LE LIVRE DE LA CHARITÉ - Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule - Les oeuvres de Miséricorde du Chrétien

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LE LIVRE DE LA CHARITÉ - Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule - Les oeuvres de Miséricorde du Chrétien

Message par MichelT le Ven 8 Juin 2018 - 21:46

LE LIVRE DE LA CHARITÉ   (Un extrait de ce livre )

( en travaux)

OUVRAGE ÉCRIT AU 16e SIÈCLE par le Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule
réédité en 1877 par ERNEST RAZY


PRÉCEPTES ET EXEMPLES –


TABLE DES MATIÈRES

MISÉRICORDE TEMPORELLE

1 - DE LA NÉCESSITÉ, POUR LE SALUT, DE PRATIQUER - LES OEUVRES DE MISÉRICORDE.
2 - DÉFINITION DE LA MISÉRICORDE.
3- DES DEUX PREMIÈRES OEUVRES DE MISÉRICORDE. (Donner à manger à celui qui a faim, à boire à celui qui a soif.)
4 - DE LA TROISIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE : L'HOSPITALITÉ.
5 - DE LA QUATRIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE CONSISTANT A FOURNIR DES VÊTEMENTS AUX PAUVRES.
6 - DE LA CINQUIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE : LA VISITE DES MALADES.
7 - DE LA SIXIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE : LA VISITE DES PRISONNIERS.
8 - DE LA SEPTIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE CORPORELLE : L'ENSEVELISSEMENT DES MORTS.


MISÉRICORDE SPIRITUELLE (la suite bientôt)


PREMIÈRE PARTIE

CEUVRES DE MISÉRICORDE CORPORELLES.

CHAPITRE PREMIER

DE LA NÉCESSITÉ, POUR LE SALUT, DE PRATIQUER - LES OEUVRES DE MISÉRICORDE.

Cet énoncé résume le christianisme.

Notre croyance, notre qualité de chrétien nous impose l'obligation de nous détourner du mal et de faire le bien, selon les expressions du prophète : Retire-toi du mal et fait le bien (Psaume 34,14.)

Le Christ a dit de plus : Pour être sauvés, gardez mes commandements  (St Matthieu, 19,17). Voulez-vous devenir parfaits, a-t-il ajouté, renoncez de fait et de cœur, pour me suivre, à toutes les choses du monde.

Après nous avoir enseigné, sous tant de formes et avec tant d'amour, par ses préceptes, ses conseils, ses paroles et l'exemple de sa très-sainte vie tout entière à fuir le mal et à faire le bien; après avoir exalté, au plus haut degré, et prêché, avec la plus grande force, dans ses discours publics comme dans ses entretiens intimes, la charité, source de tous les biens, et sans laquelle aucun bien n'est vraiment bien, selon la parole de l'Apôtre; après avoir surtout insisté sur la partie de cette vertu que l'on nomme la miséricorde,
en disant : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux» le Christ voulut, en dernier lieu, nous indiquer quels actes et quelles œuvres, inspirés par cette même vertu, sont particulièrement agréables à ses yeux et de nature (pour ce qui nous concerne) à nous obtenir sa grâce et l'éternelle félicité.

Aussi nous dit-il par de saint Matthieu - chapitre 25, 34 et suivant - que, lorsqu'il viendra, à la fin du monde, juger les vivants et les morts, il adressera lui-même aux élus les paroles suivantes : «Venez les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ;j'étais sans asile et vous m'avez recueilli : j'étais nu et vous m'avez vêtu; j'étais malade et vous m'avez visité; j'étais prisonnier et vous êtes venu me voir dans ma prison. »

Au contraire, il dira aux réprouvés : « Éloignez-vous de moi, maudits, et allez dans le feu éternel qui a été préparé pour Satan et ses anges ; car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, etc., etc.»

Il ne suffit donc pas de se garder de faire mal, il faut encore nécessairement s'efforcer de faire bien et d'accomplir surtout les œuvres saintes de la charité et de la miséricorde par amour pour Dieu . Ce serait une grave erreur de ne point partager ce sentiment et de demeurer indifférent sous ce rapport, comme si le bien du prochain ne nous regardait en aucune façon.

Sans doute la prière est chose parfaite ; elle donne à l'homme le moyen de s'entretenir avec Dieu; c'est une source de grâces et de mérites. Le jeûne est également une excellente pratique pour une foule de raisons qu'il n'y a pas lieu d'exposer ici, mais il perd toute sa valeur, dit saint Augustin, s'il n'est pas accompagné de l'aumône chez ceux qui la peuvent faire. « Il est bon de jeûner, mes frères, ajoute ce saint docteur, mais il vaut mieux encore pratiquer l'aumône. Heureux celui qui peut faire les deux ! Sinon l'aumône est préférable. Dans l'impossibilité de jeûner, l'aumône suffit sans le jeûne, tandis que le jeûne sans l'aumône ne saurait suffire. »

Mais quelle autorité pourrait avoir sur nous plus d'influence que celle de Jésus-Christ lui-même ? Nous venons de le voir, faute d'avoir accompli ces œuvres, lorsque nous aurions pu les pratiquer, nous serions infailliblement condamnés au feu éternel, et, frappés de la malédiction divine, nous deviendrions la proie de Satan et de ses anges.

Ah! qu'il serait salutaire pour nous de méditer, parfois, ce sujet de tout notre coeur ! Nous prendrions alors la ferme résolution de croire que le plus sûr, le plus utile et, sans contredit, le plus réel de tous les trésors est celui que nous distribuons pour l'amour de Dieu ! Combien n'est-il pas préférable à ceux que nous amassons et conservons pour cette vie ! Et ne vaut-il pas mieux thésauriser dans le ciel où l'on ne court pas risque d'être dépossédé de tous ses biens ou de les voir s'amoindrir et se perdre ?

O mon Dieu, quelle infortune, quelle misère est la nôtre ! Nous avons la certitude de ne faire, ici-bas, qu'un très-court séjour et nous nous donnons une peine infinie pour accumuler des richesses, bâtir des palais et chercher tous les moyens de vivre joyeusement! Tandis que pour aller habiter à jamais un royaume éternel, au sein des délices et des plus douces félicités, à l'abri de tous les maux et avec la jouissance absolue de tous les biens, nous ne faisons que de faibles efforts, n'appliquant, pour ainsi dire jamais, à ce but nos pensées, nos paroles, nos actions.

Ici l'on me demandera peut-être si l'accomplissement de toutes les œuvres de miséricorde est indispensable à l'homme pour son salut, ou s'il suffit de s'adonner seulement à l'une d'elles, à l'exclusion des autres, comme, par exemple, à la pratique de l'aumône. Je réponds qu'il est nécessaire de les accomplir toutes, lorsqu'on le peut, en présence de chaque besoin, de chaque occasion qui s'offre à nous.  Mais lorsque les circonstances ne s'y prêtent pas ou que, s'y prêtant, il n'est pas en notre pouvoir d'y faire face, comme nous l'expliquerons plus loin en détail, il suffit d'avoir eu la bonne intention de pratiquer ces œuvres volontiers et en toute occasion, si nous l'avions pu.

Le joug du Seigneur est doux et son fardeau léger; sa bonté n'exige pas ce qui dépasse nos forces; il ne nous demande que d'avoir de bonnes et saintes intentions et d'aimer de tout notre coeur. Se conduire de la sorte, c'est accomplir toutes les œuvres de miséricorde à l'égal de celui qui, en vue de Dieu, se montre très-généreux pour les pauvres. L'âme, ainsi, aura été remplie de charité et de miséricorde envers le Seigneur et de compassion à l'égard du prochain, eût-on même donné une somme inférieure, s'il est possible, aux deux pauvres deniers de la veuve.

Tout dépend des sentiments qui nous animent dans l'accomplissement des choses de Dieu. Nous méritons, plus ou moins, selon le degré de bonne intention, de sincérité que nous y mettons, et ce n'est pas la quantité de la chose elle-même qu'il faut considérer, car, où résident la charité et les bons mouvements, là se produisent aussi les bons effets devant Dieu. L'œil simple, en d'autres termes, la bonne intention rend le corps tout éclatant de lumière, de même que l'œil mauvais produit le résultat contraire, c'est-à-dire qu'il le rend ténébreux . (St Matthieu., 6, 22 et 23.)


CHAPITRE 2

DÉFINITION DE LA MISÉRICORDE.

Posons d'abord ce principe incontestable : la miséricorde est fille de la charité; elle est la source principale de toutes les vertus et de toutes les bonnes œuvres. - Saint Thomas d`Aquin la déclare non - seulement une vertu, mais la plus grande de toutes les vertus. Nous partirons de ces prémisses pour définir la miséricorde avec saint Augustin : « La pitié du cœur pour la misère du prochain ». Or, la misère est l'antithèse du bonheur; donc, l'homme heureux étant celui qui jouit de tout le bonheur qu'il souhaite, l'infortuné est, au contraire, celui qui souffre contre son gré.

Écartons ici toute discussion étrangère à notre sujet, et ne faisons, à l'occasion de cette définition, que la remarque suivante : Sans doute le propre de cette vertu est de résider dans le cœur; c'est donc manquer de son essence même et n'être pas réellement miséricordieux que d'accomplir extérieurement une œuvre quelconque de miséricorde, sans éprouver, pour le malheur d'autrui, la compassion que semble réclamer cette vertu. Toutefois, il faut admettre, au point de vue de la matière qui nous occupe, qu'un homme qui accomplit un acte de miséricorde, sans avoir naturellement des sentiments miséricordieux dans le cœur, mais avec le désir de les ressentir et l'intention de faire des efforts en ce sens, satisfait, en réalité, au précepte, s'il agit réellement en vue de Dieu.

Il acquiert des mérites, parce qu'il accomplit la volonté du Seigneur, bien que la misère de l'infortuné qu'il secourt ne touche pas son cœur, comme il le voudrait. Peut-être même satisfait-il, plus et mieux, au précepte que si sa conduite avait été dictée par une compassion naturelle. Ne perdons jamais de vue cette considération dans la pratique des œuvres de charité, car nous ne pouvons pas être tous également portés à la pitié. Cela dépend du caractère et du tempérament de chacun; les uns sont plus doux, plus affectueux, plus compatissants que les autres. L'expérience, cette grande maîtresse en toutes choses, nous démontre clairement qu'il y a des degrés dans  l'indifférence, la dureté et la cruauté.

D'un autre côté, que de changements apportent, sous ce rapport, à nos inclinations naturelles l'âge et les événements de la vie ! Aussi Saint Thomas, dans le même passage, dit-il, après Aristote, que chez les vieillards et les sages la pitié se produit plus facilement par suite de leur longue expérience des choses d'ici-bas. La science, la prudence et la circonspection leur ont appris qu'ils pourraient aisément tomber dans les mêmes maux que ceux au spectacle desquels ils assistent. Les faibles, les timides sont aussi généralement plus disposés à la compassion.

Ceux, au contraire, qui se regardent comme assez heureux, assez puissants pour être à jamais à l'abri de toute espèce de maux ou de désagréments, ont infiniment moins de pitié pour les personnes en proie à l'affliction et aux épreuves. Il en est de même des jeunes gens et des personnes robustes qui n'ont pas encore vécu à l'école du malheur et de la souffrance.

Mais, je le répète, celui qui n'est pas porté naturellement à la miséricorde, et qui, néanmoins, faisant pour ainsi dire violence à sa nature par amour pour Jésus-Christ, éprouve le désir d'avoir compassion du prochain, et vient en aide de tout son pouvoir aux pauvres qui ont besoin de ses secours, celui-là, dis-je, satisfait au devoir du chrétien, et peut espérer recevoir du Christ la récompense promise.

Selon le saint Docteur, on devra s'efforcer d'être miséricordieux pour l'amour seul de Dieu dont voici les propres paroles: « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits d'entre les miens, vous l'avez fait à moi-même ». On sera alors d'autant plus certain d'acquérir une somme supérieure de mérites, se souvenant toutefois que, dans plusieurs circonstances , comme nous le prouverons ailleurs, la charité a ses degrés et doit procéder par ordre.

Ces considérations générales nous semblent suffire pour le moment. Résumons-les en disant que nos œuvres de miséricorde seront toujours d'autant plus fructueuses et méritoires qu'elles seront dictées par l'amour seul de Dieu, exemptes de tout mobile d'intérêt personnel, en d'autres termes, inspirées, avant tout, par le devoir qui nous lie envers tous également.  Ajoutons que si, effectivement, les personnes d`'un naturel peu disposé à la pitié acquièrent d'incontestables mérites en faisant violence à leur caractère, en vue de Dieu et pour conformer leur vie à la loi du Christ, il est vrai de dire également que celles qui ont reçu de la nature le don de la compassion méritent beaucoup aussi. En effet, « tout don parfait vient d'en haut et descend du Père des lumières »; et, selon la parole de l'apôtre, chacun a reçu de Dieu tel don qu'il a plu au Seigneur de lui octroyer : « car à l'un est donné par l'esprit la parole de sagesse; à un autre, la parole de science; à un autre, la foi, etc.,».


EXEMPLES.

Comment fut converti saint Pacôme.

Saint Pacôme, encore soldat païen romain, logeant un jour dans une ville chrétienne, fut frappé d'étonnement à la vue des dons volontaires qu'un grand nombre de fidèles faisaient avec une charité toute chrétienne aux pauvres de cette ville. ll demanda quels hommes étaient ceux qui veillaient avec tant de soin et d'affection à l'entretien des pauvres : on lui répondit que c'étaient des chrétiens. Pacôme, touché de cette réponse, éleva ses yeux et ses mains vers le ciel et jura qu'un jour il se ferait chrétien; promesse qu'il exécuta fidèlement dans la suite.


Saint-Pacôme ( de 292 a l`an 348 en Égypte) – ancien soldat romain, il devient chrétien en voyant la bonté des fidèles et il considéré comme le fondateur de la vie monastique en commun.


Dernière édition par MichelT le Mar 11 Sep 2018 - 17:36, édité 5 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: LE LIVRE DE LA CHARITÉ - Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule - Les oeuvres de Miséricorde du Chrétien

Message par MichelT le Ven 8 Juin 2018 - 22:16

CHAPITRE 3

DES DEUX PREMIÈRES OEUVRES DE MISÉRICORDE. (Donner à manger à celui qui a faim, à boire à celui qui a soif.)

Toutes les vertus ont entre elles un lien commun, celles surtout qui procèdent d'un même principe, comme les œuvres de charité et de miséricorde, et ce que l'on dit de l'une s'applique également à l'autre. Il nous semble donc utile de parler d'abord de l'aumône. Il faut entendre par l'aumône non-seulement la nourriture donnée aux pauvres, mais encore toutes les œuvres de charité qui en découlent et qui sont comprises sous cette dénomination.

Aussi, dans l'énumération des trois espèces de biens du christianisme : la prière, le jeûne et l'aumône, résume-t-on, dans cette dernière, l'ensemble des œuvres de miséricorde.

Admettant donc comme incontestable, avec le même docteur, que l'aumône est une conséquence de la miséricorde, et, par suite, un acte de charité, nous pouvons la définir ainsi qu'il suit : L'aumône est une œuvre par laquelle, mûs par la pitié, nous soulageons les nécessiteux pour l'amour de Dieu.

Et si l'on me demande : est-elle de précepte (obligation) ou de conseil ? je répondrai qu'elle est de précepte (obligation).  Car, dit toujours saint Thomas, on n'encourt pas les peines éternelles pour l'omission d'un acte qui n'est point de précepte; or, selon saint Matthieu (chapitre 25, 41) l'on mérite d'être condamné aux flammes éternelles pour n'avoir pas pratiqué l'aumône; donc l'aumône est de précepte (obligation) et non de conseil. Il convient, à ce propos, de faire remarquer qu'il y a lieu de tenir compte des situations respectives de celui qui donne et de celui qui reçoit.

Considérons d'abord la personne qui donne : Elle doit aux pauvres son superflu. Saint Luc dit, en effet (chapitre 11,41) : « Toutefois, faites l'aumône de ce qui vous reste» Le superflu, selon saint Thomas, est ce qui nous reste, lorsque nous avons pourvu non seulement à nos propres besoins, mais encore aux besoins de ceux dont nous avons mission de prendre soin. Il faut donc commencer par songer à soi et aux siens, puis ensuite s'occuper du prochain.

Pour mieux faire comprendre ce qui constitue le superflu, il importe, ajoute ce grand docteur, d'imiter la nature qui reçoit ce qui est nécessaire à son propre développement, avant de devenir elle-même créatrice. Considérons maintenant la personne qui reçoit : il faut, avant tout, rechercher s'il y a nécessité, car, dans le cas contraire, l'obligation de faire l'aumône disparaît. Il faut, également, examiner s'il y a convenance à agir de la sorte et si cette personne en est digne.

Enfin une âme charitable ne pouvant subvenir aux misères universelles, le soulagement de toute infortune ne saurait lui créer une obligation de précepte. Il n'y a d'exception que pour les misères qui, à notre défaut, resteraient sans secours. C'est dans ce cas, et uniquement dans ce cas, que peut s'appliquer cette parole de saint Ambroise : « Apaise la faim de celui qui va mourir d'inanition, car, faute de le faire, tu deviendras son meurtrier .»

Par conséquent, il est de précepte de faire l'aumône du superflu aux malheureux qui se trouvent dans une extrême nécessité et lorsqu'il est démontré que nous seuls pouvons leur venir en aide. En pareille circonstance celui qui faillirait à cette obligation commettrait un péché mortel. Mais, dans les autres cas, l'aumône est simplement de conseil.

A cet égard saint Basile s'exprime ainsi, en faisant ressortir le mérite de l'aumône : « Vous êtes dans l'abondance et votre frère dans le besoin, n'est-ce point pour qu'il vous soit donné d'acquérir des mérites par une sage dispensation de vos biens, et qu'il puisse, lui, recevoir le prix de ses souffrances patiemment supportées ? Vous détenez entre vos mains le pain des affamés; vos armoires renferment les vêtements de ceux qui sont nus. Les chaussures de ceux qui en manquent restent sans emploi dans vos demeures; chez vous est enfoui l'argent du pauvre, etc.»

Mais, objectera-t-on peut-être, j'ai quelque avance, c'est vrai : est-ce donc un motif pour ne pas penser à l'avenir ? mes fils grandissent, mes filles auront bientôt besoin d'une dot; qui sait ce qui peut arriver, et autres arguments semblables.
 
A ces objections saint Thomas répond :«s'arrêter à ces considérations d'avenir, c'est tout simplement cogitare de crastino, en d'autres termes, penser au lendemain, ce qui nous est interdit par le Seigneur. Chacun, ajoute-t-il, doit juger, selon son rang, du superflu et du nécessaire d'après les calculs les plus probables et les circonstances les plus communes. (Saint Thomas ne blâme ici que ceux qui se créent des hypothèses chimériques pour se dispenser de donner).  Et, pour certains cas particuliers, il faut, comme en toutes choses, prendre pour guides le bon sens et la conscience ; car, d'après le proverbe, l'espèce domine la loi.


Charité de saint Oswald.




Le saint roi Oswald (Roi de Northumberland, en Angleterre, vivait au 7 eme siècle)  faisait nourrir chaque jour dans toute l'étendue de son royaume un grand nombre de pauvres à ses frais. Un jour (c'était le jour de Pâques), comme il se disposait à prendre son repas où se trouvait précisément invité le saint évêque Aridan, son aumônier vint lui annoncer qu'il y avait dans la rue un grand nombre de pauvres qui, pressés par la faim, demandaient l'aumône. Aussitôt le roi prit les vivres et les plats dont la plupart étaient en or et en argent, les fit partager en une infinité de petits morceaux et les distribua aux pauvres avec la nourriture qu'ils contenaient. Puis il se fit servir, lui et ses hôtes, avec de la vaisselle ordinaire. Saisi d'étonnement, le saint évêque lui prit la main en lui disant : « Cette main bienfaisante ne pourrira jamais », prophétie qui, au rapport du vénérable Bède, ne manqua pas d'avoir son accomplissement.


Hospice St-Oswald en Angleterre






Amour de Frédéric Ozanam pour les pauvres.

Frédéric Ozanam, le courageux chrétien et le savant professeur, fut, on le sait, avec huit jeunes gens de ses amis, le fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

Ces huit jeunes gens, dit le père Lacordaire, eurent cette inspiration de prouver, une fois de plus, que le christianisme peut, en faveur des pauvres, ce qu'aucune doctrine n'a pu avant lui et après lui; et tandis que les novateurs s'épuisaient en théories qui devaient changer le monde, eux, plus modestes, se prirent à monter les étages où se cachait la misère de leur quartier. On les vit, à la fleur de l'âge, écoliers d'hier, fréquenter sans dégoût les plus abjects réduits et apporter à leurs infortunés habitants la vision de la charité.

C'était de loin que la Providence s'y était prise pour préparer l'avènement d'une œuvre qu'elle destinait à une si prompte et si admirable diffusion. Ozanam en avait puisé le germe dans son propre sang, et lorsqu'il montait l'escalier des pauvres, il pouvait y retrouver les pas de son père et de sa mère. Tous deux, en effet, avaient l'habitude de visiter en personne les indigents; tous deux, déjà vieillis, se défendaient l'un à l'autre de monter au delà du quatrième étage; mais la charité, trompant leur prudence réciproque, il leur arrivait de se rencontrer en flagrant délit au même palier.

Ozanam traitait les pauvres avec le respect le plus affectueux. Venaient-ils chez lui, il les faisait asseoir dans ses fauteuils, comme des hôtes de distinction. Allait-il chez eux, après leur avoir donné son argent, sa parole et son temps, il ne manquait pas d'ôter son chapeau et de leur dire avec un salut gracieux qu'il affectionnait : « Je suis votre serviteur. » Le jour de Pâques il leur portait de petits cadeaux, tels qu'un bénitier, une vierge, un christ, ou un pain plus délicat choisi exprès.  Le matin d'un jour de l'an, celui de 1852, le dernier qu'il ait vu à Paris et l'avant-dernier qu'il ait vu au monde, il dit à sa femme qu'une telle famille était bien malheureuse, qu'elle avait été obligée de mettre au mont-de-piété sa commode de mariage, dernier reste d'une ancienne aisance, et qu'il avait envie de la leur rendre pour leurs étrennes du premier de l'an.  Sa femme l'en dissuada par des raisons plausibles et il s'y rendit.

Le soir venu, au retour des visites officielles, Ozanam était triste; il jeta un regard douloureux sur les jouets entassés auprès de sa fille, et ne voulut pas toucher aux bonbons qu'elle lui présentait. Il était aisé de comprendre qu'il regrettait la bonne œuvre manquée le matin. Sa femme l'ayant supplié de suivre sa première pensée, il partit aussitôt pour racheter le meuble, et, après l'avoir accompagné lui-même jusque ces pauvres gens, il rentra tout heureux.

(Tiré de la Vie d'Ozanam, par le Père Lacordaire.)


OEUVRES. (exemples de quelques œuvres de charité chrétienne – beaucoup d`autres existent qui ne sont pas dans ce texte)


Société de Saint-Vincent-de-Paul.

Cette admirable Société poursuit un double but : la sanctification de ses membres et le soulagement des misères spirituelles et temporelles des malheureux. Aucune œuvre de charité ne lui est étrangère; mais son œuvre principale est la visite à domicile.










Un Accueil de St-Vincent de Paul





Le Catholic Action Center du Kentucky aux USA - En 15 mois de service aux gens dans le besoins - Ils ont donné 60,000 nuit avec lit et abris pour des personnes sans abris - Ils ont servi 270,000 repas - 40,000 personnes eut accès a une douche - Près de 15,000 personnes ont pu laver leur vêtements. Ils ont payé pour les funérailles de 90 personnes abandonnées, ils ont offert des millions de prières a Dieu. Ils ne reçoivent aucun argent du gouvernement, ceux qui travaillent sont des volontaires non payés et le font par Charité chrétienne.






La Société de St-Vincent de Paul fondée par Frédéric Ozanam a Paris au 19 eme siecle a de nos jours 700,000 membres dans 142 pays


Associations de charité dans les paroisses.


Les Chevaliers de Colomb

Les Chevaliers de Colomb est une organisation catholique de bienfaisance et sans but lucratif qui regroupe plus de 1,8 million de membres à travers le monde. Elle a été fondée en 1882 aux États-Unis par Michael J. McGivney, un fils d'immigrants irlandais. Elle a pris son nom en souvenir de Christophe Colomb. Les Chevaliers de Colomb sont un ordre de laïcs catholiques engagés dans la célébration de la foi, de la famille et de la fraternité, leur premier principe étant la charité.














Dans un grand nombre de paroisses, il existe une association de dames de charité, présidée par le curé. Les dames se partagent entre elles les pauvres, les visitent, leur distribuent, conjointement avec les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, les aumônes recueillies dans l'église ou remises au curé, et remplissent envers eux tous les devoirs de protection et de charité.


Filles de la Charité de St-Vincent de Paul




Les Filles d'Isabelle

Les Filles d'Isabelle est une organisation de femmes catholiques fondée par le père John Russell en 1897 à New Haven au Connecticut. Elle est surtout présente au Canada et aux États-Unis. Sa devise est « Unité, amitié et charité ». La patronne de l'organisation est Isabelle de Castille, qui unifia son pays sous la bannière du christianisme et qui aida le voyage de Christophe Colomb. Sur le plan spirituel, l'organisation offre une participation active aux messes, aux retraites et aux neuvaines pour mieux développer une amitié avec Dieu. Les membres apprennent à se connaître et organisent des levées de fonds pour les paroisses et les séminaires.  Elles sont aujourd'hui 60 000 Filles, ce qui en fait l'un des plus grands organismes féminins. En 2002, elles ont célébré les 105 ans de leur organisation.






Activité de charité par les Filles d`Isabelle


A QUI DOIT-ON FAIRE L'AUMÔNE ? FAUT-IL LA FAIRE A SES PROCHES PLUTÔT QU'A D'AUTRES ?

ll est certain que la charité, dont procède la miséricorde avec tous ses actes, à des degrés dont il faut tenir compte dans la distribution de nos biens pour l'amour de Dieu et dans l'accomplissement de toutes les autres actions dépendant de cette même charité. C'est pourquoi saint Thomas nous dit, dans la question précitée (1), art. 9, que notre premier devoir est de songer à ceux dont nous avons charge et qui se trouvent sous notre direction. Nous avons déjà exposé cette théorie. Le superflu ne commence qu'après la part faite, non seulement à nos propres besoins et à ceux des nôtres, mais encore à ceux de nos proches, dans l'ordre de leur parenté, et de nos intimes amis.

C'est ce qui explique comment l'Apôtre, dans une lettre à Timothée, lui déclare que : « Celui qui ne prend pas soin des siens et surtout de sa maison a par cela même renié la foi et qu'il est pire qu'un infidèle»  (1re Épître de saint Paul à Timothée, ch. 5, v. 8.).

Toutefois, ces principes cesseraient d'être vrais dans des cas différents. Par exemple, une personne à laquelle m'unissent des liens étroits et un étranger ont, au même moment, besoin de pain, je suppose, ou de toute autre chose nécessaire; d'un autre côté, je ne veux pas priver mes enfants, ni ceux de ma maison, de la part qui leur est absolument nécessaire, et je me trouve placé, par suite, dans l'alternative de choisir entre l'un de ces deux malheureux. Que faire dans cette hypothèse ? Sans aucun doute, je dois préférer mon parent à l'étranger, bien que ce dernier, au point de vue de la charité, soit mon prochain comme l'autre.

Ce que viens de dire pour un parent s'appliquerait également à un tendre ami dont les bienfaits me pénètrent de reconnaissance et pour lequel je professe une solide et sainte affection. Il en serait de même pour un voisin. Au contraire, si l'étranger se trouvait dans un cas plus pressant que mon parent, s'il était en danger de mort, par exemple, mon devoir serait de lui faire, plutôt qu'à ce parent, l'aumône dont je puis disposer.

Je dois tenir la même conduite, si je sais que mon parent, mon ami ou mon voisin peuvent être aisément secourus par d'autres personnes, tandis que le pauvre infortuné qui m'implore n'a rien pour subsister, comme serait un étranger inconnu de tous, brisé par les fatigues d'une longue route, peut-être même en proie à quelque souffrance ou infirmité.

Un jugement droit, la prudence, l'équité seront les meilleurs guides en pareille circonstance; on devra se décider sans passion et avec impartialité. Ne perdons pas de vue, d'ailleurs, comme dit saint Thomas, dans la même question, que, nonobstant l'ordre sus-indiqué à apporter dans l'exercice de la charité et dont notre intention n'est pas de parler ici avec tous les développements que comporterait la matière, il y a lieu parfois de ne se déterminer qu'après mûre réflexion et de tenir compte des distinctions qui résultent (j'emploie les propres expressions du saint docteur), de l'union, de la sainteté et de l'utilité.

Ainsi, ajoute saint Thomas, dans la distribution de l'aumône on doit préférer à son parent un homme dont la sainteté serait bien supérieure et qui se trouverait dans une plus grande pauvreté. On doit lui préférer également l'homme plus utile au bien commun; surtout si ce parent n'est pas à un degré qui nous oblige spécialement à en prendre soin et si sa situation n'est pas des plus malheureuses.

En résumé, dans toute hypothèse, qu'il s'agisse de nos parents ou d'autres personnes, celui qui fait l'aumône doit se mettre dans les dispositions nécessaires pour la pratiquer toujours et surtout, sous l'empire de cette charité dont Dieu est l'objet, en sorte que tous ses actes soient inspirés uniquement par l'amour divin. On doit, en effet, aimer le
prochain pour l'amour de Dieu, et non pour d'autres motifs et dans d'autres vues. Il faut sans cesse considérer Jésus-Christ dans les pauvres que l'on soulage, et se rappeler ses paroles que nous avons déjà citées : « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, vous l'avez fait à moi-même. »

L'Apôtre, de son côté, a déclaré que toutes nos bonnes actions, sans la charité et sans le mobile de l'amour divin, sont inutiles pour nous. « Et quand je distribuerais, dit-il, tout mon bien pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien (Saint Paul, 1 ° Epître aux Corinthiens, ch. 13, v. 3)). » Méditons ces très-saintes paroles, et nous serons parfaitement édifiés sur la nature des sentiments qui doivent animer nos cœurs pour que nos aumônes soient agréables au Seigneur.

Ces indications générales me semblent suffire. Les personnes qui voudront approfondir ce sujet peuvent lire les passages précités de saint Thomas, commentés par Cajétan.


DE LA MESURE DE L'AUMÔNE.

Il semble à propos, avant d'aller plus loin, de déterminer la mesure dans laquelle il convient de distribuer l'aumône. Je répéterai, en premier lieu, que celui qui la fait à le devoir de donner, pour l'amour de Dieu, tout ce qui constitue son superflu et celui de sa famille. On doit, toutefois, prendre en considération son rang et sa condition, mais en s'inspirant toujours de la modestie et de la simplicité de la vie chrétienne et non point des usages abusifs du monde et des vanités incompatibles avec l'existence d'un chrétien.

Lors donc que s'offre à vous l'occasion de faire l'aumône, considérez, tout à la fois, vos ressources et la situation de celui qui vous la demande puis, agissez d'après les conseils de votre conscience.

Sur votre chemin ou à l'église, un pauvre implore-t-il de vous une aumône en invoquant le nom du Seigneur, faites ce que Dieu vous inspirera. Un de vos parents, de vos amis, de vos voisins se trouve-t-il dans une grande détresse ? est-il malade? donnez-lui suivant vos ressources, tant par jour ou par mois, et continuez ainsi jusqu'au moment où vous pourrez cesser sans inconvénient. Si vous voyez que vos efforts sont insuffisants, recommandez-le à d'autres personnes en les priant de suppléer à votre impuissance.

A défaut d'occasions de pratiquer, par soi-même, la charité, il ne manque pas d'hôpitaux et d'autres établissements pieux auxquels on peut et l'on doit toujours faire l'aumône. Habitez-vous un pays où personne ne vient frapper à votre porte, ni vous déranger pendant la messe ou l'office; où les pauvres ne se présentent pas à vous dans la route, envoyez vos aumônes aux monastères de femmes ou d'autres religieux ( car ils font des distributions aux pauvres); en voyez-les encore dans les endroits où se trouvent, à votre connaissance, de pauvres infortunés que la honte empêche d'aller mendier; et vous aurez ainsi satisfait à votre devoir sous le rapport de la charité chrétienne.


CHAPITRE 4

DE LA TROISIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE : L'HOSPITALITÉ.

Autant florissait, chez les anciens, la sainte hospitalité, autant elle paraît peu en honneur parmi nous; cependant, il faut la ranger au nombre des œuvres de miséricorde indispensables à notre salut. Aussi, à combien peu d'entre nous, qui vivons dans ces temps de désolation, le Seigneur pourrait-il dire au moment voulu : « J'étais sans asile et vous m'avez recueilli. J'étais pauvre, voyageur, étranger, et vous m'avez reçu et bien accueilli dans votre demeure.» Hélas! c'est tout le contraire qui pourrait être dit à bien des gens.

Note : Aujourd'hui l'hospitalité revêt généralement une autre forme, mais ces paroles du Christ n'en trouvent pas moins encore et trouveront toujours ici-bas leur application. Dans la plupart des cas, il est vrai, l'État s'est substitué aux particuliers pour l'exercice de l'hospitalité. Que de cœurs généreux cependant ne cessent de pratiquer individuellement les préceptes du Christ à cet égard ! N'est-ce donc pas exercer l'hospitalité que de placer les enfants pauvres, les adultes et les vieillards infirmes et sans ressources dans les asiles ouverts par la charité publique ou privée, soit en s'employant pour les y faire admettre gratuitement, soit en versant la somme nécessaire pour leur admission ? Ne l'exerce-t-on point aussi, et d'une manière encore plus étendue, en con sacrant, de son vivant, ou après soi, tout ou partie de sa fortune à des fondations d'hôpitaux ou de lits dans les hospices ?  Répétons-le donc : si la forme a changé, le fait subsiste, et on peut aussi à notre époque exercer très-efficacement l'hospitalité.

A une époque plus lointaine cette sainte œuvre était tellement en usage, que non-seulement tous les monastères et tous les couvents, mais encore toutes les habitations particulières s'ouvraient, généreusement et avec amour, pour recevoir, comme dans une hôtellerie, les pauvres de Jésus-Christ, les voyageurs et les étrangers; soit qu'ils voyageassent pour leurs affaires, soit qu'elles se rendissent en pèlerinage aux saints lieux qui existent dans plusieurs parties du monde, notamment en Terre sainte, à Rome, en Espagne et ailleurs.

Qu'il est rare de nos jours de rencontrer des personnes consentant à donner l'hospitalité, sans autre mobile que l'amour de Dieu ! Quant à ceux qui, plus que personne, sont dans l'obligation d'accomplir ce devoir de charité, en leur qualité, je ne dis pas de possesseurs et de maîtres, mais de dispensateurs des biens qu'ils ont entre les mains, il semble que, pour la plupart, ils ne s'en préoccupent aucunement. Celui qui ne reçoit pas ou n`aide pas le malheureux sans asile et le laisse en danger de mourir de faim, de froid, de fatigue et de misère, commet le même péché que l'homme qui refuse l'aumône à un infortuné placé dans un cas d'extrême nécessité, où l'aumône est, comme nous l'avons dit, de précepte. ( d`obligation).

Si les ecclésiastiques, notamment, manquaient à ce devoir, il n'y aurait aucune différence entre eux et ce prêtre et ce lévite, qui passèrent leur chemin, sans pitié pour l'infortuné que des voleurs avaient dépouillé et gravement blessé, lorsqu'il descendait de Jérusalem à Jéricho (S. Luc, ch. 10, v. 25 à 38.). D'abord, faute d'accomplir leur devoir, ils courraient risque de s'entendre reprocher leur dureté, à leur extrême préjudice, quand viendra leur heure dernière; ensuite, ils seraient une occasion de scandale pour les âmes dont ils ont charge. Que penseraient, en effet, les personnes sans portée d'esprit, qui, entendant le prédicateur prêcher dans un sens, le verraient agir dans un autre ? Sans plus réfléchir et sans avoir égard à la recommandation de Notre-Seigneur : « Faites ce qu'ils disent» elles murmureraient ces paroles : « Non, non, la vérité ne doit pas être ce qu'il nous prêche, puis qu'il agit d'une tout autre façon. »

C'est pourquoi les pasteurs, jaloux de conquérir la confiance de leurs paroissiens et de les voir s'appliquer assidûment à la pratique des bonnes œuvres, commencent par les instruire au moyen de la prédication, puis mettent eux-mêmes leurs enseignements en pratique. Ils voient alors leur parole fructifier d'une manière merveilleuse, « car celui qui fera et enseignera sera appelé grand dans le royaume des cieux». (S. Matthieu., ch. 5, v. 19.)

Quant à la récompense, sachons bien que, parmi les personnes qui reçurent Jésus-Christ durant son passage sur la terre, il n'en est aucune qu'il n'ait récompensée au centuple, aucune qui ne soit devenue l'habitante de la céleste patrie. Marthe, Lazare, Madeleine, Matthieu, Zachée et d'autres encore n'en sont-ils pas des exemples? Il en sera de même de quiconque le recevra charitablement dans la personne de ses pauvres sans asile. A celui-là sont d'abord réservées des grâces temporelles puis des couronnes éternelles dans la compagnie des anges, en paradis. Dieu, du reste, dans le but de montrer parfois tout le prix qu'il attache à la pratique de l'hospitalité a permis que des anges fussent reçus ici-bas sous la figure de voyageurs étrangers (Citons, comme exemples, Abraham (Genèse, ch. 18); Laban (Genèse, ch. 19); Tobie (ch. 5).

Les grands seigneurs et leurs amis se donnent entre eux l'hospitalité, je le sais, mais ce n'est pas là communément une hospitalité exercée pour l'amour de Jésus-Christ; elle a pour motifs d'autres considérations qui ne méritent pas de célestes récompenses. Ce n'est pas à dire pourtant que même, en recevant de grands personnages, des amis et des parents, on ne puisse acquérir des mérites, si l'on a la charité pour mobile; mais combien ces mérites s'accroissent-ils dans d'immenses proportions, lorsque l'on reçoit Jésus Christ dans la personne de ses pauvres et d'étrangers incapables de reconnaître par eux-mêmes l'hospitalité qu'on leur donne !

Aussi le Christ lui-même nous dit-il par la bouche de saint Luc : « Lorsque tu cherches des convives pour les inviter à dîner ou à souper, ne t'adresse pas à tes amis, à tes frères, à tes parents ou voisins qui sont riches, de peur qu'ils ne t'invitent à leur tour; mais appelle des pauvres, des infirmes, des boiteux et des aveugles, et tu seras heureux de ce qu'ils n'ont rien à te rendre, car ta récompense t'attend lors de la résurrection des justes (S. Luc, ch. 14, v. 12, 13 et 14 .).»

Saint Thomas donne l'explication de ces paroles dans la première partie (question 31, art. 3). Il dit qu'il ne faut pas entendre par là que le Seigneur défend absolument de recevoir des amis et des parents; mais que nous ne devons pas agir dans l'attente d'être invités à notre tour. Il existe, toutefois, dans ces mêmes paroles, un degré de force de nature à prouver qu'il y a un mérite bien supérieur à inviter des pauvres et des mendiants ; car ils sont impuissants à reconnaître ce bienfait et dans leur personne on honore le Christ bien plus que dans celle des parents ou des gens riches.

Il est, d'ailleurs, presque impossible de recevoir les grands sans nourrir une espérance quelconque, non plus que ses amis et ses parents, sans qu'il y ait un intérêt d'affection qui nous empêche de voir en eux le Christ, comme nous le voyons dans les pauvres, les infirmes, les contrefaits et les estropiés.  Efforçons-nous donc de mettre ces principes en pratique et ne les perdons jamais de vue. Plus nous aurons bien accueilli et bien traité, en vue de Dieu, les étrangers qui sont pauvres, soit en leur ouvrant nos demeures soit en leur procurant, au moins, un abri, plus notre récompense sera éclatante et notre place élevée dans les demeures royales du paradis.

Quelle sera, au contraire, la confusion de ceux qui se verront précipités dans les enfers, lors du jugement dernier, faute d'avoir pratiqué les œuvres de miséricorde et qui apercevront, au même moment, élevés à une telle grandeur et appelés à jouir d'une telle félicité, ceux qui se seront montrés miséricordieux envers les pauvres et les affligés ! Ah! que de bonnes œuvres on voudrait alors avoir accomplies ! Eh quoi! nous avons tous encore le pouvoir de bien faire, et nous n'en aurions pas la volonté, alors surtout que Dieu n'exige rien au-dessus de nos forces !


Beaux exemples d'hospitalité donnés par saint Jean l'Aumônier, saint Jean Chrysostôme, saint Basile et sainte Clotilde.



St-Jean l`Aumonier ( de l`an 550 a 619) recevant en Égypte les familles de terre sainte déplacées par l`invasion des Perses.

Lorsque les habitants de la Syrie et de la Palestine s'enfuirent en Égypte, à cause de l'invasion des Perses dans leur pays, saint Jean (surnommé l'Aumônier par suite de ses grandes largesses) les reçut à Alexandrie (en Égypte)  où il était patriarche. Il veilla à ce que rien ne leur manquât sous le rapport de la nourriture et du logement, se chargea du soin des blessés et des malades, et défendit à qui que ce fût de faire sortir un malade de sa maison avant qu'il l'eût lui-même demandé.

Saint Chrysostôme était un grand ami et un puissant protecteur des pauvres étrangers. Il bâtit un hôpital destiné aux malades des autres pays, et près de son église il avait une maison où il logeait ceux qui se portaient bien, mais qui étaient dans la misère. Il exhortait vivement les fidèles soumis à sa houlette à leur porter secours. Il leur
recommandait aussi extrêmement d'avoir dans leur maison une chambre à donner aux voyageurs affligés, afin d'être, par l'hospitalité, agréables à leur Sauveur.

Saint Basile, évêque de Césarée, ayant reçu de grands biens de l'empereur, les employa à la construction d'un hôpital qu'il érigea, en dehors de la ville, sur une place libre. ll y recevait les blessés et les malheureux de toutes sortes, mais principalement les lépreux dont la maladie était dégoûtante, souvent même contagieuse. En pasteur compatissant, il allait fréquemment dans cet hôpital pour consoler les malades étrangers, et leur distribuer le pain de l'Évangile. Son amour pour eux allait si loin qu'il embrassait les lépreux, afin de leur faire reprendre courage. Au commencement du 6 eme siècle, c'était l'usage de recevoir les pèlerins et les étrangers, qui priaient à la porte des riches et des grands, dans un bâtiment fait exprès pour eux. Des dames de haute noblesse passaient une partie du jour dans cet asile, pour y servir, de leurs propres mains, les pauvres et les pèlerins, et surtout pour leur laver les pieds.  Sainte Clotilde, quoique reine de France et épouse de Clovis, exerçait tous les jours cette belle pratique. »



Des organisations pour différents types d`hospitalité

Les hospices sont des établissements fondés, par la charité publique ou privée. Les maisons pour les personnes âgées.  Les différents types d`Hôpitaux, les orphelinats catholiques. Les refuges pour les femmes et les filles sans asile, Ect.



L`Hôtel-Dieu  -  les hôpitaux catholique au Moyen-Âge et dans les siècles suivants



Hôpitaux catholiques de nos jours



L`orphelinat catholique irlandais St-Patrick de Montréal au 19 eme siècle


Dernière édition par MichelT le Mer 12 Sep 2018 - 13:08, édité 15 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: LE LIVRE DE LA CHARITÉ - Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule - Les oeuvres de Miséricorde du Chrétien

Message par MichelT le Sam 9 Juin 2018 - 1:49

CHAPITRE 5

DE LA QUATRIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE CONSISTANT A FOURNIR DES VÊTEMENTS AUX PAUVRES.

Peut-être cette œuvre de miséricorde ne paraîtra-t-elle pas aussi nécessaire que les trois premières dont nous nous sommes occupés jusqu'ici ; car on risque moins de périr faute de vêtements et d'abri, que de mourir de faim et de soif; d'où il résulterait qu'en refusant des vêtements au pauvre, on ne deviendrait point, par cette infraction au précepte, le meurtrier de son frère.

Cependant Notre-Seigneur a mis cette œuvre de miséricorde au rang des autres, les vêtements, dans certains climats, étant, d'ailleurs, aussi indispensables au soutien de l'existence que les aliments. Ceux-là donc seront réprouvés au jugement du Seigneur, qui, l'ayant pu, n'auront point vêtu les pauvres, et il n'existera aucune différence entre eux et les hommes qui auront négligé l'accomplissement des autres œuvres.

Outre le précepte évangélique : « J'étais nu et vous ne m'avez pas vêtu», la conduite d'un grand nombre de saints sous ce rapport, si grandement appréciée de Dieu, nous donne la plus entière assurance que la pratique de cette œuvre de miséricorde et de piété ne lui sera pas moins agréable que les autres.

Citerai-je l'exemple si connu de saint Martin, surnommé l'égal des apôtres ? Il avait, on le sait, donné, pour l'amour de Dieu, à un pauvre la moitié du manteau qu'il portait. Il vit, la nuit suivante, le Christ revêtu de cette partie de son costume ; puis il l'entendit adresser ces mots aux anges de son cortège : « C'est Martin, encore catéchumène, qui m'a revêtu de ce manteau» En effet Martin n'était point encore devenu chrétien par le baptême, il n'était qu'en voie de l'être, lorsqu'il accomplit cet acte de charité.



St-Martin, encore légionnaire romain coupe sa cape pour vêtir un pauvre.

Ce récit montre toute la vérité de cette parole : « Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, vous le faites à moi-même; » il montre aussi que Dieu récompense largement en cette vie et dans l'autre ceux qui agissent ainsi.

Saint Gille l`ermite (St-Aegidius), encore enfant, revenant un jour de l'école, se dirigea vers une église pour y faire sa prière. Il rencontra sur le seuil un pauvre infirme qui lui demanda l'aumône. N'ayant rien sur lui pour le moment et pourtant ému de compassion à la vue de cet infortuné, il retira sa tunique et la lui donna. O bonté infinie de Dieu, comme vous ne cessez de présider à toutes nos actions ! (Saint Aegidius, en d'autres termes saint Gilles, fut abbé en Languedoc. Il mourut vers le commencement de la seconde moitié du 6e siècle. On pense qu'il vint d'Athènes dans les Gaules, attiré par la réputation de saint Césaire à Arles)

Comme il est vrai que vous scrutez nos coeurs ! Aucune de nos intentions ne vous échappe et vous lisez jusqu'au fond des âmes nos plus secrètes pensées ! A peine le pauvre eut-il revêtu la tunique d'Aegidius, qu'il fut guéri de son infirmité!

Saint Benoît ne se borne pas à recommander dans sa règle de nourrir le pauvre et d'étancher sa soif; de donner l'hospitalité à ceux qui se présentent, de laver leurs pieds et de leur faire bon accueil; de vendre jusqu'aux vases sacrés, si l'on ne peut s'en dispenser, quand le soin des malades l'exige; il recommande encore de ne conserver
que les vêtements strictement nécessaires et de donner le reste aux indigents. Ceux donc qui veulent se montrer scrupuleux observateurs du précepte de notre saint docteur et cheminer, selon leur promesse, dans les voies qu'il a tracées, s'appliquent à vivre et à se vêtir modestement comme de vrais religieux.

Ils préfèrent réserver la part des pauvres du Christ, plutôt que de se parer futilement de vêtements beaucoup trop luxueux, au mépris de l'assistance qu'ils doivent à l'indigent. Ils rougiraient d'étaler, au grand scandale des personnes qui s'inquiètent de leur manière de vivre, les franges de leurs vêtements, à l'exemple de ces hommes orgueilleux et vains que Notre-Seigneur a si fortement blâmés.

Cette conduite, si digne d'éloges, suivie par les Pères de nos monastères, trouve des imitateurs, j'en suis certain, chez les Pères des autres ordres religieux. Quant aux femmes du monde, elles seront très-heureusement inspirées si, n'ayant nul souci de posséder des caisses pleines de vêtements inutiles, ni de s'habiller plus richement qu'il ne convient, elles vivent comme de véritables servantes de Jésus-Christ.

Elles feront une part extrêmement large de ces vêtements pour les distribuer en aumône, soit , dans l'intérieur de leurs demeures, aux personnes de leur service, soit, à l'extérieur, à d'autres personnes nécessiteuses. Parfois même il leur arrivera de se dépouiller de ce qu'exigerait leur rang pour le donner au Christ et s'amasser des trésors en paradis.

Mais si les personnes dont je parle ont raison d'agir ainsi, vous agissez donc fort mal, vous qui tenez une conduite opposée; vous qui, non contentes de vous parer de tout votre pouvoir, avec la même recherche que les femmes sans pudeur, ne tournez point vos regards vers le Christ dans la personne de ses pauvres, pour lui venir en aide ; mais qui, tout au contraire, conservez dans vos armoires une foule de vêtements demeurant sans emploi, à votre grand préjudice spirituel !

Qu'en résultera-t-il? Après votre mort, tous les vêtements laissés par vous deviendront ce que vous voyez journellement devenir ceux des personnes qui suivent votre exemple. En vain me répondrez vous : « Ces vêtements peuvent m'être utiles un jour et je ne voudrais, en m'en séparant, me mettre à la merci de personne. » Quoi, vous, femme chrétienne, vous n'avez pas confiance dans le Seigneur ! Fuiriez-vous donc les occasions de vous humilier ? ne voudriez-vous pas supporter des privations ? ne seriez-vous chrétienne que de nom? prétendriez-vous, enfin, jouir ici-bas de ces vaines richesses et les emporter encore dans l'autre vie ? Donnez-les au Christ avec amour : il vous les conservera, et, en attendant, il ne vous laissera manquer de rien.

Lui plairait-il même de vous faire subir certaines privations, pour vous donner avec lui plus de ressemblance, au point de vue de sa pauvreté et de ses souffrances, il vous mettrait au cœur une telle joie, au sein des épreuves et de la misère, que vous mépriseriez toutes les richesses humaines et n'accepteriez plus une vie sans douleurs. Nul, du reste, ne peut servir deux maîtres à la fois : Dieu et le monde. (St Matthieu., ch. 6, v. 24.)

Voulez-vous savoir, ô femmes pieuses, ce qui doit composer votre modeste garde-robe ;inspirez vous des exemples que vous ont laissés, à cet égard, les saintes de toutes les conditions. Vous rougirez alors de vos coupables prodigalités. Que de parures dispendieuses et inutiles ! Quelle quantité de toilettes délaissées et sans emploi! Et pourtant, selon la remarque de saint Basile, que de pauvres petits infortunés sans vêtements ! que de malheureuses jeunes filles obligées de ne pas sortir et dans l'impossibilité d'aller le matin, de temps en temps, à la messe, faute d'avoir de quoi se couvrir décemment ! Mais un temps viendra, ô femmes riches aujourd'hui, sans pitié ou à peu près pour ces pauvres jeunes filles, un temps viendra où vous verrez celles, qui auront supporté la pauvreté avec résignation, couronnées de gloire au sein de l'éternelle béatitude, tandis que vous, à moins que la pitié ne touche votre coeur et ne vous fasse changer de conduite, vous serez à jamais plongées dans des abîmes de misère et de douleurs ! Tel, le mauvais riche, implorant le mendiant Lazare, lui demandait en vain quelques gouttes d'eau pour se rafraîchir !

On ne saurait trop méditer ce passage de l'Évangile avec toute l'attention qu'il mérite au point de vue des œuvres de miséricordes corporelles. Il faudrait surtout bien peser ces paroles : « Mon fils, souviens-toi que tu as eu les biens en partage durant ta vie, tandis que Lazare a eu les maux»  (S. Luc, ch. 16, v. 19.)

«Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et il faisait chaque jour une splendide chère.  Il y avait aussi un mendiant, nommé Lazare, le quel était couché à sa porte, couvert d'ulcères; Désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; et personne ne lui en donnait, mais les chiens venaient et léchaient ses ulcères. Or il arriva que le mendiant mourut et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. Or, levant les yeux, lorsqu'il était dans les tourments, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein. Et s'écriant, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour rafraîchir ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. Et Abraham lui dit : Mon fils, souviens-toi que, pendant ta vie, tu as reçu les biens de même que Lazare les maux ; or maintenant il est consolé et tu es tourmenté. De plus, entre nous et vous, il y a désormais un grand abîme, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici à vous, ou de là venir ici, ne le peuvent pas. Et s'écriant, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour rafraîchir ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. Et le riche dit : Je vous prie donc, Père, de l'envoyer dans la maison de mon père; Car j'ai cinq frères, afin qu'il leur atteste ces choses et qu'ils ne viennent pas aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments. Mais Abraham lui répondit : Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. Et il dit : Non, père Abraham, mais si quelqu'un va des morts vers eux, ils feront pénitence. Abraham lui répondit : S'ils n'écoutent point Moïse et les prophètes, quand mème quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne croiraient pas.»

Ces graves réflexions nous feraient prendre, sans doute, la ferme résolution de vivre d'une manière conforme à la simplicité chrétienne, dont une foule d'auteurs ont parlé en termes fort clairs, et celle aussi de réserver pour les pauvres une part dans les biens que Dieu nous a donnés dans ce but. Mais, malheureux insensés que nous sommes, nous pouvons, au prix seulement de quelques efforts, gagner un royaume éternel et nous n'en avons pas la volonté ! Et que l'on n'allègue pas son impuissance; que l'on ne prétende pas manquer des moyens nécessaires pour atteindre ce but, puisque la valeur du don se mesure aux ressources de chacun, Dieu se contentant de la bonne intention, si l'on ne peut pas davantage.

D'ailleurs, que nous le voulions ou non, l'argent que nous dépensons ne nous appartient pas réellement; d'abord, une foule d'événements nous exposent à le perdre; ensuite, il faudra bien s'en séparer au moment de la mort. Aussi le Seigneur a-t-il dit : « Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin que, lorsque vous mourrez, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (S. Luc,16, 9.); ces amis qu'il faut se faire en leur donnant, comme l'explique Bède, non pas des biens frauduleusement, mais loyalement acquis, sont-ils autres que les pauvres de Jésus-Christ ?

Ne sera-ce pas eux qui, en reconnaissance des aumônes que nous leur aurons faites, nous recevront dans les tabernacles du paradis? Il en est de même des deux serviteurs de Dieu : le pauvre et le riche. L'un a les richesses de la terre, l'autre a les faveurs du Seigneur.

Le premier, distrait par les soins de ce monde, n'est pas fertile pour la prière ; mais, quand il sert d'appui au pauvre, le pauvre prie pour lui, et sa prière a une grande vertu auprès de Dieu. Et, de même que l'ormeau, qui semble stérile, s'associe à la fertilité de la vigne, de même le pauvre porte des fruits de prière qui appartiennent à lui et au riche qui le soutient. Leurs bonnes œuvres sont leur patrimoine commun devant Dieu. ( Le pasteur d`Hermas)

EXEMPLES.

Dévouement de sainte Élisabeth de Hongrie pour les pauvres.



Sainte Élisabeth, duchesse de Thuringe, vendait souvent ses plus beaux vêtements et tout ce qu'elle croyait superflu dans sa toilette, pour avoir de l'argent à distribuer aux pauvres; elle cousait, tricotait et s'occupait à d'autres travaux, afin de pouvoir se rendre utile aux malheureux.


Comment il vaut mieux donner à un pauvre une chemise neuve qu'une vieille.

Un mendiant, méchamment habillé, demandait un jour l'aumône à une pieuse dame. Celle-ci dit à sa domestique de lui donner une chemise. La servante obéit, et apporta au mendiant une chemise de grosse toile et à moitié usée. A cette vue, la dame lui ordonna d'en apporter une meilleure en lui disant : « Pensez quelle serait ma honte, lorsqu'au jugement dernier, Jésus-Christ montrerait à tous les hommes cette mauvaise chemise que je lui aurais donnée! »


Œuvre des paroisses.

Dans presque toutes les paroisses, des quêtes se font pour fournir à l'habillement des enfants pauvres qui vont faire leur première communion. Il y a aussi la St-Vincent de Paul qui habille ceux qui sont en difficulté.


Le Comptoir Emmaüs : Le Comptoir Emmaüs est un organisme sans but lucratif établi à Québec depuis 1959. Chez Emmaüs, nous récupérons tous les objets dont vous voulez vous départir. À la fin de l’été 1958, M. Yves Germain, le fondateur se rendit à l’Oratoire Saint-Joseph pour assister à une conférence donnée par l’abbé Pierre. Celui-ci est bien connu pour son franc-parler, son engagement social et sa grande implication auprès des plus démunis. M. Germain, touché par ses propos s’engagea alors à fonder à Québec le premier Comptoir Emmaüs en Amérique. Quelques mois plus tard, à la fin de l’automne 1959, l’abbé Pierre arriva de France pour aider M. Germain à l’inaugurer.


Le Comptoir Emmaüs



Le Comptoir Emmaüs



Les comptoirs de St-Vincent de Paul


CHAPITRE 6

DE LA CINQUIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE : LA VISITE DES MALADES.

Si, dépouillés de tous sentiments terrestres, nous considérions de temps à autre, avec le recueillement nécessaire, toute l'étendue de l'amour que Dieu a eu pour nous; si nous réfléchissions sérieusement à la multitude des moyens qu'il prend pour nous amener à lui et nous rendre dignes de notre salut, qu'il a payé de son sang, quelles difficultés, même les plus grandes, nous arrêteraient pour lui être agréables ou lui prouver, du moins en partie, notre reconnaissance pour tant d'amour ! Toutes les grandeurs d'ici-bas deviendraient alors à nos yeux misère et néant.

Mais, hélas ! nous sommes tellement plongés dans la fange des choses terrestres, tellement oublieux de nos destinées immortelles que nous ne tournons jamais nos regards vers le ciel. Vous ne considérons jamais combien les choses humaines sont, en comparaison des choses célestes, méprisables, indignes de notre amour et, à coup sûr, essentiellement éphémères, quand bien même toutes seraient bonnes. Et comme s'il n'existait ni ciel, ni paradis, ni autre bien, jamais non plus nous n'arrêtons notre pensée sur la nécessité de quitter ce monde.

Il faudra bien pourtant en venir là. Aujourd'hui, c'est vous, c'est moi qui disons : un tel est mort; demain, ce seront les autres qui en diront autant de nous.

Ah! que nous songeons rarement à cet amour de Jésus-Christ pour nous et au désir qu'il a de nous sauver ! Il ne s'est pas contenté de prononcer ces paroles générales : « Le monde vous reconnaîtra pour mes disciples à l'amour que vous aurez les uns pour les autres »précepte qui comprend, à lui seul, la charité avec toutes ses vertus et les œuvres de miséricorde. Il a voulu, de plus, nous donner spécialement des moyens suffisants et efficaces (nous l'avons dit ailleurs), pour marcher aisément dans cette voie qu'il s'est plu à aplanir et à rendre droite à nos yeux; si bien que nous ne pourrions nous en écarter qu'à la condition de le vouloir absolument, et qu'il dépend de nous seuls de ne pas nous égarer.

Notre-Seigneur fit plus : il ne prescrivit et n'enseigna jamais rien, il ne donna aucun conseil, avant d'avoir commencé par mettre ces préceptes et ces conseils en pratique, en offrant lui-même sa propre vie pour exemple. Aussi est-il écrit : « De tout ce que Jésus a commencer de faire et d`enseigner» (Acte des Apôtres 1,1) ;

Jésus se mit à agir, puis à enseigner. Je répète donc qu'il ne se borna pas à prescrire ces œuvres de miséricorde, mais qu'il les accomplit toutes lui-même. Personne n'ignore que non-seulement il pourvut, par un miracle, à la nourriture d'une multitude affamée, mais qu'il la lui distribua de ses propres mains, avec l'aide de ses disciples. Saint Jean s'exprime, en effet, en ces termes : « Jésus prit les pains, rendit grâces, et les distribua a ceux qui étaient assis.» (Jean 6,11);

Quant à la visite des malades,
le Christ nous a donné la preuve la plus éclatante du prix tout particulier qu'il attache à cette œuvre pieuse, puisqu'il répondit toujours à l'appel qui lui fut fait de les visiter, en leur apportant la guérison de l'âme et du corps. Si nous ne pouvons en faire autant, il nous est du moins possible, grâce à Dieu, de leur être d'un grand secours sous divers rapports.

Remarquons ici que l'acte de visiter doit toujours nécessairement profiter à celui qui en est l'objet. La venue du Christ pour racheter l'humanité fut appelée visite par le grand prêtre et prophète Zacharie, qui s'est écrié dans son cantique : « Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël de ce qu'il a visité et racheté son peuple (Luc 1,68);». La visite de la St-Vierge Marie à Élisabeth ( la Visitation) fut un sujet d'allégresse, puisqu'elle fut le motif de la sanctification de saint Jean-Baptiste dans le sein de sa mère qui fut remplie du Saint-Esprit.

Les épreuves envoyées par Dieu sont, en effet, salutaires pour qui sait les supporter avec résignation. Elles mortifient les sens et la chair; elles vivifient l'esprit, inspirent le retour à Dieu et amènent l'homme à le reconnaître pour son souverain maître; c'est ce qui les a fait appeler des visites du Seigneur. Cette vérité bien établie, savoir : que l'acte de visiter doit toujours apporter une utilité quelconque à ceux que l'on visite, nous nous efforcerons, dès lors, de donner, sous ce rapport, ce caractère à nos propres actions. Auront-elles pour but le soulagement du corps? nous y pourvoirons, selon la nécessité, avec les ressources temporelles; s'agira-t-il, au contraire de l'esprit ? nous emploierons les consolations amicales, les douces paroles, marques de notre profonde sympathie pour le prochain et de la part sincère que nous prenons à sa douleur; sera-ce l'âme enfin qui appellera un soulagement?

Nous exhorterons le malade à la patience et l'engagerons à supporter avec résignation, pour son bien, toutes les épreuves que Dieu lui envoie. En un mot, nous devons approprier nos consolations à la disposition d'esprit des divers malades et prendre les moyens indiqués par l'état de chacun. Si donc nous visitons (et l'on doit toujours ici observer dans la charité l'ordre prescrit plus haut), si nous visitons, dis-je, un malade, et que ce malade soit pauvre, nous avons le devoir de joindre une aumône à notre visite; car si la pitié et les consolations suffisaient, cette œuvre de miséricorde corporelle ne différerait en rien de l'œuvre de miséricorde spirituelle, qui consiste à éprouver de la compassion pour les malheurs d'autrui et à consoler les affligés.

Je répète donc que si nous voulons remplir entièrement nos obligations à cet égard, nous devons multiplier nos visites et ne point nous présenter les mains vides, mais faire à ces pauvres malades quelques petits présents, en rapport avec leur condition et leurs besoins. Ajoutons-y, comme nous l'avons dit, quelques bonnes paroles de nature à leur prouver notre sympathie pour leurs maux, en nous efforçant d'avoir des sentiments de pitié dans le cœur. Puis, si nous le jugeons utile, exhortons-les à souffrir avec patience, et à subir avec une résignation, bien difficile à la faiblesse humaine, les épreuves que nous inflige la main toujours miséricordieuse du Seigneur.

La question d'opportunité pour l'accomplissement de tous ces devoirs, et la mesure à mettre dans cet accomplissement, tant par rapport à l'état, à la condition et aux besoins du malade, que par rapport à la situation et aux ressources du visiteur, sont affaire de tact et de jugement; il n'y a pas de règles précises à cet égard. Si les personnes visitées sont riches, ou du moins dans une situation aisée et à l'abri du besoin, celui qui les visite les consolera par sa seule présence et ses paroles affectueuses. Il les exhortera à se conformer à la volonté de Dieu, qui agit toujours au mieux de nos intérêts, et à avoir pleine confiance en sa grâce.

On s'étendra plus ou moins sur ce sujet, selon la nécessité et dans la mesure où la charité en imposera le devoir. Il est utile de savoir que si, par suite d'occupations multipliées ou pour d'autres raisons, on se trouvait dans l'impossibilité de visiter soi-même tous ses parents, voisins et amis, lorsqu'ils sont pauvres et malades, on pourrait satisfaire à ce devoir au moyen d'un tiers. Rien n'empêche de se faire remplacer par ses enfants, ses serviteurs ou d'autres personnes et d'user de leur intermédiaire pour envoyer, où besoin est, des secours et des aumônes.

Si jamais, d'ailleurs, les chrétiens ont besoin d'aide spirituelle, c'est bien au moment de franchir le dernier pas. On n'y pense guère pourtant, et peut-être ceux que l'on regarde comme les heureux du monde sont-ils, en cet instant, plus à plaindre que les autres. C'est une raison de plus pour s'occuper tout spécialement de cette œuvre de charité, car à l'heure de notre mort se décide la question de notre salut ou de notre perte éternelle.

A tous les moyens indiqués de soulager les malades s'en ajoute un qui les surpasse même de beaucoup. C'est l'obligation où nous sommes de prier Dieu pour eux de tout notre cœur, d'implorer en leur faveur son secours divin et ses bénédictions, comme nous le ferions pour nous-mêmes et pour ceux que nous aimons en ce monde.

Grâce à la prière, les personnes qui se trouvent dans l'impossibilité de visiter les malades, comme par exemple, les religieuses cloîtrées, qui ne peuvent sortir pour aller voir leurs parents; grâce à la prière, les absents et ceux qui sont retenus par un obstacle quelconque satisfont à leur devoir à cet égard. Cette visite ne leur comptera pas moins
aux yeux de Dieu que s'ils l'eussent faite eux-mêmes. Le Seigneur a, d'ailleurs, parfois visité les malades et leur a donné la guérison et la vie, sans pour cela s'être rendu auprès d'eux (Guérison du serviteur du centurion. (St Luc, 7,2)


EXEMPLES.

Divers exemples de dévouement pour les malades.

L'impératrice Eudoxie se plaisait à visiter les malades dans les hôpitaux qu'elle avait fait construire et à leur porter de la nourriture de ses propres mains. Flaccile, épouse de Théodose, visitait souvent aussi les hôpitaux, soignait elle-même les malades, faisait leurs lits, leur préparait à manger, lavait leur vaisselle, et leur rendait toutes sortes de bons offices. La pieuse Fabiola, illustre dame romaine, allait plus loin encore : elle lavait les plaies hideuses des malades, les pansait de ses propres mains, et réchauffait leurs membres glacés.

(Grand catéchisme d'Hauterive.)

Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul.

Instituées en 1633 par saint Vincent de Paul, et dont la formation fut confiée à Sainte Louise de Marillac, elles se consacrent au service des malades et au service corporel et spirituel des pauvres.



Sainte Louise de Marillac dans les Hôpitaux (1591-1660)



Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul dans les Hôpitaux



Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul en Afrique


Les Sœurs Auxiliatrices des Âmes du Purgatoire

Cette congrégation, instituée pour le soulagement des âmes du purgatoire (prière), s'occupe aussi de la visite des malades. Les Sœurs Auxiliatrices des Âmes du Purgatoire ont été fondées en 1856 par Eugénie Smet. Elle offre sa vie pour les plus délaissés de ce monde et de l’autre.



La Bienheureuse Eugénie Smet


L’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu

L’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, sous son appellation complète l’ordre hospitalier des Frères de Saint-Jean-de-Dieu (plus couramment Frères de la charité sous l'Ancien Régime), a été fondé à Grenade (Espagne) en 1539, par saint Jean de Dieu, pour le soin des pauvres et des malades.



St-Jean de Dieu Fondateur de l`Ordre Hospitalier en Espagne



MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: LE LIVRE DE LA CHARITÉ - Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule - Les oeuvres de Miséricorde du Chrétien

Message par MichelT le Dim 10 Juin 2018 - 13:24

CHAPITRE 7

DE LA SIXIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE : LA VISITE DES PRISONNIERS.

« J'étais en prison et vous m'avez visité. » ( Matthieu 25,36).  Ce que nous avons dit de la visite des malades peut, en grande partie, s'appliquer ici et nous servir de guide pour la visite des prisonniers.

Tous les moyens précédemment indiqués sont de nature à soulager leur âme et leur corps, et l'on pourrait presque se dispenser de parler de cette œuvre de charité. Cependant il est bon d'entrer ici dans quelques détails sur ce point particulier, et d'indiquer la manière la plus simple de mettre en pratique cette sainte œuvre, en vue du service de Dieu et de l'utilité des âmes.

Cette œuvre demande, toutefois, à être pratiquée avec réflexion et discernement. Il faut savoir aider et soulager, de préférence, ceux qui méritent davantage la pitié, comme étant moins coupables et se trouvant dans une situation misérable, plutôt par suite des coups de la fortune, selon l'expression populaire, et par la force des événements, que par la faute de leur improbité ou de leurs vices.

Surtout ne manquons jamais ne manquons jamais de prier Dieu pour tous les pauvres prisonniers. Prions principalement pour ceux auxquels nous attachent des liens de parenté ou d'affection, pour ceux aussi avec qui nous avons des rapports, pour ceux enfin que l'on recommande à nos prières. C'est aux yeux de Dieu une des meilleures manières de secourir les prisonniers.

Saint Grégoire disait dans une homélie, on peut fort bien concilier la pitié pour le prochain avec la stricte observation de la loi destinée à punir le vice ; aimer, en un mot, dans le même homme, ce qu'il y a en lui d'aimable, de bon et de digne d'éloges, et poursuivre, en même temps, le mal dont il s'est rendu coupable. Car si l'on fermait imprudemment les yeux sur les fautes, on serait exposé à paraître céder non point à des sentiments de charité et de compassion, mais de négligence et de condescendance coupable.

Le bon sens, la charité, la volonté d'agir comme des hommes pénétrés de la crainte du Seigneur serviront de guides dans ces circonstances et inspireront la conduite à tenir. On aura honte d'imiter, pour ainsi dire, la férocité des bêtes sauvages, qui sont dépourvues de jugement, de pitié, de raison et dont la rage s'exhale contre tous sans distinction. En résumé, les personnes dont nous venons de parler ont un très-large champ pour pratiquer, de bien des manières, les saintes œuvres de miséricorde.

EXEMPLE

Saint Paulin se fait esclave pour rendre la liberté au fils d'une veuve.

Saint Paulin (v° siècle), de riche devenu pauvre pour avoir soulagé tous les indigents qui avaient eu recours à lui, n'ayant plus rien à donner, se vendit lui-même pour rendre la liberté au fils d'une pauvre veuve qui n'implora pas en vain sa charité. Saint Grégoire le Grand, qui rapporte ce trait, dans ses dialogues, ajoute que saint Paulin travailla comme esclave dans un jardin, jusqu'à ce que son maître, ayant découvert son mérite, le mit en liberté et le renvoya.(Godescard, tome V, page 443)

Saint Césaire vend son argenterie pour le rachat des captifs.

Théodoric, roi des Goths, en Italie, envoya à saint Césaire, évêque d'Arles au 6 siècle, un grand bassin d'argent qui pesait soixante livres, trois cents sols d'argent, et chargea les porteurs de lui dire : « Le roi votre fils vous prie de recevoir ce vase et de vous en servir pour l'amour de lui. »

Le saint évêque, qui n'usait d'autre argenterie que de quelques couverts, fit vendre le bassin, en employa le prix au soulagement des pauvres et à la rédemption des captifs. On vint le dire au roi, et on ajouta qu'il y avait tant de pauvres à la porte du saint, qu'on avait peine à entrer. Le roi en fut si édifié et s'en exprima d'une manière si touchante que, faisant passer ses sentiments dans le cœur des grands qui l'entouraient, tous s'empressèrent à l'envi de fournir aux pieuses libéralités du saint pasteur. Par ce moyen, il se vit en état de délivrer une infinité de captifs, particulièrement des Provençaux, auxquels il fournit de quoi retourner chez eux. (Catéchisme historique)

OEUVRES.

Aumônerie catholique en milieu carcéral

La prison est présente dans la Bible : détenus et captifs sont l'objet de l'attention de Dieu. La Bible est un support permettant aux personnes détenues de garder l'espérance jusqu'à leur libération.


Les aumôniers dans les prisons





CHAPITRE 8

DE LA SEPTIÈME OEUVRE DE MISÉRICORDE CORPORELLE : L'ENSEVELISSEMENT DES MORTS.

Bien que saint Matthieu ne mette point l'ensevelissement des morts au nombre des autres œuvres de miséricorde, dans l'endroit où il en parle, et qu'il ne semble pas que cette œuvre soit aussi indispensable que les six autres dont l'accomplissement nous est recommandé par Notre-Seigneur lui-même, cependant l'Église la regarde comme l'une d'elles.

Il est vrai, remarque saint Thomas d`Aquin que l'ensevelissement des morts n'apporte aucun soulagement à leur corps, puisque le trépas l'a rendu insensible; ce qui fait, selon la parole du Seigneur, que le pouvoir du bourreau, vis-à-vis du corps, ne va pas au-delà de la mort qu'il lui donne.

ll est également vrai que, pour cette raison, l'évangéliste n'a pas compris l'ensevelissement des morts parmi les autres œuvres de miséricorde, et qu'il fait seulement mention de celles dont la nécessité est particulièrement démontrée. Mais il n'est pas moins vrai, non plus, qu'il est de l'intérêt du défunt, au point de vue de son souvenir dans la mémoire des hommes, que son corps ne soit pas livré à l'abandon, et que ce serait un déshonneur pour lui de rester sans sépulture.

Il faut aussi prendre en considération l'affection que l'homme portait à son corps durant sa vie, et les personnes pieuses doivent, après sa mort, avoir égard à ce sentiment. Aussi certains hommes se sont-ils illustrés en ensevelissant les morts, comme le dit encore saint Thomas, que nous citons presque textuellement en cette matière.

Ce grand docteur en offre comme preuve, dans un autre passage, l'histoire de Tobie; elle semble être la base de cette œuvre de charité. Rappellerons-nous, à notre tour, que ce même Tobie, parmi beaucoup d'autres œuvres du même genre, pratiquées par lui au plus sublime degré, exerça, avec un zèle exceptionnel et au grand péril de sa vie, la sainte œuvre d'ensevelir les morts de son peuple pendant la captivité des Juifs à Ninive en Assyrie.

Il est écrit que « chaque jour il allait parmi toute sa parenté, qu'il consolait ses frères, partageait avec eux ses ressources, autant qu'il le pouvait, nourrissant ceux qui avaient faim et donnant des vêtements à ceux qui en manquaient» (Tobie 1,19). On le voyait interrompre ses repas, quitter toutes ses occupations pour aller enlever, nuit et jour, au milieu des places publiques, ceux qui avaient été tués, afin de leur donner la sépulture.


Tobie ensevelissant les morts de sa nation lors de l`exil des Juifs en Assyrie ( Tobie 1,19)

On lit, en effet, à la suite du passage précité : « qu'il donnait avec le plus grand zèle la sépulture aux morts et à ceux qui avaient été tués» (Tobie, 1,20). Et plus loin : « s'élançant de table, et laissant son repas inachevé, il arriva, à jeun, près du corps de l'Israélite égorgé et, l'enlevant, il l'emporta secrètement dans sa maison, afin de pouvoir l'ensevelir avec précaution après le coucher du soleil» (Tobie, 2, 3, 4 ).

L'ange Raphaël fit connaître au vieux Tobie combien cette conduite avait été agréable au Seigneur, quand, se dévoilant à lui ainsi qu'à son jeune fils et aux autres personnes de la maison, il s'exprima ainsi en les quittant : « Je vous manifeste donc la vérité et je ne vous cacherai point une chose qui est secrète. Quand tu priais avec larmes, que tu ensevelissais les morts, que tu laissais ton repas, que tu cachais les morts durant le jour en ta maison, et que, pendant la nuit, tu leur donnais la sépulture, c'est moi qui ai présenté ta prière au Seigneur. Et parce que tu étais agréable à Dieu, etc. (Tobie 12,12). »



Tobie avec l`Archange St-Raphael

Combien se sont également illustrés ces hommes pieux qui donnèrent la sépulture la plus honorable qu'ils purent à notre Seigneur Jésus-Christ ! L'Écriture sainte appelle « des hommes craignant Dieu » ceux qui ensevelirent le premier martyr saint Étienne; elle parle avec louanges des funérailles qu'ils lui firent avec un si grand deuil (Actes des apôtres 8,2).

Personne n'ignore, en outre, les éloges pompeux décernés dans l'histoire des saints à la piété des hommes et des femmes qui pourvoyaient, avec un si grand dévouement, dans les limites permises par la difficulté des temps et la cruauté des tyrans, à ce que les saints martyrs fussent convenablement ensevelis après la mort qui couronnait leurs souffrances.

Sans doute nous n'avons pas aujourd'hui l'occasion d'exercer cette sainte œuvre de miséricorde de la même manière que Tobie et les personnes dont nous avons parlé, si ce n'est, peut-être, en temps de guerre ou en d'autres circonstances semblables. Grâce aux prescriptions de l'Église et aux usages chrétiens, tous les morts reçoivent, de façon ou d'autre, la sépulture. Cependant il ne nous est pas impossible d'acquérir des mérites sous ce rapport, en faisant les aumônes nécessaires à ceux auxquels leur extrême pauvreté interdit de pourvoir aux frais de l'ensevelissement des leurs, ou qui ont le chagrin de les voir porter au cimetière sans drap mortuaire et sans cierges. Pareil fait ne se verrait, d'ailleurs, qu'au cas où l'avarice, la dureté et le manque de charité chrétienne seraient tels chez un curé qu'il s'abstiendrait de pourvoir, lui-même et à ses frais, à l'accomplissement de ce pieux devoir.

Il nous est encore possible d'acquérir des mérites dans la pratique de cette sainte œuvre, si nous accompagnons, en récitant des prières, le convoi des morts, surtout celui du pauvre; car alors il y a tout lieu de croire que notre conduite est uniquement dictée par l'amour de Dieu. S'agit-il du riche, au contraire, nous pouvons, dans l'accomplissement de semblables offices, céder à une foule d'autres considérations. Et plût au ciel que le sentiment du devoir fût la principale !


EXEMPLES.

Zèle des premiers chrétiens pour l'ensevelissement des morts.

Les chrétiens des premiers siècles étaient très empressés à séparer des cadavres païens les corps de leurs frères dans la foi; car les chrétiens avaient horreur de se mêler aux idolâtres, même dans le tombeau. Les fidèles de ce temps ensevelissaient leurs frères dans des lieux souterrains, principalement dans les catacombes de Rome. Ils recueillaient avec soin les ossements des martyrs, afin qu'ils ne fussent point confondus avec ceux des païens, et les inhumaient selon le rite catholique. Pendant la nuit, ils se glissaient sur les places publiques, d'où ils enlevaient le corps des martyrs, ou bien retiraient leurs ossements du milieu des cendres. Ainsi, par exemple, nous lisons que les chrétiens recueillirent soigneusement les restes de saint Polycarpe, et les exposèrent à la vénération des fidèles. (Catéchisme historique)


OEUVRES

Messe pour les défunts non réclamés



Une cinquantaine de personnes se sont réunis au cimetière le Repos St-François d'Assise (RSFA) à Montréal pour célébrer une messe à l'intention des 1162 défunts non réclamés depuis les sept dernières années.

suite bientot

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Re: LE LIVRE DE LA CHARITÉ - Père Abbé Dom Silvano RAZZI, camaldule - Les oeuvres de Miséricorde du Chrétien

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