HYMNE DE NOËL. – Par Michel de l`Hospital - vers l`an 1550

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HYMNE DE NOËL. – Par Michel de l`Hospital - vers l`an 1550

Message par MichelT le Jeu 6 Déc 2018 - 12:37

HYMNE DE NOËL.  – Par Michel de l`Hospital  - vers l`an 1550


Michel de L'Hospital,  est conseiller au parlement de Paris (1537), ambassadeur au concile de Trente, maître des requêtes, surintendant des finances (1554), chancelier de France (1560) et poète latin



La crèche de Bethléem


Amis, que nos chants célèbrent nuit et jour la fête de Noël, la Noël, la Noël du Seigneur ! Fêtons, dans la pureté et la chasteté de nos cœurs, ce jour, qui fit luire notre première espérance, qui nous montra le Père de la vie et de la lumière, dissipa les ténèbres et terrassa la mort. Le Fils de Dieu tout-puissant, Dieu lui-même avant la vie, avant les siècles, de toute éternité, est descendu du ciel et s'est fait homme; il a voulu naître d'une Vierge sans tache, pauvre et ignoré, non dans le palais du roi David, mais dans une étable d'auberge, entre un âne et un bœuf, et jamais naissance si humble et si mystérieuse ne sera comprise des humains, jamais bouche ne pourra la célébrer assez. Les Grecs prétendirent que c'était une fable, et les juifs, frémirent de crainte et de colère ; plus ils avaient jadis été chéris de Dieu, moins ils purent soutenir une aussi splendide lumière et reconnaître leur roi, car ils attendaient un roi semblable à ceux de la terre, couvert d'or et de pierreries.

Mais nous, race païenne (qui l'eût jamais pensé ?), nous avons cru en Dieu. L'amour suprême a pardonné l'antique sacrilège, et le bienfait a effacé le crime. Nous te devons, Fils de Dieu, des actions de grâces d'autant plus grandes, que ta souveraine munificence nous a appelés dans la bonne voie, nous, oubliés, étrangers et adorateurs des faux dieux, pour nous faire conquérir une gloire souveraine. Ainsi l'espoir du trône se transmet du père au fils, et souvent un simple citoyen prend sa place, afin que toute la race humaine puisse s'appuyer sur sa gloire. Mais il faut tout accepter du Dieu qui, dans sa bonté, a mieux aimé sauver l'homme ingrat et ennemi qu'il pouvait perdre, et le racheter au prix (et quel prix !) de la vie et du sang de son Fils. Sans avoir fait avec nous aucune alliance, il nous a mis au rang, peut-être même au-dessus de ses anciens disciples.

Dieu avait prédit qu'il enverrait son Fils dans un certain temps, les saintes prophéties l'avaient annoncé des l'époque la plus reculée, et le moment de sa naissance était connu de Siméon et de saint Jean-Baptiste, son plus fervent adorateur. Ils savaient par tradition, ils lisaient dans leurs livres qu'il régnerait un jour, le  Christ, fils d'une vierge sans tache (chose admirable!) ; qu'il naîtrait dans une pauvre bourgade de la Judée; qu'il dépouillerait Samarie et Damas ; qu'il soumettrait l'Assyrie et l'univers entier; qu'il régnerait seul sur tous les peuples et unirait les nations en un seul faisceau. Dieu l'avait promis à ses patriarches, pour effacer la faute du premier homme et la laver dans le sang : tant notre existence et notre salut lui paraissaient précieux, tant il mettait de prix à l'humanité !

Mais le peuple fut sourd à la voix des prophètes, aussi bien que les prêtres, les scribes et les docteurs de la loi. Peut-être ces mystères ont-ils paru obscurs, et égaré pour longtemps une ignorante postérité (nul ne connaît les secrets de Dieu).Il n'est pas permis à toutes les intelligences de pénétrer le sens des prophéties environnées de ténèbres. Pourtant la vie de ce Juste, ses actions toutes divines, auraient dû émouvoir les esprits et les ramener à la vérité; quel homme eût pu ressusciter des cadavres, rendre la vue aux aveugles, faire marcher les paralytiques, rejeter en enfer ou précipiter à la mer le démon ( l`ange déchu) enfermé dans un corps humain, nourrir plus de cinq mille personnes avec un peu de pain et quelques petits poissons, changer de l'eau en vin délicieux, remplir les amphores vides, calmer d'un geste la mer, la tempête et les vents, se promener, sans sombrer, sur la surface des flots, obscurcir, en mourant dans les ténèbres d'une profonde nuit, les rayons du soleil (qui n'osait éclairer un semblable trépas), faire trembler l'univers de convulsions inconnues, et tant d'autres miracles trop longs à énumérer.

Le boeuf, l'âne et les autres animaux domestiques reconnaissent leur maître ; ils fêtent comme ils peuvent les caresses de sa main, en ouvrant la bouche, en dressant les oreilles, en agitant la queue, en remuant tout le corps ; ils obéissent d'eux-mêmes à sa volonté. Mais les ingrats, ils ont accablé de maux, puni du dernier supplice le Maître si longtemps promis, le Seigneur qui leur donnait, en tout temps et en tout lieu, les signes de sa céleste puissance! Il est bien vrai de dire que nul n'est prophète en son pays.





Que le Fils de Marie et du pauvre artisan, sans puissance et sans richesse, eût été assis sur un trône pompeux et sublime, nous eussions admiré l'étrange et l'inconnu; car rien ne nous frappe comme les vaines et fausses images. Parce que sa tête n'était point ceinte du diadème, parce que sa main ne portait ni le sceptre ni les autres insignes des rois, il a cru qu'il lui serait facile d'entraîner une populace ignorante. Il renonçait au souverain empire du monde, et disait, d'une voix retentissante, aux hommes des
villes et aux hommes des campagnes (les meilleurs pourtant), qu'il venait sauver les âmes abandonnées, anéantir à jamais le règne de Satan sur la terre, qu'il abandonnait à leurs rois les choses de ce monde, qu'il venait seulement guérir les âmes.





Personne ne voulut reconnaître Dieu, sauf ceux à qui il en fit la grâce. Autrefois déjà, un sage de la Grèce avait caressé le même rêve; un Juif avait pensé qu'avec le secours de la loi il pénétrerait les secrets du ciel : orgueilleux et insensés tous les deux, ils ont travaillé en vain, et se sont inutilement confiés, l'un aux ressources de son esprit, l'autre aux aspirations des lois de son pays. Dieu préfère les esprits modestes, peu versés dans la science et sentant leur propre faiblesse ; c'est plutôt à eux qu'il se fait connaître, et s'il ne leur permet pas de le voir dans sa splendeur et sa gloire, s'il ne se dévoile pas tout entier, au moins il fait refléter en eux, comme une ombre, une image ou un simulacre de la réalité ; nul n'a le droit d'espérer connaître Dieu avant que la mort l'ait conduit au ciel. Un messager, envoyé des cieux, fit descendre les bergers des montagnes, et ceux-ci, laissant leurs troupeaux, vinrent joyeusement se prosterner et chanter les louanges du Seigneur. La voix des anges préludait par ces mots : Paix à l'homme sur la terre, gloire à Dieu dans le ciel!

La même puissance se fit sentir aux mages, qui, entraînés par un avertissement céleste, quittèrent l'Orient, leur lointaine patrie, précédés d'une étoile qui leur montrait le chemin; l'astre conducteur s'arrêta sur leurs têtes, et ils s'approchèrent d'un berceau, fait de paille et de foin, pour offrir au nouveau-né leurs triples présents. L'Enfant se montra d'abord aux bergers, et non aux habitants des grandes villes ; et ensuite aux mages venant de pays lointains. Tel fut le berceau du Roi des rois, qui voulut naître dans une condition presque abjecte.





Ne cherchez pas à savoir quelles furent ses raisons, et ne doutez pas de la toute-puissance du Dieu qui tira du néant le ciel, la terre et la mer ; qui, de sa propre main, pétrit le premier homme de limon, et lui retirant, pendant son sommeil, une côte de la poitrine, en forma (chose admirable ) Ève, la compagne et l'épouse d'Adam. Ne regardez ni l'homme ni ses vêtements; plus modestes que ceux d'un esclave, ils recouvrent toute la majesté divine; songez plutôt aux signes éclatants qui marquèrent sa naissance. Comme le soleil levant dissipe les ténèbres de l'atmosphère et redonne à la création la lumière et la gaieté, tel Jésus, à sa naissance, a fait cesser la nuit qui, depuis la création, obscurcissait nos âmes ; il a rempli les coeurs purs d'une céleste lumière ; il a anéanti toutes les sciences mensongères de la magie, et les pythies, et les oracles, et les démons (anges déchus) qui inspiraient le monde, puis les a précipités dans les abîmes de l'enfer.

Il a chassé les dieux honorés, sans raison, sous des formes d'hommes ou de bêtes, par des populations sacrilèges ; il a fait sentir la vanité et l'impuissance des innombrables études de la Grèce sur la nature des choses. Ce long travail, propagé par la foi et les écrits de génies sages et éloquents, est destiné à montrer ce qui peut compléter le bonheur de l'homme, quelle est sa première vertu, quelles récompenses méritent ses bonnes actions, quels supplices attendent ses vices dans l'autre monde, quelles demeures éternelles habiteront les corps et les âmes, lorsqu'un feu dévorant aura réduit en cendres et la terre et tout ce qu'abrite le ciel.

Ces mystères obscurs, prêchés autrefois en termes ambigus, un enfant les expliqua dans le temple de Salomon, et ferma la bouche aux scribes et aux docteurs de la loi, sans avoir jamais rien appris; devenu lui-même un maître habile avec l'âge, il choisit pour disciples des hommes gagnant avec peine, à la pêche, une vie misérable, n'ayant étudié aucun art, pratiqué aucune science, dénués enfin de toute l'autorité que donnent la fortune et l'éloquence. Ni la violence ni la ruse n'ont donc jeté les fondements d'une religion nouvelle, et les prosélytes sont accourus, sans être égarés par l'artifice, ou menacés par le glaive. Ces premiers croyants étaient simples et naïfs; il leur montra dès l'abord quelle vie et quelles espérances devaient attendre ceux qui voudraient compter au nombre de ses saints.

Il ne fit pas comme ces cabaretiers qui donnent d'abord à leurs joyeux hôtes les vins les plus délicats, pour les régaler ensuite d'une substance âpre et piquante. Son front était sévère, sa retraite peu abordable : rien de doucereux ou de fardé qui pût induire en erreur ; tout devait être dur et terrible pour les hommes qu'il lui fallait. En effet, il leur enjoignait de vendre leurs patrimoines, d'en laisser la moitié pour nourrir les pauvres (l'homme est assez riche quand il peut s'habiller et se nourrir)  de se défaire de tout souci des choses humaines, de se vouer et consacrer uniquement à Dieu seul. Que signifiait le reste? Qu'étaient ces périssables vanités ? Il leur promettait au bout de cette vie les demeures célestes ; mais la route était dure et orageuse, il fallait surmonter des obstacles, des échecs, des combats, des ignominies et des chaînes impitoyables ; il fallait se soumettre à tous les genres de supplices pour obtenir les récompenses promises par Dieu après la mort. Il y avait de quoi épouvanter bien des hommes, de quoi les empêcher de quitter la maison de leurs pères : pourquoi s'engageraient-ils dans les traverses d'une vie incertaine et sans abri?





Pourquoi courraient-ils fatalement au-devant d'un trépas terrible ? Il est dans la nature de respecter ce qu'on a toujours vu, et on change peu ce qu'on possède contre de douteuses espérances. Cependant, après trois cents ans à peine, la religion englobait, sans distinction d'âge et de sexe, les pauvres, les indigents, les prolétaires, et bientôt gagnait les riches et les nobles ; elle s'étendait ensuite aux magistrats, aux souverains : tous l'adoptèrent de bon cœur, sans violence, sans supercherie ; pour elle ils oublièrent fortune et patrie, et semblèrent se réveiller après un long sommeil ; sous ses auspices, ils commencèrent une nouvelle existence, et se préparèrent ici-bas à la vie éternelle.

Elle leur apprit à faire face à tous les dangers, à ne redouter aucun mal, pas même la mort; elle apprit aux voyageurs qui traversent les forêts, les déserts incultes, les sables de Libye, aux matelots qui naviguent sur les ondes courroucées, que la vie n'est qu'un court espace, qu'ils atteindront bientôt le but tant désiré, qu'un repos sans fin les attend dans une autre patrie, s'ils succombent au milieu des dangers semés sous leurs pas. Heureux les yeux qui ont pu voir un semblable spectacle, et les oreilles qui ont pu entendre la voix du Christ! Les patriarches, les prophètes, brûlèrent du même désir, mais ils ne purent que prévoir l'avenir : le jour fatal et l'heure prescrite n'étaient pas encore venus ; en attendant, ils se nourrissaient d'une suave espérance, et arrivaient insensiblement jusqu'au séjour des justes. Pour nous, si nous gardons la foi, la même récompense et la même gloire nous attendent un jour au ciel!

Source: Poésies complètes du Chancelier Michel de l`Hospital - 1857



Gesu Bambino (Enfant Jésus) - par Richard Verreau

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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