La Fête-Dieu - Corpus Christi

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La Fête-Dieu - Corpus Christi

Message par MichelT le Jeu 15 Juin 2017 - 21:00

La  Fête-Dieu

Oh ! pour bien écrire de cette fête, il me faudrait encore la riante saison que l'Église a choisie pour la célébrer; il me faudrait le radieux soleil, le ciel bleu et les fleurs du mois de juin ! Il me faudrait cette inspiration que donnent les choses extérieures, ces pensées fraîches qui vous descendent dans l'âme quand la rosée des beaux jours tombe d'en haut sur les fleurs!




Le Jeudi-Saint est la vraie commémoration du mystère eucharistique ; et ce jour devrait être la fête de nos tabernacles ; mais dans la semaine des douleurs, comment mettre tant de joie? A la veille du Vendredi-Saint, l'Église, épouse désolée, ne pouvait se couronner de fleurs et chanter des cantiques d'allégresse. Aussi, les pompes du Jeudi-Saint ne sont que comme un rayon de soleil dans une journée sombre. Ce jour, les ornements violets ne sont plus portés par les prêtres; mais dès après l'office du matin, l'autel est dépouillé, et le tabernacle vide reste ouvert.

A la veille de la mort du Sauveur, on ne manque pas de redire les paroles qu'il a prononcées à la Cène, quand il a rompu le pain avec ses apôtres ; les paroles qui seront répétées jusqu'à la fin des siècles, puisque ce sont celles qui font descendre Dieu parmi les hommes. Jésus-Christ , voulant disposer les esprits à concevoir la transformation qu'il devait faire de sa chair et de son sang en aliment et en breuvage, pour nourrir les âmes de ceux à qui il désirait procurer la vie éternelle, parla d'abord d'une nourriture qui n'était pas périssable et d'un vrai pain du ciel. Il insinua ensuite qu'il était lui-même cette nourriture et ce pain céleste; enfin il déclara ouvertement qu'il était le pain de vie, différent de la manne du désert, laquelle ne pouvait garantir de la mort:

« Je suis, dit-il, le pain vivant, venu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point, et qu'il vive éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair. » Les Juifs, l'entendant parler ainsi, se demandaient l'un à l'autre : Comment lui serait-il possible de donner sa chair à manger? Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous : celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour ; car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui : comme mon Père qui m'a envoyé est vivant, et que je vis par mon Père ; de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C'est ici le pain descendu du ciel ; ce n'est pas comme la manne que vos pères ont mangée dans le désert, et qui ne les a pas empêchés de mourir.  Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement.»

Jésus-Christ parlait ainsi dans la ville de Capharnaüm, en pleine synagogue, où il avait coutume d'entrer les jours de Sabbat, pour y enseigner. Plusieurs de ses disciples, qui l'avaient entendu, dirent entre eux : Ce discours est dur, et qui peut l'écouter? Jésus, connaissant leurs murmures secrets, leur dit: «Mes paroles vous choquent: que sera-ce donc quand vous verrez le Fils de l'homme monter où il était auparavant? c'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sait rien. Ce que je vous ai dit est esprit et vie; mais parmi vous il y en a qui ne croient pas ; c'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père. »

Dès lors, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et cessèrent de le suivre; ce que voyant Jésus, il dit aux douze qu'il avait choisis pour apôtres : « Et vous, ne voulez-vous pas aussi me quitter? »

Simon Pierre lui répondit: «Seigneur, à qui pourrions-nous aller? Vous avez les paroles de la vie éternelle.» En lisant, en transcrivant toutes ces saintes et mystérieuses paroles, on voit combien le Sauveur désirait préparer les esprits au grand mystère de son amour. Il savait combien l'orgueilleuse raison humaine se révolterait contre ce qu'elle ne pourrait jamais comprendre.



Aussi c'est plus d'une année avant l'institution du sacrement de l'Eucharistie, qu'il parle ainsi dans la synagogue, devant le peuple assemblé aux prières du jour du Seigneur. Enfin la nuit de la Cène pascale arrive, et là, assis à table avec les douze apôtres, il lègue à la terre le don de son éternel amour. Il prit du pain, et, ayant rendu grâces, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples, en leur disant: « Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui est donné et qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » Il prit de même la coupe, et ayant rendu grâces, il la leur présenta, disant : «Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu en faveur de plusieurs pour la rémission de leurs péchés. C'est le calice du testament nouveau dans mon sang, qui va être répandu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez.»

Ils en burent tous, et Jésus leur dit: « Je vous déclare que je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai de nouveau, avec vous, dans le royaume de mon Père. » C'est ce mystère de la chair et du sang divins qui est célébré dans la majestueuse solennité de la Fête-Dieu. Pour que rien ne manque à ses pompes, l'Église l'a placée dans la plus douce et la plus riante saison de l'année.



Et dans ce choix d'une journée de juin pour fêter le Dieu de la nature, il y a une grande harmonie ; car ce Dieu qui par sa puissance opère le prodige de l'eucharistie, est le même Dieu que celui qui fait naître et épanouir les fleurs. Et moi qui ne veux pas dessécher mon cœur par le doute, moi qui veux courber mon esprit devant ce que la foi commande, je crois qu'il est aussi facile à un Dieu de se faire la nourriture spirituelle des hommes que de faire poindre les primevères du printemps des neiges de l'hiver, et la lumière des ténèbres de la nuit.

Mais, contre ce mystère des autels, beaucoup d'hérétiques avaient blasphémé, et l'Église sentait le besoin d'une éclatante expiation ; et admirez comme l'humilité et la piété sont agréables à Dieu : c'est une sainte fille, âgée de seize ans, la bienheureuse Julienne, du mont Cornillon, religieuse hospitalière aux portes de la ville de Liège, qui sera choisie pour provoquer l'institution d'une fête annuelle en l'honneur du Saint-Sacrement! Dans sa cellule, l`amour de Jésus-Christ la tourmente et l'embrase ; elle pleure sur l'aveuglement des hommes qui le méconnaissent, et rien ne peut la consoler, parce qu'elle voit le Dieu qu'elle adore outragé sur les autels où sa bonté le fait habiter.








Dans ses saints regrets, dans ses ardentes prières, des extases la ravissent au-dessus
de la terre... Et quand elle redescend des célestes hauteurs, ne croyez pas que la jeune fille reste timide sans oser élever la voix : sa voix ira jusqu'au souverain pontife... Et bientôt cette fête, conçue par la pieuse novice, fera marcher les rois, les magistrats, les guerriers pour assister à ses pompes ; et le jour que l'humble fille aura appelé de ses désirs, se lèvera le plus beau de l'année chrétienne.

Un archidiacre de l'église de Liège, Jacques Pantaléon de Troyes, qui fut depuis évêque de Verdun, patriarche de Jérusalem, et enfin pape sous le nom d'Urbain IV; l'évêque de Cambrai et le chancelier de l'Église de Paris, et un provincial des Jacobins de Liège, Hugues, qui fut nommé cardinal à cause de sa haute piété et de son profond savoir, avaient entendu la sainte recluse leur redire ses extases et ses révélations, et appuyèrent fortement sa pensée et son constant désir pendant qu'ils agissaient auprès de la cour de Rome. Julienne était si convaincue qu'une fête solennelle serait instituée en l'honneur du Saint-Sacrement, qu'elle donna elle-même le plan de
l'office qui devait être composé pour cette solennité, et ce fut saint Thomas d'Aquin qui fut chargé de ce soin.

Dieu éprouve ses saints ; Julienne mourut avant d'avoir vu réalisé le désir constant de toute sa vie; mais une recluse comme elle, nommée Ève, qui vivait aussi à Liège, dans la maison de saint Martin, poursuivit l'œuvre commencée; et le 8 septembre 1264, un bref du pape Urbain IV fut expédié à la pieuse amie de Julienne. Cette bulle, datée d'Orvieto, institue la fête du Saint-Sacrement et ordonne qu'elle sera célébrée avec toutes les solennités des fêtes de premier ordre.

Source: Tableau poétique des fêtes chrétienne - Vicomte Walsh - 19 eme siècle.







Musique chrétienne pour la Fête-Dieu

Pange Lingua



Hymne Verbum Supernum – Nicolas de Grigny


MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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