L`Exaltation de la Sainte-Croix - La recherche de la Vraie Croix ( 14 septembre)

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L`Exaltation de la Sainte-Croix - La recherche de la Vraie Croix ( 14 septembre)

Message par MichelT le Mer 13 Sep 2017 - 20:13

Exaltation de la Sainte-Croix  ( 14 septembre)


Satan, vaincu dans sa révolte contre le Très-Haut, a la conscience de son éternelle défaite; précipité des hauteurs du ciel dans les régions de feu, il sait qu'il ne pourra jamais remonter au delà des nuées, là où, par-dessus tous les dieux, la majesté de Dieu réside; mais, malgré cette conviction, il s'agite toujours dans l'abîme; n'en pouvant sortir, il veut y attirer ; une grande joie de celui qui a dit : «Mal, sois mon unique bien » , c'est de compter, du haut de son infernal trône, les nombreuses âmes auxquelles il a ravi le bonheur céleste! Après cette hideuse joie, il en a une autre encore; c'est quand, sur la terre, on insulte à la Croix : un sacrilège commis par les hommes, c'est un sujet de triomphe, une cause d'allégresse pour les démons et les damnés; ils savent que, sous les bras étendus de la Croix, il y a du salut pour tous les enfants d'Adam ; et quand ce victorieux, ce glorieux étendard est abaissé ou renversé par les impies, il y a dans le lac de soufre et de bitume comme un moment de répit aux éternelles tortures.


La chute des Anges déchus

Aussi voilà longtemps que l'implacable Satan pousse les hommes au sacrilège, à la destruction des choses saintes. Quand la race du fratricide Caïn, méconnaissant les enseignements que le Très-Haut avait donnés à Adam et à Ève et par lui-même et par ses anges, voulut se livrer au délire de toutes leurs passions, à l'instigation de Satan, ils détruisirent les autels de gazon qu'ils avaient, dans leurs jours d'innocence, élevés au Seigneur.

Plus tard, quand le Fils de Dieu, s' étant incarné pour racheter les hommes, eut été sacrifié pour le salut de tous, sur le mont Golgotha, l'archange rebelle redoubla de haine contre le Ciel, et jura par lui-même que l'emplacement du grand et sanglant sacrifice disparaîtrait et serait enlevé à la vénération des disciples du Christ ressuscité.  L'orgueilleux vaincu ne pouvait se résoudre à laisser debout l'étendard du vainqueur de la mort et de l'enfer. La Croix fut abattue, et sur le lieu même où le Dieu de toute pureté, la victime sans tache, avait été immolé, Satan inspira aux conquérants de la Judée, aux maîtres de Jérusalem, l'abominable pensée d'élever un temple à l'impudique Vénus.



Depuis l'empereur Adrien, les adorateurs des faux dieux n'avaient rien négligé pour profaner la sainteté du Calvaire ; ils avaient vu avec quel respect les premiers chrétiens s'approchaient de la montagne sainte, avec quelle pieuse vénération ils baisaient la terre arrosée du sang de Jésus et la pierre brisée de son sépulcre; et pour que le peuple ne reconnût plus l'endroit où la Croix avait été dressée, ils avaient fait du Golgotha un lieu d'idolâtrie, un temple de prostitution.


Empereur romain païen Hadrien ( 76 a 138 Ap J.C.)

Pour abolir la mémoire de la résurrection de Jésus-Christ, ils avaient bouché le trou dans lequel l'arbre du salut avait été planté ; ils avaient comblé la grotte du saint sépulcre, élevé une grande terrasse au-dessus, pavé de pierres le haut, et construit là un temple à Vénus, afin qu'il parut que les chrétiens allaient adorer cette fausse divinité lorsqu'ils y venaient rendre leur culte à Jésus-Christ.

Quand le miraculeux Labarum eut apparu à l`empereur Constantin, quand l'image de la Croix eut été placée au diadème des Césars, un des premiers soins du nouveau chrétien couronné fut de rendre le Calvaire à la vénération du monde ; il ordonna donc que le temple  impur fût détruit, qu'il n'en restât pas pierre sur pierre, et que toute souillure fût éloignée de la montagne sacrée. Saint Macaire, évêque de Jérusalem, reçut de l'empereur l'ordre d'y bâtir une magnifique église, le proconsul romain ayant commandement de fournir pour cette construction tout ce qui était nécessaire, tout ce qui pouvait contribuer à la grandeur, à la beauté de ce temple chrétien.


L`empereur romain Constantin recevant le signe divin avant la bataille du pont Milvius - (312 ap J.C.)

Malgré ces ordres donnés par le maître du monde, l'impératrice Hélène, mère de Constantin, se hâta d'arriver à Jérusalem. Elle-même, dans son pieux zèle, voulait surveiller les travaux de ce monument; elle les fit commencer vers l'an 326, après avoir interrogé les descendants de ceux qui avaient été témoins de la passion et de la mort du divin Sauveur. Le peuple a sa mémoire, et il se souvient bien des événements qui ont remué son cœur; il raconte les faits qu'il a vus, ses enfants se les rappellent et les redisent, et cette tradition vaut bien des livres. Hélène écouta cette voix, et, à son aide, elle retrouva, elle reconnut tous les lieux illustrés par les souffrances du fils de l'homme.


St-Hélène, impératrice romaine, a la recherche de la Vraie Croix ( 244 a 330 Ap J.C environ)

La petite montagne du Golgotha est fort près de Jérusalem, et c'était apparemment là que l'on exécutait les criminels. Après que la ville de Jérusalem eut été détruite par les Romains sous l'empire de Tite, elle se rétablit peu à peu, et les juifs y étaient en assez grand nombre lorsque Barcoquebas se révolta contre les Romains. Adrien ou ses généraux furent obligés de l'assiéger, et, l'ayant prise, la ruinèrent de fond en comble. Après cela, Turanus Rufus, ou Tinnius Ruflus, qui était alors gouverneur de Judée, fit passer la charrue sur l'endroit où avait été le temple, pour montrer qu'en cet endroit nul édifice ne pouvait jamais être reconstruit, sans un arrêt exprès du sénat.

Après la guerre, Adrien défendit aux juifs de mettre le pied dans Jérusalem, sous peine de la vie. Il y établit une colonie romaine, et appela la ville Aelia Capitolina. Cette nouvelle ville ne fut pas bâtie sur les ruines de l'ancienne, mais plus au septentrion ; en sorte que le mont du Calvaire, qui auparavant se trouvait hors de la ville, fut presque au centre d'Aelia Capitolina. On n'enferma dans cette ville qu'une assez petite partie de l'ancienne Jérusalem. Le mont de Sion, où avait été le temple de Salomon, était labouré comme un champ ou couvert de démolitions et de ruines.


Colonie romaine de Aelia Capitolina

Aujourd'hui Jérusalem est au même endroit où l'empereur Adrien l'a ceinte de murailles ; mais le temple païen qu'il avait fait élever afin de déguiser et de profaner le Golgotha, est remplacé par l'église que l'impératrice Hélène y a fait bâtir pour garder, recouvrir et enclore les lieux consacrés par la passion et la mort du Christ. C'est en renversant les autels consacrés par Adrien aux faux dieux, à Jupiter, à Vénus, à Adonis ; c'est en déblayant la montagne consacrée par le sang du Sauveur, que des ouvriers trouvèrent, profondément enfouies sous terre, trois croix...



Pendant que les travaux se poursuivaient avec activité, la pieuse mère de l'empereur Constantin priait au pied du Calvaire, quand on vint lui annoncer l'heureuse découverte qui venait d'être faite. Bien vite elle courut à l'endroit où les instruments de supplice venaient d'être trouvés. Les trois croix étaient gisantes sur la terre fraîchement remuée; en les voyant, l'impératrice tomba à genoux pour vénérer la Croix sur laquelle Jésus avait rendu le dernier soupir. Nul doute que ce ne fût une des trois... ; mais laquelle? Une foi fervente parvint bientôt à découvrir celle du Fils de Dieu, à la distinguer de celles des deux larrons mis en croix le même jour, à la même heure, sur le même lieu que le Juste, que ses bourreaux eux-mêmes avaient désigné par le titre de  JÉSUS NAZARÉEN, ROI DES JUIFS.

D'après l'ordre de l'impératrice Hélène, trois moribonds furent enlevés de leurs couches et apportés sur des brancards au pied du mont de la rédemption ; là, on les étendit sur les trois croix. Un d'eux fut soudainement, miraculeusement guéri, et, se levant et marchant, se mit à louer et à bénir le Seigneur. Cette éclatante guérison indiqua quelle était la croix du Rédempteur, de celui qui a dit : « Je suis la résurrection et la vie. »

D'autres racontent différemment le miracle qui révéla la vraie Croix. D'après leur récit, ce serait saint Macaire, évêque de Jérusalem, qui aurait fait porter les trois croix chez une pieuse chrétienne , agonisante et à demi descendue dans la tombe : deux de ces croix avaient déjà touché la malade, et le danger restait imminent, les symptômes funestes ne disparaissaient pas; les pleurs, les sanglots de la famille continuaient. Mais du moment que le bois que le sang de Jésus avait imbibé fut approché de la moribonde, l'ombre de la mort s'éloigna d'elle, et quand une des branches de la Croix eut touché son corps déjà privé de tout mouvement, elle se souleva sur sa couche de douleur, fut soudainement guérie, et glorifia le Fils de Dieu. L'impératrice Hélène, heureuse d'avoir découvert ce trésor sacré, cette glorieuse relique qui laisse bien loin Jérusalem, où elle en laissa une moitié, et l'empereur son fils, à qui elle envoya l'autre.


St-Hélène et la Vraie Croix

Ce prince, qui fondait alors le second siège de l'empire en Orient, et qui faisait travailler à la nouvelle ville de Constantinople, reçut ce saint présent avec de grandes démonstrations de joie, de respect et de vénération. Quelques écrivains racontent que lorsque la ville fut achevée, il fit mettre une portion de ce bois sacré dans sa propre statue, élevée au milieu de la grande place, sur une haute colonne, tenant en sa main droite un globe d'or, avec cette inscription : 0 Christ , mon Dieu! je vous recommande cette cité que je viens de bâtir.

Bientôt de précieuses parcelles de la vraie Croix se répandirent par tout l'univers, comme des garanties contre les souffrances, les chagrins et la mort : pauvres et riches, faibles et puissants, heureux et malheureux, désiraient avec ardeur pouvoir s'agenouiller et prier devant un fragment de l'arbre du salut. Un morceau de la vraie Croix sanctifiait les couronnes des plus puissants monarques , et pour en obtenir ils donnaient les diamants les plus beaux et les pierreries les plus éclatantes.


Le roi de France Louis IX ( St-Louis) - 1214 a 1270 Ap JC

Les palais, les églises, les monastères, les abbayes, les trésors des villes, les hôpitaux, les asiles de la douleur, enviaient tous des parcelles du bois sacré ; les rois en voulaient pour protéger leurs trônes ; les saints, pour mieux se pénétrer des angoisses du divin Sauveur ; les chevaliers, pour être plus forts dans les batailles ; les juges, pour faire jurer de vrais serments ; les riches, pour garder leur prospérité ; les pauvres, pour voir finir leur misère ; les malades, pour recouvrer la santé, et les moribonds, pour s'assurer d'une pieuse agonie et d'un passage facile de vie à trépas. Ce n'était pas seulement de Jérusalem que découlaient ces saintes libéralités ; les empereurs d'Orient faisaient aussi parfois des distributions de la portion nous chantons encore aujourd'hui , Vexilla régis et Pange lingua.

Hymne Vexilla Regis Maitrise Notre-Dame de Paris



Hymne Pange Lingua

Josquin des Prés - Missa Pange Lingua



Il fit aussi un poème sur le même sujet, pour remercier l'empereur Justin et l'impératrice Sophie du riche présent qu'ils avaient fait à Radegonde. Saint Grégoire de Tours, qui n'était encore que prêtre, fut présenté la réception de cette sainte relique à Tours, où elle fut déposée avant d'être transportée à Poitiers , et il parle comme témoin oculaire de plusieurs miracles qui s'y firent. La portion de la vraie Croix restée à Jérusalem, et qui était renfermée dans un étui d'argent, y fut conservée jusqu'à la prise de cette ville par Chosroës, roi des Perses. Elle demeura en possession des infidèles pendant quatorze ans, à la grande douleur de toute la chrétienté.


Chosroës, roi des Perses

Ce fut Héraclius qui la recouvra des mains de Siroës, fils et successeur de Chosroës, par un traité de paix qu'il fit avec lui : c'est ce recouvrement dont on a fait une fête le 14 septembre, sous le nom de l'Exaltation de la sainte Croix. Je n'énumérerai point ici tous les souverains qui sollicitèrent et qui obtinrent des morceaux de la vraie Croix. Je dirai seulement qu'en 1205, Baudouin, comte de Flandre, empereur de Constantinople , en fit un magnifique présent à Philippe-Auguste, qui fut déposé dans le royal trésor de Saint-Denis. Depuis ce temps, saint Louis retira des mains des Vénitiens la partie qui était restée à Constantinople, et qui leur avait été engagée par l'empereur Baudouin II, ou plutôt par Jehan de Brienne, son beau-père. Après avoir payé aux marchands de Venise l'argent qu'ils avaient prêté à ce prince, il la fit transporter en France en l'an 1241.


Héraclius, empereur romain d`Orient a Constantinople - (575 a 641 ap J.C)

Le pieux fils de Blanche de Castille possédait déjà la sainte couronne d'épines, et ce fut avec une joie toute céleste qu'il fit placer, dans cet admirable reliquaire de pierre qu'il venait de faire construire auprès de son palais (la Sainte-Chapelle), le plus gros morceau de la vraie Croix qui fût en Europe. Bientôt beaucoup d'églises de France en reçurent des parcelles, que la piété des fidèles vénère encore. Cette relique de l'arbre de la rédemption était dans une telle vénération parmi nos pères, que nous trouvons trois fêtes qui lui étaient spécialement consacrées : au 3 mai,  l` Invention de la sainte Croix, pour rappeler le jour où sainte Hélène l'avait découverte sous les débris du temple païen ; la Susception de la Croix, le premier dimanche d'août, en commémoration du jour où saint Louis avait reçu cette relique , et l`Exaltation de la sainte Croix, le 14 septembre.



Pendant bien des siècles, la vraie Croix n'était exposée à l'adoration des fidèles que le jour du Vendredi saint; et c'est là, en effet, la grande fête de la Croix. Mais la mort de Jésus-Christ répandait trop de tristesse sur cette journée, pour que nos pieux devanciers pussent se contenter de cette fête toute mêlée de larmes.

De cette pensée découlèrent les fêtes que nous venons de nommer. Le mot d'adoration de la Croix scandalise quelques-uns : en l'employant, l'Église a voulu se servir d'un mot qui indiquât un sentiment encore plus respectueux que celui de vénération. La vénération est commandée pour les reliques des saints, des vierges, des solitaires, des martyrs ; pour la relique imprégnée du sang du divin Rédempteur, elle a choisi un mot qui révélât un plus profond hommage que celui que l'on rend aux; saints.

« L'esprit de l'Église, dans cette fête, dit l'historien des fêtes catholiques, est de nous porter à respecter le bois sacré de la vraie Croix, ainsi que les plus petites parcelles qui en sont détachées; à faire attention que le culte que l'on rend à la Croix ne se rapporte pas au bois même de cette Croix , ce qui serait imiter l'erreur des idolâtres, mais à notre divin Sauveur, qui a été attaché à cette Croix; que, quoique que l'on se serve du mot d'adoration en parlant de la croix, c'est Jésus crucifié que nous devons adorer; que cette même Église n'expose à nos yeux les instruments de la passion qu'afin d'élever nos cœurs jusqu'à celui qui a souffert et qui est mort pour nos péchés; que pour être de vrais disciples de notre Sauveur, nous devons supporter avec patience les croix spirituelles qui nous arrivent, comme les maladies, les injustices, la perte des biens temporels , et tous les sujets d'affliction. »

En racontant comment la vraie Croix avait été trouvée par les ouvriers que l'impératrice Hélène avait mis à la chercher sous les débris du temple de Vénus, j'ai dit que la pieuse mère de Constantin, pendant leur travail, s'était prosternée en prière au pied de la montagne du salut. Dans l'église du Saint-Sépulcre, telle qu'elle existe encore aujourd'hui, un petit oratoire, tout proche de la chapelle de l'Invention de la Croix, marque l'endroit où sainte Hélène a prié. M. de Chateaubriand termine sa description de l'église du Saint-Sépulcre par le passage suivant :


Constantin et St-Hélène

« L'église du Saint-Sépulcre, composée de plusieurs églises, bâtie sur un terrain inégal, éclairée par une multitude de lampes, est singulièrement mystérieuse : il y règne une obscurité favorable à la piété et au recueillement de l'âme. Les prêtres chrétiens des différentes sectes habitent les différentes parties de l'édifice. Du haut des arcades, où ils se sont nichés comme des colombes, du fond des chapelles et des souterrains, ils font entendre leurs cantiques à toutes les heures du jour et de la nuit.

L'orgue du religieux latin, les cymbales du prêtre abyssin, la voix du caloyer grec, la prière du solitaire arménien, l'espèce de plainte du moine cophte, frappent tour à tour votre oreille; vous ne savez d'où partent ces concerts ; vous respirez l'odeur de l'encens, sans savoir la main qui le brûle; seulement vous voyez passer, s'enfoncer derrière des colonnes, se perdre dans l'ombre du temple, le pontife qui va célébrer les plus redoutables mystères aux lieux mêmes où ils se sont accomplis. »

source: Tableau Poétique des Fêtes Chrétiennes - Vicomte Walsh - 19 ème siècle.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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