De l'origine de l'autorité - Montréal 1857

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De l'origine de l'autorité - Montréal 1857

Message par MichelT le Mar 4 Juil 2017 - 13:14

De l'origine de l'autorité.

Par le Rév. Messire Giband, (séance du 17 novembre 1857.)

Source : L`Écho du cabinet de lecture paroissial – Montréal – Bas-Canada – le 10 Août 1861




Jésus connaissant leurs pensées, leur dit: Tout Royaume ou il y aura de la division, sera détruit.

Lettre de St-Paul Apôtre aux Romains
Romains 13. 1 «Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C'est pourquoi celui qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. Ce n'est pas pour une bonne action, c'est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l'autorité? Fais-le bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains; car ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal»


Messieurs,

C'est une plainte devenue banale à force d'être commune, le respect pour l'autorité s'en va tous les jours, et tend à disparaître du milieu de nous. Sans me faire l'écho de cette plainte, et prétendre qu'elle n'a rien d'exagéré, je sais pourtant qu'elle n'est que trop fondée, et que l'une des plaies qui rongent la société actuelle sur les deux Continents, à peu d'exceptions près, est l'affaiblissement, l'absence même du respect pour l'autorité.

Je n'examine pas, en ce moment, les causes de cette maladie sociale, je me borne à la constater, à la suite de plusieurs écrivains et publicistes remarquables de notre époque. Il n'est que trop vrai qu'une parti de la génération actuelle, infatuée de sa propre excellence, met sa gloire à tout mépriser.

Pas de mérite, pas de supériorité quelque incontestable qu'elle soit, qui trouve grâce devant ses superbes dédains. Pour elle l`expérience, la vieillesse et les cheveux blancs ne sont plus un titre de considération et de respect. Le père dans la famille, le chef dans l'atelier, le magistrat dans la cité, le pouvoir dans l'État et trop souvent le Pontife dans l'Église, ne sont plus entourés de cette déférence et de cette respectueuse affection qui faisaient jadis, la force, le bonheur et la gloire des supérieurs et des subordonnés.

Pour venir en aide à cette triste tendance de notre siècle et accélérer sa marche vers l'abîme de la révolte et de l'anarchie, il se trouve des hommes voués au désordre, qui se font un jeu de détruire le prestige dont l'autorité a besoin pour opérer le bien, et l'on a la douleur de voir tous les jours une presse inconsidérée et coupable travailler, sans relâche, à rabaisser ce qui est élevé et à tuer le respect dans le cœur des peuples.

Et cependant, la société ne peut pas vivre sans autorité. Une famille qui méconnaît l'autorité paternelle, un peuple en opposition avec ses chefs, une église qui n'écoute plus la voix de ses pasteurs, c'est la souffrance et la ruine, c'est la destruction et la mort : Image de cette terre de misère et de ténèbres dont parle l'Écriture et où règnent le désordre et une horreur éternelle. (Job, ch. 10 v 22)

En présence d'un pareil danger, quelle attitude doit prendre un citoyen ami sincère de l'ordre et de son pays ? Celle d'un défenseur courageux de l'autorité, plein de respect et de soumission pour ses ordres et toujours prêt à combattre pour elle, par sa parole par ses écrits.  Depuis plus de soixante ans, on ne cesse d'exalter la cause de la liberté, de dire et de répéter sur tous les tons, de toutes les manières, que les droits de la liberté, sont ce qu'il y a au monde de plus sacré, de plus inviolable ; et que les venger, quand ils sont outragés, est le plus saint des devoirs. A Dieu ne plaise que je vienne renier les droits de la liberté, surtout dans un pays où elle prospère et nous fait goûter ses fruits les plus délicieux.

Assurément les droits de la liberté sont sacrés, puisque tout droit est sacré ; mais il ne faudrait pas oublier, comme on semble le faire aujourd'hui, que l'autorité a aussi les siens, non moins sacrés, non moins inviolables ; et que si c'est un devoir, un saint devoir pour tout citoyen de défendre, au péril même de ses jours, les droits de la liberté outragés, c'est de même aussi un devoir, un saint d. voir pour lui de venger, au même prix, ceux de l'autorité, dès qu'ils sont méconnus.

Ainsi le droit de propriété, que je puis avoir sur tel ou tel objet est un avantage, un bien pour moi, tandis que le droit que mes supérieurs civils ou religieux ont de me commander n'est point directement pour leur intérêt, mais dans l'intérêt de leurs subordonnés. Le pouvoir est pour eux un honneur et une charge, et non point un bénéfice. Ils peuvent avoir droit à une indemnité convenable ; mais le droit qu'ils ont sur leur inférieurs, sur leurs actes, n'est point et ne peut être un droit de propriété ; c'est un droit de commandement. Mais laissons là ces considérations sur la nature de l'autorité ; elles ne sauraient plaire qu'à un très petit nombre d'esprits familiarisés avec les abstractions de la métaphysique.

Hâtons-nous d'arriver à l'origine de l'autorité, point capital de cette lecture. Cette question, l'une des plus vivement débattues parmi les philosophes et les politiques, a été tranchée d'un seul coup par ce mot de Saint Paul : Il n'y a point de d`autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. (Romains ch. 13 v. 1.)

Essayons de pénétrer toute la philosophie de cette parole à la fois si simple et si profonde. Remarquons d'abord sa généralité : Il n` a point de puissance: c'est-à-dire, aussi clairement que possible, que tout pouvoir ou toute autorité vient de Dieu, quelle que soit sa nature, son objet et sa fin ; pourvu, toutefois, qu'il soit légitime, sans quoi ce ne serait plus un pouvoir.

Tous les pouvoirs donc, qui existent sur la terre, ont été, en un sens réel et véritable, établis de Dieu : et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu; ajoute St-Paul.
Je n'examine pas en ce moment comment ces différents pouvoirs remontent jusqu'à Dieu et se rattachent à lui, ce que je tiens à vous faire remarquer, c'est que, quels qu'ils soient, de quelque degré qu'ils soient, ils viennent de Dieu. Ainsi en est-il du pouvoir du maître sur ses domestiques, du patron sur ses commis ou ses ouvriers, du père sur ses enfants, du gouvernement sur les citoyens, de l'Église sur les fidèles.

Tout pouvoir vient de Dieu, c'est-à-dire, a Dieu pour auteur et pour cause première, non seulement en ce sens, qu'il le voit et l'approuve ; non seulement encore en ce sens qu'il en règle l'exercice en le maintenant sous les lois de sa providence, et en lui donnant une puissante sanction ; mais en ce sens qu'il en est la source première et l'origine, et que c'est lui qui le produit en réalité.

Comment cela : c'est que Dieu est l'auteur non seulement de tous les êtres, mais de tout ce qui a un degré d'être ou de perfection, de toute réalité. Or, évidemment, le pouvoir est quelque chose, puisque c'est une chose louable, utile et nécessaire. Le pouvoir ou l'autorité n'est point une fiction de notre esprit, une supposition sans objet ; et il serait insensé de ne voir dans la notion qu'il renferme, qu'illusion, jeu d'imagination ou simple poésie ; c'est une réalité, un bien véritable.

Mais allons plus loin et efforçons-nous de toucher le solide, le roc pour ainsi dire, sur lequel repose l'oracle de l'apôtre : Il n'y a point de d`autorité qui ne vienne de Dieu. Nous n'avons point à craindre ici, par une analyse indiscrète, de nous préparer quelques mécompte, de dissiper un prestige brillant, ou d'embrasser un vain fantôme. Dieu
seul est maître absolu de toutes choses. C'est lui qui a tout fait, et il a tout fait pour lui.


A Dieu seul donc appartient le droit primordial et complet sur toutes choses. A lui seul aussi de communiquer ces droits à d'autres êtres et de les y faire participer dans la mesure qu'il juge nécessaire à l'accomplissement de ses desseins. De là, les hommes sont naturellement égaux indépendants l'un de l'autre dans le fond de leur substance et de leur être. Ils ne peuvent recevoir que de Dieu seul le pouvoir, le droit de commander à leurs semblables et de disposer de leurs actes. Sans cette intervention de Dieu, impossible à eux de fonder un pouvoir, une autorité, même dans le cas où ils se choisiraient eux-mêmes un supérieur, un chef, et déposeraient entre ses mains les rênes de leur gouvernement. De quelle valeur en effet, pourrait être, quelle stabilité pourrait avoir un pareil choix, si Dieu lui-même ne l'approuvait, ne le ratifiait, ne lui imprimait le sceau de son éternelle justice, et ne lui donnait ainsi, un appui, sans lequel il flotterait au gré du caprice de ceux qui l'auraient fait et n'aurait pour mesure de sa durée que celle de leur fantaisie et de leur bon plaisir ?

Le pouvoir, résultat d'un pareil choix serait-il digne de ce nom, ou plutôt ne serait-ce pas une dérision de la chose qu'il signifie? C'est un sentiment généralement reçu parmi les auteurs, qui ne tiennent pas à bannir Dieu de ce monde ou à y restreindre son action, autant que possible, que son intervention est nécessaire pour la formation d'un droit quelconque, même pour la formation du droit de propriété. A plus forte raison, cette même intervention est-elle nécessaire pour constituer le droit d'autorité, celui de tous
les droits, en quelque sorte le plus divin et qui accuse d'avantage une action spéciale de la part de Dieu ?

Que peut-on concevoir, en effet, de plus relevé, de plus semblable au pouvoir de Dieu même, que le pouvoir d'imprimer sa volonté à des hommes raisonnables et libres, de disposer de leurs actes et d'une partie de leur liberté? Commander ainsi, à l`instar de Dieu, à de nobles créatures qui finalement ne relèvent que de lui, n'est-ce pas, en quelque sorte participer à sa puissance, être associé à son domaine, à son action souveraine? Disons -mieux : n'est-ce pas agir au nom de Dieu, a sa place et comme son lieutenant.

Voilà précisément ce qu'enseigne encore Saint Paul, quand il nous fait envisager dans celui qui est revêtu de l'autorité, le dépositaire des droits de Dieu, son délégué et son ministre établi à sa place, dans le monde, pour opérer le bien de l'humanité. Ce n'est pas encore assez de dire qu'il agit au nom de Dieu, ajoutons qu'il agit comme Dieu, et si on veut nous permettre cette expression, qu'il agit en Dieu.

Comme Dieu, il agit par le commandement, par le seul acte de sa volonté, qui nous atteint et nous oblige comme celle de Dieu. Comme Dieu dont la puissance est sans bornes, il atteint à distance, sur tous les points de son empire. Comme Dieu enfin, dont la providence paternelle ne cesse de nous dispenser ses bienfaits, le ministre de l'autorité l'exerce pour le bien de ses subordonnés, son action est un bienfait continuel, et son gouvernement une véritable providence. Et voilà précisément ce qui fait la grandeur du pouvoir et en est comme la majesté. Voilà aussi comment la raison et la foi s'accordent parfaitement à confirmer cette vérité, que tout pouvoir vient de Dieu : Il n'y a point de d`autorité qui ne vienne de Dieu.

Avant de clore cette lecture déjà trop longue peut-être, signalons rapidement quelques-unes des principales conséquences qui découlent de ce qui précède.

Première conséquence : Si tout pouvoir vient de Dieu, donc l'autorité est toujours souverainement respectable en elle-même quel que soit celui qui en est investi. Il peut-être incapable ou indigne de l'exercer, mais elle ne perd rien pour cela de sa dignité, parce qu'elle est toujours ce qu'elle est, c'est-à-dire un rayon, un écoulement de l'autorité souveraine de Dieu. De là ressort la sagesse de la morale chrétienne, qui nous recommande à tous le respect pour l'autorité partout où elle réside. Un diamant ne cesserait pas d'être un diamant parce qu’il serait enchâssé dans un vil métal, ou enfoui dans la poussière.

Deuxième conséquence : Si tout pouvoir vient de Dieu donc en un sens très-véritable, tout pouvoir est divin : non pas en ce sens que Dieu opère, dans la formation des diverses espèces de pouvoir, d'une manière également directe, également positive, également exclusive, ce qui serait égaler tous les genres de pouvoir, malgré leurs profondes différences, et confondre ce qui doit être distingué avec soin ; mais en ce sens déjà exposé que tout pouvoir à Dieu pour auteur et pour cause première.

Troisième conséquence : Si tout pouvoir vient de Dieu, donc l'obéissance a l'autorité bien loin d'avilir et de dégrader celui qui la rend, l'honore et l'ennoblit. Quoi de plus honorable et de plus noble en effet pour un enfant de Dieu, pour un serviteur du Très-Haut que de respecter son autorité et de s'y soumettre partout où il la rencontre ? Or, n'est-ce pas là ce que fait l'homme, le chrétien, qui obéit à son supérieur, puisqu'il sait que Dieu lui-même lui commande par sa bouche ?

Il y a, il est vrai, un respect inintelligent, une soumission aveugle ou stupide, qui est une honte et une absurdité, c'est ordinairement le partage des peuples abrutis sous la verge de fer du despotisme. Il y a aussi un respect, une soumission hypocrite que dicte l'intérêt ou la flatterie, et qui est une bassesse et une lâcheté. On dit que les hommes les plus fiers et les plus indépendants en apparence n'en sont pas toujours exempts; on ajoute même, mais nous n'oserions l'affirmer, que la démagogie n'est pas toujours à l'abri d'un pareil scandale.

Mais tels ne sont pas le respect et la soumission recommandés par le christianisme: c'est un respect intelligent, une obéissance éclairée qui seule préserve de deux excès également condamnables, du mépris de l'autorité ou de l'insubordination, d'une part ; et de l'avilissement des caractères et de la perte du sentiment de sa dignité personnelle, de l'autre. Le premier de ces excès mène droit à l'anarchie ; le second jette dans les chaînes de la servitude et de l'esclavage.

Quatrième conséquence : Si tout pouvoir vient de Dieu, donc plus le sentiment de la divinité est profond et vivace chez un peuple, plus l'autorité y est considérée, plus on lui obéit. La raison en est évidente. Un père dans sa famille, un prince dans son empire, un pasteur dans son église, sera écouté avec d'autant plus de respect et de soumission que ses subordonnés seront mieux convaincus, pénétrés de cette idée, qu'il est pour eux le représentant de Dieu même.

Or, pour développer en eux cette idée et la leur inculquer profondément, pas de meilleur moyen que de nourrir, fomenter et raviver dans leur âme ce sentiment naturel que nous avons tous de la Divinité, et qui nous porte à voir Dieu en toutes choses, soutenant tout, gouvernant tout en ce monde, les empires comme les individus et ne se servant d'autres hommes que comme d'instruments destinés à l'accomplissement de ses desseins.

Par là il est facile de voir que la défense, la propagation des idées religieuses est l'un des plus fermes appuis de tout pouvoir, et partant son plus grand intérêt. Malheur donc à l'autorité qui n'a que de l'indifférence pour une œuvre si belle et si capitale. Que serait-ce si par un de ces vertiges de folie, dont l'histoire des gouvernements ne fournit que trop d'exemples, elle la combattait de tout son pouvoir?  Elle travaillerait de ses mains à sa propre ruine.

Fasse le ciel que notre cher Canada, libre par ce qu'il sait obéir, sachant obéir parce qu'il a été élevé par le Catholicisme, la plus grande école de respect qui fut jamais, au témoignage d'un écrivain non suspect, le célèbre Guizot, fasse le ciel, dis-je que notre cher Canada ne voie jamais le Pouvoir tomber dans une semblable folie.

Fin de l`article

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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