant : Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole ( Luc. 1.) donna lieu à l'adorable miracle de l'Incarnation, et à ce qu'un Dieu fut fait homme : ainsi en ce rencontre, elle a donné lieu par son ardente charité au premier miracle de Jésus-Christ, et à ce que de l'eau fut changée en vin. Pensez que si elle a eu soin de pourvoir non seulement à la nécessité générale du genre humain par la venue du Messie; mais même au besoin particulier des conviés à ces noces, elle aura la même bonté pour tout ce qui vous manquera tant au corps qu'en l'esprit, si vous avez soin de l'invoquer.

Soyez persuadé qu'elle prend à la vérité nos intérêts; mais en sorte qu'elle veut que nous coopérions; car elle dit à ceux qui servaient, Faites tout, ect. Or nous coopérons, si
nous faisons volontiers tout ce que Jésus-Christ nous inspire, et si nous conformons en toutes rencontres notre volonté à celle de Dieu.

Notre Seigneur changea l'eau en vin, fit paraitre sa gloire, et ses Disciples crurent en lui.

Considérez que ce premier miracle de Jésus est comme le modèle, et le prototype du dernier qu'il fit un peu devant sa Passion, lorsqu'il institua le Sacrement de la sainte Eucharistie, et qu'il changea le pain en son Corps, et le vin en son Sang; afin que vous appreniez a vous trouver plutôt en ce banquet divin, qu'à des noces profanes.

Considérez que vous imiterez parfaitement le Sauveur, si vous conversez avec les hommes, de telle sorte que premièrement vous changiez l'eau en vin: c'est à dire si vous faites vos efforts à ce que les pécheurs deviennent gens de bien, et que les gens de bien fassent du progrès dans la vertu; si vous rapportez toutes vos actions à la gloire de Dieu, et non pas à la vôtre; et si en cas que vous ayez quelque supériorité, ou quelque commandement , vous avez soin d'instruire vos Disciples, et de réglée ceux qui vous sont soumis, de sorte que par vos enseignements et par l'exemple de votre vie , ils deviennent plus fermes en la foi, et plus fervents en l'amour de Dieu.




16 - ENTRETIEN DE JESUS AVEC NICODÈME

Nicodème l'un des principaux d'entre les Juifs, ayant entendu parler des miracles de Jésus, vint le trouver pendant la nuit, à dessein d'en recevoir et écouter les instructions.

Considérez que les biens de fortune ne sont pas beaucoup à estimer, puisque Nicodème n`a point été détourné ni par la considération de la noblesse, ni par l'excellence de sa doctrine, (car il était Pharisien) de suivre publiquement Jésus.

Considérez encore que ceux qui ont de la confusion à confesser leurs péchés, à s'approcher de la sainte Eucharistie, à prier à genoux, et à tenir des discours de piété en la présence des hommes, sont ceux qui vont trouver Jésus pendant la nuit. Ils doivent beaucoup appréhender ces paroles : Qui aura de la honte pour moi devant les hommes, j'en aurai pour lui devant mon Père. C'est pour cela que Jésus a institué le très-auguste Sacrement de l`Eucharistie et le Sacrifice de la Messe, et ce qui est figuré par l'élévation de la sainte Hostie, et du sacré Calice. C'est pour cela aussi que l'on emploi le signe de la Croix en tous les Sacrements et cérémonies de l'Église. Et c'est encore pour cela que la figure de la Croix est mise au-dessus des Églises, et qu'elle y est au dedans en tant d'endroits , que l'on en voit même tant d'images dans les grands chemins et dans les lieux publics, et que les Chrétiens s'en munissent à tous moments.

C'est pour cela en un mot que cette fête de son Exaltation et beaucoup d'autres ont été instituées, outre les deux dernières semaines de Carêmes et tous les Vendredis de l'année , qui sont des jours auxquels on lui rend un culte et une vénération particulière.

Remarquez la sagesse de Jésus, qui ne taxe point d'abord le peu d'esprit de Nicodème, qui n'inférait point autre chose des miracles du Sauveur, sinon qu'il était un Prophète; et qui ne reprend point non plus sa timidité, qu'après qu'il eut fait voir lui-même sa plus grossière ignorance et alors il lui dit : Quoi vous êtes maitre en Israël, et vous ignorez, ces choses ?

Jésus lui dit: Si quelqu'un n'est régénéré par l'eau et par le saint Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit, est esprit.

Considérez que Jésus instruit ici Nicodème des principaux mystères de la Foi, comme du Baptême, ( car il nomme le Père, le Fils et le saint Esprit) de la Pénitence , de l'Incarnation, du signe de la Croix, de sa Passion, de son Ascension dans le Ciel, et de la vie éternelle.

Considérez encore, que comme quand vous étiez enfant, vous ne pouviez être sauvé si vous ne renaissiez par le Baptême, par l'ablution d'une eau élémentaire et par la grâce
du saint Esprit; ainsi à présent que vous êtes retombé, peut-être même en un seul péché mortel, tel, vous ne pouvez parvenir au Royaume de Dieu , si vous ne renaissez , et si vous n'êtes renouvelé par la pénitence, par l'eau de vos larmes, c'est à dire par la contrition et par l'absolution du Prêtre, qui confère la grâce du saint Esprit et si vous ne réglez votre vie conformément aux lois de l'esprit, et non pas à celles de la chair. Car ce qui est provenu de l'esprit, est esprit, dit l'Évangile, Si nous vivons de l'esprit, dit l'Apôtre (Galates 5) suivons les traces et les enseignements de l'esprit.

Comme Moise a élevé un serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse point.

Considérez que Jésus parle ici de son crucifiement à venir, car il n'y a rien qui ait été figuré ni prédit si clairement par les Prophètes que sa Passion. Ce qui fit que l'Eunuque de la Reine Candace ayant compris le sens d'un passage d'Isaïe qui en fait mention, se convertit aussitôt et fut baptisé par saint Philippe Diacre.

Pensez pourquoi Jésus voulut en sa dernière Cène que la sainte Eucharistie fut consacrée en mémoire de sa Passion; et persuadez-vous qu'il l'a ainsi pratiqué, afin que vous sachiez que rien ne contribue tant à la conversion d'un pécheur, et que rien n'est si puissant pour régler sa vie, pour faire pénitence et pour rendre à Dieu de continuelles actions de grâces, que la méditation du crucifiement de Jésus.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Sam 10 Juin 2017 - 22:15

17 - LA SAMARITAINE

Jésus étant lassé du chemin reposait sur le bord d'une fontaine, environ vers les six heures: c'est à dire vers le midi. Une femme de Samarie y survint pour puiser de l'eau.  Jésus lui dit : Donnez-moi à boire.

Considérez que Jésus cherche depuis le matin par les montagnes et par les vallées, sans boire ni manger, une brebis égarée, pour la ramener au troupeau, et combien les jugements de Dieu sont admirables; et avec combien de raison l'Apôtre a dit : (Romains 9) que le salut ne dépend pas ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu, quand il veut faire miséricorde. Car cette femme ne cherchait point Jésus, et ne courait point à son salut; encore moins le désirait-elle; et néanmoins la bonté divine en a eu pitié; elle lui a pardonné tous ces crimes, et elle l'a faite semblable aux Apôtres, en ce que ce fut elle qui alla publier dans la ville de Samarie, l'arrivée et la présence de Jésus.

Considérez que celui qui était venu pour donner la véritable boisson; demande lui-même à boire. En effet il était embrasé du désir d'éteindre la soif, non pas de son corps, mais de son cœur : c'est à dire de convertir cette âme; car l'on ne lit point qu'ensuite il ait bu de l'eau de ce puits. Considérez que Jésus nous demande à boire, lorsqu'il nous presse par un mouvement intérieur, à quitter nos péchés et à nous convertir à lui, qui est une fontaine d'eau vive , qui rejaillit jusques à la vie éternelle.

Comment se peut-il faire, lui dit cette femme, que Vous qui êtes Juif, me demandiez, à boire, à moi qui suis Samaritaine? Jésus dit alors : Si vous saviez, qui est celui qui vous a demandé à boire; peut-être lui auriez-vous demandé d'une eau vive que lui seul peut donner.

Considérez que cette femme reconnut aux habits de Jésus, qu'il était Juif; pour nous apprendre que si nous voulons l'imiter, nous devons donner à connaitre par les nôtres que nous sommes Chrétiens: car il serait honteux que les Turcs et les Juifs l'emportassent au-dessus de nous, en la modestie et en l'honnêteté des habits.

Considérez l'adresse de Jésus; qui de l'eau matérielle passe à la spirituelle; pour nous enseigner que quand nous avons dessein de nous employer à la conversion d'un pécheur, il faut prendre l'occasion favorable de parler de telle ou telle matière; et quand nous l'aurons entretenu de ce qui dépend de son état ou de sa profession, couler enfin petit à petit, et insinuer le discours du salut de son âme.

Seigneur, dit-elle encore, ce puits est bien profond et vous n'avez point de cruche, ou pouvez-vous donc pendre de l'eau vive ? Jésus lui dit : Quiconque boira de l'eau dont je vous parle, n'aura jamais de soif. Elle lui dit enfin : Donnez-moi donc de cette eau.

Considérez avec quelle adresse Jésus amollit peu à peu le cœur endurci de la Samaritaine: 1. Il lui fait voir qu'il est un homme extraordinaire. 2. Il lui promet de l'eau vive. 3. Il lui enseigne les vertus de cette eau, comme qu'elle étanche la soif pour jamais, et qu'elle rejaillit jusques à la vie éternelle, c'est à dire qu'elle met une âme en état de vivre éternellement.

O la grande libéralité de Jésus, qui découvre les eaux vives de sa grâce à des gens du peuple et qui même les présente à ceux qui ne les demandent pas ! Toutefois il n'y a pas sujet de s'en étonner; car la fontaine de la bonté divine s'épanche d'elle-même; c'est pourquoi elle cherche des jardins, qui ne sont point autres que nos âmes , où elle puisse répandre les ruisseaux de ses libéralités.

Considérez que l'eau de ce monde figure les richesses, les honneurs et les plaisirs, qui ne sont point capables d'étancher la soif, quand l'on en est altéré; mais qui l'allument de l'embrasent davantage; au contraire de celle que donne Jésus, qui figure la grâce de Dieu et les biens du Ciel, qui seuls ont la vertu de satisfaire et d'éteindre notre soif.

Allez lui dit Jésus, appelez votre mari. Elle lui répondit: Je n`ai point de mari. Jésus lui répliqua : Vous en avez eu cinq, et celui que vous avez, n`est pas votre. Je vois bien, lui dit-elle alors, que vous êtes un Prophète.

Considérez que Jésus ne voulut point faire savoir à cette femme qui il était, jusques à ce qu'elle eut ingénument confessé que l'homme avec qui elle demeurait n'était pas son mari, et par conséquent qu'elle se fut avouée pécheresse; car il n`a pas coutume de faire part de sa grâce, qu'à ceux qui s'humilient et qui confessent leurs péchés.

Considérez que cette femme ayant sans doute rougi en faisant cet aveu, ce sage et céleste Médecin lui prêta son secours et la guérit parfaitement : car il assura que sa confession était véritable, et pour la consoler et empêcher que sa confusion ne durât plus longtemps, il la loua deux diverses fois de ce qu'elle avait dit la vérité : car l'on rend honneur à Dieu quand l'on confesse ingénument son péché, et l'on mérite plutôt des louanges que du blâme.

Considérez comme après avoir expié ses crimes par l'humble confession qu'elle en avait faite, cette eau vive qui lui avait été présentée par Jésus, rejaillit de son âme, et monta jusques vers le Ciel; de même qu'une fontaine qui remonte vers sa source : car elle ne considère plus Jésus comme Juif, mais comme un Prophète; et elle ne parle que de l'adoration qui est du à Dieu, et de la venue du Messie.

Cette femme ayant dit ensuite: Je sais qu’un Messie doit venir; Jésus lui répondit: C`est moi-même qui parle à vous. Aussitôt elle abandonna sa cruche; et s'en alla publier dans la ville qu'elle avait vu le Messie. Les Apôtres survenant à ces entrefaites, s'étonnèrent de son entretien avec une femme.

Considérez comme cette brebis sauvage, peu à peu apprivoisée ce laisse toucher et prendre par son Pasteur: car quoi qu'elle ne soit pas encore bien informée qui il est, elle commence néanmoins à croire en lui et à l'aimer; c'est pourquoi elle dit qu'elle sait fort bien que le Messie doit venir.

Considérez qu'aussitôt après cette réponse de Jésus, elle fut tellement embrasée de l'amour divin, qu'ayant peine à en supporter l'ardeur, sans ce souvenir de sa cruche, ni du sujet qui l'avait fait venir à ce puits, elle courut à la ville avec empressement pour embraser les concitoyens du beau feu qui la consumait; en quoi elle réussit à leur grand avantage. Mais il ne faut pas s'étonner qu'elle laissa sa cruche; parce qu'elle avait bu de l'eau vive qui avait, entièrement étanché sa soif : afin que quiconque se veut mêler d'instruire les autres dans les enseignements du salut, apprenne à abandonner aussi la cruche des convoitises déréglées et des désirs criminels.

Considérez que les Apôtres s'étonnèrent de voir Jésus s'entretenir avec une femme; ce qui peut apprendre , notamment aux Religieux et aux Ecclésiastiques , qu'ils ne doivent que rarement converser avec les femmes; et en cas de besoin, en peu de mots, et jamais sans compagnie.





18 - DE LA GUERISON DU FILS D'UN SEIGNEUR.

Un seigneur prie Jésus de pendre la peine de venir en sa maison et de guérir son fils qui était sur le point de mourir.

Considérez quelle est la vanité des choses qui sont dans le monde; car de quoi pouvaient servir à ce seigneur son rang social, et ses grands biens pour retirer son fils du danger de mort où il était? Considérez encore quelle est la sagesse de Dieu, qui attire les hommes à faire leur salut par tant de divers et de si admirables moyens : car cette maladie mortelle a été la cause que ce Seigneur a recherché Jésus, et que toute sa famille s'est convertie.

Jésus lui dit: Si vous ne voyez des signes extraordinaires et des prodiges, vous ne croyez, point.

Considérez qu'il semble que Jésus parle un peu rudement à ce seigneur, tant à cause que sa foi n'était pas encore établie; (ce qui parait en ce qu'il croyait à la vérité que Jésus pouvait guérir son fils; c'est pourquoi il le prie une seconde fois de venir en sa maison ) qu'à cause que les riches de ce monde ont ici leur consolations, et quelquefois si grandes, qu'il faut des foudres et des tonnerres de parole pour leur donner la pensée de leur salut.

Faites réflexion s'il ne manque rien à votre foi; car si vous croyez véritablement ce que Dieu a promis de la vie éternelle, les menaces qu'il a faites du Jugement à venir, du purgatoire et de l'enfer, vous auriez beaucoup plus d`ardeur pour les exercices de piété, et pour toutes sortes de bonnes œuvres.

Jésus continuant de parler à ce seigneur lui dit enfin : Allez, votre fils est vivant et en pleine santé. Il ajouta foi a la parole de Jésus, et ayant rencontré de ses gens qui venaient au-devant de lui, et qui l'assurèrent que son fils se portait bien, il crût en lui, et toute sa famille.

Considérez et figurez-vous que vous êtes ce seigneur, puisque vous avez à gouverner les puissances de votre âme, tant intérieures qu'extérieures, et les membres de votre corps, pour les assujettir à Dieu et à la raison. Persuadez-vous que votre âme est votre fils; et que quand elle est tombée en péché mortel, ou quand elle est sur le point d'y tomber, vous devez implorer la grâce de Dieu. Que si vous croyez fortement qu'il peut vous aider par sa seule volonté, non seulement elle sera délivrée ou de la tentation, ou du péché, mais même vous acquererez la grâce de pouvoir convertir les autres.

Enfin, c'est une grande folie de ne pas croire aux paroles de l'Évangile; mais c'est une folie encore bien plus grande, que de croire aux vérités de l'Évangile, et de vivre néanmoins comme si toutes les paroles étaient autant de faussetés et de mensonges. Que tous les puissants et les riches ne se contentent pas de croire à Jésus-Christ; mais qu'ils enseignent à leur peuple cette même Foi. J'espère aussi que les personnes particulières feront de même dans leur famille, et que toute la terre sera bientôt croyante sous un même Roi, qui est le Souverain de tous les Princes de ce monde.




19 - DE LA BELLE MÈRE DE SIMON PIERRE, QUI FUT GUERIE DE LA FIÈVRE.

Étant sortis de la Synagogue, ils vinrent en la maison de Simon; de qui la belle Mère était affligées d'une fièvre violente; et ils prièrent Jésus en sa faveur.

Considérez que ce ne fut pas sans mystère que Jésus passa de la Synagogue dans la maison de Pierre. L'on ne lit point dans l`Écriture qu'après le travail du chemin ou de la Prédication, il se soit jamais retiré dans quelque Palais, pour y prendre son repas, ou son repos; mais bien dans quelque chétive maison de pêcheur, ou d'autres pauvres gens , telle qu'était celle de Pierre. Or que figurait cette maison du Prince des Apôtres, sinon l'Église, dont il fut établi le gardien, le chef visible et le pasteur, par Jésus quand il lui dit en saint Jean chapitre 21 : Si vous m'aimez, paissez mes brebis;  et que cet adorable Sauveur a choisie pour son épouse, après avoir répudié la Synagogue, qui tant de fois par ses révoltes et ses rebellions avait donné occasion à ce divorce ?

Considérez que les Apôtres ne rendirent pas seulement visite à cette malade, mais qu'ils prièrent Jésus pour elle; et cela vous apprend que lorsque vous ne pouvez pas agir et secourir, l'infirmité de votre prochain par vous-même, vous devez au moins vous employer par vos prières et par vos entremises auprès de Dieu et auprès des hommes riches, pour suppléer à ce défaut; invoquer même l'assistance et l'intercession des Saints auprès du Père des miséricordes, afin qu'ils obtiennent sa grâce, et pour vous et pour ceux qui ont besoin de votre secours.

Jésus s'approcha de cette malade, fit commandement a la fièvre de la quitter, et lui ayant pris la main, elle se leva et les servit à table.

Considérez pourquoi Jésus sachant très bien que cette femme était malade, attendit pour la guérir, que les disciples l'en priassent. Sans doute parce que la maison de Pierre devant être une maison de foi, de charité et d'oraison, il voulut que l'exercice de ces vertus y fut pratiqué. Il pouvait à la vérité la guérir, quoi qu'il ne fut pas auprès d'elle, et qu'il en fut éloigné; mais pour donner une marque plus signalée de son amour, il l'alla trouver en personne, il lui prit la main, et fit commandement à la fièvre de la laisser , afin qu'en la touchant il fit voir qu'il était homme, et que faisant un commandement si absolu et si efficace , il fit paraitre qu'il était Dieu.

Considérez que cette femme ne fut pas seulement délivrée de sa fièvre, mais qu'elle reprit aussitôt des forces, de telle manière que d'abord elle sortit gaiement de son lit, et pour témoignage de sa gratitude, elle se mit en devoir de servir à table Jésus et ses Apôtres, avec un zèle et une affection toute particulière. Et delà vous devez apprendre à ne pas demeurer dans l'oisiveté quand vous aurez obtenu le pardon de vos péchés , mais à faire tous vos efforts pour recouvrer le temps dont l'infirmité ou corporelle
ou spirituelle vous aura causer la perte.

Le soir étant venu, on lui amenait diverses sortes de malades, et même des énergumènes (possédés), qu'il guérissait tous en les touchant de sa main; et il imposait silence aux démons ( anges déchus) qui s`écriaient: Vous êtes le Fils de Dieu.

Considérez que la seule maison de Pierre, c'est à dire l'Église Romaine, est l'asile où l'on peut trouver la guérison de toutes sortes de maladies spirituelles qui sont les péchés; et même des corporelles, quand il plait à Dieu que l'on y voit des miracles.

Que les guérisons sont plus ordinaires dans l'obscurité, ou pendant la nuit des infortunes, que dans l'éclat de la prospérité; car il est indubitable que l'on pense plutôt à se convertir quand l'on est dans la disgrâce, que quand la fortune est favorable; et d'autant plus que comme dit le prophète Isaïe chapitre 28 : L`affliction donne de l`esprit.

Que Jésus imposa silence aux démons ( anges déchus), pour nous apprendre que nous devons toujours nous défier de ces Anges de ténèbres, comme de nos ennemis mortels; n'avoir jamais aucune communication avec eux, soit pour le bien ou pour le mal; car celui d'entre eux qui semble avoir plus de soin de nos commodités, est celui qui dresse des pièges plus dangereux à notre salut.




20 – DU PARALYTIQUE QUI FUT GUÉRI PAR JÉSUS

Jésus dit à un Paralytique couché dans son lit, en considération de la foi de ceux qui le portaient et le lui présentèrent: Mon fils ayez, confiance; vos péchés, vous sont pardonnés.

Considérez que Jésus commence la guérison de ce Paralytique par le pardon de ses péchés qu'il lui accorde, quoique ni lui ni personne ne lui en eut fait la demande : pour vous apprendre qu'il faut procurer la santé de l'âme devant celle du corps; et que les péchés peuvent être la cause de maladies.

Pensez qu'il vous sera bien avantageux d'être toujours en la compagnie de gens de bien; afin que si votre foi et vos bonnes œuvres ne sont point capables de vous faire impétrer la santé de votre âme, principalement si vous êtes paralytique, ( au sens figuré) c'est à dire sujet à beaucoup de faiblesses, vous la puissiez au moins obtenir par leur piété et par leurs prières.

Jésus voyant les pensées de blasphème que les Pharisiens avaient dans le cœur, il leur dit: Lequel des deux vous semble plus aisé à dire: ou, vos péchés vous sont pardonnés ou bien : Levez-vous et marchez?

Considérez que l'exemple de Jésus, nous apprend à repousser une mauvaise pensée sitôt qu'elle nous vient en l'esprit; et que dans le moment que nous nous en apercevons, il faut que nous nous disions en nous-mêmes : Pourquoi penses-tu du mal en ton cœur?

Que le véritable serviteur de Dieu ne se sert point d'autres armes contre les médisants et les détracteurs, que de l'exemple des bonnes œuvres: comme fait ici Jésus en rendant la santé au paralytique; pour faire voir qu'il avait l'autorité et la puissance de pardonner les péchés; ce que les Pharisiens prenaient pour un blasphème.

Jésus dit alors au Paralytique: Levez-vous, emportez, votre lit, et vous en allez en votre maison.

Considérez que le pécheur qui est destitué d'œuvres méritoires du Paradis, ou qui demeure dans sa vocation sans s'y acquitter de ses devoirs par une lâche et honteuse fainéantise, peut être appelé Paralytique. Mais que pour sortir de cet état, il doit : 1. Se confier en Dieu et se relever pour ainsi dire de dessus ses vices et ses imperfections ordinaires : 2. Emporter son lit; c'est à dire contraindre son corps qui jusques alors a été assujetti à l'iniquité, de servir à la justice, et le châtier par les jeûnes, par les disciplines: 3. S'en aller en sa maison, c'est à dire faire progrès de vertu en vertu par la pratique et l'exercice continuel des bonnes œuvres : jusques à ce qu'il puisse enfin avoir l'entrée dans le Ciel, qui est sa véritable maison.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Mer 14 Juin 2017 - 18:15

21- VOCATION DE ST MATTHIEU

Jésus voyant Matthieu qui était assis au bureau des impôts, il lui dit: Suivez-moi: Matthieu se leva aussitôt et le suivit.

Considérez quelle est la puissance infinie, et l'incompréhensible bonté de Dieu, qui veut bien retirer en un moment du bourbier des péchés, et le faisant passer d'une extrémité à l'autre, l'appeler à l'éminente perfection de la vie Apostolique, un homme plongé dans les crimes et dans les soins du monde tels que sont ordinairement ceux qui sont commis à la cueillette des impôts et des subsides; pour vous apprendre qu'il n`y a ni péché, ni faiblesse, ni même endurcissement, dont Dieu ne puisse et ne veuille vous retirer, si vous voulez le suivre quand il vous appelle.

Faites réflexion sur la prompte obéissance de saint Matthieu, qui foulant aux pieds toutes ses richesses et toutes ses affaires, se met à la suite de Jésus. Pensez combien de fois il vous appelle pour le suivre; combien de fois il vous inspire de pratiquer une telle, ou telle vertu, de faire une telle ou telle bonne œuvre, et que néanmoins vous faites la sourde oreille, et vous rejetez son inspiration, ou que si vous y prêtez quelque consentement, vous différez de l'exécuter, et vous ne lui obéissez pas dans le moment, comme a fait ce grand Apôtre. Priez-le donc qu'après avoir renoncé du fond du cœur à tous vos désordres, et à tous vos désirs déréglés, qu'il soit seul l'objet de toutes vos affections.

Jésus étant un jour à table en la maison de saint Mathieu, et avec lui grand nombre de Publicains et de pécheurs; quelques Pharisiens s'adressant à ses Disciples : Pourquoi, leur dirent-ils , votre Maitre mange-t `il avec des pécheurs?

Considérez que les vertus de Jésus étaient si augustes et accompagnées d'une si profonde humilité, que même de méchants hommes se sentaient attirés à rechercher sa conversation. Vivez donc en sorte que vous ne causiez du scandale à personne, mais que votre modestie, votre piété et votre douceur invitent les autres à votre entretien, afin que votre compagnie leur étant utile et agréable, vous puissiez leur persuader la pratique de la vertu.

Apprenez aussi à ne vous soucier ni des murmures, ni des médisances, à l'exemple de votre Maitre; car le médisant ne fait tort qu'à lui seul, de même que celui qui mouche la chandelle se brule les doigts et fait service aux autres.

Soyez persuadé que ceux qui suivent le Sauveur comme saint Matthieu, et qui abandonnent le monde, avec tout ce qu'ils y prétendent, lui dressent un festin magnifique; car rien ne lui plait tant que le parfait mépris de soi-même et du monde.

Allez et apprenez, ce que veut dire: Je veux la miséricorde et non point le sacrifice; car je ne suis pas venu appeler les Justes, mais les pécheurs.

Considérez encore une fois la clémence infinie et l'amour ineffable de Jésus pour les hommes, en ce que comme s'il avait oublié l'intérêt de sa propre gloire, il a plus à cœur la miséricorde envers les pécheurs, que tous les sacrifices qui aient jamais été offerts en son honneur; et en ce que pour eux seuls sans avoir égard aux gens de bien qu'il semblerait devoir particulièrement chérir, il est descendu des Cieux, il s'est revêtu de la nature humaine, et a souffert une mort accompagnée d'outrages et d'ignominies inconcevables.

Pensez quelle fut la vertu de la passion et de l'amour de Jésus en la conversion de Matthieu le pécheur, qui de Percepteur d`impôt devint un des Disciples, un des Apôtres et un des Évangélistes du Sauveur, et qui après avoir voyagé et parcouru toute l'Éthiopie, et y avoir prêché et publié la foi de Jésus, rendit la pareille à son Maitre, et fut sacrifié à sa gloire et à son amour, dans le temps qu'il était employé à célébrer la messe.





Église chrétienne en Éthiopie


22 - DE LA FILLE DU PRINCE DE LA SYNAGOGUE, ET DE L'HÉMOROÏSSE.

Le prince de la Synagogue ayant adoré Jésus et prié d'imposer les mains sur sa fille qui était décédée, Jésus le suivit en sa maison ; il en fit sortir une foule de peuple qui y était, avec les joueurs d'instruments, il lui prit la main et lui rendit la vie.

Considérez que ce Prince de la Synagogue fît trois choses pour obtenir ce qu'il désirait. 1. Il se prosterna aux pieds de Jésus. 2. Il le pria instamment pour sa fille : 3. Il crut que le seul attouchement de ses mains divines était capable de la faire revivre. Ainsi quand vous voudrez obtenir de Dieu quelque faveur : 1. Humiliez-vous devant sa Majesté , car la prière de celui qui s'humilie , pénètre les nuës, dit le Sage (Ecclésiastique, 35) 2. Priez ardemment et non pas avec tiédeur. 3. Persuadez-vous sans hésiter que vous obtiendrez votre demande si elle est raisonnable, et si vous avez de la confiance en Dieu comme l'enseigne saint Jacques.

Remarquez que Jésus interrompit son discours pour suivre ce Prince de la Synagogue; ce qui nous apprend à n'être point lents; et à ne point rechercher les délais, quand il s`agit de  servir le prochain, même dans les affaires temporelles; car Magdeleine et Marthe, c’est-à-dire la vie active et la contemplative, sont deux sœurs, et elles se tiennent compagnie l'une à l'autre. Considérez que par cette foule de peuple qui fut mise dehors, nous sommes avertis d'abandonner les mauvaises compagnies, et de nous défaire des désirs inutiles et pernicieux, si nous voulons revivre dans la grâce après être morts par le péché.

Une femme qui depuis longtemps souffrait une perte de sang, toucha par derrière la frange de la robe de Jésus et disait en soi-même. Si seulement je touche le bas de son habit, je serai guérie.

Considérez que de tous les infirmes qui avaient suivi Jésus en ce rencontre, cette femme seule fut guérie, et que les autres ne le furent pas, parce qu'ils n'étaient pas animés comme elle d'une ferme foi et d'une ardente dévotion. Mais prenons garde, nous qui approchons si souvent du saint Autel, que ce soit avec les dispositions nécessaires, de peur que nous touchions Jésus, et que néanmoins nous n'en retirions aucun avantage. Considérez que cette femme ne fut pas guérie lors qu'elle résolut seulement de faire ses efforts pour toucher la robe de Jésus, mais après qu'elle l'eut touché, pour vous apprendre qu'il ne suffit pas de se résoudre à changer de vie, mais qu'il faut effectivement la changer.

Qu'elle ne toucha que la frange, c'est à dire le bas de la robe de Jésus, qui figure assez proprement sa passion à l'égard du reste de sa vie; laquelle si nous touchons en la méditant et imitant avec humilité, sans doute qu'elle sera assez puissante pour nous guérir de tous nos défauts et de toutes nos faiblesses.

Jésus s'étant retourné lui dit: Prenez courage, ma fille, votre foi vous a rendu la santé.

Considérez que Jésus attribue ce miracle à la foi de cette femme, et non à sa propre vertu, pour nous apprendre à ne point rechercher notre gloire particulière dans nos bonnes œuvres, mais celle de Dieu. Que par cette douce et aimable façon de parler il a voulu faire voir avec quelle bonté et quelle tendresse il reçoit un pécheur humilié et touché au fond du cœur du regret de l'avoir offensé; comme aussi donner une nouvelle consolation à cette femme, et lui faire entendre que son âme était aussi parfaitement guérie que son corps; ce qui fait qu'il l'appelle du nom de Fille.




23 - DU PARALYTIQUE AUPRÈS DE LA PISCINE

Jésus ayant demandé à un paralytique malade depuis trente-huit ans, et qui était couché par terre auprès de la piscine de Jérusalem, s'il voulait être guéri, ce pauvre langoureux lui répondit : Je n'ai personne qui me fasse entrer dans la Piscine, après que l'eau sera remuée.

Considérez la grandeur de la sagesse de Dieu, qui de plusieurs malades qui languissaient auprès de cette piscine, n'en guérit qu'un seul; car il le fait afin que nous nous maintenions dans sa crainte, puisque notre vie et notre mort dépendent entièrement et également de lui; comme aussi afin que nous soyons excités à l'aimer d'autant plus que nous savons qu'il nous a prévenus par sa grâce avec une bonté toute particulière.

Qu'encore que Jésus fut parfaitement informé de ce que demandait ce malade, il ne laissa pas de l'interroger s'il voulait être guéri, afin qu'il déclarât lui-même ce qu'il désirait. Car Jésus n'est pas le Sauveur de ceux qui ne veulent pas se sauver, mais de ceux qui le souhaitent ardemment, et qui y coopèrent; conformément à ce qu'a dit St Augustin dans son sermon 15 des paroles de l'Apôtre: Celui qui vous a créé sans vous, ne vous justifiera pas sans vous; c'est à dire sans que vous y coopériez.

Il l'interrogea aussi pour augmenter en lui le désir de recouvrer sa santé, afin que par ce moyen il le méritait d'autant plus, et s'en rendit plus digne. Que ce Paralytique est la figure de ceux qui pèchent par habitude; et que la troupe des autres languissants, qui étaient ou aveugles, ou boiteux et tous couchés auprès de cette piscine, signifie ceux qui pèchent par négligence, par ignorance, par fragilité ou par malice et qui peuvent aussi tous être guéris s'ils le désirent.

Jésus lui dit : Levez-vous , emportez votre lit et marchez, il l'emporta et il marchait. Alors les Juifs dirent: C`est le Sabbat, dirent-ils, il ne vous est pas permis de rien emporter pendant ce jour. A quoi il répondit: Celui qui m'a guéri me l'a commandé.

Considérez 1. Que Jésus dit à un pécheur, quand il le revêt de sa grâce, après que son péché lui a été pardonné : Levez-vous, que le pécheur emporte son lit, quand ce qui lui plaisait auparavant commence à lui déplaire; et qu'il marche, quand il coopère à la grâce qu'il a reçue, en pratiquant de bonne œuvres. 2. Que les Juifs reprennent en ce Paralytique ce qui leur semblait mériter de la répréhension; et non pas le miracle de sa santé recouvrée car les méchants ont coutume de remarquer seulement dans les autres, quelques mauvaises actions qu`ils puissent blâmer, et non pas les bonnes; ou s'ils les remarquent, ils les interprètent en mauvaise part. 3 . Que le lit figure les biens de cette vie, qui sont les richesses, les honneurs et les plaisirs, sur lesquels l'homme est comme couché et malade, quand il s'y plait et s'y attache mais quand il ne les tient que pour un pesant fardeau, et comme un joug insupportable, c`est signe qu'il est en pleine santé, et qu'il peut marcher à son aise.

Jésus s'étant retiré de l'assemblée, et ayant ensuite rencontré ce Paralytique dans le Temple; il lui dit: Vous êtes guéri, gardez-vous de pécher à partir de maintenant, de crainte qu'il ne vous arrive quelque chose de pire.

Considérez que Jésus se retirant nous apprend par la retraite, qu'il ne faut point rechercher l'applaudissement des hommes dans la pratique des bonnes œuvres; et qu'il est quelques fois à propos de se séparer de ceux qui sont enclins à la calomnie, et qui interprètent en mauvaise part ce qui a été fait à bonne intention.

Que ce Paralytique fut trouvé ensuite dans le Temple par Jésus, pour vous apprendre que quand Dieu vous aura fait quelque grâce, vous devez lui en faire le remerciement, non seulement en paroles, mais aussi par une pieuse conversion, en fréquentant les Églises, y entendant la parole de Dieu et en assistant à l'Office divin, comme aussi en changeant de manière de vie et de libertine et déréglée qu'elle était la rendant plus vertueuse et plus réglée; de crainte qu'ayant perdu en punition de votre ingratitude la grâce que vous aviez obtenue, quelque chose de pis ne vous arrive, c'est à dire que vous ne retombiez dans des péchés semblables à ceux qui vous ont été pardonnés; et qu'y étant engagé plus que jamais , vous ne mouriez en cet état, sans en pouvoir espérer le pardon.




24 - SERMON DE JESUS-CHRIST SUR LA MONTAGNE.

Jésus assis sur une montagne jeta la vue sur ses Disciples, et leur dit: Bienheureux les pauvres d`esprit, car le Royaume de Dieu leur appartient.

Considérez que le Sauveur comme un bon Architecte pose pour base et pour fondement bien profond de la perfection Chrétienne , la pauvreté d'esprit, qui contiennent deux vertus le  renoncement aux richesses et aux attraits de la vie du monde, et le mépris de soi-même;  ce que l'on peut appeler la pauvreté volontaire, et la véritable humilité. Pensez que le Royaume des Cieux est la récompense de cette pauvreté volontaire; car le Ciel est justement acquis à ceux qui méprisent les biens de la terre.

Bienheureux ceux qui sont doux car ils possèderont la terre.

Considérez que bien à propos la douceur est mise ici immédiatement après la pauvreté Car il semble que ce soit l'apanage des pauvres de souffrir des affronts et des reproches; et c'est ce qui fait que la mansuétude est nécessaire à un homme de bien, afin qu'il puisse souffrir avec patience toutes sortes d'adversités et vaincre le mal par le bien. Pensez que les superbes et les emportés ne doivent craindre l'enfer, si le Ciel est promis aux pauvres d'esprit, c'est à dire aux humbles, et la possession de la terre à ceux qui sont doux et débonnaires.

Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

Considérez que ceux qui déplorent la perte de quelque bien temporel, n'ont point de part au bonheur dont il est ici parlé; mais bien ceux qui versent des larmes : 1 . A cause de leurs péchés et de ceux de tous les hommes. 2. A cause du long exil de cette vie: 3. A cause des dangers auxquels notre salut est exposé. 4. A cause que la gloire que nous espérons est différée; car ils seront comblés d'une parfaite consolation en ce monde et en l'autre. Jugez par les contraires, quelle sera l'issue de ceux qui emploient toute leur vie dans les rires et dans les divertissements.

Bienheureux ceux qui sont affamés, et altérés de la justice, car ils seront rassasiés.

Considérez qu'après que nous avons pleuré nos péchés, nous devons nous appliquer à l'observation des commandements de Dieu , et à la pratique de toutes sortes de vertus; car il ne suffit pas de faire le mal, il faut aussi faire le bien. Qu'il ne suffit pas non plus de vouloir la Justice, mais qu'il en faut être affamé et ardemment altéré; c'est à dire la procurer et l'avancer avec ferveur et avec zèle, tant à son propre égard, qu'à l'égard des autres, en sorte que celui qui est juste devienne encore plus juste; car si nous avons cette faim et cette soif, Dieu nous remplira dans notre besoin de toutes fortes de biens et de dons, non seulement en cette vie, mais aussi en celle à venir.

Bienheureux ceux qui sont miséricordieux; car ils obtiendront miséricorde.

Considérez que le terme de miséricorde tirant son étymologie de misère et de cœur, nous sommes véritablement miséricordieux si nous compatissons aux misères du prochain du fond de notre cœur. Que la miséricorde Chrétienne a bien de l`étendue; car il la faut pratiquer, non seulement en la distribution des biens du corps mais aussi en la communication de ceux de l'âme; non seulement à l'égard de ses amis, mais aussi à l'égard de ses ennemis, imitant en cela notre Dieu, qui fait luire son soleil sur les méchant comme que sur les gens de bien. Persuadez-vous que ceux qui font miséricorde l'obtiendront au jour du dernier Jugement; lorsque le Seigneur assis sur son trône leur dira: Venez, les bénits de mon Père: car j`ai eu faim et vous m'avez donné à manger.

Bienheureux ceux qui ont le cœur pur et net car ils verront Dieu.

Considérez combien à propos la pureté de cœur suit ici immédiatement la miséricorde; parce que si vous n'avez pas bonne intention, ou si vous êtes en péché mortel quand vous faite l'aumône; elle n'a aucun mérite. En effet, si je distribue dit l'Apôtre, tous mes biens aux pauvres, n`ayant point la charité, cela m'est inutile, ( 1. Corinthiens 13.). Que Dieu promet à chaque vertu sa récompense particulière, qui a du rapport à son mérite et à son action; mais qu'il se promet soi-même à la pureté de cœur; car voir Dieu n'est autre chose que d'en jouir et le posséder. Ce qui n'étonnera point si l'on considère que Dieu étant la pureté même, il se communique volontiers aux âmes véritablement pures, c'est à dire qui sont exemptes de péché et d'affections déréglées, comme sont ceux qui lui ont consacré leur virginité.

Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés les enfants de Dieu.

Considérez qu'avec grande raison la pureté de cœur est suivie de la paix; car quand l'on s'est lavé des souillures du péché, l'on éprouve aussitôt un repos de conscience, c’est-à-dire une paix, qui surpasse tout sentiment, dit saint Paul, et qui est une marque assurée de la présence de la grâce. Que la paix est la parfaite union des esprits et des volontés; par conséquent que ceux-là doivent être proprement appelez pacifiques, qui recherchent la paix avec Dieu, avec leur prochain, avec leur conscience, avec leurs passions, avec lesquelles néanmoins il ne peut y avoir de paix , si elles ne sont entièrement domptées.

Que les pacifiques sont appelez les enfants de Dieu; 1. Parce qu'ils sont semblables à Jésus qui est un Dieu de paix. 2. Parce qu'ils sont les fonctions de Dieu même et de Jésus; qui est notre véritable paix, qui de deux choses n`en a fait qu'une, quand il a uni la nature humaine avec la divine, et qui n'a rien tant recommandé à ses Disciples que la concorde et l 'affection mutuelle.

Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la Justice; car le Royaume des Cieux leur appartient. Vous serez, heureux lorsque les hommes vous chargeront de malédictions, lorsqu'ils vous persécuteront, et qu'ils diront de vous, quoi que faussement, tout le mal que l'on se peut imaginer.

Considérez que bien à propos cette Béatitude est mise la dernière après les précédentes; car elle est le comble de toutes les vertus et de toute la perfection; et elle peut être comparée à l'égard des autres, à une pierre précieuse, ou à une croix d'or pendue au bas d'une chaine de même métal à plusieurs mailles. En effet souffrir pour
Jésus, est la plus grande de toutes les grâces, et Dieu ne la fait qu'à ses favoris. Ce qui a fait dire à St Jacques, que la patience conduit à la perfection.

Pensez que les personnes qui aspirent à la sainteté, mettent toute leur gloire non pas en leur vertus et aux grâces dont Dieu les favorise, car elles peuvent enfler de vanité, mais aux opprobres et aux persécutions qu'ils ont souffertes. A Dieu ne plaise, disait saint Paul, que j`établisse mon honneur en autre chose qu'en la Croix de Jésus mon Seigneur et mon Maitre.




25 - DE LA LAMPE ALLUMÉE ET MISE SUR LE CHANDELIER.

Personne n'allume une lampe et la met dans un lieu obscur, ou sous un boisseau, mais sur un chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière.

Considérez que nous mettons la lumière sur le Chandelier, lorsque par nos paroles et par nos actions nous donnons au prochain de bons exemples de vertu; et que nous la cachons sous le boisseau, lors que nous ne communiquons pas les grâces que nous avons reçues. Comme aussi les Prélats et tous ceux qui ont quelque commandement, doivent être semblables à des lampes, en communiquant la lumière de la doctrine et du bon exemple et en se laissait consumer peu à peu dans cet emploi.

Si votre œil est simple, tout votre corps sera lumineux; mais s'il est méchant, votre corps aussi sera plein de ténèbres.

Considérez que ces paroles nous enseignent de quelle droiture et de quelle pureté d'intention nos actions doivent être accompagnées et que comme il est aisé de broncher quand on a les yeux troubles et incommodés ainsi ceux qui agissent sans cette pureté et sans cette droiture, tombent ordinairement dans quelque désordre, ce qui n'arrive pas à ceux qui n'entreprennent rien avant que d'avoir rectifié leur intention.

26 - DE L'AFFECTION POUR SES ENNEMIS

Vous avez entendu, dit Jésus notre Maitre, que l'on a dit aux Anciens : Vous aimerez votre ami, et vous haïrez votre ennemi.

Considérez que la Loi ancienne n'était pas si parfaite que la nouvelle, et que ceux d`entre les Chrétiens qui se comportent avec dureté envers leur prochain, et même envers leurs ennemis, veulent étouffer l'esprit de la Loi nouvelle.

Et moi je vous dis, continua Jésus; Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous veulent du mal.

Considérez qui est celui qui commande d'aimer ses ennemis. C'est Jésus notre maitre, qui a le pouvoir non seulement d'ordonner et d'obliger, mais aussi de punir et de châtier si l'on contrevient à ses commandements.

Si vous saluez seulement vos frères, vos poches, et vos amis, que faites-vous de considérable ? Les Gentils n`en font-ils pas autant? Soyez, parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Considérez que Dieu exige de nous une entière et souveraine perfection, puisque nous sommes obligés de nous rendre parfaits sur l'exemple du Père Éternel. Malheur donc à nous qui vivons comme des Païens, ou pour ainsi dire, comme des bêtes brutes; quoique nous soyons obligés d'imiter notre Dieu, et de parvenir à être des copies de sa perfection autant que nous le pouvons.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Mar 20 Juin 2017 - 11:59

27 - DU LÉPREUX

Le Lépreux, après avoir adoré Jésus-Christ lui dit: Seigneur, si vous, voulez, vous pouvez, me rendre net.

Considérez que Jésus-Christ après être descendu de la montagne où il avait dit beaucoup de choses touchant l'amour du prochain, en vient à la pratique et à l'exercice de la charité, afin de vous apprendre que la vie doit correspondre à la doctrine; car nous devons aimer notre prochain non seulement de parole, mais aussi par œuvres et en vérité, comme parle St Jean.

Voyez ce que fait le Lépreux pour obtenir sa guérison. Il s'humilie et proteste de la grandeur de sa foi par son adoration; il avoue qu'il est lépreux, et s'abandonne à la volonté de Dieu, en lui disant : Si vous voulez, vous le pouvez. Pour vous apprendre que votre prière sera efficace, quand vous demanderez avec humilité et avec résignation, désirant que la seule volonté de Dieu se fasse; soit que vous deviez demeurer en santé ou devenir malade; car il se peut faire que si ce Lépreux n'eut pas eu cette infirmité, il n'eut pas recherché Jésus-Christ.

Et Jésus étendant sa main sur lui, le toucha et lui dit : Je le veux, soyez net.

Considérez premièrement que Jésus-Christ pouvant le guérir de sa seule parole, voulut toutefois le toucher; pour vous apprendre que vous ne devez point avoir d'horreur ni de répugnance pour les pauvres et pour les malades, quand vous les pouvez assister, Saint Martin et Saint François ont baisé des Lépreux, Saint Elzéar et Sainte Marguerite Reine d'Écosse, leur ont lavé les pieds.

Pensez que vous devenez lépreux, lorsque vous souillez votre âme d'un seul péché mortel, ou de plusieurs défauts criminels, et que vous avez aussi besoin d'approcher et de toucher souvent la chair sacrée de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie.

Jésus dit à cet homme qu'il venait de nettoyer de la lèpre : Je vous défends de le dire à personne; allez seulement montrez-vous au Prêtre, et faites-lui votre offrande.

Considérez premièrement combien les personnes qui sont dans l'exercice de la piété, doivent soigneusement fuir la présomption, qui accompagne aussi souvent les bonnes actions, que l'ombre suit le corps ; puisque Jésus qui n'avait pas sujet d'appréhender le péché et devait plutôt faire éclater son action si miraculeuse, a pourtant fait cette défense à ce lépreux.

Considérez que nous ne devons pas être honteux de confesser nos crimes les plus énormes, et de les découvrir à un Confesseur ou Père spirituel, afin que nous puissions être parfaitement délivrez de la lèpre du péché, par ses prières, par son conseil, et par la pénitence qui nous sera imposée,

Pensez que Dieu aime la gratitude que nous faisons paraitre par quelque présent extérieur que nous offrons dans l'Église; et qu'il a agréable que nous lui rendions grâces des faveurs que nous avons reçues de sa bonté; car il désire que nous lui prétentions une partie de nos biens, et que nous l'en remercions incessamment, afin qu'il soit obligé de nous en donner encore davantage.




28 - DU SERVITEUR DU CENTURION.

Dans la ville de Capharnaüm, un Centurion dit à Jésus que son serviteur était malade au lit, qu'il était paralytique, et qu'il souffrait de cuisantes douleurs.


Considérez la charité de ce Centurion qui se met en peine de la santé de son valet, et l'humilité de Jésus-Christ, qui ne rebutant point sa requête lui répondit : J'irai, et je le guérirai. Pour vous apprendre que si vous avez quelque supériorité, vous ne devez pas mépriser les moindres de ceux qui vous obéissent; et que si vous n'en avez point, à l'exemple du Fils de Dieu, vous devez être prêt de secourir les personnes de la plus basse et de la plus vile condition.

Pesez et pensez si vous n'êtes point aussi paralytique car : 1. Vous êtes l'esclave du péché et de vos passions, si vous ne pouvez en être le maitre. 2. Vous êtes gisant dans un lit, si vous êtes attaché d'affection aux choses de la terre. 3. Et vous êtes entièrement perclus, si vous demeurez dans un péché mortel, parce que vous ne pouvez rien mériter par vos actions, quelque bonnes qu'elles soient d'elles-mêmes. Vous sentez enfin de cuisantes douleurs, si vous êtes bourrelé du remords de conscience, et si vous avez trop d'attache pour les biens temporels.

Le Centurion répondant à Jésus lui dit: Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez, dans ma maison, ect. Car je suis un homme qui ai quelque autorité, et lorsque que je dis à quelqu'un : Allez, il se met aussitôt en état d'obéir.

Considérez que le Centurion se croyant indigne que Jésus entrait dans sa maison, mérita qu'il entrât dans son cœur. Voyez de combien de vertus il fait des actes : d'humilité, lorsqu'il ne croît ne pas mériter la présence du Fils de Dieu : de Foi, lorsqu'il ne doute point qu'il ne puisse quoi qu'absent rendre la santé à son serviteur : de Sagesse lorsqu'il reconnait sans que l'on le lui eût enseigné, que Dieu est le maitre de toute les créatures, à la moindre déclaration de la volonté duquel elles doivent plutôt obéir que des valets à leurs maitres. O foi admirable ! non point d'un Gentil ( non-juif), mais d'un Chrétien,  non point d'un soldat du monde; mais de l'adorable Jésus.

Jésus après avoir admiré qu'il y eut tant de vertu dans un homme aveuglé des ténèbres de la Gentilité, prédit à l'heure même que beaucoup de Païens se convertiraient dans toutes les parties du monde.

Considérez que Jésus-Christ fit paraitre qu'il admirait la vertu du Centurion, quoi qu'il en fut parfaitement bien informé ; pour nous apprendre quel état il faut faire de cette riche et aimable qualité, quand elle se rencontre dans un homme même qui n'a aucune connaissance des choses qui regardent Dieu. Afin aussi que vous sachiez que Dieu n'a point d'égard à la condition, ou à la dignité de la personne, ni si l'on est Juif ou si l'on est non-juif; si l'on est Religieux ou Séculier , mais à la seule et à la véritable vertu.

Considérez que vous ne devez pas vous assurer de votre salut, parce que vous êtes Chrétien, ou associé à quelque Confrérie de la sacrée Vierge, ou même parce que vous êtes Religieux ; mais si vous imitez et si vous pratiquez fidèlement l'humilité, la charité, et les autres vertus du Centurion. Car d'autant plus que vous avez reçu de grâces, d'autant plus rigoureusement serez-vous puni, si vous n'en faites un bon usage.




29 - DU FILS DE LA VEUVE DE NAIM

Jésus étant proche de la porte d'une ville appelée Naim; voilà que l'on portait en terre le fils unique d'une femme veuve.

Considérez que l'heure de la mort est incertaine à toutes sortes de personnes, tant jeunes qu'avancées en âge, tant saines que malades; c'est pourquoi il faut que les uns et les autres aient soin de se tenir sur leurs gardes. Que vous ne serez agréable au monde que pendant votre vie, et qu'aussitôt après votre mort l'on vous emportera dans une solitude pleine d'horreur; ce qui vous oblige à vous détacher entièrement de lui et de ses allèchements, en y renonçant avec courage, et entreprenant avec Jésus de mener une sainte vie, et de pratiquer de bonnes œuvres , car elles ne vous abandonneront pas après la mort. Que ce corps mort que l'on portait en terre, figure le pécheur qui est mort devant Dieu par le péché mortel.

Jésus dit à cette veuve : Ne pleurez, point, et ceux qui portaient le mort s’étant arrêtés, Il toucha le cercueil et il dit : Jeune homme levez-vous, il se leva, il parla, et il fut rendu à sa mère.

Considérez en cet exemple de quelle manière le pécheur ou celui qui a beaucoup de défauts, vient ordinairement à résipiscence. 1. Dieu touché de sa grande misère et de ses larmes, a pitié de lui. 2. Il lui fait la grâce de lui inspirer le désir de faire pénitence. 3. Le pécheur est relevé de son péché par le moyen de la contrition. 4. Il est rendu à la vie de la grâce par la parole de Jésus et par celle du Prêtre qui lui confère l'absolution. 5. Les porteurs s'arrêtent, c'est à dire qu'il abandonne tout ce qui l'entretenait dans le péché. 6. Enfin il est remis au pouvoir de la mère qui est l'Église.

Ils furent tous surpris de frayeur, ils louaient Dieu, et disaient : Un grand Prophète a paru parmi nous.

Considérez que de même qu'entre les miracles qui se font sur les corps il n'y en a point de plus grand que de ressusciter un mort; de même entre ceux qui se font sur les esprits ; il n'y en a point de plus considérable, que de convertir un pécheur. C'est pourquoi comme ces Naïmites conçurent une révérence toute particulière, et devinrent plus religieux envers Dieu , qu'ils louèrent et honorèrent après avoir vu ce prodige; de même les Anges qui sont dans le Ciel, se réjouissent lors qu'un pécheur fait pénitence.




30 - AMBASSADE A ST JEAN LE BAPTISTE

Les Juifs envoyèrent des Prêtres, et des Lévites à saint Jean, pour l'interroger et lui dire : Qui êtes-vous?

Considérez pourquoi saint Jean avait acquis une si haute réputation. Sans doute parce que sa naissance avait été miraculeuse, parce que dès son enfance il s'était retiré dans les déserts, et qu'il avait mené une vie si austère, jusqu'à un âge avancé, qu'il n'avait point d'autre soin que de vaquer à la contemplation de Dieu; et parce qu`il prêchait la Pénitence, étant tout plein d'amour et de feu pour la vérité et pour la justice; afin que vous appreniez à pratiquer ces vertus, si vous aspirez à la perfection de la vie Chrétienne ou Religieuse.

Considérez encore, que la sainteté de la vie n'est pas seulement agréable à Dieu, mais qu'elle est même considérée et honorée par les impies et les Hérétiques. Ce que je dis parce que ces Envoyés des Juifs étaient Pharisiens, comme nous allons voir, c'est à dire , gens qui passaient pour Hérétiques parmi ce peuple.

Et il confessa et ne nia point : Assurément je ne suis point le Christ, ni Élie, ni Prophète, mais je suis la voix de celui qui crie dans le désert: Dressez la voie du Seigneur, comme a dit Isaïe.

Considérez la profonde humilité de saint Jean; car pouvant passer pour le Messie s`il eu  voulu, il ne le put souffrir; il refusa même d'être tenu pour Élie ou pour un Prophète;
ce qu'il pouvait avec vérité car notre Seigneur en saint Matthieu 11,9,  le nomme Élie et plus que Prophète. Ce qui vous apprend l'humilité, c'est à dire à ne pas vous élever et vanter des choses que vous possédez, quoique légitimement; comme de votre situation sociale, de votre doctrine, et de votre sainteté; mais au contraire que vous devez cacher tous ces avantages lorsque la vérité n'y sera point offensée.

Considérez qu'étant contraint par l'empressement et par l'importunité de ceux qui lui étaient envoyé, il déclare enfin, mais en termes couverts , qu'il était celui dont le prophète Isaïe avait parlé. Mais quel était-il ? La voix , dit-il , de celui qui crie dans le désert. Voilà certes une nouvelle sorte d'humilité. Car que peut-on trouver de plus fragile et de moindre durée que la voix qui est aussitôt anéantie que proférée, particulièrement dans un désert ? Toutefois il était véritablement une voix, puisque tout son corps et tous les emplois de sa vie n'étaient occupés qu'à parler aux hommes , et à leur prêcher la Pénitence, en sorte que par ce moyen il les invitait à préparer les voies du Seigneur.  D'où l'on peut apprendre que la vérité ne doit pas être préférée seulement de vive voix, mais encore par le bon exemple et par la sainteté de la vie.

Pourquoi donc, répliquèrent-ils, baptisez-vous, si vous n`êtes point le Christ, ni un prophète? Il répondit: Je baptise en eau; mais vous avez au milieu de vous celui que vous ne connaissez pas et de qui je ne suis pas digne de dénouer les souliers.

Considérez que saint Jean persiste dans son humilité, conformément à ce qui est dit en l'Ecclésiastique 3,20 : Humiliez-vous d'autant plus que vous êtes grand, et par ce moyen vous trouverez grâce devant Dieu; sachant aussi que cette vertu , comme dit saint Augustin, tient le premier rang, celui du milieu et le dernier; et par conséquent que l'on doit la pratiquer très-exactement et très fidèlement.

Considérez que comme saint Jean par l'humilité de sa réponse, se délivra des questions captieuses des Pharisiens, et défendit la gloire de Jésus-Christ; de même par le moyen
de cette vertu, vous pouvez éviter les embuches du Démon ( des anges déchus), comme l'enseigne saint Antoine.

Souvenez-vous enfin, que quoique nous n'y pensions point, Jésus toutefois est au milieu de nous , qui observe ce que nous faisons.




St-Jean le Baptiste


31 - DE LA TEMPÊTE APAISÉE SUR MER

Pendant que Jésus dormait; il s'éleva une furieuse bourrasque sur la mer.

Considérez qu'encore que vous soyez avec Jésus dans le navire de l'Église, ou de la Religion, vous ne serez pourtant pas exempt des tentations du démon (anges déchus); du monde et de la chair; mais au contraire que vous en serez d'autant plus inquiété; conformément à ce que dit l'Apôtre St-Paul (2 Timothée 3,12) : Que tous ceux qui veulent vivre dans la piété, souffriront de la persécution.

Que Jésus s'endort et permet que nous soyons tentés, lorsque nous ne sommes pas bien fermes et assurés dans la foi, ou que nous sommes tièdes et nonchalants dans le service de Dieu?

1. Afin que nous reconnaissions notre faiblesse.
2. Afin que nous implorions son secours.
3. Afin que nous coopérions et que nous fassions ce qui dépend de nous avec sa grâce.
4. Afin que nous acquérions plus de mérite par le moyen du combat.
5. Afin que la consolation soit d'autant plus grande, que la tentation aura plus donné de peine à surmonter.

Ses Disciples épouvantés le réveillèrent, et il les reprit de leur peu de confiance: Que craignez-vous, leur dit-il, gens de peu de foi ?

Considérez de quelle consolation est comblé un homme Catholique et Religieux quand il peut vraisemblablement s'assurer que Jésus est avec lui, et d'autant plus s'il fréquente le St Sacrement de l'autel, parce qu'il peut avoir recours à sa bonté dans quelque affliction qui lui survienne.

Considérez que c'est avec justice que Jésus accuse ses Disciples de trop de crainte, et de trop peu de confiance; parce que la plupart de nous qui désirons de vivre dans la piété , nous péchons notamment en ce que nous sommes trop timides, appréhendant par exemple de faire rire de nous; ou trop lâches quand il s'agit de surmonter une forte tentation; et en ce que nous n'avons pas assez de confiance en la grâce divine; ce qui fait que nous ne faisons point de progrès dans la piété Chrétienne.

Il commanda à la mer et aux vents de s` apaiser, et aussitôt survint une pleine et entière tranquillité; en sorte que les hommes tout épouvanter s'écrièrent: Qui est donc celui-ci a qui les vents et la mer obéissent?

Considérez combien la puissance de Dieu est admirable, à qui toutes les créatures quoique dénuées de raison et la mer même dans sa fureur rendent une parfaite obéissance; ou l'homme seul qui est créé à son image, et qui seul entre les animaux est susceptible de raisonnement, refuse quelquefois de lui rendre obéissance.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Ven 23 Juin 2017 - 13:27

32 - LE DÉMONIAQUE

Ce démoniaque, de la manière dont saint Marc nous le dépeint, était depuis longtemps dans un état si horrible, et était devenu si furieux, qu'on ne pouvait le retenir en aucun lieu avec des chaines; ainsi il courait par les rues comme un désespéré; il ne pouvait souffrir aucun habit; il ne prenait aucun repos; sa demeure la plus ordinaire était dans les sépulcres; et quand il sortait , c'était le plus souvent pour s'en aller sur les montagnes, où il brisait de grosses pierres, avec lesquelles il poursuivait tous les passants avec tant de furie, que personne n'osait l`aborder. Lequel apercevant de loin son maitre, à l'heure même il change de visage, il adoucit sa voix, il ne parle plus qu'en tremblant, il est entre la crainte et l'espérance à la vue de son libérateur; enfin il s'approche de lui, il se jette à ses pieds, et il s'écrie : Jésus, Fils de Dieu, qu'y a-t'il de commun entre vous et moi, et êtes-vous venu ici pour me tourmenter avant le temps?

En vérité, n'est-ce pas là, comme l'ont remarqué tous les Saints Pères, l'état pitoyable d'une âme qui s'est prostituée à toute sorte de péchés, à qui le transport de la colère, de la vengeance, de l'envie, et de l'amour a déchiré cent mille fois le cœur, que le lieu , que le luxe, et que l'intempérance dans les délices et dans la bonne chère, ont dépouillé de toutes choses, qui a couru partout pour assouvir une passion brutale , qui a brisé tous les liens de la nature et de la grâce, et qui n'a passé toute sa vie, que dans les déserts, dans les sépulcres, et dans les antres, c'est à dire, dans tous les lieux du monde, où elle a crû qu'elle pouvait se dérober aux yeux de Dieu, et éviter tous les reproches de sa conscience. C'est là le portrait véritable d'un homme qui a vieilli dans ses mauvaises habitudes.

Enfin tous ces méchants esprits n'ont plus d'asile, où ils puissent faire retraite, et s'échapper de la puissance d'un ennemi, qui les attaque et les poursuit avec tant de violence. Ou voulez-vous que nous allions, s'écrient-ils, Jésus fils unique de Dieu ? qu'y a-t'il de commun entre vous et nous, et êtes-vous venu pour nous perdre avant le temps? à tout le moins permettez-nous de nous jeter dans ces pourceaux.

En effet, en même temps que Jésus-Christ leur eût permis de s'y jeter, ils y entrèrent tous à la foule, avec un bruit si effroyable, et des hurlements si horribles, que tout le rivage de la Mer, et le Pays circonvoisin en retentit. Voilà, dit saint Jean Chrysostome, une figure assez naïve de ceux qui sont possédés par des esprits d'impureté, et qui cessent de vivre de la vie raisonnable des hommes, pour vivre une vie de bête.

Et en effet, comme on voit présentement que ces esprits à qui Jésus-Christ a permis de se jeter dans des pourceaux, n'y sont pas longtemps sans se précipiter dans les abymes de la Mer, il arrive presque toujours le même sort à toutes les personnes qui s'abandonnent à ce démon, qui est si connu dans le monde, et qui possède tant de misérables créatures.

C'est le terme d'une passion si sale et si abominable qui n'affaiblit pas seulement les âmes; mais qui ôte la force à tous les corps. C'est l'expérience qui nous l'apprend, et c'est le sentiment d`une personne qui s'est rendue vénérable par sa vertu et par sa science, et qui ajoute que ce démon est si vilain, et si propre à des pourceaux, qu'il ne peut être un moment dans un homme, sans faire naitre quelque tache dans son esprit, et sans laisser quelque infamie sur sa personne.

O mon Jésus ! commandez donc à cette sorte de démons d'abandonner tant de personnes raisonnables, qui en sont possédées, pour se jeter dans quelques bêtes, et pour le moins dans quelque gouffre d'eau, ou de flammes. Que si les gens du monde qui ne se mènent pour l'ordinaire, que par leurs intérêts, et qui les trouvent, à leur avis, plus dans les bêtes que dans les hommes, sont si perdus d'honneur, de jugement, et de conscience, que de vouloir plutôt vous perdre, que de laisser périr quelques pourceaux; on ne peut pas les empêcher de faire comme les Geraseniens, et de périr malheureusement eux-mêmes avec leurs porcs et leurs démons.




33 - LA CONVERSION DE MARIE MAGDELEINE.

Jésus avant été convié et étant à table dans la maison d'un Pharisien; une femme qui avait été pécheresse dans la ville y entra avec un vaisseau d'albâtre rempli de parfum.

Considérez que Jésus qui est la bonté même, par le motif de pratiquer cette vertu, et par un grand désir d'aider et de soulager les âmes, ne fait pas difficulté de se rendre à des festins y étant convié, et quelquefois de s'y trouver et de s'y inviter soi-même sans y être appelé; comme il fit chez le bon Zachée, pour prendre l'occasion , n'ayant point d'autre dessein que de convertir les pécheurs; et qu'encore que les Pharisiens l'eussent voulu blâmer de ce qu'il prenait sa réfection avec des gens d'une vie moins réglée, il ne laisse pas de venir chez celui-ci pour avoir lieu de lui reprocher son orgueil.

Pensez que Jésus y étant à table, Marie Magdeleine la pécheresse ayant dépouillé toute sorte de honte entre dans la salle du banquet, qu'elle la fait retentir de cris et de sanglots, et qu'elle y trouble le repos et l'entretien de la compagnie. Que ce procédé ne fut pas plaisant au Pharisien, mais à Jésus ; car elle portait dans le vase de son cœur le parfum odoriférant de l'humilité et de la contrition; que Dieu a très agréable; puisqu’il ne rejettera point , dit le roi David , un cœur contrit et humilié.

Se tenant debout derrière Jésus, elle commença aussitôt à lui arroser les pieds de ses larmes, à les essuyer avec ses cheveux, a les baiser, et a les oindre de son parfum.

Considérez : 1. L`humilité de cette sainte Pénitente qui se tient derrière Jésus, n'osant pas se présenter devant lui, ni même dire une parole, parce que ses sanglots réitérés lui empêchaient l'usage de la voix; silence néanmoins capable non seulement d'atteindre jusques au Ciel, mais même de pénétrer le cœur de Dieu.

2. Remarquez comme étant touchée au fond de l'âme, et ayant jeté avec mépris tous les ornements de sa coiffure elle se prosterne aux pieds de Jésus, qui étaient salis des ordures du chemin; de quelle abondance de larmes elle les arrose, comme elle est soigneuse de les essuyer avec ses cheveux; combien de fois elle les baise en soupirant; et enfin avec quelle quantité de parfum mêlé de ses larmes elle les lave.

3. Voyez avec quelle patience Jésus souffre tout cela, avec quelle satisfaction il le considère, et avec quelle efficacité il éclaire l'âme de cette sainte Pénitente des rayons de sa grâce, et la lave de l'eau de la miséricorde.

Jésus prend en main la cause de Magdeleine que le Pharisien blâmait de son action, et lui dit; Sachez que beaucoup de péchés lui sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé; et ce tournant vers elle : Votre foi vous a sauver, lui dit-il, allez vous-en en paix.

Considérez : 1. La bonté ineffable de Jésus, qui bien qu'il fut offensé par le Pharisien en ce qu'il doutait même s'il était Prophète, néanmoins voyant l'injure qu'il faisait à Magdeleine en la traitant de pécheresse ; abandonne sa propre cause pour défendre la réputation de cette femme, et faire voir que les témoignages d'affection qu'elle lui a rendus, sont bien plus considérables que ceux du Pharisien, qui ne lui avait pas seulement présenté du parfum pour parfumer sa tête, ce que pourtant l'on ne manquait pas de pratiquer envers les conviés.

2. Pensez quelle fut la joie de Magdeleine et quelle fut la tranquillité et le repos de son esprit; lorsque Jésus lui eut dit : Vos péchés vous sont pardonnés, et votre foi vous a sauvée: car elle fut comblée et remplie d'une telle consolation, qu'aussitôt elle se retira emportée par l'allégresse qu'elle ressentait dans son âme.

3. Considérez qu'il y eut trois divers mets en ce festin. Le premier fut celui dont le Pharisien régala Jésus; pour vous apprendre à le traiter aussi de saints désirs et d'actions de piété. Le second fut le cœur de Magdeleine qu'elle lui présenta tout brisé de douleur et du regret de ses péchés; ce qui vous donne l'exemple de lui dire souvent: Créez en moi Seigneur un cœur pur et net. Le troisième fut le pain de la grâce et de l'amour divin dont Jésus fit part à Magdeleine, afin qu'à l'avenir elle eut aversion pour tous les charmes et tous les attraits du monde.




34 - ENVOI DES APÔTRES

Après cela le Seigneur en choisit encore soixante-douze, qu'il envoya deux à deux devant lui, en toutes les villes, et en tous les lieux où il devait aller lui-même.

Considérez que Jésus a grand nombre et grande diversité d'Officiers et de Ministres dans sa maison, c'est à dire dans l'Église. Les uns sont Apôtres, les autres Disciples ; les autres Évangélistes, les autres Prophètes, les autres entendent et interprètent toutes sortes de Langues. Mais qu'ils ne doivent pourtant pas tous s'attribuer la qualité, et s'ingérer dans le ministère des Apôtres, et que chacun doit demeurer content dans les bornes de sa vocation : car il n'y a rien de vil ni de ravalé dans la maison ni dans le service de Dieu.

Voyez comment Jésus envoi les Disciples deux à deux; pour vous apprendre combien la charité est nécessaire aux Ministres de l'Évangile. Le nombre de deux en est le symbole à cause que l'on doit aimer Dieu et le prochain. Si je n'ai la charité, dit saint Paul , je ne suis rien.

A la vérité la moisson est abondante, mais il y a peu d'ouvriers; priez, donc le maitre de la moisson, qu'il y en envoi.

Considérez 1- Que la moisson est très abondante: car combien de sortes de péchés trouverait-t ‘on à retrancher et à extirper, non seulement chez les Infidèles et chez les Hérétiques, mais même chez les Chrétiens ? Et l'Apôtre dit autrefois : que tout le monde était rempli de malice; avec combien plus de raison le peut-on dire dans le temps où nous vivons ?

2 – Voyez que Jésus avait grande raison de dire, que la moisson était très-abondante, mais qu'il y avait peu d’ouvriers, car n'ayant que Soixante-douze Disciples, il voyait quatre ou cinq mille personnes à la suite qui avaient besoin d'être moissonnées par l'Évangile. A présent au contraire la moisson est bien médiocre, et il y a beaucoup d'ouvriers, au moins qui en portent le nom, et qui sont tenus pour tels. Car combien y a-t'il de Prêtres et de Religieux ! et dans un si grand nombre, combien y en a-t'il qui sont adonnez à quelques vices? combien d'ignorants ? combien de lâches et de paresseux, pendant que le peuple périt par ses vices et par son ignorance ?

Voilà que je vous envoi comme des agneaux parmi des loups; ne portez ni sac, ni bourse, ni souliers.

Considérez que les ouvriers Évangéliques doivent être semblables à des agneaux par leur douceur. Et que Jésus envoi les Disciples sans sac, sans bourse, et sans souliers, pour apprendre qu'ils doivent se confier en la divine providence; et que Dieu ne manque point à ceux qui espèrent en lui, et qui ont du zèle pour l'avancement de son règne.




35 - DU DOCTEUR DE LA LOI ET DU SAMARITAIN.

Un Docteur de la loi interrogeant Jésus, et lui demandant quel était le plus grand commandement qui fut en la loi: Jésus lui dit, Vous aimerez, le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement.

Considérez que nous aimons Dieu de notre cœur, lors que nous rapportons à lui toutes nos pensées; que nous l'aimons de toute notre âme, quand toutes nos affections n'ont
point d'autre objet que lui; de tout notre esprit, quand nos cinq sens sont employés à son service; enfin lors que nous n'aimons rien qu'en vue de lui , et parce qu'il le commande.

Le second est semblable au premier: Vous aimerez, votre prochain comme vous-même.

Considérez que non seulement celui qui est Chrétien comme nous, est notre prochain; mais que tous les hommes le sont aussi, c'est à dire, tant ceux que nous connaissons, que ceux que nous ne connaissons pas, tant amis qu'ennemis, tant fidèles qu'infidèles.

Persuadez-vous que cet amour est tellement nécessaire, que même l`on n'en peut avoir pour Dieu , si l'on n'en a pour son prochain. Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment pourra-t-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ! dit saint Jean en sa première Épitre chap. 4.

Toute la loi et les Prophètes dépendent de ces deux commandements.

Considérez que Jésus ne dit pas cela si absolument, qu'il n'y ait encore d'autres commandements et d'autres préceptes; mais parce que l'amour de Dieu et celui du prochain, sont comme le but et la fin de tout ce qui est commandé, conseillé, défendu , promis et enseigné par les Prophètes, et par les Écritures ; en sorte que si cet amour ne se rencontre dans les bonnes œuvres, quelques avantages qu'elles aient d'elles-mêmes, elles sont inutiles pour le salut : En effet, qu'y a-t'il de plus aisé , voire même de plus agréable que d'aimer ce qui est bon ? Et qu'y a-t'il de meilleur que Dieu ? Il se trouve néanmoins des hommes si insensés et si brutaux qu'ils ne l'aiment point : Mais ce qui est encore bien considérable , n'est-ce pas une chose surprenante qu'il ait été comme obligé de nous faire un commandement exprès de lui rendre le réciproque de l'amour qu'il a pour nous.

Ce Docteur de la Loi répliquant et demandant qui était son prochain, Jésus lui répondit: Un homme fut blessé en chemin par des voleurs: Un Prêtre et un Lévite passèrent par là , et sans pitié le laissèrent en l`état ou il était; mais un Samaritain versa de l'huile sur ses plaies, le monta sur son cheval, le mena dans une hôtellerie et le recommanda au maitre de la maison.

Considérez que quiconque pèche mortellement tombe entre les mains des voleurs, c'est-à-dire des démons ( anges déchus); qu'il est dépouillé de tous les avantages de la grâce, qu'il est même navré dans les biens de la nature, et qu'il ne peut être guéri que par le véritable Samaritain, c'est à dire par Jésus , fidèle gardien, qui garde Israël sans
s’endormir ni sommeiller:
car la conversion du pécheur ne doit être attribuée qu'à la seule grâce de Dieu. Mais comment pensez-vous que se fasse cette conversion ?

Figurez-vous en quel état peut être un homme qui a commis un péché mortel. Sans doute qu'autant que l'âme excelle par-dessus le corps, il est dans un accessoire plus déplorable, que celui qui aurait tous les membres percés de coups. Alors Jésus le voit, il en a pitié , il verse sur lui non seulement l'huile de sa miséricorde, mais aussi le vin de sa justice, en le touchant et lui persuadant de faire pénitence; il s'en charge lui-même , car il a mis sur lui toutes nos iniquités , il le mène à l'hôtellerie , c'est à dire à l'Église , il le recommande à ses Ministres qui sont ici figurés par le maitre de l'hôtellerie, et à qui il a donné deux deniers, c'est à dire le pouvoir d'administrer à ce pécheur et à ses semblables, les Sacrements de Baptême et de Pénitence, afin que par leur moyen ils puissent rentrer en grâce avec Dieu, et être lavés des tâches et des souillures de leurs péchés.




Dernière édition par MichelT le Mar 11 Juil 2017 - 12:10, édité 3 fois

MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Ven 30 Juin 2017 - 12:25

36 – JESUS ENSEIGNE DANS LA BARQUE DE St PIERRE.

Le peuple s`empressant d'approcher de Jésus, il monta dans la barque de Pierre, et l'ayant fait un peu éloigner du rivage, il s'assit et donna des enseignements à cette assemblée de dessus cette barque.

Considérez avec quelle ardeur cette troupe accourut pour entendre la parole de Dieu, et tremblez en faisant réflexion que souvent nous avons le même empressement, non pas pour entendre des discours de piété, mais des choses inutiles ou des nouvelles du siècle.

Considérez que Jésus instruit ce peuple qui était accouru vers lui, de dedans la barque de Pierre; pour faire voir que l'Église Romaine est agitée de diverses sortes de tempêtes, sur la mer de ce monde afin que sa vertu en devienne plus brillante.

Ayant cessé de parler il dit à Simon: Avancez, en haute mer, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit: Nous n` avons rien pris pendant la nuit; mais sur votre parole je jetterai le filet. L'ayant jeté il prit une si grande quantité de poissons, que le filet ne les pouvait contenir, et en fut presque rompu.

Considérez que Jésus touche les cœurs dans une prédication, mais que c'est à nous à travailler avec lui par nos exhortations et par nos exemples. Nous devons pour ce sujet avancer en haute mer, c'est à dire élever nos pensées vers le Ciel, et ne rien épargner dans l'emploi du salut des âmes. Nous devons encore jeter les filets; c'est à dire donner l'explication des saintes Écritures, qui ont peu de paroles, mais qui renferment beaucoup de mystères.

Pierre fut si surpris d'épouvante qu'il se laissa tomber sur ses genoux, et dit à Jésus; Seigneur retirez-vous de moi, car je ne suis qu`un pécheur. Jésus lui dit: Ne craignez point; d'ores en avant vous pêcherez des hommes; et ayant tout abandonné il se mit à sa suite.

Considérez le procédé de Saint Pierre, et ce qui arrive dans sa conversion. 1. Il prête sa nacelle à Jésus par un motif de charité; et Jésus la lui rend pleine de poissons. 2. Il fléchit les genoux par un sentiment d'humilité; et sa qualité de pêcheur de poissons est changée en celle de pêcheur d'hommes. 3 . Il prie Jésus de se retirer d'auprès de lui ; et néanmoins il s'en approche plus que jamais; car il abandonne les filets, pour ne plus s'en séparer : ainsi de petits commencements l'on parvient à de grandes choses.

Considérez encore quels doivent être les pêcheurs d'hommes. Sans doute il faut qu'ils soient humbles, et qu'ils se laissent plutôt attirer par Jésus, qu'ils n'attirent les autres: outre qu'ils doivent aussi imiter sa vie et ses mœurs, en remettant et abandonnant les filets de ce monde, qui sont les richesses , les honneurs et les plaisirs.




37 - DE LA BONNE SEMENCE ET DE LA ZIZANIE

Le Royaume des Cieux est semblable à un homme qui a semé de bon grain dans son champ.

1 - Considérez que le Royaume de Dieu est au dedans de nous , comme dit Jésus.
2 -  Que notre âme est un champ qu'il faut labourer avec le coutre de la douleur et du regret d'avoir péché contre Dieu.
3. Qu'il y faut jeter la semence de la résolution d'amender sa vie, ou de se faire quitte de quelque mauvaise habitude.
4. Qu'il la faut arroser avec des prières de ferveur, et une grande abondance de larmes.
5. Qu'il la faut rendre souple et soumise par des austérités que l'on pratique tous les jours ; jusques à ce qu'elle soit entièrement morte au monde: car si le grain qui est
jeté dans la terre ne meurt point, il ne rapporte pas de fruit.
6. Qu'il faut enfin s'étudier à faire quelque nouveau profit de jour en jour, si l'on veut être si heureux que de serrer dans le grenier du Paradis cette semence spirituelle, lors qu'à l'heure de la mort elle fera parvenue à sa maturité; comme un épi au temps de la moisson.

Lorsque les hommes reposaient et étaient dans leur sommeil, son ennemi y vint pour semer de la zizanie parmi le bon grain, et s'en alla.

Considérez que vous n'avez pas sitôt pris une bonne et louable résolution, que les tentations y accourent en foule, et s'y opposent. Car, comme dit Job, la vie de l'homme sur la terre est une tentation continuelle. Outre que saint Paul nous apprend dans le Chapitre 14 des Actes des Apôtres, que qui veut entrer dans le Royaume des Cieux , doit franchir beaucoup de difficultés, et endurer patiemment beaucoup d'afflictions et de déplaisirs. La raison en est, afin que nous croissions et nous fassions riches en mérites, et que nous soyons semblables à Jésus, qui nous en a montré l'exemple par le grand nombre de ses souffrances.

Pensez que vous êtes d'autant plus obligé de vous tenir sur vos gardes, que vous avez trois ennemis capitaux, et qui ne dorment jamais : savoir le démon, la chair, et le monde. Or vous pratiquerez ce conseil si vous avez le soin de remarquer tous les jours dans votre examen de conscience, s'ils n'ont point jetés quelque zizanie dans votre cœur, c'est à dire quelque pensée contraire à votre bonne résolution. Que si ce malheur vous est arrivé, arrachez-là dans le moment, de crainte que si elle s`y arrête quelque temps, vous ne soyez contraint d'arracher avec elle le froment du bon propos que vous y aviez semé.

Prenez garde que cet ennemi se retire et abandonne le champ aussitôt qu'il y a sursemé de la zizanie : car c'est le propre de ce mauvais Semeur d'abandonner ainsi l'âme, et de jeter en s'en allant la tristesse dans la conscience; au contraire du bon Laboureur qui la rend joyeuse et paisible.

Au temps de la moisson les moissonneurs jetèrent la zizanie dans le feu, et amassèrent le froment dans le grenier.

Considérez que les bons et les mauvais Anges sont des moissonneurs, comme Jésus nous l'apprend lui-même: que les malins esprits ( anges déchus) ont soin de remarquer et de recueillir notre zizanie, c'est à dire nos péchés et nos crimes: que les bons tiennent registre de nos bonnes œuvres; et que les uns et les autres produiront à la fin de notre vie ce qu'ils en auront remarqué, en la présence du Juge éternel, qui prononcera son arrêt de vie ou de mort sur la vue de cette production.

Considérez que pendant que vous êtes en ce monde vous pouvez être un moissonneur en examinant votre conscience, et vous confessant à l'oreille du Prêtre, afin de par ce moyen arracher la zizanie, qui aura été semée dans votre cœur. Car si nous nous jugeons en cette vie nous ne serons pas jugez après la mort, et si nous brûlions la zizanie de nos crimes dans le feu de la pénitence, elle ne fera pas jetée alors dans celui de l'enfer.


Le bon grain et l`ivraie

38 - DU DÉMON MUET ET AVEUGLE

Le démon muet et aveugle ayant été chassé du corps d'un homme; il y en eut de si impudents qu`ils dirent hautement : Il chasse les démons par la vertu de Beelzebuth leur Prince. D'autres demandaient un autre prodige.

Considérez que bien que Jésus , ait fait ici trois grâces signalées, ou trois grandes merveilles, les uns pourtant les interprètent en mauvaise part, les autres en diminuent la grandeur, et qu`il n'y a que le peuple qui les admire pour vous apprendre que c'est le propre des esprits envieux et malins que d'interpréter en mauvaise part, ou de diminuer, autant qu'ils peuvent par leurs discours de mépris ou même de raillerie, le mérite de ce que les gens de bien et les personnes simples estiment beaucoup par raison et par justice.

Considérez que les bonnes œuvres et les bons avis des autres ne nous rendent pas meilleurs, mais qu'au contraire nous en devenons plus méchants, si nous ne mettons la cognée à la racine, c'est à dire, si nous ne nous amendons. Car comme les choses les plus mauvaises servent aux bons à faire du bien, ainsi les meilleures servent aux méchants à faire du mal: en quoi ils font semblables à l'araignée qui tire son venin de la douceur des fleurs.

Jésus connaissant leurs pensées, leur dit: Tout Royaume ou il y aura de la division, sera détruit.

Considérez que Jésus ne répond point à l'injure qui lui a été faite, par une autre injure, mais que seulement il défend l'honneur de son Père par quatre raisons ; pour vous apprendre à souffrir patiemment pour l'amour de Dieu, ce que l'on pourra faire à votre préjudice et d'en accorder le pardon à celui même qui ne vous le demande pas. Mais quand il s'agira de l'honneur de Dieu, de l'intérêt de la foi Catholique, et de l'état Religieux, de même que de la réputation des gens de bien; c'est alors que vous êtes obligé de rompre le silence et de faire tous vos efforts pour les maintenir. Moïse vous servira d'exemple, qui supporta avec patience le murmure qui s'éleva contre sa personne, mais qui punit rigoureusement l'idolâtrie qui allait contre l'honneur de Dieu. Vous imiterez aussi, si vous pratiquez cette sainte doctrine, cette femme qui se levant du milieu de l'assemblée, publia à haute voix l'excellence et le bonheur de Jésus et de sa sainte Mère.

Une femme s`écria du milieu de la troupe, et lui dit: Bienheureux le ventre qui vous a porté: Jésus répondit : Il est vrai, mais plutôt bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et la mettent en pratique.

Considérez le courage de cette femme, qui sans avoir égard à la calomnie de ces gens, et sans les appréhender, se met en devoir de défendre la gloire de Jésus , et celle de la sainte Mère, et qui désire plutôt d'être méprisée avec lui, que d'être en estime parmi les Pharisiens.

Considérez que Jésus qui était affligé de l'ingratitude des Pharisiens , fut comblé quand il entendit les louanges de sa sainte Mère, et que pour ce sujet interrompant son discours s'adressa cette femme, et lui dit: Vous publiez que ma Mère est heureuse, parce qu'elle m`a conçu; mais je la tiens beaucoup plus heureuse d'avoir entendu attentivement mes paroles, et de les avoir mises en pratique; comme vous l’êtes aussi maintenant et comme seront tous ceux qui les écouteront, et les observeront fidèlement.




39 - DES CINQ PAINS MULTIPLIÉS PAR JÉSUS.

Jésus après avoir monté sur une haute montagne leva les yeux et aperçut une grande foule de peuple qui venait à lui. Ensuite s`étant enquis de ses Apôtres s`ils avaient de quoi donner a, tout ce peuple pour manger; André lui répondit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge, et deux poissons.

Considérez que Jésus quitte une vallée et monte sur une montagne, pour nous enseigner à tendre toujours à la perfection de la vie spirituelle, mais que l'on n'y peut parvenir sans beaucoup de peine et de travail. Considérez la modestie de Jésus qui a toujours les yeux baissés et ne les lève que pour regarder vers le Ciel ou vers le peuple; et inférez de là que vous devez particulièrement considérer deux choses: votre salut qui doit s'achever dans le Ciel , et celui de vos prochains, qui doit commencer sur la terre.

Que si Jésus attire les peuples par son seul regard, que ne sera point sa présence sacrée et réelle en la sainte Eucharistie ? Que Jésus en ce miracle se sert du ministère d'un petit garçon qui après avoir abandonné son pays l'avait suivi, et qui vraisemblablement était pauvre, puisqu'il n'avait que des pains d'orge, afin que vous sachiez et soyez assuré que Dieu regarde de bon œil ce que font les petits et les humbles.

Jésus après l'action de grâces distribua ces cinq pains et ces deux poissons à cinq mille personnes qui reposaient sur du foin.

Considérez d'une part le zèle et la ferveur de tant de mille hommes, en ce qu'ils avaient suivi Jésus jusques si loin, sans penser à leur nourriture: et d'autre part la souveraine toute-puissance, et toute bonne providence de Dieu , en ce qu'il n'abandonne jamais ceux qui mettent en lui leur confiance. Pensez que si le Fils de Dieu, qui est le souverain libéral dispensateur de toutes sortes de biens, rend grâces à son Père pour cinq pains, à plus forte raison nous qui ne sommes que de viles créatures, devons-nous sans cesse le remercier de tant de faveurs que nous recevons tous les jours de sa bonté.

Figurez-vous avec quelle tendresse il rompt ces pains et ces poissons, et les distribue à ce peuple simple et grossier: ayant l'idée qu'un jour il distribuerait en sa dernière Cène le pain céleste qui rassasie jusques à l'éternité, pour le souvenir immortel du poisson, figure de son humanité sacrée, qui devait être sacrifiée sur l'arbre de la Croix. Soyez persuadé qu'il n'est reçu dignement que par celui qui se repose sur le foin; c'est à dire qui n'a point d'estime de soi-même, et qui soumet sa chair; puisque toute chair n`est que du foin, dit le prophète Isaïe.

Ils ramassèrent douze corbeilles pleines des morceaux qui en restèrent.

Considérez que quand nous faisons part volontiers de nos biens, tant spirituels que temporel, à notre prochain, quelque modiques et de si peu de considération qu'ils puissent être; bien loin d'en souffrir du dommage ou de la perte, nous en recevons au contraire un émolument et un avantage considérable, comme l'ont éprouvé des personnes de grande piété, qui se sont adonnées à faire l'aumône.

Que ce qui resta de ces pains excédait incomparablement leur quantité, pour figurer que le banquet céleste de la vie éternelle ne finira jamais , où chacun sera tellement satisfait de sa portion ; c'est à dire de sa béatitude particulière , qu'il n'aura jamais ni faim ni soif.



MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Mer 5 Juil 2017 - 22:35

40 - MARCHE DE JÉSUS SUR LES EAUX.

Les Apôtres étant agités, sur la Mer d'un vent qui leur était contraire; Jésus les vit de dessus la terre qui avaient beaucoup de peine à ramer, et il approcha d'eux en marchant dessus les eaux.

Considérez que le cours de cette vie est une mer sur laquelle nous flottons. Nos concupiscences et nos désirs déréglés sont les vents contraires qui combattent dans nos membres, dit Saint Jacques : car la chair est continuellement opposée à l'esprit. Il faut ramer avec courage pour resister à ces vents, de même que les Apôtres: et sans doute Dieu aidera nos efforts : Jésus s'arrêtera sur le bord de cette mer orageuse et sera le spectateur de nos combats et de nos résistances.

Il a coutume de considérer, non pas ceux qui vivent dans les délices, et qui fuient le travail, et les difficultés; mais ceux qui se commandant à eux -mêmes, résistent fortement à leurs désirs déréglés. O que la peine est douce et agréable à celui qui sait que Jésus le considère attentivement.

Considerez que Jésus après que ses Apôtres eurent fortement travaillés pendant toute la nuit, les alla trouver en marchant dessus les eaux de la mer, lorsque les forces leur manquaient, et qu'ils ne pouvaient plus s'opposer à la tempête; pour nous apprendre qu'il ne faut pas perdre courage aussitôt qu'il nous survient quelque adversité; car encore que Dieu diffère son secours pour un peu de temps, afin d'éprouver notre confiance et notre patience; il récompensera néanmoins enfin ce délai par une assistance qui sera si présente que nous en ressentirons les effets avec avantage.

Jésus étant proche du navire, et voulant comme passer outre, les Apôtres se persuadèrent que c'était un fantôme, et s`écrièrent tout épouvantés. Jésus: Ayez, leur dit-il, de l'assurance, c'est moi.

Considérez qu'encore que Jésus peut accorder à ses Apôtres un vent plus favorable, il ne le voulut pas, pour empêcher qu'ils n'attribuassent la bonté qui leur aurait été nécessaire plutôt à la saison et au temps, qu'à la puissance divine. Mais qu'il voulut au contraire qu'ils fussent agités de la tempête, afin qu'ils reconnussent par expérience leur peu de force et de pouvoir quand ils étaient abandonnés à leur seule vertu. Il voulut aussi qu'ils eussent beaucoup de peine pendant toute la nuit, pour leur apprendre que rien ne leur était possible sans Sa Grâce. Il voulut enfin qu'ils fussent épouvantés d'une vision, comme si quelque malin esprit se fut mis en devoir de les submerger, afin qu'ils invoquassent le secours divin, lequel aussitôt qu'ils eurent imploré, Jésus leur commanda de ne point appréhender et leur dit: C'est moi, c'est votre maitre  votre Sauveur , et votre Dieu. Aussi en furent-ils parfaitement consolés, et cela nous apprend à ne jamais désespérer en quelque déplaisir que nous soyons parce que quand les calamités sont extrêmes, c'est alors que le secours divin se présente.

Considérez que le propre du monde est d'attribuer à hypocrisie, les choses qui regardent Dieu, et les exercices des bonnes œuvres : quoique tout notre salut en dépende.

Pierre alors : Seigneur, lui dit-il, si c'est vous, commandez, que j'aille vous trouver dessus les eaux. Jésus lui dit; Venez. Mais comme il commençait à enfoncer; il s'écria: Seigneur sauvez-moi, ect.

Considérez la grande foi de Saint Pierre, qui crût pouvoir marcher sur les eaux par la puissance de Jésus et son insigne charité, qui ne peut attendre que Jésus fût venu jusqu'à lui : car le véritable amour ne souffre point de retardement et n'a point d'appréhension des calamités.

Considérez que Jésus permit que St-Pierre enfonçait dans la mer, tant pour l'avertir que l'on ne doit pas demander à Dieu des choses qui sont au-dessus du pouvoir de l'homme, de peur d'être soupçonné de curiosité.

Considérez que tous les vents et toute la tempête cessèrent aussitôt que Jésus fut entré dans le vaisseau car quand nous lui sommes étroitement liés et unis dans le navire de l'Église; les vents des tentations du diable cessèrent aussitôt, et les flots des adversités sont brisés, ou tout au moins nous les supportons sans aucune émotion.



41 - LA CANANÉENNE

La Cananéenne est partie de Tyr et de Sidon ( Liban actuel), présente sa requête à ce que sa fille soit délivrée du démon qui la possède; mais Jésus ne lui fait point de réponse. Ses Apôtres le prient de lui répondre, et lui représentent qu'elle leur est importune.

Considérez que si vous désirez que vos péchés vous soient remis, et obtenir la grâce de Dieu, vous devez : 1-  éviter la compagnie des méchants, et abandonner entièrement les occasions du péché.

2- Ne pas excuser votre crime, mais au contraire vous en accuser avec exagération; de même que la Cananéenne qui s'écrie que le démon tourmente horriblement sa fille.

3  - Persister avec persévérance, quoique vous ne soyez pas exaucé aussitôt que vous le désirez.

4. Implorer le secours et l'entremise des Saints, avec des prières ferventes et zélées.

Considérez qu'encore que Jésus feignit de ne pas entendre cette femme, il n'avait pourtant aucun mépris pour elle, mais il voulait que la grandeur de sa foi parût par sa constance en la prière, et qu'elle servit d'exemple d'humilité, de patience, et de persévérance, en sorte que par ce moyen elle s'acquit un plus grand mérite.

Après qu'elle eut adoré Jésus et demandé d'être secourue, et que Jésus lui eut répondu qu'il n`était pas à propos de donner aux chiens le pain destiné pour les enfants; elle répliqua: Il est vrai, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de dessus la table de leurs maitres.

Considérez de quelle manière cette femme rebutée de Jésus et de ses Apôtres, n'en retient aucune confusion, et ne perd point courage; mais comme se confiant en la bonté de Jésus et se jetant à ses pieds, elle lui dit, Seigneur aidez-moi; et ne dit pas : Aidez ma fille; parce qu'elle se reconnaissait coupable et la cause du malheur de son enfant.

Considérez que d'autant plus cette femme s'efforce par ses prières d'obtenir ce qu'elle demande, et de fléchir par ses soumissions la rigueur de Jésus, d'autant plus il la rebute, jusques là qu'il la traite d'indigne de la grâce qu'elle désirait, et la compare à une chienne. Voyez d'autre part quelle est son humilité quand elle ne se met pas en peine d'être ainsi traitée; mais reconnait qu'en effet elle est une chienne et qu'elle ne mérite pas que l'on lui donne un pain entier: quelle est dis-je, sa sagesse et combien elle est merveilleuse, quand elle tourne à son avantage ce nom de rebut et de mépris , lorsqu'elle dit qu'elle ne demande pas du pain; mais des miettes de pain, de même que des petits chiens , ce qui fait que Jésus lui dit enfin :

O femme, votre foi est grande; ce que vous désirez soit fait!

O bon Jésus, que véritablement vous avez dit: L'on ne peut acquérir le Royaume des Cieux qu'en se faisant violence; car cette femme se l'est faite à elle-même, lorsque si humblement et si patiemment elle a supporté un rebut si rigoureux: et elle vous l'a faite, Seigneur , lors que vous avez été comme forcé par les importunités à lui accorder sa demande. Je sais qu'il est permis de l'imiter; puisque vous avez enseigné, Luc 11, qu'il faut persévérer dans la prière jusques à être importun; car votre bonté est si grande, que vous voulez que nous vous contraignions par nos prières à nous accorder plus que nous ne demandons; de même que vous avez dit à cette femme : Ce que vous désirez soit fait; comme si vous eussiez voulu lui dire : Vous avez obtenu tout ce que vous me demandiez; quoi qu'elle ce fut contentée d'obtenir des miettes de pain, c'est à dire la moindre de vos grâces et de vos faveurs.




42 - L'HOMME SOURD ET MUET

On amène à Jésus un homme sourd et muet, et on le prie de le gratifier de l'imposition de ses mains.

Considérez combien la surdité spirituelle est un grand mal. Elle bouche les oreilles aux prédications, aux avertissements, aux inspirations de Dieu, et aux mouvements de la conscience. Il est aussi très dangereux d'être spirituellement muet, parce que cette infirmité ferme la bouche et l'empêche de s'ouvrir pour rendre grâces à Dieu, pour confesser ses péchés, pour s'entretenir avec les autres de quelque discours de piété, et pour aider le prochain en prenant sa cause en main, ou en le comblant quand il est dans l'affliction.

Considérez que pour être délivré de ces deux sortes de maladies, il ne suffit pas que  nous employons nos prières , mais qu'il faut encore que nous implorions le secours et l'entremise des Saints et des gens de bien, afin que le grand nombre puisse plus facilement obtenir notre pardon.

Jésus le tira à quartier, il mit les doigts dans ses oreilles, il lui mit aussi de sa salive sur la langue, et levant les yeux au Ciel, il fit un soupir et dit tout haut: Ephpheta , qui veut dire, Soyez ouvertes; et dans le moment il fut guéri.

Considérez les cérémonies qu'observa Jésus en cette guérison afin que vous appreniez comment vous pourrez vous relever de vos péchés; Car il faut : 1. Que vous évitiez les mauvaise compagnies et toutes les occasions qui pourraient vous porter à l'offense de Dieu.

2. Que vous imploriez la grâce saint Esprit, qui est figuré par le doigt dans l'Écriture. 3. Que vous obteniez la sagesse qui vous obligea à ne rien dire que d'édifiant ; car comme la salive découle de la tête, ainsi la sagesse de l'entendement. 4. Que vous soyez touché d'une vive douleur de vos péchés, et que vous en espériez le pardon. 5. Que vous les découvriez par une confession ou publique ou particulière. Enfin que vous publiez les merveilles de Dieu et en pratiquant ces avis, vous cesserez d'être sourd et muet.

Et il défendit aux témoins de ce miracle d'en rien dire a personne; néanmoins ils le publiaient d`autant plus qu'il le leur défendait, et disaient: Il a bien fait tout ce qu'il a fait.

Considérez que Jésus nous enseigne ici avec quel soin nous devons conserver l'humilité; et que nous y pourrons parvenir si nous fuyons l'honneur du monde et la vaine gloire, quand nous faisons de bonnes œuvres.

Que la troupe qui le suivait nous donne aussi l'exemple de gratitude et de reconnaissance envers Dieu, pour tant de grâces qu'il nous a faites, de même que du-zèle dont il faut être animé quand il s'agit de sa gloire, et de l'honneur et de la réputation du prochain, à quoi il faut s'employer en se ravalant soi-même au-dessous de tous les autres,

Pensez enfin que Dieu a bien fait toutes choses à votre égard jusques à présent; ce qui vous oblige à le louer et à le bénir incessamment; mais n'oubliez pas d'avoir un regret sensible, si jamais dans vos adversités vous avez murmuré contre sa providence.




43 - ACCUEIL A JESUS EN LA MAISON DE MARTHE ( Luc 10,38)

Marthe reçut Jésus en sa maison, et sa sœur Marie étant assise aux pieds du Sauveur écoutait sa parole.

Considérez qu'il n'est point ici parlé de la maison de Marie Magdeleine, mais seulement de celle de Marthe, où Jésus fut reçu, quoi qu'elle appartint en commun à l'une et à l'autre de ces deux sœurs; pouf faire voir que ceux qui se consacrent à la vie contemplative dans un Monastère, doivent faire litière de tous les biens de ce monde , et en abandonner tous les soins pour s'attacher à Dieu seul.

Considérez que Jésus est reçu dans une maison où Marie se rencontre avec Marthe pour marquer que la perfection de la vie Chrétienne consiste non seulement à contempler, à méditer et à prie, mais aussi à servir le prochain en son corps et en son âme, par prédications, instructions , confession, et visites de malades ou de prisonniers. Pensez que d'autant plus que l'on est humble et que l'on se prosterne plus volontiers aux pieds de Jésus, d'autant plus est on propre à être imbu de sa doctrine toute divine et toute céleste. En effet la sacrée Vierge s'étant ainsi humilié pendant qu'elle vivait sur la terre, a mérité d'être élevée jusques au plus haut de tous les cieux.

Marthe se plaignant à Jésus, qu'elle seule s'employait au service, il lui dit: Marthe vous avez, bien du souci, et vous vous inquiétez de beaucoup de choses.

Considérez que l'empressement et le soin de Marthe, quoique saint et recommandable à double titre, parce que la vertu de charité et d'hospitalité en était le motif, et qu'il était employé au service du Saint des Saints, s'est pourtant trouvé digne d'une petite répréhension de la part du Fils de Dieu, parce qu'il y avait de l'excès et qu'elle en était inquiétée; pour vous instruire si vous êtes séculier, à ne pas tant vous embarrasser de vos affaires domestiques, que vous en perdiez le repos de l'esprit, ou que vous en négligiez les œuvres de piété: et si vous êtes Religieux, à ne pas aussi vous attacher si fort à l'étude ou à quelque autre chose, que vous ne pensiez plutôt à faire votre salut.

Considérez encore que Marthe conçut en cette rencontre quelque petite espèce d'envie spirituelle; comme si elle eut été fâchée que sa sœur eut l'honneur de jouir seule de l'entretien de Jésus, ou qu'elle l'accusât d'oisiveté; jugeant avec quelque précipitation qu'elle eut mieux fait de l'aider dans le service, que d'être importun au Sauveur. Ce qui apprend aux personnes de piété à éviter soigneusement l'un et l'autre de ces deux défauts: car les Séculiers pèchent ordinairement quand ils se persuadent que les Ecclésiastiques et les Moines ne sont que des fainéants.

Au reste une seule chose est nécessaire: Marie a choisi la meilleure part; et elle ne lui sera point ôtée.

Considérez qu'une seule chose nous est amplement nécessaire à tout tant que nous sommes; qui est la recherche du Royaume de Dieu; c'est à dire à notre salut : toutes les autres choses comme le vivre, le vêtir , la doctrine , ect, ne nous font nécessaires qu'autant qu'elles nous servent et nous aident à nous sauver. Car que sert à l'homme, dit Jésus, de se rendre maitre de tout le monde, s'il souffre la perte de son âme?

Pensez que les gens du monde qui ont soin de leur temporel, en sorte qu'ils ne négligent pas de rendre leurs devoir à Jésus, ont choisi la bonne part avec sainte Marthe: que
les Ecclésiastiques qui sont obligés par leur condition à célébrer le service divin, ont choisi la meilleure; et enfin que les Religieux qui après l'abandonnement de tous les biens de la terre , ne s'appliquent qu'à la prière et à la contemplation, et emploient tous leurs soins et tous leurs efforts à faire leur salut, et à procurer celui des autres, ont choisi la très-bonne. C'est là ce qu'on appelle choisir la très-bonne part, et ce que l'Église sous le nom de Marie Magdeleine attribue à la sacrée Vierge. En effet, elle en a si bien usé et avec tant de perfection, qu'elle ne lui fera jamais ôtée.




44 - DE l`HYDROPIQUE QUI FUT GUÉRI ET DE L'HUMILITÉ ( Luc 14,1)

Jésus étant entré un jour de Sabbat dans la maison d'un pharisien pour y prendre sa réfection ceux qui étaient présents l'observaient attentivement.

Considérez ici la bonté de Jésus, qui veut bien se trouver en la compagnie de gens sans probité, qui même l'observaient avec tant de soin, espérant d'avoir occasion de le calomnier; afin que par son entretien il puisse les retirer de leur erreur et de leurs péchés. D'où vous devez apprendre qu'il ne faut pas toujours fuir ou éviter la conversation des méchants, mais au contraire s'efforcer de les convertir par des discours de piété et par de bons exemples. Que si vous n`avez pas assez de courage pour pratiquer cet avis, il faut demander à Dieu la résolution et l'assurance de pouvoir dire quelque chose de bon et d'utile, en sorte que ces sortes de gens en puissent être touchés, et en concevoir au moins quelque bon sentiment.

Considérez que quand il est dit dans l`Évangile que Jésus entra chez le Pharisien pour manger du pain, car tel en sont les propres termes , le terme de pain, marque la sobriété et la modestie que l'on doit observer dans les festins, quand la bienséance oblige de s'y rencontrer. En effet l'Écriture dit que le pain et le vin sont le commencement de la vie de l'homme; et l'expérience même nous apprend que des personnes qui n'ont vécu que de pain , ont vécu jusques à cent ans. Que si néanmoins il ne vous est pas permis par ceux à qui vous êtes soumis , de vivre de la sorte, soyez au moins content de peu, et ne recherchez ni la diversité, ni la délicatesse des viandes.

Il y avait devant Jésus un Paralytique. Jésus le guérit, et fait voir qu'il est permis de donner la santé le jour du Sabbat, comme il est permis de retirer dans le même jour un animal qui serait tombé dans un fossé dans un puits.

Considérez la bonté de Jésus, qui ne laisse passer aucune occasion de faire du bien; comme ici à l'heure du diner il guérit un Paralytique , quoiqu'il sut que cela n'agréerait
pas aux Pharisiens; et qui apporte même des raisons pour leur prouver qu'il est capable de leur bien faire. Mais bien plus, car il veut même guérir secrètement leur hypocrisie, c'est à dire leur ambition et leur superbe; et rapporte pour ce sujet l'exemple d'une véritable humilité. Considérez que les Pharisiens ne peuvent rien répondre au discours de Jésus; ce qu'étant, qu'auront-ils à dire au jour du Jugement, quand tout sera si soigneusement examiné?

Quand vous serez, convié à des noces, prenez la dernière place : car quiconque s'élève sera humilié.

Considérez qu'il est du devoir de l'homme Chrétien, de non seulement observer les lois de la civilité, mais aussi de les enseigner aux autres, et même à l'heure du repas. Que si la maxime qui dit que celui qui est humble sera élevé, n'est pas toujours vraie dans le monde , où l'on voit des personnes qui font véritablement humbles, demeurer pour l'ordinaire dans l'abaissement et dans le mépris, elle est pourtant infaillible devant Dieu, qui, comme dit Saint Pierre, résiste aux superbes  et donne sa grâce à ceux qui sont humbles.

Considérez que personne ne s'approche en plus digne et en meilleure disposition de la table sacrée de la Sainte Eucharistie, que celui qui est véritablement humble, et qui dit du fond de son cœur avec le Publicain; Seigneur ayez, pitié de moi qui suis un pécheur.


MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Ven 14 Juil 2017 - 13:02

45 - DE LA FEMME SURPRISE EN ADULTÈRE ( Jean 8,3)

Jésus fut enquis par les Pharisiens, si une femme surpris en adultère devait être lapidée, conformément au désir de la  Loi, ect.

Considérez que la bonté de Jésus pour les pécheurs, a été si grande, que les Pharisiens, en ont pris occasion de le calomnier. Et cela vous, apprend à mettre en lui toute votre confiance, et à vous assurer du pardon de vos péchés quelque énormes qu'ils soient, et de quelque peine que la loi ordonne qu'ils soient punis, pourvu que vous rentriez en vous-même pour en avoir horreur et vous amender. Car si au contraire vous l'abandonnez pour vous tourner du parti des gens du monde, il vous accusera lui-même devant Dieu et devant les hommes.

Considérez pourquoi Jésus différa de répondre aux Pharisiens qui l'interrogeaient. Sans doute que ce fut pour apprendre aux Princes et aux Juges de la terre, que quand on leur défère quelqu'un comme coupable, ils en doivent mûrement considérer et la cause et les circonstances de peur de prononcer une sentence qui soit contre la justice. Cela doit encore nous apprendre, que quand nous entendons dire que quelqu'un est tombé dans une faute, nous ne devons pas aussitôt le condamner, mais plutôt l'excuser, faisant réflexion que nous sommes également fragiles.

Considérez que nous ne devons pas avoir aversion des façons de faire qui paraissent ravalées et contraires à la civilité, quand elles peuvent être avantageuses à notre prochain.

Les Pharisiens continuant d'interroger Jésus; il se releva et leur et : Celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre.

Considérez que par cette réponse de Jésus nous donne avis de ne nous pas s`emporter à médire ou à mal juger de notre prochain mais plutôt d'avoir égard à nos propres défauts et à nos faiblesse. Si car quelque saint que soit un homme , s'il examine soigneusement sa conscience, et qu'il écrive avec le doigt d'une exacte discussion sur la terre de son cœur , il y trouvera toujours quelque chose de répréhensible, et ne lancera pas si facilement la pierre contre les autres.

Considérez que de même que la femme adultère fut condamnée tout d'une voix devant qu'elle fut présentée à Jésus; et qu'en sa présence tous ses Juges se retirèrent l'un après l'autre; ainsi quand nous croupissons dans le péché, nous sommes condamnés par le démon ( l`ange déchu) et par notre propre conscience, mais quand nous nous sommes humiliés par une entière confession, et que nous nous sommes soumis à Jésus, nous jouirions du bénéfice de l'absolution.

Considérez que Jésus se baissa pour une seconde fois vers la terre, pour épargner leur confusion qui eut duré plus longtemps, s'il eut continué à les regarder en face, et pour leur donner lieu de se retirer plus librement. Ce qui vous apprend à cesser votre correction quand vous vous apercevrez qu'elle aura fait concevoir de la honte à celui à qui vous la faites.

Alors Jésus se relevant lui dit : Femme personne ne vous a- t`il condamnée? Personne Seigneur; répondit-elle. Et moi, dit-il, je ne vous condamnerai pas aussi, ect

Considérez combien Jésus a même respecté la puissance ordinaire des Magistrats; puisqu`il n'a point voulu renvoyer cette femme avec son entière et parfaite absolution; qu'après qu'il a su que personne ne l'avait condamnée; pour vous apprendre à ne jamais détourner personne de l'affection et de l'obéissance qu'il doit à ses Supérieurs.

Considérez la grande bonté de Jésus, qui ne la traite point d'un nom injurieux qui eut quelque rapport à son crime, mais qui simplement l'appelle femme, pour marquer la faiblesse de son sexe, quoique lui seul fût offensé par son péché, de même comme le roi David qui le témoigne en ces termes du Psaume 50 : Jai péché contre vous seul. En effet un grand pécheur qui fait pénitence, est plus agréable à Dieu, qu'un orgueilleux qui se croit homme de bien.

Considérez que Jésus ne prononça l'absolution de cette criminelle qu'après qu'elle eut parlé; car il veut que de notre part nous coopérions à notre salut en confessant nos péchés et en publiant les louanges de Dieu.




46 - L'AVEUGLE NÉ ( Jean 9,1)

Jésus ayant vu un homme qui était né aveugle, et ayant répondu à ses Disciples qui lui demandèrent si les péchés, de cet homme, ou ceux de son père et mère étaient la cause de cet aveuglement, ect.

Considérez que Jésus ne jeta pas inutilement et sans dessein les yeux sur cet aveugle, mais pour soulager sa misère, et pour nous apprendre qu'il ne suffit pas d'avoir connaissance de l'affliction et de la nécessité de notre prochain, si nous ne faisons nos efforts pour l'en délivrer.

Considérez les moyens dont il se servit pour le guérir : 1. Il le regarda: 2. Il lui frotta les yeux de boue. 3. Enfin il lui commanda de se laver dans une fontaine. Inférez de là
que le pécheur a besoin de trois choses pour se réconcilier avec Dieu. 1. De la grâce pour se relever : 2. De reconnaitre la laideur de son péché, et de le confesser : 3. De le laver ou dans le Baptême s'il est encore infidèle; ou dans les larmes de la contrition, si étant déjà fidèle, il a perdu la grâce par le péché mortel.

L'aveugle après avoir recouvré la vue, répondant franchement aux Pharisiens qui  l' interrogeaient comment cela lui était arrivé, que Jésus lui avait fait cette grâce, fût chassé de la Synagogue.

Considérez que l'aveugle ne dit pas une seule parole pour sa défense, pendant le long contentieux entretien qu'il eut avec les Pharisiens , mais que méprisant l'affront qu'il en devait encourir, il s'attacha à soutenir l'honneur de la cause de Jésus, avec un zèle tout à fait extraordinaire : pour nous apprendre à ne pas faire état des injures qui nous regardent, et à ne jamais souffrir ou dissimuler celles qui regardent Dieu.

Considérez qu'il fut mis hors de la Synagogue, parce qu'il se mit en devoir de défendre l`honneur et la gloire de Jésus et apprenez de là qu'aussitôt que vous commencerez de servir Dieu, le monde s'y opposera et vous chassera de sa conversation mais que Jésus ne vous abandonnera jamais.

Jésus dit à l`aveugle qui avait été mis hors de la Synagogue: Croyez-vous au Fils de Dieu? Qui est-il, Seigneur? répondit l'aveugle. C'est moi-même, dit Jésus. Je crois Seigneur, repartit cet homme, et se prosternant en terre il l'adora.

Considérez que Jésus déclara ouvertement à cet aveugle qu'il était le Fils de Dieu, comme il avait déjà fait à la Samaritaine pour apprendre aux gens de bien qui supportent volontiers des afflictions et des adversités pour son amour, qu'il les en chérit davantage, et qu'il leur fera des grâces beaucoup plus considérables, qu'à ceux qui font exempts de malheurs et d'infortunes.

Considérez que Jésus rechercha lui-même cet aveugle, et que l'ayant trouvé il lui demanda s'il croyait au Fils de Dieu. Apprenez de là que Dieu ne laisse point sans récompense la moindre de nos bonnes actions; mais qu'au contraire il nous offre continuellement sa grâce, qui nous donne et nous inspire les moyens de parvenir à la perfection de la vie Chrétienne.

Mais parce que Jésus veut absolument que nous coopérions avec cette grâce, c'est pour cela qu'il demande à l'aveugle s'il croit en lui, et parce que sa foi était véritable et parfaite , il en donna un ample et authentique témoignage, en se prosternant à ses pieds et l'adorant.





47 – DU BON PASTEUR ( Jean 10,11)


Jésus dit aux troupes. Je suis un bon Pasteur; Le bon Pasteur donne sa vie pour ses ouailles.

Considérez que tous ceux qui ont pouvoir de commander à d'autres, en sont les Pasteurs; comme les Rois le sont de leurs sujets, les Pères de famille de leurs enfants et de leurs domestiques, les Précepteurs de leurs disciples ; les Confesseurs de leurs pénitents; les Prédicateurs de leur auditoire, et enfin chaque homme des facultés de son âme et des membres de son corps.

Que vous êtes un bon Pasteur à l'égard de vous-même, et à l'égard des autres, quand vous domptez vos passions; et quand vous gouvernez et repaissez ceux qui vous sont soumis, de parole, d'exemple et de nourriture Spirituelle et corporelle. Mais que d'autre part vous êtes une bonne brebis, quand vous avez de la simplicité, de l'humilité, de l'innocence , de la soumission, le soin de faire service à toutes personnes en toutes rencontres, et de la patience dans l'adversité.

Que vous donnez votre vie pour vos ouailles, qui font votre entendement, votre volonté et vos sens, quand vous les défendez de la violence des loups , qui sont le monde et l`ange déchu (le démon), quand vous les empêchés de consentir au péché, et quand vous êtes disposé à plutôt mourir, qu'à permettre que votre vue par exemple ou votre toucher, s'emportent à un regard ou à une action criminelle.

Mais le mercenaire et celui qui n'est point Pasteur abandonne les brebis et s 'enfuit quand il voit venir le loup.

Considérez que l'on peut vous attribuer à bon droit la qualité de mercenaire, lorsque dans vos actions les plus louables, comme dans les prédications que vous entendez , dans les lectures de piété que vous faites, dans les visites des Églises que vous fréquentez , vous n'avez point d'autre but qu'une récompense temporelle, et la gloire du monde, pour y acquérir de l'autorité, sans penser à celle de Dieu.

Persuadez-vous qu'en ce cas vous êtes indigne du nom de Pasteur et de Maitre; parce que vos brebis, que l'on peut dire être vos passions, ont plus d`empire sur vous, que vous n'en avez sur elles, puisque, comme dit saint Jean chap. 8 : Quiconque pèche est  l 'esclave du péché, et par conséquent de sa chair, qui maitrise l'esprit par le péché.

Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent; mais j`ai encore d'autres ouailles qui ne sont pas de ce bercail, et il faut que je les y amène.

Considérez que c'est le propre des bons Pasteurs de connaitre leurs brebis, de les aimer; et d'être connus et aimez d'elles; Que par conséquent vous serez un bon pasteur si vous avez une parfaite connaissance de vous-même, de la faiblesse de vos forces, de vos défauts, et de vos chutes ordinaires; et si vous vous mettez en peine d'en faire la recherche par un exact et fidèle examen. Que d'ailleurs vous serez connu et aimé de vos brebis, c'est à dire des puissances de votre âme et de votre corps, quand elles seront soumises à la volonté divine et à la raison.

Pensez que si vous avez le dessein d'être un bon Pasteur, il ne suffît pas que vous conduiriez par les règles de la raison, et par les lois de l'Évangile, les puissances tant de votre esprit, que de votre corps, ni même que vous ayez soin des ouailles qui sont déjà dans le bercail de l'Église; mais qu'il faut encore que vous vous employez par votre doctrine et par l'exemple d`une sainte vie, à y amener les hérétiques et les autres infidèles.




48 - LA TRANSFIGURATION DE JÉSUS ( Matthieu 17,1)

Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean; et il les mena sur une haute montagne pour y faire Oraison.

Considérez que la beauté de la vie éternelle n'est comprise, ni la consolation du saint Esprit goutée, que par ceux qui, de même que les trois Apôtres, sont embrasez d'amour pour Jésus et pour sa doctrine; qui montent ensuite sur la montagne de la mortification et des autres vertus accompagnées de quelque difficulté, et qui chérissent la solitude, c'est à dire qui ne trouvent leur satisfaction qu'à plaire à Dieu et non pas au monde.

Considérez l'artifice merveilleux, pour ainsi dire, dont Dieu se sert pour nous attirer au désir de la vie éternelle, et pour nous faire résoudre au mépris des biens et des plaisirs de la terre; car il fait éclater la splendeur de son corps plein de gloire; tant afin que vous vous figuriez quelle sera celle d'une âme bienheureuse.  

Il fut transfiguré en leur présence. Sa face parut comme un Soleil, et ses habits plus blancs que la neige. Moise et Élie aussi s'y trouvèrent, et ils s'entretenaient des douleurs et de la Passion que Jésus devait souffrir à Jérusalem.

Considérez que Jésus fut transfiguré pendant la prière, de même qu'autrefois la face de Moise brilla d'un merveilleux éclat après sa conversation avec Dieu; pour nous apprendre que l'âme ne peut être éclairée d'une lumière plus brillante que celle de la grâce et des autres dons spirituels, précédés d'une Oraison fervente et de l'entretien avec Dieu.

Considérez de quelles joies tressaillirent Moise et Élie, quand ils virent la sainte Humanité de Jésus présente à leurs yeux, en l'attente de laquelle ils avaient si longtemps soupirés. Quand ils la virent si éclatante et d'une si haute majesté quand même ils eurent l'honneur de s'entretenir avec lui de son excès, c'est à dire de sa Passion et de sa résurrection, qui étaient les gagés assurées de leur entière et parfaite délivrance.

Considérez Jésus, qui au milieu de tant de gloire entremêle le récit d'une chose si funeste, tant afin de témoigner combien il désirait de souffrir, que pour nous apprendre à nous souvenir des jours malheureux quand il nous arrivera quelque bonheur, comme dit le Sage Ecclésiastique 7,14 à nous disposer à l'adversité quand nous serons dans la prospérité.

Pierre alors s'adressant à Jésus. Il est bon, lui dit-il, que nous arrêtons ici; faisons trois demeures, ect.

Considérez qu'aussitôt que Pierre eut gouté cette goutte de délices de la gloire éternelle, aussitôt il eut du mépris et de l'aversion pour les plaisirs du monde; car la consolation céleste retire l'homme hors de lui-même, et lui fait oublier toutes les satisfactions de la terre.

D'où vous devez apprendre à penser souvent au bonheur avenir de l'âme et du corps; et par ce moyen vous mépriserez sans répugnance les attraits du monde, et les commodités de la chair, et vous direz si vous êtes Religieux, ou enrôlé en quelque sainte Confrérie : II est bon que nous arrêtions ici; c'est à dire dans une compagnie, où il y a lieu de s'adonner à la contemplation des choses divines; de pratiquer beaucoup de bonnes œuvres; et de sauver son âme.

Considérez que les trois personnes de la très-sainte Trinité parurent en cet admirable mystère; celle du Père par la voix; celle du Fils par la chair, et celle du saint Esprit par la nuée remplie de lumière : car c'est lui qui nous donne du rafraichissement par la rosée des consolations divines, et qui nous rend fertiles en vertu par la pluie de ses grâces et de ses dons célestes.

Considérez que Jésus commanda à ses Apôtres de taire cette vision jusques à la mort, pour vous apprendre à plutôt cacher ce qui contribue à votre gloire, et à votre honneur,
que de le publier à tous venants.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Ven 21 Juil 2017 - 1:18

49 - DU LUNATIQUE ( Matthieu 17,14)

Jésus descendant du mont Thabor, un homme se prosterna devant lui à genoux, et lui présenta son fils qui était Lunatique, ect

Considérez que nous sommes Lunatiques, lorsque nous sommes agités par des emportements et des passions déréglées, et que nous ne nous mettons pas en devoir de les dompter; ce qui fait que nous déplaisons à Dieu et aux hommes, et que nous en devenons si perdus et si égarés, que nous n'écoutons pas les avis des Disciples de Jésus; c'est-à-dire des maitres et des Pères spirituels.

Jésus l'ayant vu et cet esprit malin l'ayant alors jeté par terre, il écumait: Sur quoi son Père dit au Sauveur : Si vous y pouvez, quelque chose, secourez-nous, ect.

Considérez que l'homme qui mène une vie relâchée et agréable aux anges déchus ( démons), n'est point attaqué de tentations, mais bien quand il tâche de se retirer de son esclavage, conformément à ce que dit le Sage Ecclésiastique 2,1 : Mon fils, lorsque vous entrez au service de Dieu, conservez, la justice et la crainte, et disposez vôtre âme à souffrir la tentation.

Remarquez que le démon jeta par terre ce jeune homme, et qu'ensuite il lui fit diverses
sortes d'outrages. Car c'est le principal emploi de cet esprit infernal de terrasser les âmes, quand ce ne serait que par un seul péché mortel, parce qu'après il les précipite plus facilement dans toutes fortes d'abominations et de crimes.

Remarquez que Jésus commanda au démon, non seulement de sortir du corps de ce jeune homme, mais aussi de n'y plus rentrer; pour faire voir que le pécheur est parfaitement converti, quand après avoir abandonné ses péchés, il n'y retombe plus. Ce qui fait que ceux qui retournent à leur vomissement ( péchés), ne sont pas censés en avoir eu une parfaite contrition.

Étant guéri, Jésus le prit par la main et il se leva. Ses Disciples ensuite l`interrogèrent pourquoi ils n`avaient pu chasser ce démon.

Considérez que ce malade étant guéri, Jésus l'aida à se lever; pour faire entendre a ce pécheur qu'il peut de son chef tomber et pécher, mais qu'il ne peut se relever et se convertir sans la grâce de Dieu; et qu'après qu'il s'est déchargé de ses péchés, il doit pratiquer de bonnes œuvres.

Remarquez que Jésus reprit ses Disciples en particulier et qu'il n'était nullement à propos que le peuple connut leurs défauts. Ce qui fait voir qu'il y a des personnes que l'on ne doit pas reprendre publiquement, mais bien à propos, et en temps et en lieu.

Faites réflexion que ce malin esprit n'ayant pu être chassé que par la prière et le jeûne, il y a des vices qui étant enracinés par la coutume, ne peuvent être arrachés que par pénitences, par la Confession et par la Communion.




50 - DE L'ENFANT PRODIGUE ( Luc 15,1)

Un prodigue ayant tiré comme par violence, la portion de son bien qu'il pouvait prétendre, s'en alla dans un pays éloigné, ou il le dissipa en débauches et en folies.

Considérez que le pécheur, est fort bien figuré par ce prodigue; Il demande en effet la portion de son bien, quand il recherche sa liberté, et qu'il veut être indépendant. Mais remarquez que l'on se sert ici du terme de portion, pour faire voir que toute la liberté et tout le plaisir de ce monde est peu de chose, si l'on en fait comparaison avec le fonds de la grâce et de la gloire éternelle.

Qu'il s'en va en un pays éloigné parce qu'un homme qui vit comme il lui plait, tombe bientôt dans le péché mortel; et par ce moyen il se sépare de Dieu. Qu'il abandonne aussi par ce moyen la maison de son père, c'est à dire sa vocation, et en vient jusqu'à un tel endurcissement de cœur, que bien loin de penser à sa conversion, il ne peut même souffrir les bons avis que l'on lui donne.

Qu'il dissipe sa portion, c'est à dire qu'il est dépouillé de la grâce de Dieu, des vertus, et des biens spirituels, et même des temporels afin qu'il soit châtié et réduit à la dernière nécessité, en forte qu'il se voit contraint de commettre des crimes honteux, qui causent la corruption de son corps et de son âme.

Or il survint en ce pays une famine qui l`obligea à se faire porcher, en sorte qu'il désirait même de satisfaire sa faim de ce que mangeaient les pourceaux; mais personne ne lui en présentait, ect.

Considérez que le pécheur endure une faim insupportable quand il est comme arraché de Dieu qui est son père, et qui seul peut satisfaire son âme, et seul rendre le repos et la quiétude à la conscience. Qu'il mène paitre les pourceaux, dont le propre est de se vautrer dans la fange, et de ne tourner jamais les yeux vers le Ciel, quand il s'abandonne à la concupiscence, quand il obéit à ses passions; quand il refuse de se soumettre et d'obéir à quoi que ce soit; quand il n'a point d'autre dessein que de satisfaire son ambition et son plaisir, sans seulement penser aux grâces que Dieu lui a faites, et sans qu'il se souvienne de la prière, de la confession et des autres actions de piété. Mais enfin il est lui-même abandonné de Dieu qu'il a oublié, des vertus qu'il n'a pas pratiquées; et des bonnes œuvres dont il s'est raillé, jusque-là qu'il ne peut ni jouir, ni se satisfaire des plaisirs qu'il recherche avec tant d'empressement.

Considérez que comme le pécheur qui s'habitue dans ses crimes, est semblable à un pourceau et à une bête, ainsi quand il fait réflexion sur l'état où il se trouve, qu'il pense à son amendement, et qu'il revient à la foi, il recouvre la qualité d'homme; en sorte qu'ouvrant les yeux aux lumières de la grâce divine, et reconnaissant sa misère et sa bassesse, il se repent de son insolence, et se confiant en la bonté paternelle de Dieu , il se lève , il marche dans la voie de la pénitence, et enfin se jetant aux pieds d'un Prêtre, il fait une entière et naïve confession de ses péchés.

Son père le voyant venir de loin, courut à sa rencontre, le baisa, et commanda qu'aussitôt on le revêtit d'une belle tunique, et qu'on lui donna un anneau et des souliers. Il fit même dresser un festin en sa faveur, pour se réjouir de son retour.

Considérez quelle est la bonté de Dieu en tant qu'il est notre père, qui se tourne vers le pécheur sitôt qu'il pense à sa conversion; et quoi qu'il soit encore bien éloigné, c’est-à-dire quoi qu'il n'ait pas encore une parfaite contrition de ses péchés, il va à sa rencontre par un nouveau secours, lui donne des marques de son amour, le baise, se l'unit, lui rend sa première tunique de justice, l'épouse avec l'anneau de la charité, le pare de vertus représentées par les souliers, le régale du festin d'une merveilleuse consolation, y appelle et y assemble tous les Anges et tous les Saints, et les invite à se réjouir de la conversion d'un pécheur pénitent.

Considérez que souvent ceux qui ont commis de plus grands péchés, quand ils se sont enfin reconnus, ont plus d'amour pour Dieu, que ceux qui n'ont pas péché si lourdement; et cela vous fait voir qu'il ne faut jamais désespérer du pardon de quelque péché que ce soit.




51 - QU'IL FAUT IMITER LES ENFANTS ( Matthieu 18,3)

Celui qui s'humiliera comme cet enfant sera le plus grand dans le Royaume des Cieux.

Considérez quelle est la bonté de Dieu, qui nous prescrit un moyen si facile pour parvenir à être grands dans le Ciel; car comme dit saint Bernard : Il n'y a rien de plus facile que de s'humilier soi-même, si on le veut. En effet, quand nous voulons nous élever, il s'y rencontre mille contradictions, mais quand nous pratiquons l'humilité, personne ne s'y oppose.

Remarquez que c'est le propre des petits enfants de n'avoir ni ruse ni malice, d'être purs et nets de corps et d`esprit, et de n'avoir aucun sentiment de vengeance; de croire tout ce qu'on leur dit, et de se soumettre avec respect à ceux qui leur commandent. Vous devez avoir toutes ces qualités si vous voulez leur devenir semblable.

Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car leurs Anges voient toujours dans le Ciel la face de mon Père.

Considérez que c'est un crime énorme que de mépriser les enfants, et de leur causer quelque scandale par son mauvais exemple, car si leurs Anges Gardiens qui ne cessent point de voir Dieu s'en offensent, il est à craindre que de nos défenseurs ils ne deviennent nos accusateurs.




52 - DU MAUVAIS RICHE ET DU PAUVRE LAZARE. (Luc 16,19)

Jésus dit aux troupes : Un homme riche vivant avec splendeur, et n'ayant point de compassion d'un pauvre qui mendiait ordinairement à sa porte, plein d’ulcères et d'autres infirmités, mourut enfin, et fut enseveli dans l'enfer.

Considérez ici que le nom de ce riche n'est point ici exprimé, parce que ceux des impies sont effacés dans le livre de vie, et qu'en ce monde l'on en perd le souvenir après leur mort.

Considérez qu'il fut adonné à trois fortes de vices: à la superbe (orgueil), car il était vêtu de pourpre; à l'intempérance, car tous les jours il faisait grand chère; et à l'avarice, car il ne donnait pas feulement aux pauvres les miettes de pain qui tombaient de dessus sa table : Pour vous apprendre à ne pas rechercher la somptuosité dans vos habits, en quelque état que vous soyez; à ne vous soucier pas de la délicatesse des viandes, à fuir l'ivrognerie, et une épargne excessive et déraisonnable, quand il sera question ou que
l'occasion se présentera de donner l'aumône, ou de pratiquer quelque autre œuvre de miséricorde de peur de vous jeter par cette négligence dans le péril de la damnation éternelle.

Qu'il fut enseveli dans l'enfer, afin que vous soyez instruit que cet abime de malheurs est un lieu très-profond, situé au centre de la terre, rempli de ténèbres et d'horreur, et d'où il n'y a point d'espérance de sortir par le moyen de quelque rachat, ou de quelque rançon que ce soit.

Un mendiant que l'on nommait Lazare tout infesté d'ulcères, et qui ne pût jamais obtenir de ce Riche une seule miette de pain, mourut à la porte de cet impitoyable, et fut emporté après sa mort dans le sein d'Abraham par le ministère des Anges.

Considérez premièrement que les noms des mendiants qui ont de la piété, et qui ne sont pas seulement connus du monde, tant ils en sont méprisés, sont pourtant dans le souvenir continuel de Dieu, de même que celui de Lazare est en vénération dans toute l'Église depuis près de dix-sept siècles.

Considérez que Lazare ne jouit pas de la gloire à cause de sa misère et de sa pauvreté, mais à cause de la patience avec laquelle il l'a soufferte et apprenez de là qu'il est plus avantageux d'embrasser la pauvreté , que de rechercher des richesses, mais une pauvreté volontaire; car Jésus assure que le Royaume des Cieux appartient proprement aux pauvres d'esprit. Apprenez aussi à chérir les habits ordinaires, les viandes communes et les abstinences.

Abraham ( le saint Patriarche) répondit au mauvais Riche qui du fond de l'enfer implorait son secours : Souvenez-vous, mon fils, que vous avez, pris vos plaisirs pendant votre vie et que Lazare a toujours souffert pendant la sienne; cela fait qu'il jouit à présent d'une parfaite consolation, et que vous êtes tourmenté cruellement.

Considérez que de même que Dieu ne laisse aucune bonne action sans récompense, il n'en laisse aussi aucune mauvaise sans châtiment, en cette vie ou en l'autre. Car Dieu est un juste Juge, qui traite tous les hommes comme ils le méritent, ainsi que le dit souvent l'Écriture: saint Paul écrivant dans le même esprit, que l'homme fera ailleurs la récolte de ce qu'il aura semé en ce monde.

Que personne ne peut avoir ses plaisirs en cette vie et en l'autre, conformément au témoignage d'Abraham dans cet Évangile; car le mauvais Riche a eu pendant qu'il vivait toutes les satisfactions qu'il a pu désirer; mais il est cruellement tourmenté dans l'enfer : au contraire de Lazare, qui a toujours vécu dans les souffrances et dans les douleurs; et qui jouit à présent d'une parfaite consolation dans le Paradis.

C'est pour ce sujet que Jésus adressant sa parole à ces grands riches, qui ne savent ce que c'est que des déplaisirs, et qui passent leur temps dans toutes, sortes de repas copieux et de contentements leur disait :  Malheur à vous Riches qui avez, votre consolation sur la terre: malheur à vous qui riez et qui êtes dans les divertissements; car vous gémirez un jour et vous pleurerez des larmes de sang.






53 - DU RECEVEUR QUI AVAIT MAL SERVI SON MAITRE. (Luc 16,1)

Jésus dit à ses Disciples : Un homme riche fit appeler son Receveur qui s'était mal comporté en la gestion des affaires de son Maitre, et lui demanda compte de sa gestion.

Considérez que cet homme riche nous représente Dieu même, à qui appartient et l'Univers et tout ce qu'il renferme; et que ce Receveur figure qui que ce soit de nous, à qui Dieu a donné à gouverner comme une métairie (une propriété – un domaine), qui est son âme, son corps , les biens de fortune, les talents de l'esprit, de science, et les autres grâces tant naturelles que surnaturelles ; dont si nous ne nous sommes pas acquittés comme il le désire, et si nous ne nous sommes pas employés à procurer sa gloire, et à avancer notre salut et celui de notre prochain, nous lui rendrons un compte très-exact; et très rigoureux au jour du Jugement, car toutes ces choses lui appartiennent, et non pas à nous.

Considérez que Dieu nous appelle par les prédications, par les maladies, par les bons Exemples, par les inspirations intérieures, et nous fait avertir par tous ces moyens, de ce
compte si étroit qu'il faudra lui rendre de cette métairie (âme, corps, biens de fortune, talents de l`esprit et de science et autres grâces reçues) qu'il a confiés à notre conduite et de tous ses dons que nous avons mal employés.

Le Receveur dit alors en soi-même : Que ferai-je? Je n`ai pas la force de labourer la terre; je rougis de mendier. Je sais pourtant ce que ferai. Je relâcherai à ceux qui doivent à mon Maitre, une partie de leurs dettes, et par cette adresse je ferai des amis qui me soulageront dans mes besoins.

Considérez qu'un pécheur touché vivement du désir de faire pénitence, doit dire la même chose que ce Receveur; car après; la mort lorsqu'il faudra rendre compte il n'y aura plus lieu de labourer la terre, ni de mendier; parce que l'on ne pourra plus rien mériter ni par prières, ni par bonnes œuvres.

Figurez-vous que ces débiteurs sont les pauvres, et tous ceux à qui nous pouvons prêter quelque assistance, soit par le moyen de nos richesses, soit par celui de notre doctrine
ou de notre éloquence, soit enfin par quelque autre talent que ce soit que nous ayons reçu de Dieu;  car en leur faisant part de ce que nous possédons, nous en faisons des amis qui prient pour nous, qui nous obtiennent le pardon de nos péchés, et qui nous font parvenir à la vie éternelle.

Et moi je vous dis : Faites-vous des amis du Mammon d'iniquité, afin que quand vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.

Considérez que les richesses sont dites le Mammon d'iniquité; bien que de leur nature elles ne soient pas mauvaises, puisque toutes les créatures de Dieu sont de soi très-bonnes, mais parce que, comme dit l'Apôtre st-Paul (1. Timothée 6.) : Ceux qui désirent de devenir riches, tombent dans la tentation et dans les pièges du diable (anges déchus); outre qu'ils conçoivent grand nombre de désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l'abime de la perdition éternelle; et parce que le Royaume des Cieux appartient proprement aux pauvres qui sont gens de bien, comme il est dit dans l'Évangile de saint Matthieu, chapitre 5, 2.

Pensez enfin, que nous devons acheter des pauvres le Royaume des Cieux, ou par une aumône universelle, comme font ceux qui faisant profession de la vie religieuse dans un Monastère, donnent tout leurs biens aux indigents; ou par plusieurs autres plus médiocres et particulières et de là vous pouvez inférer combien Dieu fait état de la pauvreté d'esprit, et des œuvres de miséricorde.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Mar 25 Juil 2017 - 12:15

54 - DE LA PRIERE, DU MAUVAIS JUGE, ET DU PHARISIEN ET PUBLICAIN. ( Luc 18,1) et ( Luc 18, 14)

IL ne faut jamais appréhender d'être importun à Dieu; et c'est à cela même que saint Paul nous exhorte, quand il nous dit, que nous devons toujours prier, et toujours être devant Dieu en esprit d'oraison; c'est à dire, dans un esprit d'hommage, d'adoration, de soumission, de servitude, et d'une telle persévérance dans toutes nos prières, que nous ne soyons presque jamais un seul moment, où nous n'épanchions nos cœurs en sa présence pour le louer, pour le bénir, et pour lui découvrir tous nos besoins.

C'est-là aussi un des préceptes que le Maitre de cet Apôtre donne lui-même à ses disciples, quand il leur dit, qu'il faut toujours prier, et qu'il ne faut jamais se relâcher dans un exercice, ou il n'y a que les violents, où pour le moins, que les confiants, et que les généreux qui obtiennent ce qu'ils demandent.

En voici un exemple qui peut servir pour enseigner, et pour convaincre les plus méchants et les plus lâches. Il y avait, dit Jésus-Christ, dans une ville un Juge qui ne craignait point Dieu, et qui n'avait ni crainte ni respect pour les hommes. Il y avait aussi au même lieu une certaine Veuve, qui avait une affaire, et qui étant venu trouver ce Juge, le supplia de lui faire raison de la partie adverse, sans que les larmes , que les prières, et toutes les requêtes de cette pauvre femme le puissent obliger à lui rendre quelque justice; mais à la fin après avoir réfléchi longtemps, et tant de fois sollicité sa conscience, ou son honneur, ou pour le moins l'amour de son repos, le contraignit de dire en lui-même, que quoiqu'il ne craignit point Dieu, et qu'il ne se souciât point des hommes; néanmoins parce que cette veuve l'importunait , il lui ferait justice, de peur qu'elle ne vint après tant d'importunité à lui dire quelques injures.

Ces paroles méritent bien qu'on les écoutes; et en effet, c'est notre Maitre qui nous commande d'y faire réflexion; et puis, ajoute-t'il, dites que Dieu ne vengera pas ses élus, qui crient à lui jour et nuit; et dites que sa bonté différera de leur donner bientôt quelque secours. Ce qui pourrait l'en empêcher, est qu'il y a grand sujet de douter, si quand le fils de l'homme viendra au monde, il y trouvera de la foi, ou pour le moins de la foi qui soit accompagnée de la parfaite charité.

Il n'y a donc qu'à croire fermement que Dieu ne manquera jamais à nos besoins, et que nous ne devons qu'être constants dans les prières, et dans les vœux que nous lui présentons, pour obtenir affairement tous les effets de nos demandes. C'est le premier moyen que Jésus-Christ nous propose aujourd’hui pour parvenir à cette fin; et le second que ce divin Maitre nous donne, est de joindre toujours l'humilité à la persévérance, afin qu'en étouffant l'orgueil qui nous est naturel, nous attirions à nous celui qui s'élève sur les superbes, et qui s'abaisse sur les humbles. C'est le sujet qui porte Jésus-Christ à se servir d'une autre parabole parlant à certaines personnes qui présumaient beaucoup de leur justice, et qui n'avaient que du mépris pour la vertu des autres.

Il leur dit, que deux hommes, dont l'un était Pharisien, et l'autre Publicain, étant un jour montés, au temple, le Pharisien y priait Dieu de cette sorte : Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont des voleurs, des injustes, des adultères; ni tel aussi qu'est ce Publicain, car je jeûne deux fois chaque semaine, et je paye exactement la dixième partie de tous les biens que je possède. Vit-on jamais un insolence pareille a celle-ci ? Il est si orgueilleux, qu'en parlant même à Dieu, qui voit tous les secrets de son esprit et de son cœur, il se préfère sans exception à tous les hommes.

Je ne suis ni voleur, ni injuste, ni adultère, ni semblable à ce Publicain. Ah insolent! tu n'es pas un voleur, et tu n'attends pas des gens pendant la nuit dans le coin d'une rue, ou sur un grand chemin, et au milieu d'une foret; mais n'as-tu rien du bien de ton prochain, ou par adresse, ou par violence, ou par quelque méchant commerce? Ce que tu as est-il ou bien ou mal acquis ? as-tu payé tes créanciers et tes valets ? Et as-tu rendu fidèlement à Dieu tous les dépôts qu'il t'a confié ?

Considérez bien toutes ces choses, et demandez à Dieu pardon en toute humilité, de ce en quoi vous l'aurez offensé, si vous voulez acquérir votre pardon.


Le Pharisien et le Publicain


55 - D'UN JEUNE HOMME QUI ÉTAIT RICHE ( Marc 10,17)

Jésus ayant répondu à un jeune homme qui lui demandait le moyen de faire son salut, qu'il fallait observer les commandements, et ayant ajouté que pour être parfait il fallait vendre tout son bien et en distribuer le prix aux pauvres, celui-ci se retira tout chagrin.


Considérez que Jésus fit entendre à ce jeune homme: 1. Les préceptes de la Loi, et 2. Les conseils de l'Évangile, pour nous faire entendre que si nous voulons parvenir à la perfection de la vie Chrétienne, il est nécessaire que nous nous exercions d'abord dans les œuvres de charité envers le prochain, et qui sont propres à la vie active.  Comme aussi que nous ne sommes pas assurez de notre salut quand nous aurions observé tous les commandements comme ce jeune homme; que pour cela nous devons
tendre a une plus grande perfection et faire de plus grands progrès dans la vertu, de même que ceux qui tirent au blanc élèvent leur arc pour y atteindre.

Remarquez qu'encore que ce jeune homme fut effectivement touché du désir de faire son salut; ce qui parait en ce qu'il se prosterna à genoux en demandant d'être instruit des moyens d'y parvenir, néanmoins il se retira, quand on lui dit d'abandonner tous ses biens. Et c'est ce qui arrive à tant de personnes de piété, car elles protestent assez de leur amour envers Dieu, et de le servir avec sentiment, quand elles sont en prospérité, mais quand il leur survient quelque adversité, l'amour propre renverse tous leurs desseins et détruit toutes leurs protestations.

Jésus dit alors : Ah ! qu'il est difficile qu'un homme riche entre dans le Royaume de Dieu. Assurément il est plus aisé qu'un Chameau entre dans le trou d'une aiguille. Qui pourra donc être sauvé ? lui dirent ses Disciples. Cela est impossible aux hommes, mais il ne l'est pas à Dieu, leur répondit Jésus.

Considérez 1. L’effroyable aveuglement des hommes, qui cachant que cet arrêt contre les Riches n'a pas été prononcé par Salomon, mais par la Sagesse incarnée, ne biffent pas d'aspirer toujours aux biens de la terre, et de négliger leur salut qu'ils mettent au hasard. En effet l'Écriture parlant de la damnation du mauvais Riche, n'en rapporte point d'autre raison que ses richesses : Mon fils, lui dit Abraham, souvenez-vous que vous avez reçu beaucoup de biens en votre vie pour cela vous êtes maintenant tourmenté.

Pensez pourquoi Jésus assure qu'il est impossible à l'égard des hommes qu'un homme riche soit sauvé. Sans doute, parce que généralement parlant tous les hommes ont de l'attache à l'avarice depuis le plus petit jusqu’au plus grand , comme parlent les Prophètes Isaïe chapitre. 56. et Jérémie chapitre 6. et comme dit l'Apôtre St-Paul en Philippiens 1 : Ils cherchent tous ce qui est de leur intérêt, et non ce qui est de celui de Jésus-Christ.

Outre que, comme dit le même Apôtre 1. Timothée 6 : Ceux qui veulent devenir riches , tombent dans les pièges du diable, et s'engagent dans beaucoup de désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans la mort et dans la perdition.

Mais à l'égard de Dieu, ceux qui avec la grâce n'ont point d'attache pour l'avarice, mais se procurent l`amitié des pauvres par le moyen du Mammon d'iniquité, peuvent se sauver beaucoup plus facilement.

Pierre dit alors à Jésus: Voilà que nous avons tout abandonné et vous avons suivi, quelle en sera donc notre récompense? Vous serez, lui dit Jésus, assis avec Moi sur douze trônes, d'où vous jugerez, les douze tribus d'Israël, et tous ceux qui auront ainsi tout abandonné pour moi, en recevront le centuple en ce monde, et en l'autre, la vie éternelle.

Considérez pourquoi saint Pierre et les autres Apôtres ayant quitté si peu de chose, car ils n'étaient que de pauvres pêcheurs. Jésus pourtant leur promet une récompense si ample et si considérable. Sans doute parce qu'ils n'avaient pas seulement abandonné leurs biens, leurs parents, leurs amis, et leur patrie, pour parvenir au Royaume de Dieu, mais s'étaient aussi dépouillés de toute affection qui peut les y attacher, et même de tout désir d'en avoir.

Outre qu'ils avaient renoncé à eux-mêmes, et à leur propre volonté en la soumettant à celle de Jésus, et en lui promettant obéissance. C'est pourquoi ce bon Maitre voulut les assurer de leur récompense et qu'ils seraient avec lui les Juges de tout l'Univers au jour du grand et dernier Jugement. Pensez combien il est à propos que les Apôtres soient les Juges des autres, puis qu'ils ont été des Juges si équitables et si incorruptibles à l'égard d'eux-mêmes, et si éclairés à l'égard des biens véritables; car ils ont préféré la pauvreté aux richesses, et les croix aux plaisirs du monde.

Faites réflexion sur la seconde partie de la réponse de Jésus, qui regarde aussi tous les Fidèles, et leur persuade le mépris du monde. La promesse qu'il y a faite du centuple en cette vie, et de la bienheureuse éternité en l'autre, a peuplé les déserts et les Monastères; et a donné sujet à beaucoup de saintes âmes de se faire violence, pour parvenir au Royaume du Ciel. En effet nous voyons par expérience que ceux qui ont renoncé à tous les plaisirs du siècle, jouissent dès à présent de ce centuple; c`est à dire reçoivent des satisfactions spirituelles, plus douces et plus sensibles que toutes celles de la terre, et que pour un père, une mère, un frère, et une maison qu'ils ont abandonnés, ils en rencontrent qui leur rendent avec affection et charité, les devoirs de tant de personnes si proches, et que par tout ils trouvent des demeures ou ils vivent très contents.




56  -  LES ENFANTS DE ZEBEDÉE ( Matthieu 20,20)

Jésus dit à ses Disciples : nous allons à Jérusalem et le Fils de l'homme y sera mis au pouvoir des Sacrificateurs; et ils le condamneront à la mort.

Considérez que Jésus parle souvent dans l'Écriture de sa Passion et de sa Mort : 1 – Afin que nous y pensions souvent, et que nous en fassions le sujet de nos méditations les plus ordinaires. 2. Afin que nous connaissions avec quel amour il a souffert pour nous. 3. Afin que nous en fassions aussi la matière de nos entretiens et de nos conversations. 4. Afin que nous ne soyons pas si lâches que de nous plaindre dans les petite adversités qui pourront nous arriver. 5. Afin que le souvenir que nous en aurons , nous serve comme d'antidote contre les tentations, car en effet il n'y a point de remède plus efficace pour les surmonter, que la sérieuse méditation de ces mystères.

La mère des enfants de Zebedée s'approcha de lui en même temps avec ses deux fils, et l'adora en posture de suppliante; pour lui faire une demande.

Considérez que le sentiment des pères et des mères pour leurs enfants est presque toujours accompagné de quelque désordre, et la cause même de leur ruine tant au spirituel qu'au temporel.

Que cet excès parait ici notamment en quatre rencontres. 1 - En ce que cette femme aime plus ses enfants que soi-même, qu'elle a plus de souci pour eux que pour soi, et qu'il semble qu'elle s'oublie elle-même pour présenter sa requête en leur faveur. 2. En ce qu'elle a l'ambition qu'ils soient préférés à tous les autres, comme s'ils étaient les seuls Disciples de Jésus. 3. En ce qu'elle agit avec un empressement extraordinaire, jusques à être importune au Sauveur; tant elle a de désir de leur procurer les premières places entre les Apôtres. 4. En ce qu'elle est portée d'une ambition démesurée, prétendant que l'un soit assis à la droite, et l'autre à la gauche de Jésus; comme s'il ne leur suffisait pas d'avoir l'honneur d'être couchés à ses pieds; puisque saint Jean s'est réputé très-indigne de seulement délier ses souliers.

Vous ne savez pas ce que vous demandez, dit Jésus en adressant sa parole à ces deux Disciples : pouvez-vous boire le calice que je boirai?

Considérez qu'il y en a beaucoup dans le monde à qui Jésus notre maitre peut faire ce reproche: Vous ne savez ce que vous demandez. En effet combien y a-t'il de personnes qui désirent des richesses, des bénéfices, des enfants, des honneurs, la faveur des Princes, des Magistratures, le moyen de bien pourvoir leurs enfants, la santé, et quantité de choses semblables, dont ils abuseraient s'ils en jouissaient à leur gré ?

Persuadez-vous que ceux qui ont de la répugnance à être pauvres, méprisés, ravalés; en un mot qui ne veulent rien souffrir pour l'amour de Jésus, sont bien éloignés de la disposition à boire son calice. O qu'il y en a peu qui goûtent seulement du bout des lèvres l'amertume de ce breuvage quand on le leur présente mais qu'il y en a beaucoup qui on l`ambition et le désir d'entrer dans le Royaume de Dieu.




57 - LA RÉSURRECTION DE LAZARE ( Jean 11,1)

Jésus ayant eu nouvelle que Lazare était malade, demeura ou il était pendant deux jours afin que le miracle qu’il voulait faire, en fut plus célèbre.

Considérez pourquoi Jésus veut demeurer pendant deux jours au lieu où il se trouve, et permet que Lazare meure enfin de sa maladie, avec le regret sensible et la douleur excessive de ces deux bonnes sœurs. Sans doute pour leur témoigner plus avantageusement son affection envers elles;  car j'afflige, dit-il lui-même, au chapitre 3 de l'Apocalypse et je châtie ceux que j'aime.

En effet la résurrection de Lazare qui était mort depuis quatre jours, a été la cause que les cœurs de ces Dames, ceux des disciples de Jésus Christ de beaucoup d'autres, ont été affermis dans la foi; que la gloire de Dieu a été publiée et répandue par tant de témoins si fidèles et si affectionnés, enfin que les cœurs endurcis de quelques Juifs ont été comme brisés par la grandeur de ce miracle. Mais remarquez que Jésus ne recherche en toutes ces actions que la gloire de Dieu et notre salut.

Jésus dit à ses Disciples : Lazare mon ami dort un profond sommeil, mais je m`en vais pour le réveiller. Marthe et Marie Madeleine viennent à la rencontre de Jésus, qui arrivait, et lui disent: Seigneur, si vous eussiez été, notre frère ne serait pas mort.

Considérez que quoi que Lazare, le bon ami de Jésus fut mort, Jésus dit néanmoins qu'il dort, parce que les amis de Dieu ne meurent pas, mais dorment seulement; tant à son égard, parce qu'il lui est aussi facile de leur rendre la vie, que de réveiller celui qui dort : qu'à l'égard aussi d'eux-mêmes; parce que la mort ne sert aux gens de bien que d'entrée à la vie éternelle, et au repos qui ne sera jamais interrompu.

Qu'encore que la foi de ces pieuses Dames ne fut pas encore bien affermie, ce qui parait en ce qu'elles ne croyaient pas que Jésus étant éloigné pût guérir Lazare, elles eurent pourtant raison de dire, que s'il eut été présent, Lazare ne serait pas mort; parce que là où est la vie, la mort n'a point de pouvoir; ce qui fait que Jésus dit lui-même : Je suis la résurrection et la vie, qui croira en moi, vivra quoi qu'il soit mort. Aussi la bonne Marthe l'une des sœurs de Lazare , s'écria ensuite : J'ai cru , Seigneur, et je crois, que vous êtes le Fils de Dieu vivant , qui êtes venu en ce monde.

Jésus ayant jeté des larmes et fait sa prière, commanda que l'on leva la pierre, qui couvrait le tombeau de Lazare. Cela fait il s'écria à haute voix : Lazare sortez dehors. Lazare alors se leva, Jésus le fit délier, et commanda qu'on le laisse aller.

Considérez que Jésus touché des larmes de Magdeleine et des Juifs qui étaient là présents, frémit à la vérité et s'émût lui-même, mais par un effet de sa volonté, pour nous apprendre à être touchés de même, par un motif  de charité, des misères et des afflictions de notre prochain. Que Jésus jetât des larmes, pour nous faire voir que nous devons pleurer et sur nous-mêmes, parce que nous sommes tous pécheurs, dont Lazare à demi pourri était la figure, et sur la misère spirituelle du prochain, notamment lorsqu'ayant perdu la grâce il est mort devant Dieu.

Qu'il commanda que l'on levât la pierre de dessus le tombeau, pour nous apprendre encore, que rien n'empêche tant un pécheur de se relever de son péché, qu'un cœur habitué et endurci à le commettre. Qu'il leva les yeux au Ciel, pour marquer que dans nos infortunes nous ne devons pas nous appuyer sur notre mérite, mais avoir recours à la bonté de Dieu. Qu'il s'écria à haute voix, afin que nous obéissions aux avis des Prédicateurs, et aux inspirations divines.

Qu'il commanda que Lazare fut délié afin que nous recherchions d'être absous de nos péchés par la voie de la Confession Sacramentale aux pieds des Prêtres, qui sont les successeurs des Apôtres. Qu'il ordonna à Lazare de sortir de son tombeau, afin qu'après le pardon de nos fautes , nous entreprenions une façon de vivre qui soit accompagnée de sobriété, de piété et de Justice.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Sam 12 Aoû 2017 - 13:32

58 - DE DIX LÉPREUX  ( Luc 17,12)

Jésus en chemin faisant fut rencontré par dix lépreux, qui se tinrent éloignés n'osant pas approcher davantage, et s`écrièrent: Jésus notre Maitre; Ayez, pitié de nous.

Considérez que par ces dix Lépreux l'on peut entendre tous les pécheurs, ou ceux qui violent les préceptes du Décalogue ( les 10 Commandements), ou même ceux qui ont dans leurs âmes des faiblesses ou des imperfections incurables: car comme les Lépreux infectent de leur haleine corrompue ceux qui les approchent; ainsi ces gens si faibles et si inconstants, nuisent aux autres par leur conversation.

Que comme grand nombre de petits et puants ulcères paraissent de jour en jour sur les corps des Lépreux et qu'ils sont toujours altérés; il en arrive de même à ceux qui sont si imparfaits; et il leur survient toujours de nouveaux défauts, en sorte qu'ils ne se satisfont jamais de quelque plaisir ou de quelque divertissement que ce soit.

Considérez que de telles gens doivent se tenir éloignés de la conversation des autres; c'est à dire s'humilier profondément et reconnaitre leur indignité et leur infection, et implorer le secours de Dieu à grands cris, et de tout leur cœur.

Jésus leur commanda de se montrer aux Prêtres et en y allant ils furent nettoyés.

Considérez que Jésus envoya ces Lépreux aux Prêtres avant que de les guérir, pour vous apprendre à découvrir les maladies de votre âme , non seulement à Dieu, mais aussi au Prêtre. Or ils furent guéris en chemin, et en allant pour faire voir combien la foi est puissante et de quelle vertu est l'obéissance et que par conséquent il faut volontiers obéir à l`inspiration divine.

L'un d'eux se voyant guéri revint sur ses pas, et à haute voix et en posture de suppliant il rendit grâces à Jésus, quoi qu'il ne fût que Samaritain et étranger.

Considérez que ce Lépreux qui seul fut reconnaissant de la grâce qu'il avait obtenue en mérita de plus grandes à cause de sa reconnaissance; car outre la santé du corps il recouvra encore celle de l'âme. En effet, Jésus lui dit : Allez votre foi vous a sauvé. A l'égard des autres neuf, ils furent des ingrats.




59 - AVEUGLES PRÈS DE JÉRICHO ( Luc 18,37)

Jésus-Christ sortant de la ville de Jéricho, deux Aveugles qui étaient sur le chemin où il devait passer, sitôt qu'on leur eût dit qu'il s'approchait, ils se prirent à crier: Seigneur , fils de David, ait pitié de nous! et comme le peuple les reprenait, et les voulait les contraindre de se taire, ils s'écrièrent encore plus fortement: Seigneur, fils de David, ayez, pitié de nous! C'est là en vérité, disait st Jean Chrysostome, une marque très-assurée que la grâce a rencontré une âme généreuse et confiante; qui d'autant plus qu'on s'oppose à son dessein, fait des efforts encore plus violents pour continuer dans sa résolution, et atteindre à la fin qu'elle s'est proposée.

C'est en cela aussi, dit saint Bernard, qu'on voit si nos inspirations sont faibles ou puissantes; et on ne peut jamais être assuré que les grâces ont leurs effets, que quand on voit qu'elles nous donnent de l'aversion du mal qui est passé; et qu'en nous inspirant en même temps du mépris pour tous les biens imaginaires de ce monde qui sont présents , elles nous donnent beaucoup d'amour et de désir pour les biens véritables, qui nous attendent, et qui doivent être notre dernière récompense: c'est aussi le triomphe de notre foi, et la couronne qui nous est proposée, après tous nos combats, et toutes nos victoires.




60 - SOUPER DE JÉSUS EN BÉTHANIE ( Jean 12,1)

Jésus soupait en la maison de Simon le Lépreux et Lazare lui tenait compagnie, et Marthe y servait.

Considérez combien ce souper qui se fit six jours devant la Passion de Jésus, lui causa de consolation, et combien d'honneur et de contentement en eurent Simon et ceux qu'il  avait conviés. Il en revint de la consolation à Jésus, parce qu'il faisait ce repas avec des personnes qui lui étaient très chères, dont sans doute il était parfaitement aimé, et qui l'avaient reçu avec toute l'affection imaginable, non seulement dans leur maison, mais aussi dans leur cœur. Les conviés en eurent de l'honneur et du contentement; car quel plus grand honneur peut-il y avoir que d'être à table avec Jésus, et quelle plus grande satisfaction pouvaient-ils ressentir que de lui pouvoir témoigner leur gratitude car il avait guéri de la lèpre, Simon qui l'avait invité; il avait rendu la vie à Lazare, il avait retiré Magdeleine du bourbier de ses péchés; Marthe avait eu l'honneur de le recevoir dans sa maison et de le servir à table; ce qu'elle fait encore à présent.

Considérez pourquoi Lazare n'a jamais ri comme l'on dit, sans doute, parce qu'il considérait et admirait continuellement trois choses qui de soi sont capables de surprendre et de faire trembler quiconque y voudra penser avec l'attention qu'elles méritent :  L'effroyable jugement de Dieu et les supplices préparés dans l`autre vie aux pécheurs impénitents. 2. Que Dieu d'une si haute Majesté se soit ravalé jusques à une si profonde humiliation pour le salut des hommes. 3. Leur aveuglement et leur ingratitude, en ne faisant point d'état d'un bienfait si signalé, et n'appréhendant point le jugement à venir.

Marie ayant rompt un vase de liqueurs aromatiques, les répandit sur la tête de Jésus, lui en oignit les pieds, qu'elle essuya avec ses cheveux, et toute la maison fut embaumée de l'odeur de ce parfum.

Considérez que le service rendu à Jésus par Marie en cette rencontre, lui fut d'autant plus agréable, qu'elle avait pour lui un amour qui surpassait éminemment celui des autres. Car ce vase n'était autre chose que son cœur embrasé du feu de l'amour divin; et la fraction qu'elle en fit, n'était aussi autre chose que l'impatience de cet amour, dont son cœur était embrasé, et qui ne cherchait qu'à se faire paraitre et à se répandre au dehors. Ou bien elle figurait l'offrande très libérale et fans réserve qu'elle faisait à Jésus, non seulement de son amour, mais aussi de ce cœur, dans lequel cet amour était enfermé comme dans un vase.

Persuadez-vous que ce parfum était très précieux car nous ne devons offrir à Dieu que ce que nous avons de plus excellent. Et remarquez que nous répandons des parfums sur la tête de Jésus, quand nous adressons toutes nos œuvres à sa gloire; et que nous en épanchons sur ses pieds, quand nous nous appliquons sérieusement et avec sincérité à faire notre salut et à procurer celui de notre prochain.

Considérez que toute la maison qui est la figure de l'Église, fut embaumée de l'odeur de ce parfum; parce que cette action si généreuse de Magdeleine, y a été et y sera toujours hautement publiée; pour vous apprendre à faire grand état des œuvres de charité et d'humilité, qui sont accompagnées et suivies d'une si bonne odeur.

Judas en murmurant : A quoi bon ce dommage? disait-il.  Jésus fit réponse : Pourquoi censurez-vous ce qu'a fait cette femme, et la tourmentez-vous? Son action qui s’est adressée à moi seul est très-bonne et très digne de louange.

Considérez que d'autant plus que les bonnes œuvres sont élevées dans la perfection, d'autant plus quelquefois sont-elles sujettes à la calomnie, étant même blâmées par les gens de bien qui les censurent à la vérité par un bon zèle, mais qui n'est point accompagné de science ni de discernement. Ce qui ne doit pourtant pas donner sujet aux véritables serviteurs de Jésus de les négliger, pourvu qu'ils les pratiquent à la gloire de Dieu et à l'avancement du salut des âmes. Car il n'est pas possible que l'on plaise en
même temps et en toutes choses à Dieu et aux hommes.



61 – DE ZACHÉE (Matthieu 25 – Luc 19)

Jésus passant par la ville de Jéricho, Zachée chef des Publicains qui désirait de voir Jésus, monta sur un arbre, parce qu'il était petit, et que la foule du peuple l'en empêchait.

Considérez la douceur et la bonté de Dieu, et combien il est prompt à donner à l'homme l'occasion d'abandonner le péché. Car Zachée n'aurait point cherché Jésus s'il n'avait passé par Jéricho.

Nous devons faire trois choses de même que Zachée, quand Dieu nous présente sa grâce. 1. Quitter les affaires du monde et les profits temporels. 2. Éloigner de nous deux empêchements qui sont la crainte de la foule, c'est à dire de la raillerie des hommes, et la lâcheté à supporter le travail de la conversion; et monter courageusement sur la Croix; car qui veut venir après moi, dit Jésus, qu'il porte sa Croix.

Or le Sycomore (qui est l'arbre sur lequel monta Zachée ) signifie un figuier fou ; et cela fort à propos, car la Croix a été tenue pour un scandale par les Juifs, et pour une folie par les Gentils( les non-juifs).

Jésus l'ayant vu, lui dit; Zachée dépêchez-vous de descendre, car il faut que je loge aujourd'hui dans votre maison. Zachée défendit aussitôt et le reçut avec joie.

Considérez qu'à cause que Zachée désirait ardemment de voir Jésus, ce bon Sauveur abandonne la troupe qui l'environnait et ne s'adresse qu'a lui. Car, Sur qui je jetterai les yeux, dit-il dans Isaïe chapitre 66, que sur celui qui est humilié par son indigence, et qui a le cœur brisé de contrition?

En effet aussitôt que Dieu aperçoit le moindre commencement de bonne volonté dans une âme, il va au-devant d'elle, il la prévient, il lui tend la main pour la retirer du péché, et l'accueille de même que le père de l'enfant prodigue accueillit son fils après ses désordres et ses débauches.

Voyez quelle est la libéralité de Jésus, qui donne beaucoup plus à Zachée qu'il n'aurait osé espérer car il ne lui permit pas seulement de le voir, mais même il voulut honorer sa
maison de sa présence; et fit largesse à lui et à toute sa famille du trésor inestimable de sa grâce.

Pensez que Zachée se dépêcha de descendre de dessus l'arbre où il était et courut en sa maison ; pour nous apprendre à ne point être lâches quand il s'agit de recevoir et d'exécuter les inspirations divines. Outre qu'il reçut Jésus avec grande joie, ce qui figure combien souvent, et avec quelle allégresse il faut le recevoir dans la sainte Eucharistie.

Zachée s'étant présenté à Jésus, et lui ayant dit qu'il donnait aux pauvres la moitié de ses biens;  Aujourd’hui répondit Jésus, cette maison a reçu le salut.

Un véritable pénitent doit donc faire l'aumône de ses biens, et restituer avec la dernière sévérité tous ceux qu'il croit appartenir aux autres. Car sans cela, il n'y a point de conversion, et un pécheur ne doit aucunement s'attendre que Jésus-Christ lui dise comme à Zachée : C'est maintenant que le salut a commencé d'entrer dans ce logis, parce que celui-ci est un enfant d`Abraham, et c'est aussi pour son sujet, et à cause de ses semblables, que le fils de L'homme est venu chercher, et sauver ce qui était perdu.

Considérez que si l'on veut obtenir de Dieu la grâce du salut, il faut lui faire satisfaction par des œuvres d'une véritable pénitence. Satisfaire aussi au prochain en lui payant ce qui lui est dû, en restituant le bien d'autrui, en pardonnant les injures que l'on a reçues, en faisant l'aumône aux pauvres selon l'étendue de son pouvoir, ou au moins leur portant compassion si l'on est dans l'impuissance de leur donner, et les consolant avec des paroles pleines de douceur.

Considérez que partout où Jésus a été accueilli, il y a laissé des effets de sa libéralité; comme en la maison de Zacharie, en celle du Prince de la Synagogue, du Pharisien, de
Simon, et aujourd’hui en celle de Zachée. Recevez-le donc aussi vous-même en la maison de votre cœur, par la sainte communion, si vous voulez être enrichi de ses dons et de ses grâces.


MichelT

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Re: MÉDITATIONS CHRÉTIENNES POUR TOUTE L`ANNÉE - Pere Buse`e - Cie de Jésus - 1708

Message par MichelT le Sam 19 Aoû 2017 - 23:40

62 - ENTRÉE DE JÉSUS DANS JÉRUSALEM ( Luc 19,30 – Matthieu 21,2 - Marc 11,2 – Jean 12,14)

Le Seigneur commanda premièrement que l'on lui amenât une ânesse et son poulain. Déliez-les dit-il, et me les amenés.  Que si quelqu'un vous dit quelque choses, dites que le Seigneur en a besoin et il vous les abandonnera.

Considérez que Jésus choisit pour son triomphe seulement deux vils et méprisables animaux, et qui sont en si mauvais état qu'ils n'ont pas même ce qui est nécessaire pour les monter pour vous apprendre que le triomphe et la véritable gloire du Chrétien ne consiste que dans l'amour du mépris de soi-même, de l'humilité et de la pauvreté. En effet le Royaume des Cieux appartient aux pauvres d'esprit.

Considérez que Jésus fait paraitre sa puissance dans son abaissement; tant en ce que comme étant le maitre de toutes choses, il commande que l'on délie ces animaux, et que l'on les lui amène, sans en demander permission à leur maitre; qu'en ce qu'il dispose l'esprit de cet homme, quoi qu'éloigné, à les laisser aller. Et cela pour vous apprendre qu'il n'y a rien de plus puissant que l'humilité pour obtenir le pardon de ses péchés, pour se réconcilier avec Dieu, et pour impétrer ce que l'on lui demande.

Les Disciples obéirent ponctuellement à ce que Jésus avait commandé, et ayant mis leurs  habits sur l`ânesse, ils le firent asseoir dessus.

Considérez la parfaite obéissance de ces Disciples, tant en ce qu'ils ne firent point de réflexion sur ce qui leur était commandé et qu'ils se soumirent à un emploi si ravalé que de conduire publiquement dans les rues une ânesse avec son poulain.

Considérez aussi leur simplicité et leur dévotion envers Jésus, en ce que pour lui faire honneur ils se dépouillèrent de leurs habits quoique tout délabrés, et les mirent sur cette ânesse ; pour nous apprendre qu'encore que Jésus se soit humilié, il est pourtant de notre devoir de l'honorer autant que nous le pouvons;   ce à-quoi nous invite même l'éclat et la beauté de nos-Églises qui sont si magnifiquement parées pour lui rendre d'autant plus de respect , et faire un plus digne hommage à sa gloire.

Pensez quel est l'amour que Jésus a pour nous, qui souffre d'être porté par une ânesse; c'est à dire par notre corps, qui est sujet à tant de péchés, lors qu'après en avoir été absous, et que nous sommes revêtus des vertus des Apôtres figurées par leurs habits, nous recevons la sainte Eucharistie.

Le peuple qui était disposé à l`accueillir, allait à sa rencontre, jonchait le chemin de ses habits et de branches d'arbres, et criait hautement : Hosanna au Fils de David- Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

Considérez que vous vous dépouillez de vos habits et que vous les jetez aux pieds de Jésus, lorsque de vos biens temporels vous soulagez les pauvres qui sont figurés par ses pieds; que vous jonchez le chemin par où il doit passer de branches d'olive, quand vous faites quelque œuvre de charité et de miséricorde;  et de rameaux de palmier, quand vous remportez la victoire de quelque tentation. Enfin que vous chantez Hosanna , quand vous reconnaissez ses bienfaits, et que vous les publiés.

Considérez que l'honneur que ce peuple rendit à Jésus, fut bientôt suivi de la dernière ignominie. Aujourd’hui ils se dépouillent de leurs habits, et les jettent à ses pieds, dans peu de temps ils le dépouilleront des liens, et le vêtiront d'une robe empruntée pour en faire l'objet d'une honteuse et sanglante raillerie. Aujourd’hui ils lui rendent leurs respects et lui font une humble révérence, tenant en main des branches d'arbres, des feuilles et des fleurs; bientôt ils le flagelleront comme un esclave, avec des verges et des épines, et l'attacheront à une croix.

Faites réflexion sur vous-même , et prenez bien garde si vous n'avez point imité ces gens; car si après avoir reçu Jésus dans votre âme au Sacrement de la Pénitence ( Confession), et dans votre cœur en la sainte Communion, vous êtes retombé de nouveau dans les péchés qui vous avaient été pardonnés vous l'avez sans doute chassé de chez vous avec outrage, et vous l'avez crucifié de nouveau.




63 - LES VENDEURS CHASSÉS HORS DU TEMPLE ( Matthieu 21, 12 – Jean 2, 13 - Luc 19-45 )

Jésus entra dans le Temple de Dieu, et en chassa ceux qui y vendaient, et ceux qui y achetaient.

Considérez combien de fois il est dit dans l'Écriture que Jésus soit entré dans le Temple. Sa sainte Mère l`y porta entre ses bras lorsqu'il était encore enfant. Il y fut mené par saint Joseph accompagné de la sacrée Vierge quand il eut atteint l'âge de douze ans, et s'y arrêta pendant trois jours. Aujourd’hui il y va de son propre mouvement, pour vous apprendre combien il importe de visiter souvent les Églises et les autres lieux saints; d'autant plus que nous ne lisons point que Jésus ait si souvent fréquenté aucun lieu que le Temple.

Pesez que ce Temple est appelle le Temple de Dieu, pour vous instruire de ne point entrer dans les temples des démons ( des anges déchus), tels que sont ceux des Hérétiques et les lieux de débauches qui sont le séjour le plus ordinaire des impies.

Qu'il en chassa ceux qui y trafiquaient, pour vous apprendre encore quel respect et quelle révérence vous devez rendre aux Églises et aux autres lieux de piété; et qu'il n'est pas permis de les profaner en quelque manière que ce soit : puisqu’ils sont destinés et consacrés avec des cérémonies toutes saintes et toutes particulières, pour y faire des prières, offrir des sacrifices, entendre la parole de Dieu et recevoir les Sacrements.

Il renversa les tables des Banquiers, et les chaises de ceux qui y vendaient des colombes.

Considérez combien le péché de ceux qui trafiquent dans les lieux saint, comme sont les Églises, est désagréable à Dieu; puisque Jésus qui est si doux et si bénin, s'irrite même
contre des choses inanimées qu'il y rencontre, comme sont des tables et des chaises ; parce qu'elles étaient les instruments de ce sacrilège honteux et profane.

Pensez que s'il a été si rigoureux et si terrible dans le monde où il devait être jugé, combien plus il le sera lors du jugement de tous les hommes.

Pensez à ce qui est figuré par ces gens qui trafiquaient dans le Temple, et qui y vendaient des colombes. La colombe représente à la vérité le saint Esprit qui en a pris la figure toutes les fois qu'il a paru sur la terre. Mais qui sont les vendeurs de colombes, sinon ceux qui font trafic des choses saintes, comme les Prêtres qui ne célèbrent que par l'espérance du profit, les Chanoines qui n'assistent aux heures Canoniales qu'en vue de la rétribution, les Prédicateurs qui ne briguent les chaires que pour acquérir du bien ou de la réputation. En un mot tous ceux qui ne s'emploient qu'à permuter ou à rechercher des Bénéfices Ecclésiastiques ?

Ma maison sera appelée la maison de prière, et vous en avez fait une caverne de voleurs.

Considérez que les Temples et les lieux saints, sont appelés des maisons de prière.

1. Parce qu'ils sont particulièrement consacrés à Dieu pour y faire Oraison.

2. Parce que les Chrétiens s'y assemblent pour y présenter leurs requêtes les uns avec les autres, à cause que la prière de plusieurs étant unie, est beaucoup plus efficace pour obtenir ce que l'on demande.

3. Parce que les Anges y sont toujours présents pour reporter vers Dieu les vœux que nous lui présentons.

4. Parce que les morts même n'en sont pas éloignés; et que leurs cendres et leurs os sont plus éloquents devant Dieu, et ont plus de vertu que n'eut autrefois le sang du juste Abel.

Considérez que ceux qui trafiquent sont nommés voleurs, à cause que ces sortes de gens semblent avoir de l'inclination et de la pente pour le larcin. En effet combien trouve-t`on de finesses , de tromperies , d'usures et de semblables sortes d'injustice, dans les ventes et dans les achats? Il semble que dans le commerce l'on n'ait point d'autre soin n`y d'autre but que de tromper.




Le temple de Jérusalem


64- DU FIGUIER MAUDIT ET SÈCHE. (Marc 11,12)

Jésus étant sorti le matin de Béthanie, eut et ayant aperçu un figuier qui avait des feuilles et n`avait point de fruits, car il n'était pas la saison des Figues, il le maudit, et à l'heure même il sécha.

Considérez que ce Seigneur qui nourrit dans le Ciel tous les esprits bienheureux, et qui pourvoit à l'aliment de tout animal vivant, souffre la faim dès le matin, parce que n'ayant pris aucune réfection le jour précèdent, il avait passé la nuit en prière pour guérir, votre aveuglement aussi bien que celui des Juifs.

Remarquez qu'ayant faim il s'approcha d'un figuier pour en manger du fruit, et que n'y en ayant point trouvé il le maudit; mais persuadez-vous, que la même chose vous peut arriver, si vous n'êtes chargé que des feuilles des bons désirs, et des résolutions qui n'ont point d'effet; si de même que ce figuier était planté sur un grand chemin, vous vivez d'une manière commune et relâchée, comme l'on fait dans le monde.

Faites réflexion pourquoi n'étant pas la saison des figues, ce figuier fut toutefois maudit. Sans doute pourtant que la colère du Seigneur n'était pas animée contre cet arbre, mais contre ceux qui s'endurcissent en leurs péchés, alors même qu'ils sont dans la saison de porter des fruits dignes de pénitence. Car la faim qui pressait Jésus était de voir les cœurs obstinés s'amollir et se convertir par le mérite de sa Passion, faisant voir en même temps que si nous ne prenons l'occasion d'une grâce si considérable et si abondante, il y a danger qu'il ne nous abandonne.

Les Disciples voyant ce prodige, s'en étonnèrent, et disaient: Comment ce figuier a t`il si aussitôt séché?

Considérez que les Apôtres tombèrent dans une autre extrémité, en ce qu'ayant vu ce miracle, ils s'arrêtèrent à l'admirer, au lieu de s'informer du Sauveur pourquoi il avait fulminé une malédiction si rigoureuse contre cet arbre, car ils eussent pu recueillir quelque instruction de sa réponse, comme d'appréhender l'endurcissement de cœur  dont ce figuier sans fruit était la figure.

Remarquez que ceux qui après avoir entendu quelque prédication qui les a touché se contentent de l`admirer, et de dire: Jamais homme n'a parlé de la sorte, et ne se mettent pas en peine de pratiquer ce qu'ils ont appris, imitant les Apôtres en cette rencontre. Les Disciples de saint Jean ne se comportèrent pas de cette manière ; car après avoir admiré et les paroles et les actions de leur Maitre; ils lui dirent aussitôt: Que ferons-nous donc nous autres ? De même que celui qui ayant entendu Jésus qui prêchait : Mon bon Maitre, lui dit-il, que faut-il que je fasse pour parvenir à la vie éternelle ?

Et comme il venait au Temple, les Princes des Prêtres et les Anciens du peuple l' abordèrent et lui dirent : Quel pouvoir avez-vous de faire ce que vous faites? Il leur répondit : Dites-moi aussi vous autres ce que vous pensez du Baptême de Jean, était-il du Ciel ou des hommes?  Nous ne le savons, lui dirent-ils. Je ne vous dirai pas non plus, leur répliqua Jésus, quel est le pouvoir que j'ai de faire ce que je fais.

Considérez qu'il n'est permis à personne de dire à Dieu, qui est le Souverain de toutes choses; Pourquoi faites-vous ceci ou cela ? Toutes les créatures ne sont-elles pas en sa main,  comme l'argile en celle du Potier pour en faire ce qu'il lui plaira ? Cela fait que ceux qui murmurent contre la divine Providence, et disent en eux-mêmes : A quoi cette calamité est-elle utile? ou, Pourquoi ces impies restent-ils sur la terre ? pèchent lourdement.

Considérez que Jésus répondit aux Juifs par une autre demande qui les rendit confus et les fit taire: pour faire voir que ceux qui veulent pénétrer les secrets de Dieu avec trop de curiosité, ne pourront lui répondre au jour du Jugement, quand il leur demandera compte ; car alors il leur fermera la bouche. Ce qui a fait dire à Job : S'il interroge, qui pourra lui répondre.


MichelT

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