L`Église et l`État - Journal La Vérité - Bas Canada - 1882

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L`Église et l`État - Journal La Vérité - Bas Canada - 1882

Message par MichelT le Mer 27 Sep 2017 - 20:36

L`Église et l`État ( Extraits)

J.P. Tardivel - Rédacteur du journal - La Vérité

Bas-Canada
21 janvier 1882

Nous avons sur les rapports qui doivent exister entre l`Église et l`État des principes que notre confrère n`accepte pas. Nous croyons ( comme catholiques) a la suprématie de l`Église, nous croyons que le spirituel est supérieur au temporel et que la fin dernière de l`homme ( la vie éternelle ou la damnation éternelle) est la seule question vraiment importante.

Si l`État ne s`occupait que des chemins de fer, des canaux, des routes, ect, il n`y aurait jamais de conflits entre l`Église et l`État. Mais les gouvernants civils dans tous les temps, se sont toujours mêlés aux affaires qui regardent la fin dernière de l`homme, son salut éternel.  Dès ce moment, l`Église et l`État viennent nécessairement en contact. Lorsque l`État, comprenant son rôle, reconnait et respecte les droits de l`Église, lorsque les lois civiles sont conformes aux lois divines, tout marche sans secousse; la paix règne sur la terre.

Mais lorsque le contraire arrive, lorsque les gouvernements, se donnant une mission qu`ils n`ont pas reçue, cherchent à créer une morale en-dehors de l`Église; lorsqu`ils se soustraient a l`Autorité de Jésus-Christ et qu`ils veulent en même temps y soustraire les gouvernés; lorsque en un mot, l`État sort de son rôle et empiète sur le domaine spirituel, les conflits naissent de tous côtés; car l`Église, dira toujours à ses enfants : « Rendez à César ce qui est à César, mais à Dieu ce qui appartient à Dieu.» (Luc 20,25)

Voilà pourquoi tout catholique admet le droit que possède l`Église d`exercer une haute surveillance sur la politique dans les questions concernant le spirituel. Lorsque l`État veut s`introduire dans le sanctuaire de l`enseignement, ou l`Église et la famille a des droits c`est l`abomination de la désolation.

L`Église a reçu de Jésus-Christ le mandat d`enseigner les Chrétiens, mais l`État n`a jamais reçu ce mandat. Lorsque l`État touche à ce qui ne le regarde pas, il tombe toujours dans l`absurde ou l`arbitraire et presque toujours dans les deux à la fois.


Sur la Presse Catholique – 20 octobre 1881

Plusieurs personnes parfaitement sincères et bien intentionnées, voient d`un mauvais œil la presse catholique et les luttes qu`elle est obligée de soutenir pour la défense des saines doctrines et pour repousser les attaques plus ou moins perfides et déguisées des ennemis de l`Église. Ces personnes affirment que ce n`est pas aux laïques à intervenir dans les questions ou la religion est intéressée, que le clergé doit seul défendre l`Église, et que les journalistes ne devraient s`occuper que des choses purement matérielles, ne devraient traiter dans leurs articles que des questions de finance, de voies ferrées, de canaux, d`agriculture, ect.

Cette objection est spécieuse et il est à propos, croyons-nous de la réfuter.

D`abord, il y a presse catholique et presse catholique. Il peut y avoir des journaux qui se disent catholiques et qui ne le soient pas du tout; qui ne défendent l`Église que pour l`exploiter à leur profit personnel ou au profit de leurs amis. De tels journaux seraient fort nuisibles à la cause de la religion.  Mais les journalistes vraiment catholiques, qui travaillent sans arrière-pensées pour la cause de Dieu, qui n`ont d`autre ambition que d`étendre le règne de Jésus-Christ font une œuvre méritoire.

S`il n`y avait pas de mauvaise presse, s`il n`y avait pas de journaux qui combattent perfidement les doctrines de l`Église, qui cherchent à émousser la Foi, qui donnent une importance excessive aux affaires matérielles, qui jettent la confusion et le doute dans les esprits, il n`y aurait peut-être pas besoins de la presse catholique, car la prédication du clergé suffirait pour la direction des fidèles.

Mais étant donné les journaux imbus d`erreur et de fausses doctrines, qui répandent chaque jour le poison subtil des idées dites modernes, lesquelles sont aussi vieilles que le paganisme; étant donné les feuilles qui prêchent sans cesse l`affranchissement de l`État des lois de Dieu, qui proclament ouvertement que l`Église n`a absolument rien à voir dans le gouvernement des peuples, que le pouvoir civil est au-dessus du pouvoir religieux, que l`électeur, le député, le ministre ne doivent comme tels aucun compte de leur conduite au Tout-Puissant; étant donnée cette presse perverse, il faut de toute nécessité une presse franchement et hardiment catholique, qui affirme avec courage et constance les principes chrétiens, en dehors desquels les sociétés ne peuvent trouver ni sécurité, ni paix, ni bonheur, ni même une prospérité matérielle vraiment durable.

Mais encore dira t`on, il faut que cette presse catholique soit entre les mains du clergé car les laïques n`ont pas mission de conduite l`Église. Sans doute le clergé a le droit d`écrire dans les journaux et nous serions les derniers a le lui contester. Mais il arrive souvent que dans les luttes quotidiennes de la presse, ceux qui y prennent part reçoivent de terrible horions, se voient attaquer de la manière la plus déloyale. Un prêtre qui a charge d’âmes surtout, ne voudrait pas toujours s`exposer aux calomnies des ennemis de l`Église, de crainte de compromettre son ministère. Mais un laïque peut se mettre au blanc sans inconvénients; il recevra des coups, mais l`Église et le clergé n`en seront pas atteints.

C`est pourquoi le rôle de journaliste catholique convient surtout au laïque. Certes, le laïque ne doit pas trop se fier à ses propres lumières; il doit étudier beaucoup, il doit surtout consulter souvent des théologiens dont la doctrine est sure et qui puissent lui indiquer clairement ou est le vrai et où est le faux. Ainsi éclairé le journaliste laïque ne doit pas craindre de marcher résolument en avant sans s`inquiéter des clameurs qui s`élèvent contre lui de toutes parts.

Reste cette autre objection, les laïques ne doivent pas  chercher a conduire l`Église. Les laïques n`ont absolument rien à voir dans l`administration des Sacrements, dans les questions de la discipline ecclésiastique, et encore moins dans la définition des dogmes, c`est-à-dire que les choses qui regardent l`économie intérieure de l`Église ne sont nullement de leur compétence. Mais l`Église a des rapports constants avec les sociétés civiles; ses doctrines doivent être la base de l`ordre social; son enseignement doit pénétrer partout; ses lois doivent être respectées par tous. Or, les laïques ont non seulement le droit, mais le devoir de travailler, dans la mesure de leurs forces et selon les lumières qu`ils ont reçues, à étendre l`influence de l`Église au dehors, à repousser les attaques de ses ennemis, à défendre ses doctrines, à proclamer les principes qu`elle proclame et à les appliquer partout où il est possible de le faire.

Dans ce monde, l`homme fait partie de deux sociétés, de la société religieuse, instituée par Dieu pour conduire les âmes au ciel, de la société civile, qui a pour mission de travailler au bonheur matériel des peuples et de permettre en même temps aux individus de mieux atteindre leurs fin dernières. Ceux deux sociétés, quoique très distinctes, viennent nécessairement en contact l`une avec l`autre, mais il ne devrait pas y avoir de collision entre elles.

Pour qu`il n`y ait pas collision, il faut que l`ordre soit conservé, c`est-à-dire que l`État ne cherche pas à usurper la première place. Pour qu`il y ait harmonie entre les deux sociétés, il faut que les lois qui régissent la société civile soient conforment aux lois qui régissent la société religieuse. Cela étant admis, il est évident que tout laïque, en tant que membre de la société civile, a le droit et le devoir, de travailler au perfectionnement de cette société en la mettant autant que possible en harmonie avec l`Église.

Voilà pourquoi les laïques ont le droit de traiter les questions qui intéressent la religion, car tout ce qui intéresse la religion intéresse l`État. Dans la pratique sans doute il faut de la prudence, il faut que les laïques obéissent à leurs supérieurs ecclésiastiques et s`en rapportent à eux quand il s`agit de l`application de tel ou tel principe.  Mais personne ne peut leur contester le droit de proclamer et de défendre les doctrines de l`Église.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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