ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

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ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Jeu 31 Aoû 2017 - 17:14

ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE

PAR PAUL VIOLLET ( Extraits)               

Année 1870

«Souvenez-vous donc de ce que vous avez reçu, et de ce que vous avez entendu, et gardez-le, et faites pénitence» (Apocalypse 3,1)  


Jésus-Christ - Roi des Rois et des hommes



Nef de la Sainte-Chapelle



CLOVIS – ROI DES FRANCS

PREMIÈRE PRIÈRE DE CLOVIS

Clovis, fils de Childéric, devint, par la mort de son père, vers l'an 481, chef de la peuplade franque établie en Belgique. Il mourut à Paris, en l'an 511, maître d'une grande partie de la Gaule et de la Germanie.



En bleu le territoire contrôlé par Clovis et les Francs


Clovis - Roi des Francs

Clovis avait épousé la fille d'un prince des Burgondes, Clotilde, qui était chrétienne et le convertit au christianisme.


St-Clotilde - chrétienne et reine des Francs



D'après le récit de Grégoire de Tours, c'est au milieu d'un combat contre les Alamans que Clovis adressa au Dieu de Clotilde sa première prière.

Voici en quels termes s'exprime le vieil historien : ( Prière de Clovis)

« Cependant la reine ne cessait de presser le roi de reconnaître le vrai Dieu et d'abandonner les idoles; mais rien ne pouvait le porter à cette croyance, jusqu'à ce  qu'enfin, une guerre s'étant élevée contre les Alamans, il fut forcé par la nécessité de confesser ce que jusque-là il avait nié obstinément. Les deux armées, en étant venues aux mains, combattaient avec acharnement, et celle de Clovis allait être taillée en pièces; Clovis, voyant le danger, leva les yeux au ciel, et d'un cœur fervent dit en fondant en larmes : Jésus-Christ, que Clotilde annonce être Fils du Dieu vivant, toi qui, dit-on, viens au secours de ceux qui sont en péril, et donnes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je te demande avec ferveur ton glorieux appui. Si tu m'accordes de vaincre ces ennemis, et si j'éprouve l'effet de cette puissance que le peuple dévoué à ton nom publie avoir éprouvée, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom; car j'ai invoqué mes dieux, mais ils ne m'ont été d'aucun secours. Je crois donc qu'ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu'ils ne viennent pas en aide à ceux qui les servent. C'est toi que j'invoque maintenant, et c'est en toi que je veux croire. Que j'échappe seulement à mes ennemis ! Pendant qu'il parlait ainsi, les Alamans, lâchant pied, commencèrent à prendre la fuite ; et lorsqu'ils virent leur roi mort, ils se soumirent à la domination de Clovis en disant : « Cesse, de grâce, de faire périr notre peuple, car nous sommes à toi. » Clovis, ayant arrêté la guerre et harangué son armée, revint en paix, et raconta à la reine comment, en invoquant le nom du Christ, il avait obtenu la victoire. Ces événements se passèrent la quinzième année de son règne (l'an 496). »


Le baptême de Clovis par St-Rémy


La vieille Église St-Geneviève – reconstruite au XI ème siècle et remplaçant l`Église de Clovis du début du 6 ème siècle.


Les conquêtes de Clovis


SAINTE RADÉGONDE

Radégonde, fille de Berther, roi de Thuringe, était prisonnière de son oncle Hermanfroi, lorsque celui-ci fut battu par les Francs, vers l'an 530, sur les rives de l'Unstrudt.
Elle tomba ainsi au pouvoir de Clotaire Ier, roi de Neustrie, l'un des fils de Clovis.


Clotaire Ier, Roi de Neustrie



Le Royaume de Neustrie en jaune

Ce prince, touché des grâces de la jeune enfant qui avait à peine huit ans, résolut de l'épouser un jour. Il la fit élever avec soin, instruire dans la religion chrétienne, et lui donna, en 538, le titre de reine, que Radégonde reçut à regret, car le malheur et la piété avaient déjà détaché son cœur du monde.


Radegonde, la reine de Neustrie

La fille des rois de Thuringe, devenue reine des Francs, se consacrait tout entière à des œuvres de charité ou d'austérité chrétienne. Elle aspirait de tous ses vœux vers le cloître; mais les obstacles étaient grands, et six années se passèrent avant qu'elle osât les braver : un dernier malheur de famille lui donna ce courage.



Son frère, qui avait grandi à la cour de Neustrie, comme otage de la nation thuringienne, fut mis à mort par l'ordre du roi. Dès que la reine apprit cette horrible nouvelle, sa résolution fut arrêtée; elle se rendit auprès de saint Médard, évêque de Noyon, et le supplia de la consacrer au Seigneur. Celui-ci, obéissant aux instantes prières et presque aux sommations de la reine fugitive, la fit diaconesse par l'imposition des mains. Radégonde, pénétrée d'une joie pieuse, couvrit l'autel de tous ses ornements, de ses bracelets, de ses agrafes de pierreries, de ses franges de robes tissues de fil d'or et de pourpre ; elle distribua aux pauvres les fragments de sa ceinture en or massif.


Saint-Médard – un des grands prélats de France du 6 eme siècle était né dans une famille noble et pieuse.

Il n'est pas certain que Clotaire ait consenti au départ de Radégonde; peut-être celle-ci s'était-elle enfuie près de saint Médard à l'insu du roi; peut-être avait-elle obtenu une sorte d'acquiescement tacite dont le roi franc se repentit plus tard, et sur lequel il voulut revenir. Radégonde gagna la ville de Tours, où elle fonda un monastère de religieux qui fut plus tard érigé en paroisse sous le nom de Sainte-Croix. Elle se rendit ensuite à Poitiers où elle fonda deux couvents : un couvent d'hommes, Sainte-Marie, un couvent de femmes appelé Sainte-Croix, en l'honneur des reliques de la vraie croix qui y furent déposées.

Sainte Radégonde, après avoir donné à ses filles la règle de saint Césaire et de sainte Césarie d'Arles, fit élire une abbesse par la congrégation, et se mit avec les autres sœurs sous l'autorité absolue de la nouvelle supérieure, jeune fille nommée Agnès qu'elle avait élevée et qu'elle aimait tendrement. Volontairement descendue au rang de simple religieuse , la reine des Francs portait de l'eau et du bois, balayait à son tour la maison, faisait sa semaine de cuisine. Ses austérités étaient effrayantes, écrit Fortunat; hors le dimanche, elle jeûnait tous les jours, et ne mangeait ni chair, ni poissons, ni œufs, ni fruits, mais des légumes seulement et du pain de seigle. Elle ne buvait point de vin, mais du poiré ou de l'hydromel. Son lit était de la cendre recouverte d'un cilice. Pendant le carême elle redoublait ses privations.



Cette austère religieuse était instruite et lettrée ; elle lisait les Pères de l'Église latine et de l'Église grecque : saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Basile, saint Jérôme ; mais elle parlait un latin horriblement barbare. Son langage la rapproche, comme on le verra, de Grégoire de Tours plutôt que de saint Fortunat. L'Italien Fortunat, prosateur élégant, poète recherché et plein de délicatesse, l'un des derniers représentants des lettres latines, était l'ami de Radégonde, et habitait en qualité d'intendant le monastère même de Sainte Croix.


Fortunat- Évêque de Poitiers

Radégonde mourut longtemps avant lui, en l'an 587. Ses funérailles furent célébrées à Poitiers par saint Grégoire, évêque de Tours, au milieu de la désolation générale, et son corps fut inhumé dans la basilique de Sainte-Marie, qu'on nomma plus tard l'église de Sainte-Radégonde. Aucun enfant n'est issu du mariage de Clotaire Ier avec sainte Radégonde. Peu de temps avant sa mort, sainte Radégonde adressa aux évêques de France la lettre suivante, pour mettre le monastère de sainte-Croix sous leur protection. Cette lettre est le plus souvent désignée sous le titre de Testament de sainte Radégonde.


TESTAMENT DE SAINTE RADÉGONDE

A tous les évêques ses seigneurs, très - dignes de l'épiscopat, ses pères en Jésus - Christ, Radégonde pécheresse.

Porter les affaires du troupeau aux oreilles des pères, médecins et pasteurs qui ont reçu la mission d'y veiller, obtenir la participation de leur charité, les conseils de leur autorité et le secours de leurs prières, c'est assurer l'efficacité à nos louables efforts, la durée à nos entreprises. Comme autrefois, délivrée des chaînes de la vie séculière par l'inspiration et la prévoyance de la clémence divine, je me suis volontairement soumise, sous la conduite du Christ, à la règle religieuse, m'appliquant de toutes les forces de mon esprit à me rendre utile à autrui, afin que, suivant le désir du Seigneur, mes projets fussent profitables aux autres, j'ai établi et fondé, avec l'autorisation et le secours du très-excellent seigneur le roi Clotaire, un monastère de filles dans la ville de Poitiers, et je l'ai doté, par donation, de tous les biens que m'avait accordés la munificence royale ;j'ai, de plus, donné à la congrégation réunie par moi, avec l'aide du Christ, la règle sous laquelle vécut sainte Césarie, règle sagement recueillie des institutions des saints Pères par les soins du bienheureux Césaire, évêque d'Arles. Les bienheureux évêques de Poitiers et des autres sièges ayant approuvé cette règle, j'ai institué abbesse, d'après l'élection faite par notre congrégation, madame et sœur Agnès, que, dès son enfance, j'ai aimée et élevée comme ma fille, et je me suis soumise à obéir, après Dieu, à ses ordres, conformément à la règle.

Et, suivant l'usage apostolique, en entrant dans le monastère, moi et mes sœurs, nous lui avons remis par chartes tous les biens que nous possédions, sans rien réserver pour nous; de crainte du sort d'Ananie et de Sapphire. Mais comme la durée et le terme de la vie humaine sont choses incertaines, car le monde court à sa fin, et comme quelques-uns cherchent plus à servir leur volonté que la volonté divine; inspirée par l'amour de Dieu, j'adresse avec dévotion, et tandis que je vis encore, au nom du Christ, cette requête à votre apostolat. Et ce que je n'ai pu faire de ma personne, je le fais par cette lettre; je m'incline et me prosterne à vos pieds; et par le Père, le Fils, et le Saint Esprit, par le jour redoutable du jugement, (puissiezvous, quand vous y comparaîtrez, éviter la fureur du démon notre tyran et être couronnés par le Roi légitime !) je vous adresse la demande suivante :

Si, par hasard, après ma mort, quelqu'un, soit l'évêque du lieu, soit un officier du prince ou tout autre, ce que nous ne pouvons croire, essayait, soit par des suggestions malveillantes, soit par des actes judiciaires, de porter le trouble dans la congrégation, de violer la règle, ou d'instituer une autre abbesse que ma sœur Agnès, consacrée par
la bénédiction du bienheureux Germain, en présence de ses frères; ou si la congrégation elle-même, ce qui ne saurait être, éclatait en murmures et cherchait à faire passer en d'autres mains l'autorité sur le monastère ou sur les biens du monastère; si une personne quelconque, même l'évêque du lieu, voulait, par un nouveau privilège, s'attribuer sur le monastère ou sur les choses du monastère plus d'autorité que n'en eurent de mon vivant leurs prédécesseurs ou tous autres, ou si quelqu'un voulait contre la règle sortir du monastère, ou si enfin un prince, ou un évêque ou un homme puissant, ou quelqu'une des sœurs osait détourner ou s'efforçait, par un désir sacrilège, de reprendre comme sa propriété, soit quelqu'une des choses qui m'ont été données par le très-excellent seigneur Clotaire ou les très – excellents seigneurs les rois ses fils, et dont j'ai transmis, avec la permission du roi, la possession au monastère, transmission confirmée par lettres des très - excellents seigneurs les rois Charibert, Gontran, Chilperic et Sigebert, sous serment et sous l'autorité de leur signature, soit quelqu'une des choses que d'autres ont données au monastère pour le salut de leurs âmes, ou que les sœurs lui ont concédées sur leurs propres biens; que, sur ma prière et par la volonté du Christ, les coupables encourent, après la colère de Dieu, la colère de Votre Sainteté et celle de vos successeurs; qu'ils soient exclus de votre grâce comme ravisseurs et spoliateurs des biens des pauvres.

Ne permettez pas que jamais on puisse changer notre règle, ni toucher aux biens du monastère. Nous vous supplions encore, lorsque Dieu voudra retirer du siècle ladite dame Agnès notre sœur, qu'à sa place soit élue une abbesse de notre congrégation, agréable à Dieu et à nos sœurs, qui garde notre règle et n'abandonne en rien la pensée de sanctification que nous avons eue; car jamais ni sa volonté, ni la volonté de personne ne doit rien changer à notre règle. Que si, ce qu'à Dieu ne plaise, quelqu'un voulait, contre l'ordre de Dieu et l'autorité des rois, changer quelque chose aux dispositions susdites, mises sous votre garde à la face du Seigneur et de ses saints, ou enlever au monastère quelque personne ou quelque propriété, ou molester notre sœur la susdite abbesse Agnès, qu'il encoure le jugement de Dieu, de la sainte croix et de la bienheureuse Marie, et que les saints confesseurs Hilaire et Martin, auxquels, après Dieu, j'ai confié la défense de mes sœurs, soient ses accusateurs et le poursuivent devant le tribunal de Dieu. Vous aussi, bienheureux pontife, ainsi que vos successeurs dont j'invoque le patronage dans la cause de Dieu; si, ce qu'à Dieu ne plaise, il se trouvait quelqu'un qui tentât quelque machination contre ce qui vient d'être dit, ne balancez pas, pour repousser et confondre cet ennemi de Dieu, à vous rendre auprès du roi qui règnera alors sur ce lieu ou à venir dans la cité de Poitiers, prendre connaissance de ce qui vous a été recommandé devant le Seigneur; et ne différez pas à vous porter les défenseurs et les exécuteurs de la justice contre toute injustice étrangère; car un roi catholique ne peut, en aucune manière, souffrir qu'un tel crime soit commis de son temps, et permettre de détruire ce qui a été établi par la volonté de Dieu, par la mienne et par celle des rois eux-mêmes. J'en appelle aussi aux princes auxquels Dieu voudra laisser après ma mort le soin de gouverner les peuples; et, au nom de ce Roi dont le règne n'aura pas de fin, par la volonté duquel s'affermissent les royaumes et qui leur a donné la vie et la royauté, je les supplie de faire gouverner sous leur protection et défense, d'accord avec l'abbesse Agnès, le monastère que j'ai construit, avec la permission et le secours des rois leur père ou leur aïeul, que j'ai soumis à la règle et que j'ai doté; qu'ils ne permettent à qui que ce soit d'inquiéter et de molester notre dite abbesse, de nuire à quoi que ce soit appartenant à notre monastère, ni d'en rien ôter, ou d'y rien changer; mais qu'au contraire ils défendent ce monastère sous les yeux du Seigneur, comme je le leur demande et les en supplie devant le Rédempteur des nations, qu'ils le défendent et le protégent, d'accord avec nos seigneurs les évêques, afin qu'ils soient à jamais unis, dans le royaume éternel, avec le défenseur des pauvres et l'époux des vierges, en l'honneur duquel ils auront protégé les servantes de Dieu. Je vous conjure aussi, vous, saints pontifes et vous, très-excellents seigneurs et rois, et tout le peuple chrétien, par la foi catholique dans laquelle vous avez été baptisés, par les Églises confiées à votre garde, de veiller, lorsque Dieu voudra me retirer de ce monde, à ce que mon pauvre petit corps soit enseveli dans la basilique que j'ai commencé à élever en l'honneur de sainte Marie , mère du Seigneur, et dans laquelle reposent déjà plusieurs de nos sœurs.

Tel est mon désir, que cette basilique soit achevée ou non. Si quelqu'un voulait agir ou agissait contrairement à ce vœu, que, par l'intervention de la croix du Christ et de la bienheureuse Marie, il encoure la vengeance divine, et que, par vos soins, j'obtienne, à côté de mes sœurs, une petite place dans la basilique. Je vous supplie avec larmes de conserver dans les archives de la cathédrale cette supplique souscrite de ma  main, afin que, si la nécessité forçait ma sœur l'abbesse Agnès ou la congrégation, à venir vous demander de les défendre contre des méchants, votre sollicitude pastorale et la pieuse consolation de votre miséricorde les protégent, et qu'elles ne puissent se dire abandonnées de moi quand Dieu leur a préparé l'appui de votre grâce.

Je vous recommande toutes ces choses et les place devant vos yeux au nom de Celui qui, du haut de sa glorieuse croix, recommanda la Vierge sa mère au bienheureux apôtre Jean, afin que, comme Jean s'acquitta de la recommandation du Seigneur, vous vous acquittiez vous-mêmes de la recommandation que je vous fais, moi et humble et indigne, à vous mes seigneurs pères de l'Église et hommes apostoliques. En sorte que, conservant dignement le dépôt qui vous a été confié, vous participiez au mérite de Celui dont vous remplissez le mandat apostolique, et suiviez dignement son exemple .



Église St-Radegonde a Poitiers


Église médiévale St-Radegonde a Poitiers


DAGOBERT

Dagobert Ier, fils de Clotaire II et de Bertrude, naquit vers l'an 600, fut roi d'Austrasie en 622, succéda en 628 à son père dans les royaumes de Neustrie et de Bourgogne , en 631 à son frère Charibert dans la possession de plusieurs provinces du Midi, et régna dès lors sur tout l'empire franc. Il mourut en 638, et laissa deux fils, saint Sigebert II, qui régna en Austrasie; Clovis II, qui régna en Neustrie.



Dagobert, roi des Francs

La dynastie mérovingienne, déjà affaiblie, retrouva sous le règne de Dagobert un lustre et un éclat nouveaux; ce grand roi, isolé entre les petits rois qui le précédèrent et les petits rois qui le suivirent, frappa vivement l'imagination des peuples, et Dagobert fut de bonne heure un personnage légendaire.



Nous n'essaierons pas de séparer ici la vérité et la fable très intimement confondues; nous préférons reproduire (bien brièvement, et d'une manière très-incomplète), la figure à demi historique et à demi légendaire du bon roi Dagobert. Elle est toute de contrastes, contrastes bizarres et fortement accusés où se peignent la bonté, la violence, la ferveur, la naïveté d'un sauvage. Dagobert est pieux et libéral : à certaines églises il donne de beaux domaines ; il enlève à d'autres églises de non moins riches domaines. Dagobert aime le culte des saints. Son saint de prédilection est saint Denis. Il dévalise Saint-Hilaire de Poitiers pour enrichir Saint-Denis.


St-Denis - évangélisateur de Lutèce - futur Paris - Il a été tué dans les persécutions romaines contre les chrétiens vers 257 ap J.C.

Dagobert est plein de zèle pour la propagation du christianisme. Dagobert est affectueux et tendre. Son amitié pour saint Arnoul est si vive, qu'il lui tranchera la tête avec son épée si ce dernier s'obstine à vouloir quitter la cour pour vivre dans la solitude et dans la pénitence. C'est ainsi que Dagobert entend la libéralité, la piété, la foi, l'amitié. On devine sans peine quelle idée il se fait du mariage et de l'amour conjugal.


St-Arnoul - illustre représentant de l'autorité royale en Austrasie.

Les historiens ne peuvent mieux faire que de l'appeler le Salomon des Francs. Le roi est bien coupable ; mais il a de beaux mouvements de repentir qui lui vaudront comme lui-même en exprime l'espoir, l'intercession des bienheureux et la miséricorde de Dieu.

Comment n'arriverait-il pas au ciel malgré tous les efforts des démons (anges déchus) ce roi qui fonda la grande abbaye de Saint-Denis, ce roi dont le fils est un saint, dont le précepteur est un saint (saint Arnoul), dont les conseillers sont des saints (saint Ouen et saint Eloi)? Comment ne serait-il pas allé s'entretenir dans l'autre monde avec saint Denis, saint Rustique et saint Eleuthère, celui qui, vivant, reçut la visite de ces bienheureux descendus sur la terre pour lui faire connaître le lieu où reposaient leurs corps?


Abbaye et Basilique de St-Denis


Le roi Dagobert posant la première pierre de l`abbaye de St-Denis

Dagobert fut donc sauvé, mais à grand'peine; le ciel dut pour ainsi dire l'arracher à l'enfer. Un pieux ermite,  dont le corps était affaibli par les jeûnes, les veilles et la vieillesse vivait dans une île, près de la Sicile; un jour qu'accablé par la fatigue il s'était endormi, un vieillard vénérable lui apparut, lui dit de se lever en toute hâte et de prier pour Dagobert qui venait de mourir. L'ermite se mit aussitôt en prière : son oraison terminée , il aperçut au loin dans la haute mer des démons horribles qui entraînaient à travers les flots, vers l`enfer, le roi Dagobert lié et enchaîné.


St-Éloi - conseiller de Dagobert

On entendait la voix de l'infortuné qui, au milieu des tourments, implorait à grands cris l'assistance de quelques bienheureux. Tout à coup la voûte du firmament s'entr'ouvre
avec fracas ; une éclatante lumière en jaillit; trois hommes vêtus de blanc descendent du haut du ciel, et, traversant l'espace, se précipitent au milieu des flots. C'étaient les martyrs Denis et Maurice et le confesseur Martin, dont Dagobert avait imploré l'assistance. Ils arrachèrent aux démons l'âme de Dagobert et l'enlevèrent jusqu'au ciel, en chantant les paroles du Psalmiste : «Heureux celui, que vous avez élu et placé près de vous; il habite dans vos parvis.» ( Psaume 64, 4)


LETTRE DE DAGOBERT A L`OCCASION DE LA NOMINATION
DE ST. DIDIER (OU GÉRY) A L'ÉVÊCHÉ DE CAHORS.


Saint Didier ou Géry naquit à Alby vers 580.Vers l'an 614 il vint à la cour de Clotaire II, fut fait trésorier de ce roi et occupa la même charge sous Dagobert. A la mort de Syagrius, l'un de ses frères, lequel était gouverneur de Marseille, Didier fut chargé de l'administration de cette ville ; peu après, son frère Rustique, évêque de Cahors, ayant été assassiné, il fut lui-même appelé à cet évêché par le vœu général du clergé et du peuple de Cahors. Dagobert ne se conduisit pas avec Didier comme avec saint Arnoul : il aurait voulu garder de force son ami et ancien maître ; il n'essaya pas de retenir son trésorier, dont le départ cependant l'affligeait beaucoup, et il écrivit ou fit écrire à cette occasion la lettre suivante, qui paraît devoir être rapportée à l'année 630.

«Dagobert, roi des Francs, aux évêques, aux ducs et à tout le peuple des Gaules. Il est juste qu'un prince apporte une attention vigilante et des soins constants à conformer ses décisions ou ses prescriptions à la volonté de Dieu et des hommes : et le Seigneur ayant confié à notre autorité, pour les gouverner, des pays et des royaumes, il est juste que nous conférions les dignités à ceux qui se distinguent par une vie honorable, par la probité de leurs mœurs ou la noblesse de leur naissance.

Comme nous savons que l'illustre Didier, notre trésorier, s'est conformé en toutes choses depuis son enfance à la loi religieuse, que sous un habit séculier il s'est fait soldat du Christ, que ses mœurs sont angéliques et que sa vie est celle d'un prêtre, en sorte que la renommée de sa vertu s'est répandue non-seulement dans les pays voisins, mais même dans les contrées lointaines, nous le croyons digne d'être élevé à la dignité sacerdotale, cet homme aux mœurs si pures, qui, sous nos yeux, ne cesse, comme nous l'avons dit, d'aspirer vers la céleste patrie. Et, puisque les habitants et les abbés de Cahors le demandent avec instance pour évêque et que notre consentement se réunit au leur, nous n'hésitons pas à penser qu'en nous faisant, pour ainsi dire, violence à nous-même pour laisser, dans votre intérêt, sortir de notre cour celui qui y est si nécessaire, nous agirons conformément à la volonté de Dieu ; car s'il est vrai qu'en lui permettant de partir, nous nous ferons un dommage à nous-même, à nous à qui Dieu a confié des pays et des royaumes, il est certain aussi que nous devons aux peuples des pasteurs qui conduisent suivant la loi de Dieu et les paroles apostoliques le troupeau confié par nous à leurs soins, et que nous augmenterons par là notre récompense dans le ciel.

C'est pourquoi, suivant la demande des habitants de Cahors, qui se trouve, en tous points; conforme à notre volonté, nous voulons et ordonnons que l'illustre Didier, vrai serviteur de Dieu, soit consacré évêque dans la ville de Cahors avec l'aide du Seigneur et aux acclamations du clergé et du peuple. Que notre volonté et celle des habitants de Cahors soient donc en tous points accomplies; qu'élevé au pontificat par la bénédiction des évêques, Didier, dont la vie et les mœurs, nous l'attestons en vérité devant Dieu, sont aux yeux de tous dignes et pures, prie pour nous et pour toute l'Église, et offre des sacrifices agréables à Dieu; car nous croyons, sur la foi du Seigneur qu'il nous sera donné de vivre dans un monde plus durable, si le prêtre auquel la dignité du sacerdoce aura été conférée par nos soins se trouve au jour du jugement à venir devant le tribunal du Christ, y offrant ses prières pour nous et pour son troupeau, et y intercédant pour les pécheurs.

C'est pourquoi nous ordonnons, par la présente, que Didier soit promu à l'épiscopat dans la ville de Cahors, et qu'il occupe ce siège, avec l'aide et la protection du Christ. Pour donner à notre décision plus d'autorité, nous avons muni cet acte de notre signature.

Chrodbert a présenté (la charte).
Dagobert roi a signé.
Donné le VI des Ides d'avril (8 avril), la huitième année du règne de Dagobert .


CHARLEMAGNE

Charlemagne, fils de Pépin le Bref et de Bertrade, naquit le 2 avril 742, partagea, en 768, avec son frère Carloman l'héritage de Pépin le Bref, demeura, en 771, à la mort de Carloman, seul maître du royaume des Francs, et fut couronné empereur d'Occident à Rome, par le pape Léon III, en l'an 800, le jour de la fête de Noël.


Couronnement de Charlemagne a Rome en l`an 800

Charlemagne s'efforça de faire revivre la civilisation mourante, ou plutôt déjà morte; il refoula les Arabes, dompta les Germains encore presque sauvages, détruisit l'empire des Avares, et imposa le christianisme à ces peuples païens; évangélisation violente contre laquelle se prononça, pour l'honneur de l'humanité, l'illustre Alcuin , abbé de Saint-Martin de Tours.



Charlemagne réforma l'Église, détruisit les abus qui l'avaient envahie, et s'efforça de combattre l'ignorance grossière des clercs. Tout en restaurant l'étude du grec et du latin, il s'occupait avec amour de sa langue maternelle, en commençait même une grammaire et composait un recueil de vieux chants nationaux. L'empereur entendait volontiers pendant ses repas un récit ou une lecture; et c'étaient les histoires et les hauts faits des temps passés qu'on lui lisait d'ordinaire. Il aimait aussi beaucoup les ouvrages de saint Augustin, et particulièrement son livre la Cité de Dieu.



Son activité était incessante; elle avait quelque chose de fiévreux; il se relevait pour travailler jusqu'à quatre ou cinq fois dans la même nuit.


Charlemagne avec Alcuin de York

Prodigieux efforts d'un homme qui s'épuise à une œuvre impossible, et qui lutte contre toutes les forces de son temps ! A cette époque, le morcellement de l'Europe occidentale était commencé : les peuples se séparaient les uns des autres et brisaient leurs entraves. C'était un immense travail d'enfantement d'où devaient sortir les nations modernes. Pour fonder un empire solide, il eût fallu à Charlemagne la force d'arrêter ce mouvement du monde ; il ne l'arrêta pas, mais il l'entrava un instant, et rendit pour quelques années l'unité à l'Occident chrétien. Quand il mourut le 28 janvier 814, sa domination s'étendait de Pampelune à Raguse, de l'Eyder jusqu'à la terre d'Otrante, et de la Theiss jusqu'à l'océan Atlantique.



Les peuples ont mesuré longtemps la grandeur d'un homme à l'étendue de sa puissance. Charlemagne, ayant été démesurément grand dans l'espace, fut aux yeux des nations le grand homme par excellence. L'imagination populaire s'empara de cette forte figure historique, et Charlemagne inspira une vaste poésie nationale, une légende gigantesque qui a traversé mille ans pour arriver jusqu'à nous.


DISCOURS PRONONCÉ PAR CHARLEMAGNE DANS UN CHAMP-DE-MARS


Charlemagne réunissait fréquemment de nombreuses assemblées où délibéraient les grands de l'empire, clercs et laïques. L'exhortation pieuse que nous publions aurait été prononcée , d'après M. Pertz, au mois de mars de l'an 802, dans l'une de ces assemblées réunies à Aix-la-Chapelle. L'empereur paraît y congédier ses leudes. Ce discours, qui nous donne une idée de l'éloquence de Charlemagne, si vantée par Éginhard, s'appellerait donc, en style moderne, un discours de clôture après la session législative. Il est adressé à l'ensemble de la nation, aux évêques, aux chanoines, aux guerriers, aux femmes et aux enfants.

Il résulte de ce texte que les femmes pouvaient assister aux grands plaids nationaux, et que les guerriers francs s'y rendirent quelquefois accompagnés de leur famille tout entière. Ce n'est pas, du reste, le seul document de ces temps là qui nous montre les femmes se mêlant aux affaires publiques : on vit au ix e siècle les religieuses elles-mêmes s'occuper de politique. Un concile tenu à Nantes le leur défendit ainsi qu'aux veuves.


Évangéliaire de Charlemagne

DISCOURS DU SEIGNEUR CHARLES, EMPEREUR.

Écoutez, frères bien-aimés ! nous avons été envoyé ici pour votre salut, afin de vous exhorter à suivre exactement la loi de Dieu et à vous convertir dans la justice et la miséricorde à l'obéissance aux lois de ce monde. Je vous exhorte d'abord à croire en un seul Dieu tout puissant, Père, Fils, et Saint-Esprit : Dieu unique et véritable, Trinité parfaite, Unité véritable, Dieu créateur des choses visibles et des choses invisibles, dans lequel est notre salut, et qui est l'auteur de tous biens. Croyez au Fils de Dieu fait homme pour le salut du monde, né de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit. Croyez que pour notre salut il a souffert la mort; que, le troisième jour, il est ressuscité des morts; qu'il est monté au ciel, où il est assis à la droite de Dieu.

Croyez qu'il viendra pour juger les vivants et les morts, et qu'il rendra alors à chacun suivant ses œuvres. Croyez en une seule Église, c'est-à-dire en la société des bons partout l'univers; et sachez que ceux-là seuls pourront être sauvés, et qu'à ceux-là seulement le royaume de Dieu appartient, qui persévèrent jusqu'à la fin dans la foi,
la communion et la charité de cette Église. Ceux qui à cause de leurs péchés sont exclus de cette Église, et ne reviennent pas vers elle par la pénitence, ne peuvent faire en ce siècle aucune action qui soit acceptée de Dieu. Soyez persuadés que vous avez reçu au baptême l'absolution de tous vos péchés. Espérez en la miséricorde de Dieu, qui nous remet nos péchés de chaque jour par la confession et la pénitence.

Croyez à la résurrection de tous les morts, à la vie éternelle, au supplice éternel des impies. Telle est la foi qui vous sauvera, si vous la gardez fidèlement et si vous y joignez les bonnes œuvres; car la foi sans les œuvres est une foi morte, et les œuvres sans la foi, même quand elles sont bonnes, ne peuvent plaire à Dieu. Aimez donc d'abord le Seigneur tout-puissant de tout votre cœur et de toutes vos forces; tout ce que vous croyez devoir lui plaire, accomplissez-le toujours, selon votre pouvoir, avec le secours de sa grâce; mais évitez tout ce qui lui déplaît; car il ment celui qui prétend aimer Dieu, et ne garde pas ses commandements.

Aimez votre prochain comme vous-mêmes ; et faites l'aumône aux pauvres selon vos ressources. Recevez les voyageurs dans vos maisons; visitez les pauvres, et soyez charitables pour les prisonniers; autant que vous le pourrez, ne faites de tort à personne, et ne vous accordez point avec ceux qui font tort à autrui; car il n'est pas mal seulement de nuire au prochain, il est mal encore de s'entendre avec ceux qui lui nuisent. Pardonnez-vous mutuellement vos offenses si vous voulez que Dieu vous pardonne vos péchés. Rachetez les captifs, secourez ceux qui sont injustement opprimés, défendez les veuves et les orphelins : prononcez des jugements conformes à l'équité; ne favorisez aucune injustice ; ne vous abandonnez point à de longues colères ; évitez l'ivresse et les festins inutiles.

Soyez humbles et bons les uns envers les autres; soyez fidèles à vos seigneurs; ne commettez ni vols, ni parjures, et n'ayez aucune entente avec ceux qui en commettent. Les haines, la jalousie et la violence nous éloignent du royaume de Dieu. Réconciliez-vous au plus tôt les uns avec les autres ; car, s'il est dans la nature de l'homme de pécher, s'amender est angélique, mais persévérer dans le péché est diabolique.

Défendez l'Église de Dieu et aidez-la, afin que les prêtres de Dieu puissent faire prier pour vous. Souvenez-vous de ce que vous avez promis à Dieu au baptême : vous avez renoncé au démon ( anges déchus) et à ses œuvres; ne retournez point vers lui, ne retournez point aux œuvres auxquelles vous avez renoncé; mais demeurez dans la volonté de Dieu comme vous l'avez promis, et aimez Celui qui vous a créés et par lequel vous avez eu tous les biens. Que chacun serve Dieu fidèlement dans la place où il se trouve. Que les femmes soient soumises à leurs maris, en toute bonté et pudeur; qu'elles se gardent d'actes déshonnêtes, qu'elles ne commettent point d'empoisonnements et ne se livrent point à la cupidité, car ceux qui commettent ces actes sont en révolte contre Dieu. Qu'elles élèvent leurs fils dans la crainte de Dieu, et
qu'elles fassent l'aumône suivant leurs fortunes, d'un cœur bon et joyeux.

Que les maris aiment leurs femmes et ne leur disent point de paroles déshonnêtes; qu'ils dirigent leurs maisons avec bonté et qu'ils se réunissent plus souvent à l'église. Qu'ils rendent aux hommes ce qu'ils leur doivent sans murmure, et à Dieu ce qui est à Dieu, de bonne volonté. Que les fils aiment leurs parents et les honorent. Qu'ils ne leur désobéissent point, et qu'ils se gardent du vol, de l'homicide et de la fornication; qu'ils prennent, quand ils auront atteint l'âge du mariage, une femme légitime, à moins qu'ils ne préfèrent entrer au service de Dieu. Que les clercs et les chanoines obéissent diligemment aux commandements de leurs évêques; qu'ils gardent leur résidence, et n'aillent point d'un lieu à un autre.

Qu'ils ne se mêlent point aux affaires du siècle. Qu'ils conservent la chasteté : la lecture des saintes Écritures doit les rappeler fréquemment au service de Dieu et de l'Église. Que les moines soient fidèles aux promesses qu'ils ont faites à Dieu ; qu'ils ne se permettent rien de contraire à la volonté de leur abbé; qu'ils ne se procurent aucun gain honteux. Qu'ils sachent par cœur leur règle et la suivent régulièrement, se rappelant que, pour un grand nombre, il eût mieux valu ne pas prononcer de vœu que de ne pas accomplir le vœu prononcé. Que les ducs, les comtes et les juges soient justes envers le peuple, miséricordieux envers les pauvres, qu'ils ne vendent point la justice pour de l'argent, et qu'aucune haine particulière ne leur fasse condamner les innocents. Qu'ils aient toujours dans le cœur ces paroles de l'Apôtre : Il nous faudra comparaître tous devant le tribunal du Christ, où chacun sera jugé selon ses œuvres, bonnes ou mauvaises. Ce que le Seigneur a exprimé par ces paroles : Comme vous aurez jugé, ainsi vous serez jugé vous-même, c'est-à-dire, soyez miséricordieux afin que Dieu vous fasse miséricorde. Il n'y a rien de secret qui ne doive alors être connu, rien de caché qui ne doive être découvert.

Au jour du jugement nous rendrons compte à Dieu de toute parole inutile. Efforçons –nous donc, avec le secours de Dieu, de lui plaire dans toutes nos actions, afin qu'après la vie présente nous méritions de nous réjouir dans l'éternité avec les saints du Seigneur.  Cette vie est courte, et l'heure de la mort est incertaine; qu'avons - nous autre chose à faire, sinon à nous tenir toujours prêts ? N'oublions pas combien il est terrible de tomber entre les mains de Dieu. Par la confession, la pénitence et l'aumône nous rendons le Seigneur miséricordieux et clément; s'il nous voit revenir vers lui de tout cœur, il aura aussitôt pitié de nous et nous fera miséricorde. Seigneur, accordez - nous les prospérités de cette vie, et l'éternité de la vie future avec vos saints. Que Dieu vous garde, frères bien-aimés !


L0UIS LE DÉBONNAIRE ( le pieux)

Charlemagne donna au dernier de ses enfants mâles, au fils qu'il eut d'Hildegarde, en 778, le nom germain de Hlutowigh, c'est-à-dire illustre guerrier. Ce Hlutowigh est appelé par les annalistes latins qui écrivirent son histoire Ludovicus pius, et par les chroniqueurs français du XIII° siècle Louis le Débonnaire. Nous n'entendons plus ce mot débonnaire : dans la langue de nos aïeux, il n'avait d'autre sens que bon et vertueux. C'est l'épithète de saint Louis comme celle du fils de Charlemagne.



Hlutowigh, encore au berceau, fut sacré roi d'Aquitaine par le pape Adrien Ier; à trois ans le petit roi d'Aquitaine montait déjà à cheval; à huit ans, placé à la tête de l'armée d'Aquitaine, il la présentait à son père; à treize ans, il portait l'épée et le baudrier militaire. Charlemagne tenait à justifier le nom martial qu'il avait donné à son fils.

Devenu homme, Louis se distingua par des qualités qui ne sont pas d'ordinaire l'apanage du soldat. C'était un roi savant ; il parlait le latin et comprenait le grec; il était en correspondance avec Alcuin; un roi aumônier; il s'était réduit, dit l'historien, à une telle pauvreté qu'il ne pouvait plus rien donner, à peine sa bénédiction; un roi justicier, il rendait lui-même la justice trois fois par semaine, et faisait à tous les abus une guerre déclarée. Charlemagne admirait en ce jeune homme la sagesse et la prudence consommées d'un vieillard.

Louis eût désiré vouer sa vie à Dieu et s'enfermer dans un monastère. Son père ne le permit pas. Tel est le prince qui, par la mort de ses frères aînés, Pépin (810) et Charles (811), se trouva le seul héritier de l'empire; il succéda à Charlemagne en l'an 814.



Les premières années de son règne furent heureuses. La Bretagne soulevée fut envahie et conquise ; les Basques et les Arabes vaincus ; la révolte de Bernard en Italie comprimée, et ses adhérents sévèrement puni. L'archevêché de Hambourg fut fondé; la Suède fut évangélisée pacifiquement. Charlemagne semblait avoir légué à son fils sa grandeur avec son empire.

Mais Louis se grandit encore et surpassa Charlemagne lorsque, se repentant de la sévérité qu'il avait déployée contre Bernard, roi d'Italie (Bernard avait eu les yeux crevés et était mort trois jours après), il voulut expier cet acte de cruauté, réunit à Attigny un plaid solennel, y confessa sa faute et se soumit à une pénitence publique. « C'était la première fois depuis Théodose qu'on voyait ce magnifique spectacle de l'humiliation volontaire d'un homme tout-puissant (822). »


Pénitence publique du roi Louis le débonnaire

La fin du règne ne répondit pas à ces heureux commencements ; les désastres et les malheurs arrivèrent. L'armée des Francs, ayant envahi la Navarre, subit un grave échec; les Normands inquiétèrent les côtes de l'empire, et la famine le désola.


Les vikings font des raids dans les territoires des Francs

Louis scruta sa conscience pour y chercher les fautes que le Seigneur punissait sans doute par ces calamités publiques, et réunit quatre conciles nationaux chargés d'inspirer au clergé, au peuple et au prince le respect de la loi divine, et d'infliger même à l'empereur un châtiment expiatoire, afin de fléchir par-là, s'il se pouvait, la colère du Tout-Puissant. Le concile de Paris, le seul dont les actes nous soient parvenus, n'imposa aucune pénitence à Louis le Débonnaire; il se contenta de signaler les réformes à faire et les abus à corriger.

Ce concile est de l'an 829. L'autorité de l'empereur était déjà chancelante; son caractère timoré, faible et indécis pouvait faire présager les malheurs qui suivirent. De 829 à 840, c'est - à - dire pendant les onze dernières années de sa vie, Louis fut à deux reprises dépouillé de son trône et de sa couronne. Une première fois, en l'an 830, Lothaire, Pépin et Louis, fils de l'empereur et d'Hermengarde, se révoltent contre leur père à cause des avantages que celui-ci avait accordés à son dernier-né, Charles, fils de Judith, sa seconde femme ; l'empereur est fait prisonnier et relégué au fond d'un monastère; mais peu de mois après, la diète de Nimègue lui rend sa couronne.


Ambassade religieuse en Suède païenne.

Une seconde fois, en 833, Louis, abandonné par ses soldats, tombe au pouvoir de ses fils, engagés dans une insurrection nouvelle. Ceux-ci songent un moment à lui arracher la vie ; mais ils reculent devant ce parricide et préfèrent tuer leur père en l'avilissant : ils dressent une liste de crimes imaginaires et obligent le malheureux prince à s'accuser lui-même de toutes ses fautes devant eux en l'église de Saint-Médard, à Soissons; après quoi, ils lui font échanger le baudrier militaire pour le cilice de la pénitence, et renferment l'empereur déchu, humilié, dégradé, d'abord dans le couvent de Saint-Médard de Soissons, puis à Aix-la-Chapelle.

Ces outrages, infligés par des fils à leur père, émurent les peuples ; « une immense pitié s'éleva dans l'empire. » et Louis remonta une seconde fois sur le trône. Il passa les dernières années de sa vie à combattre ses enfants incessamment révoltés contre lui, et mourut en l'an 840, dans une île du Rhin, en vue d'Ingelheim, au cours d'une expédition contre son fils Louis. Son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Arnoul à Metz.


Tombeau de Louis le Débonnaire


Cathédrale de Metz


Relation par Louis le Débonnaire de sa captivité à Saint – Médard  de Soissons.
Son désir de se faire religieux.




Louis le Débonnaire paraît avoir composé le curieux fragment publié ci-après dans les derniers mois de sa vie , c'est-à-dire vers avril ou mai 840, alors qu'il se dirigeait vers la Thuringe pour y combattre son fils Louis, encore une fois insurgé contre lui.

Moi, Louis, César Empereur Auguste, par la grâce de Dieu, maître de l'empire romain, ayant laissé se briser la force et la vigueur première de mon bras, ayant lâché outre mesure, dans toute l'étendue de mon empire, les rênes de mon gouvernement sur les peuples, je vis quelques-uns de mes sujets, égarés par mon indulgence même et devenus cruellement infidèles, se lever contre mon autorité et combattre mon affection.

Le mal prit un tel développement, que les révoltés poussèrent mes fils chéris eux-mêmes à sévir contre moi, et les amenèrent à se concerter avec eux pour la mort de leur père. Nous nous trouvâmes réunis en un lieu qui, depuis lors, s'appelle « le Champ du Mensonge », parce que la foi, la paix et les serments y furent violés. C'est là que ma troupe, presque tout entière, m'ayant abandonné, enveloppa, comme je l'ai dit, crime épouvantable, mes enfants dans cet attentat et les chargea de m'imputer, malgré mon innocence, plusieurs actes qui méritaient la mort. Frappé et trompé de bien des manières par ceux auxquels je n'avais fait aucun mal, je supportais tranquillement mon malheur en me rappelant mes fautes et en songeant à la parfaite justice de Dieu qui m'envoyait des souffrances méritées.

Environné d'une cohorte ennemie, je fus conduit au couvent de Soissons, où l'on vénère mes saints de prédilection ; mes adversaires savaient que j'aimais beaucoup ce lieu et pensaient que, perdant tout espoir, je me déciderais peut-être de moi-même à y déposer les armes. Après m'avoir mis sous la garde de la force publique, ils songèrent à réaliser leur astucieux projet. Des hommes qu'ils avaient expédiés sous main vinrent me trouver et m'apprirent que ma femme avait été consacrée à Dieu dans un monastère de religieuses : quelques-uns même, ajoutèrent-ils, la croyaient morte; et pour eux c'est à cette nouvelle qu'ils ajoutaient foi de préférence. Enfin, sachant que j'aimais mon fils Charles plus que tout au monde, ils m'assurèrent que ce petit enfant innocent, si heureusement doué, avait eu les cheveux rasés et venait d'être jeté dans un couvent.

A ces mots, je ne pus me contenir, et me voyant tout à la fois dépouillé de la splendeur du trône, privé de ma femme et de mon fils, je poussai, pendant de longs jours, des cris de douleur. Je n'avais personne qui me consolât; j'étais plongé dans une profonde tristesse, et je me sentais peu à peu comme brûlé par le feu de la plus violente affliction.  Comme je n'avais d'autre consolateur que Dieu, car personne ne pouvait parvenir jusqu'à moi et s'entretenir avec moi, je résolus d'aller trouver les religieux et d'entrer dans leur église, seul endroit dont l'accès me fût ouvert, rarement, d'ailleurs, et sous une étroite surveillance. Quand j'y fus arrivé, je me jetai aux pieds des moines, je laissai voir à ces sages médecins le mal qui m'accablait, et je les suppliai de m'obtenir quelque soulagement par l'intercession de leurs saints protecteurs; faisant appel à leur foi et à leur piété, je les suppliai de célébrer des messes et de prier avec ferveur pour le repos de l'âme de ma femme, que je croyais morte. Après avoir témoigné pour mon affliction et mon malheur une compassion prudente, les religieux m'assurèrent, comme lisant dans l'avenir, que, par les mérites et l'intercession des saints dont ils étaient les serviteurs, je serais soulagé et guéri si toutefois je me préparais à recevoir les sacrements.

Quand ils m'eurent ainsi bien réconforté, ils me ramenèrent, après un moment de prière, jusqu'à la porte de ma noire prison où je rentrai. La nuit suivante, au milieu des ténèbres, j'eus un vif désir de voir l'étoile du matin ; je pénétrai dans l'oratoire de la Sainte-Trinité, voisin de ma prison, et j'y veillai seul après le lever de l'aurore.  Le même jour, quelques religieux remirent à Harduin, qui tous les matins chantait la messe devant moi, un écrit où ils avaient consigné, après information prise, toute la vérité sur ma situation. Au moment donc où, suivant l'usage, j'offrais des victimes expiatoires "pour le repos de l'âme de ma femme, que je croyais morte, Harduin, me serrant la main avec précaution , me dit : « Il y a quelque chose près de l'autel.» Lorsque le sacrifice fut terminé et que tout le monde fut sorti, resté seul, je ramassai un rouleau par terre dans la chapelle et j'appris que ma femme vivait, qu'on n'avait fait aucun mal à mon fils, que déjà un grand nombre de mes sujets se repentaient d'avoir violé leurs serments et abandonne ma cause et, pleins d'ardeur, rivalisaient de zèle pour me rendre mon trône.

Grâce à la protection de Dieu, qui, exauçant d'une manière merveilleuse les prières de ses saints, améliora mes affaires, ils y réussirent en effet. Mais, lorsque je fus remonté sur le trône et que j'eus recouvré la splendeur de la dignité impériale avec un pouvoir amoindri, je n'oubliai pas les vœux et les prières que j'avais adressés au très-excellent martyr Sébastien : je pensais être sûr de sa protection et devoir être exaucé sur-le-champ si je l'invoquais. Aussi, lorsque cette guerre criminelle recommença, et que, de divers côtés, la tranquillité et la paix du royaume furent troublées, je me dirigeai vers son sanctuaire pour y prier. Comme j'avais déjà bien souvent éprouvé la puissance de sa protection dans les affaires de ce genre, publiques ou privées, je le conjurai avec une ferveur toute particulière de daigner m'accorder dans cette circonstance son secours habituel. La nuit suivante j'appris en songe par les signes les plus clairs que ma demande était exaucée : faveur due, j'en suis persuadé, à la protection du bienheureux.

Des désastres successifs m'ayant empêché tout à fait de prolonger mon séjour, comme je l'aurais désiré, je quittai le monastère et me disposai à risquer ma vie pour les peuples confiés par Dieu à mes soins et à me battre virilement s'il le fallait. Le prévôt du couvent, nommé Teuther, m'accompagnait sur la route au moment du départ et chevauchait près de moi. Lorsque nous fûmes à distance du saint lieu, je tournai la tête et jetai sur le couvent un dernier regard; mon âme fut alors profondément troublée ; mon affliction était si profonde que je ne pus retenir mes larmes.

Triste et désolé, je pleurais amèrement, je souffrais une angoisse mortelle et ne savais quelle décision prendre. En effet, j'avais fait un vœu au saint et je voyais le moment
arrivé de remplir ce vœu ; car je savais par lui que mes jours étaient comptés et que la fin de ma vie était proche. Mais, d'un autre côté, je n'ignorais pas que Dieu m'avait confié cet empire qui, sous mes yeux s'affaissait déjà de toutes parts, je prévoyais sa ruine prochaine et j'en étais épouvanté. Je craignais d'être trouvé responsable de ces malheurs et condamné pour cette raison aux supplices éternels par Celui qui est l'auteur et le maître de toutes choses, et qui viendra rendre à chacun selon ses œuvres.

Teuther, s'apercevant de ma tristesse, garda longtemps le silence; c'était un homme toujours très - sûr et très - fidèle. A la vue des larmes abondantes que je versais, il fut lui-même ému, et, ne pouvant plus s'empêcher de pleurer : « Excellent César, me dit-il, à quoi te servira cette désolation, à toi et à tes amis aujourd'hui si abandonnés de la fortune ? Tu étais la consolation de tous; ta gaieté chassait la peine des cœurs affligés.

Très-glorieux empereur, mon seigneur, ne laisse pas ces tristes ombres obscurcir ton visage; ne te montre pas publiquement blessé à mort par la douleur, toi que le plus parfait entrain n'abandonnait jamais ; tu briseras ainsi le courage et la valeur de tes soldats, et tu donneras des forces à tes ennemis. Mais confie en secret à tes intimes la peine qui trouble ton âme d'ordinaire si paisible et si joyeuse. Peut-être tes fidèles compatissant à ta douleur réussiront-ils à y trouver un remède. Sinon , tu porteras, du moins plus facilement, une douleur que d'autres partageront avec toi. »

A ces paroles, que je savais inspirées par la fidélité, je m'expliquai et je fis connaître à mon consolateur le secret de mon âme. Je lui dis que j'avais un très-grand amour pour ce saint lieu , mais que je ne devais plus le revoir, ceci m'ayant été révélé par le bienheureux martyr. J'ajoutai que j'avais fait un vœu dont l'accomplissement avait été empêché par l'ébranlement de l'empire, et que je déposerais avec le plus grand bonheur, dans ce couvent, mes armes, ma pourpre et ma couronne, si cet acte ne devait m'être imputé à lâcheté par mes ennemis, et si je ne craignais que la ruine de l'empire, qui sans doute suivrait ma retraite, ne me fût reprochée par le Tout -Puissant. Après cet aveu, je demandai à mon compagnon un conseil salutaire; voici celui que je reçus : « Votre  vœu est louable, très-glorieux César, me dit-il; mais, comme l'enseigne saint Grégoire, il n'y a rien de plus précieux aux yeux de Dieu que la bonne volonté.

Vous voudriez renoncer au siècle et à tout ce que vous possédez : grande pensée, sans doute, pourvu toutefois que, par ce moyen, vous arriviez à imiter le Christ. Mais Dieu promet de multiplier ses récompenses en faveur de ceux qui multiplieront le nombre des élus. Renoncer au siècle, c'est agir dans votre intérêt; multiplier le nombre des élus, c'est agir dans l'intérêt de tous. Je vois ici une grande chose, là une très-grande chose. Si votre bonne volonté reste ici impuissante, elle pourra trouver là sa récompense. Enfin ce que la vie de Notre-Seigneur nous offre de plus admirable, c'est qu'il a daigné mourir pour des esclaves. Il a dit lui-même que le plus grand sacrifice de la charité, c'est de donner sans hésiter sa vie pour un frère : ce qu'il enseignait, il l'a fait; il a donné sa vie pour nous. Afin de rendre la dignité à l'esclave, le Seigneur a souffert la mort, non pas qu'il ait subi en mourant une loi inévitable, mais il est mort, parce que, avec une bonté ineffable, il a voulu venir en aide à sa créature.

Il nous a donné en sa personne un exemple à suivre; à ceux qui s'efforceraient de l'imiter, il a promis la palme de la victoire, il leur a ménagé une récompense éternelle. Puis donc que Dieu vous a confié son troupeau vous devez, s'il est nécessaire, combattre pour ce troupeau, jusqu'à la mort; cette conduite sera belle et digne de louanges. »
Après avoir entendu ces paroles excellentes et ces conseils fortifiants par les quels Ither m'encourageait à agir, je me recommandai avec plus d'instance encore, et à plusieurs reprises, à la piété du prévôt et des religieux; et, lorsque je partis, je n'étais plus aussi désolé, mais je n'avais pas réussi à rendre la gaieté à mon âme, car je savais bien que je quittais, pour ne plus les revoir, ceux que j'avais aimés d'un amour de prédilection. Adieu.



ROBERT LE PIEUX

Robert, né vers 970, monta sur le trône en 996 et mourut en l'année 1031.


Robert le pieux, roi des Francs

Helgaud, moine de Fleury, nous a laissé un portrait du roi Robert dont voici quelques traits : Le roi des Français Robert, fils de Hugues et d'Adélaïde, était d'une stature élevée, il avait le regard modeste, le nez grand et large, la bouche agréable et douce pour donner le saint baiser de paix. Jamais une injure reçue ne put le porter à la vengeance; il était plus bienfaisant de cœur que caressant en ses manières.

Formé par les leçons du grand Gerbert, Robert était instruit dans les sciences divines et humaines, et tellement appliqué aux saintes lettres, qu'il ne passait jamais un seul jour sans lire le psautier et sans prier le Dieu très-haut avec David. Revêtu des habits royaux et la couronne en tête, il présidait souvent le chœur dans l'église de Saint-Denis, mêlait sa voix à celle des moines et dirigeait leurs chants à matines, à la messe et à vêpres. Il a même composé divers rythmes sacrés et quelques prières liturgiques.


Le roi Robert le pieux a l`Office et le cathédrale d`Orléans


Cathédrale d`Orléans


La France vers l`an 970

La figure à demi royale et à demi monastique de Robert le Pieux n'est pas isolée dans l'histoire : le Xe et le XIe siècle nous offrent plusieurs types analogues, et cette image de la royauté est bien celle à laquelle songeait le fondateur de la dynastie capétienne, tout ensemble roi et abbé de Saint-Martin de Tours, quand, sur le lit de mort, il donnait à Robert ces derniers conseils :

« O mon fils, je te conjure, au nom de la sainte et indivisible Trinité, de ne jamais abandonner ton esprit aux conseils des flatteurs qui, par des présents empoisonnés, voudront te faire accéder à leurs désirs injustes. Ne va point, par légèreté d'âme ou dans un mouvement de colère, enlever quoi que ce soit aux abbayes qui, dans peu d'instants, passeront sous ton gouvernement, en distraire les biens ou les dissiper. Je te recommande encore, et cela tout particulièrement, de ne jamais permettre qu'on t'arrache à la dévotion de saint Benoît, chef et père de toutes les communautés. C'est lui qui, après la mort de ce qui n'est que chair, sera pour toi, auprès de notre commun Juge, l'entrée du salut, l'asile assuré et le port de la paix. »


Le roi des Francs Hughes Capet, père de Robert le Pieux.


St-Benoit de Nursie – fondateur de l`ordre des Bénédictins, un modèle des ordres monastique occidentaux.

Robert eut pour successeur son fils Henri. Un autre de ses enfants, Robert, premier duc de Bourgogne de la maison de France, est l'ancêtre des rois de Portugal.


RÉPONS O Constantia martyrum POUR LA FÊTE DE SAINT DENIS

La reine Constance pria un jour le roi Robert, son époux, de composer quelque chose en mémoire d'elle. Il écrivit alors le répons : O Constantia Martyrum ! que la reine, à cause du mot Constantia, crut avoir été fait pour elle.

O glorieuse constance, ô charité toujours ardente, ô patience invincible des martyrs ! Lorsque les persécuteurs les torturaient, leur courage a paru digne de mépris; mais, au jour de la récompense, il sera pour eux un sujet de louange, de gloire et d'honneur. Prions-les de nous témoigner tout leur amour en nous assistant par leurs mérites; car ils sont admis dans la gloire du Père qui est dans les cieux. Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, comme dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


St-Denis – Évangélisateur de Lutèce ( Paris) et martyr vers 250 Ap J.C. Il venait de l`Italie  


Lutèce (Paris) - ville gallo-romaine


SÉQUENCE POUR LE JOUR DE L'ASCENSION

Aujourd'hui le Roi tout-puissant, après avoir racheté le monde par sa vertu triomphante, est monté vainqueur au ciel, d'où il était descendu. Pendant les quarante jours qui suivirent sa résurrection, il fortifia l'âme des apôtres, leur laissant le précieux baiser de paix : il leur donna le pouvoir de remettre les fautes et les envoya baptiser par le monde tous les hommes dans la clémence du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Et, pendant qu'il mangeait avec les apôtres, il leur recommanda de ne point quitter Jérusalem, mais d'attendre les dons qu'il leur promettait par ces paroles : « Dans peu de jours je vous enverrai sur la terre l'Esprit Saint, et vous me rendrez témoignage dans Jérusalem, dans la Judée et la Samarie. » Et, après qu'il leur eut dit ces paroles, ils le virent s'élever en haut et il entra dans une nuée lumineuse qui le déroba à leurs yeux.

Comme ils attachaient leurs regards vers le ciel, voici que deux hommes vêtus de blanc se présentèrent à eux et leur dirent : « Pourquoi regardez-vous le ciel avec étonnement? Ce Jésus, qui vous a quitté pour aller s'asseoir à la droite du Père, reviendra de la même manière sur la terre pour demander compte à chacun du talent qui lui a été confié. »

O Dieu de la mer, du ciel et de la terre, l'ennemi, par son artifice, a fait perdre le paradis à l'homme ta créature, et l'a entraîné captif dans le Tartare; mais, en le rachetant, Seigneur, de ton propre sang, tu lui rends ce qu'il avait perdu par sa chute. O Juge souverain, lorsque tu viendras juger les siècles à venir, donne-nous, nous t'en supplions, les joies du ciel et le repos éternel dans la patrie des saints, où nous chanterons tous en ton honneur l'Alléluia.



Hommes de Galilée; pourquoi regardez-vous le ciel avec étonnement? ( Actes des Apôtres 1,11)


Musique: Grégorien - Hymne de l'Ascension : Optaus votis omnium - Damien Poisblaud, Les Chantres du Thoronet
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PRIÈRE A LA TRINITÉ ( TROPE DU KYRIE )

Père tout-puissant, Dieu créateur de toutes choses, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Source et origine du bien, Dieu miséricordieux, lumière éternelle, ayez pitié de nous.
Que votre bonté et votre miséricorde nous sauvent, o Maître, ayez pitié de nous.
Christ, splendeur et force de Dieu, sagesse du Père, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Créateur de l'homme, Sauveur de l'homme après sa chute, ayez pitié de nous.
Doux Jésus, que votre créature ne soit pas damnée, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, souffle, lien et amour du Père et du Fils, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Foyer dévorant, source de vie, force purifiante, ayez pitié de nous.
Dieu purificateur, Dieu très-clément, ayez pitié de nous.
Pardonnez-nous nos offenses, remplissez-nous de votre don sacré, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, ayez pitié de nous.


Dernière édition par MichelT le Lun 23 Oct 2017 - 12:13, édité 14 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Mar 5 Sep 2017 - 0:10

LOUIS VII

Louis VII dit le Jeune ou le Pieux, fils de Louis VI et d'Adélaïde de Savoie, naquit en 1119, monta sur le trône en 1137 et mourut en 1180.


Le roi de France Louis VII

Louis VI avait été élevé à l'école de Saint-Denis. Louis le Jeune passa plusieurs années de son enfance, à Paris, dans le cloître de Notre-Dame ( Il était destiné à l`Église et non à devenir roi). Devenu roi, l'ancien élève du cloître de Notre-Dame se promenait au milieu de son peuple sans soldats et sans garde, et rien dans son costume ne le distinguait de la foule, simplicité extrême, bien faite pour scandaliser, écrit un contemporain, ceux accoutumés à la pompe impériale.

Le roi ne voulait pas que dans les processions un seul clerc, même un misérable écolier, marchât derrière lui : il s'avançait donc après le dernier et le plus pauvre des clercs, parce que, disait-il, c'est aux clercs de montrer la voie et aux laïques de la suivre. Il fut simple et bon, bon même pour les Juifs, auxquels il accorda une protection constante; un chroniqueur du XIIe siècle le lui reproche avec amertume; mais, grâce au progrès des mœurs, l'accusation est devenue un éloge.

Le grand événement du règne fut la seconde croisade prêchée à Vézelay par saint Bernard. Un contemporain nous a laissé le portrait suivant du roi Louis VII pendant la croisade. « Tour à tour à l'avant-garde et à l'arrière-garde, il supportait, couvert de sa cotte de mailles, et le froid de la nuit et la chaleur du jour. Au milieu de tant de fatigues il s'est conservé sain et sauf, sans avoir besoin d'aucun remède et a pu continuer ses pratiques de piété; car il n'est jamais allé à la rencontre de l'ennemi sans avoir reçu les sacrements, et, à son retour, il ne manquait point de demander vêpres et complies, faisant continuellement de Dieu l'alpha et l'oméga de toutes ses œuvres.»

A cette piété fervente Louis VII joignait une incomparable candeur. «Il était pieux et il avait la simplicité de la colombe. Il ne trompa personne; mais beaucoup le trompèrent.»

Parmi ceux-là, Éléonore de Guienne ( Aliénor d`Aquitaine) ne figure pas au dernier rang.


Aliénor d`Aquitaine quitte Louis VII pour le roi Henri II Plantagenet et devient reine d`Angleterre

Foi ardente et simplicité naïve, tels sont les traits principaux du caractère de Louis VII. Ce caractère est peint tout entier dans la scène suivante, que nous décrivent deux chroniqueurs contemporains :

Louis s'était marié pour la troisième fois et n'avait point encore d'enfant mâle : il désirait ardemment un héritier, et ne cessait d'en demander un au Seigneur. Les abbés de l'ordre de Cîteaux ayant été convoqués vers le même temps pour leur assemblée annuelle, le roi se rendit lui-même dans la célèbre abbaye. Il arrive inopinément, entre dans la salle du chapitre et se prosterne devant tous les moines assemblés. C'est en vain qu'on le supplie de quitter une posture aussi humiliante. Louis, toujours à genoux, prie les religieux de lui donner l'assurance qu'il sera bientôt père d'un enfant mâle : qu'on lui promette un fils, et il se relèvera. Étonnés de cette demande, les abbés de Cîteaux répondirent, comme on s'y attend, qu'ils ne pouvaient faire de pareilles promesses, et que la chose dépendait de Dieu, non pas d'eux. Mais le roi restait prosterné et ne cessait de les conjurer. Ce spectacle émut les bons religieux : ils ne purent retenir leurs larmes, tombèrent eux-mêmes à genoux et se mirent en prière. Après quoi, obéissant à une inspiration du Ciel, écrit le vieil historien, ils assurèrent le roi qu'il lui naîtrait bientôt un héritier mâle. Celui-ci, rempli de foi, d'espérance et d'amour se releva enfin et quitta l'abbaye de Citeaux en rendant grâces à Dieu.

La même année (1165) Alix de Champagne mit au monde un fils qui régna plus tard sous le nom de Philippe-Auguste. Cet enfant qui, par son père, descendait de Hugues Capet, et, par sa mère, de Charlemagne, eut pour parrains les trois abbés de Saint-Germain, de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève, pour marraines Constance, sœur du roi, et « deux femmes veuves de Paris. » Ainsi s'expriment les vieux textes; j'entends deux pauvres femmes et peut-être deux mendiantes : c'était, en effet, un usage assez répandu au moyen âge, de donner pour parrains et pour marraines aux enfants des grands les derniers du peuple et les plus misérables; les puissants de la terre cherchaient ainsi parmi les déshérités de ce monde des protecteurs auprès de Dieu.


Louis VII et la reine Adèle de Champagne

LETTRE AU PAPE ALEXANDRE III.

Cette lettre se réfère au grand événement qui termina le pontificat du pape Alexandre III : l'Église, longtemps troublée par les violences de l'empereur Frédéric Barberousse, venait d'être pacifiée. L'antipape Calixte III (Jean de Strume) s'était soumis à l'autorité légitime : le souverain pontife et l'empereur s'étaient solennellement réconciliés à Venise, le 1er août 1177. Tranquille enfin et respecté dans Rome après dix-neuf ans d'un pontificat douloureux passé en grande partie dans l'exil, le vieux pape Alexandre III annonça et convoqua le troisième concile de Latran ,onzième œcuménique, qui se tint, en effet, en 1179, deux ans avant la mort du souverain pontife.



Le Pape Alexandre III


Louis, roi de France, au pape Alexandre.

Cette lettre n'a pas été rédigée par Louis VII, mais par un moine de Clairvaux, nommé Traimund, qui l'écrivit au nom du roi.

S'il est vrai que le Seigneur a mis son affection dans son peuple afin d'élever, pour les sauver, ceux qui sont doux ( Psaume 149 – Le Seigneur a sauvé son peuple), nous croyons que le temps et l'heure approchent où ce monde sera jugé et le prince de ce monde chassé au dehors ( Jean 12,31). Nous attendions ce jour nous en avons vu l'aurore, et nous nous en sommes réjouis ; en même temps que le jour monte, puissent les ombres s'abaisser ( Cantiques 4,6), puissent les ténèbres reculer, les ténèbres du crime et  du péché qui jusqu'ici ont couvert toute la terre ! Nous voyons que la paix vous est rendue, et nous nous en réjouissons. Puissions-nous aussi nous réjouir de voir revenir par vos soins ces jours heureux où la justice et la paix se réuniront dans le baiser de la charité !

Puisse votre vie se terminer ainsi heureusement, pontife chargé d'années, dont les jours précieux viennent d'être miraculeusement prolongés, afin que la mesure de vos mérites soit plus abondante ! Ne nous est-il pas, en effet, permis de penser que le Roi qui ne meurt pas a voulu, accordant ainsi en votre personne une double faveur à son Église, non-seulement vous donner sur cette terre une vie plus longue que celle de vos prédécesseurs, mais vous ménager aussi dans l'autre monde une félicité plus grande que la leur ? Oui, le divin arbitre et modérateur de la vie et de la mort vous a conservé jusqu'à ce jour, nous en avons la confiance, afin que, le moment venu, vous rendiez vos jugements ( Psaume 74 – Espoir dans le Jugement de Dieu), afin que vous redressiez les voies tortueuses et que vous aplanissiez toutes les aspérités ( Isaïe 40,4), afin que vous rendiez à notre Jérusalem sa splendeur antique, en faisant de ses déserts un jardin consacré au Seigneur, et de sa solitude un lieu de délices ( Isaïe 51,3). La terre jusqu'à ce jour gémissait languissante ; la montagne du Liban était triste et désolée; mais voici que l'haleine du printemps nous pénètre et que des entrailles de la terre renaissent les germes heureux de l'espérance. La crainte de vos jugements brise et adoucit les cœurs des hommes ; leurs âmes vont fructifier pour une vie meilleure comme la motte de terre hier encore inféconde, aujourd'hui verte et fleurie. Voici la vigne en fleur, et déjà les fruits naissent de la fleur ( Cantiques 7,12).

Qu'il se montre celui qui doit saisir, dans leur astuce et leur malice, les reptiles venimeux et les petits renards malfaisants. Il ne sera point entravé dans cette œuvre, comme il est arrivé d'ordinaire, par le trouble et la confusion du temps; car voici que l'hiver s'en va, les pluies sont passées, le moment de l'émondage est venu (Cantiques 2,11). Qu'elle soit donc émondée, Seigneur, émondée et profondément souillée, la vigne du Dieu de Sabaoth; que le hoyau la fasse fructifier; qu'elle perde ses sarments stériles, et qu'elle se couvre de pousses plus fécondes.

Le Seigneur notre Dieu vous a rendu cette vigne après l'avoir pacifiée : ce sera votre œuvre et votre mission de la remettre entre ses mains purifiée et fertilisée. Que les montagnes distillent la douceur (Joël 3,18) sur la vigne de Dieu, et les collines la joie; qu'elle reçoive la pluie du ciel et qu'elle porte des fruits. Donnez en même temps vous-même à votre voix l'accent de la vertu, afin que tous entendent et que tous comprennent que le Seigneur vous a établi pour être la lumière des nations et le salut qu'il envoie jusqu'aux extrémités de la terre (Isaïe 49,6); car votre pieux dessein est réalisable parce que vous possédez, pour l'exécuter, cette grande autorité que donne une vie sainte.

Et, pour dire beaucoup en peu de mots, vous pouvez restaurer l'Église : vous n'avez qu'à vouloir, et tout est sauvé. Peu s'en faut qu'elle ne vous crie elle-même : Dites seulement une parole, et mon enfant sera guéri ( Matthieu 8,8). Qui ne croit, en effet, à votre parole ? Qui n'obéit à votre voix? Qui ne se soumet à votre commandement ? Que si quelqu'un dans sa malice osait vous résister, les transports de la colère divine feraient vibrer votre voix, et vos mains s'armeraient des glaives à deux tranchants afin de faire éclater parmi les nations la vengeance de Dieu et ses châtiments parmi les peuples, afin de lier leurs rois en leur enchaînant les pieds, et les grands d'entre eux en leur mettant les fers aux mains ( Psaume 119 – Contre les détracteurs).

Tous les abus qui pullulent autour des institutions de l'Église ont été jusqu'ici le fruit inévitable des malheurs du temps; mais vous deviendriez nécessairement responsable dans l'avenir si, par votre faute, les espérances de réforme conçues par la chrétienté venaient à s'évanouir. Faites donc, faites que la sainte Église retrouve dans l'unité ce qu'elle a perdu dans le schisme, et répare, sous votre pure et salutaire influence, les malheurs du passé. Jusqu'ici la licence a été pour tous sans bornes, et la dépravation des mœurs montre assez jusqu'à quel point s'est énervée la rigueur de la discipline.

Nos pontifes règnent, sans doute, mais bien peu règnent pour le bien des âmes; et il en est quelques-uns dont il faut être content quand ils ne nuisent pas. Ils ne cessent d'augmenter, sans besoin, le nombre superflu de leurs chevaux et de leurs quadriges, et, par ce luxe et ces vaines dépenses, jettent le trouble dans tous les lieux où ils arrivent.

Leurs quadriges ne sont pas ceux d'Aminadab, et ce n'est pas l'armée céleste que leur armée de cavaliers. Qu'ils y prennent garde : je crains que leurs chars ne ressemblent plutôt à ceux que le Tout-Puissant engloutit dans les flots, quand il jeta dans la mer le cheval avec le cavalier ( Exode 15,1). Ils ne sont point les juges de l'orphelin; la cause de la veuve n'arrive pas jusqu'à eux, et il en est quelques-uns qui ne mettent dans la balance de la justice que le poids des présents.

Annonce-t-on l'arrivée d'un évêque dans une ville ou dans un monastère, vous croyez voir s'avancer un roi, et non pas un pontife : tant est grande l'armée de cavaliers qui l'accompagnent, tant est grand le peuple de valets qui le précèdent ! Après quoi le maigre revenu de l'église (visitée par l'évêque), est dissipé dans le luxe des festins, et c'est la nourriture du pauvre qui alimente ces banquets somptueux. Où est-il, nous l'attendons, celui qui percera ce mur d'iniquité et qui fera briller dans cette enceinte un rayon de lumière, celui qui livrera au jugement et à la vengeance ces œuvres de ténèbres, ces œuvres accomplies à l'ombre de la mort !

Le Seigneur vous a ouvert la voie pour corriger tous ces abus ; il a renversé les obstacles, afin que votre parole apostolique puisse se répandre et voler par le monde, afin que Sion entende cette parole et s'en réjouisse, et que les filles de Juda tressaillent d'allégresse à cause de vos jugements ( Psaume 47 – Gloire à Dieu qui a délivré Jérusalem). Ainsi donc, puisque le Seigneur a fait éclater sa puissance en notre faveur et en faveur des autres rois catholiques et princes orthodoxes, puisqu'il nous a accordé dans votre exaltation le triomphe appelé par nos vœux, il faut en retour qu'il soit lui – même glorifié dans vos œuvres, il faut que la réforme de la chrétienté nous jette dans les transports solennels d'une joie sainte. L'Église verra le mal que nous avons déploré croître sans cesse, et elle s'engourdira dans une funeste torpeur, si le prochain concile ne vient lui rendre la santé.


LE ROI SAINT LOUIS ( Louis IX)

Saint Louis, fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, naquit le 23avril 1214, parvint à la couronne le 8 novembre 1226 et mourut sous les murs de Tunis le 25 août 1270. Il fut canonisé en 1297 par Boniface VIII.



Saint Louis avait épousé Marguerite de Provence, dont il eut onze enfants : Louis, mort avant son père ; Philippe le Hardi, son successeur ; Jean Tristan, mort devant Tunis ; Pierre, comte d'Alençon; Robert, comte de Clermont en Beauvoisis, auteur de la branche capétienne de Bourbon; Blanche, morte en bas âge; Isabelle, mariée à Thibaud, roi de Navarre et comte de Champagne; Blanche la Jeune, mariée à Ferdinand de la Cerda, fils d'Alphonse X, roi de Castille ; Marguerite, épouse de Jean, duc de Brabant ; Agnès, mariée au duc de Bourgogne.


Marguerite de Provence - reine de France

Tout le monde connaît la vie de Louis IX : tout le monde a lu le récit de sa captivité en Orient, de sa mort sous les murs de Tunis. Nous ne referons pas ici cette histoire; nous nous contenterons de peindre la piété, la charité, l'humilité du saint : nous dirons aussi quelles furent en diverses rencontres sa vigueur et sa fermeté.


La reine Blanche de Castille enseignant le futur roi Louis IX

Quelques traits suffiront pour nous montrer saint Louis sous ce double aspect. Sa charité et sa piété ont quelque chose de communicatif et d'expansif qui attire tous les cœurs. Il aime les pauvres comme des frères, il leur lave les pieds, il les invite à sa table, il se nourrit de leurs restes. Infirmier volontaire d'un lépreux délaissé, il s'agenouille un jour près du malade, lui offre des perdrix, le fait boire dans sa coupe de bois. Un autre jour, il assaisonne lui-même la soupe du malheureux et y met un peu trop de sel, remarque le chroniqueur; puis, prenant la cuiller du lépreux, il le fait manger bouchée par bouchée comme une mère ferait manger son enfant.


Le roi St-Louis avec des pauvres


Le roi St-Louis lavant les pieds des pauvres le Jeudi-Saint

A l'église ou dans son oratoire, le roi prie Notre-Seigneur, la benoîte Vierge et tous les saints avec une ferveur admirable. Il aime les signes extérieurs de la piété, il a besoin de répandre sa foi au dehors. Il s'agenouille  et c'est de lui que nous tenons cet usage au moment où l'on chante au Credo l'Homo factus est ; il se prosterne quand on lit ces paroles de l'évangile de la Passion. Chaque soir, il invoque la Vierge Marie et fait en son honneur jusqu'à cinquante génuflexions de suite. On l'a vu se jeter sur les dalles, baiser la terre et rester longtemps comme anéanti : plus d'une fois ses serviteurs l'ont relevé presque inanimé. Est-il besoin de dire à quelles macérations il soumet son corps?


La Sainte-Vierge Marie

Le roi était heureux de voir sa fille Isabelle, la reine de Navarre, suivre ses exemples et pratiquer de sévères austérités.  De cette ferveur pieuse dérive comme d'une source très-pure la charité qui embrase le cœur du roi, charité empreinte de mysticisme et dont les motifs sont d'un ordre surnaturel. Justifions cette remarque par un exemple : Le roi est plein de sollicitude pour tous les malheureux; mais il aime d'un amour de prédilection une certaine classe de pauvres. Et quels sont donc ces privilégiés ? Ce sont les religieux mendiants, parce que ceux-là se sont faits pauvres volontairement pour l'amour de Jésus .


Ordres mendiants

Quelle joie et quelle ivresse goûterait le roi s'il lui était donné de revêtir la robe de Saint-Dominique ou de Saint-François ! En attendant qu'il puisse réaliser cette pensée, le saint fait aux religieux de fréquentes et familières visites; il n'est pas seulement leur hôte, il est aussi leur frère servant. Voici ce que nous raconte le confesseur de la reine Marguerite; il s'agit du monastère de Royaumont, où étaient établis des religieux de Cîteaux :


Abbaye royale de Royaumont

« Le benoît roi venait souvent à l'abbaye de Royaumont ; et souvent il y mangeait au réfectoire à la table de l'abbé, l'abbé assis près de lui; quand le roi ne mangeait pas au réfectoire il y entrait souvent et familièrement; et les moines assis à table, le benoît roi les servait avec les religieux employés à cet office : il allait à la fenêtre de la cuisine, il y prenait les écuelles pleines de viande, les portait et les plaçait devant les moines; et comme il y avait moult de moines et peu de serviteurs, il portait et rapportait pendant longtemps ces écuelles, jusqu'à ce que tout le couvent fût servi. Les écuelles étant trop chaudes, il s'enveloppait quelquefois les mains avec sa cape (manteau), pour éviter la chaleur de la viande et des écuelles, et quelquefois il répandait la viande sur sa cape.

L'abbé lui disait alors qu'il gâtait sa cape, et le benoît roi répondait : « Il ne m'en soucie, j'en ai une autre. » Il allait lui-même de table en table, et servait le vin dans les coupes des moines; quelquefois il « essayait le vin dans ces coupes et le louait s'il était bon; et s'il était aigre ou qu'il sentît le fût, il commandait qu'on apportât de bon vin. »

Telle est la bonté, telle est la charité, telle est la piété de saint Louis. Veut-on connaître sa rigueur et sa fermeté? C'est lui qui ordonna au grand maître du Temple de s'agenouiller à ses pieds et de lui demander pardon, pour avoir osé signer un traité avec le soudan de Damas sans le congé du roi.


Ordre des Templiers

C'est lui qui condamna à l'amende et à la prison le puissant seigneur de Coucy, malgré l'intervention menaçante du roi de Navarre, du comte de Boulogne, de la comtesse de Flandre et de beaucoup d'autres seigneurs.


La justice sous le roi St-Louis

La bonté du roi n'a donc rien de commun avec la faiblesse; sa piété s'allie à une étonnante indépendance. Tout jeune encore il entre en lutte avec l'archevêque de Rouen, avec l'archevêque de Reims, avec les conciles provinciaux. Il intime au légat du pape l'ordre formel et ne souffrant point de réplique de cesser toute enquête au sujet de la commune de Beauvais, dont les affaires le regardent seul.

En l'an 1235, il résiste aux admonitions d'un concile provincial qui invoque contre les excommuniés l'assistance du pouvoir civil, sans enquête préalable et sans distinction entre les sentences légitimes ou abusives. Vingt-huit ans plus tard, vers la fin de son règne 2, il oppose cette même volonté toujours et constamment invincible aux sommations renouvelées des évêques.

« J'ai ouï dire, écrit Joinville, qu'il répondit à tous les prélats du royaume de France sur une requête qu'ils lui firent, et qui fut telle :

« L'évêque Guy d'Auxerre lui parla pour eux tous : « Sire, fit-il, ces archevêques et ces évêques qui sont ici m'ont chargé de vous dire que la chrétienté déchoit et se perd entre vos mains, et qu'elle décherra encore plus si vous n'y avisez; parce que nul ne craint aujourd'hui une excommunication. Nous vous requérons donc, Sire , de commander à vos baillis et à vos sergents qu'ils contraignent les excommuniés qui auront soutenu la sentence un an et un jour  afin qu'ils fassent satisfaction à l'Église.


La Sainte-Chapelle construite au temps de St-Louis

Et le roi leur répondit seul, sans conseil, qu'il commanderait volontiers à ses baillis et à ses sergents de contraindre les excommuniés ainsi qu'ils le requéraient, pourvu qu'on lui donnât la connaissance de la sentence pour juger si elle était juste ou non. Et ils se consultèrent et répondirent au roi qu'ils ne lui donneraient pas la connaissance de ce qui appartenait au for ecclésiastique. Et le roi leur répondit à son tour qu'il ne leur donnerait pas la connaissance de ce qui lui appartenait, et ne commanderait point à ses sergents de contraindre les excommuniés à se faire absoudre, qu'ils eussent tort ou raison. Car si je le faisais, j'agirais contre Dieu et contre le droit. Et je vous en montrerai un exemple : les évêques de Bretagne ont tenu pendant sept ans le comte de Bretagne en excommunication, et puis il a eu l'absolution par la cour de Rome; et si je l'eusse contraint dès la première année, je l'eusse contraint à tort. »

Quel contraste, dira-t-on peut-être, entre l'orgueil de ce roi qui ose résister aux évêques et l'humilité de ce chrétien qui se fait le serviteur des pauvres et des moines ! Le contraste, à mon sens, n'est qu'apparent, et l'unité du caractère de saint Louis n'est point brisée. Ce n'est pas, en effet, l'orgueil ou la cupidité ou tout autre mobile coupable qui dirige ici notre saint, le sentiment qui l'inspire est celui de la justice, et la justice est une vertu sœur de l'humilité.

L'amour de la justice, telle est dans le caractère de saint Louis la qualité maîtresse et dominante. C'est par amour de la justice qu'il fait rechercher dans tout le royaume ce que la couronne peut détenir illégitimement, afin de restituer aux ayant-droit le bien mal acquis; c'est par amour de la justice qu'il se montre dans ses contestations avec le clergé si rigide et si ferme. « En faisant ce que vous me demandez, j'agirais contre Dieu et contre le droit, » répond-il à Guy d'Auxerre, et il oppose par là aux admonitions de l'évêque la force même de sa conscience.

Le plus souvent au début d'une contestation saint Louis ne sacrifie rien de son droit : il veut tout d'abord le faire reconnaître et constater : il pourra plus tard transiger, il pourra, par exemple, accorder en pur don à l'église Notre-Dame-de Paris la haute justice du lieu nommé Machault, que celle-ci revendique à titre de restitution; mais alors ce don sera lui-même une affirmation nouvelle du droit, et il aura d'ailleurs été précédé d'un arrêt du parlement en faveur de la couronne.

Le roi pourra encore (et même il sera très-heureux et très-joyeux de le faire), le roi pourra s'accorder et transiger avec l'archevêque de Reims au sujet des excommuniés contre lesquels le prélat requiert l'assistance du pouvoir laïque; mais cette transaction, loin d'impliquer en aucune manière un acquiescement de principe aux doctrines du clergé sur les conséquences civiles de l'excommunication, aura été précédée d'une sentence royale distinguant formellement les excommunications méritées des excommunications imméritées.

Il n'y a rien en tout ceci qui doive nous surprendre. Quiconque a fait de l'idée du droit la règle de sa vie se heurte de toutes parts à des prétentions rivales, et souvent à des ambitions injustes et illégitimes. Que si ces luttes étaient inévitables, elles n'en furent pas moins douloureuses. Elles ajoutèrent certainement de nouvelles et vives souffrances à toutes les tristesses et à toutes les amertumes qui remplissaient l'âme de notre saint. Cette âme nous apparaît comme le centre vivant des malheurs, des déceptions, des combats du siècle tout entier. Or le siècle a beaucoup combattu et beaucoup souffert : il a soutenu la guerre du sacerdoce et de l'Empire , cette guerre immense pour laquelle se sont levés, en Allemagne et en Italie, les empereurs contre les papes; en France, les seigneurs laïques contre les évêques; il a vu naître et il a vu mourir l'empire latin de Constantinople; il a vu tous les efforts des chrétiens se briser contre les infidèles. Il a été l'impuissant témoin des désastres de l'Orient et il a pu, lui aussi, répéter ce cri de découragement :  « En vérité, le Seigneur n'a épargné ni son peuple, ni son nom . »

Louis IX résume en lui toutes ces douleurs. Il souffre en son âme non moins qu'en son corps. C'est par la souffrance qu'il se purifie, qu'il s'élève sans cesse vers Dieu, et qu'il arrive enfin jusqu'à cet état voisin de la perfection que nous appelons la sainteté.


Le roi St-Louis

PRIÈRE DE SAINT LOUIS A LA MORT DE SA MÈRE


Blanche de Castille, reine de France et mère de St-Louis

Saint Louis était à Jaffa (Moyen-Orient) lorsque mourut la reine Blanche en France (1253).

« Quand le bon roi apprit que sa mère était morte et trépassée de ce siècle , écrit G. de Nangis, il commença à crier à haute voix et à fondre tout en larmes, puis se mit à
genoux devant l'autel, et remercia Dieu à jointes mains, et dit : Sire Dieu, je vous rends grâce et merci, à vous qui, par votre bonté, m'avez prêté si longtemps ma chère mère, et qui, par la mort du corps, l'avez prise, par votre bon plaisir, en votre partage. Il est bien vrai, beau très doux père Jésus-Christ, que j'aimais ma mère par-dessus toute créature qui fût en ce siècle mortel, car elle le méritait bien; mais puisqu'il vous vient à plaisir qu'elle soit trépassée, béni soit votre nom. Amen.

Le roi demeura en soupirs et en larmes et en méditations un peu devant l'autel, et quand eut reçu confort, il se leva du lieu où il était et dit tout le service des morts, vêpres et vigiles avec son confesseur.

ENSEIGNEMENTS CHRÉTIENS DE SAINT LOUIS A SA FILLE ISABELLE


Isabelle de France

Le benoît saint Louis envoya à Madame Isabelle , sa fille, reine de Navarre, une lettre d'enseignement écrite de sa propre main, dont la teneur est telle .

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France, à sa chère et bien-aimée fille Isabelle, reine de Navarre, salut et amitié de père.

Chère fille, comme je crois qu'à cause de l'amour que vous avez pour moi, vous retiendrez plus volontiers mes conseils que ceux de plusieurs autres, j'ai pensé vous faire quelques enseignements écrits de ma main. Chère fille, je vous enseigne que vous aimiez Notre Seigneur de tout votre cœur et de tout votre pouvoir; car, sans cela, nul ne peut acquérir quelque mérite; et nulle autre chose ne peut être aimée à aussi bon droit ni si profitablement. Notre-Seigneur, c'est le Seigneur à qui toute créature peut dire : Sire, vous êtes mon Dieu ; vous n'avez besoin de nulle de mes bonnes actions. C'est le Seigneur qui envoya son Fils sur la terre et le livra à mort pour nous délivrer de la mort d'enfer.

Chère fille, si vous l'aimez, le profit en sera vôtre. La créature est moult dévoyée qui met l'amour de son cœur ailleurs qu'en lui ou sous lui. Chère fille, la mesure de l'amour que nous devons avoir pour lui c'est d'aimer sans mesure. Il a bien mérité que nous l'aimions, car il nous aima le premier. Je voudrais que vous sussiez bien penser aux œuvres que le benoît Fils de Dieu a faites pour notre rédemption.

Chère fille, ayez grand désir de lui plaire le plus possible; et mettez grand soin à éviter toutes les choses que vous croirez lui devoir déplaire; spécialement vous devez avoir la volonté de ne faire péché mortel pour rien qui puisse advenir, et de vous laisser couper ou arracher les membres et enlever la vie par cruel martyre plutôt que de faire un péché mortel volontairement.

Chère fille, accoutumez-vous à vous confesser souvent , et choisissez toujours des confesseurs qui soient de sainte vie et suffisamment lettrés, par qui vous soyez enseignée et endoctrinée des choses que vous devez éviter et des choses que vous devez faire ; et faites que votre confesseur et vos autres amis vous osent enseigner et reprendre. Chère fille, écoutez volontiers le service de sainte Église; et quand vous serez à l'église, gardez-vous de muser et de dire vaines paroles. Dites vos oraisons en paix, de bouche ou de pensée; et spécialement, au moment où le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ sera présent à la messe, et même un peu à l'avance , soyez plus en paix et plus attentive à l'oraison. Chère fille, écoutez volontiers parler de Notre - Seigneur dans les sermons et dans les causeries privées ; toutefois évitez les conversations particulières, excepté celles des personnes bien choisies en bonté et en sainteté. Appliquez-vous volontiers à gagner les indulgences.

Chère fille, si vous avez aucune tribulation de maladie ou d'autre chose, à quoi vous ne puissiez bonnement pourvoir, souffrez cela débonnairement; remerciez-en Notre-Seigneur et sachez-lui-en bon gré; car vous devez croire que vous l'avez mérité et plus encore s'il voulait, parce que vous l'avez peu aimé et peu servi, et que vous avez fait maintes choses contre sa volonté. Si vous avez aucune prospérité de santé ou autre, remerciez-en Notre-Seigneur humblement; et sachez-lui en bon gré; et prenez bien garde d'en devenir plus mauvaise par orgueil ou par quelque autre vice ; car c'est moult grand péché de guerroyer contre Notre Seigneur avec ses dons; si vous avez aucun malaise de coeur ou d'autre chose, dites - le à votre confesseur ou, si c'est chose dont vous puissiez parler, à quelque autre personne que vous pensiez être loyale et bien discrète; et ainsi vous porterez votre peine plus en paix.

Chère fille, ayez le coeur piteux envers toutes gens que vous apprendrez être dans la souffrance de cœur ou de corps, et secourez-les volontiers de conseil ou d'aumône, selon ce que vous pourrez faire, en bonne manière. Chère fille, aimez toutes bonnes gens, de religion ou du siècle, par qui vous saurez que Notre-Seigneur est honoré et servi. Aimez et secourez les pauvres, et spécialement ceux qui, pour l'amour de Notre-Seigneur, se sont mis en pauvreté.

Chère fille, faites, autant que vous le pourrez, que les femmes et les autres suivantes qui conversent avec vous plus particulièrement et plus secrètement soient de bonne vie et de sainteté. Et évitez, autant que vous le pourrez, toutes personnes de mauvaise renommée. Chère fille, obéissez humblement à votre mari, et à votre père et à votre mère dans les choses qui sont selon Dieu.  Faites-le volontiers pour l'amour que vous leur portez, et plus encore pour l'amour de Notre-Seigneur qui l'a ainsi ordonné, et agissez envers chacun d'eux ainsi qu'il est convenable. Contre Dieu vous ne devez obéir à personne. Chère fille, appliquez-vous à être si parfaite que ceux qui entendront parler de vous et vous verront en puissent prendre bon exemple. Il me semble qu'il est bon que vous n'ayez pas trop grande abondance de robes à la fois, ni de joyaux, eu égard pourtant à l'état que vous occupez; mais, au contraire, il me semble mieux que vous fassiez des aumônes, au moins avec le superflu, et que vous ne mettiez pas trop grand temps ni trop grande étude à vous parer et à vous orner. Et gardez-vous d'excès dans votre parure; et soyez toujours plutôt disposée à en faire trop peu qu'à en faire trop.

Chère fille, ayez en vous un désir qui jamais ne vous quitte, celui de plaire le plus possible à Notre-Seigneur, et mettez votre cœur dans la disposition, si vous étiez certaine de n'être jamais récompensée de vos bonnes actions, ni punie de vos fautes, de n'en éviter pas moins toute action qui puisse déplaire à Notre Seigneur, et de ne chercher pas moins à faire les choses qui lui plairaient, autant que possible, purement pour l'amour de lui.

Chère fille, recherchez volontiers les prières des bonnes gens et me réunissez à vous dans ces demandes de prières. Et s'il arrive qu'il plaise à Notre-Seigneur que je quitte cette vie avant vous, je vous prie de me procurer messes et prières, et autres bienfaits pour mon âme. Je vous recommande que nul ne voie cet écrit sans ma permission, excepté votre frère. Que Notre-Seigneur vous fasse bonne en toutes choses autant que je le désire, et plus encore que je ne saurais le désirer. Amen.


ENSEIGNEMENTS CHRÉTIENS DE ST LOUIS A SON FILS PHILIPPE LE HARDI


Philippe le Hardi

Avant sa dernière maladie, saint Louis prévoyant sa fin prochaine écrivit en français des instructions destinées à son fils aîné, Philippe le Hardi. Le texte de ces enseignements  a été souvent abrégé et même interpolé. Nous le donnons ici d'après les meilleures sources.

Louis, roi de France, à son cher fils aîné, Philippe, salut et amitié de père.

Cher fils, comme je désire de tout mon cœur que tu sois bien enseigné en toutes choses, je vais te laisser un enseignement par cet écrit ; car je t'ai quelquefois entendu dire que tu retiendrais mieux de moi que d'une autre personne.  Cher fils, je t'enseigne premièrement, que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir; car, sans cela, nul homme ne peut avoir aucun mérite. Tu te dois garder de tout ton pouvoir de toutes les choses que tu croiras lui devoir déplaire, et spécialement tu dois avoir la volonté de ne faire, pour rien au monde, un péché mortel, et de te laisser couper tous les membres et enlever la vie par cruel martyre plutôt que de faire un péché mortel volontairement.

Si Notre-Seigneur t'envoie aucune tribulation de maladie ou d'autre chose, tu la dois souffrir de bon cœur et lui en savoir bon gré; car tu dois penser qu'il le fait pour ton bien; et tu dois aussi penser que tu l'as bien mérité et plus encore, s'il le voulait, parce que tu l'as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait bien des choses contre sa volonté. Et si Notre-Seigneur t'envoie aucune prospérité de santé ou d'autre chose, tu dois l'en remercier humblement et prendre garde de n'en pas devenir plus mauvais par quelque autre vice ; car c'est moult grand péché que de guerroyer contre Notre-Seigneur avec ses dons.

Cher fils, je t'enseigne que tu t'accoutumes à te confesser souvent, et que tu choisisses toujours des confesseurs qui soient de sainte vie et suffisamment lettrés, par lesquels tu sois enseigné des choses que tu dois éviter et des choses que tu dois faire ; et je t'enseigne que tu te comportes de telle manière que tes confesseurs et tes autres amis t'osent enseigner et reprendre hardiment.

Cher fils, je t'enseigne que tu entendes volontiers le service de sainte Église; et quand tu seras à l'église garde-toi de muser et de dire vaines paroles. Dis en paix tes oraisons de bouche ou de pensée, et spécialement sois plus en paix et plus appliqué à prier Dieu au moment où le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ sera présent à la messe, et même un peu auparavant.

Cher fils, aie le cœur débonnaire envers les pauvres et envers tous ceux que tu croiras avoir malaise de cœur ou de corps. Et, selon que tu pourras, secours-les volontiers de conseil ou d'aumône. Et si tu as aucune tribulation de cœur, dis-la à ton confesseur, ou, si c'est chose dont tu puisses parler, à une autre personne que tu penses être loyale et discrète; et ainsi tu porteras plus en paix ta tribulation. Cher fils, aie près de toi compagnie de bonnes gens, religieux ou séculiers, et évite la compagnie des mauvais ; et aie volontiers bonnes conversations avec les bons, et écoute volontiers parler de Dieu dans les sermons et en particulier; et gagne volontiers des indulgences. Aime le bien en autrui et hais le mal. Ne souffre pas que l'on dise devant toi paroles qui puissent attirer les gens à péché.

N'écoute pas volontiers dire du mal d'autrui. Ne souffre en nulle manière parole qui puisse tourner au mépris de Dieu ou de ses saints, sans en tirer vengeance. Et si le coupable est un clerc ou une personne si élevée qu'elle ne soit pas justiciable de toi, fais-le dire à celui qui pourrait en tirer justice. Cher fils, applique-toi à être si bon en toutes choses qu'il paraisse bien que tu reconnais les bontés et les honneurs que Notre-Seigneur t'a faits; de telle manière que s'il plaisait à Dieu que tu vinsses au fardeau et à l'honneur de gouverner le royaume, tu fusses digne de recevoir la sainte onction par laquelle les rois de France sont sacrés.

Cher fils, s'il arrive que tu viennes à régner, applique toi à avoir les qualités d'un roi, c'est-à-dire à être si juste que tu ne t'écartes et ne dévies de la justice pour rien qui puisse arriver. S'il arrive qu'aucun différend entre riche et pauvre vienne devant toi, soutiens d'abord le pauvre plutôt que le riche, jusqu'à ce que tu connaisses la vérité; et quand tu la connaîtras, fais-leur droit. Et, s'il arrive que tu aies un procès, soutiens  devant ton conseil la cause de ton adversaire ; jusqu'au moment où la vérité sera connue, ne te montre pas trop attaché à ta cause; car ceux de ton conseil pourraient craindre de parler contre toi; et tu ne dois pas vouloir de cette crainte.

Et si tu apprends que tu détiens quelque chose à tort, soit de ton temps, soit du temps de tes ancêtres, restitue-le sur-le-champ, quand même la chose serait importante, en terre, en argent ou autrement. Et, si c'est une affaire obscure dont tu ne puisses connaître la vérité, fais par le conseil de prud'hommes tel accord que ton âme et celles de tes ancêtres soient entièrement dégagées. Et bien que tu aies entendu dire que tes ancêtres ont restitué ces choses, cependant tâche toujours de savoir s'il reste rien à restituer; et si tu découvres qu'il y ait quelque chose à restituer, fais le rendre sur-le-champ, pour le salut de ton âme et des âmes de tes ancêtres. Sois bien diligent de protéger dans ton royaume toutes manières de gens, et spécialement les personnes de sainte Église, et empêche qu'on ne leur fasse injure ou violence en leurs personnes ou en leurs biens.

Et je te veux ici rappeler une parole du roi Philippe mon aïeul. Le roi était un jour en son conseil privé; celui qui me rapporta cette parole se trouvait présent; et ceux de son conseil lui disaient que les gens d'Église lui faisaient moult d'injures et beaucoup s'étonnaient qu'il pût souffrir une pareille chose ; et alors ledit roi Philippe répondit de cette manière : « Je crois bien, dit-il, qu'ils me font assez d'injures; mais quand je songe aux honneurs que Notre-Seigneur m'a faits, j'aime mieux souffrir mon dommage que de faire une chose d'où naîtrait un désaccord entre moi et sainte Église. » Et je te rappelle cela afin que tu n'ajoutes pas foi légèrement aux témoignages contre les personnes de sainte Église; honore - les, au contraire, et défends - les afin qu'elles puissent faire le service de Notre-Seigneur en paix.

Et aussi, je t'enseigne que tu aimes spécialement les gens de religion et les secoures volontiers en leurs nécessités, et que tu aimes plus que les autres ceux que tu sauras honorer le plus Dieu et le servir. Cher fils, je t'enseigne que tu aimes et honores ta mère et retiennes volontiers ses bons enseignements, et sois enclin à croire ses bons conseils. Aime tes frères et leur désire toujours du bien, et aime leurs justes prospérités, et sers-leur de père pour les enseigner en tout bien : mais prends garde, par amour pour l'un d'eux, de dévier de la justice, et de faire ce que tu ne dois pas.

Cher fils, je t'enseigne que tu donnes les bénéfices de sainte Église que tu auras à donner, à de bonnes personnes et avec grand conseil de prud'hommes ; et m'est avis qu'il vaut mieux que tu les donnes à ceux qui n'ont aucune prébende qu'aux autres. Car si tu cherches bien, tu trouveras assez de ceux qui n'ont rien, pour faire bon emploi des biens de l'Église. Cher fils, je t'enseigne que tu te gardes, autant que possible, d'avoir guerre avec aucun chrétien; et si un chrétien te faisait aucunes injures, essaie de diverses façons de trouver aucunes bonnes manières de recouvrer ton droit, avant de faire guerre, et agis de la sorte avec l'intention d'éviter les péchés qui se font dans la guerre; et s'il arrivait qu'il te fallût faire guerre parce que l'un de tes hommes ferait défaut en ta cour de justice, ou ferait injure à aucune église ou à aucune personne, quelle qu'elle fût, et ne voudrait réparer son tort; ou enfin s'il arrivait qu'il te fallût faire guerre pour quelque autre cause raisonnable quelle qu'elle fût, recommande avec soin que les pauvres gens qui n'ont commis aucune faute soient préservés de tout dommage, brûlement de leurs biens ou autres choses; car il t'appartient de contraindre le malfaiteur en prenant ses biens ou ses villes et ses châteaux par force de siège, non pas de dévaster les biens des pauvres gens; et aie soin, avant de faire la guerre, d'avoir pris bon conseil pour t'assurer que la cause est moult raisonnable, et d'avoir bien admonesté le malfaiteur et attendu autant que tu auras dû le faire.

Cher fils, je t'enseigne encore que tu t'appliques diligemment à apaiser, autant que possible, les guerres et les différends qui seront en ta terre ou entre tes hommes ; car c'est une chose qui plaît moult à Notre Seigneur. Monseigneur saint Martin nous donna un très-grand exemple; car, lorsqu'il sut de par Notre Seigneur qu'il allait mourir, il se mit en route pour mettre la paix entre les clercs de son archevêché; et il lui sembla qu'en ce faisant, il mettait bonne fin à sa vie.

Cher fils, aie grand soin d'avoir bons prévôts et bons baillis en ta terre; et assure-toi souvent qu'ils rendent bonne justice, et ne font injure à personne et n'agissent en rien contre le droit; et assure-toi aussi que ceux de ton hôtel ne font rien qu'ils ne doivent faire ; car, bien que tu doives haïr tout mal chez les autres, cependant tu dois haïr le mal qui viendrait de ceux qui ont pouvoir de toi plus que le mal fait par d'autres personnes; et tu dois, par-dessus tout, empêcher que tes gens ne fassent le mal.

Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévot à l'Église de Rome et à notre Père le Pape, et que tu lui portes révérence et honneur comme tu dois faire à ton père spirituel. Cher fils, donne volontiers autorité à gens de benne volonté et qui en sachent faire bon usage ; et aie grand soin de faire disparaître de ta terre les péchés, tels que vilains serments et tout ce qui est fait ou dit au mépris de Dieu, de Notre-Dame ou des saints; et fais disparaître de ta terre le jeu de dés, le péché de la chair, et les tavernes, et les autres péchés, autant que tu pourras, et fais chasser les hérétiques de ta terre sagement et en bonne manière, autant que tu pourras, et aussi les autres mauvaises gens, de telle sorte que ta terre en soit bien purgée, ainsi qu'il te semblera que cela doive être fait, avec le conseil de bonnes gens ; et avance les honnêtes gens en tous lieux, suivant ton pouvoir, et applique-toi bien à savoir reconnaître les bontés que Notre-Seigneur te fera et à lui en rendre grâces.

Cher fils, je t'enseigne que tu aies grand soin que tout l'argent que tu dépenseras soit bien employé et acquis justement; et c'est un sens que je voudrais moult que tu eusses, à savoir que tu te gardasses des folles dépenses et des recettes injustes, et que ton argent fût bien acquis et bien dépensé; et veuille Notre-Seigneur t'enseigner ce sens avec les autres sens qui te sont convenables et profitables.  Cher fils, je te prie, s'il plaît à Notre-Seigneur que je quitte ce monde avant toi, de me faire aider par messes et par autres oraisons, et d'envoyer dans les congrégations du royaume de France, pour demander leurs prières pour mon âme ; et je te prie d'avoir l'intention dans tous les bonnes actions que tu feras, que Notre Seigneur m'y donne part.

Cher fils, je te donne toute cette bénédiction qu'un père peut et doit donner à son fils, et je prie Notre Seigneur Jésus-Christ Dieu, par sa grande miséricorde, et par les prières et les mérites de sa benoîte Mère la Vierge Marie, et par les mérites des anges et des archanges, de tous les saints et de toutes les saintes, qu'il te garde et te préserve de rien faire contre sa volonté et te donne la grâce d'accomplir sa volonté, de telle sorte qu'il soit honoré et servi par toi. Et puisse Notre-Seigneur nous accorder, à toi et à moi, par sa grande miséricorde, de le voir, de le louer et de l'aimer sans fin après cette vie mortelle. Amen.

Gloire et honneur, et louange à Celui qui est Dieu avec le Père et le Saint Esprit, sans commencement et sans fin. Amen.


PHILIPPE LE HARDI



Philippe III, dit le Hardi, fils de saint Louis et de Marguerite de Provence, né au mois de mai 1245, était âgé de vingt-cinq ans lorsqu'il succéda à son père. L'un des premiers soins du nouveau roi, proclamé en Afrique par l'armée chrétienne, fut d'écrire au clergé de France pour lui annoncer la mort de son père et demander des prières. Il remplissait ainsi le vœu exprimé par saint Louis à la fin de ses instructions.


La mort du roi Louis IX ( St-Louis)


La France en 1270

Après avoir conclu une trêve de dix ans avec les infidèles, Philippe III et son armée regagnèrent la Sicile et l'Italie : la mort qui avait failli enlever le fils de saint Louis en Afrique avait fait autour de lui d'effrayants ravages : il avait perdu successivement son frère Jean Tristan, comte de Nevers, son beau-frère Thibaut de Champagne, sa femme, Isabelle d'Aragon morte d'une chute de cheval à Cosenza en Calabre; le jeune prince faisait porter devant lui les cercueils de son père, de sa femme et de son frère, et n'en détachait pas ses regards.


Isabelle d`Aragon, reine de France

Ce retour de la croisade fut une véritable pompe funèbre qui traversa lentement l'Italie et le midi de la France, et ne s'arrêta qu'à Saint-Denis. De Velletri, au mois de février 1271, Philippe écrivit une seconde lettre à son peuple pour lui parler encore de son affliction et lui annoncer tous ces malheurs. Arrivé à Cluny, le roi, qui venait d'apprendre une mort nouvelle, celle de sa sœur, la reine de Navarre, se sentit comme accablé par la peine, et il adressa à ses amis et fidèles une troisième épître :


Abbaye de Cluny

« O vous tous, s'écrie-t-il, qui passez par le chemin, ô vous, mes bien chers, qui parcourez l'étroit sentier de la pauvreté, voyageurs dans cette vallée de misères, arrêtez-vous et voyez s'il est une douleur égale à ma douleur; car le Seigneur nous a abreuvé d'amertume. O Roi de gloire, ô Roi fort et terrible dans tes conseils, pourquoi as-tu voulu me priver des secours et de la consolation de mon père bien aimé et de mes autres parents ; pourquoi m'as-tu comme inondé des flots de la douleur ? Seigneur, Seigneur Dieu, as-tu voulu, en m'enlevant ces amis, en me plongeant dans l'abîme de cette affliction, me rejeter loin de toi comme indigne de contempler ton visage; ou plutôt, en m'envoyant ces tribulations et ces malheurs multipliés, n'as-tu pas voulu me purifier par le feu de la douleur, m'éprouver et m'instruire, m'apprendre de quelles amertumes est environnée la misérable prospérité de ce monde, m'attirer ainsi à toi, m'élever , jusqu'à toi, seul véritable et souverain bien ! Que ton nom soit béni en toutes choses et par-dessus toutes choses ! »

Philippe III s'appliqua à mettre en pratique les conseils de son père et à suivre ses exemples; il s'entoura d'hommes sages et prudents, comme le lui avait recommandé saint Louis. Son principal conseiller fut Matthieu abbé de Saint-Denis, « maître Mati, comme l'appelle le chroniqueur, homme religieux et aourné en fleur de sapience.»

C'est évidemment pour se conformer aux instructions de saint Louis qu'en 1272 Philippe III défendit de jurer par aucuns membres de Dieu, de Notre-Dame ou des saints , qu'en 1273 il interdit les jeux de dés, fit fermer les mauvais lieux et prohiba de nouveau « les vilains serments ».

Enfin nous savons qu'il poursuivit l'œuvre de restitution commencée par son père, et qu'il envoya des délégués dans les provinces avec mission de rechercher ce qui pouvait être possédé par le fisc sans titre légitime, et de restituer aux ayants droit le bien mal acquis. En l'an 1274, il voulut que tous les avocats jurassent sur les saints Évangiles de ne jamais défendre une cause qui ne leur paraîtrait pas juste, et lui-même enfin donna la même année une preuve de son respect pour le droit en cédant le comtat Venaissin au pape Grégoire X, conformément aux traités.

Plein de zèle pour l'Église, Philippe III prit la croix en 1275 et promit d'accompagner en Palestine le pape Grégoire X, qui désirait ardemment visiter la Terre-Sainte et y mourir; mais ce projet de croisade ne se réalisa pas. Depuis la mort de sa femme, Isabelle d'Aragon, le roi porta constamment un cilice sous son haubert; il jeûnait fréquemment et « faisait grande abstinence de viande », de telle sorte qu'il ressemblait plutôt à un moine qu'à un chevalier.

Le plus grand événement politique du règne fut la guerre contre le roi d'Aragon, entreprise par Philippe III dans le double but de venger le massacre des Vêpres Siciliennes et d'assurer à son fils Charles la couronne d'Aragon que le pape Martin IV venait de lui transférer. Le roi mourut à Perpignan au retour de cette guerre stérile qui n'avait eu d'autre résultat que la prise de Girone.

Il n'est pas rare de rencontrer dans les testaments du moyen-âge des legs pieux qui révèlent une tendre charité, une touchante et gracieuse sollicitude pour les pauvres. C'est le cas du testament de Philippe le Hardi : il légua cinq cents livres tournois aux pays de Gâtinais et d'Orléanais pour « marier pauvres damoiselles et pauvres dames veuves, et pour soutenir pauvres gentilshommes honteux ». Il voulut enfin que dans tout le reste du royaume trois mille livres tournois reçussent la même destination.

Philippe III avait épousé en premières noces Isabelle, fille de Jacques Ier, roi d'Aragon, morte le 28 janvier 1271, à l'âge de vingt-quatre ans; en secondes noces, Marie, fille de Henri III, duc de Brabant.

D'Isabelle d'Aragon il eut quatre enfants :

1 - Louis, mort en 1276. Cet événement fit naître contre Marie de Brabant des soupçons d'empoisonnement, et fut l'occasion de la mort de Pierre de la Brosse, favori du roi.
2 - Philippe le Bel ;
3 - Charles de Valois, qui forma la première branche collatérale de nos rois ;
4 - Robert , comte d'Artois.


Marie de Brabant, reine de France

De Marie de Brabant, Philippe le Hardi eut trois enfants :

1 - Louis, comte d'Évreux, souche des comtes d'Évreux, rois de Navarre ;
2 - Marguerite, femme d'Édouard Ier, roi d'Angleterre ;
3 - Blanche, mariée à Rodolphe, duc d'Autriche, fils de l'empereur Albert


LETTRE POUR ANNONCER LA MORT DU ROI SAINT LOUIS
(12 septembre 1270)




Philippe , par la grâce de Dieu, roi de France, à ses amis et féaux, les archevêques, évêques, abbés, prieurs, doyens, prêtres et autres recteurs d'églises, et à tous les couvents, collèges et chapitres, tant de réguliers que de séculiers, du royaume de France, salut et amour.

Il faut que nous vous annoncions, à soupirs, et à larmes et à grande amertume de cœur, un malheur moult douloureux qui doit être pleuré par tous les bons chrétiens, spécialement par tous et par chacun de ceux de notre royaume de France, mais surtout par nous continuellement. Tout récemment, ainsi qu'il a plu au Seigneur, qui toujours fait tourner au profit du salut les voies, les faits et la fin de ses élus, selon sa volonté et son bon plaisir, celui qui était ami de Dieu et gracieux aux hommes, Louis, le très -illustre roi de France, de débonnaire et très-noble mémoire, notre très-cher seigneur et père, dont la vie a été, comme on sait, fructueuse pour l'Église tout entière, dont la mémoire est en bénédiction, dont la louange est prêchée dans l'Église; Louis, après tant de louables œuvres de  piété et de charité, après tant de laborieuses luttes soutenues fidèlement et ardemment, avec un courage infatigable, pour la foi du Christ et l'accroissement de l'Église, peu après être débarqué au port de Tunis et s'être emparé, sans nulle perte de ses gens, de ce très renommé port qui est à l'entrée de la terre d'Afrique, laquelle il avait en propos, si Dieu lui eût donné vie, de vouer au culte chrétien, l'ayant purgée du lignage de barbarie et de l'excommuniée félonie des Sarrasins, après avoir pris à grand victoire le châtel de Carthage, alors qu'il voulait marcher oultre en avant, hardiment et hâtivement et puissamment, tant par terre comme par mer, et prendre Tunis et abattre, du tout en tout, la puissance et la vertu du roi infidèle qui y règne, fut, sur ces entrefaites, grevé d'une maladie et se coucha au lit, le Seigneur ayant voulu parfaire et terminer heureusement ses labeurs et ses combats; et, après moult d'angoisses de cette maladie, à la fin, quand il eut demandé très-chrétiennement et reçu avec toute dévotion les sacrements de l'Église, en confession de vraie foi, en ardente dilection et dévotion de Dieu, le jeudi, lendemain de la saint Barthélemy, à cette heure que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, mourant pour la vie du monde, trépassa en la croix, il vint à sa dernière heure, se coucha sur un sac et sur la cendre, et rendit l'esprit au très-haut Créateur.

Et nous, ainsi navrés par cette plaie récente et cruelle, et par les aiguillons de cette douleur, n'est pas merveille si nous sommes contraint de crier et de nous lamenter, de plaindre et de pleurer le pleureux trépassesement et obit de notre débonnaire père, où nous trouvons, non pas seulement notre perte sans nul remède, mais y sentons aussi le lamentable et non estimable dommage de toute la chrétienté. Que tous pleurent donc aussi le débonnaire roi, le roi pacifique, le père des pauvres, le refuge des chétifs, le confort des opprimés, l'ami de l'innocence et de la religion, le zélateur de la justice, le défenseur de la foi et de l'Église. O qui nous donnera, à nous qui tenons sa place sur terre, de suivre les traces d'un tel et si louable père, d'imiter ses exemples, de mettre à exécution ses conseils, ses saints admonestements et ses enseignements de salut ! Si la force de notre douleur pouvait raison entendre, nous devrions nous glorifier de sa vie, de ses mérites et de ses vertueuses actions plutôt que de nous désoler de sa mort.

Car assurément c'est grande gloire d'avoir eu un tel père; mais c'est aussi douleur sans remède d'avoir perdu le doux confort d'un tel père, et si suave entretien, et si profitable conseil et secours, douleur qu'il faudrait dire inconsolable, si tous ceux qui ont eu connaissance de la vie et des saintes actions de notre père n'avaient espérance certaine qu'il est déjà transporté des soucis de ce règne temporel au règne éternel et à la gloire sans fin. Arrêtons donc un moment ces larmes et convertissons nos douleurs et nos pleurs en armures de salut, en secours et soulas d'oraisons, en aides de charité; ayons pour ce mort la fidélité et l'amour que nous eûmes pour lui quand il vivait, afin que nous méritions les fruits de la bénédiction de Celui qui récompense toute bonne action.

C'est pourquoi, conformément à la dernière volonté de notre débonnaire père, requérant humblement qu'après son trépas on demandât dans notre royaume aux personnes consacrées à Dieu et dans tous les sanctuaires des oraisons pour son âme et les confortements de charité agréables à Dieu, nous en voyons, à cet effet, en divers lieux du royaume, nos amés, hommes religieux, frères Geoffroy de Beaulieu et Guillaume de Chartres, de l'ordre des Prêcheurs, et frère Jean de Monts, de l'ordre des Mineurs , familiers chéris de notre défunt père, porteurs des présentes lettres, et avec eux quelque autres messagers de notre maison; et nous vous prions tous affectueusement et de tout notre cœur, de vous rappeler la pure et sincère dévotion et dilection que notre dit débonnaire père et seigneur eut toujours pour l'Église et les personnes ecclésiastiques, comme il le prouva par ses actes, de vous rappeler la pieuse sollicitude avec laquelle il s'appliqua à conserver son royaume en repos et en paix, en bonheur et en félicité, et le garda comme la prunelle de l'œil; et, vous rappelant ces choses, d'offrir pour sa précieuse âme au Roi souverain, bien que moult croient qu'il n'a pas besoin de notre intercession, dons de prières et de sacrifices, et autres conforts de charité; et ainsi faites faire dans tous les lieux qui nous sont soumis. Priez aussi continuellement et faites prier dans les lieux susdits pour nous et pour toute l'armée chrétienne.

Ce fut fait au camp près de Carthage, le vendredi après la Nativité de la bienheureuse Vierge, l'an du Seigneur 1270.


Dernière édition par MichelT le Jeu 21 Sep 2017 - 17:59, édité 4 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Jeu 7 Sep 2017 - 12:09

LE ROI CHARLES V (le Sage)

Charles, né à Vincennes le 21 janvier 1337, était fils du roi Jean et de Bonne de Luxembourg. Après avoir rempli, au milieu des plus affreux troubles civils les difficiles fonctions de lieutenant du royaume, il monta sur le trône, à la mort de son père, le 8 avril 1364. On connaît l'histoire de ce règne réparateur, par l'habileté de sa diplomatie, par sa finesse et sa circonspection plutôt que par de grands succès militaires.



Charles V fit oublier à la France les désastres de Crécy et de Poitiers. C'était un politique et non pas un guerrier. Infirme et valétudinaire, il ne se plaisait pas au milieu des camps, il aimait les lettres et l'étude, rassemblait avec amour de riches manuscrits, faisait transcrire et traduire les chefs-d’œuvre de l'antiquité, et prenait part enfin à ce grand mouvement littéraire du XIVe siècle qui fut le prélude de la Renaissance.


Le roi Charles V en prière

Christine de Pisan nous a laissé de ce sage monarque un éloge un peu lourd et pédantesque, mais qui offre un véritable intérêt chaque fois que l'auteur, cessant d'invoquer, à propos de Charles V, les Grecs et les Romains, veut bien recourir à ses souvenirs personnels. Le roi jeûnait régulièrement, écrit-elle, un jour par semaine, donnait beaucoup aux pauvres et ne manquait point de leur baiser la main après avoir remis son offrande. Il suivait les processions « tout déchaux et pieds nus, Madame la Reine aussi . » Chaque année, le jour du Vendredi saint, le pieux monarque présentait lui-même la vraie croix au peuple et la lui faisait vénérer. Peut-être profitait-il de cette circonstance pour prononcer une exhortation publique; car sa ferveur lui inspirait parfois des accents d'une véritable éloquence. Les prières qu'il adressait à Dieu ont paru si belles qu'un contemporain les a recueillies; nous en citerons plusieurs fragments.


Le sacre de Jeanne de Bourbon, reine de France

Charles V avait épousé en 1350 Jeanne de Bourbon, qui mourut à Paris le 6 février 1377. L'année suivante, les cardinaux réunis dans ce fameux conclave de Fondi, d'où devait sortir le grand schisme d'Occident, proposaient au roi de France la tiare pontificale. Mais Charles V était infirme du bras gauche et n'aurait pu célébrer la messe : c'est là ce qui empêcha, si je m'en rapporte à un témoignage presque contemporain, la réalisation de cet étrange projet.

Le roi mourut en 1380 et laissa trois enfants :
1 - Charles, né le 3 décembre 1368 (Charles VI)
2 - Louis, duc d'Orléans, auteur de la branche royale d'Orléans (Louis XII) et de la branche d'Orléans-Valois-Angoulême (François Ier et ses successeurs).
3 -  Catherine, qui épousa Jean de Berry, duc de Montpensier.

Un manuscrit de la bibliothèque de Coislin cité par Montfaucon au siècle dernier contenait des instructions ou préceptes de Charles V à son fils Charles VI. Nous regrettons de n'avoir pu retrouver ce précieux manuscrit.



Le franc sous le règne du Roi Charles V



La France en 1365


LETTRE DE CHARLES V POUR INTRODUIRE EN OCCIDENT LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE LA ST-VIERGE

La fête de la Présentation de la Vierge prit naissance en Orient : un gentilhomme français, Philippe de Maizières, chancelier de Chypre et conseiller de Charles V, auteur d'un ouvrage très-célèbre au XIVe siècle, le Songe du vieil pèlerin, conçut l'idée d'introduire cette fête dans la liturgie occidentale. Il présenta l'office de la Présentation au pape Grégoire XI, et cet office fut chanté en présence du Souverain Pontife : peu après Charles V engagea les Églises du royaume à célébrer cette solennité. Nous publions ci-après l'une des circulaires envoyées à cet effet par le roi. La fête de la Présentation ne fut établie dans l'Église d'une façon tout à fait définitive qu'en 1585, par Sixte-Quint.


Présentation de la St-Vierge Marie au Temple de Jérusalem par St-Joachim et St-Anne.

Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à nos bien-aimés les doyen et chapitre de l'église collégiale de Notre-Dame de Melun au diocèse de Sens, salut en Celui qui ne cesse point de glorifier sa mère en ce monde. Au milieu de tout ce qui chaque jour appelle nos méditations et notre diligente sollicitude, la pensée d'entourer la bienheureuse Vierge et très-sacrée Impératrice de la vénération qui lui est due et de l'honorer du plus grand amour s'est présentée à notre esprit comme l'affaire la plus importante.

C'est avec raison que nous nous sentons incités à l'exalter et à la glorifier et que nous levons les yeux vers elle, car elle est pour tous une éminente protectrice; elle est auprès de son benoît fils la plus puissante médiatrice de ceux qui l'honorent avec un cœur pur. C'est pourquoi, connaissant la ferveur de votre dévotion à la Vierge, nous vous annonçons, par les présentes, que notre bien-aimé et féal chevalier et conseiller Philippe de Maizières, chevalier de Chypre, entièrement dévoué à ladite Vierge, nous a pieusement exposé, entre autres choses, qu'en Orient, où il a fait un long séjour, on célèbre solennellement chaque année, le 21 novembre, la fête de la Présentation de la bienheureuse Vierge, en souvenir de ce que Marie, n'étant pas encore âgée de trois ans, fut présentée au Temple par ses parents. Considérant qu'une si grande solennité était inconnue dans l'Église d'Occident, Philippe de Maizière en fit la description au Souverain Pontife, près duquel il se trouvait alors comme ambassadeur de notre très-cher frère l'illustre roi de Jérusalem et de Chypre, et lui offrit avec toute l'humilité convenable l'office de la fête en musique notée.

Le Souverain Pontife, après avoir examiné lui-même et fait examiner cet office par plusieurs cardinaux et autres prélats et maîtres en théologie, chanta les louanges
de Marie et permit avec bonté de célébrer cette fête dans son palais. Cette solennité fut donc célébrée à la cour pontificale, le 21 novembre, en présence des cardinaux, de plusieurs autres prélats et d'une très-grande foule de peuple.

C'est pourquoi ledit Philippe, se réjouissant dans le Seigneur, nous présenta humblement cet office. Nous l'avons accepté avec une grande joie, et dernièrement, ledit jour, 21 novembre, en notre présence et en présence d'une nombreuse réunion de prélats, de barons et de gentilshommes, nous l'avons fait célébrer avec solennité dans notre chapelle par notre bien-aimé et féal Pierre, abbé du monastère de Conches (?) et docteur solennel en décrets, alors nonce du siège apostolique en ce pays, lequel abbé prononça devant nous, en cette circonstance, un fort beau discours. Nous nous proposons enfin , avec la grâce de Dieu , de renouveler cette solennité chaque année, à la même date, pendant tout le cours de notre vie et d'exciter le peuple fidèle de notre royaume à célébrer cette fête. C'est pourquoi nous vous envoyons cet office, pensant procurer à votre dévotion un sujet de joie, et nous vous exhortons à faire célébrer cette solennité pour la gloire de Marie; car, après l'adoration qui est due à Dieu, il n'est point de culte plus utile à l'homme que celui de la Vierge sa mère; celle-ci vous récompensera dignement de l'honneur que vous lui rendrez.

Donné à Melun, le 10 novembre, l'an du Seigneur 1374, et de notre règne le onzième. Par le roi,
D'AILLY.



PRIÈRE DE CHARLES V A SON LEVER

S'en suivent aucunes pétitions, requêtes et dévotions que le bon, noble et prudent roi Charles V faisait souvent à Dieu, tant à part soi en son oratoire, en son lit et autrement et  humble dévotion et reconnaissance qu'il avait en Dieu.  « S'en suivent aucunes pétitions, requêtes et dévotions que « le bon, noble et prudent roi Charles V faisait souvent à Dieu, tant à part soi en son oratoire, en son lit et autrement en humble dévotion et reconnaissance qu'il avait en Dieu.»

En se levant le dit bon roi Charles disait en faisant le signe de la croix les paroles qui s'ensuivent :

Mon benoît Dieu, mon Seigneur et mon Maître, je vous prie par votre sainte et digne grâce, amour et bienveillance que me veuillez faire cette grâce et honneur que j'aie aujourd'hui et tout le temps de ma vie et de mon règne vos commandements, votre honneur et votre volonté en ma tête et en mon entendement, en ma bouche, et en mes paroles, en mon cœur et en ma pensée, et que pour l'honneur de vous je m'abstienne de vous offenser et faire aucune chose contre votre honneur, commandement et volonté.




PRIÈRE DE CHARLES V PENDANT LA CONSÉCRATION

En entendant la messe dévotement après qu'il avait dit ses heures en grande et fervente dévotion, disait en regardant le mystère de la consécration ce qui s'ensuit :

Hélas ! mon Dieu, mon Père, Créateur et Rédempteur, mon souverain Seigneur et Maître, par le mérite de votre sainte et précieuse digne mort et passion, je vous demande et requiers pardon et merci de toutes les fautes, péchés, offenses et désobéissances que je fis jamais et commis en mon état de roi et autrement contre votre benoite Majesté, Seigneurie et Divinité; et vous plaise par votre bonté, grâce et miséricorde me faire ce bien, cette grâce, cet honneur de préserver et garder mon âme, mon corps et mon royaume de péché et aussi veuillez conduire mon fait, mon sens, mon entendement ès affaires et charges que m'avez commises.

Hélas! mon Dieu, mon souverain Seigneur et Maître, je proteste que je ne suis digne d'avoir un tel honneur que m'avez fait de me constituer et ordonner roi et conducteur de ce votre royaume très-chrétien, et de la justice et gouvernement du peuple qui y est. C'est pourquoi, mon souverain Seigneur et Maître, je vous prie, requiers et supplie que vous me veuillez expressément faire cette grâce, ce bien et cet honneur de me donner sens et entendement et connaissance que je m'y puisse conduire si bien, si sagement et si justement que j'en puisse acquérir votre grâce, amour et bienveillance, et paradis.

Aussi je vous prie, mon souverain Seigneur et Maître qu'il vous plaise me faire cette surabondante grâce de me prêter et donner fils et héritier digne et capable de succéder à l'honneur et état de roi de ce royaume, que je tiens de vous et qui sous votre nom, plaisir et volonté s'y puisse si bien, si justement et loyalement conduire, que ce soit à votre honneur et louange, et pour le salut de son âme.





PRIÈRE A JÉSUS-CHRIST DANS LE SAINT VIATIQUE

Étant déjà très-malade, il voulut recevoir son créateur. Avant laquelle réception, à merveilleux signes de dévotion, dit telles paroles en la présence du sacrement.

O Dieu, mon Rédempteur, à qui toutes choses sont connues, sois moi propice, à moi, pécheur, qui reconnais avoir offensé tant de fois ta divine et sainte Majesté; comme tu as daigné approcher du lit du pauvre languissant, ainsi plaise à ta miséricorde me laisser à la fin arriver jusqu'à toi.

PAROLES ADRESSÉES PAR CHARLES V MOURANT A LA COURONNE D'ÉPINES ET A LA COURONNE ROYALE

Charles V près d'expirer se fit apporter la couronne d'épines de Notre - Seigneur par l'évêque de Paris, et par l'abbé de Saint-Denis la couronne du sacre. Celle d'épines reçut à grande dévotion, larmes et révérence, et la fit placer en haut devant lui; celle du sacre fit mettre sous ses pieds : alors commença telle oraison à la sainte couronne.



O couronne précieuse, diadème de notre salut, qu'il est doux et suave le contentement que tu donnes, en vertu du mystère de notre rédemption auquel tu as concouru. Que le sang dont tu fus arrosée me soit propice autant que je ressens de joie en ta digne présence.

Après tourna ses paroles à la couronne du sacre, et dit :

O couronne de France, que tu es précieuse à la fois et vile ! Précieuse en te considérant comme le symbole de la justice que tu contiens en toi et portes vaillamment; mais vile, et la plus vile des choses, si l'on considère le fardeau, le travail, les angoisses, les tourments, les peines de cœur, de corps, de conscience, les périls d'âme dont tu accables ceux qui te portent sur leurs épaules. Qui songerait vraiment à ces choses te laisserait plutôt traîner dans la boue que te relever pour te mettre sur sa tête .




PRIÈRE EN RECEVANT L'EXTRÊME-ONCTION.  PARDON DEMANDÉ AU PEUPLE.  BÉNÉDICTION DONNÉE PAR LE ROI A SON FILS.

Le roi, autant que sa faiblesse le lui permit, aida lui-même à s'administrer l'extrême-onction. Quand la croix lui fut présentée, il la baisa, et, en l'embrassant, il dit, en regardant la figure de Notre-Seigneur :

Mon très-doux Sauveur et Rédempteur qui daignas venir en ce monde et y souffrir volontairement la mort pour me racheter, moi et toute la race humaine, et qui m'as institué ton vicaire, moi indigne, moi inhabile, à gouverner ton royaume de France, j'ai péché grièvement contre toi, et je dis : Mea culpa, mea gravissima culpa, mea maxima culpa. Cependant, mon doux Dieu, bien que je t'aie courroucé par des fautes sans nombre, je sais que tu es vraiment miséricordieux, et que tu ne veux pas la mort du pécheur. C'est pourquoi, ô Père de miséricorde et de toute consolation, je crie vers toi et je t'appelle en cet instant de très-grande détresse, et j'implore ton pardon.

Cette prière terminée, il se fit tourner vers les gens et le peuple qui étaient là et dit : Je sais que, dans le gouvernement du royaume, j'ai offensé de plusieurs manières les grands, les moyens et les petits, et aussi mes serviteurs, pour lesquels je devais être bon, et non pas ingrat des loyaux services qu'ils m'ont rendus. Pour cela je vous prie de m'accorder merci et je vous demande pardon.

Il se fit alors élever les bras et leur tendit les mains. Vous pouvez imaginer si la pitié fut grande et s'il y eut des larmes répandues parmi ses loyaux amis et serviteurs. Il dit encore : Que tous sachent bien, et Dieu l'a su avant tous, qu'aucun désir temporel, de prospérité ou de vanité mondaine ne me porte ni ne m'invite à désirer autre chose, sinon ce que Dieu a voulu ordonner de moi. Il sait qu'il n'est aucun bien pour lequel je voulusse ou désirasse relever de cette maladie.

Peu après, le terme de sa fin approchant, il fit, à la manière des patriarches de l'Ancien Testament, amener devant lui son fils aîné, le Dauphin; et, le bénissant, il dit :
Comme Abraham bénit son fils Isaac, en lui donnant la rosée du ciel, la graisse de la terre et l'abondance du froment, du vin et de l'huile, disant que celui qui le bénirait serait béni; que celui qui le maudirait serait maudit : ainsi plaise à Dieu de donner à Charles, ici présent, la rosée du ciel, la graisse de la terre et l'abondance du froment, du vin et de l'huile ; que les lignées le servent; qu'il soit seigneur de tous ses frères, et que les fils de sa mère s'inclinent devant lui; que ce lui qui le bénira soit béni! que celui qui le maudira soit rempli de malédiction !

Ensuite, à la prière du seigneur de la Rivière, il bénit tous les assistants et dit : Benedictio Dei, Patris, et Filii, et Spiritus sancti, des cendat super vos et maneat semper.

Laquelle bénédiction ils reçurent tous à genoux avec une grande dévotion et en larmes. Puis le roi leur dit : Mes amis, allez-vous-en, et priez pour moi, et me laissez, afin que mon travail soit fini en paix.


JEAN D’ORLÉANS COMTE D'ANGOULÊME

Jean d'Orléans, comte d'Angoulême et de Périgord, fils de Louis d'Orléans, assassiné en 1407 près de la porte Barbette, et de Valentine de Milan, naquit le 26 juin 1404. Le duc Charles d'Orléans, son frère, le donna en otage aux Anglais, en l'an 1412, pour garantir le payement d'une somme de cent mille écus dus à l'Angleterre par la maison d'Orléans, et il ne recouvra sa liberté que trente-deux ans plus tard, en l'an 1444.


Jean d'Orléans, comte d'Angoulême et de Périgord


Jean d`Orléans, otage en Angleterre pendant 32 ans lors de la guerre de cent ans

Jean d'Orléans, comme son frère l'illustre poëte Charles d'Orléans, s'adonna à l'étude et cultiva les lettres; il était pieux et pénétré de la crainte de Dieu : je lis dans une notice signée de M. Vallet de Viriville qu'en l'an 1431 on lui offrit la tiare pontificale et qu'il la refusa. Il ne se maria qu'en 1449, et épousa Marguerite de Rohan, dont il eut Charles d'Angoulême, père du roi François Ier.


Cathédrale St-Pierre d`Angoulême

Jean d'Orléans mourut à Cognac le 30 avril 1467, et fut inhumé dans l'église cathédrale d'Angoulême. On conserve un manuscrit écrit tout entier de sa main: ce sont des copies de diverses prières latines et notamment de compositions pieuses dues à Pétrarque. Sous ce titre : Oratio ad Crucifixum, Jean d'Orléans a transcrit dans le même manuscrit une pièce de vers français dont il est probablement l'auteur : nous publions ci-après ce morceau, qui fait plus d'honneur à la piété qu'à l'imagination poétique du prince. Si nous en jugeons par cet essai, le frère du duc Charles n'avait pas grande habitude de la versification , et ne réussissait pas toujours à faire des vers justes. La canonisation du duc Jean a été à plusieurs reprises demandée à la cour de Rome, mais toujours vainement.




ORATIO AD CRUCIFIXUM ( Vieux Français)

Saint Sauveur, très-doulz Jhésu Crist,
Conceu du Saint Esperit,
Et né de la Vierge Marie,
Très-doulz Saulveur, je te prie
Qu'il te plaise à saulver mon âme
Et mon corps garder de diffâme.
Humblement te pri et requier
Que tu me gardes d'encombrier (péché).
Saint Saulveur, par ta grant puissance .
Sauve mes biens et ma substance.
Veulles moy saver mes amis,
Deffen nous de nos anemis,
Et ta sainte grâce nous donne.
Saint Salveur, seconde persone
De la benoite Trinité
Une Gloire, une Déité,
Une Puissance, une Excellance,
Ung Dieu, ung Roy, une Puissance,
Dieu sans fin, sans commencement,

Qui créas tout le firmament,
Biau sire Dieu,gardes-moy, hui.
De mal, de péchié et d'anui,
De honte, de mal fait, de folie ,
De courrous, d'orguel et d'envie ,
De male peste et de pesance ,
Et de toute autre meschance,
De mal dire , penser ne faire.
Me defens, roy débonnaire,
Roy paciens, plain d'amistié,
Conseille-moy par ta pitié,
Des yeux du cuer me regarde,

Corps et âme met en ta garde ;
Maintien moy en bonne créance,
En charité, en pacience ;
Et me maintien en tous bons fais
Et me garde de tous meffais.
Et ce que j'ay meffait, biau Sire,
Sy comme tu es souverain mire,
Par ta grant douceur me pardone ,
Et par confession me donne
Repentepce de mes péchiés
Dont tout mon corps est entéchiés.

Que par ycelle repentence
Puisse avoir à toy acordance.
Des péchiés que j'ay fait m'esmaie (je m'épouvante).
Sire Dieu, comme je meffait aye
De courous ou de félonnie,
Ou de convoitise, ou d'envie,
Ou de véoir, ou de sentir,
Ou de jurer, ou de mentir,
De langue, de dens ou de bouche ,
Ou de dire vilain reprouche,
Des ieux, d'ouir, de cuer, de mains,
De corps, de piés, de bras, de rains,
Ou en veillant, ou en dormant,
Ou en beuvant, ou en mengent,
Ou en quelconque autre manière ,
De tout mon cuer te fois prière ,
De tout mon povair je te pri
Que tu ayes de moy mercy,
Et si me donnes consail tel
Que ne chée en péchié mortel ;


Et gardes de toutes folies
Tous mes amis et mes amies,
Tous ceulx qui onques bien me firent,
Et enseignèrent, et nourrirent
Et de qui lez biens sont venu
Dont je vis et ayvescu,
Tous ceus qui croient en ta loy,
Et pour qui prier je doi.
Par ta duceur, par ta franchise,
Tous nous atourne à ton
service,

Et nous fay à toy si pencer ;
Par quoy nous puissons trespasser
Parmy les choses terrienes
Pour aler auz célestienes
Là sus par la plus droite voie,
Où tu es en parfaite joie,
En Paradis où tu as mis
Tes sains, tes elleus, tes amis.
Ceux et celles qui passés sont
En l'aulte siècle de cest mont,
Desquelz les armes (âmes) paine sentent
Et ta miséricorde atendent,
Par la prière de ta mère

De qui tu es et Fils et Père ,
De tous sains et de toutez saintes,
En soies priés à mains joimtes,
Tous mez amis et mez amies
Pardones péchiés et folies.
A ton service nous atourne
Et de mal faire nous destourne.
Donne vraie confession,
Repentence et contriction,
Et nos péchiés tous nous pardonne
Et la joye sans fin nous donne.
Amen.


LE BON ROI RENÉ

Le bon roi René, fils de Louis II, d'Anjou, roi de Naples, et d'Yolande d'Aragon, naquit à Angers le 16 janvier 1409 et mourut à Aix en Provence, le 10 juillet 1480.


René d`Anjou


René d`Anjou et Isabelle de Lorraine

Il descendait par Louis Ier, son aïeul paternel, de Jean le Bon, roi de France.  Par son mariage avec Isabelle, héritière du duché de Lorraine, René acquit des droits à cette couronne; mais elle lui fut disputée par un compétiteur heureux, Antoine de Vaudemont, qui le battit et le fit prisonnier, en 1431, à Bulgnéville. Libre pendant quelque temps sur parole, René d'Anjou dut bientôt regagner sa prison et imiter ainsi la conduite de son aïeul Jean le Bon; il demeura captif jusqu'au moment où la couronne de Naples lui échut par la mort de la reine Jeanne II.

René voulut alors prendre possession de cet héritage; mais il ne fut pas plus heureux à Naples qu'en Lorraine. Alphonse le Sage, roi d'Aragon, son compétiteur, se rendit maître de la ville de Naples en 1442, et le bon roi revint en France, ne rapportant autre chose de cette expédition que l'investiture du royaume de Naples, signée par le pape Eugène IV.

En 1467 les Aragonais lui offrirent la royauté de leur pays. René, refusant pour lui-même cette couronne, envoya en Aragon son fils Jean, qui mourut tout à coup à Barcelone, le 16 décembre 1470, après avoir remporté de brillants succès. Plus tard, le vieux roi, désabusé des grandeurs, aurait voulu, dit-on, renoncer à toutes ses dignités : il s'efforça vainement, affirme M. Vallet de Viriville, d'échanger tous ses titres et tous ses fiefs contre une rente viagère.

Le bon roi René, dépouillé du duché d'Anjou par Louis XI, se retira à Aix en Provence et y finit ses jours, adoré de son peuple, au milieu duquel il vivait comme un père au sein de sa famille. Il légua la Provence à son neveu Charles d'Anjou, à la condition que ce pays serait dévolu au roi de France après la mort de Charles.


Le Roi de France, Louis XI

René était bon, simple et humain; ce n'est pas à dire que sa vie soit, en tous points, un modèle; il était faible, et il a chanté ses faiblesses ; mais il les a pleurées aussi, accusant en un naïf langage son cœur « tant fresle et souffreteux, qui le fit souvent tresbuchier. »

Ce prince avait des goûts d'artiste : il maniait également le pinceau et la plume; il a laissé divers écrits : celui dont nous citons quelques fragments est dédié à l'archevêque de Tours Jean Bernard (1441-1468). René épousa en secondes noces Jeanne de Laval, dont il n'eut pas d'enfants.


René d`Anjou et Jeanne de Laval

La célèbre Marguerite épouse de Henri VI, roi d'Angleterre, était fille du duc d'Anjou, et d'Isabelle de Lorraine. Lors du triomphe définitif d'Édouard IV (d'York) et de la Rose blanche, Marguerite, après avoir perdu son époux et son fils et renoncé à tous ses droits, se réfugia auprès du roi René, son père. Elle le suivit de près dans la tombe.


Le roi Henri VI d`Angleterre, Maison des Lancaster


Marguerite d`Anjou, reine d`Angleterre, elle doit fuir en France après la mort du Roi et la chute de la Maison des Lancaster pendant la guerre civile en 1471 - La Guerre des Roses


Angleterre: Rose rouge de la Maison de Lancaster. Rose blanche de la Maison de York. Rose rouge et blanche de la Maison des Tudors


LES FAIBLESSES DU COEUR ( texte en vieux Français du roi René)


O tu, mon Créateur, Dieu tout-puissant, souveraine lumière, tu m'as les yeulx ouvers en me ammonnestant, et m'as tellement enluminée qu'ay veu et cogneu vrayement que la vie de l'homme sur terre n'est d'aultre chose plaine que de toute temptation.

Hélas! mon vray Rédempteur, toutes foys je sçay bien que jamais tu ne veulz la perdicion de moy, l'âme, ton humble créature, que tu as créée, non pas de toy ne de nés une élémentable matière. Mais de riens m'as créée, voire vrayement raisonnable, intellectuelle, spirituelle et perpétuellement vivante, et m'a ta Majesté souveraine faicte si capable que à toy et de toy seulement et non de rien aultre quelconque puis-je estre remplie et resaisiée, si que je demeure tousjours nécessiteuse, souffreteuse et mendiante, sinon lorsque je t'ay avecques moy.

Car adoncques est mon désir entièrement rempli, et ne reste lors, ne demeure au dehors de moy plus riens de ce que je quiers, veuil et désire que je n'aye entièrement en moy. Mais quoi ! hellas ! quant je t'ay et que tu es en moy, retenir ne te sçay. Pourquoi ? car tant m'en destourbe le désir abusé de ce cuer-cy avecques lequel suis couplée et faicte pèlerine du voyage de son mortel cour transitoire, dont les inclinations naturelles tant fresles, tant passives et tant souffreteuses me font souvent tresbuchier et presque verser jusques du tout à terre, et sans me povair resouldre, ne lever hors ma teste vers le ciel où tu es, pour à toy rendre grâces et louenges des très-haulx biens et parfaiz bénéfices qu'as sur moy eslargis. Et ainsi m'est ne plus ne moins comme le beuf plain de lache courage et remply de pesanteur tardive, qui par sa négligence ne peut haucer le pié; par quoy fault quant il tresbuche que dutout chée à terre, et, enchéent, après luy tire l'aultre, lequel est lié avec ques luy soubz le joug par les cornes. Ainsi semblablement et souventes foys après lui me tire se dolent cuer, et tresbuchier me fait en la fange et ordure de sa vaine plaisance.


Dernière édition par MichelT le Mer 11 Oct 2017 - 2:28, édité 3 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Dim 10 Sep 2017 - 20:52

SAINTE JEANNE DE VALOIS – princesse de France

Jeanne de Valois, sœur de Charles VIII et d'Anne de Beaujeu, naquit en 1464, du mariage de Louis XI avec Charlotte de Savoie, et mourut en 1505.


Louis XII, roi de France

Elle fut promise dès l'âge de douze ans à son cousin le duc d'Orléans. Cette union ne fut pas heureuse : Jeanne était petite et contrefaite, et le duc d'Orléans ne dissimulait pas l'aversion qu'il avait pour elle. Devenu roi sous le nom de Louis XII, il s'adressa à l'autorité ecclésiastique pour faire déclarer la nullité du mariage. La sentence de nullité obtenue par Louis XII grâce à diverses déclarations vraisemblablement fausses, fut prononcée avec une grande solennité dans l'église Saint-Denis d'Amboise le 17 décembre 1498.


La Ville de Bourges

Jeanne se retira à Bourges, où elle fonda l'ordre de l'Annonciade. Les statuts de cet ordre sont l'œuvre commune de notre sainte et de son confesseur, le père franciscain Nicolas Gilbert, plus connu sous le nom de Gabriel-Maria : ils furent soumis à l'examen de saint François de Paule, qui était en correspondance intime avec Jeanne de Valois.


Jeanne de France ( De Valois) – fondatrice de l`ordre de l`Annonciade

Les premières religieuses de l'Annonciade furent Catherine Gauvinelle d'Amboise, une veuve, Macé de la Pourcelle, de Tours, et plusieurs jeunes filles de Tours et d'Amboise. L'ordre a été approuvé, en 1501, par Alexandre VI, et, en 1517, par Léon X.


L`ordre ( Annonciation de la Vierge Marie), ordre de moniales contemplatives fondé par Jeanne de France en 1501 existe toujours.

PRIÈRE A LA VIERGE

Marie, très-digne Mère de Jésus, faictes moy votre digne ancelle et servante, et me faictes ceste faveur d'estre toujours en vostre grâce, et que toute créature que j'ayme, que jé l'ayme à ce ou pour ce qu'elle (vous) ayme, et me donnez aussy grâce et vertu que toute personne qui vous ayme m'ayme, et qu'elle ne m'ayme sinon à ce ou pour ce que je vous ayme, afin que finablement puissions parvenir avec vous pour éternellement aymer et louer notre bon Dieu et vous pareillement. Amen .


GABRIELLE DE B0URBON

Gabrielle de Bourbon était fille de Louis Ier de Bourbon, comte de Montpensier, dauphin d'Auvergne, et de Gabrielle de la Tour.


Gabrielle de Bourbon

Elle épousa en 1485, à Montferrand, Louis II de la Trémouille, le fameux chevalier sans reproche, celui qui contribua pour une si bonne part à la brillante victoire de Fornoue, celui qui fit prisonnier, à Saint-Aubin-du-Cormier, le duc d'Orléans (depuis Louis XII), révolté contre Charles VIII.


Louis II de la Trémoille

Du mariage de Louis de la Trémouille avec Gabrielle de Bourbon naquit un fils, Charles de la Trémouille. Ce jeune prince fut tué à la bataille de Marignan, où il s'était valeureusement conduit : il avait reçu soixante-deux blessures.  Gabrielle de Bourbon suivit de près son fils dans la tombe : elle mourut le 30 novembre 1516; enfin Louis de la Trémouille fut frappé d'une balle au coeur à la bataille de Pavie (1525).


Le roi de France François 1 er

Gabrielle de Bourbon était lettrée et pieuse : Jean Bouchet nous a laissé d'elle un naïf portrait :

« Elle estoit dévote et pleine de grant religion, sobre, chaste, grave sans fierté, peu parlant, magnanime sans orgueil, et non ignorant les lettres vulgaires. En public monstroit bien elle estre du royal sang descendue, par ung port assez grant et révérancial; mais, au privé, entre ses gentilzhommes, damoyselles, serviteurs et gens qu'elle avoit accoustumé veoyr, estoit la plus bénigne, gracieuse et familière qu'on eust pu trouver; consolative, confortative et toujours habondante en bonnes parolles, sans vouloir ouyr mal parler d'aultrui. Jamais n'estoit oyseuse, mais s'emploioit une partie de la journée en broderies et aultres menuz ouvrages appartenans à telles dames; et y occupoit ses damoiselles, dont avoit quantité, et de grosses, riches et illustres maisons. Et quant aucunes foiz estoit ennuyée de telz ouvrages, se retiroit en son cabinet fort bien garny de livres, lisoit quelque histoire ou chose moralle ou doctrinalle, et s'i estoit son esprit ennobly et enrichy de tant bonnes sciences, qu'elle emploioit une partie des jours à composer petitz traictez à l'honneur de Dieu, de la Vierge Marie et à l'instruction de ses damoiselles; elle composa en son vivant une contemplation sur la Nativité et Passion de Nostre Seigneur Jhésus-Crist, ung aultre traicté intitullé le Chasteau de Sainct-Esprit, ung aultre traicté intitullé l'Instruction des jeunes filles, et ung aultre traicté intitullé le Viateur, qui sont toutes choses si bien composées qu'on les estime estre plus ouvrage de gens de grans lestres que composicion de femme.»


Château et chapelle des ducs de la Trémouille a Thouars


La ville de Thouars en Poitou-Charentes

L'ouvrage que Jean Bouchet appelle le Viateur est un voyage spirituel dont voici le résumé :



Le voyageur est l'âme humaine, que notre auteur appelle tantôt l'Âme dévote, tantôt la Pèlerine. La Pèlerine est accompagnée de trois notables personnages : Bon Vouloir, Dame Espérance et Dame Force. Gabrielle de Bourbon décrit tout d'abord minutieusement les costumes de ces personnages, et les miniatures du manuscrit permettent au pieux lecteur de suivre cette description. Dame Espérance est en robe grise; Dame Force, en robe rouge. Bon Vouloir, vêtu de couleur azurée, marche en avant et porte le crucifix.

Entre Dame Force et Bon Vouloir, la miniature nous représente l'Âme dévote, héroïne de l'ouvrage, vêtue d'un manteau bleu, tête nue, les bras contemplativement joints sur la poitrine. Après un dialogue préliminaire sur les difficultés du voyage, l'Âme dévote et ses compagnons prennent leurs dernières dispositions. Espérance offre à l'Âme une écharpe et une ceinture tissues de sa main : elle lui remet une panetière de dévotion pleine de saintes pensées et de dévotes méditations. De son côté, Bon Vouloir lui baille son chapeau, qui gardera la pieuse pèlerine de la pluie, de la grêle et du vent. Notons en passant que la bride du chapeau de Bon Vouloir est une bride d'abstinence.

Sous l'écharpe et la ceinture que Dame Espérance lui a remises, l'Âme dévote porte une belle robe blanche d'innocence, cadeau que lui fit récemment Dame Pénitence; elle tient à la main le bourdon de force; elle a aux pieds les souliers d'austérité, et quelque part en réserve le baril de sainte doctrine plein du bon vin de sapience divine. Après avoir imploré le secours de Dieu, l'Âme dévote commence enfin son voyage : dans le cours de ce pèlerinage elle fait la rencontre de divers personnages suspects, Vaine Gloire, Présomption, Amour de soi, etc., qui s'efforcent sans aucun succès de la détourner du droit chemin de vertu. Aidée de Bon Vouloir, de Dame Force et de Dame Espérance, l'Âme dévote arrive enfin au but non sans avoir ouvert plus d'une fois la panetière de dévotion, tiré le pain de saintes pensées qui est dedans, puisé au baril de sainte doctrine le bon vin de sapience divine.

La cinquième miniature du manuscrit représente l'une de ces réfections spirituelles, comme dit notre auteur. L'un des personnages soulève le baril à deux mains, et se rafraîchit du bon vin de sapience divine : un autre tient à la main un verre vide, et le troisième mord à belles dents dans un petit gâteau de dévotion. Trois autres
pèlerins contemplent de loin cette scène touchante.

Le voyage est divisé en sept journées : la bonne Âme dévote arrive le septième jour en la cité de Bon Repos. Toutes les vierges, au commandement de leur souveraine maîtresse, la Vierge Marie, veulent marcher à sa rencontre; mais elle était déja entrée; car Miséricorde avoit ouvert l'huys. »

Le Fort château pour la retraite de toutes bonnes âmes ou Château de Sainct-Esprit  est du même genre.


PRIÈRE DE L'AME DÉVOTE AU MOMENT DE PARTIR POUR LE VOYAGE SPIRITUEL

L'âme se met en prière sur l'invitation de Bon Vouloir.

« Bon Vouloir : Dame dévote, fais ta prière ainsi que tu l'entends.

« La bonne Âme c'est mise à genoulx, habillée de de tous ses habitz, et commance à faire son oraison, disant ainsi :

« Très-sacrée et divine Trinité, troys personnes en unité, toutes esgalles en pouvoir, savoir et vouloir, en celle foy et créance, je vous adore comme mon souverain Seigneur et Dieu, Père éternel, créateur des humains; vous rends humbles grâces et mercys de ce qu'il vous a pleu m'avoir faicte et créée de l'oeuvre de voz mains, ymage à vostre samblance, et de ce qu'il vous plaist m'en donner cognoissance. De tout mon cueur vous en remercie; aussi foys-je de ce qu'il vous a pleu me donner le vouloir d'entreprendre ce sainct voyage, car j'entends bien que sans vous rien je ne puis, mon souverain Seigneur. Qu'il vous plaise me donner le pouvoir de parfaire ma saincte entreprinse, affin que en gloire vous puisse veoir en la cité du BON REPOS, où je espère
d'avoir toute consolation. »


AUTRE ORAISON DE L'AME DÉVOTE A JÉSUS-CHRIST ET AU SAINT - ESPRIT

« O Dieu crucifié, seconde personne de la Trinité, je viens à vous très-humblement vous mercier de ce qu'il vous a pleu tant vous humilier que d'estre descendu ça bas dedans le sacré ventre de la benoiste et sacrée Vierge; et ne vous a pas suffiz, mon Dieu, en cheminant par le désers de ce monde, endurer peyne et travail; mais à la fin avez voulu morir en l'arbre de la croix, ainsi que représente nostre enseigne : pour le mérite de laquelle passion vous supply, mon Dieu, qu'il vous plaise vouloir conduire ceste pauvre pèlerine au port de salut, affin que pour la douleur que avez pour moy soufferte à laquelle ay désiré tous jours participer et moy rendre à vostre bonne cité de bon repos . O vous, glorieux sainct Esperit, tierce personne en Déité, vray consolateur des désolés, conducteur de toutes bonnes oeuvres, qui remetez en bonne voye les desvoiez, en vous, toute est mon espérance ; en vous seul est ma fiance, moy mectant en vostre saincte garde et protection, vous suppliant très-humblement, mon Dieu et mon Seigneur, avoir pitié de ceste pauvre pèlerine, laquelle je mect en chemin pour passer les déserts

Nous terminerons ces citations par quelques fragments du Fort chasteau pour la retraite de toutes bonnes âmes, fait par le commandement du glorieux Sainct-Esperit.

CAPITAINE ET PORTIERS DU CHATEAU DE L'AME

« Le principal capitaine et le lieutenant général, c'est Crainte de Dieu, qui se tient à la maistresse tour du boullevert, par lequel grant capitaine seront tous les assistans conduitz. Le portier de la grande porte, c'est Force, qui gardera que nul contre le vouloir du Seigneur entrera dedans. Es aultres deux tours du portal, il y a de bons capitaines et loyaux. L'ung se nomme Sainct Vouloir, l'autre Mesprisance des biens mondains. Le portier, servant à la tour de Bon Vouloir, s'appelle Bégnivolance; et celuy de la tour de Mesprisance se nomme Cognoissance de soy-mesme.

PETIT DISCOURS ADRESSÉ PAR DAME ESPÉRANCE AUX AMES DÉVOTES

« Or doncques, mes filles, je vous prie que vostre espoir en Dieu se repose qui est souveraine bonté. Cest espoir ne sera point faulx ne decepvable. Servez hardiment, mes filles, ce bon maistre, et ayez parfaicte fiance en luy et foy sans varier. Et il vous récompensera d'ung héritaige lequel sera à jamais, c'est (assavoir) du royaulme de tous délices auquel n'a nul deffault de joye, richesses et inestimables consolations; mais que vostre fiance soit du tout en luy ! N'aurez deffault de nulle rien (il ne vous manquera rien) ne en ce monde, ne en l'autre.

« L'on dit en commun langage mondain que Espérance paist le chétifz (Espérance repaît le malheureux). Vous devez entendre, mes bonnes escollières, que nous suymes (sommes) deux qui nous nomons de ce nom. Mais la mondaine est faulse et decepvable, et paist, par ses affectez langages, les chétifz et mondains; et telz se peuvent-ilz nommer quant ilz s'i fient. De moy, je ne vous diray rien qui ne soit véritable; car, au lieu où je vous dis que devés avoir vostre espoir, c'est le bon et loyal qui point ne fauldra (ne fera défaut). Ne creignez peines ne labeurs en ce monde endurer pour celuy qui pour vous les a endurées; car vostre récompence sera telle que voz saincts désirs le souhaittent diment, mes filles, ce bon maistre, et ayez parfaicte fiance en luy et foy sans varier.


MARIE STUART

Marie Stuart, née le 5 décembre 1542, était fille de Jacques V, roi d'Écosse, et de Marie de Lorraine, fille aînée du premier duc de Guise.


Marie-Stuart en 1555

Jacques V étant mort peu de jours après la naissance de Marie, cette enfant devint reine dès le berceau. Elle fut envoyée en France à l'âge de six ans pour y être élevée et fiancée au jeune Dauphin, fils de Henri II. On la plaça dans un couvent où les filles de la première noblesse de France recevaient une brillante éducation littéraire : elle y apprit l'italien , le latin, l'art de versifier. Brantôme atteste « qu'estant en l'age de treize à quatorze ans, elle déclama devant le roi Henry une oraison en latin qu'elle avoit faicte, soubtenant et deffendant, contre l'opinion commune, qu'il estoit bien séant aux femmes de sçavoir les lettres et arts libéraux. »

Marie Stuart, qui faisait l'ornement de la cour par sa beauté, son esprit vif et ouvert, ses grâces séduisantes, épousa, en 1558 le jeune Dauphin, depuis, François II. Veuve à dix-huit ans (1560) et mal vue de Catherine de Médicis, la reine d'Écosse s'embarqua à Calais le 15 août 1561 pour retourner dans son royaume. Elle quittait à regret la France, sa seconde patrie : ses yeux ne pouvaient se détacher du rivage : « les deux bras appuyés sur la poupe de la galère du costé du timon, elle se mist à fondre en grosses larmes, écrit Brantôme, jettant toujours ses beaux yeux sur le port et répétant sans cesse : Adieu, France ! adieu, France !»

On connaît l'histoire tragique de Marie Stuart : peu de  temps après son arrivée en Écosse, malgré les protestations de Knox , le fameux apôtre de la réforme, malgré la résistance armée de l'aristocratie écossaise et du parti protestant, elle épousa son parent Henri Stuart, lord Darnley, fils du comte de Lennox, dont la mère se trouvait, après Marie Stuart, la plus proche héritière du royaume d'Angleterre.


John Knox, prédicateur protestant écossais et fondateur de l`Église presbytérienne


Henri Stuart, Lord Darnley

Darnley ayant fait assassiner David Rizzio, favori de la reine, fut lui - même victime d'une vengeance terrible : Son habitation près d'Édimbourg fut minée, et il fut enseveli avec son page sous les ruines du château. Un cri de réprobation s'éleva contre un familier de la reine, Bothwell, amiral héréditaire d'Écosse. Bothwell fut acquitté à la suite d'une procédure dérisoire ; après quoi, bravant audacieusement l'opinion, Marie le choisit pour succéder à Darnley, et lui donna publiquement sa main trois mois après la mort du roi d'Écosse.


La reine d`Écosse Marie Stuart et James Hepburn (1535–1578), 4th Earl of Bothwell

Le châtiment suivit de près la faute : Marie eut à lutter contre l'aristocratie écossaise soulevée contre elle. Elle succomba, fut faite prisonnière, enfermée au château de Loch Leven, et dut enfin abdiquer en faveur de son fils Jacques, qu'elle avait eu de Darnley.


Château du Loch Leven - Écosse


Repli des troupes de Marie-Stuart après la bataille de Langsyde

Elle réussit bientôt à s'évader et sembla un moment retrouver son prestige; mais elle fut mise en déroute à Langsyde (13 mai 1568); et, jugeant sa cause désespérée, elle prit la résolution hardie de se réfugier en Angleterre, près de la reine Élisabeth.


Élizabeth 1, reine protestante d`Angleterre

Marie fut exécutée le 8 février 1587. Sa mort chrétienne et courageuse fut une belle expiation ; elle protesta de son attachement à la foi catholique, demanda pardon de ses fautes, pria pour son pays, pour son fils Jacques, pour l'Angleterre et pour la reine Élisabeth 1. Elle avait adressé peu de temps avant sa mort un adieu suprême au pape Sixte-Quint et une lettre au duc de Guise.


Exécution de Marie-Stuart au Château de Fotheringay, Angleterre, le 8 Févier 1587.

Nous publions ci-après ces deux documents.


Le Pape Sixte Quint

LETTRE AU PAPE SIXTE QUINT
De Fotheringay, le 23 novembre 1586.

J E HIS U S M A R I A
+

Père saint, comme aynsi en soit qu'il a pleu à Dieu par sa providance divine, mettre un ordre en son Esglise, par lequel il a voulu que, sous son Filz Jehsus Christ crucifié, tout ceulx qui croyroy(e)nt en luy et seroyent baptisez au nom de la saincte Trinité, recongneussent une Esglise universelle et catholique pour mère, les commandemantz de laquelle, soubz poine de damnation, nous debvons garder avvesques les dix de la loy, il est requis que chascun aspirant à la vie éternelle aye là l'oeill fiché.

Or moy estant née de roys et parentz tous baptisez en icelle comme moy mesmes aussi, et qui plus est, dès la mammelle, indigne que je suis, esté appellée à la dignité royale, oynte et sacrée par l'aucthaurité et ministres d'icelle, soubz les aysles et au giron de laquelle estant nourrie et eslevée, et par celle esté instruicte de l'obéissance deue par tous chrestiens à celuy qu'elle, guidée par le Saint-Esprit, a esleu selon les anciens descretz et ordre de la primitive Esglise au saint siége apostolique, comme notre chief en terre, auquel Jehsus Christ en son dernier testament a donné puissance, parlant à saint Pierre de la fondation d'icelle, de pierre vive, de lier et deslier des liens de Satan les pauvres pescheurs, nous absolvantz, par luy ou ces ministres à ce commis, de toutz crimes et peschés par nous commis et perpétrez, nous estantz repentantz, et, en tant qu'en nous est, faisant satisfaction d'iceulx, après estre confessez, selon l'ordonence de l'Esglise.

j'appelle mon Sauveur Jehsus Christ à tesmoing, la benoiste Trinité, la glorieuse vierge Marie, tous les anges et arcanges, saint Pierre, pasteur, mon péculier interssesseur et spécial advocat, saint Paul, apostre des gentilz, saint André et tous les saints apostres, saint George et en général tous les saintz et sainctes de paradis, que j'ay tousjours vescu en cette foy, qui est celle de l'Esglise universelle, catholique, apostolique et romayne, en laquelle estant régénérée j'ay tousjours eu intention de faire mon debvoir au saint siége apostolique.

De quoy, à mon grand regret, je n'ay peu rendre le deue tesmoygnasge à Vostre Saincteté pour ma détention en ceste captivité et ma longue maladie ensemble; mays mayntenant qu'il a pleu à Dieu, très sainct Père, permettre pour mes peschés et de ceulx de ceste isle infortunée que moy (seulle restant du sang d'Angleterre et d'Escosse faysant profession de ceste foy), soit après xx ans de captivité, resserrée en une estroicte prison, et enfin condampnée à mourir par les Estatz et assemblée hérétique de ce pays, comme il m'a esté ce jour d'huy signifié par la bouche de lord Boukherst, Amias Paulet, mon gardien, un Drew Drouri chevalier, et un segrétayre nommé Beal, au nom de leur Royne, me commandant de me préparer de recepvoir la mort, m'offrant un de leur esvesques et un doyen pour ma consolation, un prestre que j'avois m'ayant este par eulx long-temps auparavant osté et tenu je ne sçay où entre leurs mayns, j'ay pancé mon premier debvoir estre de me retourner à Dieu, et puis de ma main signifier le tout à Vostre Saincteté, à ce que, bien que je ne le vous puisse fayre entendre avant ma mort, que au moings, après, l'occasion vous en soit manifeste; qui est, le tout bien espluché et considéré, pour la subversion de leur religion en cest isle par moy, disent-ilz, pratiquée et en ma faveur atamptée, tant par leurs propres subjectz obéissantz à vos loix leur déclaray ennemys, que par les estrangiers, en espécial, les princes catholiques et mes parents, lesquels touz come reprochent ilz maintiennent mon droit à la couronne d'Angleterre, me faysant nommer telle en leurs prières par les esglises, et les ministres d'icesle de ceste nation me professant subjection et debvoir.


Je remets à Vostre Saincteté de considérer la conséquence de tel judgement, vous suppliant de fayre fayre prières pour ma pauvre âme, (et) de touz ceux qui sont mort ou mouront pour le mesme et pareill judgement, et mesme en l'honnheur de Dieu, despartir de vos aulmones et inciter les roys à fayre de mesme vers ceulx qui resteront en vie de ce naufrage. Et mon intention estant, selon les constitutions de l'Esglise de me confesser, fayre pénitance en tant qui est en moy et recevoir mon viaticum, si je puis obtenir mon chapelain ou aultre légitime ministre pour me amministrer mes ditz sacrements, comme à fauete de ce, du coeur contrit et repentant je me prosterne aux piedz de Vostre Saincteté, me confessant à Dieu et à ses saints, et icelle vostre paternité, très-indigne pescheresse et coupable de damnation éternelle, si il ne plest au bon Dieu, qui est mort pour les pescheurs, me recevoir par sa miséricorde infinie aux nombres des pauvres pescheurs pénitantz à sa mercy; vous suppliant prendre ceste mienne générale submission pour tesmoignage de mon intention d'acomplir le surplus en la forme ordon née et commandée en l'Esglise, si il m'est permis, et me donner vostre absolution généralle selon que vous sçavez et connoissez estre requis pour la gloyre de Dieu, l'honneur de son Esglise et le salut de ma pauvre âme entre laquelle et la justice de Dieu je interpose le sang de Jéhsus Christ pour moy crucifié et tous les pescheurs, l'une des plus exécrable desquelz je me confesse estre, veu les grâces infinies par luy receues, par moy mal recongneues et employées qui me rend indigne de pardon, si sa prommesse faite à tous ceulx qui de peschés et afflictions spirituelles (viennent à lui), d'estre par lui assistez, et sa miséricorde ne m'enhardissoit, suivant son commandement, de venir vers luy, portant ma charge, afin d'en estre par luy deschargée à l'example de l'enfant prodigue, et qui plus est, offrant au piedz de sa croix volontèrement mon sang pour le maintien et fidelle zelle que je porte à son Esglise, sans la restauration de laquelle je ne désire jamays vivre en ce malheureux monde.

Outre plus, père sainct, ne m'estant layssé nul bien en ce monde, je supplie Vostre Saincteté d'impétrer du roy très chrestien que mon douayre soit chargé du paiement de mes debtes et guasges de mes pauvres désolés serviteurs, et d'un obit annuel pour mon âme et celle de tous nos confrères en ceste juste que relle décédez, n'ayant eu aultre intention particulière, comme mes pauvres serviteurs , présentz à ceste mienne affliction, vous tesmoigneront et comme j'ay volontiers offert ma vie en leur hérétique assemblée pour maintenir ma religion catholique, apostolique et romayne, et ramener les desvoyez de ceste isle, voire eulx même, protestant en ce cas que voulontiers je me desmèteroys de tout titre et dignité de royne, et fayre tout honneur et service à la leur, si elle voulait laysser de persécuter les catholiques, comme je proteste que c'est là le but à quoy j'ay tiré depuis que je suis en ce pays, et n'ay ambition ni désir de régner ni desposséder altrui pour mon particulier, estant par maladie et par longues afflictions si affayblie que je n'ay plus désir de me troubler en ce monde que du service de son Esglise et gain des âmes de ceste isle à Dieu ; pour tesmoignage de quoy à ma fin je ne veulx faillir de préférer le salut public au particulier intérest de la chayr et du sang.

Qui me fayt vous prier, avvesques un mortel regret de  la perdition de mon pauvre enfant, après l'avoir par touz moyens tasché de le regaigner, luy estant vray père, comme saint Jean l'évangeliste fut au jouvenceau qu'il retira de la compagnie des voleurs, de prendre enfin toute l'auctauricté sur luy que je vous puis donner pour luy contreindre, et, si il vous plest, d'appeler le roy catholique pour vous assister en ce qui sera du temporel, et mesmement pour ensemble le tascher de l'allier par mariage; et, si Dieu pour mes péchés permet qu'il soit obstiné, ne saschant nul prince chrestien en ce temps qui tant travaille pour la foy, ni en a tant de moyens d'ayder à la réduction de ceste isle que le roy catholique, à qui je suis beaucoup redevable et obligée, estant celuy seul qui m'a aydée de son argent et conseill en mes nécessités, soubz vostre bon playsir, je laysse tout ce que je puis avoir de droist ou intérest au gouvernement de ce royaulme, mon fils estant obstiné hors de l'Esglise ; lequel ce pouvant réduire, je désire estre par luy et mes parens de Guise aydé, supporté et conseillé, luy enjoignant par ma dernière volonté les tenir, après vous, pour pères, et s'allier par leur advis et consentement ou en l'une de leurs deux maysons, et, si il playsoit à Dieu, je le souhaite digne d'estre filz du roy catholique.

Voilà le regret de mon cueur et la fin de mes désirs mondains, tendans, comme je l'antandz, au bien de son Esglise et à la descharge de ma conssiance, que je présente aux pieds de Vostre Saincteté, que très humblement je bayse. Vous aurez le vray récit de la fasson de ma dernière prise et toutes les procédures contre moy et par moy, affin qu'entendant la vérité, les calumnies que les ennemys de l'Esglise me vouldront imposer puissent estre par vous réfutées et la vérité cogneue; et, à cest effect, ay-je vers vous envoyez ce porteur, requérant pour la fin vostre saincte bénédiction et vous disant le dernier à Dieu que je prie conserver vostre personne longuement en sa grâce au bien de son Esglise et de vostre troupeau désolé, spéciallement celui de ceste isle, que je laisse bien esguarrée sans la miséricorde de Dieu et votre soing paternel.

De Fotheringay, ce 23 de novembre 1586.

Excusés mon escriture sur la faiblesse de mon bras. J'entends, à mon grand regret, des mauvais bruitz d'auquns près de Vostre Saincteté, que l'on dit recevoir gasge de cest Estat pour trahir la cause de Dieu ; et il y a des cardinaux y entaschez. Je laisse à Vostre Saincteté d'en fayre l'examen et avoir l'oeill sur un certain seigneur de Saint-Jean, fort soupçonné d'estre espion du grand trésaurier. Il y a de faux frères, et je vous respons que ceux qui par moy vous ont esté recommandez sont tout autres.

De Vostre Saincteté très-humble et dévote fille ,
MARIE,
Royne d'Escosse, douairière de France.


MARIE STUART AU DUC DE GUISE

De Fotheringay, le 24 novembre (1586).

Mon bon cousin, celuy que j'ay le plus cher au monde, je vous dis adieu, estant preste par injuste jugement d'estre mise à mort telle que personne de nostre race, (grâces) à Dieu, n'a jamais receue, et moins une de ma qualité; mais, mon bon cousin, louez-en Dieu, car j'estois inutile au monde en la cause de Dieu et son Esglise, estant en l'estat où j'estois ; et espère que ma mort témoignera ma constance en la foy, et promptitude de mourir pour le maintient et restauration de l'Esglise catholique en cette infortunée isle; et, bien que jamais bourreau n'ait mis la main en nostre sang, n'en ayez honte, mon amy, car le jugement des hérétiques et ennemis de l'Esglise, et qui n'ont nulle jurisdiction sur moy, reine libre, est profitable devant Dieu aux enfans de son Esglise; si je leur adhérois, je n'aurois ce coup.Tous ceux de nostre maison ont tous été persécutés par cette secte; témoin vostre bon père, avec lequel j'espère estre receue à mercy du juste juge. Je vous recommande donc mes pauvres serviteurs, la descharge de mes dettes et de faire fonder quelque obit annuel pour mon âme, non à vos dépens, mais faire la sollicitation et ordonnance comme sera requis et qu'entendrez mon intention par ces miens pauvres désolez serviteurs, témoins oculaires de cette mienne tragédie.

Dieu vous veuille prospérer, vostre femme, enfans, et frères, et cousins, et surtout nostre chef, mon bon frère et cousin le duc de Lorraine ; la bénédiction de Dieu et celle que je donnerois à mes enfans puisse estre sur les vostres, que je ne recommande moins à Dieu que le mien, mal fortuné et abusé. Vous recepvrez des tokens de moy pour vous rament avoir de faire prier pour l'âme de vostre pauvre cousine, désolé(e) de toute ayde et conseil que de celuy de Dieu, qui me donne force et courage de résister seule à tant de loups hurlants après moy : à Dieu en soit la gloire !

Croyez en particulier ce qui vous sera dit par une personne qui vous donnera une bague de rubis de ma part; car je prends sur ma conscience qu'il vous sera dit la vérité de ce que je l'ai chargé, spécialement de ce qui touche mes pauvres serviteurs et la part d'aucun. Je vous recommande cette personne, pour sa simple sincérité et honnesteté, à ce qu'elle puisse estre placée en quelque bon lieu. Je l'ai choisie pour la moins partiale, et qui plus simplement rapportera mes commandements. Je vous prie qu'elle ne soit cogneue vous avoir rien dit en particulier, car l'envie lui pourroit nuire.

J'ay beaucoup souffert depuis deux ans et plus, et ne vous l'ay pu faire savoir pour cause importante. Dieu soit loué de tout, et vous donne la grâce de persévérer au service de son Esglise tant que vous viverez; et jamais ne puisse cest honneur sortir de nostre race, que, tant hommes que femmes, soyons prompts de respandre nostre sang pour maintenir la querelle de la foy, tous austres respects mondains mis à part; et, quant à moy, je m'estime née, du costé paternel et maternel, pour offrir mon sang en icelle , et je n'ay intention de dégénérer.

Jésus crucifié pour nous et tous les saints martyrs nous rendent, par leur intercession, dignes de la volontaire offerte de nos corps à sa gloire ! De Fothringhaye, ce jeudi 24 novembre. L'on m'avoit, pensant me dégrader, fait abattre mon days, et depuis mon gardyen m'est venu offrir d'écrire à leur royne, disant n'avoir fait cet acte par son commandement, mais par l'advis de quelques-uns du conseil. Je leur ay montré, au lieu de mes armes audit days, la croix de mon Sauveur. Vous entendrez tout le discours : ils ont esté plus doux depuis.

Vostre affectionnée cousine et parfaitte amye ,

MARIE,
R. d'Escosse, D. de France.


Dernière édition par MichelT le Dim 8 Oct 2017 - 0:01, édité 8 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Jeu 14 Sep 2017 - 3:32

LOUIS XIII

Louis XIII, fils de Henri IV et de Marie de Médicis, naquit à Fontainebleau le 27 septembre 1601, et succéda à son père le 15 mai 1610, sous la tutelle de la reine mère. Il épousa le 24 novembre 1615, à Bordeaux, Anne d'Autriche, infante d'Espagne, fille aînée de Philippe III, roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche.


Louis XIII, roi de France

Louis XIII mourut le 14 mai 1643, quelques mois après le ministre qui avait fait la grandeur de son règne. Ce roi qu'on appela Louis le juste parce qu'il était né sous le signe de la Balance, était un prince intelligent : il avait l'esprit vif et ouvert, mais sans virilité. Son âme avait contracté quelque chose de la langueur maladive qui affligeait son corps. Enfant il était peureux et pusillanime; plus tard, il fit preuve tout à la fois de capacité militaire et d'intrépidité.


Anne d`Autriche, reine de France

Louis était sobre, chaste, réglé dans ses mœurs, ennemi du faste et de la dépense. Il savait, écrit Mme de Motteville, mille choses auxquelles les esprits mélancoliques ont coutume de s'adonner, comme la musique et tous les arts mécaniques. Mlle de Montpensier nous apprend, en effet, qu'il composait la plupart des airs de musique qu'on exécutait chez lui trois fois par semaine, et qu'il en faisait même les paroles. Il s'occupa également de musique religieuse; enfin il dessinait, et il eut un jour la fantaisie de crayonner le portrait du peintre Claude Deruet, ami de Callot.


Le Cardinal de Richelieu devant la famille royale

Il a écrit un journal de ses campagnes en Lorraine, récemment édité par M. Schmit. Ces récits composés par le roi étaient destinés à la publicité et envoyés à la Gazette de France, qui les faisait paraître revus et corrigés par Richelieu. On a remarqué que l'éloge du cardinal est toujours absent de la relation manuscrite et ne fait jamais défaut dans le texte imprimé.

Ce prince, mort dans d'admirables sentiments de foi et de piété, laissa deux enfants :
1º Louis XIV, né le 5 septembre 1638;
2° Philippe de France, duc d'Orléans, né le 21 septembre 1640, auteur de la dernière branche d'Orléans.



Nous publions ci-après l'acte par lequel Louis XIII plaça le royaume de France sous la protection de la Vierge : cette déclaration du roi fut promulguée au mois de février 1638, pendant la grossesse de la reine Anne d'Autriche; elle avait été rédigée par Richelieu.

DÉCLARATION PAR LAQUELLE LOUIS XIII PLACE LE ROYAUME SOUS LA PROTECTION SPÉCIALE DE LA VIERGE MARIE (10 février 1638)


Le vœu du roi Louis XIII a la St-Vierge

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Dieu, qui élève les roys au throsne de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de nostre personne et de nostre Estat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de nostre règne, sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidens qui nous menaçoient.

Lorsque nous sommes entrez au gouvernement de cette couronne, la foiblesse de nostre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité; mais cette main divine soustint avec tant de force la justice de nostre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour nostre couronne que préjudiciables à nostre maison, il lui a plû en détourner le mal avec autant de douceur que de justice; la rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Estat, qui n'avoit autre but que de partager nostre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avoit oste les marques.

Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vûë de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons restablis en la possession de leurs Estats dont ils avoient été dépouillez. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations, que comme sa Providence à fondé cet Estat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend.

Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnoissance, sans attendre la paix qui nous viendra sans doute de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur, pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru estre obligez, nous prosternans aux pieds de sa Majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous révérons l'accomplissement des mystères de nostre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu, nous consacrer à sa grandeur par son Fils rabbaissé jusques à nous, et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui, en la protection de laquelle nous mettons particulièrement nostre personne, nostre Estat, nostre couronne et tous nos sujets, pour obtenir, par ce moyen, celle de la sainte Trinité par son intercession, et toute la cour céleste par son autorité et son exemple.

Nos mains n'estant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont esté dignes de la porter les rendront hosties agréables; et c'est chose bien raisonnable, qu'ayant esté médiatrice de ses bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.  A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très-sainte et très-glorieuse Vierge pour pro tectrice spéciale de nostre royaume, nous luy consacrons particulièrement nostre personne, nostre Estat, nostre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite, et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de tout nostre coeur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire.

Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontez en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux fils descendu de la croix; nous serons représenté aux pieds et du fils et de la mère, comme leur offrant nostre couronne et nostre sceptre .

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins luy enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de nostre présente Déclaration à la grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales plus solemnelles. Ce que nous voulons aussi estre fait en toutes les églises tant parochiales, que celles des monastères de ladite ville et fauxbourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.


L`autel construit selon le vœu du Roi Louis XIII à Notre-Dame de Paris


Exhortons pareillement tous les Archevêques et Évêques de nostre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solemnité en leurs églises
épiscopales. et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présens. Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées . à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de luy dédier la principale chapelle desdites églises, pour y estre faite ladite cérémonie; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'im plorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patrone, nostre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix; que Dieu y soit servi et révéré si saintement, que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créez; car tel est nostre plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l'an de grâce mil six cens trente - huit, et de nostre règne le vingt-huitième.
Signé LOUIS. Et sur le reply. Par le Roi.


HENRI DE BOURBON-CONDÉ

Henri II de Bourbon-Condé, fils de Henri Ier, prince de Condé, et de Catherine Charlotte de la Trémouille, naquit à Saint-Jean-d'Angély le 1er septembre 1588, six mois après la mort de son père.


Henri II de Bourbon-Condé

Le jeune prince , élevé dans la religion catholique, épousa, en 1609, Charlotte-Marguerite de Montmorency. Après avoir suscité de graves difficultés à la reine Marie de Médicis pendant sa régence, Henri de Bourbon-Condé, rallié au roi, fit pour lui plusieurs campagnes. Il échoua devant Dôle, en 1636; devant Fontarabie, en 1638; mais il prit Salces en Roussillon en 1639, et Elne en 1642.


Le roi de France, Louis XIII

C'est en cette même année 1642 que s'élevèrent à Paris les premières discussions publiques sur le livre de Jansénius, évêque d'Ypres, qui, édité à Louvain en 1640 (deux ans après la mort de l'auteur), venait d'être réimprimé à Paris en 1641. M. Habert, théologal de Notre-Dame, prononça en pleine chaire de la cathédrale, durant l'avent de 1642, deux discours qui furent le signal de la lutte. Six mois plus tard (juin 1643), fut promulguée la bulle d'Urbain VIII qui appliquait à l'Augustinus de Jansénius des condamnations précédemment lancées par Pie V et Grégoire XIII contre les ouvrages de Baius.


L`abbaye de Port Royal des Champs qui était le centre de l`idéologie janséniste condamnée par Rome.

A peine cette bulle avait-elle fait son apparition qu'Arnauld publia (en août 1643) le livre de la Fréquente Communion, dans lequel le célèbre docteur de Port-Royal blâmait l'usage fréquent du sacrement de l'Eucharistie. Cet ouvrage souleva les plus justes critiques, notamment celles de saint Vincent de Paul.


St-Vincent de Paul

Une des premières réponses au livre d'Arnauld fut publiée par le prince de Condé, en 1644, sous ce titre : Remarques chrestiennes et catholiques sur le livre de la Fréquente Communion .

Henri de Bourbon-Condé, mort le 11 décembre 1646, trois ans après la victoire de Rocroy, remportée par son illustre fils le duc d'Enghien, laissa trois enfants :
1. Louis II de Bourbon, prince de Condé (le grand Condé);
2. Anne-Geneviève de Bourbon (Mme de Longueville);
3. Armand de Bourbon-Conti.

DE LA FRÉQUENTE COMMUNION

L'expérience fait voir partout, et sans aller plus loin, dans cette ville de Paris, combien, et sans nombre, de bonnes œuvres sont causées par le moyen des confessions ordinaires et des fréquentes communions. Les jeûnes et oraisons, et l'assistance au service divin en sont une suite infaillible. Mais qui pourroit expliquer à combien de personnes cette dévotion ouvre le coeur et les mains pour faire quantité d'aumônes? Il m'est impossible de l'escrire. Les bastimens des maisons religieuses, les décorations des églises, les dons des riches ornemens, l'entretien de tant de religieux mendians; les ausmônes aux Hostels-Dieu, aux prisons, aux pauvres courans les ruës, aux pauvres honteux, enfermez, fous , incurables, enfans trouvez, et la subvention à toutes les nécessités publiques, le secours aux pèlerins, aux condamnés à mort et aux galères, et aux malades; l'exercice des œuvres de miséricorde spirituelle et temporelle, la visitation des nécessiteux par les plus grands et grandes du monde ; les catéchismes , les instructions, le bon ordre dans les familles, la correction fraternelle : toutes ces choses ont pour origine plus certaine les confessions ordinaires et les communions fréquentes, et en découlent comme de leur principale source. Je ne dis rien des indulgences, lesquelles pour l'ordinaire on ne peut gagner sans se confesser et communier.

Ce qu'estant vray, n'est-ce pas une pernicieuse doctrine, celle qui empeschera. Une telle quantité de bonnes oeuvres, et mesme qui choque l'usage des indulgences ? Or il est certain que le livre de la Fréquente Communion sape les fondemens de ce sainct usage, d'où il faut conclure avec l'Escriture que, puisque par les œuvres les choses bonnes sont distinguées des mauvaises, qu'un bon arbre porte de bons fruits, et que de l'usage présent de l'Église naissent tous les bons fruits des bonnes oeuvres rapportées cy-dessus, la coustume présente de l'Église des fréquentes communions et confessions est très-bonne et très-saincte, et qu'au contraire, la doctrine du livre d'Arnaud est très-pernicieuse, et destournante des bonnes oeuvres.


ARMAND DE BOURBON PRINCE DE CONTI

Armand de Bourbon - Conti, fils de Henri II de Bourbon et de Charlotte de Montmorency, naquit en 1629. Après avoir été mêlé, comme son frère le grand Condé et sa soeur la duchesse de Longueville, aux guerres et aux intrigues de la Fronde, il se soumit dès l'année 1653, épousa Anne - Marie Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin, et fut nommé gouverneur de Guyenne.


Armand de Bourbon - Conti


Anne - Marie Martinozzi


Anne-Geneviève de Bourbon-Conti, duchesse de Longueville

Il fit pour le roi quelques campagnes en Cerdagne et en Italie. Armand de Bourbon-Conti avait été destiné à l'Église et s'était livré dans sa jeunesse avec succès aux études théologiques : loin de poursuivre cette voie, le prince de Conti se signala de bonne heure par le désordre de ses mœurs; mais il revint longtemps avant de mourir à une vie réglée et même à une vie pieuse et pénitente. Cette conversion fut d'abord inconstante: on vit Armand de Bourbon passer du libertinage à la dévotion, puis retomber bientôt dans tous ses excès, puis retourner encore et pour toujours à la pénitence.

Retiré dans son gouvernement de Guyenne, il ne songea plus qu'à remplir scrupuleusement tous ses devoirs de justice et de charité et à expier ses fautes : il voulut que la ville de Bordeaux, témoin de ses désordres, fût témoin de son repentir public. Se rappelant ses premières études en Sorbonne, il composa quelques livres théologiques et moraux, un traité des Devoirs des grands, des Lettres sur la grâce (le prince partageait les opinions jansénistes), enfin un livre contre la comédie et les spectacles. Il eût peut-être mieux fait, d'en écrire un contre la guerre civile.


L`enfance de Louis XIV est marqué par une guerre civile pour le pouvoir.

A la vérité, le prince de Conti ne composa pas de traité contre la guerre civile; mais il fit mieux qu'un livre : se considérant comme responsable des malheurs de la Fronde, il entreprit d'indemniser tous ceux qui avaient souffert de la guerre en Saintonge, en Guyenne, en Berry, dans la Marche, en Champagne ou dans le voisinage de Dampvilliers. Il ne tint pas à lui qu'il ne sacrifiât son rang et sa fortune, et ne vendît tous ses biens, pour achever plus rapidement cette œuvre réparatrice.

Il souhaita avec passion de se réduire ainsi à la vie privée, afin de pouvoir réparer tout d'un coup les malheurs de la guerre civile. Mais on lui conseilla de conserver son rang, de réduire autant que possible les dépenses de sa maison, et de prélever chaque année sur ses revenus une somme importante pour être distribuée aux communes et aux particuliers ruinés ou appauvris par la guerre. C'est ce qu'il fit religieusement pendant plusieurs années : il ne voulut pas que cette œuvre fût arrêtée par sa mort : il chargea ses héritiers de la continuer jusqu'à ce que la réparation fût complète.

Armand de Bourbon-Conti mourut en 1666, et fut inhumé à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. Un petit-fils de ce prince (François-Louis de Bourbon) fut élu, en 1697, au trône de Pologne, vacant par la mort de Jean Sobieski; mais Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, élu en même temps que Conti, régna à sa place. La postérité d'Armand de Bourbon-Conti s'est éteinte en 1814.



LES INCONVÉNIENTS DE LA GRANDEUR ET DES DIGNITÉS

Un véritable chrétien doit s'affliger sincèrement et s'humilier profondément de se voir dans la grandeur et dans les dignitez, parce que la grâce de Jésus-Christ réparateur cherche, pour l'ordinaire, les personnes les plus viles et les plus méprisables selon le monde, et qu'il faut craindre qu'on ne soit prince et grand, par les arrests sévères de sa justice : Vous voyez, mes frères, dit saint Paul, que de tous ceux d'entre vous que Dieu a appellez à la foi, il y en a peu de puissans et peu de nobles. Mais Dieu a choisy les foibles, selon le monde, pour confondre les puissans; et pour détruire par ce qui n'estoit rien, ce qui estoit de plus grand; afin que nul homme n'ait aucun sujet de se glorifier devant luy.

Les obstacles à la pratique de l'Évangile qui suivent la grandeur sont presque infinis. Mais il y en a quatre principaux :

L'Évangile ne recommande rien tant que l'humilité; cet estat porte à l'orgueil. L'Évangile ne prêche que la pénitence; cet estat est rempli de mollesse, de délicatesse et de luxe. L'Évangile ne nous montre rien de si nécessaire que l'amour du prochain, la compassion à ses peines et l'application à son soulagement ; cet estat ne donne ordinairement pour le prochain que du mépris, de l'indifférence et de l'insensibilité. L'Évangile et toute l'Écriture nous représente l'homme pécheur condamné à la peine et au travail; cet estat ne persuade à l'homme que les délices, l'oisiveté et la paresse. Il faut donc qu'un grand, se voyant environné de tant d'obstacles à son salut, au lieu qu'on luy persuade qu'il est plus heureux que tous les autres, croie fermement qu'il est plus misérable; qu'il conjure la miséricorde de Dieu de lui donner part à cette grâce, qui purge le venin des grandeurs, et qui est capable de vaincre toute leur malignité .

L'ESPRIT DE JUSTICE ET DE FORCE

Le plus grand de tous les crimes est de sacrifier la justice à son intérest. Il y a peu de personnes constituées en quelque dignité capables de commettre des injustices pour de petits intérests ; mais, en vérité, il y en a très-peu aussi à qui un grand intérest n'en fasse faire; et l'esprit de la justice humaine ne surmonte guère ces occasions où il faut risquer sa fortune, ses biens ou sa vie pour n'être pas injuste. Il n'y a que la justice d'un chrétien qui soit inébranlable dans ces rencontres et qui puisse résister à tous les ennemis qui l'attaquent; comme c'est une participation de la justice de Jésus-Christ, elle n'a acception de personne, elle est perpétuelle dans tous les temps, dans tous les lieux, à l'égard de tous, et au péril de tout.

C'est pour cela que pour être véritablement une justice chrétienne elle doit être soutenue par la force, qui est une vertu si nécessaire à un grand qu'on peut dire
que c'est elle qui conserve toutes les autres. Il n'y a point de parfait chrétien s'il n'est dans la dis position de souffrir pour l'observation de la loy de Dieu dans toutes ses parties, et pour chaque commandement en particulier, tout ce que les martyrs ont souffert pour la foi; en sorte qu'un grand doit hazarder ses biens, sa fortune, ses établissemens et sa vie même plutost que de participer à la moindre injustice, plutost que d'omettre la moindre partie de ses devoirs, plutost que de se taire lorsqu'il est obligé de parler, plutost que de parler lorsqu'il est obligé de se taire, plutost que d'agir lorsqu'il est obligé de n'agir pas, plutost que de n'agir pas lorsqu'il a obligation d'agir.

C'est une leçon bien cachée à la nature corrompue que celle-là; ce sont des véritez bien au-dessus de la chair et du sang, ce sont des maximes bien contraires à l'amour de soy-même, et qui l'attaquent dans sa racine. L'homme ne trouve point dans soy de quoi soutenir des épreuves si rudes; aussi n'est-ce pas dans soy-même qu'il doit chercher son secours : il faut qu'il ait recours, pour obtenir un si grand don, à Celui qui a voulu être appellé, mesme dans son enfance, un Dieu fort, qui malgré toutes les infirmités de sa nature, malgré toutes les répugnances de la politique charnelle, luy peut donner cette valeur inébranlable, qui est le véritable caractère du chrétien, et qu'on n'est jamais plus en éstat d'exercer héroïquement que lorsqu'on connoist plus clairement qu'on ne la peut avoirde soi-même. C'est pour cela que, ne s'appuyant point sur ce qu'il peut par luy-même, mais s'abandonnant àl'esprit de force, qui n'est autre que le Saint - Esprit même, et disant avec foi : Je pénètrerai les oeuvres merveilleuses de la puissance de Dieu , il éprouve la vérité de ces paroles de l'Apôtre : Lors que je suis foible , c'est alors que je suis fort .

L'ORGUEIL DE LA VIE

Un plus dangereux adversaire (que tous les autres ennemis) s'élève contre l'homme, et principalement contre l'homme qui est dans l'élévation et dans la grandeur. Il naist de la destruction de tous les vices, il se nourrit de la plus rigoureuse pénitence, et il acquiert toute sa force au milieu de la vertu la plus consommée. C'est cette passion que l'apôtre saint Jean appelle l'orgueil de la vie, qui dit à l'homme dans le fond de son cœur, après qu'il a triomphé de toutes ses passions : Pourquoi triomphes tu ?Je vis encore et je vis parce que tu triomphes. C'est luy qui s'approprie toutes les vertus et toutes les bonnes œuvres, qui les arrache à Dieu pour s'en faire le père et le principe, et pour les empoisonner en mesme temps.

L'orgueil , dit saint Augustin, dresse mesme des pièges aux bonnes œuvres pour les faire périr. C'est cet orgueil qui veut faire dépendre toutes choses de soy, et qui ne veut dépendre de rien ; qui osteroit à Dieu, s'il luy étoit possible, la souveraine puissance qu'il a surtous les estres ; qui demande les sacrifices de toutes les créatures, et qui est si fin, si délicat et si imperceptible dans un grand, qu'il est l'âme de toutes ses actions et de tous ses mouvemens sans qu'il s'en apperçoive. C'est luy qui allume les plus sanglantes guerres, et qui sacrifie la vie d'un million d'hommes au moindre de ses intérests sous des prétextes spécieux.

C'est luy qui appauvrit les provinces et les royaumes pour se satisfaire, qui se plaist à voir les hommes à ses pieds. Il n'y a que la connoissance de la vérité qui soit capable d'étouffer ce monstre ; car l'humilité chrétienne n'est autre chose qu'un sentiment juste et raisonnable qui suit la connoissance de la vérité : l'homme éclairé de cette lumière sainte, connoissant la grandeur de Dieu et voyant en même temps son néant, souhaite de se tenir dans la place qui lui est due, et, bien loin d'affecter l'indépendance , il souhaiteroit d'être soumis à toutes les créatures pour venger Dieu en quelque manière de la rébellion à laquelle son orgueil l'a porté contre luy. Il envisage toutes les grandeurs humaines dès le moment qu'elles ne servent. plus à l'usage pour lequel Dieu les a établies, comme les trophées de la vanité qui s'évanouissent avec elle, et qui ne résistent jamais au temps, à la mauvaise fortune et à la mort.

De sorte que l'humilité n'est autre chose qu'un sincère et raisonnable acquiescement à la vérité connue, une justice qu'on se rend à soy-même en se mettant à sa place. Ces sentimens doivent être sincères , solides et durables dans le cœur d'un grand, s'il veut que sa grandeur ne l'entraisne pas dans l'abisme, et quelque vertu qu'il ait acquise, c'est un trésor qu'il possède dans des vaisseaux de terre, qu'il ne conservera jamais qu'en reconnoissant avec une profonde humilité que c'est Dieu même qui peut seul être le gardien et le conservateur de ses dons. Nous portons, dit saint Paul, ce trésor dans des vases de terre, pour nous faire connoître que ce qu'il y a de grand et de fort en nous vient de Dieu et non pas de nous .


Dernière édition par MichelT le Jeu 21 Sep 2017 - 18:07, édité 1 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Sam 16 Sep 2017 - 14:00

ANNE-MARIE MARTINOZZI - PRINCESSE DE CONTI

Anne-Marie Martinozzi, fille du comte Jérôme Martinozzi, gentilhomme romain, et de Laure-Marguerite Mazarini, sœur aînée du cardinal Mazarin, naquit à Rome en 1637. Elle épousa à Paris, le 22 février 1654, Armand de Bourbon, prince de Conti, frère du grand Condé.


Anne-Marie Martinozzi - Princesse de Conti

Anne-Marie Martinozzi a connu, en plein XVIIe siècle, ce doute, cette vague inquiétude, ces souffrances mal définies qui caractérisent notre époque. Son éducation avait été à peine chrétienne, et sa foi fut d'abord douloureuse et languissante : elle travailla même à en éteindre les faibles restes, afin de calmer son inquiétude et de dissiper les tourments qui l'obsédaient.

Tandis qu'elle cherchait le repos dans la négation et dans l'incrédulité, son mari, devenu fervent chrétien, s'efforçait de lui faire goûter la paix qui vient de Dieu; mais le zèle du prince de Conti demeura infructueux, et ne servit qu'à aggraver le mal : plus il exhortait cette jeune femme dont il était tendrement aimé, plus celle-ci s'éloignait de Dieu. Il fallut pour la ramener un coup subit de la grâce, qui la transforma presque soudainement, mais lui laissa néanmoins cette blessure du doute qui ne se cicatrise, hélas! trop souvent, que pour se rouvrir bientôt et saigner encore.

La vertueuse Marie Martinozzi, celle qu'un contemporain appelle la fleur des dames de la cour en sagesse, en piété, en probité; celle qui, pendant la famine de 1662, vendit secrètement toutes ses pierreries pour nourrir  les pauvres du Berry, de la Champagne et de la Picardie, Marie Martinozzi, cette austère chrétienne qui demande à son confesseur la permission de se mettre le bracelet, et que Guy Patin appelle une autre Catherine de Sienne, souffre intérieurement « de grands doutes sur la foi ».

Elle en parle avec douleur à son confident spirituel, s'accuse de raisonner, de se fatiguer la tête. « Si vous étiez ici, écrit-elle à l'abbé Lavergne, vous auriez déjà imposé silence » à cet esprit de raisonnement et d'inquiétude : « je le fais de votre part . »

A ces états de l'âme douloureux et maladifs succèdent le repos et la paix : Marie Martinozzi a bien décrit dans les quelques lignes qui suivent la consolation intérieure qui naît d'une foi entière et profonde. La princesse de Conti se dépouilla de biens considérables dont l'acquisition lui paraissait suspecte, et restitua ainsi une somme de 800,000 francs. Elle mourut à Paris le 4 février 1672.  Ses dernières intentions portaient qu'elle serait enterrée à sa paroisse, simplement, comme la moindre femme.




LA PAIX  DE DIEU - ( Lettre à une amie.)

Dieu me fait voir qu'il est tout et que je ne suis rien ; car il me fait voir dans le fond de mon cœur une paix et une fermeté pour ce qui regarde ce divin maistre que je ne comprends pas comment cela se fait. J'en suis étonnée et regarde cela comme un pauvre païsan à qui on auroit donné un royaume et qui ne comprend pas comment cela s'est fait. Priez pour moy : que je sois toute à celuy qui m'a tout donné sans réserve. Je n'ai jamais si bien connu ma misère; et ma confiance croît à mesure que je connais la mesure de ma foiblesse. Que Dieu est bon, qu'il est aimable, que la créature est peu de chose !




RÉSOLUTIONS

Je demanderai souvent à Notre-Seigneur qu'il grave ses paroles en mon cœur qu'il n'y a qu'une seule chose nécessaire, que Marie a choisi la meilleure part; et pour mettre cette sainte parole en pratique je ne contenterai pas le monde quand il faudra agir et me déterminer, mais Notre-Seigneur, comme celui seul que je veux contenter; et, pour lui demander la grâce de m'apprendre ce qui lui est agréable, je vivrai autant que je pourrai dans la séparation du monde, retranchant tout ce qui n'est pas pour la charité que je dois au prochain et à moi-même, m'occupant à la lecture de l'Écriture sainte, et apprenant tous les jours quelque chose par cœur en le repassant dans mon esprit le reste de la journée, parlant de bonnes choses, gardant le silence le plus que je pourrai, évitant les conversations des gens du monde, et n'y demeurerai qu'autant que la charité le demande, et comme une personne qui est dans l'impatience d'être seule avec ce qu'elle aime, et qui craint les discours des hommes, connoissant leur faiblesse, laissant mourir les nouvelles et tout ce qui est de l'esprit du monde, se retirant souvent dans les communautés, non pour y causer, mais pour être édifiée et pour garder le silence; l'obéissance sera ma principale obligation et occupation ; sachant combien elle m'est nécessaire; et c'est le plus sûr et le plus court moyen de plaire à Dieu, et celui qui fait plus mourir la nature.

J'ai écrit cecy ayant l'esprit fort tranquille, pour le lire dans le temps de mes troubles; je crois qu'il m'est très utile et que Dieu demande de moi une soumission sans réserve à toutes les choses qui m'arriveront de sa part, ayant éprouvé une bénédiction extraordinaire dans cette conduite, trouvant la joie et la paix à mesure de ma petitesse, et le trouble et le chagrin à mesure de ma grandeur, ayant trouvé tous les jours que, dès lors que je veux me gouverner moi-même, je me sens éloignée de Dieu, ne pouvant prier toute dissipée, manquant de charité pour le prochain, ayant l'esprit chagrin et enfin insupportable à moi-même et aux autres; et, au contraire, je trouve dans la soumission la douceur, la paix, la joie, la charité pour le prochain, renfermée à penser, à m'acquitter de mes devoirs ; enfin je puis dire que la petitesse est pour moi une source de biens, et la grandeur une source de maux. Mes dispositions sont, à ce qui me paroît, un désir unique d'être toute à Dieu sans choisir rien, mais la volonté de Dieu seul qui me paroît présentement consister à la petitesse et à la simplicité,  obéissant en enfant, et demeurant dans la dépendance de Dieu en tout, et dans le désir de le contenter en m'acquittant des choses dont il m'a chargée, mourant à tout le reste et me souvenant toujours qu'il n'y a qu'une seule chose nécessaire.

J'ai regardé ce matin dans mon oraison mes fautes les plus ordinaires ; et j'ai vu que je n'ai pas souvent l'affection et le respect que je dois avoir à mes prières; et j'ai résolu avec la grâce de Dieu de n'en faire aucune sans auparavant penser qui est celuy à qui je dois avoir l'honneur de parler,  c'est celuy devant qui les Anges tremblent, et tâcher par là de me tenir dans un grand respect devant Dieu, et de me regarder comme une misérable qui a souvent mérité l'enfer, et qui est encore remplie de tant d'aveuglement et de misère, et qui a un besoin si grand du secours particulier de Dieu, que s'il ne m'assistoit continuellement, je tomberois dans les plus horribles crimes; et je cesserai plutôt le prier que de ne le pas faire avec tout le respect et l'attention qui me sera possible, et que je le demanderai beaucoup à Dieu.

La seconde faute est de laisser facilement mes prières sous prétexte de quelque légère incommodité et de quelque affaire ; je tâcherai d'être fidèle de donner à Dieu le temps qu'on m'a réglé, et je regarderai que ce temps luy doit être particulièrement consacré et que je (le) luy vole quand je l'employe à d'autres choses, et lorsque la Providence me fait voir clairement qu'elle veut que je sois occupée à d'autre chose, je serai fidèle aux choses qu'on m'a prescrites.

La troisième faute est : dès que je suis tombée en quelqu'une, je m'éloigne de Dieu par orgueil, je me regarde comme étant mal avec luy, et cela est cause que j'en commets beaucoup d'autres qui sont plus grandes que la première, et particulièrement de ne pas recourir avec confiance à Notre-Seigneur dans mon besoin et de m'éloigner de celuy seul qui peut me guérir. Je tâcherai donc avec sa grâce de recourir avec plus d'empressement à lui après que je serai tombée, comme un enfant qui, plus il est mal, plus il a besoin de son père ; et je graverai bien dans mon cœur que toutes mes fautes ne me font pas perdre Dieu, et que ma négligence à recourir à lui en ces occasions lui déplaît beaucoup plus que toutes mes autres fautes, et que cette retenue est un pur effet de mon amour propre et de mon orgueil.

Je commets encore une infinité d'autres fautes contre le prochain, envers mes domestiques, ne les avertissant pas de leurs manquemens par foiblesse et crainte de les fâcher parce que cela est contraire à mon humeur et me fait de la peine. La conduite que je dois et désire tenir sur ce chapitre avec la grâce de Dieu, est d'écouter humblement et simplement les advertissemens que l'on me donnera sur ce sujet.

Je prendrai garde que, quand j'irai dans les lieux où il y a du monde, comme à la cour, lorsque la Providence me l'ordonnera, je ne témoignerai point que cela me peine, cela venant d'un fond d'amour propre qui est bien aise que l'on voit, et dire en soi-même que l'on ait peine parmi les gens du monde : j'irai donc gayement dans la vue de la volonté de Dieu, quoique la pente de mon cœur soit et doit toujours être dans le désir de la séparation de tout ce qu'aime le monde; je tâcherai de ne m'y pas dissiper et de n'être pas dans l'esprit du monde qui conte pour quelque chose de vrai, rien ...




LETTRE ADRESSÉE LE 8 NOVEMBRE 1666 A M. PAVILLON, ÉVÈQUE D'ALET

Cette lettre nous montre avec quels scrupules la princesse de Conti s'efforça de remplir les volontés de son mari, touchant les restitutions ordonnées par son testament. Je vous supplie de me dire votre sentiment sur le service du bout de l'an de M. mon mari. Il y aura assurément des personnes qui me proposeront de faire faire un service où l'on fera une oraison funèbre, à laquelle comme il faudra prier tout le monde, l'on ne pourra s'empêcher de faire de grands frais, qui pourront aller à deux mille écus.

Les raisons qui sont pour cela sont qu'il semble que devant toutes choses à la mémoire de M. mon mari, rien ne peut être trop pour témoigner mon amitié et pour faire connoître à tout le monde, non seulement l'estime que l'on doit faire de sa qualité, mais de sa vertu, qui peut servir d'exemple à tout le monde. Et il semble que je doive cela, d'autant plus que Mme de Longueville en a fait un, elle qui n'est que sa soeur. Les raisons contre sont, ce me semble, que toutes ces pompes ne sont pas chrétiennes, et ne sont que pour le monde; et qu'aïant beaucoup d'obligations de restituër, tout ce que je donne ailleurs retarde mes restitutions. Si vous croiés que je ne le doive pas faire, je pourrai me mettre ces jours-là dans un couvent, où je pourrai faire un service sans cérémonie. Mais je ferai en cela ce qu'il vous plaira me prescrire. Je suis à vous avec beaucoup de respect et de sincérité.

M. Pavillon approuva la dernière proposition, pour éviter la dépense. « L'obligation de réparer des dommages et de payer des dettes pressantes, dit ce prélat, est un devoir préférable à ce vain éclat de pompes funèbres, que le monde exige, et qui n'est d'aucune utilité aux défunts. Solatia vivorum, non adjutoria mortuorum ! Consolations pour les vivants, qui ne sont d'aucun secours aux morts ! » On se contenta du service que Mme de Longueville avait fait faire aux Carmélites, où M. l'évêque de Comminges avoit fait une oraison funèbre.


MADAME DE L0NGUEVILLE

Anne-Geneviève de Bourbon, sœur du grand Condé et d'Armand de Bourbon, prince de Conti, naquit en 1619. Elle épousa en 1642 Henri, duc de Longueville, descendant du fameux Dunois.


Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville


Henri, duc de Longueville

Mme de Longueville, célèbre par sa beauté, ses galanteries, son caractère aventureux et romanesque, se mêla à toutes les intrigues de la Fronde, et pendant quelque temps elle en fut l'âme. Son amour pour Marsillac de la Rochefoucauld, l'auteur des Maximes, l'avait jetée dans cette folle entreprise : elle y entraîna elle-même l'illustre Turenne, son frère Conti et enfin le grand Condé. C'est elle qui rédigea le manifeste des Frondeurs contre Mazarin; c'est elle qui, de la citadelle de Stenay, dont elle avait pris le commandement, imprima pendant quelque temps aux révoltés l'impulsion d'une volonté ferme et passionnée.




La Fronde, révolte des grands nobles pendant l`enfance de Louis XIV – L`orgueil des Puissants.

Mme de Longueville, que Mazarin mettait au nombre des trois femmes capables, disait-il, de gouverner ou de bouleverser trois grands royaumes, rentra pour toujours dans la vie privée à la suite de l'amnistie de 1653.



Le roi Louis XIV enfant recevant la soumission des Grands Nobles. Il gouverne la France à partir de 1661

Elle se rendit d'abord à Montreuil-Bellay, puis à Moulins, auprès de Mme de Montmorency, sa tante, qui était alors supérieure des Filles de Sainte-Marie. C'est là qu'elle se convertit. A partir de ce moment, elle put dire qu'il « s'était tiré comme un rideau devant les yeux de son esprit  ».

Tout enfant, Mlle de Bourbon accompagnait souvent sa mère chez les Carmélites du faubourg Saint-Jacques, à Paris, et jusqu'à l'âge de dix-sept ans, elle avait annoncé à plusieurs reprises sa résolution de quitter le monde. Ces pieux sentiments se réveillèrent alors plus solides et plus durables. Mme de Longueville termina sa vie dans la prière et dans la pénitence, partageant l'année entre le couvent des Carmélites du faubourg Saint Jacques (elle s'y trouvait quand Mme de La Vallière y entra.) et le monastère de Port-Royal-des-Champs.

Elle aimait Port-Royal et ses solitaires, se mêlait à leurs querelles, s'interposait souvent en leur faveur. Elle contribua, en 1668, à obtenir des Jansénistes cette soumission quelque peu déguisée qui fut suivie de l'édit pacificateur de Clément IX.


Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville

Mme de Longueville eut deux fils : l'aîné embrassa l'état ecclésiastique et fut connu sous le nom d'abbé d'Orléans ; le cadet (Charles-Paris) faillit être appelé aux plus hautes destinées. La diète de Pologne avait résolu de déposer Michel Viecnowisky; elle choisit tout d'abord le grand Condé pour remplacer ce roi. Mais, Louis XIV s'étant opposé à cette élection, les Polonais jetèrent les yeux sur le jeune duc de Longueville, neveu de Condé, que celui-ci leur avait proposé lui-même. Ce nouveau choix fut agréé par Louis XIV, et le duc de Longueville allait partir pour prendre possession de son royaume, lorsqu'il fut tué au passage du Rhin, le 12 juin 1672, à peine âgé de vingt-quatre ans. Mme de Longueville mourut sept ans plus tard à Paris, au couvent des Carmélites. Elle fut enterrée dans l'église de ce monastère.



Pénitence et Réparation pour les Péchés

DIEU EST INTÉRIEUR

Le royaume de Dieu est dedans, dit Nostre-Seigneur : c'est au dedans que l'on trouve Dieu ; c'est dans l'intérieur qu'il opère : l'extérieur nous trompe et nous séduit : il nous fait prendre l'apparence pour la vérité; mais la foy nous oblige de ne point croire à ce que nous voyons et de croire à ce que nous ne voyons pas. Tout ce qui est de sensible et visible nous trompe et n'est que néant. Dieu veut estre honoré par nostre foy, par nos ténèbres, nos obscuritez. L'on ne peut connoistre de Dieu que ce qu'il en veut manifester : tout l'effort et sçavoir humain n'y avance rien. C'est son ordre que la lumière qui nous doit conduire en ce monde soit la foy : il se faut soumettre à Dieu pour cela : il se faut faire à l'obscurité et insensibilité et servir Dieu en tous estats et dispositions, en absence comme en présence.


L’OBÉISSANCE ET LE SACRIFICE

Jésus-Christ, qui s'est fait mon modèle, s'est rendu obéissant jusques à la mort et à la mort de la croix : l'obéissance nous fait mourir de la mort de la croix, car elle nous fait mourir liées, captives et attachées à la croix de nostre vocation. Le Sauveur avait fait choix de la croix, mais il ne s'y mit pas luy-mesme ; sa sentence portoit qu'il seroit crucifié à leur volonté : ainsi encore que librement nous ayons choisi la croix, la perfection gist à s'y laisser mettre et par l'obéissance et par la volonté du prochain. Dans l'ancienne loy ( Ancien Testament) les victimes qui estoient offertes à Dieu estoient partagées par son ordre en quatre parties, et celle qui estoit pour Dieu estoit détruite et anéantie et consumée par le feu; ce qui m'apprend qu'encore que par nostre estat nous soyons sacrifiées toutes à luy et partagées par son ordre en diverses choses, il ne prend pour luy en nos oeuvres que ce qu'il y a de sacrifié et anéanti.

Il n'a que faire de l'extérieur de nos obéissances; il n'importe en quoy que ce soit pourveu que la volonté propre soit anéantie. De mesme en toutes nos oeuvres de vertu, elles n'agréent à Dieu qu'autant qu'il y voit de destruction et d'anéantissement d'intérest, de désirs, d'honneur, de satisfaction et enfin de tout nous mesme que nous devons perdre en Dieu comme les victimes estoient consumées par le feu qui en est la figure. Que je serois heureuse si dans mes actions tout ce qui est de la nature estoit détruit, car alors tout seroit pour Dieu et ce seroit un véritable holocauste ! C'est pourquoy le plus seur c'est où il y a le plus à mourir !

ABANDON EN DIEU

Nostre-Seigneur en la croix s'est rendu nostre général exemplaire. Dieu par sa puissance nous a faits à son image et semblance en la création; mais pour nous rendre saints et parfaits il veut par sa grâce nous rendre conformes à l'image de son Fils crucifié. Et cependant j'en suis éloignée infiniment. Quand après la mort on approchera de ce divin chef, quelle ressemblance, quel rapport y aura-t-il ? Que ne dois-je pas faire pour Dieu après ce qu'il a fait pour moy? Je suis toute à luy par justice; je m'y suis donnée librement par la profession religieuse; je n'ay donc plus rien à donner : il n'est question que de rendre et de m'acquiter de mes promesses.

Ainsi, mon Dieu , je veux vivre toute livrée, sacrifiée et abandonnée à vous à l'intérieur, vous offrant le sacrifice de l'esprit par le recueillement et renoncement de toutes réflexions à l'humaine sagesse sur le passé, présent et avenir, par un abandon aveugle à vostre conduite; et tout de mesme que le terme d'abandon signifie que l'on ne se soucie plus de la chose abandonnée, que l'on n'y pense plus, que l'on n'y prétend plus rien, et que l'on en laisse faire aux autres tout ce qu'ils veulent, ainsy s'abandonner à Dieu demande que l'on ne se soucie, que l'on ne s'inquiette, que l'on ne se mesle et que l'on ne pense à soy, pour en laisser faire à Dieu ce qu'il veut.   Je mettrai donc ma force dans cet abandon; ce sera ma conclusion pour toutes choses et le moyen de me perdre en Dieu et mourir à moy mesme .

LA VIE CACHÉE EN DIEU

Cette vue continuelle de Dieu me portera à une vie intérieure et cachée à l'imitation de Nostre-Seigneur, lequel n'a pas seulemeut esté caché les trente années de sa vie qu'il a passées en Nazareth, mais encore durant les trois années de sa manifestation, puisque l'on peut dire qu'il n'a esté manifesté que par ses travaux, ses opprobres, ses mépris, ses fatigues, ses douleurs, ses playes et son sang; et tout cela mesme a servi à le tenir étrangement caché, couvrant la sainteté de ses actions, de ses miracles et de sa doctrine, et toute sa divinité.

Aussi qui veut estre disciple de Jésus-Christ doit non seulement estre caché dans la solitude, mais encore dans l'action et conversation. Mon Seigneur, est-il possible que, puisque vous avez voulu vous cacher en moy, en ma nature, en ma bassesse, et que si souvent encore par la sainte communion vous vous cachez en moy, que je refuse de me cacher en vous, perdant ma petitesse en vostre grandeur?

L'âme qui prétend à l'union divine doit joindre à la vie intérieure l'amour de la croix : elle ne doit point fuir à la veüe des souffrances. Il est impossible d'estre uni à Dieu sans souffrir à cause de l'infinie sainteté et pureté qui est en luy et du détachement où il faut estre. La sainteté est une séparation de tout ce qui n'est point Dieu, et nous met dans un état de plus grande servitude envers Dieu, et partant elle demande que la nature soit attachée à la croix pour vivre en Dieu. Ah, donc, que la souffrance de quelque part qu'elle vienne est favorable! Qui la fuit n'a point d'amour !

ACTE DE FOI

Mon Dieu, je croy fermement tout ce que vous avez dit ou révélé à vostre sainte Église parce que vous estes la vérité éternelle; je veux vivre et mourir en cette foy, m'estimant heureuse et trop honorée de donner tout mon sang et ma vie pour en soutenir la vérité. Je vous supplie, mon Dieu, d'augmenter ma foy; que je n'agisse que par sa lumière et ne fasse jamais aucune action qui la démente !

ACTE D'AMOUR

Christ, mon Sauveur !

Je vous aime et désire vous aimer sans bornes et sans fin, de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces et pensées, au-delà et par-dessus toutes choses. Je renonce à tout amour des créatures et de moy-mesme, et voudrois avoir tous les coeurs des anges et des saints pour vous aimer plus ardemment et parfaitement. Mon Dieu, embrasez-moi et me consumez des flammes de vostre pur amour.

ACTE DE PERFECTION

Je m'abandonne à vous, ô mon Dieu, pour porter la perfection jusques au point et degré où vous avez destiné que j'arrivasse, nonobstant mes faiblesses, impuissances et misères. Je croy fermement que je puis tout par vostre grâce ; j'embrasse et accepte tous les moiens que vous m'envoyerez par vostre providence pour parvenir à la perfection où vous m'appelez, n'en voulant point d'autres. Je vous demande la grâce d'en faire un saint usage.


LOUIS XIV

Louis XlV, fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, monta sur le trône en 1643, à l'âge de cinq ans; il épousa en 1660 Marie Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, dont il eut six enfants : cinq moururent jeunes.


Le roi de France Louis XIV

L'aîné, Louis (le grand Dauphin), épousa en 1680 Marie-Anne Christine-Victoire de Bavière, fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavière, et d'Adélaïde de Savoie. Louis, fils du grand Dauphin, épousa Marie-Adélaïde de Savoie, et fut père de Louis XV. C'est en Louis XIV que se résumaient aux yeux des hommes du XVIIe siècle toutes les splendeurs de la royauté.


La reine de France Marie-Thérèse d`Autriche

Cette royauté absolue et chrétienne, si forte et si majestueuse, leur apparaissait comme la forme politique la plus parfaite. C'était pour eux la grandeur même. Nous nous faisons aujourd'hui une autre idée du pouvoir, une autre idée de la grandeur : depuis deux siècles, ces notions se sont transformées; et, par certains côtés, elles se sont élevées et purifiées. Chacun distinguera facilement dans la figure du grand roi, qu'on va tenter d'ébaucher ici, plus d'un trait qui a cessé à nos yeux d'être la marque de la grandeur.


Le château de Versailles

Louis fit régner dans ses états, au sortir des troubles de la Fronde, l'ordre, la sécurité et la paix. Il renversa les obstacles qui çà et là pouvaient encore arrêter l'essor du pouvoir royal; il réduisit au silence les parlements et les états provinciaux. Il fut le protecteur de l'Église et le défenseur de l'orthodoxie : il s'efforça d'étouffer dans son germe l'hérésie naissante du quiétisme et celle plus redoutable encore du jansénisme; aux applaudissements de Bossuet, de Fléchier, de la Bruyère et de presque tous ses contemporains, il priva les réformés de la liberté religieuse que leur avait accordée son aïeul Henri IV.


Jacques-Bénigne Bossuet - Évêque de Meaux

Enfin, il les persécuta afin de les ramener à l'unité catholique. Louis remporta d'éclatantes victoires et conquit plusieurs provinces : il soutint l'effort de l'Europe, et quand celle-ci, après l'avoir vaincu sur les champs de bataille, apparut menaçante et toute prête à démembrer ses états, le vieux roi se montra plus fort que l'adversité et triompha de la fortune. Mais Louis ne se signale pas seulement par les actions éclatantes de la guerre; il sait que « la postérité mesure la grandeur des rois à l'aune des superbes maisons qu'ils ont élevées pendant leur vie». Il construit donc à grands frais, tandis que le peuple gémit sous le poids des impôts, il construit le Val-de-Grâce, l'Observatoire, la colonnade du Louvre et Versailles.



Les arts et les lettres célèbrent à l'envi ces splendeurs : le roi dont le goût est délicat, le jugement sûr et juste, leur accorde en retour une protection éclairée et intelligente; et ce pendant Louis XIV n'était pas instruit; son éducation avait été fort négligée; mais il avait reçu de la nature ces dons exquis auxquels rien ne saurait suppléer. « Il appréciait les œuvres littéraires, écrit Mlle de Montpensier, comme un homme qui aurait beaucoup étudié et qui aurait une parfaite connaissance des lettres. » Il a écrit lui-même une page célèbre qu'on a intitulée : Réflexions sur le métier de roi.

C'est un morceau composé sans art, sans nulle prétention au style, où règne une noble simplicité et un ton de vérité saisissant. En voici quelques fragments :

« Pour commander aux autres il faut s'élever au-dessus d'eux; et après avoir entendu ce qui vient de tous les endroits, on se doit déterminer par le jugement qu'on doit faire, sans préoccupation et pensant toujours à ne rien ordonner qui soit indigne de soi, du caractère qu'on porte, ni de la grandeur de l'État.  Le métier de roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage. Mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues et d'inquiétudes. »


Citons encore deux passages qui renferment une allusion assez transparente aux fautes et aux faiblesses du grand roi fautes éclatantes qui furent suivies, comme on sait, d'un long et sincère repentir. « Rien n'est si dangereux que la faiblesse de quelque nature qu'elle soit. Il faut se garder contre soi-même, prendre garde à toute  inclination et être toujours en garde contre son naturel. »

Louis XIV a écrit aussi des instructions célèbres pour Philippe V, son petit-fils, roi d'Espagne : Ces pages sont animées d'un souffle puissant d'honnêteté et de sincérité. Ajoutons qu'il a laissé des Mémoires, lesquels, pour une bonne partie, ne sont pas directement son œuvre. Ces mémoires, ainsi que les Réflexions sur le métier de roi, étaient destinés au grand Dauphin, qui mourut avant son père. Le fils du grand Dauphin, ce duc de Bourgogne, dont la naissance avait été saluée par tant d'acclamations et en qui la France avait fondé de si belles espérances, fut enlevé lui - même à trente ans.

Lorsque Louis XIV termina ses jours, en 1715, il ne restait en France de toute sa lignée qu'un enfant de cinq ans. C'est à cet enfant que le roi adressa les paroles d'adieu que nous transcrivons ci-après.


Louis XIV et sa famille

DERNIÈRES PAROLES ADRESSÉES PAR LOUIS XIV A SON ARRIÈRE PETIT-FILS LOUIS XV ET A LA COUR

Dans la même matinée (le 26 août 1715), le roi, écrit Duclos, se fit amener le Dauphin par la duchesse de Ventadour, et lui adressa ces paroles, que j'ai copiées littéralement d'après celles qui sont encadrées au chevet du lit du roi, au-dessus de son prie-dieu :

Mon cher enfant, vous allez être bientôt roi d'un grand royaume. Ce que je vous recommande le plus fortement est de n'oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J'ai trop aimé la guerre; ne m'imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j'ai faites.

Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à connoître le meilleur, pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez, et faites ce que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même. N'oubliez jamais les grandes obligations que vous avez à madame de Ventadour. Pour moi, Madame (en se retournant vers elle), je suis bien fâché de n'être plus en état de vous en marquer ma reconnoissance. Il finit en disant à Mgr le Dauphin : Mon cher enfant, je vous donne de tout mon cœur ma bénédiction.

Et il l'embrassa ensuite deux fois avec de grandes marques d'attendrissement.  Dans la matinée du mardi, 27 août, le roi, s'adressant à tous ceux qui avaient les entrées, leur dit : Messieurs, je vous demande pardon du mauvais exemple que je vous ai donné. J'ai bien à vous remercier de la manière dont vous m'avez toujours servi, de l'attachement et de la fidélité que vous m'avez marqués : je suis bien fâché de n'avoir pas fait pour vous tout ce que j'aurois bien voulu. Je vous demande pour mon petit fils la même application et la même fidélité que vous avez eues pour moi. J'espère que vous contribuerez tous à l'union, et que si quelqu'un s'en écartoit, vous aideriez à le ramener. Je sens que je m'attendris, et que je vous attendris aussi : je vous en demande pardon. Adieu, Messieurs, je compte que vous vous souviendrez quelquefois de moi.


Dernière édition par MichelT le Jeu 21 Sep 2017 - 18:09, édité 2 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Dim 17 Sep 2017 - 13:40

LE DUC DE B0URGOGNE

Louis, Dauphin, duc de Bourgogne, naquit en 1682, du grand Dauphin, fils de Louis XIV, et de Marie-Christine de Bavière. Dur et colère, barbare en railleries, impétueux avec fureur, opiniâtre à l'excès, passionné pour toute espèce de volupté, livré à toutes les passions, tel est, en abrégé, le portrait que nous a laissé Saint-Simon du duc de Bourgogne enfant.


Louis de France, duc de Bourgogne

De cet abîme, ajoute le même auteur, sortit un prince affable, doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent, humble et austère. Ce miracle s'accomplit entre dix-huit et vingt ans, sous la douce influence de la religion et grâce aux efforts laborieux du duc de Beauvilliers, de Fénelon, précepteur du jeune prince et de l'abbé Fleury, sous précepteur (l'auteur de l'Histoire ecclésiastique).


Marie-Adélaïde de Savoie, mère du roi Louis XV

Le duc de Bourgogne épousa en 1697 Marie-Adélaïde de Savoie, morte le 12 février 1712 Il mourut lui-même six jours plus tard, frappé de ce mal étrange qui atteignit alors la famille royale dans plusieurs de ses membres; il laissait deux enfants : Louis, duc de Bretagne, âgé de cinq ans, qui mourut le 8 mars suivant, et Louis, duc d'Anjou, âgé de deux ans, qui fut Louis XV.



LA VOLONTÉ DE DIEU

On est heureux quand on a ce qu'on veut, et que ce que l'on veut est raisonnable. Or c'est ce qu'on trouve dans une parfaite conformité de sa volonté à celle de Dieu. On a tout ce qu'on veut, parce que la volonté de Dieu s'accomplit toujours; et ce qu'on veut est raisonnable, parce que Dieu ne peut rien vouloir qu'avec raison. Quel aveuglement est-ce donc de croire qu'on ne peut être heureux qu'en suivant sa propre volonté ! Combien d'obstacles s'opposent tous les jours à son accomplissement ! De quels désordres n'est-elle pas suivie quand on l'accomplit ! Quelle source de chagrins n'est-ce donc pas pour nous, soit que notre volonté propre s'accomplisse, soit qu'elle ne s'accomplisse pas? Faites-le-moi comprendre, ô mon Dieu, afin que je m'attache en toutes choses à ce que vous voulez. Que votre volonté soit faite, et non la mienne.



LA FIN DERNIÈRE

On établit des lois, on gouverne des peuples, on commande des armées, on force des villes, on soumet des provinces, on traite, on négocie, on fait la guerre et la paix, on se promène sur les mers, on court d'un pôle à l'autre, on étend le commerce, on spécule sur les finances, on bâtit des palais, on amasse des richesses, on étudie, on invente, on approfondit, on s'élève au-dessus des étoiles fixes, on creuse jusqu'aux antipodes.

L'imagination de l'homme n'est pas encore en repos ; elle s'agite, elle s'échauffe, elle s'enfle, et elle enfante mille chimères que l'on appelle projets. Enfin on a tout appris, excepté à se connaitre : on a tout étudié, excepté son salut : on possède tout, excepté son Dieu, et puis l'on meurt, et puis on entre dans cette carrière qu'on appelle Éternité, sans savoir où l'on va, et puis on est oublié des hommes comme si l'on n'avait jamais été; et puis d'autres acteurs paraissent sur la scène du monde, et ne sont pas plus sages que les premiers. O mon Dieu, ô lumière de mon âme, faites qu'au milieu de mes occupations je n'oublie jamais la fin sublime pour laquelle vous m'avez placé sur la terre.



FRÉQUENTATION DES SACREMENTS

Comment peuvent-ils croire, ceux qui s'approchent rarement des sacrements que Jésus-Christ a préparé dans le sacrement de la Pénitence un remède pour guérir nos âmes des plaies du péché; que dans celui de l'Eucharistie, il a préparé une nourriture qui les soutient : et en même temps s'éloigner, comme ils le font, de l'un et de l'autre?

Ils ne peuvent se justifier qu'en disant, ou qu'il n'y a en eux ni plaie à guérir, ni faiblesse à fortifier ; ce qui marquerait beaucoup de présomption ; ou que Dieu a pour leur salut un autre ordre de providence que celui qui nous est marqué dans l'Écriture et dans la tradition; ce qui serait un paradoxe insensé. Pour moi, convaincu du besoin que j'ai de secours, j'en vais chercher, le plus souvent que je puis, où je sais certainement que j'en trouverai.




PRIÈRE APRÈS LA COMMUNION

O mon Sauveur et mon Dieu, soyez mon maître et ma lumière dans le sacrement de votre amour; parlez à mon cœur, et que votre serviteur écoute. Montrez-moi les vrais biens, et enflammez mon âme du désir de les posséder. O mon Sauveur, je voudrais être doux et humble de cœur, comme vous l'avez été : je voudrais éviter les péchés que vous m'avez pardonnés : je voudrais me rappeler sans cesse les bienfaits dont vous m'avez comblé. Dieu protecteur, voyez les écueils sans nombre qui m'environnent et conduisez moi; voyez les ennemis qui m'attaquent, et défendez-moi; voyez les désirs de mon cœur, et exaucez-moi. O esprit de sagesse, élevez mes pensées, rectifiez mes vues, échauffez ma volonté, bénissez mon travail, sanctifiez mes souffrances. O mon Dieu, toutes les grâces que je vous demande pour moi-même, accordez-les à. à ma famille, à mes amis, et ne les refusez pas à mes ennemis. Dieu de saint Louis, Dieu de nos pères, veillez sur la France, conservez-y la foi, ramenez-y la paix, soyez le père de votre peuple et le Dieu de notre cœur, pendant la vie, à la mort, et dans l'éternité.


S0EUR D'ORLÉANS DE SAINTE-BATHILDE (Mademoiselle de Chartres)

Louise-Adélaïde (Mademoiselle de Chartres), fille de Philippe d'Orléans (le régent) et de Françoise-Marie de Bourbon (Mademoiselle de Blois), naquit le 13 août 1698. Elle éprouva de bonne heure un vif attrait pour la vie religieuse; mais ce penchant était combattu par des penchants contraires : Mademoiselle de Chartres nous parle elle-même de la lutte qui se livra dans son âme avant qu'elle se décidât à suivre sa vocation; on lira avec intérêt les pages qu'elle a consacrées au récit de ces combats intérieurs.


Louise-Adélaïde de Bourbon (Mademoiselle de Chartres), en pèlerine.


Philippe d`Orléans, régent du royaume de France pendant l`enfance du roi Louis XV.


Françoise-Marie de Bourbon (Mademoiselle de Blois) mère de Louise-Adélaïde.

A la fin, la grâce de Dieu l'emporta, et la fille du régent entra à l'âge de dix-huit ans au monastère de Chelles; toutes les tentatives de son père et de sa mère pour lui persuader de renoncer à son projet demeurèrent inutiles : elle fit profession le 23 août 1718, et fut bénite abbesse de Chelles le 14 septembre 1719 par le cardinal de Noailles.


Abbaye royale Notre-Dame de Chelles. Un oratoire royal y fut construit vers l`an 496, par la reine chrétienne Clotilde épouse de Clovis, le roi des Francs. L`Abbaye fut fondé par sainte Bathilde,  la reine des Francs, et épouse du roi Clovis II, vers 660 Ap J.C. Cette Abbaye royale a été vendue et détruite après la Révolution française de 1789.


St-Bathilde, reine des Francs à l`abbaye de Chelles.


Soeur d'Orléans de Sainte-Bathilde , abbesse de Chelles

Soeur d'Orléans de Sainte-Bathilde (tel est le nom que prit en religion Mademoiselle de Chartres) était janséniste, comme le fut plus tard le duc d'Orléans, son frère, et même janséniste exaltée. Quelques-uns de ses contemporains lui ont reproché une certaine inconstance de caractère, une légèreté de mœurs peu compatible avec la profession monastique.

Quelles que soient les circonstances qui ont pu déterminer Mademoiselle de Chartres à prendre une décision vers laquelle elle penchait depuis son enfance, et quelle qu'ait pu être d'ailleurs l'inégalité de son caractère, il est permis de penser que le besoin d'expliquer un fait absolument inexplicable pour eux, a porté les contemporains de l'abbesse de Chelles à placer cette pieuse figure dans je ne sais quel cadre profane et à la parer d'ornements étrangers, afin que dans le tableau de la société corrompue du XVIIIe siècle la religieuse fille du régent ne vînt pas faire une antithèse trop marquée.

L'histoire hésite et s'égare au milieu du dédale d'anecdotes que fabriquaient au jour le jour les galants chroniqueurs du XVIIIe siècle : faudrait-il aller puiser à cette source impure la biographie d'une religieuse ? Je ne le pense pas, et quand je crois prendre en défaut sur le compte de l'abbesse de Chelles des écrivains aussi bien informés que Dangeau et Buvat, je suis tenté de n'accorder qu'une attention distraite aux anecdotes de Saint-Simon, de Barbier ou de Duclos.

Aussi bien les contemporains sont d'accord pour rendre hommage à la régularité, à la piété exemplaire de sœur Sainte-Bathilde pendant les neuf dernières années de sa vie, qu'elle passa en simple religieuse chez les Bénédictines de la Madeleine de Tresnel , dans le faubourg Saint-Antoine. Mademoiselle de Chartres était encore abbesse de Chelles lorsqu'elle écrivit à son père une lettre énergique pour protester contre la distribution abusive des bénéfices ecclésiastiques. Cette lettre effraya le duc d'Orléans; il la lut à deux reprises. « Il en fut assez ému pour en parler, et même pour la laisser voir; mais je ne sais s'il en eût profité, écrit Saint-Simon. Il n'en eut pas le temps. »

Soeur d'Orléans de Sainte-Bathilde mourut à la Madeleine de Tresnel, au mois de février 1743, et fut inhumée dans l'église de ce monastère. Louis Racine a consacré les vers suivants à l'abbesse de Chelles :

Plaisirs, beauté, jeunesse, honneur, gloire, puissance,
Ambitieux espoir que permet la naissance,
Tout aux pieds de l'Agneau fut par elle immolé.
Elle s'immole encore dans sa retraite même.
Assise au premier rang, son cœur en est troublé.
De ce rang descendue, au seul objet qu'elle aime
En silence attachée, elle embrasse la croix.
Victime par l'amour devant Dieu consumée,
Vierge qui nuit et jour tient sa lampe allumée
En attendant l'époux dont elle avait fait choix.
Dans notre siècle impie, éclatante merveille !
Les princes sont changés en humbles pénitents.
Et voilà par quels coups, Dieu puissant, tu réveilles
Même en ces derniers jours, la foi des premiers temps !





SENTIMENTS DE MADEMOISELLE D'ORLÉANS, NOVICE A L'ABBAYE DE CHELLES

Avant que de faire mes Pasques, je suis bien aise de repasser les péchés que j'ai commis, et les grâces que Dieu m'a faites. C'est à vous, Seigneur, que j'en demande les lumières, vous voyez le fond de mon cœur, et vous savez le sujet pour lequel je les écris ; accordez-m ‘en la véritable contrition afin que je n'y retourne plus, que je vous aime (si cela se peut) plus que je ne vous ai été infidèle. Vous savez, Seigneur, que vous m'avez fait naître dans le faste et dans la grandeur : à peine avois-je l'usage de raison, que je reçus de vous une infinité de grâces : je ne dis pas seulement celles que tous les enfants reçoivent de vous, puisque vous me fîtes dès lors naître le désir de me consacrer à vous. J'en parlois toujours, et mes sœurs se moquoient de moi, mes femmes tâchoient de m'en distraire dans la crainte de me perdre si je persévérois à le vouloir. L'on me menoit aux spectacles, aux promenades, l'on me paroit magnifiquement; mais vous, Seigneur, qui êtes la bonté même, vous me faisiez trouver un vide dans tout cela, qui ne rassasioit point mon coeur, ni mes yeux. Et comme j'étois fort délicate, j'en étois toujours incommodée. J'étois charmée quand je pouvois aller dans les couvents; et tout le monde remarquoit la douleur que j'avois quand il falloit sortir. Je fus quelque temps dans ces heureuses dispositions; mais enfin le monde prit le dessus, et mon lâche coeur s'y laissa vaincre sans nulle résistance.

Je m'y attachai beaucoup : mais, par un coup de votre providence pour moi, le feu roi ordonna le rang des princesses du sang, et en fit passer beaucoup devant moi, qui n'y devoient pas être. Cela fâcha fort mon père et ma mère, qui, ne voulant point me voir passer au-dessous de mon rang, me mirent en couvent avec ma sœur. Ils choisirent celui de Chelles. Je remarque encore dans ce choix votre main qui les conduisoit, ô mon Dieu; car cette maison étoit moins austère que celle où nous devions être, elle convenoit mieux à mon tempérament, et même à mon esprit, y ayant moins de gêne que dans l'autre.

J'étois éloignée de faire toutes ces réflexions, ô mon Dieu; j'étois aussi fâchée d'y aller en ce temps-là que j'aurois été aise d'y aller quelque temps auparavant. Il fallut pourtant obéir, et j'y entrai à l'âge de douze ans et demi. Je pris bien la résolution de garder mon cœur contre vous; et comme j'avois eu de l'inclination pour l'état religieux je me raidissois encore davantage :  j'étois soutenue par les femmes qu'on m'avoit données pour me servir. Que j'étois insensée de croire que je vous résisterois moi qui ne suis rien. Cependant je m'accoutumai peu à peu à voir les religieuses, je leur parlois peu par la difficulté que j'avois à m'énoncer; je les craignois et je les aimois parce que je trouvois une droiture dans leurs discours que je ne trouvois point dans les autres : car vous m'aviez toujours fait la grâce d'aimer la vérité.

Comme j'avois le coeur tendre je fis connoissance particulière avec deux religieuses, je les aimois comme un enfant, bien sincèrement et bien tendrement; mon amitié fut de peu de durée; je me liai avec une autre plus avancée, et qui étoit alors maitresse des novices. Souffrez, Seigneur que je m'arrête encore ici pour admirer votre providence et vos décrets éternels; puisque c'est elle qui me faisoit penser à vous quand je voulois ne m'entretenir que de vos créatures. C'est à ces créatures que je m'attachois croyant y trouver mon bonheur : mais je m'en éloignois puisque c'est vous seul qui le pouvez faire.

Elle ne me disoit rien : mais elle remarquoit les différents mouvemens de la nature et de la grâce; elle m'a avoué depuis qu'elle étoit surprise et dans l'admiration de vos miséricordes : car en effet, ô mon Dieu, jusqu'à quel point ont-elles été? Je ne puis m'empêcher d'en dire quelque chose. Je m'étois donc abandonnée aux créatures et à toutes mes fantaisies sans vouloir écouter la raison. L'enfance n'étoit point assez grande pour que l'on pût le lui attribuer; je ne voulois plus entendre parler de vous : j'étois à l'Église comme une athée même pendant les redoutables mystères : il sembloit que je ne crusse et ne craignisse rien. Cependant, mon Dieu, j'ai toujours cru les articles de foi qui sont dans notre religion et sans lesquels il n'y en a point.

J'étois persuadée de cela, et cependant combien de fois ai-je voulu changer de religion pour être plus en liberté! Je voulois donc vous oublier, ô mon Dieu, mais je pensois sans cesse à vous, je vous fuyois et vous me poursuiviez, je faisois la sourde oreille à votre voix, et vous me la faisiez entendre si fortement que je cédois : vous ne m'effrayiez point, vous me faisiez sentir des douceurs infinies, j'étois transportée de joie, et mes yeux versoient des torrens de larmes lorsque je pensois à vos miséricordes et à mes péchés.

Vous savez, Seigneur, que je vous offensois même jusque dans mes yeux et que je le faisois faire aux autres. J'étois dans un trouble effroyable; je croyois le diminuer en tâchant de me dissiper : mais je l'augmentois encore. Mme de Fretteville, cette sage et tendre amie étoit souvent touchée de l'état où j'étois : mais cela ne l'empêchoit pas pourtant de me reprendre sévèrement. Elle s'enfermoit quelquefois dans sa cellule avec moi; et là elle me faisoit voir mon égarement : elle me prioit par l'amitié que j'avois pour elle de penser un peu plus à moi. Je pleurois amèrement, parce que vous me faisiez sentir l'état où j'étois. Mais que ces larmes étoient inutiles, puisque je ne changeois point de vie ! Votre heure n'étoit pas encore venue, ô mon Dieu et vous souffriez tous ces égaremens pour me faire sentir ma foiblesse.

Il y avoit longtemps que je voulois être religieuse; mais ma faiblesse m'effrayoit. Cependant , voyant que je ne pouvois résister aux occasions de vous offenser, je pris la résolution de faire retirer ma sœur, et de demeurer seule, espérant pouvoir mieux vous servir. L'on écrivit à ma mère qui y consentit. On la vint donc chercher. Je ne dirai point les larmes que je répandis, mais je dirai Seigneur que je craignois bien de demeurer seule avec vous. Je demandai Madame de Fretteville pour être ma maitresse et on me la donna. Quand ma sœur fut partie je crus m'ennuyer à la mort, cependant je m'accoutumai à la vie monastique. Mais j'avois une grande répugnance à aller au chœur en habit de séculière; ce qui me fit demander la permission de prendre le petit habit : on me le refusa ; mais on me permit de m'habiller en professe, ce qui n'étoit d'aucune conséquence si je venois à sortir.

Je le portai quelque temps en faisant la règle assez régulièrement. J'y prenois un goût infini, je n'avois de peine à rien, j'étois dans une tranquillité profonde. Vous me donniez des consolations infiniment au-dessus de tous les plaisirs que j'avais sentis. Quand j'eus été quelque temps en professe je redemandai le petit habit, et on me le donna. Ma ferveur augmenta beaucoup, et j'étois très heureuse, lorsqu'un valet de pied de ma sœur vint me faire ses complimens et par malheur pour moi me raconter tous les plaisirs qu'elle avoit, et entr'autres il me dit qu'elle alloit souvent à la chasse.

Ce divertissement me toucha beaucoup plus que les autres parce que j'avois toujours eu envie de monter à cheval. Enfin, mon Dieu, je succombai à la tentation, et je demandai à sortir, disant que je voulois voir le monde avant que de m'engager, car on m'avoit permis de prendre le voile. Sur ces entrefaites le roy mourut et ce fut mon père qui fut régent du royaume. Quand toutes choses furent décidées on me fit sortir, et on me mit à Montmartre, d'où j'allois tous les jours au Palais royal. J'étois au désespoir d'être sortie de Chelles. Je demandai inutilement d'y rentrer: on ne le vouloit point. Mon ennui d'être religieuse continuoit toujours. Je demeurai un mois à Montmartre, après j'allai au Val-de-Grâce avec ma soeur.

Je ne pouvois me consoler d'avoir quitté Chelles, et mes amies : mais je devois bien plus pleurer ô mon Dieu, de vous avoir abandonné. J'allois souvent au Palais-Royal et à l'opéra qui me plaisoit beaucoup, par le goût que j'avois pour la musique. Je vous oubliois peu à peu, et j'étois très fâchée quand deux religieuses de mes amies me faisoient penser à vous parceque je tâchois de vous effacer de mon coeur; et pour y réussir je le remplissois de tout ce qui pouvoit vous déplaire : mais vous, mon Dieu, qui m'aimiez, vous ne me quittiez point : vous me faisiez la grâce de regretter Chelles, et vous me continuiez le désir d'y rentrer parceque je savois que c'étoit le seul lieu où je pourrois faire mon salut.

Je sortis du Val-de-Grâce pour aller à la campagne avec ma grande mère; c'est là, Seigneur mon Dieu, c'est là où je vous ai le plus abandonné. D'abord que j'y fus je n'étois occupée que du plaisir de plaire à Madame, et à tout le monde : et, ne pouvant servir deux maîtres, je vous abandonnai entièrement, Seigneur. O mon âme, que devins-tu dans ce moment où tu vis l'aveuglement où tu étois plongée? Abîme-toi, ou plutôt lève les yeux au ciel, implore la miséricorde de ton Dieu. Oui, Seigneur, j'ai mérité mille fois l'enfer : Je reconnois mes crimes énormes. Vous voyez, mon Dieu, le regret que j'ai de les avoir commis : pardonnez-les-moi, Seigneur. Je n'étois donc occupée que de moi et de mes plaisirs, et malgré tout cela, ô mon Dieu, vous me conserviez toujours la même vocation pour l'état de religieuse.

J'en parlois sans cesse, et vous me donniez de temps en temps des avertissemens en songe de penser à mon salut, et que je ne le pouvois faire que dans le cloître. Enfin cet heureux jour arriva; et je ne m'y attendois pas : ma mère vint souper avec Madame et je me sentis poussée à lui demander encore de retourner à Chelles. Elle me dit qu'il en falloit parler à Madame. Nous nous mîmes à table, et ne mangeai guères. Après le souper j'entrai dans le cabinet de Madame, où je la pressai très fort de me laisser aller, et je lui dis de si bonnes raisons qu'elle me le permit. Elle se chargea même de la permission de mon père. Je retournai dans ma chambre. Vous savez, Seigneur, quels combats j'eus à soutenir cette nuit-là. Je ne puis les expliquer : mais je puis dire que les combats que la grâce livroit à la nature étoient bien grands ; elle lui donnoit des coups terribles; et la nature se relevoit toujours.

Enfin le jour arriva, je me levai et montai en carrosse. Plus je m'éloignois et plus je souffrois, et j'étois prête à tout moment à faire retourner, et cependant j'approchois de Chelles. J'y arrivai donc, et je montai à notre cellule fort troublée. Je fus huit jours à souffrir extrêmement, au bout desquels je pris le petit habit, et dans l'instant tous mes troubles cessèrent. Je repris la vie ordinaire du monastère. Six mois après je pris l'habit. J'eus encore quelques combats qui se dissipèrent fort vîte, et je suis à présent fort contente et fort heureuse.

O mon Seigneur et mon Dieu, comment devois-je paroître devant vous, après avoir mené une telle vie ? qui vous a retenu le bras dans le temps de mes crimes ? qui vous a prié pour moi ? qui vous empeschoit de me précipiter dans l'enfer ? C'est votre amour pour moi, ô mon Dieu. Vous avez voulu, faire éclater votre grâce adorable. Elle a triomphé cette grâce. Mais faites, Seigneur qu'elle me soutienne, afin qu'on ne puisse pas dire : le Seigneur l'a fait venir dans le désert pour la tuer. Rendez son triomphe encore plus grand, enchaînant à son char les rois et les princes qui se sont le plus abandonnés à leurs passions. Je ne vous demande point leur vie; mais leur salut. Faites vous connoître Seigneur afin qu'on vous aime : répandez vos bénédictions particulières sur cette maison, faites qu'elle demeure dans les bons sentiments : ne permettez pas de mitigation ; continuez-les dans la charité où vous les avez entretenues jusques à présent; Conservez celle qui les gouverne , éclairez-la, Seigneur, et faites lui sentir votre amour et votre grâce : Et pour moi rendez l'efficacité de cette grâce encore plus remarquable en me soutenant et me faisant augmenter dans la vertu, que vous ne l'avez signalée en me faisant sortir du monde. Ainsi-soit-il.

Permettez-moi, mon Dieu, de vous remercier ici des grâces particulières et générales que vous m'avez faites dès mon enfance : vous m'en avez comblée-sans que je les eusse méritées,- vous m'avez aimée le premier et avant que je vous connusse. Vous m'avez inspiré votre amour et le désir de me consacrer à vous ; vous m'avez plus éclairée que les autres enfans, vous m'avez fait connoître la vérité, et vous me l'avez fait aimer; vous m'avez fait sentir des avant-goûts de l'éternité; vous m'avez fortement imprimé la pensée de la mort et de vos jugemens; vous avez soulagé toutes mes peines; vous m'avez été chercher vous-même, ô divin Pasteur des âmes, et vous m'avez rapportée sur vos épaules à la bergerie dans le temps que je voulois vous oublier; vous ne me quittiez pas, et vous me faisiez penser sans cesse à vous; vous m'avez aimée, mon Dieu, dans le temps que je vous laissois, vous m'avez comblée de grâces dans le temps que je les rejetois. Enfin, ô mon Dieu, votre miséricorde m'a retirée de l'enfer lorsque votre justice demandoit ma perte. Que vous rendrai-je, mon Seigneur et mon Dieu, pour toutes ces grâces ? Je ne suis rien, et je n'ai rien que je ne tienne de vous. Ce sont ces dons de votre main que je vous offre. C'est vous qui m'avez fait, je m'offre à vous et je m'y consacre de tout mon coeur.

Pour que vous receviez plus agréablement mon sacrifice, je l'unis au sang adorable de Jésus-Christ, et je vous l'offre même pour la rémission de mes péchés, espérant qu'avec cette offrande vous ne me renverrez pas sans me dire, « Votre foi vous a sauvée, allez en paix. » Dites cette charmante parole à mon âme, afin que, comme vous lui avez remis beaucoup de péchés, elle vous aime aussi plus que toutes choses. Ainsi-soit-il.

Après avoir examiné vos grâces et vos miséricordes sur moi, ô mon Dieu, et vous en avoir remercié, il faut, pour m'humilier, que j'avoue ma faiblesse, et combien j'ai abusé de vos grâces : donnez-moi, Seigneur, des torrens de larmes pour pleurer mes fautes; mais donnez m'en la véritable contrition : que je haïsse le péché autant que je vous ai abandonné. Je ne vous ai été fidèle, ô mon Dieu que dans le temps que je n'avois pas de raison; mais, Seigneur, c'est vous seul qui agissiez sur moi, et je ne m'y pouvois opposer, ne connoissant ni le bien ni le mal. Quand ma raison fut un peu développée, on me racontoit vos merveilles, et j'en étois charmée, mais comme une enfant qui aime les histoires.

Quand j'allois aux spectacles et que j'en revenois malade, je vous priois, mais comme un enfant qui rejette son mal sur qui il peut, puisque cela ne m'empêchoit pas d'y retourner quand l'occasion s'en présentoit. Combien de personnes ai-je détournées de faire le bien, et comme forcées de vous offenser? dans quelle tranquillité étois-je? Je pensois : Je suis jeune, je ne mourrai pas sitôt, et j'aurai le temps de faire pénitence.

Insensée que j'étois de croire que je vivrois longtemps : et que j'étois ingrate, ô mon Dieu, après toutes les grâces que vous m'avez faites, de souhaiter de vivre pour vous offenser! Je sentois vos miséricordes, Seigneur, mais plus je les sentois, et plus je vous offensois. Ne méritois-je pas l'enfer? et vous, mon Dieu que faites-vous ? Vous venez avec force pour me combattre; non pour me tuer, mais pour me sauver. Vous me transportez dans le désert, vous m'arrachez de la maison paternelle , vous voulez être seul mon père : quand nous sommes seuls ensemble vous me reprenez doucement, vous me faites voir vos miséricordes à même temps que mes crimes se présentent devant moi : vous me consolez vous-même.

Quelle bonté! quel amour! ha! mon âme, que deviens tu? Tu vois ton Dieu, ton créateur et ton juge, tu le vois après l'avoir offensé : que lui présentes-tu pour apaiser sa colère? Tout est à lui, il a tout créé, il est juste, il ne reçoit point de prétexte pour rendre justice. Écoute, il te parle, et voici ce qu'il te demande : « Je ne veux point la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse, et qu'il vive. » Quoy, mon Dieu, vous ne demandez que ma conversion pour me pardonner ! Oui, Seigneur, me voici pénétrée de douleur de vous avoir offensé; je fais une ferme résolution de vivre pour vous : et puisque vous ne rejetez point le reste d'une vie aussi criminelle que la mienne, je vous l'offre et vous la consacre. J'ai déjà commencé mon sacrifice en prenant le voile qui distingue vos épouses des autres femmes : mais, Seigneur, mettez vous-même un voile à mes yeux, afin qu'ils ne voient plus rien qui vous déplaise. Ôtez de mon cœur et de ma pensée tout ce qui peut vous offenser. Mon Seigneur et mon Dieu, ne m'abandonnez plus à moi-même; car je connois ma foiblesse. Agissez donc toujours avec moi, afin que toutes mes actions ne tendent qu'à l'éternité bienheureuse. Ainsi soit-il.

Combien de temps serai-je dans cet exil, Seigneur, dans cette terre déserte et sans eau, où l'on ne trouve que des bêtes qui sont prêtes à nous dévorer, et des embûches qui nous sont tendues à chaque pas que nous faisons ? Si je m'abandonne à moi-même, je trouve un plus cruel ennemi que tous ceux que je rencontre. Est-il possible, Seigneur, que malgré tout cela on aime à vivre ? Que ne fait-on point pour conserver cette vie ? et dans quelle frayeur n'est-on pas quand on nous annonce qu'il faut retourner d'où nous venons, qu'il faut sortir de cet exil, qu'il faut quitter cette chair qui se révolte si souvent contre l'esprit ? Ces misérables n'ont jamais pensé à vous, Seigneur, que pour vous demander des biens périssables. Si vous leur en avez donné, ils ne s'en sont servis que pour vous offenser. Si vous leur avez refusé, quels murmures n'ont ils point faits contre vous ? Est-il possible, ô mon Dieu, que des créatures que vous avez créées à votre image, que des créatures qui sont vos membres et que vous avez rachetées de votre sang précieux, que des créatures que vous avez aimées, et à qui vous avez tant donné, soient si ingrates.

Non, Seigneur, je ne le comprends pas; et peut être le suis-je sans le comprendre. Encore une fois je ne le comprends point, qu'on se puisse attacher à la terre.
Nous sommes faits pour vous, et nous nous abandonnons à la créature que vous avez créée. Nous méprisons le Créateur, et nous aimons ses ouvrages, parce qu'ils frappent plus nos sens : mais Jésus-Christ fait homme ne les frappe-t-il pas aussi ? Mais nous ne l'avons pas vu.

Mais la foi nous le dit, et nous le devons croire plus fortement que si nos yeux l'eussent vu. Enfin, mon Dieu, nous vous sentons au dedans de nous ; nous sentons que nous sommes faits pour vous aimer. Nous goûtons même une douceur infiniment au-dessus de tous les amours charnels : et nous résistons encore. Non, mon Dieu, ne permettez pas cette résistance : faites que je désire votre possession, et que je fasse toutes mes actions dans cette veue, afin qu'après vous avoir aimé sur la terre, je vous aime éternellement dans le ciel. Ainsi-soit-il.

Éloignez de moi, mon Dieu , toutes les pensées que je pourrois avoir contre votre volonté : brisez mon cœur de douleur de vous avoir offensé. Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez pitié de ma bassesse, ne permettez point que j'y retourne. J'ose vous le promettre; mais c'est à vous ô mon Dieu, à me soutenir. J'attends tout de votre grâce, connoissant vos miséricordes pour moi; vous voyez la joie et le désir que j'ai de me consacrer à vous : faites-moi la grâce, Seigneur, de voiler mon cœur pour tout ce qui est du monde : prenez le pour vous, je vous le donne; recevez aussi mon âme. Je sens qu'elle est tout ulcérée par ce qu'elle s'est éloignée de vous qui êtes son unique vie : oubliez mes péchés, mais souvenez-vous du sang adorable que vous avez versé pour moi. Écoutez les cris de mon cœur; voyez la douleur qu'il a de vous avoir offensé : mon âme vous cherche, elle vous appelle : serez-vous sourd à ma voix? Venez, mon Époux, mon Roi et mon Dieu, prenez possession de moi, et moi de vous ; rompez les liens qui me retiennent ici-bas, afin que je vive éternellement; ou, si vous me laissez sur la terre, faites moi la grâce d'y faire pénitence, et de ne m'y point attacher. Ainsi-soit-il.

Mon Seigneur et mon Dieu, pourquoi m'abandonnez-vous, et pourquoi me laissez-vous dans la sécheresse dans le temps que je me consacre à vous, et que je vous adresse mes prières ? Quel changement! Quoi! dans le temps que je ne vous servois pas vous me combliez de grâces et de consolations ; et maintenant que je commence à vous servir (à la vérité encore bien imparfaitement, mais ce que je fais de bien c'est de tout mon coeur) vous vous retirez de moi! Qu'ai-je fait, Seigneur, pour mériter votre abandon ? ou plutôt que n'ai-je point fait, misérable que je suis ? Ne vous souvenez-vous plus de mes péchés, puisque vous m'avez fait la même grâce qu'à saint Pierre?

Je vous ai renoncé comme lui : mais vous m'avez aussi regardée d'un œil de miséricorde pour empêcher le désespoir de se saisir de mon âme. Je suis sortie dehors comme lui pour pleurer ma faute; c'est-à-dire je suis sortie du monde, ne me sentant pas la force de vous y servir. Ayez pitié de moi, ô mon Dieu, et recevez mon sacrifice. Je vous promets, Seigneur, de vivre en bonne religieuse, mais je ne le puis sans votre grâce. Je suis dans la résolution d'être moins dissipée, d'être plus exacte non-seulement à l'office, mais à tout ce qui est de la régularité. Mais, mon Dieu, c'est à vous à me donner tout cela. Je vous demande surtout une grande exactitude à garder mes vœux, et que je sois un pilier de régularité sans ostentation. Ainsi-soit-il.

Mon âme, pourquoi êtes-vous triste, et pourquoi vous affligez-vous? Il est vrai, votre époux est mort, mais ne vous souvenez-vous plus qu'il a dit à plusieurs prophètes qu'il ressusciteroit le troisième jour. Allons donc voir au sépulcre s'il est ressuscité. Mais non, il n'est pas nécessaire : Je le crois sans le voir, et mon âme en tressaille d'allégresse : oui, mon Dieu, je crois que vous êtes ressuscité; je vous vois arracher de mon cœur les victimes du péché, je vous le présente encore tout sanglant de plaies que lui a faites le monde. Je l'enfonce dans votre côté adorable pour l'incorporer avec le vôtre, afin qu'il soit la même chose, et par cette unité je vous demande de n'aimer que vous, d'avoir de la charité pour tout le monde, de ne point mépriser les pauvres, d'avoir une entière obéissance à mes supérieures, de ne disposer de rien sans leur permission; et puisque vous m'avez élevée sur le chandelier, faites, Seigneur que je donne bon exemple et que je ne sois pas de ces lumières qui mènent au précipice; mais qu'au contraire j'inspire à tout le monde votre amour. Ainsi soit-il.

LETTRE DE Mlle D'ORLÉANS A DEUX RELIGIEUSES DU VAL-DE-GRACE SUR SA VOCATION A LA RELIGION

Est-il possible, mes chères amies, que vous puissiez croire que je veuille abandonner Dieu! Non, il m'a fait trop de grâces, vous le savez vous-mêmes; et c'en est une bien plus éclatante que celle qu'il me fait de persévérer : quoi! m'auroit-il fait résister à la tendresse d'un père et à celle d'une soeur pour m'abandonner ? Je ne suis point surprise que les gens du monde me croient ébranlée, eux qui ne connoissent point Dieu, et qui mettent leur unique bonheur à être heureux, riches et grands sur la terre ; mais vous, mes chères sœurs et amies, qui avez été consacrées à Dieu, pouvez-vous penser de même ? ne savez-vous pas que je me sacrifie à Jésus Christ, et que c'est sa grâce qui m'en donne la force ?

Connoissant ma foiblesse, il vous est permis de craindre ; mais connaissant la force du Tout puissant, que ne devez vous point espérer pour moi? Ne croyez donc point les faux bruits. Car je vous puis assurer que je suis plus contente que jamais de mon état, et que j'aimerois mieux mourir que d'abandonner Dieu. Il me fait la grâce de mépriser le monde et d'être persuadée que notre seul bonheur est de suivre Jésus-Christ. Je ne quitte rien, et j'embrasse tout : je ne quitte que le monde qui est méprisable par lui-même, et j'embrasse cette éternité; je quitte le mensonge pour suivre la vérité; la folie pour la sagesse, l'injustice pour la justice, la fureur pour la miséricorde, l'enfer pour le paradis. Enfin je quitte le diable pour Dieu. Que mon sacrifice est petit; et cependant qu'il me coûte ! O corruption du coeur humain ! on s'attache à la créature et on méprise le Créateur.

Je ne puis m'empêcher de dire que je sens que je suis faite pour Dieu, et cependant je tremble; je sens que je l'aime, je sens qu'il est mon tout, et que mon inclination me porte à m'éloigner de lui. Quelle foiblesse ! Priez, mes chères amies, pour la plus misérable des créatures; car si Dieu m'abandonnoit un moment, je périrois. Je ne suis par moi-même que péché, qu'ingratitude et pourriture. C'est par sa grâce seule que nous pouvons plaire à Dieu.

Louez donc sans cesse ce Dieu des miséricordes de celles qu'il m'a faites, et ne cessez mes chères amies, de lui en demander la continuation. C'est la seule marque que vous puissiez me donner de votre amitié. Adieu, mes chères amies, je vous aime de tout mon cœur. Dites à ceux qui doutent de ma persévérance que je me fais religieuse parce que je suis persuadée qu'il faut mourir, que l'heure m'en est inconnue, et que je tomberai entre les mains d'un Dieu juste et terrible dont je serois privée peut-être éternellement, et que c'est pour anticiper la gloire éternelle où j'aspire que je me fais religieuse, en le louant, le servant et l'aimant pendant ma vie pour pouvoir espérer d'être toujours avec lui.  SOEUR D'ORLÉANS DE SAINTE-BATHILDE.

AUTRE LETTRE DE Mlle  D'ORLÉANS AUX MÊMES RELIGIEUSES
SUR L'ABBAYE DE MONTMARTRE QU'ON LUI PROPOSAIT


Je ne doute point, mes chères amies, que vous n'ayez appris la réponse que je fis à Mme la duchesse d'Orléans; ma conscience me la dicta, et après plusieurs poursuites maman m'avoua qu'elle pensait comme moi. Je ne me crois pas assez avancée dans la vertu pour pouvoir donner bon exemple, et je n'ai que trop l'expérience de ma foiblesse pour vouloir m'exposer une seconde fois au péril. L'amour que je dois avoir pour Dieu et pour mon état me doit être plus cher, je ne dis pas que moi-même (ce ne serait pas assez dire) mais que mes deux amies du Val-de-Grâce. Ainsi il faut lui sacrifier ces deux victimes, qui me sacrifient si souvent. Je compte obéir longtemps avant que de gouverner pour pouvoir le bien faire; et si l'on m'en veut croire on me laissera toujours en paix sans me charger de rien, ne m'en croyant pas capable. Je vous avouerai naturellement, mes chères amies, que je ne comprends pas comment on peut trouver des religieuses (quand elles sont bonnes) qui veuillent être abbesses.

Je crois qu'elles ne comprennent pas la grandeur de cette obligation, car qu'est-ce que c'est que d'être abbesse? C'est être la très-humble servante de la communauté, occupée sans cesse du soin de sa maison, des procès, des dettes, à adoucir celles qui se plaignent, et aussi une continuelle attention de plaire à tout le monde, et être obligée (si on veut s'acquitter de son devoir) de déplaire à celles qui ne le font pas, soit en les en reprenant, ou en ne leur accordant pas ce qu'elles souhaitent; leur inspirer leurs devoirs plutôt par exemple que par les paroles, les écouter toutes les unes après les autres, tranquilliser celles-ci, émouvoir celles-là, examiner de près les sujets du noviciat, entretenir la charité dans la communauté; veiller au dehors tant aux domestiques qu'aux confesseurs (quoiqu'ici on ne soit pas en ce cas); enfin à mettre les religieuses dans une honnête liberté, et leur donner tout leur nécessaire, pour qu'elles ne soient pas obligées de le chercher au dehors; soigner que la régularité se maintienne , et se rétablisse comme elle étoit au commencement de la réforme; mais sans aigreur, et avec douceur, pour ménager les esprits. Enfin je trouve la condition d'une abbesse pire que celle d'une esclave, quand elle veut s'acquitter de ses devoirs. Comme je ne veux pas vous ennuyer par une trop grande lettre, je ne dis que la moitié de ce que j'en pense. Adieu, mes chères amies ; je vous embrasse de tout mon cœur.

PENSÉES SUR SA FAMILLE

Dieu accorde souvent à la fidélité d'une personne le salut de sa famille. Faites, mon Dieu, qu'allant à vous, j'entraîne, moi aussi, ce Nathanaël qui ne croit pas qu'il puisse rien venir de bon de Nazareth. Vous voyez mes désirs, c'est à vous de les satisfaire ; quelque tendresse que j'aie pour lui, je ne désire que votre plus grande gloire. Je ne cesse de vous prier, et vous savez, Seigneur, que je ne suis pas seule.

Que deviendra donc ce monde? Vous permettez, Seigneur, qu'étant sur ce rivage je voie ce malheureux vaisseau agité par la tempête de mille crimes détestables. Mon Dieu, ce vaisseau renferme ce que j'ai de plus cher après vous, le laisserez-vous périr à mes yeux? Tendez votre main à ce malheureux pilote, et forcez-le de vous donner la sienne. Faites qu'ayant, quitté ma famille pour vous suivre, je ne me souvienne d'eux qu'en votre présence; que ces richesses, qui n'ont que trop servi à leur vanité, servent à leur pénitence; soulevez-les tous les uns contre les autres, si cela est nécessaire pour leur salut !


Dernière édition par MichelT le Jeu 21 Sep 2017 - 18:10, édité 2 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Mar 19 Sep 2017 - 3:18

LOUIS D'ORLÉANS

Louis, duc d'Orléans, naquit à Versailles le 4 août 1703, de Philippe d'Orléans (le Régent) et de Françoise-Marie de Bourbon (Mademoiselle de Blois).


Louis, duc d'Orléans

Il épousa le 14 juin 1724 Auguste-Marie-Jeanne, princesse de Bade, et il eut la douleur de perdre cette jeune femme au mois d'août 1726.


Auguste-Marie-Jeanne, princesse de Bade

Le duc d'Orléans renonça de bonne heure à tous les plaisirs du monde et prit la résolution de vivre dans la retraite. Il partageait son temps entre l'étude et les exercices de piété; il savait l'hébreu, le syriaque et le grec. Le recueil manuscrit de ses travaux, formant plus de vingt volumes in folio, se compose en grande partie de traductions de la Bible et de dissertations savantes sur les saintes Écritures.

Louis d'Orléans mourut le 4 février 1752.
De son mariage avec la princesse de Bade sont issus :
1 - Louis-Philippe, mort en 1785, aïeul du roi Louis-Philippe ;
2 - Louise-Madeleine, morte en bas âge.

Dans sa jeunesse il avait essayé d'être libertin par air; mais il ne tarda pas à comprendre qu'il n'était point fait pour une pareille existence. Il se convertit et prit le parti de la retraite et de l'étude. Il passait sa vie dans son cabinet, étudiant les Pères, l'Écriture sainte, les langues étrangères; il vivait seul et isolé dans Versailles. Enfin il se retira entièrement du monde et s'installa, en 1742, à l'abbaye de Sainte-Geneviève : il payait aux religieux, pour lui et son domestique, une pension d'un louis par jour. Ses aumônes étaient considérables : il distribuait au pauvre chaque année plus d'un million.


Abbaye St-Geneviève de Paris

Ce pieux personnage était aimé et vénéré de tous. A sa mort, le peuple essaya d'enlever tout ce qui lui avait servi : on voulait s'emparer de ces objets afin de les conserver pieusement comme on garde les reliques d'un saint.

Le duc Louis d'Orléans a fondé le collège de Versailles : il a fondé aussi la chaire d'hébreu de la faculté de théologie de Paris.



DE LA GLOIRE DES CONQUÉRANTS

L'ambition, cette passion que saint Chrysostome appelle et la fille et la sœur de l'orgueil, ne laisse pas de se trouver dans les rois malgré leur élévation : ils ne peuvent, il est vrai, désirer d'état plus élevé que le leur : il n'y en a point sur la terre; mais ils désirent de pouvoir exercer leur puissance sur un plus grand nombre de personnes, c'est-à-dire d'agrandir leurs États.

Ce désir fait qu'on ne considère plus ce qu'on possède que comme pouvant servir à acquérir ce qu'on désire : les impôts se poussent outre mesure dans l'ancien patrimoine, afin de pouvoir soulager par-là les nouvelles conquêtes et s'en attacher les peuples : on met tout en œuvre pour corrompre les sujets d'un prince voisin, ses ministres, et, par conséquent, loin de punir le crime, on le récompense.

Quelle contradiction! le même homme punit et récompense la même action en des personnes différentes : il crie contre la mauvaise foi d'un prince qui le trompe dans un traité où lui-même a cherché à le tromper; ainsi cette passion renverse la nature; mais ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'on en tire une vanité.

Un roi n'a souvent d'autre part à ces conquêtes que de les avoir ordonnées : et cependant il se les attribue, parce que c'est le propre de l'orgueil de s'attribuer ce qui ne lui appartient pas. Mais supposons qu'un roi fasse ses conquêtes lui-même et ne les regarde que comme des monuments de sa gloire : qu'est-ce qu'une gloire homicide ? Un roi doit être le père de son peuple, et il met sa gloire à le détruire. La qualité de prince juste et celle de conquérant ne peuvent donc s'accorder, et font une contradiction continuelle dans le roi avide de gloire : car il faut convenir que la réputation d'un roi dont tout le règne se passe sans guerre n'est point pleinement hors d'atteintes; il y a toujours dans un royaume de ces gens qui font de la guerre le moyen de satisfaire leur ambition, ceux-là se trouvant frustrés de leur espérance sous un roi pacifique, osent l'accuser de manquer de courage; mais celui qui ne cherche point la gloire des hommes goûte sans trouble le plaisir de rendre ses sujets heureux. Disons mieux : il sait qu'il remplit son devoir, et cela seul suffit pour son bonheur.

LES PETITES MÉDISANCES ET LES PETITS MENSONGES

Les médisances qui ne viennent point d'un dessein formé de nuire au prochain viennent de légèreté et d'indiscrétion; mais d'où vient cette légèreté sinon de compter pour peu de chose le prochain ? Nous trouvons donc premièrement que sa réputation ne mérite pas que nous nous assujettissions à garder le silence quand nous ne pouvons le rompre sans le déchirer, ni que nous examinions si ce que nous avons appris est faux ou vrai.

Le désir de briller dans une conversation l'emporte sur ces considérations, et nous fait même ajouter sciemment des circonstances aggravantes pour orner notre récit. Le mensonge qui ne nuit point au prochain a pour but ou d'excuser une mauvaise action ou de donner meilleure opinion de soi que la vérité simple ne le donnerait. Par conséquent, c'est toujours vouloir en faire accroire, se supposer plus fin que les autres; car l'on n'entreprendrait point de mentir si l'on était bien persuadé que la fausseté serait découverte promptement.

La preuve de cela, c'est que les enfants sont beaucoup plus sujets à ce défaut que les personnes formées, parce qu'ils ne savent pas combiner toutes les circonstances qui peuvent faire découvrir leurs menteries : les sots conservent ce défaut, parce que leur esprit reste toujours aussi borné qu'il l'est nécessairement dans l'enfance. Mais pourquoi y a-t-il des gens qui mentent sans qu'il leur en revienne aucune utilité et pour embellir une histoire qui n'a aucun rapport à eux? Les choses singulières prennent toujours l'attention : l'on entend plus volontiers parler des actions des rois que de celles des autres hommes, et les hommes en parlent aussi plus volontiers, par cette raison que les autres y donnent plus d'attention, parce que celui qui parle prend pour lui, dit M. Nichole, l'attention que l'on donne à celui dont il parle : il en est de même de celle que l'on donne à une chose singulière .



PRIÈRE AFIN D'OBTENIR LA VRAIE MESURE DU ZÈLE POUR LA CONVERSION DES PÉCHEURS

Mardi saint 1747.

Que votre regard est puissant, ô mon Dieu! Il convertit votre apôtre tombé dans le plus grand des péchés. «Le Seigneur s`étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : Avant que le coq chante aujourd`hui, tu me renieras trois fois. Et étant sorti, il pleura amèrement.» (Luc 22, 61,62)

Que de fois, Seigneur, vous avez jeté sur moi de ces regards de miséricorde : vous m'avez retiré des égaremens de ma jeunesse; vous m'avez préservé depuis ma conversion de bien des dangers auxquels j'ai été exposé et auxquels je m'étois livré moi même sans les connoître.

Continuez à me regarder, ô mon Dieu, je suis en danger tant que je suis en cette vie, et je suis moi-même mon danger : le zèle pour convertir les autres expose à des dangers surtout lorsqu'on travaille de soi-même sans mission, sans être fortifié par la grâce du sacrement de l'ordre; mais l'indifférence pour le salut de nos frères est un autre danger : le refroidissement de la charité fraternelle ne peut que vous déplaire puisque c'est en aimant nos frères que vous voulez que nous apprenions à vous aimer : en nous croyant bien avec vous et ne pensant point au malheur de ceux qui se perdent (la phrase n'est pas finie).


MARIE LESZCZINSKA

Stanislas Leszczinski, compétiteur malheureux de Frédéric Auguste au trône de Pologne, vivait près de Wissembourg, en Alsace, dans une extrême simplicité et presque dans la gêne lorsqu'une intrigue de cour appela sa fille Marie au trône de France.


Marie Leszczinska, reine de France et femme du roi Louis XV vers 1730


Marie Leszczinska, famille d`origine polonaise

Âgée de vingt-deux ans, Marie Leszczinska, fille de Stanislas et de Catherine Opalinska , épousa Louis XV à Fontainebleau , le 5 septembre 1725. Sur le trône de France, où, après quelques années de bonheur, elle fut abreuvée de tant d'outrages, cette princesse donna constamment l'exemple des vertus les plus douces et les plus aimables. Son instruction avait été très-soignée ; elle possédait plusieurs langues, entre autres le latin; elle cultivait le dessin et la musique. La reine, écrit l'abbé Proyart, aimait à peindre des sujets de dévotion, qu'elle donnait à de pieux amis. Elle distribuait aussi des prières et des maximes de morale imprimées par elle-même. Le Dauphin la surprit un jour occupée à ce travail, et il se récria avec sa gaieté ordinaire sur le scandale que lui donnait cette imprimerie clandestine.


Louis XV, roi de France

La reine était très-fervente : les catholiques français eurent souvent recours à son intervention pour les affaires ecclésiastiques. En 1733, elle écrivit au Saint-Père pour lui demander la canonisation de saint Vincent de Paul; elle lui écrivit encore, en 1738, pour la canonisation de sainte Colette; en 1739 pour la canonisation de la bienheureuse Jeanne de Valois.

Marie Leszczinska avait accepté le titre de protectrice de l'archiconfrérie du Saint Sacrement établie à Liège. Elle avait adopté la dévotion au Sacré-Coeur et s'efforçait de la propager; dès l'année 1738, elle demanda au souverain pontife l'établissement de la fête du Sacré-Coeur en 1766, elle s'adressa aux évêques français réunis en assemblée générale du clergé pour les prier de faire célébrer cette fête dans tous leurs diocèses. Ils acquiescèrent à ce désir.






Fête du Sacré-Cœur

Marie Leszczinska mourut à Versailles, en 1768. Elle avait eu dix enfants; trois moururent jeunes ; les sept autres sont :
1- Louise-Élisabeth, née en 1724. Elle épousa en 1739 Philippe duc de Parme et de Plaisance, fils de Philippe V, roi d'Espagne, et d'Élisabeth Farnèse ;
2 - Anne-Henriette, née en 1724, morte en 1752;
3 - Louis, Dauphin, père de Louis XVI, né en 1729, mort en 1765;
4 - Marie-Adélaïde, née en 1732, morte en 1800;
5 - Victoire-Louise-Marie-Thérèse, née en 1733, morte en1799;
6-  Sophie-Philippine-Élisabeth-Justine, née en 1734, morte en 1782.
7 - Louise-Marie, née en 1737, religieuse aux Carmélites de Saint-Denis, morte en 1787.



PENSÉES DE MARIE LESZCZINSKA

Nous ne serions pas grands sans les petits; nous ne devons l'être que pour eux.

Tirer vanité de son rang, c'est avertir qu'on est au-dessous.

La miséricorde des rois est de rendre la justice, et la justice des reines est d'exercer la miséricorde.

Les bons rois sont esclaves, et leurs peuples sont libres.

Le contentement voyage rarement avec la fortune, mais il suit la vertu jusque dans le malheur.

Il vaut mieux écouter ceux qui nous crient de loin : Soulagez notre misère, que ceux qui nous disent à l'oreille : Augmentez notre fortune.

Le besoin de s'habiller étant une suite du péché, celui qui tire vanité de ses habits est un malade qui se glorifie des langes qui enveloppent ses blessures.

Les femmes dont on à le mieux parlé après leur mort sont celles dont on parlait le moins pendant leur vie.

La fille vertueuse est en paradis; la femme vertueuse est en purgatoire.

Le malheur des grands est de s'occuper trop de ce que les hommes leur doivent, et pas assez de ce qu'eux-mêmes doivent à Dieu.

Celui qui craint de descendre dans sa conscience, craint de visiter le plus sincère de ses amis.

Ce n'est que pour l'innocence que la solitude peut avoir des charmes.

S'estimer grand par le rang et les richesses, c'est s'imaginer que le piédestal fait le héros.

La vraie mesure de comparaison entre les hommes, c'est sans doute la vertu, puisque Dieu n'en connaîtra point d'autre.

Ceux qui n'agissent que par la vanité de faire parler d'eux, parviennent difficilement à en faire dire du bien.

La paix qui précédait la guerre eût souvent mieux valu que celle qui la suit.

Plusieurs princes ont regretté à la mort d'avoir fait la guerre; nous n'en voyons aucun qui se soit repenti alors d'avoir aimé la paix.

La fierté fait la science des femmes ignorantes, et l'entêtement leur raison.

Comme on ne flatte que ceux qu'on veut tromper, toute flatterie est une espèce d'insulte.

Les flatteurs qui nous prêtent des vertus que nous n'avons pas, sont moins dangereux que ceux qui nous louent des défauts que nous avons.

Il ne peut y avoir de guerres glorieuses que celles qui sont justes et nécessaires.

Les petites pratiques d'une sainte religieuse ont, pour l'ordinaire, bien plus de valeur aux yeux de Dieu que les grandes affaires d'une reine.

Pour ne pas s'ennuyer dans la compagnie de son cœur, il faut savoir y appeler Dieu.

L'erreur du vulgaire est de mesurer notre grandeur sur notre pouvoir; la nôtre, bien plus grossière, est de croire que le vulgaire a raison.

Une personne sensée estime une tête par ce qu'il y a dedans; les femmes frivoles par ce qu'il y a autour.

La sagesse humaine nous apprend à cacher notre orgueil : la religion seule le détruit.

Quand on ne donne que pour Dieu, on ne craint point les ingrats.

De tous les amis que nous pouvons avoir, il n'en est pas de comparable à la bonne conscience.

De tous les genres de prodigalités, la plus blâmable est celle du temps. Pour mépriser le monde, il suffit d'écouter la raison ; mais, pour se mépriser soi-même, il faut écouter Dieu.

On s'inquiète beaucoup pour savoir comment on mourra ; mieux vaudrait porter son inquiétude sur la manière dont on vit.

Un livre n'a droit de m'occuper qu'autant qu'il parle à mon coeur, et qu'il lui dit de bonnes choses.

Les erreurs de la Religion qui commencent par les hommes se propagent par les femmes; c'est que, pour rendre une erreur vraisemblable, il faut quelque esprit ; et que, pour la soutenir, il ne faut que de l'entêtement.

Nous ne devons réfléchir sur les défauts des autres qu'autant qu'il faut pour nous en préserver nous-mêmes.

Les femmes les plus médisantes sont presque toujours celles qui offrent le plus matière à médisance. Elles indiquent les défauts d'autrui, de peur qu'on ne s'occupe des leurs.

Pour vivre en paix dans la société, il faut ouvrir les yeux sur les qualités qui nous plaisent, et les fermer sur les ridicules et les travers qui nous choquent.

Une bonté disposée à accueillir toutes les recommandations, serait plus près de l'injustice que la dureté qui  n'en écouterait aucune.

Les sujets qui nous sont le plus recommandés sont d'ordinaire les moins recommandables.

Le faste, qui choque partout, est révoltant dans un homme d'Église.

Tout orgueil est un mensonge, et l'on ne ment que par faiblesse.

La raison ne va pas loin, lorsqu'elle veut devancer la foi.

De siècle en siècle, la Religion a été vengée par les mœurs seules de ceux qui la combattent.

Moïse, priant sur la montagne sainte, faisait plus pour les Israélites que toute leur armée combattant dans la plaine; et l'on calomnie, comme inutiles à l'État, ces saintes âmes qui ne cessent de prier dans la retraite pour ses besoins et sa prospérité.

Celui qui ne veut jamais communier, de peur de faire un sacrilège, est un malade qui se laisse mourir de faim de peur de s'empoisonner.

Le courtisan nous crie : Donnez-nous sans compter; et le peuple : Comptez ce que nous vous donnons.

Rien ne soulage un cœur malade comme la conformité à la volonté d'un Dieu dont les rigueurs ne sont que bonté.

Le respect humain, condamnable dans tous les chrétiens, est une véritable apostasie dans ceux qui sont établis pour commander ou pour instruire.

(Note: Le respect humain obstacle a la conversion. Voici la pierre de scandale pour plusieurs. Si je ne fais pas comme les autres, que diras t`on de moi? C`est celui qui craint plus les jugements de ses semblable que ceux du Tout-Puissant. C`est celui ou celle qui refuse ses serments et devoirs de chrétien ( obéissance aux Dix Commandements) par crainte des opinions a la mode. Il est impossible de contenter Dieu et de contenter le monde en même temps - car leurs maximes sont trop opposées. C`est une faiblesse parce que les opinions a la mode  sont: impuissantes devant Dieu - inconstantes et trompeuses. Source: Les principaux devoirs du Christianisme - le Père Humbert année 1825)

En politique comme en morale, le chemin le plus court pour rendre les hommes heureux, c'est de s'appliquer à les rendre vertueux.


Dernière édition par MichelT le Jeu 21 Sep 2017 - 18:11, édité 2 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Mer 20 Sep 2017 - 1:07

ISABELLE DE PARME

Marie-Isabelle, fille de don Philippe, infant d'Espagne, duc de Parme, et de Louise-Élisabeth de France, était par sa mère petite-fille de Louis XV et de Marie Leszczinska. Née le 31 décembre 1741, elle épousa, le 6 octobre 1760, l'archiduc Joseph, fils de l'empereur François Ier et de Marie Thérèse (plus tard empereur d'Allemagne sous le nom de Joseph II).


Marie-Isabelle de Parme


Archiduc Joseph – plus tard empereur Joseph II d`Allemagne

Isabelle mourut en 1763, deux avant que son époux parvînt à l'empire. Joseph II regretta vivement celle qu'il appelait son « adorable femme. » « Si je ne vous étais pas si attaché, écrit-il à sa mère, au mois d'avril 1764, et si un peu d'expérience ne me faisait pas connaître le monde, je resterais veuf éternellement, ou plutôt lié éternellement avec un bel ange au ciel, à qui je n'ai point rendu ma foi jurée à l'autel. Ah, je le prévois ! mon attachement pour vous m'arrachera cette résolution (d'un second mariage); mais plaise à Dieu que ce ne soit pas pour le malheur de mes jours et peut-être de mon âme. »

Isabelle de Parme laissait une fille appelée Marie-Thérèse comme son illustre aïeule. L'archiduc entoura cette enfant d'une tendre affection : il la confia aux soins de la marquise d'Herzelle. L'impératrice s'occupait elle-même des moindres détails de cette chère éducation : la journée de la petite Marie-Thérèse, âgée d'environ cinq ans, est réglée comme celle d'une pensionnaire. L'enfant à son réveil doit élever son cœur vers Dieu, puis sortir du lit. Après sa prière et le déjeuner elle répète le catéchisme allemand et entend la lecture d'un chapitre dans Royaumont.

A cette demi-heure d'étude succèdent quelques instants de récréation, puis une leçon d'écriture d'une demi-heure. Nouvelle récréation de dix heures et demie à onze heures. A onze heures, conférence spirituelle avec le chanoine Gürtler. A onze heures et demie, récréation jusqu'au dîner de midi; après le dîner, l'enfant joue jusqu'à deux heures. Elle prend ensuite une leçon de français qui dure une demi-heure ou trois quarts d'heure, joue jusqu'à quatre heures. De quatre à cinq on l'amuse avec des jeux de cartes, des livres ou des images propres à lui apprendre les termes français. A cinq heures, elle danse aussi longtemps que cet exercice paraît l'amuser. On lui fait réciter ensuite quelques Pater afin qu'elle prenne l'habitude de se mettre en la présence de Dieu.

Récréation jusqu'à sept heures et demie, souper, toilette du soir qui, avec les prières, dure une demi-heure. Coucher à neuf heures. Ainsi, dans cette petite journée d'enfant, sans parler de la leçon de danse et des prières, trois heures sont réservées pour le travail et les occupations utiles.

L'archiduchesse Isabelle avait laissé, outre un recueil de Méditations, quelques Réflexions sur l'éducation, dont le manuscrit autographe fut communiqué par Joseph Il à la marquise d'Herzelle. (Lettre du 29 novembre 1767.)


Cathédrale St-Étienne de Vienne - Stefansdom wien

La petite archiduchesse Marie-Thérèse mourut dans sa huitième année, le 23 janvier 1770. Cette perte fut vivement sentie par Joseph II : « J'ai cessé d'être père, écrit-il à la marquise d'Herzelle avec l'accent d'une douleur vraie et profonde, j'ai cessé d'être père. Mon Dieu, rendez-moi ma fille, rendez moi-la ! »

Pour se conformer au désir de sa mère, le fils de Marie-Thérèse avait épousé en secondes noces Joséphine-Antoinette de Bavière, qui mourut en 1767, et dont il n'eut point d'enfants.



RÉFLEXION SUR LA MORT

Considère, ô mon âme, l'effet que produit en toi la persuasion où tu te crois de la mortalité de ce corps que tu habites, et tu trouveras que tu en doutes encore. Tu penses à la mort; mais comme l'idée t'en fait horreur, tu la chasses promptement. Tu penses à la mort; mais tu ne saurois te priver un instant d'un plaisir que peut être tu te reprocheras lorsqu'elle arrivera. Tu penses à la mort ; mais ton ambition forme de vastes projets, comme si l'avenir était à ta disposition , comme si tu devois toujours habiter sur la terre. Tu penses enfin à la mort; mais cette pensée, au lieu de faire naître en toi une crainte salutaire, ne fait que t'engager à jouir du présent. Qu'est-ce que tout cela prouve ? Que tu n'en es pas persuadée. Car la vraie persuasion de la mort, c'est de penser et de se dire sérieusement : Je mourrai, et mon heure approche; je mourrai, et ce sera dans l'âge où je m'y attendrai le moins, et de la manière que je n'aurai pas prévue. C'est là ce qui nous détermine à prendre sans délai ces ferventes et généreuses résolutions de réformer notre vie, pour penser efficacement à notre fin ; et malheur à toi, ô mon âme , si malgré les termes exprès de l'Évangile, malgré les menaces de Jésus-Christ, tu n'en es pas encore persuadée. Penses-y donc continuellement, mais efficacement; et commence par-là à te préparer à ce redoutable instant.

L' OISIVETÉ DE LA VIE

A considérer attentivement la vie du monde, il n'est pas concevable que des créatures raisonnables puissent la trouver supportable, et s'y livrer comme font la plupart des hommes. Ils oublient pour elle leurs devoirs les plus essentiels, leur affaire la plus importante, c'est à-dire leur salut; ils la négligent. Et pourquoi ? pour une vie oisive, qui ne sauroit leur procurer aucun agrément véritable, aucun contentement solide. Mais l'imagination est si forte parmi le grand nombre, que l'idée qu'ils s'en forment suffit pour les y déterminer, et que, bien loin de s'arrêter à approfondir la réalité de ce prétendu bonheur, ils ne regardent les ennuis et les désagréments réels qui l'accompagnent, que relativement à ce qu'ils ne peuvent assez jouir, parce que des affaires importantes viennent troubler leur tranquillité. Mais ils se trompent en portant ce jugement, et pour peu que tu veuilles y réfléchir, ô mon âme ! tu en sentiras tout le vide.

Quel est, en effet, le premier caractère de la vie du monde? c'est sans doute l'oisiveté; et cette oisiveté peut-elle avoir des charmes pour toi ? Sans cesse occupée de bagatelles, de vains plaisirs, ne donnant jamais un moment à la réflexion, telle est la vie du monde; l'âme reste comme ensevelie sous les passions; on lui ôte tous ses privilèges; mais celui de penser ne pouvant être ravi, on le tourne à des frivolités incapables d'avoir pour elle de vrais charmes. Tu as souvent senti le vide des plaisirs, le dégoût a suivi ceux qui te sembloient les plus vifs : l'ennui a accompagné les repas, les spectacles, les bals, rien n'a pu te satisfaire. Cette oisiveté n'est pas faite pour te charmer; tu n'as cependant attribué ton ennui qu'à des raisons aussi fausses que les plaisirs que tu goûtais, sans faire attention que, créée pour le ciel, tout ce que les objets terrestres ont de plus séduisant ne peut te fixer, ne peut te rendre heureuse.

Rentre en toi-même; tu comprendras cette vérité, et tu la goûteras bien mieux encore, si tu veux t'essayer dans la solitude et les réflexions ; elles te feront sentir qu'une vie oisive est le comble du malheur. Tu devrois déjà en avoir été frappée, tu devrais en être déjà revenue; mais, hélas ! quelque imparfaite que te paraisse l'oisiveté, elle te plaît encore ; la vie du monde a pour toi des charmes qu'on ne peut y trouver quand on réfléchit, et qui ne te plaisent que par le peu d'attention que tu y as fait jusqu'à présent. Gémis donc désormais de ton aveuglement.

AMOUR DE LA RETRAITE (retraite religieuse)

O retraite qui faites mes seules délices, ô retraite où je n'existe que pour Dieu, ô retraite où l'on goûte toutes les douceurs célestes, quand est-ce que je pourrai jouir de vous, quand est-ce que, bannie du monde pour quelques instants, je pourrai dans votre sein m'entre tenir seule à seul avec mon Dieu, sans être troublée par aucune idée du monde? Seigneur, qui voyez les dispositions de mon cœur, daignez m'inspirer de plus en plus l'amour de la retraite. Daignez me faire employer saintement ces jours que je vous consacre; que les réflexions que j'y vais faire sur l'état de ma conscience et sur vos vérités saintes, servent à me garantir de tout péché à l'avenir, à me faire concevoir un vif repentir de ceux dont je suis coupable, et à m'inspirer pour vous des sentiments d'amour qui me détachent à jamais des créatures et me fassent mettre à profit pour mon salut tous les instants de ma vie; mais surtout, ô mon Dieu! accordez-moi ce recueillement intérieur que rien ne puisse désormais faire évanouir, et qui me mette à portée d'employer utile ment le temps qui me reste encore à vivre. Ainsi soit-il.


LOUIS, DAUPHIN, PÈRE DU ROI LOUIS XVI ( Louis-Ferdinand de France)

Louis de France, Dauphin, né le 4 septembre 1729, à Versailles, était le quatrième enfant de Louis XV et de Marie Leszczinska.


Louis-Ferdinand de France

Il épousa en premières noces Marie-Thérèse, infante d'Espagne, et eut d'elle une fille qui mourut jeune.


Marie-Thérèse, infante d`Espagne

De sa seconde femme, Marie-Josèphe de Saxe, le Dauphin eut huit enfants, dont trois morts en bas âge. Les cinq autres sont : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, la vénérable Marie-Clotilde, reine de Sardaigne, et Madame Élisabeth.


Marie-Josèphe de Saxe

Le Dauphin mourut le 20 décembre 1765, à Fontainebleau, laissant le souvenir d'une vie irréprochable et d'une piété qui ne s'était jamais démentie. Le duc de Luynes a tracé dans ses Mémoires le portrait suivant du Dauphin : « On peut dire sans flatterie qu'il a le cœur bon, l'humeur gaie, l'esprit vif et orné, la repartie prompte, beaucoup d'imagination, les manières agréables, un désir de plaire naturel et simple, et beaucoup de piété. »

On ne reprochait au Dauphin qu'une certaine indolence de caractère : c'est cette indolence que la gracieuse et vive Marie Josèphe appelait en souriant la « sainte paresse de son mari.»

DIEU ( texte du Dauphin)



La terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle renferme : il y commande en maître aux éléments insensibles Mortels, admirez donc ce que peut votre Dieu. Il dit : Que la lumière soit faite, et la lumière est faite. Appliquez les yeux de votre esprit à ce qui frappe ceux de votre corps. Quelle autre leçon seroit nécessaire pour vous apprendre à reconnoître sa puissance et à lui rendre vos hommages?

Vos ouvrages, Seigneur, sont aussi incompréhensibles que votre essence. Par quelles secrètes lois dirigez-vous la nature ? Que de mystères renfermés dans ses plus communes opérations ! Les reptiles de la terre et les insectes de l'air ne nous découvrent pas moins votre puissance que les monstres marins ou ceux qui habitent les forêts. Dans tous les animaux répandus sur la surface de la terre, je découvre votre immensité, et la merveilleuse diversité que vous savez mettre dans vos ouvrages.

Le soleil brille d'un éclat que nos yeux ne peuvent soutenir. Ses feux, sans se perdre, se communiquent à toute la nature et la vivifient. Image et instrument de votre puissance, Seigneur, cet astre nous peint vos grandeurs, et nous transmet les bienfaits de votre Providence paternelle.  Les cieux annoncent la gloire de Dieu, et le firmament publie qu'il est son ouvrage. Eh! quel autre que le Tout-Puissant auroit pu suspendre sur nos têtes cette multitude de globes lumineux, assigner à chacun leur place, le cercle qu'ils doivent décrire, et l'ordre immuable qu'ils doivent suivre ?

Oui, Seigneur, la vue du ciel matériel nous élève jusqu'à celui que vous habitez : notre esprit s'élance à travers ces espaces immenses pour pénétrer jusqu'à votre sanctuaire. Ah ! heureux l'instant où il nous sera donné de vous voir sans nuages, de vous contempler sans cesse, de vous aimer sans partage. O vous, la lumière de nos âmes, dissipez les ténèbres qui les enveloppent, découvrez-nous la grandeur de votre être, la sainteté de vos lois, l'immensité de vos récompenses ; et qu'uniquement occupés de ces objets, nous ne soyons plus distraits et arrêtés par l'éclat des vanités du siècle.

Votre trône, ô Roi des rois, est environné d'une foule d'esprits bienheureux occupés à contempler vos perfections.  Quand nous sera-t-il donné d'être admis parmi eux, et de mêler nos voix à leurs sacrés cantiques? O séjour fortuné, où les anges et les élus s'enivrent sans cesse d'un torrent de délices ! Bonheur parfait! Félicité inaltérable !Vous nous permettez d'y aspirer, Seigneur, et vos lois saintes n'ont pour but que de nous y conduire.

Sans quitter la demeure inaccessible de votre gloire, vous rapprochez les cieux de la terre. Vous permettez qu'on vous y élève des temples, et vous les remplissez de votre présence, afin que nous puissions vous y présenter nos vœux, et y recevoir l'abondance de vos grâces. N'envions donc plus aux esprits célestes la présence du Tout-Puissant : nous jouissons du même bonheur.

Dieu réside parmi nous sous les voiles eucharistiques : environnons sans cesse son autel, et présentons-lui, avec un cœur pur, l'encens de nos louanges et de nos prières. Vous avez daigné, Seigneur, nous prescrire les règles de notre conduite. Nous avons entendu votre voix, qui nous a dicté les lois que nous devons suivre : lois saintes et immuables, qui, en assurant notre félicité sur la terre, nous conduisent encore à un bonheur éternel dans le ciel.

Non content d'avoir instruit l'homme par la publication de la Loi ancienne et nouvelle, vous daignez encore lui parler en secret par vos inspirations et par votre grâce. Il ouvre ses lèvres pour prier : une voix intérieure répond à ses demandes, et l'instruit sur ses devoirs. Quelles pensées avois-je, ô mon Dieu, lorsque je ne pensois point à vous ? De quoi m'occupois-je, quand je vous oubliois? Quelles étoient mes affections insensées, lorsque je ne vous aimois pas ? Créé pour le vrai, je me repaissois de la vanité, je me soumettois au service d'un monde qui n'est créé lui-même que pour vous servir.

Vous serez désormais, Seigneur, les délices de mon cœur et l'unique objet de mes affections. Vous n'avez besoin, Seigneur, pour votre gloire, ni d'adoration ni de louanges; vous ne les exigez de notre part, qu'afin d'avoir à nous récompenser de la fidélité avec laquelle nous nous en acquittons. Serions-nous assez insensés pour vous refuser un tribut qui, par vos bontés, tourne à notre propre avantage ?

C'est à votre ressemblance, Seigneur, que vous avez créé l'homme : quelle sublime destinée ! Il doit donc participer à l'élévation de vos vues, à la droiture de vos  jugements, à la perfection de vos actions : il doit être saint, parce que vous l'êtes vous-même.



LE MONDE

Le monde offre à mes yeux un spectacle formé par les passions les plus séduisantes. J'y vois le succès de l'intrigue, les triomphes de la vengeance, l'éclat des richesses, les amorces des plaisirs, les charmes de la volupté, le faste du luxe, les honneurs de l'orgueil et de l'ambition ; mais, prenant en main le flambeau de la foi pour reconnoître de plus près ce spectacle enchanteur, l'illusion se dissipe, et je ne vois plus que des inclinations honteuses, des passions avilissantes, l'ordre renversé, la gloire dérobée à Dieu, des idoles de chair adorées, la substance du pauvre consumée par les superfluités du riche, des haines immortelles, des honneurs usurpés, des biens mal acquis; et le prince des ténèbres triomphant avec empire de ce grand nombre d'âmes asservies à ses lois.

Dans le monde on n'entend débiter que des maximes opposées à celles de l'Évangile; on ne voit que des exemples d'autant plus dangereux, qu'ils sont facilement approuvés par la corruption du cœur. Si l'on ne prend soin de se prémunir contre ces principes, et de se fortifier contre ces exemples, il est impossible qu'enfin la vérité ne s'obscurcisse et que les bons sentiments ne s'altèrent.

LES DIVERTISSEMENTS DU MONDE

Une âme généreuse qui s'attache au service de Dieu ne sauroit se résoudre, de propos délibéré, à lui déplaire dans les choses même les plus légères. C'est d'après ce principe qu'on doit porter son jugement sur ce qu'on appelle amusemens et usages du monde. On demande quel mal il y a de fréquenter les assemblées du grand monde, les bals et les spectacles, châtiés et épurés de tout ce qui pourroit y blesser la pudeur.

Mais, pour peu qu'on ait étudié le coeur humain, on doit savoir que ses désirs sont insatiables; et il est aisé de sentir que l'élégance de la parure, les jeux, les danses et les spectacles, choses indifférentes de leur nature, deviennent aisément dangereuses par le vice de la nôtre; et d'ailleurs accoutumer le cœur à s'attacher à des choses aussi frivoles que le sont toujours les pompes et les vanités du siècle, c'est le détourner de ce qui doit faire son occupation principale ; et quiconque désire sincèrement de plaire à Dieu, doit renoncer à toutes ces vanités, et surtout éviter avec le plus grand soin d'y mettre aucune affection.

LA PRIÈRE

La prière est une rosée céleste qui fait produire à l'âme de bons fruits, et qui éteint en elle le feu des passions. La plus courte, récitée lentement, en pénétrant bien le sens des paroles et y joignant le sentiment du cœur, vaut mieux que la plus longue récitée avec précipitation.  Tout rappelle à Dieu une âme qui vit de la foi, tout lui apprend à prier. Les embarras du siècle, les devoirs de l'état ne sauraient mettre obstacle à cette sorte de prière. Au milieu de l'affaire la plus sérieuse, le cœur peut s'élever vers Dieu, implorer ses lumières, lui offrir son travail et lui témoigner son amour. Ce n'est pas là détourner son attention, c'est l'exciter par un motif plus noble et plus puissant. Rien de plus utile que l'habitude de contempler Dieu dans ses ouvrages, de reconnaitre sa providence dans les évènements, de l'associer, pour ainsi dire, à toutes nos entreprises. Sans cela, le repos n'est qu'oisiveté, le travail qu'embarras .

PRIÈRE POUR LA FRANCE

Dieu éternel, qui, depuis l'établissement de cette monarchie, lui donnez des marques d'une protection toute spéciale, accordez aux mérites et aux vœux de saint Louis, que ses descendants, que votre serviteur, et tout votre peuple, soient les imitateurs des vertus qu'il a pratiquées, afin que, conservant la paix au dedans et au dehors, nous soupirions uniquement après la joie de ce royaume, où les rois et les peuples, ne reconnaissant plus que vous seul pour pasteur et pour père, seront unis entre eux par les liens d'un amour éternel.

PRIÈRE POUR L'ÉGLISE

O Jésus, protecteur et chef de votre Église, souvenez-vous de la promesse que vous lui avez faite de ne l'abandonner jamais : soyez toujours sa lumière et sa force ; étendez son empire, multipliez ses enfants, et conduisez-les au séjour de l'éternité.


VÉNÉRABLE SOEUR THÉRÈSE DE SAINT-AUGUSTIN (MADAME LOUISE DE FRANCE)

Louise-Marie de France, la dernière des filles de Louis XV et de Marie Leszczinska, naquit à Versailles le 15 juillet 1737.


Princesse Louise-Marie de France, fille du roi Louis XV

Madame Louise de France était une délicieuse enfant : « Je n'ai rien vu de si agréable que la petite, écrit la reine Marie  Leckzinska, elle a la physionomie attendrissante et très éloignée de la tristesse; je n'en ai pas vu une si singulière, elle est touchante, douce et spirituelle. » Élevée à Fontevrault par Mme de Rochechouart, Madame Louise fut ramenée à la cour à l'âge de quatorze ans; mais elle ne renonça point aux exercices de piété dont elle avait déjà contracté l'habitude; sa ferveur n'ayant fait que s'affermir et se développer avec les années, elle résolut de se consacrer entièrement à Dieu, et, avec l'agrément du roi son père, elle entra le 11 février 1770 au couvent des Carmélites de Saint-Denis, l'un des plus pauvres de France.


Ancien Carmel de St-Denis – cour intérieure


Procession des Carmélites

Elle prononça ses vœux le 2 septembre 1771, et reçut le voile le 10 du même mois. Sœur Thérèse de Saint-Augustin mourut le 23 décembre 1787, à l'âge de cinquante ans. Les religieuses Carmélites de Saint Denis sont en instance pour introduire en cour de Rome le procès de canonisation de cette vertueuse princesse.


Visite du Roi Louis XV a Madame Louise de France au Carmel de St-Denis


SOEUR THÉRÈSE DE SAINT-AUGUSTIN - NEUVAINE A SAINTE THÉRÈSE POUR UNE VOCATION RELIGIEUSE

PREMIER JOUR

Me voici encore à vos pieds, ô ma sainte mère ! et toujours pour obtenir la grâce que je sollicite depuis tant d'années. Mes espérances sont augmentées ; mais hélas! ce ne
sont encore que des espérances. Je suis toujours dans le monde, toujours loin de vos saints asiles ; et je ne vois pas même de route certaine pour y arriver. Je persiste, ô
mon Dieu ! à me soumettre sans réserve à votre sainte volonté. Je ne demandois que de la connoître. Eût-elle été opposée à mes vœux, sur-le-champ, je le proteste à la face du ciel et de la terre, sur-le-champ je m'y serois soumise, j'aurois renoncé à mes plus chers desseins, et je me serois fixée dans l'état où votre adorable providence m'auroit retenue. Mais, soyez-en loué à jamais, ô mon Dieu ! votre miséricorde n'a point rejeté mes voeux. Votre oracle a parlé. Vous avez agréé mon sacrifice, et il ne me reste qu'à attendre le moment que vous avez marqué. Je l'attends, ô mon Dieu ! et c'est avec autant de soumission que d'empressement. Mais vous nous permettez de vous prier, et vous ne prenez pas nos sollicitations pour des révoltes. Hâtez donc, ô mon Dieu, hâtez, précipitez cet heureux moment.




DEUXIÈME JOUR

O ma bonne mère, joignez vos instances à celles d'un enfant que vous ne pouvez plus désavouer, jetez les yeux sur moi; voyez l'esclavage où je suis, l'agitation où je vis : mes prières gênées, mes méditations coupées, mes dévotions contrariées. Voyez les affaires temporelles dont je suis assaillie; voyez le monde qui sème sous mes pas ses pompes, ses jeux, ses spectacles, ses conversations, ses délices, ses vanités, ses méchancetés, toutes ses tentations, sans que je puisse ni fuir, ni me détourner. Voyez les dangers que je cours, les épines sur lesquelles je marche ; mes fautes, le peu de bien que je fais. Voyez mes désolations, mes tristesses, mes ennuis. Ayez pitié de moi, obtenez-moi enfin la sainte liberté des enfants de Dieu.

TROISIÈME JOUR

Ne suis-je pas encore assez éprouvée, ma sainte mère ? Ne connoissez-vous pas à fond le vœu de mon cœur ? Après tant d'années de constance, douteriez-vous encore de ma résolution ? M'avez-vous vue varier d'un seul instant ? Ne m'avez-vous pas toujours aperçue tournée vers la voix qui m'appelle; tendant à elle de toutes mes pensées, de tous mes désirs, de toutes mes forces; soupirant sans cesse après le bonheur de la suivre, fondant en larmes de me voir ainsi renvoyée d'année en année ; conjurant Dieu, dans la ferveur et la sincérité de mon âme, de briser enfin mes liens; vous pressant, vous sollicitant de les rompre. N'ai-je pas assez connu le monde pour le détester à jamais, et ne jamais le regretter ? J'ai considéré assez longtemps, et l'une après l'autre, toutes les douceurs de l'état auquel je veux renoncer, et vous m'êtes témoin, ô mon Jésus , qu'il n'en est aucune que j'aie balancé à vous sacrifier. Je l'ai vue, ô mon Jésus, et je l'ai pesée, la croix dont je vous prie de me charger. Ah ! que n'est-elle aussi pesante que la vôtre !

QUATRIÈME JOUR

O ma sainte mère ! que voulez-vous donc de moi, et que vous faut-il de plus ? Mes jours se dissipent, mes années s'écoulent. Hélas! que me restera-t-il à donner à mon Dieu ? Ouvrez-moi donc enfin, ô ma mère, ouvrez moi la porte de votre maison. Tracez-moi la route, frayez-moi le chemin, aplanissez-moi tous les obstacles. Dès le premier pas j'ai besoin de tout votre secours; j'en ai besoin pour me déclarer à celui dont le consentement m'est nécessaire. Faites-moi naître une occasion favorable; préparez-moi son cœur; disposez-le à m'écouter; défendez-moi de sa tendresse, défendez-moi de la mienne. Donnez-moi le courage de lui parler, et mettez dans ma bouche des paroles persuasives qui vainquent toutes ses répugnances. Mettez-moi sur les lèvres ce que je dois lui dire et ce que je dois lui répondre; parlez-lui vous-même pour moi, et répondez-moi pour lui. Je crois ; ô mon Dieu, je crois. O ma bonne mère, présentez ma foi aux pieds de votre divin Époux; qu'elle croisse, qu'elle s'augmente entre vos mains ; qu'elle égale la vôtre, et mérite, comme elle, des miracles. Après cela qu'aurai-je à désirer, sinon mourir, et mourir carmélite, et laisser ici-bas toute ma famille dans le chemin du ciel ?

CINQUIÈME JOUR

Mais, s'il faut encore par quelques délais acheter de si grandes grâces, ah! du moins, ma sainte mère, augmentez-en le pressentiment dans mon cœur. Faites-y luire le plein jour de la volonté de Dieu; daignez sans cesse m'y certifier ma vocation. Mais, surtout, ne me laissez pas perdre cet intervalle, quelque long qu'il puisse être. Aidez-moi à me défaire, dès aujourd'hui, de tous les attachements contraires à ma vocation. Hélas ! à quoi ne s'attache pas notre cœur, et presque toujours sans que nous nous en doutions? Parents, amis, honneurs, richesses, appartements, meubles, habits, bijoux, bonne chère, commodités, habitudes, consolations humaines, que sais-je? Voyez, faites-le moi voir. Arrachez de mon cœur tout ce que je ne dois pas porter chez vous; n'épargnez rien au dedans de moi-même. Mais, au dehors, ô ma bonne mère ! retenez par vos instances les plus vives ce bras terrible qui a déchiré mon âme par tant de funestes coups. Conservez toute ma famille, conservez tous ceux que j'aime. Ne m'en détachez que par votre grâce. Non, je ne serai pas rebelle; je foulerai aux pieds toutes mes inclinations pour suivre votre voix. Mais, ô ma sainte mère ! pendant que je travaille à déraciner toutes mes anciennes attaches, ne permettez pas que j'en contracte de nouvelles; protégez-moi contre toutes les occasions, contre tous les pièges qu'on me tend.

SIXIÈME JOUR

A mesure que mon cœur se videra de toutes les pensées de la terre, il se remplira de celles du ciel. O ma bonne mère ! dilatez, étendez dans mon âme toutes les vertus
religieuses. Que dès à présent j'en pratique tout ce qui m'est possible. Donnez-moi des occasions fréquentes d'obéir, de me mortifier, de m'humilier, de me confondre avec mes inférieurs, de descendre au-dessous d'eux; de fouler aux pieds le monde et ses vanités ; de glorifier Dieu sans respect humain; d'embrasser, sans  honte, la croix de Jésus-Christ; de confesser hautement sa religion et son Église, de renoncer à moi-même et à toutes mes affections ; de goûter les contradictions, les délaissements, le défaut de toute consolation humaine; de sentir le froid, le chaud, la faim, la lassitude ; de me dépouiller de ma propre volonté, de me résigner à celle de Dieu, de m'élever à lui, de le prier, de converser avec lui; de l'aller visiter au pied de ses autels; de participer à sa table, d'entendre sa parole, d'assister aux offices. Multipliez toutes les occasions pareilles, je n'en perdrai pas une. Que partout, même dans les lieux les plus consacrés au monde, je porte un cœur crucifié, un cœur de carmélite; que toutes mes pensées y soient dignes de vous.




SEPTIÈME JOUR

Soyez sans cesse à mes côtés, ô ma sainte Mère ! pour me dire sans relâche : Songez à votre vocation ; il vous reste peu de temps; songez à former une carmélite. C'est ainsi que pense, c'est ainsi que parle, c'est ainsi qu'agit une carmélite. Une carmélite ne penseroit pas, ne diroit pas, ne feroit pas cela. Ah! qu'avec cette assistance, j'espèrerois former en moi dès à présent, au milieu même du monde, une parfaite carmélite, à qui il ne manqueroit plus que le cloître et l'habit. Daignez donc, ma sainte Mère, si vous voulez encore me laisser dans le monde, daignez ne pas me perdre de vue un moment ; veillez sur moi comme sur une de vos filles ; soyez mon soutien, soyez ma sûre garde, soyez mon conseil assidu.

HUITIÈME JOUR

Je vous recommande non-seulement mon cœur, pour y former toutes les vertus et toute la perfection de votre règle ; mais encore mon corps, pour le mettre en état
d'en soutenir les austérités. Je ne demande pas une santé parfaite; je veux, ô ma sainte mère !vous ressembler en tout; je veux ressembler à Jésus-Christ, mon divin modèle, et porter ma croix en mon cœur et en mon corps jusqu'à mon dernier soupir. Ou souffrir ou mourir, sera ma devise, comme ce fut la vôtre. Mais qu'au milieu des douleurs et des infirmités mon tempérament se fortifie, afin que sa foiblesse ne soit pas un obstacle à ma vocation, quand, par la miséricorde de Dieu, tous les autres obstacles seront levés.

NEUVIÈME JOUR

Mais, tandis que je m'occupe de mon futur état, que je m'en propose les vertus et que je m'y exerce, ne me laissez pas non plus, ô ma sainte mère, négliger l'état où la Providence me retient encore, quelque court que doive être le temps qu'elle m'y retiendra. Suggérez-m ‘en aussi tous les devoirs; obtenez-moi de les remplir ponctuellement, avec autant d'exactitude et de perfection que si je devois être toute ma vie ce que je suis à présent. Multipliez aussi, sous mes mains, les occasions de faire le bien propre de mon état, le bien que je ne pourrai plus faire dans le cloître. Hélas ! qu'ai-je fait jusqu'ici, pour répondre aux vues de la Providence, et la justifier de m'avoir placée et de m'avoir tenue plus de trente ans dans ce rang d'élévation ? O mon Dieu , remplissez le peu de jours qui me restent de cette grandeur; et que de leur plénitude soit comblé tout le vide de ma vie passée .

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Ven 22 Sep 2017 - 12:31

Le ROI LOUIS XVI  (23 août 1754 a son exécution le 21 janvier 1793)


Louis XVI, roi de France

DISCOURS ADRESSÉ PAR LOUIS XVI A MADAME ROYALE LE JOUR DE SA PREMIÈRE COMMUNION

Madame Royale (depuis duchesse d'Angoulême)fit sa première communion le 8 avril 1790, à l'église Saint-Germain l'Auxerrois.

Le matin de ce jour, la reine conduisit la jeune princesse dans la chambre du roi, et lui dit : « Ma fille, jetez-vous aux pieds de votre père, et demandez-lui sa bénédiction. » Madame se prosterna. Le roi la bénit et la releva. Je répète avec un saint respect, écrit M. François Hue, les paroles qu'il lui adressa :

«C'est du fond de mon cœur, ma fille, que je vous bénis, en demandant au Ciel qu'il vous fasse la grâce de bien apprécier la grande action que vous allez faire. Votre cœur est innocent et pur aux yeux de Dieu ; vos vœux doivent lui être agréables. Offrez-les lui pour votre mère et moi. Demandez-lui qu'il me donne les grâces nécessaires pour faire le bonheur de ceux sur qui il m'a donné l'empire, et que je dois considérer comme mes enfants. Demandez-lui qu'il daigne conserver dans ce royaume la pureté de la religion; et souvenez-vous bien, ma fille, que cette sainte religion est la source du bonheur et notre soutien dans les adversités de la vie. Ne croyez pas que vous en soyez à l'abri. Vous êtes bien jeune; mais vous avez déjà vu votre père affligé plus d'une fois. Vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous destine; si vous resterez dans ce royaume, ou si vous irez en habiter un autre. Dans quelque lieu que la main de Dieu Vous pose, souvenez-vous que vous devez édifier par vos exemples, faire le bien toutes les fois que vous en trouverez l'occasion. Mais surtout, mon enfant, soulagez les malheureux de tout votre pouvoir. Dieu ne nous a fait naître dans le rang où nous sommes que pour travailler à leur bonheur et les consoler dans leurs peines. Allez aux autels où vous êtes attendue, et conjurez le Dieu de miséricorde de ne vous laisser oublier jamais les avis d'un père tendre .»

TESTAMENT DE LOUIS XVI (Prisonnier des révolutionnaires)


Le roi Louis XVI a la prison du Temple

Au nom de la très-sainte Trinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Aujourd'hui, vingt-cinquième jour de décembre mil sept cent quatre-vingt-douze, moi, Louis, XVI du nom, roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la tour du Temple, à Paris, par ceux qui étoient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant, avec ma famille ; de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l'issue, à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante; n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m'adresser, je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments :

Je laisse mon âme à Dieu, mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s'est offert en sacrifice à Dieu son Père pour nous autres hommes, quelqu'indignes que nous en fussions, et moi le premier. Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Église catholique, apostolique et romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de saint Pierre, auquel Jésus-Christ les avoit confiés ; je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l'Église, les sacrements et les mystères tels que l'Église catholique les enseigne et les a toujours enseignés; je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Église de Jésus-Christ; mais je m'en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques, unis à la sainte Église catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Église suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l'erreur; mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ, suivant ce que la charité chrétienne nous l'enseigne. Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés ; j'ai cherché à les connoître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence, ne pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoiquecela fût contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Église catholique, à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir, aussitôt que je le pourrai, du ministère d'un prêtre catholique pour m'accuser de tous mes péchés et recevoir le sacrement de pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrois avoir offensés par inadvertance ou ceux à qui j'aurois pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu'ils croyent que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la charité d'unir leurs prières aux miennes pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés. Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle ou par un zèle mal entendu m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes; de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver), que comme des biens dangereux et périssables, et de
tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union ; comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher. Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux; et en mémoire de moi, je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve ; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois; mais, en même temps, qu'un roi ne peut les faire respecter et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire ; et qu'autrement, étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étoient attachées qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devoient, et qui ont même montré de l'ingratitude; mais je leur pardonne (souvent dans les moments de troubles et d'effervescence on n'est pas maître de soi), et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrois pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressé. D'un côté, si j'étois sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté des gens à qui je n'avois jamais témoigné que des bontés, à eux, à leurs parents ou amis; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remercîments. Dans la situation où sont encore les choses, je craindrois de les compromettre si je parlois plus explicitement; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnoître.

Je croirois calomnier cependant les sentiments de la nation si je ne recommandois ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avoit portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry, des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie messieurs de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très - volontiers à ceux qui me gardoient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze de recevoir ici tous mes remercîments et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi. Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paroître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double, à la tour du Temple, le 25 décembre 1792.
LOUIS XVI .


Exécution du roi Louis XVI le 21 Janvier 1793


LA REINE de FRANCE MARIE-ANTOINETTE

Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne, fille de Marie-Thérèse et de l'empereur François Ier d`Autriche. ( 2 novembre 1755 - 16 octobre 1793.)


La reine de France Marie-Antoinette


Le procès de la reine de France Marie-Antoinette pendant la Révolution française.

PRIÈRE DU SOIR DE LOUIS XVII AU TEMPLE

A huit heures, écrit Hue, je dressais dans la chambre de Madame Élisabeth le souper de M. le Dauphin. La reine venait y présider. Ensuite, lorsque les municipaux étaient assez loin pour ne rien entendre, Sa Majesté faisait réciter à son fils la prière suivante :

Dieu tout-puissant, qui m'avez créé et racheté, je vous adore. Conservez les jours du roi, mon père, et ceux de ma famille. Protégez-nous contre nos ennemis. Donnez à Mme de Tourzel les forces dont elle a besoin pour supporter ce qu'elle endure à cause de nous.

DERNIÈRE LETTRE DE MARIE-ANTOINETTE (ADRESSÉE A MADAME ÉLISABETH)

Ce 16 octobre 1793, à 4 heures du matin.

C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois : je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants; vous savez que je n'existois que pour eux, et vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille étoit séparée de vous.

Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire; elle ne recevroit pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur. Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils à son tour rende à sa sœur tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelques positions où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union.

Qu'ils prennent exemple de nous. Combien , dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations ! et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort. J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine, pardonnez-lui, ma chère sœur : pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurois voulu les écrire dès le commencement du procès; mais outre qu'on ne me laissoit pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurois réellement pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas si il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposeroit trop si ils y entroient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe : j'espère que dans sa bonté il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté; je demande pardon à tous ceux que je connois, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurois pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs.

J'avois des amis ; l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent, du moins, que jusqu'à mon dernier moment j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu, je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels.

1 Madame Élisabeth n'a jamais lu cette lettre inachevée. La reine n'ayant pu la confier à d'autres mains qu'à celles de ses bourreaux, elle fut remise immédiatement à l'accusateur public du tribunal révolutionnaire Fouquier-Tinville, qui la conserva dans ses papiers.


Exécution de la reine Marie-Antoinette le 16 octobre 1793


MADAME ÉLISABETH

Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène de France, sœur de Louis XVI. (3 mai 1764- 10 mai 1794.)


Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène de France

L'ESPRIT CHRÉTIEN DANS LES PEINES DE LA VIE

Il faut mettre nos craintes et nos désirs au pied du crucifix : lui seul peut nous apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine. C'est là le livre des livres; lui seul élève et console l'âme affligée. Dieu était innocent, et il a souffert plus que nous ne pourrons jamais souffrir et dans notre cœur et dans notre corps; ne devons-(nous) pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies à Celui qui a tout fait pour nous ?  Que cette idée nous encourage, nous fortifie ! Il y a de cruels moments à passer dans la vie; mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu pénétré d'amour de Dieu.


Madame Élisabeth, dans la prison du Temple pendant le Révolution française


PRIÈRE A DIEU DANS LA TRISTESSE

Si nous nous sentons faibles pour son service (le service de Dieu), découragés, ne cherchons point à nous remonter par nous-même disons-lui : « Mon Dieu, vous voyez le
fond de mon cœur, il est à vous sans aucun partage, je ne puis savoir si vous acceptez tous les sacrifices que je vous fais et que j'ai l'intention de bien faire; mais votre Fils
est mort pour expier toutes mes fautes; regardez - le, mon Dieu, et jusque sur la croix où notre cruauté et nos péchés l'ont porté, écoutez-le qui vous demande grâce pour nous, qui console celui des deux voleurs qui revient à lui; je veux l'imiter, ô mon Dieu ! reconnaître votre puissance souveraine, et croire surtout que, quoi qu'il arrive, vous ne m'abandonnerez jamais. »

PRIÈRE AU SACRÉ-COEUR DE JÉSUS DONNÉE PAR MADAME ÉLISABETH A LA MARQUISE DE RAIGECOURT

Cœur adorable de Jésus, sanctuaire de cet amour qui a porté un Dieu à se faire homme, à sacrifier sa vie pour notre salut et à faire de son corps la nourriture de nos âmes; en reconnaissance de cette charité infinie, je vous donne mon cœur et avec lui tout ce que je possède au monde, tout ce que je suis, tout ce que je serai, tout ce que je souffrirai. Mais enfin, mon Dieu, que ce cœur, je vous en supplie, ne soit plus indigne de vous; rendez-le semblable à vous-même, entourez-le de vos épines pour en fermer l'entrée à toutes les afflictions déréglées; établissez-y votre croix, qu'il en sente le prix, qu'il en prenne le goût; embrasez-le de vos divines flammes. Qu'il se consume pour votre gloire, qu'il soit à vous après que vous avez voulu être tout à lui. Vous êtes sa consolation dans ses peines, le remède à ses maux, sa force et son refuge dans les tentations, son espérance pendant la vie, son asile à la mort. Je vous demande, ô Cœur tant aimable, cette grâce pour mes associés. Ainsi soit-il.

ASPIRATION

O divin Cœur de Jésus, je vous aime, je vous adore, et je vous invoque avec tous mes associés, pour tous les jours de ma vie et particulièrement à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il.

PRIÈRE POUR LE ROI ET POUR LA FRANCE

Esprit saint, Dieu de lumières, source de grâces, auteur de tout don parfait, qui tenez dans vos mains le cœur des rois, donnez à notre auguste monarque un cœur selon le vôtre. Esprit de force, dirigez les actions du roi selon la pureté de ses intentions. Que l'Église, ce chef-d’œuvre de votre miséricorde envers les hommes, soit protégée et conservée par lui. Esprit sanctificateur, imprimez fortement ces grandes vérités dans l'âme du roi, que la foi en France est plus ancienne que la couronne, et que son trône ne sera jamais ébranlé, tandis que la religion en sera le soutien.

Esprit saint, Dieu des vertus, répandez vos dons sur notre bon roi. Nous vous implorons pour le petit-fils de saint Louis; daignez l'éclairer, le conduire; ses ennemis sont les vôtres. Esprit consolateur, rendez la joie à nos cœurs flétris par l'amertume, le courage à nos âmes abattues par la tristesse; vous nous faites connaitre que dix justes dans Sodome auraient apaisé la colère du Ciel. Ah! Mon Dieu, jetez les yeux sur les vénérables pontifes, les prêtres de l'Église de France : leur fermeté, leur zèle, leurs vertus attendriront votre cœur. Jetez les yeux sur les vierges victimes volontaires de la pénitence, qui lèvent vers vous des mains pures, et qui sollicitent le pardon d'un peuple criminel; enfin, sur tant de justes que la foi soutient, que l'espérance anime, que la charité enflamme. Grand Dieu ! ce spectacle est digne de vos regards. Oui, Seigneur, en faveur des justes, vous ferez grâce aux coupables, et, tous ensemble, nous bénirons votre saint nom dans le temps et dans l'éternité.


ACTE DE RÉSIGNATION

Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu ! je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille. J'adore vos desseins éternels : je m'y soumets de tout mon cœur ;je veux tout, j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant, par son cœur sacré et par ses mérites infinis, la patience dans nos maux, et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et permettrez .

PENSÉES

Vraiment, nous serions de grands ingrats, si nous n'aimions pas Dieu par-dessus toutes choses. Et qu'importe que le monde nous aime ou nous haïsse ! pourvu que nous soyons bien avec Dieu, nous serons heureux, et c'est ce que nous devons espérer de lui seul. Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours plein de miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Lorsque vous êtes trop tourmentée, jetez un regard sur Jésus-Christ, et vous verrez qu'il a plus de sentiment et de prévenance pour vous que vous n'en pourriez attendre de tous les hommes; il est continuellement à la porte de votre cœur, il ne demande qu'à entrer; ouvrez-lui promptement, de peur qu'il ne s'en éloigne pour trop de temps. Je n'ai point de goût pour le martyre; mais je sens que je serais très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis destinée, Dieu m'en donnera la force. (Lettre du 7 janvier 1791.)

J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers Dieu, lui parler et surtout l'écouter. (15 mai1792)

Heureux le cœur de celui qui peut sentir, dans les plus grandes agitations de ce monde, que Dieu est encore avec lui! Heureux les saints qui, percés de coups, n'en louent pas moins Dieu à chaque instant du jour.(22 juillet 1792.)


Exécution de madame Élizabeth le 10 mai 1794


MADAME ADÉLAIDE

Madame Adélaïde, fille de Louis XV et de Marie Leszczinska, montra de bonne heure un caractère impétueux et enthousiaste. Ardente et passionnée, elle concevait les résolutions les plus hardies et les plus inattendues.


Madame Adélaïde

Entre les filles de Louis XV elle se distingua de bonne heure par ses préoccupations politiques et ses instincts de domination. Elle devint, comme on l'a dit, l'homme d'État de la famille et mérita le surnom de Monsieur. Son histoire présente un bizarre  mélange de malice et de bonté, d'aveuglement et de pénétration d'esprit. Un dernier contraste achève de peindre cette physionomie : Madame Adélaïde, animée de pieux sentiments, toute dévouée à l' Église, se signale par des témérités inouïes de langage et peut-être de conduite. Qu'on lise sur ce sujet délicat les Mémoires du marquis d'Argenson, et surtout une lettre publiée par M. Honoré Bonhomme.

Madame Adélaïde sut rapidement conquérir une grande influence sur l'esprit du roi son père : plus tard, elle aspira à diriger la maison du Dauphin, père de Louis XVI; plus tard
encore, celle de Louis XVI lui-même. Elle ne resta étrangère à aucun des intérêts qui se débattirent autour d'elle ; et si dans toutes ces questions, dans tous ces démêlés petits et grands, elle apporta ses préventions, sa véhémence, ses colères, nous devons croire aussi qu'elle donna plus d'une preuve d'intelligence et de perspicacité.

La révolution força, Madame Adélaïde et sa sœur Madame Victoire a quitter la France en fugitives. Elles n'eussent point réussi à passer la frontière sans un décret de l'assemblée constituante qui leur assura la liberté de l'exil.


Madame Victoire

Madame Victoire mourut à Trieste ( Italie) le 8 juin 1799, et Madame Adélaïde ne tarda pas à la suivre dans la tombe. Elle mourut le 18 février 1800 : elle était née le 33 mars 1732. Les deux sœurs furent inhumées dans la cathédrale de Trieste, d'où Louis XVIII fit retirer leurs restes en 1817. Depuis cette époque, elles reposent à Saint-Denis dans le même tombeau.


Dernière édition par MichelT le Lun 25 Sep 2017 - 1:54, édité 4 fois

MichelT

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

Message par MichelT le Dim 24 Sep 2017 - 1:37

LA VÉNÉRABLE MARIE-CLOTILDE DE FRANCE

Marie-Clotilde-Adélaïde-Xavière de France naquit à Versailles, le 23 décembre 1759, du dauphin Louis, fils de Louis XV, et de Marie-Josèphe de Saxe. Elle épousa en 1775 Charles-Emmanuel de Sardaigne, qui devait régner plus tard sous le nom de Charles-Emmanuel IV.


La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

La jeune princesse avait déjà contracté à la cour de France des habitudes de piété et de charité qu'elle ne quitta pas un instant; elle fuyait tous les plaisirs mondains, et ne portait qu'avec la plus grande répugnance les parures princières. En 1794, après la mort tragique de son frère Louis XVI et de Madame Élisabeth, qu'elle aimait tous deux tendrement, Marie Clotilde obtint de suivre son goût, et adopta pour le reste de sa sa vie un costume de la plus grande simplicité.

Charles-Emmanuel succéda à Victor-Amédée III, son père, le 16 octobre 1796; mais dès l'année 1798, le Directoire lui déclara la guerre, et il fut bientôt forcé de quitter sa capitale et ses États.


Charles-Emmanuel IV de Savoie, roi de Sardaigne.

Il perdit sa femme à Naples le 7 mars 1802. Le procès de béatification de cette vertueuse princesse a été introduit en cour de Rome le 10 avril 1808.


Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs

En juillet 1802, Charles-Emmanuel, accablé d'infirmités et abreuvé d'infortunes, abdiqua en faveur de son frère le duc d'Aoste, qui régna sous le nom de Victor-Emmanuel V. L'ex roi de Sardaigne finit ses jours à Rome dans la retraite et la prière, ne s'occupant que d'œuvres de piété et de bienfaisance. On raconte que, ne pouvant plus faire d'aumônes, il se plaça plus d'une fois à la porte des églises pour y solliciter en faveur des pauvres la charité des fidèles. Sa détresse était telle, qu'en 1812 il vendit ses galons qui avaient servi d'ornements à son trône.

Le 18 septembre 1814, Pie VII, sur la demande de Charles Emmanuel, étendit à toute la chrétienté la fête de la Compassion de la Vierge ( De nos jours : Notre-Dame des sept douleurs), qui se célèbre le troisième dimanche de septembre: déjà Pie VI, à la requête du même prince et de la reine Marie-Clotilde, avait établi cette fête en Piémont. Dans les derniers temps de sa vie, Charles-Emmanuel prit un appartement au noviciat des Jésuites du Quirinal; c'est dans ce couvent qu'il est décédé le 6 octobre 1819, après avoir prononcé sur son lit de mort les vœux de religieux de la Compagnie de Jésus. Il a été inhumé en habit de religieux, sans être embaumé, suivant ses dernières volontés. Charles-Emmanuel n'avait pas eu d'enfants de son mariage avec la vénérable Marie-Clotilde.

LA PENSÉE DE DIEU EN TOUT

( Extrait d'une lettre adressée à une religieuse.)

Ah Dieu ! quelle vie est la mienne ! Cela m'afflige quelquefois si vivement que je voudrais pleurer sans cesse, en voyant toutes les grâces que dans son infinie et très-gratuite miséricorde le Seigneur m'a accordées, et le mauvais usage que j'en fais, en voyant ma négligence les jeter, pour ainsi dire, loin de moi et les rendre comme inutiles pour moi. Demandez donc à Dieu que je change totalement et que je devienne, comme je le désire, une bonne fois toute au bon Dieu. Je ne veux pas dire passer tout mon temps à le prier; cela ne serait ni compatible avec mon état, ni conforme à sa très-sainte volonté; mais agir toujours en vue de Dieu et ne penser à autre chose qu'à lui plaire.

AUTRE LETTRE

Votre plus grande sollicitude a pour objet le bien de mon âme, et je vous en suis très obligée ; car c'est là l’affaire unique, l’affaire la plus essentielle. Qu’est-ce que tout le reste en comparaison?... Exhortez—moi toujours au renoncement entier à moi-même, surtout à cette sainte pratique (que je n’ai presque jamais assez observée) d’élever sans délai en toute occasion mes regards et mes pensées vers le Seigneur, soit pour lui demander ses lumières, soit pour me soumettre avec résignation, soit pour préférer les choses divines à toutes les affaires du monde. En un mot, demandez pour moi ce dont j’ai actuellement besoin, je veux dire cette union continuelle avec Dieu que possèdent toutes les personnes qui veulent devenir bonnes, et qui certainement n’ont pas reçu toutes les grâces et tous les secours dont le Seigneur a comblé son indigne servante.

AUTRE LETTRE

Je n'ai d'autres soutiens que de penser que j'accomplis la volonté de Dieu ; et comme les biens de la terre et le règne de ce monde m'importent peu et que mon cœur ne veut et ne soupire qu'après le règne de la vie éternelle, il m'est cher et précieux de savoir par vos paroles que je vous suis présente dans vos prières. Ma chère sœur, priez le Seigneur qu'il veuille diriger avec sa grâce toutes mes pensées et toutes mes volontés.


LOUISE-MARIE-THÉRÈSE D'ORLÉANS DUCHESSE DE BOURBON-CONDÉ

Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, née le 9 juillet 1750, était fille de Louis-Philippe, duc d'Orléans (mort en 1785), et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti.



Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans

Elle épousa en 1770 le duc de Bourbon-Condé, dont elle eut Louis-Antoine - Henri, duc d'Enghien, fusillé à Vincennes en 1804.  Enfermée dans le fort Saint-Jean, à Marseille au mois de mai 1793, la duchesse de Bourbon fut rendue à la liberté le 29 avril 1795. Elle se retira à Soria, près de Barcelone, dans une maison de campagne qu'elle transforma en hôpital; elle y recevait et y soignait, écrit un contemporain, jusqu'à deux cents malades par jour.

La duchesse de Bourbon avait été vivement impressionnée par le grand mouvement d'idées de 1789 : elle essaya de discerner, sans y réussir toujours parfaitement, ce qu'il y avait de vrai et de juste dans les aspirations généreuses de cette époque. Les ouvrages qu'elle fit imprimer à Barcelone en 1812 et en 1813, portent des traces nombreuses de ces préoccupations; ils nous révèlent une âme pieuse et même mystique, un esprit singulièrement profond et réfléchi, mais impatient du joug, même en matière de dogme.

La duchesse de Bourbon sollicita de Napoléon, à plusieurs reprises, mais toujours vainement, la permission de rentrer en France. Elle n'y revint qu'en 1814, et y continua ses œuvres de  dévouement et de charité : son hôtel devint un véritable hôpital, qu'elle appela hospice d'Enghien. Elle y recevait les pauvres malades, et y pansait elle-même leurs plaies. Frappée d'apoplexie le 10 janvier 1822, dans l'église de Sainte-Geneviève, pendant une cérémonie religieuse, elle reçut l'absolution d'un missionnaire et fut transportée à l'École de droit, où elle rendit le dernier soupir.


PRIÈRE POUR LES SOUVERAINS ET POUR LES MINISTRES DE L'ÉGLISE

O mon Dieu! le zèle de votre maison me dévore. Étanchez, s'il vous plaît, cette soif ardente que j'ai de voir tous les hommes se ranger sous l'étendard de votre croix, et tous les gouvernements tenir la balance d'une exacte justice, afin que vous soyez loué et glorifié sur la terre comme vous l'êtes dans le ciel. Changez, mon Dieu, cette insouciance presque générale qui existe dans le cœur des hommes sur l'objet essentiel de leur salut.  Montrez aux souverains combien le luxe qui les environne, les plaisirs dangereux qu'ils autorisent, les monuments inutiles et fastueux qu'ils élèvent, les guerres meurtrières qu'ils entreprennent, sont toutes choses funestes et onéreuses à leurs peuples.

Faites-leur sentir quel compte il leur en faudra rendre un jour. Donnez-leur le désir, l'intelligence et le courage d'exécuter votre volonté, Seigneur, seule et unique règle de
tout ce qui est juste et bon. Faites qu'ils s'occupent des dettes de l'État; qu'ils les payent au lieu de les augmenter par des dépenses inutiles de plaisir ou d'orgueil. Inspirez-leur de vouloir avec suite et efficacité le soulagement des pauvres, des infirmes et des orphelins; qu'ils descendent dans les détails de tous les besoins de leurs peuples. Faites, grand Dieu, que ces souverains de la terre se montrent enfin plus grands par leurs vertus que par leur faste. Gravez votre saint Évangile dans leur cœur, afin qu'en le pratiquant eux-mêmes, ils le fassent aimer à leurs sujets; qu'ils comprennent parfaitement que le culte de la religion, ainsi que ses plus magnifiques cérémonies, ne sont rien sans la pratique fidèle et exacte de la morale évangélique.

Faites, ô mon divin Sauveur, que ces rois de la terre vous consultent dans toutes leurs entreprises; qu'ils se persuadent fortement que la plus sage et la plus fine politique réside dans la droiture, la justice et la pratique de toutes les vertus que vous commandez; que ce sont elles seules qui peuvent affermir les trônes et rendre les peuples soumis et dociles dans l'intérieur des États, comme elle les font craindre et respecter au dehors.

Ah! Dieu de mon cœur, donnez aussi à votre Église des ministres qui ne se croient dignes de vous servir qu'autant qu'ils renonceront à tous ces honneurs, ces grandeurs, ces richesses et ces plaisirs de la terre. Faites, Seigneur, qu'ils ne s'occupent que de l'unique nécessaire, qui est de chercher le royaume des cieux au dedans d'eux, afin qu'ils puissent ensuite en enseigner la voie aux autres. Ne nous laissez pas, ô mon Père , comme des brebis sans pasteur. Qu'enfin votre règne nous arrive, et que vous seul dominiez toute la terre, et vivifiiez toutes les âmes afin qu'elles ne respirent plus qu'en vous, que par vous, et que pour vous. Ainsi soit-il.


MÈRE MARIE-JOSÈPHE DE LA MISÉRICORDE ( LOUISE-ADÉLAIDE DE BOURBON-CONDÉ)

Louise-Adélaïde, fille de Louis-Joseph de Bourbon-Condé et de Charlotte de Rohan-Soubise, naquit le 5 octobre 1757 et mourut religieuse bénédictine de l'Adoration perpétuelle, en 1824.


Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé

Un touchant épisode avait failli dans sa jeunesse la rattacher au siècle qu'elle devait quitter; mais ce moment d'hésitation fut de courte durée : la vocation religieuse l'emporta bien vite. Lorsque la Révolution éclata, Louise-Adélaïde était depuis plusieurs années abbesse du chapitre des chanoinesses séculières de Remiremont, en Lorraine.


Ancien Abbaye royal de Rémiremont

Cette place éminente n'imposait pas à Mademoiselle Louise l'obligation de quitter la cour : elle y passait une partie de l'année dans une grande intimité avec la sœur de Louis XVI, Madame Élisabeth, de sainte mémoire.


Mère Marie-Josèphe de la Miséricorde

Mlle Louise émigra et prit le voile à l'étranger en 1797. Elle prononça ses vœux à Varsovie, chez les Bénédictines de l'Adoration perpétuelle (ordre fondé en France au XVIIe siècle par Catherine de Bar).


Catherine de Bar

Rentrée en France avec sa famille en 1815, Mlle Louise, qui s'appelait en religion Mère Marie-Josèphe de la Miséricorde, établit son institut de l'Adoration perpétuelle près de l'emplacement de la trop célèbre tour du Temple. Elle est morte dans cette communauté.


Bénédictines de l'Adoration perpétuelle

LES TROIS ÉTATS DE LA VIE FUTURE

La plus horrible peine des âmes, en enfer, c'est de ne vouloir pas aimer. On y hait l'amour. Quelle force ont ces deux mots rapprochés ! Le plus grand tourment des âmes du purgatoire, c'est de ne pouvoir aimer dans la mesure des plus ardents désirs ! On veut, on a besoin du dernier degré de l'amour : et on ne peut l'atteindre. Quelle privation !

Le parfait bonheur des âmes en paradis, c'est de pouvoir aimer dans toute l'étendue de la plus ardente volonté. On aime, on adore l'amour. On le possède sans crainte de ne jamais le perdre. O torrent de délices! Durant la vie on participe plus ou moins aux deux premiers états. Il existe malheureusement beaucoup de personnes qui ne veulent ni connaître, ni servir Dieu, ni l'aimer. ! Il en est d'autres, au contraire, qui par sa grâce s'approchent de lui, et entrevoient, pour ainsi dire, la mesure d'amour qui lui est dû; mesure qui n'est autre que de n'en point avoir. Mais la faiblesse et l'inconstance de la nature, jointes à l'empire des passions, leur livrent de rudes et pénibles combats. Prions Dieu qu'il daigne nous préserver du premier état, nous aider dans le second, et nous donner l'espérance, et un jour la pleine jouissance du troisième, que nous ne pourrons jamais devoir qu'à son infinie miséricorde et à l'effusion du sang précieux de Jésus tout amour. Amen

UNION EN DIEU DANS L'AFFLICTION

Les accidents de la vie nous séparent des personnes les plus chères; mais consolons-nous, Dieu est comme un miroir où les âmes se voient entre elles; plus on s'unit à lui par l'amour, plus on est près de ceux qui sont à lui. Jésus-Christ embrasse tous les lieux et réunit tous ses membres. On n'a qu'à se prosterner à ses pieds pour les trouver. On peut les cacher aux yeux de notre corps, mais non à ceux de notre âme et de notre foi. La mort, qui rompt les liaisons humaines, fortifie celles des enfants de Dieu. Si le temps les sépare, l'éternité les réunira. Amen.

PRIÈRE A JÉSUS-CHRIST

Divin Jésus, source éternelle de miséricorde, faites couler sur mon âme quelques gouttes de votre sang précieux que j'adore, afin qu'elle s'attendrisse et se tourne vers vous, qui devez être le centre de mon cœur. Appliquez, s'il vous plaît, votre mort à ma vie pour la sanctifier; votre chair à mon âme pour la nourrir; votre force à mon infirmité pour la soutenir; votre grâce à mes péchés pour les effacer ; votre miséricorde à mes misères pour les soulager; votre lumière à mes ténèbres pour les éclairer; votre gloire à ma bassesse pour m'élever à la souveraine béatitude. Amen .


MARIE-THÉRÈSE DE FRANCE

Marie-Thérèse-Charlotte de France (Madame Royale) naquit le 19 décembre 1778, à Versailles, du mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette.


Marie-Thérèse-Charlotte de France (Madame Royale)

Madame Royale n'avait pas quatorze ans, lorsque commença pour sa famille et pour elle-même la funèbre captivité du Temple, pendant laquelle elle vit mourir l'un après l'autre son père, sa mère, sa tante et son frère. En 1795, après une captivité de plus de trois années, les portes du Temple s'ouvrirent pour la fille de Louis XVI. Un échange venait d'être conclu entre le Directoire et l'Autriche. Cette puissance renvoya les ambassadeurs Maret et Sémonville et plusieurs autres prisonniers : le Directoire rendit la liberté à Madame Royale. L'échange eut lieu à Richen, près de Bâle, le 26 décembre 1795.

Madame Royale épousa en 1801 , à Mittau, le duc d'Angoulême, fils aîné du comte d'Artois (depuis Charles X). Quelques années plus tard, en mai 1807, elle soignait et assistait jusqu'à son dernier soupir l'abbé Edgeworth de Firmont, ce même prêtre qui avait accompagné Louis XVI jusqu'à l'échafaud.


L'abbé Edgeworth de Firmont

Mme la duchesse d'Angoulême, rentrée en France avec sa famille, reprit la route de l'exil en 1830. Elle est morte à Frohsdorf le 19 octobre 1851. Ses restes sont déposés dans le caveau des Franciscains de Goritz. Sur la pierre sépulcrale on lit cette inscription: « O vous qui passez sur le chemin, arrêtez sur moi vos regards, et voyez s'il est une douleur égale à ma douleur !»

Cette parole de l'Écriture résume, en effet, toute la vie de Mme la duchesse d'Angoulême. Cette vie n'est que douleur : c'est un long deuil chrétien.

A Vienne, à Mittau, aux Tuileries, à Frohsdorf; dans les grandeurs ou dans l'exil, Madame la duchesse d'Angoulême est partout la même : le souvenir du Temple remplit son âme; ce souvenir toujours présent domine chacune de ses journées et lui en dicte l'emploi. « Chaque jour pour elle se ressemblait, écrit M. Sainte-Beuve, excepté les jours funèbres et marqués par les plus douloureux anniversaires. Elle se levait de grand matin, à cinq heures et demie par exemple; elle entendait (aux Tuileries) vers six ou sept heures une messe pour elle seule.

On conjecture qu'elle y communiait souvent, mais on ne la voyait pas communier, si ce n'est peut-être aux grands jours. Rien de solennel, aucun apparat ; elle était toute en humble chrétienne à l'acte religieux; elle faisait discrètement et secrètement les choses saintes. « Elle vaquait de grand matin aux soins de son appartement et de sa chambre, aux Tuileries, presque comme elle faisait au Temple. Elle ne parlait jamais des choses pénibles et saignantes de sa jeunesse, sinon à très-peu de personnes de son intimité.

Le 21 janvier et le 16 octobre, jours de la mort de son père et de sa mère, elle s'enfermait seule, ou quelquefois elle faisait demander, pour l'aider à passer ces journées cruelles, quelque personne avec laquelle elle était à l'unisson de deuil et de piété.

« Elle était aumônière à un degré qu'on ne sait pas, et qu'il est difficile d'approfondir; ceux qui étaient le plus au fait de ses charités et de ses œuvres en découvrent chaque jour qui sortent comme de dessous terre, et qu'on n'avait pas connues. Elle était en cela de la véritable lignée directe de saint Louis.  Sa vie était la plus régulière du monde et la plus simple, soit aux Tuileries, soit depuis dans l'exil. La conversation de son intérieur était fort naturelle. Dans les moments où le malheur faisait trêve autour d'elle, on remarquait qu'elle aurait eu volontiers dans l'esprit ou dans l'humeur une certaine gaieté dont elle n'eut, hélas ! à faire que trop peu d'usage. Mais dans l'intimité, aux meilleurs jours, elle se laissait quelquefois aller sinon à dire, du moins à écouter des choses assez gaies. Quand elle se sentait en pays sûr et ami, une certaine plaisanterie ne l'effrayait pas. Lorsqu'aux jours de fête il lui arrivait de faire représenter des pièces pour son spectacle, elle ne choisissait pas les plus sérieuses. Même à travers l'habitude des peines, une sorte de joie enfin surnageait, comme il arrive aux âmes austères et éprouvées que la religion a guidées et consolées dans tous les temps.»

Dans son dernier exil à Frohsdorf, visitée, en décembre 1848, par un voyageur français (M. Charles Didier), celui-ci se hasarda à lui dire : « Madame, il est impossible que vous n'ayez pas vu dans la chute de Louis-Philippe le doigt de Dieu.- Il est dans tout, » répondit-elle avec simplicité, avec un tact qui vient de la religion et du cœur. Elle a eu la religion la plus pratique, la plus unie et la plus étrangère à tout effet sur autrui et à toute considération mondaine. On n'a jamais porté plus simplement, plus chrétiennement et plus naturellement à la fois un plus grand malheur. »

FIN

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: ŒUVRES CHRÉTIENNES DES FAMILLES ROYALES DE FRANCE - année 1870

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