Fête de l`Immaculée-Conception - 8 décembre– Tableau poétique des fêtes chrétiennes – Vicomte Walsh 19 eme siècle.

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Fête de l`Immaculée-Conception - 8 décembre– Tableau poétique des fêtes chrétiennes – Vicomte Walsh 19 eme siècle.

Message par MichelT le Jeu 7 Déc 2017 - 22:45

Fête de l`Immaculée-Conception - 8 décembre– Tableau poétique des fêtes chrétiennes – Vicomte Walsh 19 eme siècle.


Nous sommes entrés dans l'Avent, c'est-à-dire dans cette sainte et heureuse avenue à l'extrémité de laquelle le regard réjoui du fidèle aperçoit Bethléem, et l'étable, et la crèche, et l'Enfant-Dieu, et Marie, et Joseph, et les anges, et les bergers, et les mages venus d'Orient.



Les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les choristes, les autels même ont revêtu leurs ornements violets. Cette couleur va bien alors aux pensées de la foi, aux sentiments chrétiens. Le violet est un demi-deuil ; or, dans la tristesse de l'Église il y a toujours de la joie, parce qu'il y a toujours de l'espérance.  Le violet sied bien à l'Avent, comme il sied bien au carême; il sied bien à l'Avent, placé entre l'année qui fuit et l'année qui arrive, entre les fautes du passé et les bénédictions qu'apporte l'avenir. Le violet sied bien à l'Avent, dont les quatre semaines figurent les quatre mille ans de ténèbres et de révélations, de crimes et d'espérances qui suivirent la chute d'Adam et qui précédèrent la venue du grand libérateur. Derrière, l'iniquité; mais devant, le salut; derrière, les ombres; mais devant, un jour plein, un jour brillant de tout l'éclat du soleil éternel. Rien n'est brusqué dans la nature ; rien n'est brusqué non plus dans la religion, cette nature, ou si l'on veut ce règne des intelligences. Tout a sa transition ménagée, douce et amie de l'œil.



Avant l'apparition, avant le lever éclatant du géant des deux visibles, nous avons un crépuscule qui n'est ni l'immaculée conception,  la nuit ni le jour, ni l'ombre ni la lumière, mais qui dispose à celle-ci. Avant Noël, avant cette fête où nous avons vu paraître celui qui vient d'en haut, répandre ses feux divins sur les hommes assis dans la mort, nous avons à saluer, nous avons à célébrer l'heureux moment où commença l'ère de la rédemption , le premier jour que fit le Ciel pour la délivrance de la terre et pour l'allégresse des hommes.

Oh ! de même que l'instant où le malade passe de la douleur à la santé, où le prisonnier passe du cachot à la liberté et même seulement à l'espoir de la liberté, est pour ces êtres souffrants un instant mille fois béni, de même devait être cher et précieux aux fidèles l'instant où fut formée dans le sein de sa mère la tige de Jessé destinée à porter le salut d'Israël. Et voilà, pour l'incrédule comme pour le croyant, l'explication la plus simple et la plus naturelle de la fête du 8 décembre.


L`arbre de Jessé

Note sur la tige de Jessé : La sainte Vierge Marie et Jésus-Christ sont dans la lignée des descendants du roi David, roi d`Israël vers 950 av J.C.  ( Voir l`Ancien testament – Samuel  7) Dieu demande à Samuel de se mettre en route pour la maison de Jessé, qui réside à Bethléem vers 950 av J.C. et de sacrer roi  discrètement un des ses sept fils que Dieu lui désignera. Samuel va alors sacrer le jeune berger David qui garde les moutons comme futur roi d`Israël. Le roi David qui est l`auteur des Psaumes est l`un des plus grand roi d`Israël et le modèle de tous les rois chrétiens. Près de 950 ans plus tard, la sainte Vierge Marie et sa famille sont de lointains descendants de la lignée de Jessé et du Roi David et voilà pourquoi ils doivent se faire inscrire à Bethléem de Judée pour  le recensement romain. C`est aussi à Bethléem qu`arrive la naissance du Christ. La tige de Jessé montre la lignée directe entre Jessé, en passant par le roi David et la sainte famille comme cela avait été prédit par les Prophètes. Fin de la note.

Job, dans son désespoir, s'écriait : « Malheur à la nuit où il a été dit: Un homme vient d'être conçu! »

Et nous, enfants de Dieu, frères du Christ, fils par adoption de Marie, ne devons-nous pas nous écrier, dans un sentiment bien contraire : «Bénie et à jamais bénie l'heure où une mère a été donnée aux hommes, une protectrice à la terre et une reine au ciel ! »

Après avoir lu et étudié tout ce qui a été écrit sur l'institution de la fête de l`Immaculée Conception, on demeure convaincu que c'est en Orient qu'elle a commencé. Elle y était d'obligation dans le onzième siècle. Mais alors cette contrée favorisée du Ciel était l'Orient au moral comme au physique, dans l'ordre de la foi, de la science, de la piété comme dans celui de la nature. Que de flots de lumière ne répandit-il pas sur toute l'Église catholique

Maintenant, que l'Orient est pâle! comme ses feux sont éteints! comme ses rayons sont brisés! Que sont devenus ses Origène, ses Basile, ses Grégoire, ses Athanase? Que sont devenus tous ces astres qui peuplaient le ciel de l'Église? Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé? Ah! c'est qu'il a été écrit : «Je transporterai d'un point à l'autre, d'une contrée à une autre, le flambeau de la vérité. La région qu'éclairait une grande lumière sera plongée dans les ténèbres, et celle qui était enveloppée d'une nuit épaisse resplendira d'un vif éclat. »

En Occident, la fête de l'Immaculée Conception fut, selon Baronius et selon Benoît XIV, instituée d'abord en Angleterre, par Anselme, archevêque de Cantorbéry, l'an 1150. D'autres prétendent qu'il faut attribuer l'origine de cette solennité à l'Église de Naples, qui l'aurait célébrée dès le neuvième siècle. Enfin des écrivains normands assurent que c'est à l'abbaye du Bec, dans la riche et verte Neustrie, que cette fête a pris naissance, tandis que l'Église de Lyon en revendique l'honneur. Il y a dans l'institution de cette solennité tant de sagesse et de convenance, que chaque peuple de la chrétienté croit avoir été le premier à célébrer cette belle fête. Nous avons vu de nos jours un archevêque selon le cœur de Dieu, monseigneur de Quélen, archevêque de Paris, pour mettre cette solennité catholique à l'abri des changements et des tracasseries du pouvoir temporel , fixer, avec l'agrément de la cour de Rome, sa célébration au second dimanche de l'Avent.


St-Anselme, Archevêque de Cantorbéry  aurait institué la fête de l`Immaculée-Conception vers l`an 1150 en Angleterre.

Agir ainsi, c'était continuer la pensée de Renoulf d'Humblières, l'un de ses plus saints prédécesseurs, qui, vers la fin du treizième siècle, avait institué cette fête dans le diocèse de Paris. Fidèle aux traditions de son Église, le grand archevêque que nous avons vu monter au ciel, des ruines de son palais, comme Louis XVI y est monté par les degrés de l'échafaud, ce prélat fort et invincible, dont le caractère et la vie reflètent sous tant de rapports le caractère et la vie de saint Jean Chrysostôme et de saint Ambroise de Milan, Louis-Hyacinthe de Quélen, le Borromée et le Belzunce du choléra, a attaché aussi son nom, et cela par plus d'un acte, à la pieuse croyance de l'immaculée conception;  car peu avant sa mort, autorisé en cela par le chef de l'Église, il ajouta aux litanies de la très sainte Vierge l'invocation qui consacre et salue la conception sans tache, Virgo sine labe concepta!



Litanie a la St-Vierge Marie de Mozart




Ah ! puisse ce pontife des mauvais jours être maintenant près du trône de celle dont la pureté et la beauté ravissent les immortels. De l'autre côté des monts pyrénéens, l'Espagne était mise depuis longtemps par ses puissants monarques sous la protection de la Vierge immaculée.: rois, princes, chevaliers, reines, princesses et peuple voulaient avoir pour protectrice auprès de Dieu une Vierge sans tache.

Il y a peu d'années, n'avons-nous pas vu un descendant de saint Ferdinand placer son armée sous l'étendard bénit de Notre-Dame-des-Douleurs? Ah ! que la Vierge divine qui apaise les tempêtes de l'Océan jette un regard de pitié sur cette malheureuse Espagne, qui se tord, qui se consume, qui se dévore dans de sanglantes convulsions! Du haut des nuages, qu'elle se penche vers ceux qui pleurent, qu'elle verse sur les plaies et les blessures le baume qui guérit, qu'elle prenne les exilés par la main et qu'elle daigne les reconduire au pays natal!

Parmi toutes les créatures appelées du néant par la voix puissante de Dieu, qu'il soit reconnu par toutes les nations de la terre qu'il y en a une, une seule, qui dès le matin de son premier jour, dès l'aurore de sa vie, dès le commencement de ses voies et dès le premier moment de sa merveilleuse existence, a toujours été sans tache, sans souillure , pure comme le lis , blanche comme la neige, toujours, toujours immaculée!

Oui, la femme unique et choisie de toute éternité qui devait concourir avec Dieu même à notre rédemption, la fille par excellence de Dieu le Père, la mère bien-aimée du Verbe fait chair, l'épouse mystique du Saint-Esprit devait recevoir la grâce en même temps que l'être, la sainteté avec la vie. Celle dont il avait été prédit et annoncé dès l'origine qu'elle écraserait sous son pied vainqueur la tête du serpent ne devait pas être mordue même au talon par la dent venimeuse de ce reptile maudit; elle ne devait pas être flétrie même dans sa conception par l'haleine empestée de celui qui fut homicide dès le principe. ( L`ange déchu)


La St-Vierge écrasant la tête du serpent antique

Et telle est la prérogative que l'Église honore en ce jour dans la Vierge bénie entre toutes les femmes. Suivant le sentiment commun, Marie fut conçue sans péché. Aurore du soleil de justice, toujours elle fut sans ombre et sans le plus léger nuage ; arche de la nouvelle alliance, Marie eut toujours devant Dieu l'éclat de l'or le plus pur; rose mystique, lis des vallées, jamais le venin du serpent ne lui imprima de souillure, et de toutes les créatures, la Sainte Vierge est la seule, comme le dit saint Augustin, à laquelle on ne doive point penser quand il est question de péché.

Ce qui est pur, ce qui est sans souillure et sans tache a toujours éveillé le sentiment poétique que Dieu a laissé tomber du ciel dans quelques âmes privilégiées ; aussi les louanges, les vers, les hymnes en l'honneur de la Reine des vierges datent de loin. En 1070, on ne se contenta pas, en Normandie, de célébrer la fête dont il s'agit ; il s'y établit encore plusieurs associations particulières en l'honneur de la Conception.

La plus connue comme lu plus célèbre fut érigée dans la paroisse de Saint- Jean, à Rouen. Jean de Bayeux, archevêque de cette ville, la confirma. En 1486, il se forma dans la même Église une nouvelle société qui s'incorpora à la première. Les associés conçurent le projet d'une espèce d'académie où l'on couronnerait les poètes qui auraient composé les meilleures pièces sur la pureté de la conception de la Sainte Vierge. Alors plusieurs gens de lettres entrèrent dans la compagnie pour l'aider de leurs lumières et juger les poésies qui lui seraient soumises et présentées. Les assemblées où se faisait le couronnement se tinrent près de trente ans dans l'église de Saint-Jean. Mais elle se trouva trop petite pour contenir tous ceux qui s'y rendaient ce jour-là.

On chercha en 1515 un emplacement plus vaste et plus commode ; on choisit le cloître des Carmes, que l'on agrandit pour cet effet. Le nouveau bâtiment prit le nom de
Palinod, qu'il porte encore aujourd'hui. Palinod, ou chant réitéré, vient du refrain qu'on employait dans les chants royaux et dans les ballades. C'était aussi une des dénominations de la société littéraire qui venait de se fixer en ce lieu. Elle prenait encore le nom de Puy, à cause de la tribune où se lisaient les pièces couronnées et celles qui avaient approché du prix. Cet exemple fut suivi par l'Université de Caen, qui eut aussi un Peq de Palinods, formé en tout sur le modèle de celui de Rouen.

Ces deux académies furent longtemps les seules qu'il y  eût en Normandie et même dans le royaume, si l'on en excepte celle des Jeux floraux de Toulouse. Ce sujet plein de poésie religieuse a souvent bien inspiré les poètes. Écoutons M. Charles Brugnot.

HYMNE A LA VIERGE.

Oleum effusum nomen tuum.
Canl. cantic.

Ses traits mystérieux sont couverts de longs voiles,
Un cercle lumineux d'étoiles
Brille autour de son front, comme au sein d'un ciel pur;
Sa robé flottante d'azur
Se déroule à longs plis sur d'éclatants nuages,
Et la Vierge sacrée, aux genoux de son fils,
Vers le Christ élevant ses regards attendris,
Dépose à ses pieds les hommages
Du juste et du simple de cœur,
La prière du soir, les douleurs matinales
Avec les larmes du pécheur.
Écoutez quelles voix célèbrent ses louanges!
Les martyrs ont saisi leur luth harmonieux.
El des jeunes enfants le chœur mélodieux
Entoure la Reine des anges.
Salut! trois fois salut à ta sainte beauté!
Le ciel s'émeut de joie au son de ta parole ;
Ton souris est de miel, et ton regard console
Le pécheur attristé
Tu fus, blanche colombe, enlevée à la terre
Où tu vis sur la croix ton Fils et ton Sauveur,
Où dès lors sur ton front s'empreignit d'une mère
L'immortelle douleur.
Un souvenir pensif semble attrister encore
Tes yeux brillant des feux de l'immortalité,
Comme l'humide fleur que la lune décore
D'un rayon argenté.
Tu souffris, et tu plains les souffrances humaines;
L'enfance au cœur joyeux, et l'homme aux jours flétris,
N'ont jamais répandu ni vœux ni larmes vaines
A tes genoux bénis.
Regarde ces élus dont le chœur t'environne;
Tous sont sauvés par loi, tous célèbrent ton nom ;
Les vierges à tes pieds déposent la couronne
Que tu mis sur leur front.
Les mères, de pudeur et d'amour rayonnantes,
A la Mère du Christ présentent leurs enfants;
Le martyr tend vers toi ses palmes verdoyantes
Et ses bras triomphants!
Salut! trois fois salut! Vierge, reine des anges!
Porte du paradis, recours des malheureux!
Le ciel ne saurait dire, en ses douces louanges,
Tes noms délicieux !


Poètes du monde, voyez comme la religion inspire! Ces vers ne sont-ils pas comme un parfum répandu.

Voici maintenant l'hymne de l'Église : « Vierge dont nulle tache n'a terni la pureté, Vierge toute belle et pleine de grâce, rose sans épines, vous rayonnez de toutes les vertus. Mille dons vous embellissent; radieuse aurore, vous annoncez le soleil à la terre, vous venez mettre un terme à notre deuil. Digne rejeton de Jessé, fontaine scellée d'un sceau divin ; jardin d'Éden, fermé à l'homme et au serpent, et ouvert à Dieu seul ; vous êtes la Vierge qui devez enfanter la vie. Nouvelle Ève, vous réparez le mal que nous a fait la compagne d'Adam ; vous tuez le serpent perfide, et vous concevrez en vous l'auteur même de la vie. Au Créateur de l'univers vous donnerez un corps, au Dieu qui vous nourrit vous donnerez, ô Marie! Votre lait virginal. 0 Vierge conçue pour nous! ô Mère ornée de tant de dons, ne nous refusez pas votre appui tutélaire. »



L`Annonciation


Dieu se plait à choisir parmi les faibles des âmes pures pour accomplir ses desseins ; le cèdre est à lui, et il prend le roseau. C'est ainsi qu'il confond les orgueilleux :  il les laisse dans la superbe opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, et prend par la main une femme ou un enfant pour accomplir de grandes choses. C'est ainsi que le Très-Haut déploya, comme nous dit l'Écriture, la force de son bras. En choisissant la femme pour opérer d'éclatants prodiges, Débora, Judith, Esther, pour sauver les Juifs opprimés, Marie bienheureuse  entre toutes les femmes, pour coopérer au salut du genre humain, et dans notre propre histoire, la bergère  de Nanterre ( St-Geneviève) et la Vierge de Domremy ( Jeanne d`Arc) pour faire reculer et chasser du pays les Huns, les Vandales et les Anglais.

C'est une pieuse religieuse de la ville de Liège qui a fait établir la plus belle, la plus poétique, la plus sainte de nos fêtes, celle de la Fête-Dieu. Eh bien! de nos jours, une autre fille de la solitude,, une humble sœur de charité a aussi contribué à rétablir parmi nous, dans tout son lustre, la fête de l'immaculée Conception. C'était vers la fin de l'année 1830, année fatale dont trois jours avaient chassé du sol de France trois générations de rois. Le trône antique de Charlemagne et de saint Louis et de Henri IV venait encore une fois de crouler sous la royauté... L'autel avait tremblé, les temples avaient senti des oscillations menaçantes; on parlait, il nous en souvient, de prédictions sinistres.

Le glaive de la vengeance divine paraissait à plusieurs levé sur nos coupables têtes, et la hache des hommes semblait prête à briser encore les tabernacles sacrés. L'impiété croyait son jour venu et battait des mains. Déjà plusieurs fêtes chères à la dévotion des populations catholiques de France avaient cessé d'être ostensiblement célébrées ; les fêtes de la Vierge surtout, son immaculée Conception, sa Nativité, sa Purification et l'Annonciation étaient rentrées parmi les jours obscurs de l'année.

Un de ces jours de fêtes supprimées par la loi du 8 décembre, une fille de Saint-Vincent-de-Paul, fatiguée comme Tobie des œuvres de la charité, était venue se reposer, par la prière, du poids qui pesait sur son âme. Agenouillée dans la chapelle de la maison-mère de la Congrégation, rue du Bac, elle implorait Dieu et la Sainte Vierge, et versait devant l'autel les tristesses et les amertumes de son âme.

Voir rayer des jours solennels ceux que la piété de nos pères avait consacrés à la Mère de Dieu, était pour la pieuse sœur de Saint-Vincent-de-Paul une source de larmes. « Ahl disait-elle, si Marie n'est plus la patronne de la France, que deviendra notre malheureuse patrie? »

Tout à coup, je ne sais quoi d'inconnu se passe dans la chapelle ; un frémissement, un bruit vague comme celui que feraient les ailes des anges et des archanges, est entendu de la sœur Sainte-Anne; ses yeux sont subitement frappés d'une lumière plus vive et en même temps plus douce que celle du plus beau jour. Des parfums comme la terre n'en a pas dans la saison des fleurs, semblent descendre du ciel ; d'ineffables délices inondent l'âme de la fervente chrétienne, et à travers des larmes comme elle n'en a jamais connu, elle voit des rayons éclatants briller sur le côté gauche de l'autel. Ils y annonçaient une miraculeuse apparition de la bienheureuse Mère de Dieu.

Dans cette vision, la sœur de charité reconnut la vierge telle que les peintres l'ont souvent représentée, debout, les pieds posés sur un globe entouré de nuages, les bras tombant vers la terre, les mains ouvertes; de ses mains partent des jets de lumière céleste ; sa tête, un peu penchée en avant, semble écouter les prières des hommes; une couronne d'étoiles brille sur son front virginal.

« Tu reconnais, dit la voix d'un ange à la fille de Saint-Vincent-de-Paul, tu reconnais la Reine du ciel ; les rayons qui partent de ses mains sont le symbole des grâces qu'elle obtient aux hommes. » Puis la sœur de charité voit écrits en caractères brillants :

« 0 Marie , conçue sans péché , priez pour nous qui avons recours à vous. »

Révéler ce que la sœur Sainte-Anne ressentit dans ce moment, c'est ce qu'elle-même n'eût pu dire, c'est ce qu'éprouva Paul sur le chemin de Damas et ce qu'éprouva depuis un autre enfant d'Abraham, Marie-Alphonse Ratisbonne, dans la chapelle de Ara Coeli ; c'est ce que nulle langue humaine ne peut redire.

La voix qui avait déjà parlé continua ainsi : « Servante de Dieu et des pauvres, fille aimée de Marie , ta charité , ta piété t'ont fait trouver grâce à ses yeux ; elle te commande de faire frapper une médaille qui représente fidèlement la vision qui t'a été accordée. Cette médaille, indulgenciée et bénite, sera comme un bouclier pour ceux qui la porteront et qui prieront comme tu viens de prier, qui diront comme toi : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »



Après ces mots, la voix fit silence, et tout disparut. Quelques heures après la vision, sœur Sainte-Anne alla tout révéler à son confesseur, qui lui conseilla l'humilité, lui disant : « Ma fille, craignez de prendre l'ombre pour la vérité. Vous êtes le jouet de vos propres pensées. Qui êtes-vous, pauvre pécheresse, pour vous croire favorisée de grâces extraordinaires, pour vous croire l'organe des volontés du Ciel? L'orgueil est bien près de semblables illusions, et l'orgueil c'est la chute et l'abîme. Ma fille, soyez humble.

Sœur Sainte-Anne s'humilia profondément et suivit les conseils prudents du prêtre qui dirigeait sa conscience ; mais malgré tous ses efforts, elle ne put se défendre de la grâce qui lui descendait du ciel.


Apparition de la rue du Bac a Paris

Six mois après la première vision, elle en eut une seconde, puis une troisième. A chacune des apparitions, la pieuse et scrupuleuse fille allait tout de suite révéler à son confesseur ce que ses yeux avaient vu, ce que son oreille avait entendu, ce que son cœur avait ressenti, et toujours le saint prêtre lui recommandait l'humilité et la défiance d'elle-même.

A la troisième vision, sœur Sainte-Anne avait entendu la voix d'en haut lui dire ces paroles :
« Fille de Saint-Vincent-de-Paul, va de nouveau trouver ton confesseur. Je te l'annonce, il n'ajoutera pas encore à ta révélation une foi pleine et entière ; mais, à la fin, il craindra d'offenser celle qu'il honore aussi. Dans ses scrupules et ses craintes, il ira consulter son chef, le chef de l'Église de Paris, dont la dévotion à la Sainte Vierge est connue de toute la France. Le prélat, éclairé d'en haut et inspiré d'ailleurs par sa piété filiale pour Marie conçue sans péché, donnera son approbation ; la médaille sera frappée, et une multitude d'âmes lui devront des grâces signalées et même leur entrée au ciel. »

Ainsi parla l'esprit céleste, et tout disparut encore. Mais comme la voix l'avait prédit, le pieux archevêque approuva la médaille en l'honneur de l'Immaculée Conception suivant le modèle indiqué par la fille de Saint- Vincent-de-Paul. Et aujourd'hui elle est répandue par millions sur toutes les parties du globe. Elle s'est multipliée comme les feuilles dans la forêt, comme la poussière dans nos champs ; elle traverse les mers sur le cœur du matelot, sur celui du vieux capitaine comme sur la poitrine brûlante du jeune enseigne de vaisseau ; elle est même devenue un ornement de luxe pour les femmes des infidèles, et on voit les musulmans s'en faire des pendants d'oreilles.



En Europe et surtout en France, les mères l'attachent au cou de la jeune villageoise que ses travaux appellent dans les champs, dans les prés, dans les bois, et au cou du conscrit qui part incertain de revoir son père, sa mère, ses frères, ses sœurs et le clocher de son hameau; les épouses l'appendent au cou de leurs maris lorsqu'ils prennent en main le bâton de voyage, et l'on a vu plus d'une mère la presser avec toute l'ardeur de la joie la plus vive sur les lèvres d'un fils mourant.

Dieu seul sait combien cette médaille en a sauvé et en sauvera et sur terre et sur mer. Que de grâces temporelles lui auront été dues ! Mais les grâces spirituelles dont elle aura été la source seront incalculables : le malade, l'agonisant, la femme en travail, le pèlerin, le nautonier, le soldat, le prince, le roi, le berger, auront éprouvé la puissance, nous dirions de ce divin talisman si ce mot n'était pas profane. Oui , et dans cette rapide et prodigieuse multiplication, je vois l'intervention d'un pouvoir surnaturel. Oui, aussi bien dans l'ancien que dans le nouveau monde, sous le soleil de France, d'Espagne et d'Italie, par delà la grande muraille de la Chine comme sous la tente de l'Arabe et dans la cabane du Lapon, depuis les îles d'Hyères jusqu'aux îles Marquises, Sandwich et Gambier.

Partout on lit et on répète en levant les yeux vers le ciel : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous !»[/b]

Fin

Litanie de la St-Vierge Marie

Wolfgang Amadeus Mozart
Litaniae Lauretanae k 195 in D major


The Litany of the Blessed Virgin Mary, also known as the Litany of Loreto, for its first-known place of origin, the Shrine of Our Lady of Loreto (Italy)
Tonci Bilic conducts Zagreb-HRT Symphony Orchestra
Kyrie 0:00
Sancta Maria 6:15
Salus infirmorum 13:34
Regina Angelorum 16:46
Agnus Dei 22:05
Soloists :
Margareta Klobučar,
Janja Vuletić,
Zrinko Sočo,
Luciano Batinić

Complete text in Latin language
Kyrie, eleison.
Christe, eleison.
Kyrie, eleison.
Christe, audi nos.
Christe, exaudi nos.
Pater de caelis, Deus, miserere nobis.
Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.
Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.
Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis.
Sancta Maria, ora pro nobis.
Sancta Dei Genetrix, ora pro nobis.
Sancta Virgo virginum, ora pro nobis.
Mater Christi, ora pro nobis.
Mater Ecclesiae, ora pro nobis.
Mater divinae gratiae, ora pro nobis.
Mater purissima, ora pro nobis.
Mater castissima, ora pro nobis.
Mater inviolata, ora pro nobis.
Mater intemerata, ora pro nobis.
Mater amabilis, ora pro nobis.
Mater admirabilis, ora pro nobis.
Mater boni consilii, ora pro nobis.
Mater Creatoris, ora pro nobis.
Mater Salvatoris, ora pro nobis.
Mater misericordiae, ora pro nobis.
Virgo prudentissima, ora pro nobis.
Virgo veneranda, ora pro nobis.
Virgo praedicanda, ora pro nobis.
Virgo potens, ora pro nobis.
Virgo clemens, ora pro nobis.
Virgo fidelis, ora pro nobis.
Speculum iustitiae, ora pro nobis.
Sedes sapientiae, ora pro nobis.
Causa nostrae laetitiae, ora pro nobis.
Vas spirituale, ora pro nobis.
Vas honorabile, ora pro nobis.
Vas insigne devotionis, ora pro nobis.
Rosa mystica, ora pro nobis.
Turris Davidica, ora pro nobis.
Turris eburnea, ora pro nobis.
Domus aurea, ora pro nobis.
Foederis arca, ora pro nobis.
Ianua coeli, ora pro nobis.
Stella matutina, ora pro nobis.
Salus infirmorum, ora pro nobis.
Refugium peccatorum, ora pro nobis.
Consolatrix afflictorum, ora pro nobis.
Auxilium Christianorum, ora pro nobis.
Regina Angelorum, ora pro nobis.
Regina Patriarcharum, ora pro nobis.
Regina Prophetarum, ora pro nobis.
Regina Apostolorum, ora pro nobis.
Regina Martyrum, ora pro nobis.
Regina Confessorum, ora pro nobis.
Regina Virginum, ora pro nobis.
Regina Sanctorum omnium, ora pro nobis.
Regina sine labe originali concepta, ora pro nobis.
Regina in caelum assumpta, ora pro nobis.
Regina sacratissimi Rosarii, ora pro nobis.
Regina familiae (rectius: familiarum), ora pro nobis.
Regina pacis, ora pro nobis.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Sancta Maria, succurre miseris, iuva pusillanimes, refove flebiles, ora pro populo, interveni pro cleo, intercede pro devoto femineo sexu; sentiant omnes tuum iuvamen quicumque celebrant tuum sanctum patrocinium.

R. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix,

V. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

Oremus

Concede nos famulos tuos, quaesumus, Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere: et, gloriosa beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui laetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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