Fête de L`Assomption de la St-Vierge Marie ( 15 août)

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Fête de L`Assomption de la St-Vierge Marie ( 15 août)

Message par MichelT le Ven 18 Aoû 2017 - 2:33

Fête de L`Assomption ( 15 août)

Source: Tableau poétique des fêtes chrétiennes - Vicomte Walsh

En racontant les fêtes des martyrs, nous avons eu à parler de sang répandu, de cachots, de tortures, de geôliers et de bourreaux ; maintenant il nous faut chercher des mots suaves et harmonieux, et tracer de gracieuses images, car le lis va être emporté du milieu des épines, la rose mystique ne va plus embellir la terre , c'est au ciel qu'elle va fleurir.

Voyez : voici les anges et les archanges qui descendent et qui viennent au-devant de leur reine! les patriarches l'attendent sur les nuées ; c'est une fille des rois, c'est la fille de David qui monte au céleste royaume.



A celle qui a été si humble et si pleine de grâce, quelle gloire réservée ! Dieu le Père l'attend comme sa fille ; Dieu le Fils, comme sa mère ; Dieu le Saint-Esprit, comme son épouse. Les saints du ciel se réjouissent. Les saints de la terre pleurent : ils viennent de voir mourir la mère du vainqueur de la mort; ils viennent de voir s'éteindre cette douce lumière qui brillait au milieu d'eux Depuis la mort du Christ, Marie, malgré son amour pour la retraite, avait été entourée des respects des apôtres et des disciples ; et ceux qui souffraient , et qui mouraient pour confesser la divinité de Jésus, ressentaient et professaient une haute vénération pour sa mère Il n'en pouvait être autrement; et pour la Vierge, qui avait eu l'âme transpercée par le glaive de douleur, c'était une grande joie que de voir le salut du monde naître de la mort de son fils.



Cette mort si cruelle , si sanglante, cette agonie sur la croix, ne se présentaient plus à l'esprit de la Vierge-Mère pour le torturer Oh! non, le jardin des Oliviers consolait du Golgotha et si sur la montagne du supplice on voyait encore quelques traces de sang, sur  mont des Oliviers restaient gravées les preuves de l'Ascension.

Le Fils de Marie , rentré dans la gloire de son céleste empire, ne pouvait laisser longtemps sa mère dans notre vallée de larmes. Les rois triomphants se hâtent de rappeler ceux qu'ils aiment de la terre de l'exil ; aussi l'on croit que la mort de la Vierge ne tarda pas longtemps après la première année de grâce. Quelques-uns croient que ce fut à Éphèse que mourut la Sainte Vierge ; mais rien n'est certain à cet égard, et les saints évangélistes ne donnent aucun détail sur la naissance, sur la vie et sur la mort de Marie.

On dirait que Dieu a voulu envelopper de nuages cette fleur d'humilité, comme il couvre d'un voile de vapeur la plante qui n'aime pas le soleil. Ce que nous savons par l'Évangile, c'est qu'alors que la crainte dispersa les disciples et les apôtres, alors que le Christ vit l'abandon des siens venir ajouter aux tourments de sa passion, la mère, elle, ne se mit point à fuir, et dans son cœur il y eut plus de force que dans tous ces hommes qui peu de jours avant le jour d'épreuve faisaient tant de protestations d'amour et de dévouement.

Eux se dispersèrent, prirent la fuite et se cachèrent; elle suivit pas à pas son fils sur la voie douloureuse, et demeura au pied de la croix jusqu'à ce que tout fût consommé.
Je viens de dire que les évangélistes ne donnaient aucun détail sur la vie de Marie ; je me trompais : l'Évangile nous montre la Vierge humble et pieuse, et la Mère courageuse et forte. Il y a là le plus grand des éloges. Un disciple, sortant de sa première frayeur, était aussi venu voir mourir son maître. Jean avait dormi sur le sein de Jésus ; c'était bien le moins qu'il vînt auprès de la croix. Mais il n'y arriva pas le premier : l'amour maternel avait devancé l'amitié et la reconnaissance.

Et remarquons ici que l'Évangile, qui nous montre la Sainte Vierge debout sur le Calvaire ensanglanté, ne nous la fait pas voir dans les rues de Jérusalem le jour où son
divin fils y faisait son entrée triomphale. Non, elle avait trop d'humilité pour aller briller sous le rayon de gloire ; mais elle a aussi trop de courage pour ne pas venir pleurer et souffrit sous les bras étendus de son fils cloué à la croix.

C'est là que la mère et l'ami entendent les dernières recommandations du divin supplicié:

A la mère : « Femme, voilà votre fils. » Au disciple : « Voici votre mère. » Dans ce peu de mots tombés du haut de la croix, nous devons voir que l'apôtre saint Jean , sous les yeux du Christ, est le représentant de tous les chrétiens des temps passés, des temps présents et des temps à venir ; c'est à eux que Marie est donnée pour mère par son divin fils.

Depuis ces mots dits sur le Calvaire, combien de fois l'Église ne nous répète-t-elle pas, en nous conduisant devant les images de la Vierge : « Chrétiens, voici votre mère ! » Le monde a cru à cette parole ; aussi voyez comme il s'est vite couvert de temples en son honneur ! Partout elle a des autels, parce que partout il y a du malheur, et qu'il est dans la nature que les enfants qui souffrent crient vers leur mère.

Pendant sa vie, nous nous le persuadons, elle a dû souvent être invoquée par les infortunés : car ceux qui savaient la puissance de Jésus connaissaient aussi la compatissance de Marie, et savaient y recourir. Nous voyons qu'après l'Ascension du Christ, la Vierge sainte assiste aux assemblées, aux prières des apôtres, et la tradition nous la montre assise parmi eux quand le Consolateur est descendu du ciel; certes, elle avait bien droit à être consolée : sur la voie douloureuse, sur le Golgotha, qui avait souffert autant qu'elle? Et n'était ce pas elle qui, du pied de la croix, pouvait dire :  vous qui passez par ce chemin, voyez s'il est une douleur semblable à ma douleur!

On croit qu'après la dispersion des apôtres, Marie suivit saint Jean à Éphèse. Marie-Madeleine, selon quelques-uns, les accompagna dans cette ville avec d'autres disciples, et nous partageons facilement cette croyance. Ceux qui avaient connu le Christ, qui avaient écouté ses enseignements, quand ils ne le virent plus sur la terre, durent éprouver le besoin de se trouver ensemble pour parler de lui encore, pour redire sa bonté, raconter sa puissance, et prier en son nom.



Quand un de nos amis est parti d'avec nous, quand la mort nous l'a enlevé, nous nous rassemblons aussi pour nous entretenir de lui; mais alors nous avons avec nous
une pensée triste : car celui qui nous manque, où est-il? Pour les premiers chrétiens qui se réunissaient en mémoire du Sauveur, rien de semblable, point de doute, pas de crainte, pas de pensée de mort; celui dont ils venaient parler avait brisé sa tombe et siégeait maintenant sur un trône de gloire; ils ne venaient pas le pleurer : ils venaient l'adorer ensemble.

Dans ces saintes réunions, quelle joie pour la mère du glorifié! et comme elle devait aspirer après le moment où son divin fils enverrait ses anges la délivrer de son exil !

Klopstock, dans son beau poème de la Messiade, nous représente l'ange de la mort porté sur ses larges ailes, formant d'immenses cercles autour de la croix, et, malgré l'ordre de l'Éternel, n'osant approcher du Christ pour lui retirer le souffle de la vie...  Cet ange, ordinairement si hardi, et qu'aucune grandeur, aucune puissance n'arrête, a peur de toucher à l'agonisant du Calvaire!... Eh bien! il me semble aussi que la mort dut hésiter à prendre le dernier soupir de Marie; Marie, née sans souillure, n'était pas sa vassale... Nous ne mourons, nous, que parce que nous avons sur le front la marque du péché d'Adam.

Mais le sépulcre avait perdu de son horreur depuis que l'auteur de la vie s'y était reposé, et la Vierge mère n'eut pas peur d'y descendre; résignée, subissant la loi commune à toutes les filles d'Ève, elle passa par la tombe pour aller à la gloire céleste.

J'ai dit que l'on croit communément que la Sainte Vierge a terminé sa vie à Éphèse, mais je dois ajouter que quelques-uns pensent qu'elle est morte à Jérusalem, avant la dispersion des apôtres. « Nous n'avons, dit Alban Buttler, aucune notion certaine, ni sur le lieu, ni sur la date, ni sur les circonstances de cette précieuse mort.

Respectons le voile qu'il a plu à Dieu d'étendre sur la vie et la mort de Marie, et soyons assurés que celle qui a donné la vie au Sauveur des hommes est environnée des hommages des anges et des magnificences de Dieu. Celui qui est juste envers toutes les créatures n'aura pas été injuste envers sa mère, et ce que la terre a eu de plus parfait aura été porté au plus haut des cieux !



Plusieurs des apôtres ont, à ce que rapporte la tradition, entouré le lit de mort de la Vierge: depuis un jour, ils l'avaient déposée dans la tombe, quand quelques-uns de leurs frères arrivèrent a la demeure où elle avait rendu le dernier soupir; voulant honorer ses restes, ils firent lever la pierre du sépulcre pour y répandre des parfums; mais, ô prodige! le sarcophage est vide; et des lis, symboles de pureté et de virginité, ont poussé là où avait été couché son chaste corps, corps immaculé, corps trop saint pour rester dans la tombe, et que les anges et les archanges, les séraphins et les chérubins, emportèrent sur leurs ailes, quand la voix de Dieu l'eut réveillée de son court sommeil.

Cette tradition a inspiré bien des peintres, et nos grands tableaux d'église nous montrent souvent le ciel tout peuplé d'esprits célestes, portant des couronnes et des palmes à la fille de David, qui va être couronnée reine des cieux. La pierre du tombeau est renversée à l'écart, et l'on aperçoit, parmi les plis du linceul, les fleurs miraculeuses qui ont poussé dans le fond de la tombe.

Les bras étendus, les yeux levés vers son divin fils qui l'attend, la Vierge, en extase, s'élève majestueuse, pendant que les chœurs des anges font retentir l'espace de chants de triomphe et de cantiques d'allégresse. « Venez, venez, Reine du ciel! venez, votre trône est revêtu de splendeur et de gloire.»

« Venez, Dieu le Père qui a créé le monde, Dieu le Fils qui l'a racheté, Dieu le Saint-Esprit qui l'a vivifié, vous attendent pour vous couronner! Venez, venez, Reine des patriarches et des prophètes, Reine des vierges et des martyrs!  Vous êtes aussi notre reine, ô vous, Marie pleine de grâce ! Les milices célestes, les trônes et les dominations, les vertus et les puissances, les chérubins et les séraphins, les anges et les archanges s'inclinent devant vous, et vous proclament leur souveraine !» « Nous avons vu le trône qui vous est préparé ; le soleil et tous les astres unis n'ont pas sa magnifique splendeur; votre sceptre est un lis immortel, et votre couronne est formée de rayonnantes étoiles; venez, venez, ô Marie! tous les justes que votre fils a délivrés, et qui sont montés au ciel avec lui, se lèvent pour venir au-devant de vous. »

Et pendant que les célestes esprits chantaient ainsi à l'entour de Marie, elle, fille si humble de la terre qu'elle voyait alors comme un point dans l'espace, elle répétait son cantique, elle disait : « Glorifie, glorifie le Seigneur, ô mon âme! et adore la bonté de Dieu, mon Sauveur. « Il a regardé avec complaisance l'humilité de sa servante, et voilà que toutes les nations, dans tous les âges, m'appelleront bienheureuse!»

Oh ! que le Tout-Puissant, dont le nom est trois fois saint, a opéré de grandes choses en moi !  Sa miséricorde s'étend de générations en générations sur tous ceux qui le craignent. Il a déployé la puissance de son bras, il a renversé les puissants de leurs trônes, il a exalté les humbles. Il a comblé de biens ceux qui étaient pauvres, et ceux qui n'avaient rien, il les a faits riches. Et il a fait toutes ces choses en se souvenant de sa promesses à Abraham et à Isaac. La fête de l'Assomption a été appelée pendant quelque temps : déposition, repos, sommeil, dormition. Déposition des restes sacrés de la bienheureuse Vierge au cercueil, et dormition pour indiquer que la mort de la Mère de Dieu n'avait été qu'un court sommeil, quelques instants de repos. On ne peut préciser l'époque de l'institution de cette belle solennité on n'en trouve pas de vestige bien évident avant le concile d'Éphèse ; mais la persuasion où l'on était de posséder son tombeau dans cette ville, semble insinuer que la fête qu'on y célébrait déjà était celle de la commémoration de la mort de la Sainte Vierge et de son entrée dans le ciel; on croit même que la grande église d'Éphèse fut bâtie en son honneur.

Le concile ayant assuré la glorieuse qualité de mère de Dieu à Marie, contre l'hérésie des nestoriens, donna beaucoup d'autorité et d'étendue au culte que lui rendaient déjà les
fidèles. On se mit à bâtir des temples en son nom, à Constantinople et dans les autres villes de l'empire, et dès le siècle suivant, qui était le sixième de l'Église, on commença à distinguer la fête de l'Assomption d'avec les autres fêtes instituées à sa gloire.

Pour une vie si pleine d'humilité, si remplie de vertus, au gré des chrétiens ce n'eût point été assez qu'une seule fête en l'honneur de Marie. Dans leur ferveur envers elle, ils prirent différentes époques de sa vie : l'annonciation, sa nativité, sa présentation au temple, sa conception, sa visite à sa parente Élisabeth, ses douleurs lors de la passion de son divin Fils, son ravissement dans les Cieux, et en firent autant de saintes journées consacrées à sa gloire.

Plus tard, ils pensèrent que ce n'était point encore assez que toutes ces fêtes répandues sur le cours de l'année, et ils voulurent faire descendre trois fois chaque jour, sur les villes et sur les campagnes, le souvenir de la salutation angélique. Quand le matin se lève, quand le soleil de midi rayonne, quand les ombres du soir commencent à s'abaisser sur la terre, l'Angélus sonne et fait penser à Marie pleine de grâce, à la servante du Seigneur, et à la miraculeuse conception.

Parcourez l'Europe entière , arrêtez-vous devant les antiques monuments, interrogez-les, demandez ce qui les a fait sortir de terre avec toutes leurs merveilles, et une voix s'élèvera, et des pierres, et de la tradition, et des annales des peuples, pour vous répondre : Le culte de Marie!


Notre-Dame de Chartres

Oui, c'est ce culte touchant qui a paré le monde catholique de tant de magnifiques églises, de tant de riches abbayes, de tant d'hôpitaux, de tant de poétiques souvenirs. Sans sortir de notre France, autrefois si chrétienne, voyez que de basiliques, que de chapelles, que d'hospices sous l'invocation de Notre-Dame, et quelles douces appellations à la Vierge divine!


Notre-Dame de Rouen

Ici, c'est Notre-Dame-de-Bon-Secours ; là, Notre-Dame-de-Pitié ; plus loin, Notre-Dame-de-Toutes-Joies; dans un autre lieu, c'est Notre-Dame-de-Toutes-Aides ; près des hôpitaux, Notre- Dame-des-Sept-Douleurs; là où l'on s'est battu, Notre- Dame-des-Victoires ; au fond d'un vallon, Notre-Dame de- la-Paix; sur la montagne, Notre Dame-de- Grâce ; près des flots, Notre-Dame-de-Bon-Port ; et puis Notre-Dame-de-la-Délivrance, Notre-Dame-des-Neiges, Notre-Dame -des-Rochers , Notre- Dame- des- Lis, Notre-Dame-de-la-Garde et Notre-Dame-des-Anges.

On nous accuserait de chercher à surprendre l'oreille par de doux sons, si nous redisions ici tous les gracieux, tous les touchants titres de la patronne que s'étaient choisie nos pères ; aussi nous nous arrêtons.

Les fils des Francs et des Gaulois, ces hommes de mouvement, de batailles et de conquêtes; nos ancêtres qui, pendant tant de siècles, s'en allèrent par le monde plaçant des rois sur tous les trônes, avaient mis leur bouillante valeur sous la protection d'une femme céleste. Toute couverte de la poussière et du sang des combats , la vieille France s'agenouillait devant les statues de Marie, et plaçait souvent l'image de la Vierge sur ses blancs étendards... En vérité, c'était noble spectacle que de voir ainsi la force et la vaillance honorer une mère et un enfant , et opposer ainsi ce que la terre a de plus terrible à ce que le ciel a de plus doux.

Combien de vœux faits à la Vierge par de grands et puissants rois! Louis IX, Philippe-Auguste, Louis XIV, ont ôté leur casque et leur couronne en passant devant les images de la Reine des anges, de la Servante du Seigneur. Louis surnommé le Juste a mis tout son royaume sous sa protection.

La Vierge des hameaux a souvent protégé les palais, et nous avons vu des rois et des reines recevoir autant de consolation en priant devant la consolatrice des affligés, que de pauvres paysans en avaient trouvé en implorant la bonne Vierge dans l'humble chapelle du village.



Il fallait avoir été élevé au mépris des choses religieuses, pour voir d'un œil indifférent et avec un cœur sans émotion un roi de France accomplissant le vœu de Louis XIII ; le roi du peuple le plus fier et le plus vaillant, avec toutes les grandeurs et les magnificences de son royaume, marchant à la suite de la patronne du pays, à la suite de cette Vierge que Clovis avait priée avec Clotilde, que Louis IX , que Philippe-Auguste , que Louis XIV avaient invoquée.

Je me souviens avoir vu Charles X marchant à cette procession de l'Assomption ; ses fils et madame la Dauphine et madame duchesse de Berri étaient avec lui, à quelques pas derrière la statue de la Sainte Vierge.

Le soleil répandait une vive lumière sur la foule pieuse , et dardait ses rayons sur le front découvert du roi , et sur les parures des princesses Je ne sais pourquoi la procession fit un temps d'arrêt devant la Conciergerie, et je vis la fille de Marie-Antoinette lever ses yeux rougis de pleurs , et regarder longuement les murs de la prison : puis, tout à coup, elle reporta ses regards vers l'image de la Vierge des douleurs, fit un signe de croix, et se remit à marcher avec le cortège.... Et pendant que la fille des rois avait eu les yeux attachés aux tristes murailles, toutes ses douleurs m'étaient revenues dans la mémoire, et je conçus sa fervente piété. Pour essuyer toutes ses larmes, c'était la main de Dieu qu'il fallait.

Au moment même où j'écris cette page , madame la Dauphine répand encore des pleurs bien amers ; dans l'exil, elle vient de perdre un second père, le frère de Louis XVI ; et ce n'est point dans les caveaux de famille , ce n'est point près de son fils que Charles X va dormir son sommeil ; c'est de la terre étrangère qui va retomber sur son cercueil ! , . . Oh ! cette terre m'est lourde sur le cœur et oppresse ma pensée !

La dévotion à Marie se lie à l'histoire du monde ; on voit chaque nation tour à tour, ou toutes ensemble, implorer sa puissante protection. La journée de Lépante sera une éclatante preuve de la protection de la Mère de Dieu en faveur de ceux qui l'invoquent avec confiance. Il y avait près d'un siècle que les Turcs jetaient la terreur dans toute la chrétienté par une continuité de victoires que Dieu permettait pour punir les péchés des chrétiens, et pour réveiller leur foi à demi éteinte. Sélim, fils et successeur de Soliman, empereur de Constantinople, s'étant rendu maître de l'île de Chypre, venait avec une puissante armée fondre sur les Vénitiens, et ne se promettait rien moins que la conquête de l'univers.  Le saint pape Pie V, alarmé du danger que courait la chrétienté, s'unit aux Vénitiens et aux Espagnols pour repousser les efforts de cet ennemi commun. Quoique la partie ne fût pas égale, les chrétiens, s'appuyant sur la protection de la Sainte Vierge, ne doutèrent pas du succès de leur entreprise.

Dès le commencement de cette expédition, le pape ordonna des jeûnes et des prières publiques pour fléchir la justice divine. Toute l'Europe était en prières, les fidèles couraient en foule à Notre-Dame-de-Lorette, pour y implorer l'assistance du Ciel, par l'intercession de la Mère de Dieu.



Le saint pontife, en envoyant sa bénédiction au général don Juan d'Autriche, l'assura positivement de la victoire. Il lui ordonna en même temps de renvoyer tous les soldats qui ne semblaient animés que par l'espoir du pillage , ainsi que toutes les personnes dont les mœurs étaient déréglées, de peur que leurs crimes n'attirassent la colère divine sur l'armée. Pour lui, comme un autre Moïse, il ne cessait de lever les mains au ciel, et d'adresser à Dieu de ferventes prières pour attirer ses bénédictions sur les armes des chrétiens. Enfin , le 7 octobre 1571, les deux armées en vinrent aux mains dans le golfe de Lépante. Les Turcs chargèrent l'armée chrétienne avec fureur, et semblèrent d'abord remporter quelques avantages. Mais celui qui tient la victoire entre ses mains se déclara bientôt pour les chrétiens.

Les infidèles furent complétement défaits, et perdirent plus de trente mille hommes et presque tout le matériel de leur armée. Les chrétiens firent un butin immense, et mirent en liberté quinze mille captifs qui étaient sur les vaisseaux des Mahométans.  Le saint pape eut révélation de la victoire au moment même. Il était alors occupé à travailler avec les cardinaux; tout à coup il les quitte, ouvre la fenêtre, et, après avoir regardé le ciel quelques instants, il leur dit : « Il ne s'agit plus de parler d'affaires ; nous ne devons plus penser qu'à rendre grâce à Dieu pour la victoire qu'il vient d'accorder à l'armée chrétienne.»

Ce fait , tout extraordinaire qu'il est, a été attesté de la manière la plus authentique, et il est rapporté comme incontestable dans le procès de la canonisation du saint pape. Pie V était si persuadé que cette victoire était l'effet de la protection particulière de la Sainte Vierge, qu'il institua, à cette occasion, la fête de Notre-Dame-de-la-Victoire, qui fut ensuite transportée au premier dimanche d'octobre, par Grégoire XIII son successeur, sous le titre de fête du saint Rosaire. Ce fut aussi à cette occasion que Pie V inséra dans les litanies de la Sainte Vierge ces mots : «Auxilium christanorum, ora pro nobis; secours des chrétiens, priez pour nous. »

Ainsi cette Vierge dont l'humble image se trouve au-dessus de la porte de la chaumière, et que les femmes du hameau viennent prier pour que leur demeure et leur famille soient protégées ; cette bonne Vierge de la Fontaine et du Gros-Chêne, Marie est aussi invoquée par les pontifes, les empereurs, les rois, les généraux et leurs soldats ; et celle qui garde la cabane du laboureur fait aussi gagner les batailles et sauve les empires. Si puissante protectrice doit voir le nombre de ses suppliants s'accroître dans les temps d'épreuves et de périls; aussi de nouvelles pratiques pieuses ont été établies depuis quelque temps. Le Mois de Marie a, je crois, une origine récente ; cette dévotion est pleine de charme et d'attraits religieux ; tout le mois de mai, le mois des fleurs, est consacré à la Reine des anges et des vierges. Pendant le mois le plus doux, le plus parfumé de l'année, les autels de Marie sont ornés de cierges et de bouquets sans nombre. Là , dans des sanctuaires tendus de blanches draperies, et décorés d'orangers et d'arbres verdoyants, les jeunes filles viennent chanter et prier ensemble; chaque matin la grand'messe est célébrée avec des ornements blancs, et chaque soir tous les cierges de la chapelle s'allument pour le salut.

A ces prières , à ces cantiques, sont mêlées des instructions qui enseignent la confiance dans la Sainte Vierge. Pour y exciter , les prêtres racontent les miracles opérés par elle , et la jeune et chaste assistance écoute , avec un grand recueillement et un vif attrait , ces histoires merveilleuses dites sous les voûtes saintes; et quand dans ces instructions les noms de Jésus et de Marie viennent à sortir de la bouche du missionnaire, toutes ces jeunes personnes inclinent leurs têtes voilées de blanc : alors on dirait un parterre tout planté de lys, dont les tiges et les fleurs se courbent sous le souffle du printemps ou sous le pieds d'un ange invisible.

Fin

Musique pour le Fête de l`Assomption: Marc-Antoine Charpentier: Missa Assumpta est Maria


MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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