Les Rogations ( 7-8-9 mai 2018) - Pour l`agriculture - Tableau Poétique des Fêtes Chrétienne – 19 eme siècle

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Les Rogations ( 7-8-9 mai 2018) - Pour l`agriculture - Tableau Poétique des Fêtes Chrétienne – 19 eme siècle

Message par MichelT le Dim 6 Mai 2018 - 20:34

Les Rogations  ( 7-8-9 mai 2018) – ( Pour les vaillants agriculteurs) - Tableau Poétique des Fêtes Chrétienne – Vicomte Walsh 19 eme siècle

Pour ce qui concerne le monde agricole, les rogations sont des prières publiques et solennelles dont le but est de détourner de nous les calamités et d’attirer les bénédictions de Dieu sur les biens de la terre, en particulier les cultures et les troupeaux.

Il est beau et majestueux de voir toute une grande ville s'émouvoir pour une solennité; c'est un imposant spectacle que toute une population en habits de fête, s'acheminant vers les autels parés du Seigneur, pour célébrer quelques antiques souvenirs du christianisme!



Alors les rumeurs de la cité, se mêlant aux sonneries des églises, deviennent comme une seule voix qui va louer Dieu. Des campagnes qui environnent la ville, le voyageur entend ce bruit et n'en a pas peur, car il ne ressemble en rien à celui de la révolte, et il hâte sa marche pour arriver à l'église, dont il aperçoit par-dessus toutes les maisons le haut clocher avec sa croix brillante; là, quoi que étranger, il se trouvera avec des frères. La religion, c'est encore la patrie.



Mais si dans les capitales et les grandes villes les solennités religieuses brillent d'un saisissant éclat, si Noël, si Pâques, y sont magnifiques à voir célébrer, il y a d'autres journées chrétiennes qui sont pleines de charme au milieu des champs. Parmi ces journées, il faut mettre en première ligne les poétiques rogations ; elles ont été instituées pour les campagnes; c'est pour que le Créateur y répande l'abondance, que la croix d'argent et la bannière de velours rouge sont portées autour des sillons.




On le sait, les hommes ne demandent avec ferveur à Dieu que ce qui les intéresse, que ce qu'ils comprennent bien; ainsi, un habitant des hameaux chante mal le Te Deum ordonné pour quelque lointaine victoire. Et que lui font à lui les querelles des rois, quand elles n'amènent pas l'ennemi sur le sol natal? Mais quand la religion lui dit : Lève-toi ! sors de ta chaumière, et viens prier le Seigneur de bénir ton labour ; viens lui demander de la rosée et du soleil, de tièdes ondées et de la chaleur pour les champs que tu as cultivés ;...





oh ! alors on n'a pas besoin de stimuler sa dévotion, car ce n'est pas lui qui doute de la puissance de Dieu ; la nature a été pour lui un grand livre où tout lui a révélé la bonté du Créateur : aussi il va prier avec confiance ; il est plein d'espérance, parce que son cœur est rempli de foi. Aussitôt que l'Angélus du matin a sonné, les fidèles des campagnes se rendent à l'église ; c'est là qu'est donné le pieux rendez-vous; le curé et le vicaire n'ont point revêtu la lourde chape brodée : elle aurait trop d'ampleur pour les étroits sentiers que la procession va suivre, et dans le fond des vallées, et sur le flanc des coteaux, et sous l'ombrage des hautes futaies, et à travers les champs de blé : pour que rien n'embarrasse leur marche, les prêtres de la paroisse rustique n'ont pris que l'étole et le surplis.

Le porte-croix, et le marguillier qui tient la bannière patronale, sont en habits de paysans. Ces jours-là, à ces fêtes des campagnes, l'habit du hameau est comme l'habit de cérémonie. Les enfants de chœur, qui sont tout joyeux de traverser les champs et les villages, avec leurs aubes blanches et leurs ceintures rouges, dominent de leurs voix claires et argentines les voix graves des chantres.

Ceux-ci appellent tous les saints, et, à chaque nom, la foule de vieillards, de femmes, de jeunes hommes et de jeunes filles qui suivent la procession, répond : Ora pro nobis (Priez pour nous). Parmi ces saints que l'on invoque ainsi, il y a eu de laboureurs et des gardeurs de troupeaux ; mais ce n'est pas eux seulement que l'on prie de veiller sur les campagnes : on demande aux vierges et aux martyrs, aux anachorètes et aux apôtres, aux papes, aux empereurs et aux rois, que l'Église a placés parmi les bienheureux, d'intercéder auprès de Dieu pour que la fertilité et l'abondance viennent récompenser les hommes qui ont arrosé de leurs sueurs ces champs que traverse la croix.



Dans ces journées de mai, rien de plus poétique à voir que cette multitude chrétienne se dessinant sur la verdure naissante du printemps. La croix d'argent brille au soleil, et la bannière de velours ou de damas, avec l'image brodée du saint patron du pays, se déploie et flotte au vent, comme un ancien étendard de chevalerie. Tantôt ces insignes de l'Église apparaissent sur les hauteurs des collines, tantôt descendent dans les profondeurs des vallons; à leur suite on aperçoit comme un long serpent d'une couleur brunâtre tacheté de blanc ; c'est la foule des paysans avec leurs habits de couleur fauve, et des femmes avec leurs coiffes blanches, qui marchent deux à deux sur les pas du prêtre. Si la procession vient à passer devant une chapelle en foncée sous le feuillage ou devant un oratoire creusé dans le rocher, elle s'y arrête un instant, et les chantres répètent trois fois le nom du saint ou de la sainte que l'on vénère dans ce lieu consacré.



En passant près de la fontaine qui donne de pures et limpides eaux à la contrée, le prêtre la bénit pour qu'elle soit toujours bonne et salutaire aux habitants du hameau, pour que les orages ne troublent pas ses ondes, pour que les ardeurs de l'été ne les tarissent pas.



Quand le pasteur et son troupeau, revenant vers l'église, arrivent au cimetière, c'est pour les laboureurs morts que l'on prie ; et comme on vient d'appeler la rosée fécondante sur les champs ensemencés, on demande la paix pour ceux qui dorment dans leur fosse de gazon. Souvent je me suis plu à parcourir la campagne les jours des Rogations, et je voyais que la foule pieuse avait été grande le matin à la procession, à la manière dont les chemins et les sentiers étaient battus ; et puis, dans les passages étroits, les fleurs de l'aubépine blanche jonchaient la terre : c'était la procession qui les avait fait tomber en avançant entre les haies.

Dès la veille au soir, les femmes des villages étaient venues aux croix des chemins pour les parer de verdure et de fleurs, car les fidèles, dans leur marche, devaient y faire une station. Dans mon pays, les enterrements s'arrêtent aussi devant ces croix des champs, les porteurs du cercueil se reposent là en priant pour le trépassé dont la bière est posée sur les marches du calvaire rustique ; c'est comme une dernière bénédiction que l'on demande à Dieu pour le laboureur qui a fini ses journées de travail, qui s'en est allé dormir.





Les étrangers qui parcourent la Bretagne se sont souvent étonnés en voyant une grande quantité de toutes petites croix fixées au pied des grandes croix des campagnes : ils ne savaient pas que chaque fois qu'un mort passe devant un calvaire, ses parents y attachent une de ces petites croix. Ce sont les douleurs des hommes rapprochées des douleurs d'un Dieu ; il faut le dire, les vents emportent parfois de ces petites croix; hélas! c'est comme le temps qui emporte les regrets !

Toutes ces croix si vénérées, si aimées dans le pays très-catholique, sont, comme je l'ai dit, parées de verdure et de fleurs aux jours des Rogations; et à leur pied, les paysans apportent les semences que dans le cours de l'année ils comptent confier à la terre, pour que le prêtre les bénisse.

Ces saintes journées des Rogations datent du cinquième siècle, et la première ville où elles aient été célébrées, c'est Vienne en Dauphiné, saint Mamert étant évêque. Alors, de grandes calamités pesaient sur le pays ; depuis que les Bourguignons s'étaient emparés de cette partie de la Gaule , il y était survenu comme une stérilité annuelle ; le printemps avait beau revenir, les arbres languissants semblaient n'ouvrir qu'à regret leurs feuilles ; plus tard an vent desséchant flétrissait et faisait tomber leurs fleurs ; aussi les vignes restaient sans fruits, des déluges de pluie étaient suivis de longues sécheresses , les sources tarissaient : cependant , peu de temps auparavant, les fleuves avaient débordé et vomi leurs eaux bourbeuses et troublées sur les prairies et les champs.





A ce dérangement des saisons venaient se joindre des météores dans le ciel et des tremblements de terre ; des bruits sourds et comme des gémissements lamentables étaient entendus pendant les nuits. Dans les rues, sur les places publiques de Vienne, Je peuple parlait d'apparitions surnaturelles, et les esprits les moins crédules étaient obligés de convenir qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, et qu'un grand malheur inconnu était proche.




La consternation, la stupeur, le découragement, énervaient les populations qui ne travaillaient plus, car elles se disaient : A quoi bon notre pays est maudit de Dieu... Aussi, comme les hommes avaient peur, les bêtes sauvages des bois s'enhardissaient et sortaient de leurs repaires en plein jour ; des bandes de loups avaient été vues creusant la terre des cimetières, ouvrant les fosses et déchiquetant les cadavres.

La frayeur publique allait devenir du désespoir. Saint Mamert, qui, depuis tous ces fléaux, n'avait cessé de prier pour son troupeau, pensa qu'en cette circonstance il fallait plus que des prières ordinaires ; et, assemblant son peuple, il parla de Ninive que la pénitence avait sauvée: puis, ôtant sa chaussure et remplaçant son étole d'évêque par une corde qu'il noua autour de son cou, il prit une grande croix de bois, et cria : « Que chacun me suive! allons fléchir la colère de Dieu ! »



Saint Mamert


Tout le monde , dit l'historien des fêtes de l'Église , tout le monde conspira avec lui dans cette sainte entreprise , et d'un commun consentement on choisit les trois jours qui précèdent la fête de l'Ascension. Le saint évêque marqua pour la station ou le terme de la première procession une église en dehors de la ville, mais qui n'en était pas éloignée. Tous les habitants y allèrent avec grande dévotion, dans un extérieur pénitent et humilié, mêlant leurs larmes et leurs gémissements avec le chant des psaumes. Saint Mamert, voyant le zèle de son peuple, porta plus loin le terme des processions suivantes.

Cette pieuse institution produisit des effets merveilleux ; par une émulation qui se mit dans ces exercices de dévotion, elle ne se termina point à la ville ou au diocèse de Vienne : les évêques des Gaules, considérant la sagesse de cette institution, ne crurent pouvoir rien faire de mieux que de s'y conformer. Saint Césaire, évêque d'Arles, qui présida au concile d'Agde, l'an 506, a parlé aussi des Rogations de saint Mamert, d'une manière à faire juger qu'elles étaient établies de son temps dans les provinces des Gaules sous la domination des Visigoths ; elles furent reçues aussi, vers le commencement du sixième siècle, dans le reste des Gaules qui composaient les États de Clovis I, roi de France; et depuis ce temps-là, leur observation ne fut jamais interrompue dans les églises de France.

Elle passa en Espagne au septième siècle, et à Rome dès la fin du huitième , sous le pape Léon III. En France, c'étaient de vrais pèlerinages ou des processions de long cours. Dans les commencements on chômait ces trois jours ; mais bientôt après, cette obligation fut restreinte à l'assistance aux processions et à la messe.






La religion, dit l'auteur du Génie du Christianisme, n'a pas voulu que le jour où l'on demande à Dieu les biens de la terre, fût un jour d'oisiveté. Après la procession, chacun retourne au travail. Avec quelle espérance on enfonce le soc dans le sillon après avoir imploré celui qui dirige le soleil et qui garde dans ses trésors les vents du midi et les tièdes ondées! Pour bien achever un jour si saintement commencé, les anciens du village viennent, à l'entrée de la nuit, converser avec le curé, qui prend son repas du soir sous les peupliers de sa cour. La lune répand alors ses dernières harmonies sur cette fête , que ramènent chaque année le mois le plus doux et l'astre le plus mystérieux.



On croit entendre de toutes parts les blés germer dans la terre, et les plantes croître et se développer; des voix inconnues s'élèvent dans le silence des bois, comme le chœur des anges champêtres dont on a invoqué les secours ; et les soupirs du rossignol parviennent à l'oreille des vieillards, assis non loin des tombeaux. Quelle poésie que celle de la fête des Rogations et quel poète que Chateaubriand!



Procession des rogations au Couvent Saint Thomas d'Aquin



La Litanie des Saints pour les Rogations

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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