HISTOIRE ABRÉGÉE DE L'ÉGLISE - PAR M. LHOMOND – France 1818 - DEUXIEME PARTIE

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HISTOIRE ABRÉGÉE DE L'ÉGLISE - PAR M. LHOMOND – France 1818 - DEUXIEME PARTIE

Message par MichelT le Mer 10 Jan 2018 - 12:49

92 - Rétablissement de la discipline en Angleterre. Année 942.

L’Église, que l'esprit de Dieu n’abandonne jamais, trouve en elle-même, dans les temps de relâchement, un principe de vie qui la renouvelle, et lui fait reprendre sa première vigueur. Saint Oda fut placé par la Providence sur le premier siège de l’Angleterre, pour réparer la discipline dans ce royaume. ( St-Oda était d`origine danoise et né dans l`East Anglia en Angleterre)


St-Oda ( le Sévère) devient archevêque de Canterbury en Angleterre de 941 a 958

Dès qu’il fut archevêque de Cantorbéry, il dressa de sages règlements pour l’instruction du clergé, des grands et du peuple. Il était soutenu par le roi Edmond, qui seconda les vues du saint prélat, et publia des lois propres à rétablir le bon ordre.


Edmund 1, roi d`Angleterre de l`an 939 à 946 soutenait les réformes de St-Oda

Un évêque plein de zèle ne peut manquer de faire beaucoup de bien, quand il trouve de l’appui dans un prince religieux. Aussi, saint Oda réforma-t-il un grand nombre d`abus,  et l’ouvrage qu’il avait si heureusement commencé, saint Dunstan, son successeur, l’acheva. Ce saint prélat, animé du même esprit, se voyant obligé, par sa dignité, de veiller sur toutes les églises de l`Angleterre, parcourut les différentes villes de ce royaume, instruisant les Fidèles des règles de la vie chrétienne, les portant à la pratique de toutes les vertus par des exhortations vives et touchantes. Il parlait avec tant d’onction et de force, qu’il semblait qu’on ne pût lui résister.


St-Dunstan, Archevêque de Canterbury de 959 à 988

Il était infatigable; sans cesse occupé à retrancher les scandales, à terminer les différends, à apaiser les haines. Il ne se délassait de ses travaux presque continuels, que par le repos de la prière. L'objet principal de son zèle était la réformation du clergé, il engagea le roi à punir sévèrement ceux qui déshonoraient ce saint état par leur mauvaise conduite, et il parvint à lui rendre tout son éclat, au point que les plus illustres maisons d'Angleterre tenaient à honneur d'y voir entrer leurs enfants.

La fermeté de saint Dunstan égalait son activité. Un des plus puissants seigneurs du pays avait épousé sa parente, et ne voulait point s'en séparer, quoi qu'il en eût été averti jusqu'à trois fois. Le saint prélat lui défendit l'entrée de l'église. Ce comte alla se plaindre au roi, et en obtint un ordre adressé à l'archevêque pour lever la censure. Saint Dunstan, surpris qu'un roi si pieux se fût ainsi laissé tromper, exhorta le comte à la pénitence; mais, voyant qu'il s'emportait encore davantage, il répondit avec fermeté : « Quand je vous verrai véritablement pénitent, j'obéirai avec plaisir au roi; mais tant que vous serez obstiné dans votre péché, à Dieu ne plaise qu'aucun homme mortel me fasse violer la loi de Dieu, et rendre les censures méprisables.»


La ville de Canterbury en Angleterre au Moyen-Age

La vigueur du saint ministre toucha enfin le coupable d'un repentir sincère; le comte se soumit, et non seulement il renonça à cette alliance illicite, mais, comme l'on tenait alors un concile de toute la nation, il vint au milieu de l'assemblée nu-pieds, revêtu d'habits grossiers, et tenant des Verges à la main, en signe de soumission. Il se jeta aux pieds de son évêque, qui, mêlant ses larmes à celles du pénitent, leva l’excommunication. La fermeté apostolique de saint Dunstan parut avec plus d`éclat encore quelque temps après. Le roi, tout religieux qu'il était, tomba dans un grand crime.


St-Augustine Abbey a Canterbury au Moyen-Âge

Le saint archevêque alla aussitôt la trouver, et lui représenta avec force l'énormité de son péché. Le roi, touché de ses remontrances, lui demanda avec larmes ce qu'il devait. faire pour en obtenir le pardon. Le saint archevêque imposa une pénitence convenable à ce prince, qui l'accomplit dans toute son étendue.


93 - Rétablissement de la discipline en Allemagne. Année 901.

Dans le même temps, d'illustres et pieux évêques, secondés puissamment par l'empereur Othon, travaillèrent avec le même succès à réformer les abus en Allemagne; mais personne ne le fit plus efficacement que saint Brunon, archevêque de Cologne, frère de ce prince. Brunon avait reçu une éducation convenable à sa naissance.


Othon 1 er le grand – roi du St-Empire germanique (936 à 973 ap J.C)

Dès l'âge de quatre ans, il fut envoyé à Utrecht, où l'évêque Baudrl, très-savant lui-même, avait rassemblé d'excellents maîtres. Il fit de grands progrès dans les sciences, mais il en fit de plus grands encore dans la vertu. Sa piété ne souffrait point de son application à l'étude, il était assidu aux divins offices, et le recueillement qu'il y faisait paraître édifiait tous les assistants.


St-Brunon de Cologne

Les moindres irrévérences dans le service divin allumaient son zèle. Un jour qu’il vit le prince Henri, son frère, s'entretenir pendant la messe avec Conrad, duc de Lorraine, il les menaça de la colère de Dieu. Il suffisait d'aimer la religion pour obtenir ses bonnes grâces, et il appuyait de sa protection toutes les entreprises qui avaient pour objet la gloire de Dieu. Revenu à la cour, il n'y trouva que des encouragements à la piété, elle était alors une école de vertus royales et chrétiennes.


Sainte Mathilde de Ringelheim, impératrice de l`empire Germanique

Sainte Mathilde, mère de l'empereur Othon lui-même et Adélaïde, son épouse, faisaient, par la régularité de leur conduite, des leçons éloquentes de la religion et de piété aux courtisans qui les environnaient. Ainsi, lorsque les scandales se multipliaient, Dieu donna-t-il, à son Église de saints rois, qui la consolèrent dans son affliction. Brunon se disposa au gouvernement épiscopal par celui de quelques monastères, où il signala sa sagesse, et qu'il ramena à une exacte discipline.


Sainte Adelaïde de Bourgogne, reine de Germanie et impératrice du St-Empire. Elle était l`épouse de Othon 1 er.

Ayant été élevé ensuite sur le siège de Cologne, il donna plus d’étendue à son zèle, et il s'appliqua à faire refleurir la piété dans toute l’Allemagne. Son premier soin fut de rétablir dans tout son diocèse la paix et la concorde, et de faire célébrer les saints offices avec la décence convenable. L'empereur, son frère, en partant pour l'Italie, lui confia l'administration de son royaume pendant son absence. Brunon s`acquitta avec fidélité de cette charge et il sut allier les devoirs d`un prince avec ceux d'un évêque. Il ne se servit de son autorité que pour former de bons établissements, pour protéger les faibles, secourir les pauvres, intimider les méchants, et encourager les gens de bien.


Le St-Empire Romain Germanique vers l`an 1000. ( Les Allemagnes)

Il bâtit ou répara un grand nombre d’églises et de monastères. Il annonçait la parole de Dieu, et expliquait les Écritures avec beaucoup d'assiduité; mais sa principale attention était de mettre des évêques savants et vertueux dans les provinces ou le relâchement et les abus s'étaient introduits, persuadé que le moyen le plus puissant pour corriger les vices, et pour rappeler les peuples à leur devoir, ce sont les instructions et surtout les exemples des pasteurs.


La ville de Cologne en Allemagne


94 - Rétablissement de la discipline monastique en France. Année 910

Rien ne contribua plus en France à rétablir la discipline, que la fondation du célèbre monastère de Cluny, qui fut comme une pépinière d'hommes apostoliques. Cette congrégation doit son origine au zèle du vertueux Bernon, qui en fut le premier abbé.


Abbaye de Cluny en France

Bernon, issu d'une des plus nobles familles de Bourgogne, embrassa l’état monastique dans l’abbaye de Saint-Martin d’Autun. Il en fut tiré quelque temps après pour gouverner le monastère de la Beaume en Bourgogne, où il établit la plus exacte régularité. Quelques officiers de Guillaume, duc d’Aquitaine, ayant passé par cette maison édifiante, en firent à leur retour un si grand éloge au duc, qu’il conçut le dessein d'établir sur ce modèle un monastère dans ses terres, et d’en donner le gouvernement au saint abbé.


Guillaume 1 er duc d`Aquitaine – le pieux vers l`an 910


Duché d`Aquitaine vers l`an 900

Il invita donc Bernon à venir le trouver à Cluny, terre qui ‘appartenait au duc, dans le Mâconnais. Bernon s’y rendit avec saint Hugues alors moine de Saint-Germain d’Autun, son ami particulier. Le duc les reçut avec bonté, et leur ayant déclaré la résolution où il était de faire bâtir un monastère dans ses domaines, il leur dit de chercher un lieu propre à ce nouvel établissement. Les deux saints religieux, charmés de la situation de Cluny, où ils étaient, n'en trouveraient pas de plus propre que ce lieu. Le duc leur dit d`abord qu’il ne fallait pas y penser, parce que c’était là qu’il tenait sa meute pour la chasse. « Eh bien! seigneur, reprit agréablement Bernon, chassez-en les chiens, et recevez-y les moines. » Le duc y consentit enfin de bonne grâce, et souhaita que le monastère fût dédié à saint Pierre et à saint Paul.


St-Pierre et St-Paul apôtres

Il fit à l'instant dresser l’acte de fondation, que l'on conserve encore aujourd’hui, où il expose les motifs qui l'ont porté à la faire : « Voulant, dit- il, employer à un saint usage des biens que Dieu m'a donnés, j’ai cru devoir rechercher l’amitié des pauvres de Jésus Christ, et rendre cette bonne œuvre perpétuelle en fondant une communauté. Je donne pour l’amour de Dieu et de Jésus-Christ, notre Sauveur, ma terre de Cluny, pour y bâtir, en l’honneur de saint Pierre et de saint Paul, un monastère qui soit à jamais un refuge pour ceux qui, sortant pauvres du siècle, viendront chercher dans l’état religieux les trésors de la vertu. »

L’intention du pieux fondateur fut remplie : cette communauté fit des biens infinis, et se distingua par sa discipline régulière, et par le mérite extraordinaire des abbés qui la gouvernèrent. Ce fut de cette maison que l`esprit de la vocation religieuse se répandit ensuite dans toute la France. Le saint abbé ne mit d’abord que douze moines à Cluny; mais ils étaient d’une si grande ferveur, que la réputation de leur vertu s’étendit au loin.


Moines de Cluny au Moyen-Âge

On s’empressa bientôt de mettre d’autres monastères sous la conduite du saint abbé; il en gouverna jusqu’à sept en même temps. Cette célèbre maison a donné de grands papes à l’Église, et elle a produit de saints évêques, qui ont renouvelé l’esprit du christianisme dans les différents diocèses de la France.


la suite bientôt


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MichelT

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Re: HISTOIRE ABRÉGÉE DE L'ÉGLISE - PAR M. LHOMOND – France 1818 - DEUXIEME PARTIE

Message par MichelT le Ven 12 Jan 2018 - 1:04

95 - La réforme est continuée par les successeurs de saint Bernon.

Saint 0don, qui succéda au bienheureux fondateur, acheva l’établissement de la nouvelle congrégation, et y donna la dernière forme, Odon était né au pays du Maine, d’une famille noble. Il fit ses études à Paris, où, malgré le malheur des temps, la doctrine s’était perpétuée par une succession continue d’excellents maîtres.


Saint Odon de Cluny

Le désir de se consacrer à Dieu, lui fit prendre la résolution d’aller à Rome, dans l’espérance d’y trouver quelque communauté fervente où il pût s’avancer dans la vertu. Il passa par la Bourgogne, et il fut frappé de la piété qu’il vit régner à Cluny.



Ayant trouvé en France ce qu’il allait chercher en Italie, il s’arrêta dans cette maison, et demanda à être admis au nombre des religieux. On ne fut pas longtemps à découvrir les grandes qualités du nouveau profès, et on lui confia le soin de la jeunesse qu’on élevait dans le monastère. La manière dont il s’acquitta de, cet emploi important, les talents et les vertus qu’on admirait en lui, firent naître le désir de l'avoir pour abbé.


Pierre le vénérable – abbé de Cluny

Odon résista longtemps, et il ne se rendit qu'à l’ordre exprès des évêques, qui furent même obligés d’employer la menace de l'excommunication pour vaincre sa résistance. Il céda enfin, et reçut la bénédiction abbatiale. Sous son gouvernement, le monastère de Cluny se distingue par l’observation exacte de la règle, par l’émulation de vertu entre les religieux, par l’étude de la religion, et par la charité que l’on y exerçait envers les pauvres.


St-Maïeul de Cluny

Cette régularité édifiante attira à Cluny un grand nombre de sujets distingués par leur naissance et leur dignité. Non-seulement des Laïques de la première qualité y venaient pour pratiquer la pénitence, mais des évêques même quittaient leurs Églises pour y embrasser la vie monastique. Les comtes et les ducs s'empressaient de soumettre les monastères de leur dépendance à celui de Cluny, afin que le saint abbé y mit la réforme; car bientôt Odon ne se borna plus à sa communauté; il travailla avec un zèle infatigable au rétablissement de la discipline dans toute la France, et même dans l'Italie, où il fut appelé par les souverains pontifes.


St-Odilon de Cluny

Il en coûta au saint abbé des travaux immenses, mais le succès le consola, et l'on ne vit jamais mieux ce que le zèle d'un seul homme peut procurer de gloire à Dieu, quand il est soutenu par la sainteté et conduit par la prudence. Les successeurs du saint abbé héritèrent de ses vertus et de son zèle : Maïeul, Odilon, Pierre-le-Vénérable, Hugues, édifièrent l'Église entière par l'éclat de leur sainteté, et mirent la dernière main au grand ouvrage de la réformation. Par leurs soins et par leurs exemples, on vit renaître la ferveur religieuse dans tous les monastères. Le bien qu'ils firent par eux-mêmes, inspira à d'autres le désir de les imiter, saint Gérard rétablit la discipline régulière dans la Belgique, et Adalbéron, évêque de Metz, eut le même succès dans la Lorraine.


St-Hughes de Cluny


96 - Réforme du clergé.

Le Pape Léon IX s'appliqua avec zèle à réparer les brèches qui avaient été faites à la discipline ecclésiastique. Il attaqua surtout deux vices, la simonie et l’incontinence, qui affligeaient alors l’Église.


Le pape Léon IX - le pape alsacien (1002 à 1054)

Il fit à ce sujet plusieurs voyages en France et en Allemagne, sans être arrêté ni par les obstacles, ni par les dangers. Il assembla des conciles, et fit dresser de sages règlements pour extirper ces vices. Tous ceux qui se trouvèrent coupables furent déposés; et, quand ils ne se soumettaient point à ce jugement, ils étaient frappés d'excommunication. Les successeurs de ce saint pape marchèrent sur ses traces, et n'eurent pas moins de fermeté pour réformer les mœurs du clergé. Leur zèle fut merveilleusement secondé par un saint personnage, que la Providence semble avoir suscité, dans ces temps malheureux, pour s’opposer aux désordres. Saint Pierre Damien, qui rendit à l’Église ce service important, était né à Ravenne en Italie.


St-Pierre Damien

Abandonné de ses parents, il fut élevé par une femme charitable, qui lui tint lieu de mère. Dieu, qui le destinait à de grandes choses, lui fit trouver dans la suite des moyens de s‘instruire. Il s'avança également dans les sciences et dans la vertu: il joignait à l’étude de grandes mortifications; il jeûnait, il veillait et priait beaucoup. Enfin il renonça entièrement au monde, et embrassa la vie religieuse dans le monastère de Fontavelle en Ombrie, où les solitaires demeuraient dans des cellules séparées, uniquement occupés de la prière et de la lecture. Ils vivaient de pain et d’eau quatre jours la semaine, et mangeaient seulement un peu de légumes le mardi et le jeudi.

Pierre fut pour tous les solitaires une règle vivante, par sa ferveur dans tous les exercices de la pénitence, et un modèle parfait de toutes les vertus. Les papes, voyant de quelle utilité pouvaient être à l’Église les dons de piété et de science que Dieu avait mis en lui, l‘élevèrent aux premières dignités ecclésiastiques : il fut fait cardinal et évêque d'Ostie. Alors il travailla avec un zèle infatigable et avec une sainte liberté, à combattre le relâchement, et à remettre en vigueur les saintes lois de l'Église. Ayant été employé à diverses légations, il n'oublia rien pour réprimer les scandales, pour corriger les abus, et pour rétablir partout une discipline exacte. La réforme des communautés ecclésiastiques, qui se lit dans un concile tenu à Rome par Alexandre II, en 1065, fut un des fruits de son zèle. Dès le quatrième siècle, il s'était formé des communautés de clercs qui ne possédaient rien en propre, et qui vivaient ensemble, sous l'autorité de l'évêque.

Au milieu des villes, ils pratiquaient, autant que leurs fonctions pouvaient le permettre, le détachement, la retraite et les austérités des solitaires. Cette institution mérita les éloges de saint Ambroise, qui en parle en ces termes :« C'est une milice toute céleste et angélique, occupée jour et nuit à chanter les louanges de Dieu, sans négliger les peuples confiés à ses soins. Ils ont toujours l'esprit appliqué à la lecture et au travail. Y a t il rien de plus admirable que cette vie, où la peine et l'austérité du jeûne est compensée par la paix de l'âme, soutenue par l'exemple, adoucie par l'habitude, et charmée par de saintes occupations? Cette vie n'est ni troublée par les soins temporels, ni distraite par les embarras du siècle, ni traversée par les visites des gens oisifs, ni relâchée et attiédie par le commerce des gens du monde. »


St-Ambroise de Milan – Docteur de l`Église ( 340 a 397 ap J.C.)

Saint Augustin n'en faisait pas moins d'estime, comme l'on voit par les deux discours qu'il composa sur l'excellence de la vie commune, et qui ont servi de fondements à la règle des chanoines. Cette discipline s'affaiblit peu à peu, et elle avait presque été anéantie par les incursions des Barbares, qui ruinèrent les églises, dans le dixième siècle. Elle fut ramenée à sa première perfection du temps de saint Pierre Damien, et ceux qui la suivirent furent appelés chanoines réguliers.


97 - Conversion des Normands. (Vikings installés en France) Année 912

Rien ne fait plus d’honneur à l’Église, et ne rend plus sensible la protection toute-puissante de son divin Chef, que la conversion des peuples barbares; on est édifié, on est affermi dans la Foi, en voyant que dans un siècle où, déshonorée par tant de désordres, elle paraissait s’affaiblir, elle a fait néanmoins de nouvelles conquêtes, et soumis à son obéissance les nations féroces qui l’avaient désolée.


Le siège de la ville de Paris par les Vikings en l`an 845

Les Normands ( Vikings de Norvège et du Danemark) ravageaient la France depuis soixante-dix ans, lorsqu’il plut à Dieu d’arrêter ce torrent de maux. Le temps marqué par la Providence pour la conversion de ce peuple était arrivé, et rien ne paraissait encore préparer ce grand événement. Rollon, le plus brave de ses chefs, semblait plus acharné que jamais à la guerre.




Rollon (Hrolfr en langue des Vikings) – Ce chef de guerre viking devient duc de Normandie après son installation définitive avec ses hommes en France et sa conversion à la foi chrétienne.

Le roi Charles-le-Simple prit le parti de traiter avec lui, il lui offrit la province de Neustrie, et sa fille en mariage, s’il voulait se faire instruire et recevoir le baptême. La condition fut acceptée et le traité conclu. L’archevêque de Rouen instruisit le prince des mystères de la Foi, et le baptisa au commencement de l’année 912. Cette conversion, à laquelle la politique parut avoir part, fut néanmoins très-sincère. L’offre qui fut faite à Rollon, n’était qu’une occasion ménagée par la Providence pour ramener ce prince et son peuple à la Foi. Le nouveau duc, aussitôt après son baptême, demanda à l’archevêque quelles étaient les églises les- plus révérées de sa province.


Charles-le-Simple, roi des Francs (879 a 929 ap J.C.)

Le prélat lui nomma les églises de Notre-Dame de Rouen, de Bayeux et d’Évreux, celles du Mont Saint-Michel, de Saint-Pierre de Rouen et de Jumiège. « Dans notre voisinage, ajouta le duc, quel est le saint le plus puissant auprès de Dieu?»


Notre-Dame de Rouen

— C'est , répondit l'archevêque, c’est saint Denis, apôtre de France. —— Eh bien dit le duc, avant de partager mes terres aux seigneurs de mon armée, je veux en donner une partie à Dieu, à la sainte Vierge et aux Saints que Vous m’avez nommés, afin de mériter leur protection.  En effet, pendant les sept jours qui suivirent son baptême, et durant lesquels il porta l’habit blanc, selon la coutume, il donna chaque jour une terre à quelqu’une des églises qui lui avaient été indiquées. Il partagea ensuite les terres de son duché à ses vassaux. «Il avait en soin de faire instruire dans la Foi ses officiers et ses sujets; ils reçurent presque tous le baptême. La grâce perfectionna ce qu’il avait eu d’ humain dans le principe. On vit un changement subit dans les mœurs de ce peuple.»


Territoire concédé à Rollon en l`an 911 et annexion par Guillaume Longue-Épée, le fils de Rollon.


La Normandie scandinave: Implantation des Vikings norvégiens et danois et leur densités par régions de Normandie vers l`an 911.

Il n’y avait que la Foi en Jésus-Christ qui pût soumettre et policer une nation aussi belliqueuse et aussi féroce que l’étaient les Normands. Le duc Rollon parut, après sa conversion, aussi aimable et aussi religieux qu’il avait paru jusqu'alors terrible. On ne l’avait cru que grand capitaine; il fit voir qu’il était un sage, législateur, et qu'il savait aussi-bien se faire obéir de ses sujets par ses ordonnances, qu’il avait su se faire craindre des étrangers par ses armes. Il s’appliqua d'abord à établir des lois pour régler son nouvel état; et comme les Normands ( Vikings) avaient été jusqu'alors accoutumés au pillage, il en publia de très-sévères contre le vol. Elles furent si exactement observées, qu'on n’osait même ramasser ce qu'on trouvait sur le chemin.


Tombeau de Rollon, duc de Normandie et ancien chef de guerre Viking devenu chrétien

En voici un trait remarquable : Le duc avait un jour suspendu un de ses bracelets aux branches d’un chêne, sous lequel il s’était reposé dans une partie de chasse, et l'avait ensuite oublié ce bracelet y demeura trois ans, sans que personne osât l’enlever, tant on était persuadé que rien ne pouvait échapper aux recherches et à la sévérité de Rollon. Son nom seul inspirait tant de terreur, qu’il suffisait de le réclamer quand on souffrait quelque violence, pour obliger tous ceux qui l’entendaient de poursuivre le malfaiteur.



98 - Conversion des Hongrois. Année 1002.

Les Hongrois, peuple féroce, venu de la Scythie, désolèrent l’Allemagne, et pénétrèrent jusque dans la Lorraine. Ils laissèrent partout des traces de la plus horrible cruauté. Ils brûlaient les églises, massacraient les prêtres aux pieds des autels, et emmenaient en captivité une infinité de Chrétiens, sans distinction d’âge, de sexe ou de condition.


Les Hongrois étaient des tribus barbares venant de Scythie au nord de la mer noire et du Caucase ( Russie actuelle).
Ils se déplacèrent vers le centre de l`Europe, ravageant l`Allemagne et une partie de la Lorraine.


Cependant la Religion chrétienne fut assez puissante pour adoucir ces monstres, et pour leur inspirer des sentiments d’humanité et de vertu. Dieu, qui voulait les convertir, toucha le cœur d’un de leurs rois, et lui donna des dispositions favorables pour les Chrétiens. Comme il y en avait dans le voisinage de la Hongrie, ce roi leur permit, par un édit public, d’entrer dans ses états, et il voulut qu’on exerçât à leur égard le devoir de l’hospitalité.


Les Scythes, un peuple des steppes de Russie.


Cette première démarche le mit à portée de connaître la sainteté de la Religion chrétienne, et le conduisit enfin à une entière conversion. Il reçut le baptême avec toute sa famille. Ayant eu un fils, il le fit baptiser par saint Adalbert, évêque de Prague, qui le nomma Etienne. Ce jeune prince, qui fut élevé avec soin, donna, dès son enfance, des marques extraordinaires de piété, et devint dans la suite l'apôtre de ses sujets. Aussitôt qu'il fut monté sur le trône, il s'occupa des moyens de procurer la conversion de son peuple, et d'établir le christianisme dans ses états.


St-Adalbert, Évêque de Prague et martyr

Il éprouva de l'opposition à ce dessein de la part de quelques sujets rebelles, que leur attachement à l'idolâtrie engagea à prendre les armes; mais le roi, plein de confiance dans le secours de Dieu, marcha contre eux portant dans ses drapeaux l'image de saint Martin, pour qui la Hongrie a toujours eu une vénération particulière, parce que c'est la patrie de ce saint évêque. Ayant vaincu les rebelles, il consacra à Dieu leurs terres, et il fonda un monastère en l'honneur de saint Martin.


St-Martin de Tours, légionnaire romain et ensuite Évêque est vénéré en Hongrie. Il était natif des provinces romaines de Hongrie.


St-Étienne, premier roi chrétien de Hongrie

Dès qu'il vit la tranquillité rétablie dans ses états, il employa tous les moyens qui pouvaient favoriser les progrès de l'Évangile; et pour les rendre efficaces, il répandait d'abondantes aumônes, il priait avec une grande ferveur: on le voyait souvent dans l'église, prosterné sur le pavé, offrir à Dieu ses gémissements et ses larmes. Il envoyait de tous côtés chercher des ouvriers évangéliques; et Dieu inspirait à de vertueux prêtres la résolution de quitter leur pays, pour seconder le zèle d'un prince si religieux. Il se fit des conversions sans nombre, et le pieux roi eut la consolation de bannir entièrement l'idolâtrie de toute l'étendue de ses états.


L`Europe vers l`an 1000 avec la Hongrie a l`est du St-Empire romain germanique

Alors, pour donner de la consistance et une forme convenable à l'Église de Hongrie, on la divisa en dix évêchés, dont la métropole fut Strigonie ( Etzergom en hongrois) sur le Danube; on y mit pour archevêque un saint religieux, qui se nommait Sébastien. Le roi envoya à Rome un évêque demander la confirmation de cet établissement; le député ne manqua pas de raconter au Pape tout ce que le prince faisait pour le bien de la Religion. Le souverain pontife en fut comblé de joie, et il accorda tout ce qu’on lui demandait. Il envoya au roi une couronne, et de plus une croix, pour être portée devant lui comme un signe de son apostolat, de là vient le titre d’apostolique, que prennent les rois de Hongrie.


La région de Strigonie sur le Danube en Hongrie

Au retour du député, Etienne fut couronné solennellement avec son épouse, princesse d'une éminente piété, qui concourait de tout son pouvoir aux bonnes œuvres du saint roi. Etienne avait une dévotion particulière pour la mère de Dieu, et il mit sous sa protection sa personne et son royaume; exemple qui a été imité par un de nos rois. La ferveur de ce religieux prince ne fit que croître, à mesure qu’il s’avançait vers le terme de sa vie, sentant la mort approcher, il appela les évêques et les seigneurs, pour leur recommander, avant tout, de maintenir la Religion chrétienne dans la Hongrie.


St-Elizabeth de Hongrie


99 – Hérésie de Bérenger. Année 1050.

L’Église n’est point ici-bas dans le lieu de son repos; elle y est presque toujours agitée où par l’hérésie, ou par le schisme, ou par les scandales. Pendant le cours du onzième siècle, elle fut mise à ces différentes épreuves.  Bérenger archidiacre d’Angers, voulant se distinguer et acquérir de la célébrité, osa attaquer le mystère de l`Eucharistie, et enseigner que le corps et le sang de Jésus-Christ n’y sont pas contenus réellement, mais en figure. Il s’éleva aussitôt une réclamation générale contre cette doctrine qui était contraire à la croyance constante de toute l'Église; les docteurs catholiques réfutèrent avec zèle cette nouveauté impie; on écrivit de toutes parts pour défendre la Vérité.


Béranger, archidiacre d`Angers

Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, et Adelman, évêque de Bresse, adressèrent des lettres au novateur, pour essayer de le ramener à de meilleurs sentiments. « Je vous conjure, lui disait Adelman, de ne point troubler la paix de l’Église catholique, pour laquelle tant de milliers de Martyrs et tant de saints docteurs ont combattu. Nous croyons que le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont dans l`Eucharistie. Telle est la Foi qu'a tenue dès les premiers temps, et que tient encore l’Église, qui est répandue par toute la terre, et qui porte le nom de catholique. Tous ceux qui se disent chrétiens, se glorifient de recevoir en ce sacrement, la vraie chair et le vrai sang de Jésus-Christ; interrogez donc tous ceux qui ont connaissance de nos livres saints, interrogez les Grecs, les Arméniens, interrogez les Chrétiens, de quelque nation qu’ils soient; tous confessent que c'est là leur croyance. »


Lanfranc, archevêque de Canterbury en Angleterre de 1070 a 1089

Il établit ensuite la vérité de ce dogme Catholique sur les paroles de l’Écrit; et comme Bérenger répondait qu’il ne pouvait comprendre comment le pain devient le corps de
Jésus-Christ, Adelman ajoutait: « Le juste, qui vit de la Foi, n’examine point après la parole de Dieu, et ne cherche point à concevoir par la raison ce qui est au-dessus la raison: il aime mieux croire les mystères célestes pour recevoir un jour la récompense de sa Foi, que de s’efforcer inutilement de comprendre ce qui est incompréhensible. Il est aussi facile à Jésus-Christ de changer le pain en son corps, que de changer l'eau en vin, que de créer la lumière par sa Parole.»

Pour fermer la bouche à ce novateur, on tint d’abord à Paris un concile, où furent lues les lettres qu’il avait écrites à ce sujet. .On ne put entendre sans horreur la doctrine qui y était contenue. Le concile témoigna son indignation contre l'auteur, et le condamna tout d’une voix. Le pape Nicolas II assembla un autre concile à Rome. Bérenger, y comparut, n’osa y soutenir son erreur, il promit de souscrire la profession de foi qui serait dressée par le concile. Elle était conçue en ces termes :« J’anathématise toutes les hérésies, nommément celle dont j’ai été accusé. Je proteste de cœur et de bouche, que je tiens, touchant l’Eucharistie, la Foi que le pape et le concile m’ont prescrite selon l’autorité des Évangiles et de l’Apôtre, savoir que le pain et le vin, que l‘on offre sur l‘autel, sont, après la consécration, le Vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. »



Bérenger confirma par serment cette profession de Foi, et jeta lui-même au feu les livres qui contenaient ses erreurs. Quelque temps après, on s’aperçut qu’il variait, et qu’il
soutenait que la substance du pain n’était pas changée en celle du corps de Jésus-Christ, mais que le pain restait uni au corps de notre Seigneur. C`était le dernier retranchement de cet hérésiarque mais l’Église qui suit toujours les hérétiques pas à pas, pour en condamner toutes les erreurs à mesure qu’elles se manifestent, après avoir si bien établi la Présence réelle dans la première profession de Foi, en proposa une seconde, où le changement de substance était plus distinctement exprimé. Bérenger le souscrivit encore, et confesse que le pain et le vin qu’on met sur l’autel, sont par la vertu toute-puissante des paroles de Jésus-Christ, changés substantiellement en la vraie et propre chair de notre Seigneur et en son vrai sang, en sorte que le corps qu’on y reçoit, est le même qui est né de la vierge Marie, qui a été attaché à Croix et qui est assis à la droite du Père. Ainsi, Bérenger se condamne une seconde fois. Cette hérésie anathématisée par l’auteur même, fut anéantie pour lors, et ne reparut que plusieurs siècles après,
lorsque les protestants la renouvelèrent.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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