Méditations chrétiennes pour l`Avent - France - 1844

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Méditations chrétiennes pour l`Avent - France - 1844

Message par MichelT le Dim 3 Déc 2017 - 2:14

ÉPÎTRES ET ÉVANGILES DES DIMANCHES ET FÊTES DE TOUTE L'ANNÉE,
Avec des Réflexions el des Prières, Augmentée des Prières pendant la sainte Messe,
et des Vêpres du Dimanche. LIBRAIRIE CATHOLIQUE DE PERISSE FRÈRES, LYON , PARIS , 1844

LE PREMIER DIMANCHE DE L`AVENT.

Épitre. St Paul, Romains 13.

Mes Frères, l'heure est venue de nous réveiller de notre assoupissement, puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi. La nuit est déjà fort avancée, et le jour va paraitre. Quittons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière. Marchons avec bienséance et avec honnêteté, comme on marche durant le jour. Ne vous laissez point aller aux débauches, ni aux ivrogneries, ni aux impudicités, ni aux dissolutions, aux querelles, ni aux jalousies ; mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne cherchez point à contenter les désirs de la chair.

RÉFLEXION.

1 . Nous sommes très-éveillés pour ce qui regarde nos affaires temporelles, nos passions, nos plaisirs ; mais pour ce qui regarde notre salut, nous sommes dans le plus profond assoupissement. Le jour est proche, ce jour où nos actions, nos pensées, nos désirs, nos affections seront jugées à la lumière de la vérité.

2. Nous ne sommes que ténèbres, relativement au salut, depuis la chute de notre premier père; approchons de Jésus-Christ, nous serons dans la lumière. Les armes de lumière sont les œuvres que Jésus-Christ nous a recommandées dans l'Évangile, et dont il nous a donné l'exemple, il ne suffit pas de les voir, de les entendre, de les savoir, il faut en être revêtu.

3. Nous voyons tous les péchés dont saint Paul nous exhorte à nous abstenir: les querelles les envies sont de ce nombre, aussi bien que les ivrogneries et les impudicités et l'on n'y pense point.

Prière. Nous ne pouvons être revêtus de vous, Seigneur, si nous ne sommes dépouillés de nous-mêmes ; arrachez-nous à nos mauvaises habitudes et à l'amour des créatures, afin que nous ne nous occupions que de ce qui peut vous plaire.


Évangile. St Luc, 21.

En ce temps-là, Jésus dit à ses Disciples : il y aura des prodiges dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ; et sur la terre, les peuples seront dans la consternation , par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui doit arriver à tout l'univers ; car les Vertus célestes seront ébranlées. Alors ils verront venir le Fils de l'homme sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté. Or, quand ces choses commenceront à arriver, levez la tête en haut, et regardez, parce que votre délivrance approche. Il leur dit ensuite une comparaison. Voyez, dit-il, le figuier et les autres arbres ; lorsqu'ils commencent à pousser, vous connaissez que l'été est proche. De même lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez que le Royaume de Dieu est proche. Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que tout cela n'arrive. Le Ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin, et par les soins de cette vie, et que ce jour ne vienne tout-à-coup vous surprendre car il enveloppera comme un filet tout ceux qui habitent sur toute la terre. Veillez donc, et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d'éviter tous ces maux qui doivent arriver, et de paraître avec confiance devant le Fils de l'homme.

RÉFLEXION.

1. Toutes les créatures seront dans la consternation à la venue du juste et souverain Juge : le récit que nous en lisons ne troublera- t-il donc point le pécheur ? Sa perte est proche, le moment de sa condamnation arrive. Il peut apaiser son Juge en l'aimant sincèrement. Pensons-y pendant qu'il est encore temps.

2. Notre rédemption est proche : quelle consolation pour des captifs ! Si nous sentons la pesanteur de notre esclavage, nous désirerons notre délivrance.

3. Tout passe, et le pécheur passe avec ce qu'il a aimé. La parole de Dieu demeure éternellement : lisons-la pour la pratiquer, elle nous assurera une vie heureuse qui ne passera point.

Prière. Seigneur, gravez dans notre cœur votre divine parole; elle est éternelle, et elle produira en nous des œuvres qui mériteront une récompense éternelle.




LE 2 eme DIMANCHE DE L'AVENT.

Épître. St Paul, Romains 15.

Mes Frères, tout ce qui est écrit , a été écrit pour notre instruction, afin que nous concevions une ferme espérance par la patience et par la consolation que les Écritures nous donnent. Que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la grâce d'être toujours unis de sentiment et d'affection les uns pour les autres, selon l'esprit de Jésus-Christ, afin que d'un même cœur et d'une même bouche, vous glorifiiez Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ avec charité, comme J. C. vous a traités, pour la gloire de Dieu. Car je vous déclare que J. C. a été le Ministre de l'Évangile à l'égard du peuple circoncis pour vérifier la parole de Dieu, pour accomplir les promesses faites à nos pères, et que les Gentils doivent glorifier Dieu de la miséricorde qu'il leur a faite , selon qu'il est écrit : C'est pour cette raison , Seigneur , que je publierai vos louanges parmi les nations, et que je chanterai des cantiques à la gloire de votre nom.

Il est encore écrit : Nations, réjouissez-vous avec son peuple. Et ailleurs : Nations, louez toutes le Seigneur; Peuples, glorifiez-le tous. Isaïe dit aussi : De la tige de Jessé s'élèvera celui qui doit commander aux nations, et les nations espéreront en lui. Que le Dieu d'espérance vous comble de paix et de joie dans votre foi, afin que votre espérance croisse toujours de plus en plus par la vertu du Saint-Esprit.

RÉFLEXION.

1. Tout a été écrit pour notre instruction : lisons donc les livres sacrés. Tout est écrit; mais c'est pour nous instruire, et non pour satisfaire notre curiosité ou notre imagination. L'instruction ne servira qu'à nous rendre plus coupables, si nous ne pratiquons ce que nous apprenons.

2. L'union de sentiments et d'affections que le saint apôtre demande pour les fidèles, c'est ce que Jésus-Christ a demandé à son Père, la veille de sa passion, pour ceux qui croiraient en lui. On ne voit au contraire que divisions, que partage de sentiments et d'affections. Sommes-nous donc disciples de Jésus-Christ ? Croyons-nous donc en lui ?

3. Pensons à la grande miséricorde que Dieu nous a faite de nous appeler à la foi en la place des Juifs : si nous n'en profitons pas, nous serons traités comme eux.


Prière. Seigneur , que votre parole sacrée soit comme un miroir dans lequel nous voyions tous nos défauts , et tout ce que nous avons à faire pour vous plaire.

Évangile. St Matthieu 11.

En ce temps-là Jean ayant entendu parler dans la prison, des œuvres de Jésus-Christ, envoya deux de ses disciples pour lui dire : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? Jésus leur répondit : Allez, rapportez à Jean ce que vous avez entendu, et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Évangile est annoncé aux pauvres, et heureux est celui qui ne se scandalisera point à mon sujet. Comme ils s'en retournaient, Jésus se mit à parler de Jean, et dit au peuple : Qu'êtes-vous allés voir dans le désert? Un roseau agité du vent ? Mais encore qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu mollement ? Qu'êtes-vous donc allés voir ? Un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète. Car c'est de lui qu'il est écrit : Voilà que j'envoie devant vous mon ange qui vous préparera le chemin.

RÉFLEXION.

1. Saint Jean-Baptiste sanctifié dans le sein de sa mère, le plus grand de tous les hommes, et cependant en prison , nous apprend à ne pas nous plaindre lorsque nous sommes affligés et traités injustement , nous qui sommes coupables de tant de péchés.

2. Saint Jean dans sa prison envoie ses disciples à Jésus-Christ, afin qu'ils le connaissent et qu'ils apprennent qu'il est le Messie. Nos afflictions doivent nous faire recourir à Jésus-Christ, qui seul peut nous guérir : elles doivent nous rendre plus attentifs à remplir nos devoirs, et augmenter notre charité pour nos frères.

3. Jésus-Christ ne dit pas qu'il est le Messie, mais il fait des miracles, et ajoute que l'Évangile est annoncé aux pauvres. C'est par nos actions que nous devons dire que nous sommes Chrétiens ; c'est aussi par l'amour et le respect pour les pauvres.


Prière. Seigneur, faites-nous la grâce d'être pauvre d'esprit et d'affection, afin que nous entendions votre saint Évangile, et que nous soyons sauvés.



La Confession


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MichelT

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Message par MichelT le Dim 3 Déc 2017 - 2:35

La crèche de Noel – sa signification

Extrait d`un texte du Jésuite français Jean-Nicolas Grou – 18 eme siècle.

La crèche de Noel est une école pour la vie de la foi. On commence par la crèche et ont fini par la croix.

Regardons ce que la science de Dieu enseigne par la crèche de Noel.

D`abord contemplons le Verbe qui se fait chair, le Fils de Dieu se fait petit enfant. C`est l`amour pour son père et c`est l`amour des hommes qui  l`a attiré sur la terre.  Le sentiment qui l`occupe est  de s`offrir en sacrifice pour son Père afin de réparer Sa Gloire ( à cause du péché de nos premiers parents devant la face de Dieu)  et de sauver le genre humain.  Il est venu accomplir la volonté de son père, une volonté infiniment rigoureuse selon laquelle il devait se charger de nos péchés  et porter le poids de la justice divine.  Il accepte donc en naissant cette volonté. Il s`y soumet avec amour.

Apprenons par la que la croix est la première chose que Dieu nous présente, l`acceptation de la croix, un sacrifice de nos intérêts afin de penser en premier aux intérêts de Dieu. Mais pourquoi naitre comme un petit enfant? Pourquoi ne pas venir au monde comme Adam dans l`état d`homme fait? Il a eu ses raisons pour préférer l`état d`enfance.

La principale de ces raisons est que il voulait apprendre que du moment que l`on se donne à Dieu, il faut mettre à ses pieds tout jugement, toute volonté, toute force propre. Il faut se remettre dans la petitesse, dans la faiblesse d`un enfant. Il faut entrer dans un nouvel état dont Dieu seul est le principe.  Dépendance parfaite a la grâce,  simplicité, obéissance.

Voyons Jésus-Christ naissant, il adore son père aussi parfaitement dans le berceau que sur la croix. Mais toute son adoration est renfermée dans le cœur. Il ne dit rien, il ne fait rien. Il est comme anéanti et cet anéantissement est la perfection de son hommage.

Passons à l`appareil extérieur a sa naissance.

Marie est réduite à se retirer dans une étable. C`est là que nait le fils de Dieu, au sein de la pauvreté, de l`humiliation, de la souffrance. Une crèche remplie d`un peu de paille lui tient lieu de berceau. De pauvres langes l`enveloppent.  Au milieu de la nuit, dans la plus rude saison de l`année, dans un lieu ouvert à tous les vents, son corps tendre et délicat est exposé aux injures de l`air. Personne n`assiste à sa naissance, on ne lui donne aucun secours, aucun soulagement.

Quelle entrée dans le monde pour le fils de Dieu, pour celui qui vient racheter le monde et qui, dès l`origine des choses, a été annoncé à nos premiers parents pour le libérateur du genre humain!

Qui eut jamais cru qu`il eut choisi pour lui une naissance si pauvre, si obscure, si souffrante?

Mais que cette naissance est instructive pour ceux que le St-Esprit fait naitre a la vie intérieure!

Elle leur donne dans ce divin enfant, un modèle accompli des trois vertus qui doivent désormais être leurs compagnes inséparables. Détachement parfait de tous les biens de la terre, mépris des honneurs et renoncement aux plaisirs. Voilà ce que Jésus-Christ naissant enseigne a ses enfants intérieurs.

Ce qu`il a choisi a la crèche, il l`a aimé, il l`a pratiqué toute la vie.  Il a toujours été pauvre,  vivant du travail de ses mains,  n`ayant pas même ou reposer sa tête.  Il a toujours été ou inconnu au monde, ou en butte aux calomnies, aux mépris, aux persécutions du monde. Il s`est refusé tous les plaisirs, et il a souffert dans sa vie privée comme dans sa vie publique toutes les peines corporelles qui y étaient attachées. Sa mort a réuni dans le plus haut degré la pratique de ces trois vertus.

Qui sont enfin ceux que Jésus a admis a sa crèche?

C`est une chose bien remarquable que ceux qui y ont paru ont été appelés par une voix céleste ou un signe miraculeux. Ceci nous enseigne que pour entrer dans la voie intérieure dont la crèche est le commencement nous devons être simples, pauvres d`esprit, petit comme les bergers, nous devons avoir comme eux une grande droiture de cœur, vivre dans l`innocence et dans un divorce absolu avec le péché. C`est encore pour l`ordinaire des personnes d`une condition commune, d`une vie obscure et retirée, des personnes ignorées et méprisées du monde que Dieu appel à la vie intérieure.

De plus les bergers veillaient, même la nuit sur leurs troupeaux, ce qui marque que la vigilance et l`attention sur soi-même, la crainte de Dieu, la fuite des occasions, la délicatesse de la conscience, nous préparent à la vocation du ciel.

Ils prêtèrent une oreille attentive aux discours des anges, ils y ajoutèrent foi et sans réfléchir ni raisonner, ils quittèrent tout et partirent sur le champ pour aller voir l`enfant nouveau-né. Ainsi l`âme doit écouter attentivement ce que Dieu dit à son cœur, croire en sa parole avec une foi soumise et aveugle, et tout quitter pour suivre fidèlement l`instinct de la grâce.

Dans la personne des mages, des grands et des savants sont aussi appelés à la crèche, mais des grands humbles, détachés de tout, prêts a tout sacrifier pour répondre à l`appel de Dieu, des savants sans suffisance, sans présomption, dociles a la lumière divine devant laquelle ils font taire leurs raisonnements.

Tels ont été un St-Louis ( Roi de France),  un St-Augustin, tant de saints distingués par l`éclat de leurs naissance et de leurs dignités, ou par l`étendue de leur génie ou de leurs connaissances.

Le caractère d`Hérode, des Pharisiens, des prêtres et des docteurs de la loi nous fait connaitre qui sont ceux  que Jésus rejette et qui de leur côté ne font aucun usage de la grâce afin de connaitre et de mériter la vie éternelle.



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MichelT

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Re: Méditations chrétiennes pour l`Avent - France - 1844

Message par MichelT le Dim 3 Déc 2017 - 2:47

Du moi humain

Du père Jésuite français – Jean-Nicolas Grou ( Extrait) 18 eme siècle.

Dieu seul à proprement le droit de dire moi, et de rapporter tout a lui, d`être la règle, la mesure, le centre de tout, parce que Dieu seul est, et que le reste n`est que par sa volonté, n`est que pour lui, n`a de prix que celui qu`il lui donne et, pris en lui-même, n`est rien, ne vaut rien, ne mérite rien. Cela est vrai dans l`ordre de la nature et encore plus dans celui de la Grace.

Ce fondement posé, il est aisé de sentir toute l`injustice du moi humain. Cette injustice consiste en ce que l`homme, se considérant en lui-même, s`estime, s`aime et se croit digne d`estime et d`amour; en ce qu`il s`établit centre de tout et qu`il rapporte tout a lui; en ce que l`amour qu`il a pour lui-même et pour ses intérêts est le motif secret de ses pensées, de ses discours, de toute sa conduite. Il s`envisage en tout, il se cherche en tout, il semble que tout l`univers, que tous les hommes, que Dieu lui-même ne soient que pour lui.

Il n`estime les autres, il ne les aime que a proportion de l`estime et de l`amitié qu`ils lui portent. S`il les prévient, s`il les oblige, s`il les sert c`est, pour l`ordinaire, son propre intérêt qu`il a en vue et si ce n`est pas l`intérêt, c`est la vaine gloire. Cette estime, cet amour de soi-même, se glissent partout, jusque dans le service de Dieu, et sont la source de toutes les imperfections, de toutes les fautes ou l`on tombe.

Le moi humain, est le principe de l`orgueil et, par conséquent de tout péché. Il est l`ennemi de Dieu qu`il attaque dans son domaine universel et absolu. Il est l`ennemi des hommes qu`il tourne les uns contre les autres à cause de l`opposition de leurs intérêts. Il est l`ennemi de tout homme parce que il l`éloigne de son vrai bien, parce que il le porte au mal et qu`il lui ôte la paix et le repos.

Anéantissez le moi humain,  et tous les crimes disparaissent de dessus la terre, tous les hommes vivent comme des frères, partagent sans envie les biens de la terre, se soulagent mutuellement dans leurs maux et chacun regarde dans autrui un autre soi-même. Anéantissez le moi humain, et toutes les pensées de l`homme, tous ses désirs, toutes ses actions se porterons vers Dieu sans aucun retour sur soi. Dieu sera aimé, adoré, servi pour lui-même à cause de ses infinies perfections, à cause de ses bienfaits. Il sera aimé, soit qu`il console l`homme, soit qu`il l`afflige, soit qu`il le caresse soit qu`il l`éprouve, soit qu`il l`attire avec douceur, soit qu`il paraisse le rejeter et le rebuter. Anéantissez le moi humain et l`homme toujours innocent coulera ses jours dans une paix inaltérable, parce que ni au-dedans, ni au-dehors, rien de pourra le troubler.

Il y a deux sortes de moi humain. Le moi humain grossier, animal, terrestre, qui n`a pour objet que les choses d`ici-bas. C`est celui de ceux qui aiment ce monde, toujours occupés d`eux-mêmes dans la recherche, dans la jouissance, dans le regret des honneurs, des richesses, des plaisirs de la terre. C`est celui des prétendus sages qui, par un orgueil raffiné et pour se singulariser, affectent d`être indépendants des préjugés et opinions vulgaires, et recherchent la gloire par le mépris même qu`ils paraissent en faire. Tous les vices qui avilissent l`homme et qui désolent l`univers, sont les enfants de ce moi grossier, qui fait le malheur de la plupart des humains dans cette vie et dans l`autre.

L`autre moi, plus subtil et plus délicat, est le moi spirituel, le moi des personnes adonnées a la piété. Qui pourrait dire combien ce moi est nuisible à la dévotion, combien il la rétrécit et la rapetisse, a combien de travers et d`illusions il l`expose, combien il la rend ridicule et méprisable aux yeux du monde, censeur malin et impitoyable de tous les serviteurs de Dieu?

Qui pourrait dire encore combien de misères, de faiblesses, de chutes il est la source, comment il rend les dévots minutieux, scrupuleux, inquiets, empressés, inconstants, bizarres, jaloux, critiques, médisants, fâcheux, insupportables à eux-mêmes et aux autres? Qui pourrait dire combien il traverse et arrête les opérations de la Grace, combien il favorise les ruses, et les embuches de l`ange déchu; combien il nous rend faible dans les tentations, lâches dans les épreuves, réservés dans les sacrifices, combien de desseins généreux il fait avorter, combien de bonnes actions il injecte de son poison, combien de défauts il déguise et travestit en vertus?

Le propre du moi humain, qu`il soit, sensuel ou spirituel est de nous plonger dans le plus pitoyable aveuglement. On ne se voit pas, on ne se connait pas et l`on croit se voir et se connaitre. Rien ne peut nous ouvrir les yeux et l`on se fâche contre quiconque entreprend de le faire. On impute à la mauvaise volonté, ou du moins à l`erreur, les avis et les corrections. On a beau nous ménager et nous dire les choses avec toute la douceur et la circonspection possibles,  l`amour-propre blessé s`offense, se révolte et ne pardonne pas un discours inspiré par le zèle et la charité.

Par le même principe, on se croit en état de se conduire et de se juger soi-même. On veut même diriger ceux qui sont préposés pour nous gouverner et leur enseigner comment ils doivent s`y prendre avec nous. On ne se croit bien conduit que par ceux qui nous flattent et qui donnent dans notre sens. Quand on nous parle de combattre l`amour-propre, de forcer nos répugnances, de surmonter nos aversions, quand on nous ouvre les yeux sur certains défauts chéris, quand on nous fait toucher au doigt l`imperfection et l`impureté de nos motifs, quand on nous demande de certains sacrifices, c`est un langage que l`on ne veut point entendre, c`est un joug intolérable qu`on nous impose, on nous connaît mal, on se trompe, on exagère, on a vu au-delà de la loi et même du conseil.

Cependant il est vrai que toute la sainteté consiste dans la destruction du moi humain. Il est vrai que la morale chrétienne n`a point d`autres buts, que l`objet de toutes les opérations de la Grace est de nous humilier et d`anéantir l`amour de nous-mêmes. Il est vrai que l`amour de Dieu et l`amour-propre sont comme deux poids d`une balance, dont l`un ne peut que baisser que l`autre ne hausse. Ainsi l`unique moyen de perfection, la grande pratique qui embrasse toutes les autres est de travailler à combattre l`amour-propre.

Mon grand ennemi, celui par lequel nos autres ennemis, l`ange déchu et le monde, peuvent tout contre moi, c`est moi-même, c`est le vieil homme, ce funeste rejeton d`Adam pécheur, c`est cet amour-propre, né avec moi, développé en moi avant l`usage de ma raison, fortifié par mes passions, par les ténèbres de mon entendement, par la faiblesse de ma volonté, par l`abus que j`ai fait de ma liberté, par mes péchés et mes mauvaises habitudes.

Comment combattre et vaincre ce terrible ennemi? Comment s`y prendre, et par ou commencer? Prions le Seigneur pour qu`il nous aide dans cette guerre contre nous même. L`amour-propre n`est mon ennemi parce qu’il est le vôtre Seigneur. Ainsi soit-il.


MichelT

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Re: Méditations chrétiennes pour l`Avent - France - 1844

Message par MichelT le Sam 9 Déc 2017 - 1:08

Conduite pour passer saintement le temps de l`Avent

Par le R. P. Avrillon, Religieux Minime – année 1746 - France

PRÉFACE POUR SERVIR DE PREPARATION A L`AVENT. ( extraits)

C`est entrer dans l'esprit et suivre les traces du grand Précurseur, de préparer les fidèles a l'heureux avènement de leur Rédempteur, c`était en effet la glorieuse destination de Jean - Baptiste, qui semblait n'être venu sur la terre que pour cette importante fonction; il a commencé même à la remplir avant que de naître; il tressaille de joie dans le sein qui le porte, et il s'efforce de faire sentir à sa mère ce qu'il sent lui-même le premier, c'est-à-dire, la présence de son Dieu et de son Sauveur; ce qui fit dire à son bienheureux père Zacharie, dans un joie et de prophétie tout ensemble : Et vous, enfant, vous serez appelé le Prophète du Très-Haut; car vous marcherez devant lui pour préparer ses voies.

Ce divin Précurseur entra dans la solitude dès ses plus tendres années, pour mieux se préparer lui-même à s'acquitter de ce devoir; et il n'en sortit par l'inspiration du Saint-Esprit, que pour préparer les hommes par la pénitence, à l'avènement du Messie, dont il était la voix; mais voix si éloquente et si retentissante, qu'elle se change en cris et en clameurs pour se faire mieux entendre du grand peuple dont il était suivi dans le désert aux environs du Jourdain : je suis la voix de celui qui crie dans le désert ( Jean 1,23)

Servez-nous ici de ses mêmes paroles, il n'en est point qui soient plus dignes d'être mises à la tête de cette Conduite pour passer saintement le temps de l'Avent : c'est le Saint-Esprit qui les a mises dans la bouche de ce saint Précurseur ( St-Jean le Baptiste): demandons -lui qu'il les mette dans nos cœurs; et que pour changer de canal, elles ne perdent rien de leur force, de leur énergie et de leur onction pour nous préparer dignement à la naissance d'un Dieu fait homme, qui descend du Ciel par l'amour qu'il a pour nous, pour venir être notre Rédempteur, notre modèle, notre législateur et enfin notre rémunérateur, aux dépens de sa vie et de son sang.

Les voici ces admirables paroles de Jean-Baptiste, paroles qui ont retenti avec tant de force et  tant de succès dans le voisinage du Jourdain, et que l'Église répète et fait retentir aujourd'hui par la bouche de ses Ministres dans tous ses sanctuaires. Je suis la voix de celui qui crie dans le désert, Préparez la voie du Seigneur, rendez droits et unis ses sentiers, toute vallée sera remplie, et toute colline sera abaissée, les chemins tordus deviendront droits, et tout homme verra le Sauveur envoyé de Dieu. ( Luc 3,4)

Heureux, si le Seigneur vouloir répandre ses bénédictions sur cette conduite et sur les âmes fidèles qui la suivront; et si, pendant cette période de l'Avent, qui va nous acheminer à la naissance tant désirée du Sauveur de tous les hommes elle pouvait contribuer à abaisser quelques- unes de ces collines orgueilleuses qui se sont élevées contre Dieu, qui ne méritent pas qu'un Dieu abaissé pour leur amour à l'humble qualité d'enfant, les honore de sa visite, qu'il ne rend ordinairement qu'à ceux qui sont humbles de cœur !

Heureux, si elle pouvait contribuer à remplir et à combler quelques-unes de ces vallées bourbeuses, où l'on ne trouve que des pensées basses et terrestres, que des sentiments grossiers, que des désirs charnels, qui les empêchent de s'élever jusqu'à Dieu, et qui les enfoncent dans la boue, où il n'y a point de substance, selon l'expression du Prophète ! Heureux, si elle pouvait redresser et aplanir quelques-uns de ces chemins tordus et raboteux, remplis de ronces et de pierres de scandale, où il n'est pas sûr de marcher sans tomber, ce qui les empêche d'aller à la Crèche pour s'instruire et pour profiter du mystère de l'Incarnation, et qui empêche aussi ce Sauveur naissant de venir à eux pour éclairer leurs esprits, pour sanctifier leurs âmes, et pour embraser leurs cœurs de ses divines ardeurs.

Préparation.

Suivez cette conduite qu'on vous présente, recevez-la comme vous avez eu la bonté de recevoir celle que l'on vous a présentée pour le Carême et pour les grandes Fêtes de l'année assujettissez-vous à ses pratiques; ce seront autant de démarches qui vous approcheront de la Crèche, parce qu'elles sont tirées des vertus mêmes que le Sauveur naissant a pratiquées dans l'étable, pendant son enfance et dans tout le cours de sa vie. Je prie le Seigneur que vous y alliez dans le même esprit de foi que les Pasteurs et que les Mages, et que vous en rapportiez comme eux des bénédictions, des trésors de grâce et d'amour, et qu'on puisse dire de vous ce que le Roi Prophète disait d'un peuple fidèle, dont il louait la ferveur : Seigneur, votre oreille a écouté favorablement la préparation de leur cœur.

Entrez incessamment dans cette préparation de cœur, et ne laissez perdre aucun moment, persuadez- vous que vous n'avez pas trop de temps, car cet adorable Sauveur s'approche, disait St-Bernard, il vient à nous, il marche à pas de géant, le voici, il nous attend, il nous appelle, il nous regarde, il nous parle. II est bien juste que nous fassions quelques démarches pour aller à lui; il est déjà descendu du sein de son Père céleste dans celui d'une Vierge, pour s'y renfermée l'espace de neuf mois, il y est à présent; en solitude, en silence ou en captivité, il y pense à nous, il s'occupe de nous, il s'intéresse à notre bonheur;  il est juste que nous pensions à lui, il est déjà revêtu de notre chair, pour établir entre lui et nous une alliance intime et un sacré commerce du plus parfait amour dans la plus parfaite ressemblance, il a pris la nôtre, afin que nous prissions la sienne, et il ne tiendra pas à lui que cette alliance ne soit éternelle.

II va naître dans une pauvre étable sur une crèche, quand le terme de neuf mois sera expiré, terme heureux que nous devons désirer avec ardeur, si nous sentons, comme nous devons sentir l'extrême besoin que nous avons d'un, Sauveur, et qu'il attend lui-même avec une sainte et amoureuse impatience, qui  ne peut venir que du désir violent qu'il a de nous délivrer de nos péchés, de nous rendre la vie de la grâce que nous avions perdue, et la vie de la gloire à laquelle nous n'avons plus aucun droit, et que nous n'osions presque plus espérer.

Ce Sauveur se hâte de venir à nous, hâtons-nous d'aller à lui, courons et ne portons rien avec nous qui puisse retarder notre course; allons à lui, non pas tant par les démarches du corps que par celles du cœur, qui font bien plus de chemin, suivons pour aller à lui, toutes les démarches qu'il fait lui-même pour venir à nous, et nous aurons le bonheur de le joindre bientôt; suivons l'étoile avec la même ardeur et la même fidélité que les Mages; si elle s`éteint quelquefois , allons á lui par les voies obscures de la foi ? disons-nous à nous-même ce qu'ils dirent à Hérode, Vidimus, nous avons vu; ne cessons pas de marcher; et cette étoile éteinte, brillera bientôt avec un nouvel éclat fur nos têtes, et dans nos cœurs pour nous conduire à Bethléem.

Pour vous aider à vous préparer à cette naissance de votre Sauveur, occupez-vous de ces sentiments, de ces désirs et de ces oraisons jaculatoires toutes de feu que les Patriarches et les Prophètes poussaient souvent vers le ciel, du plus profond de leurs cœurs avant le Mystère de l'Incarnation, pour en obtenir l'accomplissement, servez-vous des mêmes expressions, ce sont de grands modèles, le Saint-Esprit les leur a dictées, ils nous les ont laissées par écrit, nous aurons soin d'en choisir une tous les jours de cet Avent, pour vous en servir, et pour porter vos désirs vers le ciel.

Unissez-vous à ces grands hommes de l'Ancien Testament, demandez comme eux et avec eux «le Désiré de toutes les nations, le Libérateur de son peuple, la Lumière des Gentils, le Juste, le Sauveur de tout le monde, la gloire du peuple d'Israël, le destructeur de la mort, le conquérant pacifique de toute la terre » en un mot la voie, la vérité et la vie,  la voie qui conduit sûrement; la vérité qui éclaire tous les hommes et qui ne peut jamais tromper, et la vie qui n'est point sujette à la mort.

Efforcez-vous pendant cet Avent de marcher toujours dans le recueillement et dans la présence de Dieu; aimez la retraite et la solitude, persuadé que Jésus ne vient point dans une âme dissipée, adressez à ce Sauveur qui va naître, et vos désirs et vos vœux, et vos plus respectueux et vos plus tendres hommages, tantôt dans l'heureux moment de la divine et incompréhensible opération du Saint-Esprit, auquel ce Dieu de Majesté fut fait homme pour notre amour, du plus pur sang d'une Vierge; tantôt dans l'auguste sein de cette divine mère où il réside; tantôt dans son voyage chez Zacharie et Élisabeth, où il se laissait porter par Marie à la première de ses conquêtes, pendant qu'il portait lui-même par son amour et par sa grâce celle qui avait l`honneur de le porter; portans a quo portabatur, dit  le dévot St Bernard; tantôt dans le chemin de Nazareth à Bethléem, où il souffrit tant de disgrâces de la part de son propre peuple; tantôt dans l'étable où il va prendre naissance, comme le plus pauvre de tous les hommes, sur un peu de foin, au milieu de deux animaux, étable qu'il va arroser de ses larmes, et faire retentir de ses cris enfantins.

Mais pour rendre vos hommages plus dignes de l'adorable enfant auquel vous les adresserez, unissez-les, tantôt à Marie, sa divine mère, qui a été la première et la plus parfaite adoratrice de cet homme-Dieu; tantôt à ceux de saint Joseph son chaste époux, le plus digne de tous les hommes d'approcher du Verbe incarné, aux soins duquel il va être confié, tantôt des Anges qui descendent du ciel pour célébrer cette naissance par leurs sacrés Cantiques; tantôt faites-lui des présents comme les Pasteurs et comme les Mages; adorez ce divin enfant avec autant de foi, de respect et d'amour, que ces premiers adorateurs; prenez part aux présents qu'ils lui offrent, et faites en sorte que parmi ces présents, il y trouve votre cœur, c'est le plus agréable que vous puissiez lui offrir.

Ne passez pas un seul jour d'un temps aussi saint et aussi précieux comme est celui de l'Avent , que vous ne fassiez quelque pratique de privation intérieure et extérieure, pour honorer les souffrances de Jésus-Christ dans l'étable; rendez-lui souvent des visites tendres et respectueuses, multipliez le plus que vous pourrez vos bonnes œuvres, pour les lui aller offrir dans la crèche; priez-le tous les jours d'accomplir en vous les adorables desseins qui l'ont engagé de se revêtir de votre chair, de vous combler de toutes les grâces qui sont attachées aux mystères ineffables de son Incarnation, de son séjour de neuf mois dans l'auguste sein de sa divine mère, de sa naissance temporelle, et qu'il vous fasse part de tout ce qu'il a mérité de son Père céleste dans tout le cours de sa vie mortelle. Priez-le de vous venir visiter et de demeurer chez vous, selon la divine promesse qu'il vous en a faite par son disciple bien aimé, quand il a dit  celui qui m`aime, mon Père l`aimera, nous viendrons en lui, et nous demeurerons chez, lui.

Priez-le, enfin, de vous préparer lui-même à cette visite si précieuse, si sainte, et si honorable.

Lien vers le livre de R.P. Avrillon

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MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: Méditations chrétiennes pour l`Avent - France - 1844

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