BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par MichelT le Mar 7 Mai 2019 - 15:29

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, REPRÉSENTÉES DANS SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; ENTRETIENS SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES. (Extraits)


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Tour_img-496571-146

OUVRAGE TRADUIT DE L'ALLEMAND, AUGMENTÉ ET ANNOTÉ – Allemagne - 1857 Par l'abbé N.-J. CORNET

«La fille du roi a tout son honneur à l'intérieur.» (Psaume 45,14.)

Ayant examiné l'ouvrage intitulé : Beautés de l'Église Catholique, nous en permettons l'impression. Liège, le 27 janvier 1857. H. J. JACQUEMOTTE, Vic.-Gén.

(En Travaux)


INTRODUCTION.

DES RITES ET DES CÉRÉMONIES DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN GÉNÉRAL.

Éloigné du bruit et du mouvement des grandes villes par sa situation dans les montagnes, encore plus que par la distance,
le village de Christenthal formait une paroisse que n'avait point encore atteint la corruption moderne. Les habitants de la riante
et tranquille vallée avaient conservé la foi, les vénérables coutumes et les pieuses pratiques de leurs pères.


LES CÉRÉMONIES DE L'ANNÉE ECCLÉSIASTIQUE.

ENTRETIEN PREMIER.

CÉRÉMONIES ET USAGES DEPUIS L'AVENT JUSQU'A LA SEPTUAGÉSIME

Résumé. Avent : Sa signification, son but. Le Rorate. Usages. Noël. Les trois messes. Crèches, étrennes, arbres de Noël. Vin de Saint Jean. Épiphanie, Offrandes des Rois-Mages. Signification de cette fête et mystères que l'Église propose en ce jour. Fête de la Chandeleur. Bénédiction et signification des cierges. Bénédiction de saint Blaise.


Le Curé.
Mes amis, vous me voyez prêt à exécuter ce que je vous ai promis. Nous devons tout naturellement commencer par l'année ecclésiastique.
Vous n'ignorez peut-être pas que cette année ne commence pas comme l'année civile au 1 janvier, mais....  Avec l`Avent, interrompirent quelques-uns;
nous l'avons retenu de l'un de vos sermons.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 P1050692.1368587.w430


L`Avent


Simon. Mais nous ignorons d'où vient le nom d'Avent.

Le Curé. Les semaines de l'Avent sont destinées à nous servir de préparation à la naissance de Jésus-Christ ou à son avènement sur la
terre, en rappelant à notre souvenir le désir avec lequel les saints Patriarches de l'ancienne alliance avaient souhaité de voir arriver ce
jour, de voir leur Sauveur advenir ; de là donc aussi le mot advent ou avent. Cette explication vous fait voir en même temps, pourquoi
nous commençons l'année ecclésiastique avec l'Avent ; car, chaque année, nous devons pour ainsi dire vivre intérieurement de la vie du
Sauveur, nous rappeler toute l'histoire depuis sa naissance jusqu'à la descente du Saint-Esprit, de sorte donc que l'année qui s'inaugure
par la Nativité du divin Sauveur est précédée de ces quatre semaines de préparation qu'on appelle l'Avent.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ob_003170_titelbild

Simon. Mais veuillez bien nous dire, monsieur le curé, pourquoi nous devons encore maintenant nous préparer à la naissance du
Seigneur, tandis qu'il a fait son apparition dans le monde depuis plus de dix-huit siècles.

Le Curé. Mon cher ami, le Sauveur est né pour tout le monde ; mais est-il né aussi en nous ? Il y va de notre dignité de le recevoir lui et sa grâce dans notre âme. Avant que le Christ descendit sur la terre il fallut une préparation de quatre mille ans. Les hommes durent alors apprendre à reconnaître d'abord combien un Sauveur leur était nécessaire ; ils durent en exciter en eux un très-vif désir, et, afin de s'en rendre dignes, faire une sincère et sérieuse pénitence. Voilà ce que nous aussi nous devons faire pendant les quatre semaines de l'Avent qui rappellent si justement les quatre mille ans qui ont précédé la venue de Jésus-Christ.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Couronne-de-lAvent
La couronne de sapin de l`Avent avec quatre chandelles représente les 4 semaines avant Noel et les 4,000 ans de l`attente de la naissance de Jésus-Christ
par les patriarches - de Noé en passant par Abraham ( vers 2,000 Av J.C.) et Moise ( vers 1300 Av J.C.)


Ce n'est qu'après avoir imité les patriarches et rappelé, par notre pénitence, les temps qui précédèrent la Rédemption, après avoir réfléchi sérieusement sur ce que nous serions devenus sans l'avènement du Seigneur et combien il nous est nécessaire, ce n'est, dis-je, qu'après avoir excité en nous un vrai désir de le recevoir dans nos cœurs et éloigné tous les obstacles qui pourraient l'empêcher de demeurer en nous, ( Confession de nos péchés et pénitence) que nous sommes disposés à célébrer, comme il faut sa nativité dans notre âme.

Simon. Voilà des choses que je veux bien noter. — Veuillez nous dire encore, pourquoi, pendant ce temps, on chante les messes que nous appelons de Rorate.

Le Curé. Ces messes sont en rapport avec ce que nous devons faire pendant ce saint temps. Elles commencent par les paroles du prophète Isaïe : (Isaïe 45,8) Rorate coeli, etc., ce qui veut dire en français : Cieux, faites descendre votre rosée et que les nues enfantent le Juste; que la terre s'ouvre et produise le Sauveur !


Rorate coeli: Cieux, faites descendre votre rosée et que les nues enfantent le Juste; que la terre s'ouvre et produise le Sauveur !


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 DSC_0016
Messe Rorate aux chandelles pendant l`Avent


C'est comme un cri vers le Messie qui, partant de l'autel, a plus de force sur le cœur de Dieu. Comme vous pouvez donc le voir vous-mêmes, ces messes se célèbrent en l'honneur de l'Incarnation de Jésus-Christ et elles sont l'expression du désir qui entraîne les chrétiens vers leur Sauveur ; car, avec la même ardeur avec laquelle les patriarches espéraient qu'il naîtrait dans la chair, nous aussi nous devons désirer vivement qu'il prenne vie en nous d'une manière spirituelle par sa grâce.

Simon. Pour quelle raison ne se sert-on, durant l'Avent, que des ornements violets ?

Le Curé. Ce n'est pas la seule chose qu'il faille observer comme propre à ce saint temps. Dans la messe, on omet aussi le Gloria in excelsis et les prêtres omettent également dans leurs heures le Te Deum, qu'ils doivent réciter d'ordinaire pendant les autres temps de l'année. Tout cela se fait ainsi, parce que l'Avent est un temps de deuil et de pénitence ( confession des péchés), par lequel nous nous préparons à la fête de la naissance de Jésus-Christ. Or, vous verrez que tous les jours de deuil ou de pénitence, le prêtre porte un vêtement de couleur violette. Le cantique angélique ou Gloria in excelsis, nous rappelle la venue véritable et la naissance de Jésus, puisque ce sont les anges qui ont annoncé au monde cette grande nouvelle par ce cantique. On ne dit pas le Te Deum, parce que c'est un cantique d'actions de grâces. Il est donc tout naturel que, puisque nous ne célébrons pas encore la venue du Sauveur, mais que nous l'attendons seulement, nous ne chantions pas ce cantique d'actions de grâces. Quant à l`Alleluia, on le prononce dans la messe et ailleurs tout aussi bien que dans les temps de joie, parce que, les jours de l'Avent étant des jours d'espérance, ne sont pas sans avoir aussi leur côté joyeux. Autrefois on jeûnait pendant l'Avent, ce qui a été supprimé plus tard, excepté dans quelques ordres religieux.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 240_F_125538081_BE6iR8c4xZ9r0hugFyEbkduOohcCWifX


Passons maintenant à la fête de Noël.

Simon. Si vous le permettez, je voudrais vous demander tout d'abord pourquoi on dit trois messes en ce jour et pourquoi, en plusieurs endroits, la première de ces messes se célèbre à minuit.

Le Curé. Cet usage, disent d'anciens auteurs, a été établi par le pape saint Télesphore ( 127-138 Ap J.C. ). Le saint pape Grégoire-le-Grand (590-604 Ap J.C.) en parle comme d'une chose usitée depuis longtemps. Car il commence ainsi l'un de ses sermons de Noël : «Comme nous devons aujourd'hui célébrer trois messes, nous ne pourrons parler longtemps sur l'Évangile que je viens de vous lire. Mais la Nativité du Sauveur me force à vous adresser au moins quelques mots.»



Leise rieselt der Schnee - chanson de Noel allemande - Nana Mouskouri

Cet usage contribue à rehausser l'éclat de la fête, et la triple célébration du saint sacrifice nous représente plus particulièrement la triple naissance du Sauveur : 1° sa naissance éternelle de Dieu le Père ; 2° sa naissance temporelle du sein de la sainte Vierge Marie ; 3° sa naissance spirituelle dans le cœur du juste. Or, on célèbre la première de ces messes à minuit, parce que Jésus est né au milieu de cette nuit sainte, comme le rapporte saint Luc dans son évangile. Cela nous rappelle aussi que Jésus-Christ, la lumière du monde, est venu dans les ténèbres de la terre pour les faire disparaître. (La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l`ont point reçue – Jean 1,5).

Tout-à-coup un petit garçon du nom de Joseph, interpelle le pasteur : « Monsieur le curé, dit-il, j'aimerais à vous faire une question. Dites-nous, s'il vous plaît , d'où viennent les crèches et pourquoi on les place dans les églises.»

Le Curé. C'est très-bien, mon enfant; n'ayez pas peur de me questionner, je vous répondrai avec plaisir. L'usage de faire des crèches a été introduit par saint François d'Assise, il y a de cela près de six siècles. Ce grand saint plaça, avec la permission du Souverain Pontife, une crèche dans son église dans laquelle se trouvait une image du saint enfant Jésus ; autour du Sauveur on voyait représentés tous les personnages qui furent présents peu de temps après sa naissance : La sainte Vierge, saint Joseph, les Anges, les bergers et peut-être aussi les trois Rois Mages. Saint François voulait raviver, par le moyen des sens, la reconnaissance envers Dieu et la ferveur du peuple pour le grand bienfait de la Nativité du Sauveur. Plus tard, notre saint trouva un grand nombre d'imitateurs qui, à leur tour, construisirent des crèches, même dans leurs maisons.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Deutsche_krippe1_0456_0209_800


La crèche de Bethléem se trouve à Rome dans la basilique de sainte Marie Majeure qui, pour cette raison, se nomme aussi sainte Marie à la crèche du Sauveur. Quant à vous, mon petit Joseph, pour vous témoigner mon contentement de la question que vous avez faite, j'ajouterai l'explication d'un usage que vous connaissez et qui vous intéresse, savoir ce que veut dire l'arbre de Noël et ce que signifient les étrennes que vous recevez en ce jour.

Tradition de l'arbre de Noël en Allemagne . C'est l'usage en Allemagne que la veille de Noël, au soir, les enfants se réunissent dans la grande chambre de la maison où ils trouvent un arbre décoré de banderoles, auquel pendent des noix dorées, des pommes, enfin des cadeaux de tout genre que le petit Jérusalem fait. Des centaines de petites chandelles brûlent sur les branches de cet arbre en l'honneur de l'enfant Jésus.  Or, ces bougies sont l'emblème de Jésus-Christ qui est la lumière du monde ; les cadeaux ou étrennes rappellent les grâces innombrables que nous a apportées sa naissance: l'arbre signifie l'arbre de la croix duquel toutes ces grâces sont découlées.

Nos premiers parents, Adam et Ève, mangèrent du fruit défendu et commirent par là une désobéissance très - grave envers Dieu, leur créateur, qui les avait comblés de bienfaits. Par là ils se rendirent malheureux, eux et toute leur postérité, et nous aurions été rejetés de Dieu pour jamais, si le Fils de Dieu n'était devenu homme , afin de nous délivrer du malheur éternel.

C'est donc là le plus grand de tous les dons que Dieu ait pu nous faire que de nous donner son propre Fils , et c'est pour rappeler ce bienfait à notre mémoire que l'on donne des étrennes en ce jour. En même temps , nous nous ressouvenons que ce même Jésus qui nous est né , veut souffrir pour nous la mort ignominieuse de la croix, pour nous mériter ainsi toutes les grâces et toutes les bénédictions du ciel. Pour que donc notre esprit se porte sur l'arbre de la croix et sur les beaux fruits que nous devons cueillir de cet arbre de bénédiction, nous élevons un petit arbre dans la nuit sainte, nous l'ornons de lumières qui signifient Jésus-Christ , la lumière venant dans les ténèbres de ce monde.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Arbre-de-noel-1


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 23583f7f1b457aa33df3e6d359384000



Nous y appendons de beaux fruits et autres choses, par lesquelles nous nous réjouissons les uns les autres, et pour vous faire plaisir à vous surtout, mes enfants; et tout cela signifie les grâces et les bienfaits que nous devons recueillir de la mort de Notre-Seigneur , conformément à ce qu'il demande de nous. Que nous soyons donc de grands ou de petits enfants , nous voulons à l'avenir, chaque fois que nous verrons soit une crèche, soit un arbre de Noël, ou bien chaque lois que nous recevrons des étrennes en ce jour, nous rappeler le grand bienfait de l'Incarnation de notre divin Sauveur.

Simon. Nous ne manquerons certainement pas de le faire ; car Notre-Seigneur ne veut-il pas que, par notre simplicité et notre innocence, nous ressemblions aux enfants, si nous voulons obtenir le ciel? Mais veuillez nous expliquer maintenant , monsieur le curé, ce que signifie le vin que l'on bénit à l'église au jour de saint Jean l`Évangéliste. (27 Décembre)



Vin de St-Jean et Fête de St-Jean l`Évangéliste - 27 Décembre

Le Curé. Je vous suis obligé de ce que vous voulez bien porter mon attention sur cette coutume. Une ancienne tradition nous rapporte qu'un jour on avait présenté à saint Jean une coupe de vin empoisonné. Le saint ayant fait le signe de la croix , selon sa coutume, sur cette boisson, il en sortit un serpent dont l'apparition fit comprendre à l'apôtre le danger qu'il courait. C'est pourquoi , en bénissant le vin de saint Jean, le prêtre « supplie le Dieu de toute bénédiction, de nous préserver de tout danger du corps et de l'âme, et d'accorder à tous ceux qui boiront de ce vin bénit toutes les bénédictions temporelles et surtout la vie éternelle. »

On considère aussi le vin comme le symbole de la charité ; c'est pourquoi le prêtre le présente à boire aux assistants en disant : « Buvez la charité de saint Jean. » Il veut nous représenter le plus grand devoir que nous ayons à remplir, savoir celui d'aimer Dieu et notre prochain, imitant en cela l'exemple du saint Évangéliste qui dans ses écrits autant que par sa vie, nous a enseigné surtout cette belle vertu.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 3b5ad6b3ebfb62deba9f880f333f2f8e
St-Jean l`Évangéliste avec la coupe

L'Évangile nous dit suffisamment à quel point le disciple bien aimé du Sauveur lui a rendu amour pour amour : il suivait Jésus garrotté, alors que tous les autres apôtres l'avaient abandonné et que Pierre l'avait renié; il ne le quitta même pas, lorsque, suspendu sur la croix, ce Dieu Sauveur allait quitter la vie. C'est donc à bon droit qu'on le nomme par excellence le disciple de l'amour. Pour ce qui concerne son amour envers le prochain, les anciens écrivains ecclésiastiques nous ont conservé sur sa vie des détails qui prouvent combien il s'était appliqué à s'y perfectionner.

Dans une ville voisine d'Éphèse où il résidait, après avoir consolé ses frères par ses discours, saint Jean aperçut un jeune homme bien fait et d'un esprit ardent. Se retournant vers l'évêque, il lui dit devant tout le peuple : « Prenez soin de ce jeune homme, je vous le recommande en présence de l'Église et de Jésus-Christ». Celui-ci ne négligea rien pour le bien élever ; il l'instruisit et le disposa à recevoir le baptême. Mais , croyant pouvoir l'abandonner ensuite à sa propre conduite, il cessa de veiller sur lui, et le jeune homme, abusant de la liberté qu'on lui laissait, lia amitié avec des libertins de son âge qui l'engagèrent à commettre avec eux toutes sortes de crimes. Le jeune homme reçut facilement ces funestes impressions et il alla même jusqu'à devenir chef d'une bande de voleurs.

Quelques années après, saint Jean retournant dans la même ville et ayant appris de l'évêque qu'il était mort à Dieu, poussa un cri de détresse, déchira ses vêtements de douleur, demanda un cheval et un guide et se rendit au lieu où étaient les voleurs. Leurs sentinelles l'arrêtent et le conduisent à leur capitaine que l'attendait en armes ; mais ce jeune homme ayant reconnu saint Jean fut saisi de honte et s'enfuit.

Alors le saint apôtre oubliant son âge et ses infirmités courut après lui en lui criant : « Mon fils, pourquoi me fuyez-vous, pourquoi fuyez-vous votre père, un vieillard sans armes? Mon fils, ayez pitié  de moi ; ne craignez point, il y a encore espérance pour votre salut; je répondrai pour vous à Jésus-Christ; je donnerai volontiers ma vie pour vous, comme Jésus-Christ a donné la sienne pour nous; arrêtez, croyez-moi, c'est Dieu qui m'a envoyé vers vous. »

A ces mots le voleur s'arrêta , laissa tomber ses armes et fondit en pleurs. Le saint vieillard l'embrassa avec tendresse, le rassura en lui promettant d'obtenir du Sauveur
le pardon de ses péchés ; il le ramena à l'Église ; il pria pour lui ; il jeûna avec lui ; il l'entretint de discours édifiants et ne le quitta point qu'il ne l'eût rétabli dans la
participation des Sacrements. Sans doute, cet exemple de zèle pour le salut du prochain vous fait plaisir. — Ses paroles et ses recommandations correspondaient à ses actions.

Ses instructions étaient remplies de charité : « Aimons Dieu, disait-il, car c'est lui qui nous a aimés le premier ; mais celui qui dit : j'aime Dieu et hait son frère est un menteur». Et, lorsqu'épuisé par ses fatigues et son grand âge, il ne pouvait plus faire de longs discours, il se faisait porter à l'assemblée des fidèles et il leur disait
chaque fois ces paroles : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres.»

Et comme ses disciples lui demandèrent un jour pourquoi il leur disait toujours la même chose: « C'est, répondit-il, parce que tel est le commandement de Dieu, et pourvu qu'on l'accomplisse, il suffit »

Les paroles: «Buvez la charité de saint Jean» veulent donc dire : Faites disparaître de votre coeur toute malice, la haine et l'envie contre votre prochain;
exercez-vous dans la charité fraternelle, la douceur et la miséricorde , afin de devenir ressemblants à ce saint apôtre.



Fête de Saint Etienne (26 déc), de saint Jean (27 déc) et des saints Innocents. (28-29 déc)

Simon. C'est étrange , qu'immédiatement après la fête de la Nativité de Notre-Seigneur , on célèbre dans l'Église les fêtes importantes de saint Etienne, de saint Jean et des saints Innocents. Pour quelle raison les a-t-on réunies de la sorte?

Le Curé. On a cherché à s'expliquer pourquoi on a groupé ainsi ces fêtes ; en voici la raison. Après la fête de la Naissance du Sauveur, suivent celles des hommes qui l'ont confessé , qui ont rendu témoignage en sa faveur : 1° saint Etienne en qualité de martyr par la volonté et par les souffrances, puisqu'il fut le premier, parmi les adultes, à répandre son sang pour Jésus-Christ ; 2° Saint Jean, martyr par la volonté seulement, quoique cependant il fût prêt aussi à donner son sang pour l'Évangile , mais qui mourut de mort naturelle , selon la prédiction de son maître ; 3° Les saints Innocents, martyrs par leurs souffrances, mais sans leur volonté, puisqu'ils furent sacrifiés pour Jésus-Christ, avant même que d'être en état de comprendre la grandeur du sacrifice qu'ils faisaient.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Saints+innocents
Le martyre des Saint-Innocents a Bethléem sur l`ordre du Roi Hérode après la naissance de Jésus-Christ

Outre cela, saint Etienne a confessé Jésus - Christ par son discours devant le grand conseil, saint Jean par son évangile : «Et le Verbe s'est fait chair» les petits enfants de Bethléem par leur mort. C'est pourquoi nous prions au jour de leur fête : « 0 Dieu, dont les innocents Martyrs ont confessé aujourd'hui la gloire, non par leurs paroles, mais par leur mort, etc. »

L'Église célèbre cette fête comme un jour de deuil, tout-à-fait comme pendant l'Avent, se servant d'ornements violets et omettant dans la messe
le Gloria in excelsis. Cela se fait, soit pour exciter notre compassion envers les mères éplorées de ces jeunes martyrs, soit parce que ces enfants
moururent avant Jésus-Christ et ne purent par conséquent entrer immédiatement dans le ciel, devant rester d'abord dans les Limbes jusqu'à la mort du Fils de Dieu.


Le jour des Rois Mages – Épiphanie (6 janvier)-


Simon. Voici venir maintenant le jour des Rois Mages.

Le Curé. . . . qu'on nomme aussi Épiphanie. On appelle cette fête d'après les trois mages, le jour des Rois, parce que l'on croit, sur la foi de vieilles traditions , que ces Sages qui vinrent de l'Orient pour adorer le Sauveur, étaient des princes de ces pays. Qu'il en ait eu trois, c'est aussi la tradition chrétienne qui nous le rapporte. Ils offrirent aussi trois présents différents au divin Enfant.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 060aa37025177fc42296b083818e5833


Simon. Oui, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Le Curé. Ces dons symbolisent parfaitement la nature et les intentions de Jésus-Christ, qui veut régner sur nous en qualité de roi de notre âme ; sa royauté nous est remémorée par l'or, que nous donnons en tribut aux rois de la terre; il veut se sacrifier lui-même comme victime, mais il est aussi le prêtre sacrificateur et enfin il vient réclamer nos adorations en qualité de Dieu , ce que l'encens nous rappelle admirablement bien. Il était vraiment Dieu, mais il voulut devenir homme, naître, travailler, souffrir et mourir.
Son humanité ne pouvait donc trouver de symbole plus frappant que la myrrhe dont on se servait pour embaumer les corps morts. Cependant ne nous contentons pas de l'explication de ces présents, sachons aussi en offrir d'équivalents au bon Sauveur qui s'est incarné pour notre salut.

Simon. Mais le moyen de lui offrir ces choses comme les Rois?

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ob_d47f47_epiphanie-rois-mages
L`Adoration des Rois-Mages qui signifient celle des Gentils ( les nations non-juives).

Le Curé. Quant à l'or, le Sauveur est prêt à recevoir tout notre superflu soit en or, soit en argent, soit en cuivre. Il a placé les pauvres comme ses trésoriers au milieu de nous, et par ces paroles : « Ce que vous aurez fait au moindre d'entre mes frères, vous me l`aurez fait à moi-même ; » il leur a donné leurs lettres de créance sous la meilleure forme. Quelque riches que soient, du reste, les dons que nous faisons à Jésus-Christ, il n'en serait pas satisfait, si nous ne nous appliquions pas à renouveler au moins spirituellement l'offrande faite à lui par les Mages. On dit ordinairement : pur comme de l`or, juste, fidèle comme l'or à la balance, etc. Qui d'entre vous ne s'est pas servi maintes fois de cette manière de parler?  Eh bien, vous comprenez alors aussi quelles sont les vertus que nous devons offrir à Dieu , et qui correspondent à ce premier présent.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Le-monde-fete-Rois-mages_0_1400_273
Représentation des trois rois mages : Melchior, Gaspar et Balthazar avec l`or, l`encens et la myrrhe

L'encens qui nous rappelle encore de nos jours la ferveur, l'élévation de l'âme vers Dieu, devient par conséquent , à côté de la crèche de l'enfant Jésus, une pressante exhortation à la prière. Pour ne rien oublier, la myrrhe que nous offrirons à l'Homme-Dieu, c'est une profonde humilité , un grand renoncement qui est très propre à empêcher la pourriture, c'est-à-dire la tiédeur et le péché de s'emparer de notre âme. Peut-être Dieu pourvoira-t-il à ce que, sous ce rapport, l'occasion ne nous manque pas de lui offrir ce présent , en nous envoyant des peines et des tribulations qui sont une véritable myrrhe pour notre âme et l'empêchent de se corrompre.

Souffrons-les donc avec patience, offrons-les à Dieu, et de la sorte elles seront très-propres à nous guérir et à nous préserver de la pourriture du péché. Ayons surtout en vue, de notre côté, de ne pas en empêcher les fruits par des plaintes et des murmures contre la divine Providence. Approchons-nous du Sauveur et offrons-lui ces présents, et ainsi nous aurons très-bien sanctifié la fête de sa Manifestation, autrement dite de son Épiphanie.

Simon. Épiphanie signifierait donc la même chose que Manifestation ?

Le Curé. Oui, mon ami, ces deux mots veulent dire la même chose. Au jour de sa naissance , le Sauveur ne se manifesta qu'aux seuls bergers qui étaient Juifs et qui vinrent, comme vous savez, sur l'invitation de l'ange, adorer leur Rédempteur nouvellement né. Mais le Christ n'était pas venu seulement pour les Juifs, mais aussi pour les infidèles qui composaient la grande majorité des habitants de la terre. Cette circonstance fut indiquée tout d'abord le jour que de pieux Gentils vinrent à Bethléem pour présenter leurs hommages au nouveau Messie. Dès-lors il ne fut plus possible de penser que Jésus fut venu pour les Juifs exclusivement ; en se manifestant aux trois Rois, il donnait suffisamment à entendre qu'il était descendu sur la terre pour tout le monde. Avez-vous déjà réfléchi à ce qu'ont été vos pères?

Simon. Oui, ils étaient païens. (Adorateurs des idoles des faux dieux)

Le Curé. Vous voyez donc pourquoi cet événement est d'une si grande importance : c'est aussi la raison pour laquelle l'Église a toujours fêté ce jour avec la plus grande solennité. C'est comme une fête d'actions de grâces, de ce que Dieu a bien voulu éclairer nos ancêtres de la lumière de la vraie foi et nous donner à nous-mêmes la grâce de naître dans la sainte Église catholique. — En ce même jour, l'Église nous rappelle aussi le baptême de Jésus-Christ , à l'occasion duquel le Père et le Saint-Esprit le proclamèrent, pour ainsi dire, Fils de Dieu pour la première fois du haut du ciel et en présence d'un grand nombre d'hommes réunis auprès du Jourdain , auxquels sa dignité était ainsi manifestée. Enfin le jour des Rois est également destiné à nous rappeler le miracle de la noce de Cana, au moyen duquel le Sauveur manifesta pour la première fois sa divinité par un fait. Voilà autant de manifestations de Jésus-Christ, ou bien autant de circonstances par lesquelles il constatait son origine divine ainsi que sa céleste mission.

Simon. Je ne me rappelle pas pour le moment quelle est la fête la plus rapprochée de l'Épiphanie , pour vous en demander l'explication.


La Fête de la Purification de la St-Vierge Marie ou la Chandeleur - ( 2 février)


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Text5010
La présentation de l`enfant Jésus au Temple de Jérusalem


Le Curé. C'est la fête de la Purification de la Sainte Vierge ou la Chandeleur.

Simon. Oui, c'est cela ! N'est-ce pas en ce jour qu'a lieu la bénédiction des cierges?

Le Curé. Effectivement, Simon, et cet usage a une signification aussi belle que profonde. Une simple chandelle allumée renferme tout un enseignement. Rien de surprenant donc , si l'Église en fait un usage si fréquent , non-seulement dans le culte solennel et public, mais dans presque toutes les fonctions les plus ordinaires. Simon. Vous aurez la bonté, M. le curé , de nous en dire un mot avant de nous séparer.

Le Curé.  Si, en ce jour de fête on fait usage des cierges bénits (de là vient aussi le nom de Chandeleur) avant la grand messe , il
faut que vous sachiez que les cierges nous rappellent Jésus-Christ, en ce sens que :

1° Jésus-Christ , fils de Dieu, est la lumière véritable qui est venue dans le monde afin d'éclairer les hommes. Il fut porté en ce jour dans le temple et offert au Père céleste. De même aussi nous devons nous offrir à Dieu et être prêts à ouvrir nos yeux à la lumière divine.

2° Cet usage doit nous faire souvenir du moment auquel le vieillard saint Siméon portant l'enfant Jésus dans ses bras , s'écriait plein d'allégresse : « Maintenant mes yeux ont vu la lumière qui doit éclairer tous les peuples. » A nous aussi , cette lumière s'est rendue visible, réjouissons-nous de ce bonheur et remercions en Dieu par un grand amour envers lui.

3° La cire des cierges nous représente la chair toute virginale de l'humanité de Jésus-Christ, qui est comme le fruit éclos du sein immaculé de Marie, tout comme la cire est une production de l'abeille qui est si propre et si pure. Les prières de l'Église pendant cette bénédiction ne rappellent autre chose que les idées que je viens de vous développer.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Chandelles


Le Curé. Oui, mais je n'ai pas encore tout dit relativement à ce que signifie un cierge. Une simple chandelle allumée est très-riche en enseignements pour les hommes, en ce qu’elle possède certaines qualités physiques que nous devons acquérir pour notre âme. Tenez, ne dit-on pas la lumière de la Foi; une lueur d'espérance? Le cierge allumé nous rappelle donc ces deux vertus et nous invite à les pratiquer. Mais c'est surtout la charité qui est admirablement symbolisée par l'ardeur de la lumière. L'amour que nous
portons à Dieu n'a-t-il pas des traits de ressemblance avec cette flamme qui tend continuellement vers le ciel et qui semble nous inviter à la contemplation des bontés et des miséricordes du Seigneur et à la prière? Tournez et retournez une chandelle dans tous les sens, chaque fois la flamme se dirigera vers le haut ; de même le chrétien véritable peut bien être accablé de malheurs, de tribulations, de revers de tout genre, de tentations, mais son âme ne cessera de tendre vers le haut, et son cœur de vivre dans l'union avec Dieu. Mais faites-y bien attention : la flamme, si elle est faible, s'éteindra en la tenant longtemps dirigée vers la terre, elle ne fera au contraire que grandir, si elle est forte.

Simon. Cela veut donc dire que nous devons nous appliquer à avoir un grand amour de Dieu et une grande ferveur.

Le Curé. Et que tous les malheurs que Dieu envoie ne servent qu'à augmenter les mérites du juste, tandis que celui qui reste faible par sa faute en vivant dans la tiédeur, finit par détourner ses regards de Dieu et désespérer de son assistance. En second lieu, le cierge est une représentation de notre vie et de sa durée. Comme le cierge est destiné à augmenter la gloire de Dieu par la lumière qu'il répand, et à servir aux hommes tant dans l'Église que dans leurs maisons ou ailleurs ; ainsi notre vie doit se consumer et se partager entre le service de Dieu et celui du prochain jusqu'à notre dernier soupir.  Mais malheur à nous , si, à l'heure de notre mort , notre vie n'a ressemblé qu'à un cierge qui
s'est consumé inutilement dans un coin !

Troisièmement. Pour que le cierge puisse brûler et devenir ainsi comme un sacrifice fait à Dieu , d'innombrables essaims d'abeilles ont dû réunir avec une activité infatigable la cire dont il est fait. C'est ainsi que notre vie ne deviendrait jamais un sacrifice agréable à Dieu , si nous n'en usions point pour recueillir des mérites devant lui, et si nous ne la passions pas dans la pratique des bonnes œuvres.

Quatrièmement. Les flambeaux allumés que nous portons en nos mains ont pour but de nous rappeler les paroles du Sauveur : « Ceignez vos reins et portez des flambeaux ardents en vos mains » ( Luc 12. 35.) et ces autres : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils louent votre Père qui est dans les Cieux» (Matthieu 5. 16.). Car il ne faut pas oublier que notre qualité de chrétien nous oblige à édifier par de bons exemples nos frères, qu'ils soient chrétiens ou infidèles, mais surtout ceux qui nous sont soumis.

Thomas. Mais à quoi sert-il donc de bénir les cierges?

Le Curé. Le prêtre supplie le Seigneur d'augmenter dans le cœur de ceux qui les portent ou qui s'en servent, le feu de son amour, qu'il daigne les éclairer de sa lumière, de son Saint-Esprit et leur donner ce qui leur est nécessaire tant pour l'âme que pour le corps. Celui donc qui n'est pas indigne de ses grâces a tout lieu d'espérer que Dieu exaucera une prière qui lui est adressée au nom de toute l'Église catholique. Du reste la bénédiction des cierges peul servir à nous faire souvenir du Saint des Saints , qui est de venu homme et nous est représenté par le cierge lui-même ; il nous rappelle notre Baptême et le caractère ineffaçable qu'il a imprimé en nous, la pureté et la sainteté promises à Dieu aux premiers jours de notre vie, ainsi que la promesse que nous avons faite de nous vouer tout entier à Lui.

Un jour aussi, mes chers amis, on vous tiendra un cierge à la main comme au jour qui suivit votre naissance , quand la sueur froide , qui couvrira votre front , vos amis éplorés autour de votre lit, et le dernier râle qui vous suffoquera, vous feront présumer qu'enfin l'heure de votre dissolution n'est pas éloignée ; oh ! alors puissiez-vous et puissions-nous tous , en voyant ce cierge mortuaire, n'y trouver qu'un présage de la lumière éternelle et non un terrifiant pronostic des flammes éternelles , qu'une vie de péchés et une fin impénitente nous forceraient de redouter.


Bénédiction de saint Blaise. 3 février - (Évêque et martyr)

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Saint-blaise
Saint Blaise: Saint Blaise de Sébaste, est un médecin et évêque martyrisé sous Licinius en Arménie en 316 Ap J.C., par l'ordre d'Agricola, gouverneur de Cappadoce (Région gréco-romaine a cette époque - en Turquie actuelle).

Simon. Je n'aurais jamais cru qu'on pût trouver tant de belles pensées à la vue d'un simple flambeau ou d'un cierge qu'on regarde à peine et auquel , pour mon compte , je n'avais pas rattaché la moindre idée jusqu'à ce jour. Quoiqu'il se soit fait tard, monsieur le curé , je prendrai la liberté de vous importuner encore par une dernière question : Pourquoi bénit-on le cou le lendemain, jour de saint Blaise , avec des cierges bénits ?

Le Curé. Cet usage n'est pas général dans le monde catholique, mais on le retrouve dans un grand nombre de diocèses et il est très-ancien. Selon une très-vieille tradition, saint Blaise, qui était évêque de Sébaste en Arménie, guérit miraculeusement un enfant réduit à l'extrémité par une arête de poisson qu'il avait avalée; elle lui était demeurée dans la gorge et on désespérait de l'en extraire par des moyens naturels. Soit pour cette raison, soit pour une autre, le fait est qu'on a invoqué ce saint spécialement pour obtenir par son intercession auprès de Dieu la guérison des maladies de la gorge, et les prières par lesquelles on bénit ces cierges nous indiquent que Dieu protège ceux qui reçoivent cette bénédiction avec un esprit de foi. On demande de plus, dans ces prières, que le Seigneur veuille les préserver de tous les maux et particulièrement des maux de l'âme, et les en délivrer, si jamais ils en sont atteints.

Nous en sommes donc venus dans nos explications jusqu'au temps qui nous sert de préparation au carême ; — mais je crois, mes amis , que l'heure déjà avancée nous dit assez que, pour aujourd'hui , nous ne pouvons rien faire de mieux que de reprendre le chemin de nos foyers. Nous continuerons donc à la première réunion. Loué soit Jésus Christ ! — A jamais.


Dernière édition par MichelT le Jeu 23 Mai 2019 - 23:55, édité 4 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty Re: BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par MichelT le Ven 10 Mai 2019 - 13:41

ENTRETIEN DEUXIÈME.

DE LA SEPTUAGÉSIME JUSQU'AU DIMANCHE DE LA PASSION. ( Extraits)

Résumé. Septuagésime. Sexagésime. Quinquagésime. Carême. Mercredi des cendres. Le jeûne. Origine du mot Collation. Abstinence.


A la réunion suivante, le curé commença ainsi : Notre explication du culte catholique nous a conduits jusqu'au carême ou plutôt jusqu'aux dimanches qui servent de préparation au carême et qui en forment comme l'introduction. Il est nécessaire que je vous en parle d'abord brièvement avant d'écouter vos questions.

Dans les premiers siècles du christianisme, on se préparait partout à la fête de Pâques par un certain nombre de jours destinés à la mortification et à la pénitence, mais ce nombre variait d'après les usages des diocèses. Ici on jeûnait durant quarante jours, là on étendait le jeûne jusqu'à soixante-dix.

Dans différents pays il s'était même introduit la coutume de supprimer quelques jours de jeûne pendant la semaine, et en conséquence on commençait le carême aussitôt que c'était nécessaire pour obtenir, en les additionnant, les quarante jours de jeûne. C'est pourquoi les uns le commençaient au cinquantième , ou au soixantième jour, tandis que les autres le faisaient au septantième ; voilà la raison pour la quelle on a appelé et pourquoi l'on appelle encore les dimanches qui précèdent le carême Septuagésime , Sexagésime , Quinquagésime; ce qui revient à dire : le dimanche qui tombe pendant le carême de septante, soixante ou cinquante jours, tout comme le nom de Quadragésime (carême), appliqué aux dimanches de carême indique simplement que ces dimanches tombent pendant le carême de quarante jours.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Khor-virap-02

Ce ne fut qu'en l`an 511 et 541 Ap J.C. que les Souverains Pontifes et les Conciles portèrent des lois statuant que , dans toute l'Église catholique, le temps de pénitence serait commencé et observé d'une manière uniforme ; en conséquence on restreignit le carême à quarante-six jours , dont quarante de jeûne , les dimanches étant exceptés relativement à ce précepte. Cependant on a continué à donner à ces dimanches leurs anciens noms, et dans l'office divin, on les célèbre à peu près de la même manière que ceux du carême.

Le prêtre se revêt d'ornements violets, symbole de la pénitence ; à la messe, il ne dit pas le Gloria in excelsis ; il ne prononce plus le cri de joie Alleluia. C'est ce qu'il observe aussi dans la récitation de son bréviaire , et au lieu du mot Alleluia , il dit : Louanges vous soient rendues , Seigneur , roi de gloire éternelle. Le sens des paroles est à peu près le même , si vous voulez , mais il leur manque cependant ce ton d'allégresse exprimé par Alleluia. De plus il ne dit plus les psaumes qui expriment surtout la joie , comme il le fait durant les autres temps de l'année. Surtout il répète souvent le psaume Miserere (Ayez pitié de moi, Seigneur, selon la grandeur de vos miséricordes). De la sorte le cœur du chrétien se prépare peu-à-peu au temps sévère du deuil et de la pénitence de ses péchés, ou en un mot au saint temps du carême.

Simon. Pour quelle raison répand-on des cendres sur la tête des fidèles au commencement du carême?

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Souviens-poussiere-retourneras-poussiere-phrases-pretre-invite-prononcer-lorsquil-impose-cendres_0_729_486
Mercredi de Cendres – Commencement du Carême - « Souviens-toi, ô homme , que tu n`es que poussière et que tu retourneras en poussière . »

Le Curé : Cela veut dire qu'à dater de ce jour va commencer le temps de pénitence, comme l'Église l'exprime aussi dans les heures canoniales : « Ils sont venus, les jours de la pénitence, pour nous délivrer de nos péchés ; » car , dans tous les temps , on s'est servi des cendres pour signifier la pénitence et pour la pratiquer. C'est ainsi que les habitants de Ninive ( ancien Royaume de l`Assyrie vers 700 Av J.C, en Irak actuel) répandirent des cendres sur leurs têtes , pour faire pénitence de leurs péchés, et que le roi David ( roi d’Israël vers l`an 1000 Av J.C.) dit, d'une manière figurée sans doute, qu'il a mangé des cendres au lieu de pain.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Hist-lang2
Les habitants de la ville de Ninive dans le puissant royaume d`Assyrie  font pénitence publique pour les péchés de leur nation. (voir le livre Jonas 3,1 - Ancien Testament) - vers 700 Av J.C. - les ruines de cette ville ancienne sont en Irak.

La seconde intention qu'a l'Église est de représenter à l'orgueil humain son néant et sa fragilité et de lui rappeler l'humilité : c'est pourquoi, en donnant les cendres, le prêtre dit ces paroles : « Souviens-toi, ô homme , que tu n`es que poussière et que tu retourneras en poussière . » Saint Isidore dit : « Ou leur distribue des cendres , afin qu'ils se souviennent qu'ils ne sont que cendre et poussière. Considérons donc , au moyen des cendres , le jugement de mort que nous devons subir par suite du péché. »

Oui, pour indiquer avec plus d'insistance le néant du monde et surtout la fragilité des plaisirs et de la gloire terrestre, il est de précepte qu'on doit se servir des cendres des rameaux bénits l'année précédente et qui ont signifié par conséquent l'entrée triomphante de Jésus Christ à Jérusalem.

C'est le pape saint Grégoire qui a ordonné vers la fin de sa vie que le carême commencerait en ce jour. Durant les premières années de son pontificat , on ne le commençait qu'au lundi suivant; mais, comme on ne jeûne pas les dimanches, il se trouvait qu'il n'y avait que trente-six jours de jeune jusqu'à la fête de Pâques. Ces trente-six jours de l'année le saint Pontife les nomme la dîme de tous les jours de l'année qui est due au Seigneur et qu'il faut lui offrir en les sanctifiant d'une manière particulière par le jeune et les bonnes œuvres. Mais pour compléter le nombre de quarante jours, il y ajouta les quatre jours qui précédaient le premier dimanche de carême.

A l'origine, on ne distribuait des cendres qu'à ceux qui devaient faire pénitence publique et dont la pénitence commençait en ce jour. D'autres chrétiens , par humilité et dévotion, s'adjoignirent à eux pour recevoir aussi les cendres. Enfin l'an 1091, il fut ordonné par le concile de Bénévent , que la distribution des cendres aurait lieu pour tous, afin que par ces pressants avertissements, on en retirât une grande utilité spirituelle.

1° Nous jeûnons pour nous punir nous-mêmes de nos péchés. Considérant combien de fois nous avons offensé Dieu, tout ce que le Sauveur a fait et souffert par amour pour nous , afin de nous réconcilier avec son père céleste et nous rendre justes et saints, voyant de plus combien nous sommes ingrats en péchant continuellement, nous devons certainement nous en vouloir à nous-mêmes. Il vous est peut-être arrivé plus d'une fois de vous punir vous-même après quelque bévue ou quelque maladresse, eh bien! c'est ainsi que nous nous sentons de même portés à nous punir de notre conduite envers Dieu. C'est là un bon signe qui indique que nous avons un repentir véritable et que nous voulons réellement nous amender.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Md9684647283_3
Les Psaumes de Pénitence du Roi David ( roi d`Israël vers l`an 950 Av J.C.)

Aussi n'est-il nullement inutile ni indifférent de nous imposer une pénitence de ce genre. Il est certain que les souffrances sont des suites du péché , et il n'est pas moins vrai que si nous ne nous en infligeons pas nous-mêmes, c'est Dieu lui-même qui devra s'en charger en nous envoyant, toute autre mortification dans cette vie ou bien les peines du purgatoire en l'autre monde.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Careme_web

2° Le jeûne nous aide à nous convertir. Bien des péchés ont leur source dans la mollesse du corps. Nous raisonnons tout autrement sur bien des points , nous jugeons de maintes choses bien différemment, quand nous avons renoncé pour quelques jours à la bonne chère et que, par les macérations, notre esprit est de venu plus lucide et plus calme. Par le jeûne, nous arrêtons notre corps dans sa fougue , de telle manière qu'il n'ose plus empiéter sur les droits de notre raison en lui dictant ses lois. Dans tout cela, je suppose toujours que, même hors du temps de carême, on ne mène pas une vie d'intempérance ; mais vous devez comprendre maintenant vous-même que, pour atteindre les fins mentionnées, une vie sobre doit être réellement une vie de jeûne.

Thomas. Mais Jésus-Christ lui-même a reproché très-sévèrement aux Pharisiens leurs jeûnes et il dit même que ce n’est pas ce qui entre par la bouche , mais bien ce qui en sort qui souille l`homme. Ne semble-t-il point désapprouver, par ces paroles, l'observance de s'abstenir des aliments.

Le Curé. Il faut que je vous fasse observer d'abord que le jeûne ne consiste pas seulement, ni même principalement, à s'abstenir de nourriture; tout ce qui flatte notre corps et nos sens ou qui favorise nos caprices est pour nous une jouissance que nous préférons très-souvent au boire et au manger. Dans tout cela , nous pouvons et nous devons même nous imposer un jeûne , une privation. Quant aux Pharisiens , le divin Sauveur les reprend, comme il les avait déjà repris sur leurs cérémonies, par la raison qu'ils ne recherchaient que la gloire devant les hommes et qu'ils se figuraient être agréables à Dieu en jeûnant, sans se soucier le moins du monde de se convertir , et de faire pénitence.

C'est pourquoi il nous or donne de ne pas faire parade de nos macérations , et de ne pas simuler un air de tristesse pendant ce temps, afin d'attirer les louanges des autres à cause de notre vie mortifiée. C'est aussi la raison par laquelle il leur reproche de ne pas jeûner d'une manière consciencieuse, mais de le faire pour offenser leur prochain. Le jeûne n'a aucun prix, si on ne renonce au péché. C'est ce que dit le pape saint Léon dans un de ses discours. « L'accomplissement du précepte de jeûner ne consiste pas seulement à s'abstenir de la nourriture , car c'est sans utilité qu'on la retire au corps , si l'on ne retire en même temps à l'âme sa malice. » —

Ce qui entre par la bouche ne souille pas l'homme , ce sont des paroles prononcées par le Sauveur lui-même et que nous répétons après lui ; car ce n'est réellement pas la nourriture , par laquelle nous rompons le jeûne qui nous souille ; elle est tout aussi pure, tout aussi inoffensive les jours de jeûne que les autres jours - mais ce qui souille notre cœur, c'est la malice et la mauvaise volonté, par lesquelles nous devenons infidèles en nous rendant coupables de désobéissance aux 10 Commandements, et allant directement contre les lois divines. S'il en était autrement, nous pourrions aller jusqu'à l'intempérance, sans commettre de péché. Le péché de nos premiers parents ne consistait lui-même que dans la transgression d'un commandement semblable : Adam et Ève n'avaient fait que manger du fruit défendu.  Mais la circonstance que ce fruit leur était défendu a fait, qu'en en mangeant, ils devinrent désobéissants à Dieu , et c'est précisément la désobéissance qui constituait, à proprement parler, le péché.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Careme_homeUne


Thomas. Pourquoi ne pas laisser à chacun sa liberté dans le choix du temps et de la manière dont il veut jeûner?

Le Curé. L'Église est tout aussi peu coupable de la transgression que, par exemple, le commandement : «Vous ne tuerez point» l'est du meurtre. Ceux-là précisément qui transgressent les lois de l'Église, prouvent qu'ils penseraient encore beaucoup moins au devoir de jeûner, si ces lois n'existaient pas. Mais si l'Église a donné des ordres relativement au temps et au mode de jeûne, c'est qu'elle veut nous faire exercer notre obéissance et nous apprendre à vaincre notre volonté propre qui est la cause de tant de péchés.

Celui qui n'est pas habitué à se refuser quelque chose sera bientôt le jouet de ses passions et de sa concupiscence qui le porte au péché; mais celui qui a appris à obéir aux préceptes de l'Église catholique aura aussi la force et le courage de se refuser la transgression des commandements de Dieu , si jamais une passion ou une tentation quelconque venait à l'y pousser. Il est libre à chacun de jeûner quand il l'entend , pourvu qu'il le fasse aussi aux jours où cela lui est ordonné par l'Église. Alors seulement il peut faire plus ou autrement selon son choix. Mais n'oublions pas que « l'obéissance est préférable au sacrifice» (1 Rois 15,22) et que «celui qui n'écoute pas l’Église doit être regardé comme un païen et un publicain (Matthieu 18,17). »

Simon. Pourquoi l'Église a-t-elle déterminé justement les quarante jours qui précèdent la fête de Pâques?

Le Curé. En cela nous suivons l'exemple de Jésus-Christ qui , avant de commencer sa vie publique, jeûna pendant quarante jours et quarante nuits, circonstance qui a, pour ainsi dire, rendu sacré le nombre de quarante.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Arton37990-94376
Notre Seigneur Jésus-Christ jeûne pendant 40 jours au désert pour nous donner l`exemple (Matthieu 4,2)

Note : Moïse dit dans le Deutéronome 9. 9. «Quand je montai sur la montagne pour recevoir les tables de pierre, les tables de l'alliance que le Seigneur fit avec vous, je demeurai sur cette montagne durant quarante jours et quarante nuits ne mangeant pas de pain et ne buvant pas d'eau. » Moïse n'est ici que la figure de Notre Seigneur. Avant de commencer sa vie publique qu'il termina en montant sur la montagne du Calvaire, où la nouvelle alliance fut scellée de son sang, Jésus-Christ se retira pendant quarante jours dans le désert où il jeûna aussi pendant quarante jours et quarante nuits.


Mais que l'on ait choisi de préférence les jours qui précèdent la fête de Pâques en voici les raisons :

1° Le temps de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ est le plus important de toute l'année ecclésiastique parce que notre rédemption repose entièrement sur ces faits. Nous avons donc assez de raisons pour nous préparer à célébrer dignement, c'est-à-dire, avec une grande application et une pieuse sévérité ces grands mystères , d'autant plus que nous avons déjà fait précéder la fête de Noël d'une préparation de quatre semaines qui est l'Avent. Jésus-Christ est descendu sur la terre et il y est mort à cause de nos péchés. Si nous nous souvenons donc de ce que notre Sauveur a fait et souffert pour nous, ne devons-nous pas aimer également à souffrir quelque peu avec lui et lui montrer justement en ce saint temps, la bonne volonté que nous avons de nous corriger.

2° C'est pendant le temps pascal que nous devons nous approcher des saints Sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; il y a donc là aussi une invitation à changer de vie et à ne pas manquer de réprimer convenablement nos mauvais penchants.

3° L'Église a choisi de préférence le printemps , parce que cette saison qui n'est pas sans quelque influence sur nos passions, nécessite aussi un frein particulier, pour empêcher nos mauvais penchants de nous entraîner avec trop d'impétuosité et de remporter la victoire sur les bons sentiments et les bons propos de notre âme.

Simon. A-t-on toujours observé le carême de la même manière qu'on le fait maintenant ?

Le Curé. Dans ce qui est essentiel, il n'a pas changé ; car les Pères de l'Église des premiers siècles tels que saint Léon, saint Jérôme et d'autres affirment que le jeûne, et le jeûne de quarante jours en particulier, tire son origine des Apôtres. La manière dont on s'en acquittait à seule varié en deux points. Au commencement, le jeûne était beaucoup plus sévère, puisque dans plusieurs endroits on s'abstenait de manger des œufs, du beurre , du fromage , ce qui se pratique encore de nos jours chez les Grecs. Dans quelques pays, l'usage du vin même était défendu. L'Église permit tout cela plus tard, afin de ne pas rendre son précepte trop difficile à un grand
nombre de fidèles.

En second lieu on jeûnait pendant toute la journée et l'on ne prenait son repas qu'après le coucher du soleil. De là vient l'usage que les prêtres récitent encore aujourd'hui les Vêpres avant midi pendant tout le carême parce qu'autrefois on ne dinait qu'après les Vêpres. A l'Église, on les chantait immédiatement après la messe. A dater du treizième siècle l'Église permit de prendre le repas principal à midi, et, le soir, un petit rafraîchissement. Le nom de collation qui fut donné à ce rafraîchissement provient des couvents.

Lorsque les religieux , excédés de fatigues par le chant des offices et le travail des mains, s'étaient rendus au réfectoire pour prendre quelques fruits ou un morceau de pain avec un verre d'eau, on commençait par une lecture du beau livre du saint abbé Cassien qui porte le titre de « Collationes Patrum » c'est-à-dire a Recueil de passages tirés des saints Pères . Pour exprimer donc qu'on se rendait au réfectoire, on disait qu'on allait à la collation ou bien à la lecture spirituelle. De là est venu aussi le nom de collation , pour exprimer le petit rafraîchissement que l'Église permettait les jours de jeûne.

Note : Jeûne et abstinence. Le précepte du jeûne comme celui de l'abstinence a son origine dans l'ancien Testament.  Dans la loi mosaïque nous rencontrons un jeûne prescrit pour tout le peuple: c'était le grand jour de pénitence et de propitiation auquel il était défendu de prendre la moindre nourriture pendant 24 heures. Outre ce jeûne universel et régulier, on le prescrivait encore à certaines occasions extraordinaires p. ex. pendant les calamités publiques. C'est ainsi que le peuple de Dieu adoucit la colère divine par la pénitence et par un jeûne prescrit par Samuel (1. Samuel. 7,3). A Ninive le roi ordonna « que les hommes et les chevaux, les bœufs et les brebis ne prissent aucune nourriture. » (Jonas. 3.) Menacés par Holopherne, les Juifs recoururent à la prière et au jeûne. (Judith 4. 8.) La même chose se fit sous la persécution d'Aman. (Esther. 4. 16.) Voyez encore là-dessus Joël 1. 14. — On jeûnait aussi par dévotion particulière, comme le prouvent le roi David, Sara, fille de Raguel (Tobie 3. 10.) Anne (Luc. 2. 37.), etc. Donc depuis Adam jusqu'à St Jean-Baptiste le jeûne et l'abstinence ont été pratiqués; Jésus qui n'était pas venu pour détruire l'ancienne loi, mais pour l'accomplir et la perfectionner, a sanctifié cet usage par son exemple ; l'Église l'a sanctionné par ses préceptes.

Finissons pour aujourd'hui; la fois prochaine nous aurons à nous entretenir d'un grand nombre de choses importantes. Loué soit Jésus.-Christ ! — A jamais.


Dernière édition par MichelT le Lun 20 Mai 2019 - 1:51, édité 2 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty Re: BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par MichelT le Mer 15 Mai 2019 - 17:25

ENTRETIEN TROISIÈME.

DEPUIS LE DIMANCHE DE LA PASSION JUSQU'AU JEUDI-SAINT.

Résumé. Dimanche de la Passion. Différents usages liturgiques. Pourquoi on voile les crucifix. Dimanche des Rameaux. — Office des Ténèbres. Le Jeudi-Saint. Silence de l'orgue et des cloches. Crécelles. Lavement des pieds ou Mandat. Bénédiction des saintes huiles. Reposoirs. Dépouillement des autels.

Simon. Monsieur le curé , tout le monde est dans l'attente pour cette soirée qu'on a vu arriver avec joie ; car , puisque vous voulez bien nous entretenir de la Semaine Sainte , nous pouvons supposer que vous allez nous donner là-dessus des détails bien intéressants.

Le Curé. Vous avez raison , mes chers amis , aucun temps de l'année liturgique n'est si riche en usages édifiants que la semaine dont je vais vous parler aujourd'hui ; car c'est la Passion de notre Sauveur qui a été la source de notre salut ; aussi l'Église s'est-elle appliquée à rendre le temps de l`année, destiné à nous rappeler le plus grand de tous les bienfaits, aussi instructif que profitable pour notre âme.

Simon. Ainsi vous voulez donc bien nous expliquer aujourd'hui les cérémonies qui se pratiquent pendant la Semaine Sainte.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Messe-paques


Le Curé. Ce serait forte affaire d'épuiser ce sujet en une seule soirée. Toutefois, nous verrons jusqu'où nous pourrons en venir aujourd'hui, sauf à continuera la prochaine séance. Notre dernier entretien, vous vous en souvenez, nous a conduits jusqu'au Dimanche de la Passion. ( une semaine avant le début de la Semaine Sainte) Il porte ce nom, parce que nous commençons, surtout à dater de ce jour , à nous occuper plus particulièrement des souffrances de l'Homme-Dieu. C'est pourquoi l'Évangile de ce jour nous raconte comment Jésus-Christ reprocha aux Juifs leur endurcissement et comment , au lieu de se convertir, ceux-ci tentèrent de le lapider. Vous savez peut-être que , durant l'ancienne Alliance (Ancien Testament), on lapidait les blasphémateurs, et comme le Sauveur s'était dit Fils de Dieu , ils le considéraient aussi comme coupable de blasphème.

Les heures canoniales commencent pour la même raison par ces paroles : « Aujourd'hui que vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos coeurs. » Il y a encore cela de remarquable, que le prêtre en commençant la sainte Messe ne récite pas le psaume 42, Judica me Deus, comme il le fait ordinairement pendant l'année : en voici la raison. Ce psaume est rempli de paroles de consolation et renferme une prière par laquelle nous supplions Dieu de nous délivrer de nos persécuteurs : or , nous ne récitons pas ce psaume, parce que les ennemis du Seigneur tinrent conseil et résolurent de le poursuivre, et parce que nous nous rappelons vivement la tristesse qui s'empara de Jésus-Christ avant sa Passion. On omet aussi le Gloria Patri (Gloire soit au Père, etc.) parce que le chrétien se représente les outrages que le Sauveur eut à subir de la part de ceux qui le crucifièrent et qu'il a à subir encore tous les jours de la part des pécheurs, qui, à proprement parler, l'ont crucifié par leurs péchés.

Cela étant, nous nous considérons en quelque sorte comme indignes de proférer les louanges de la Sainte Trinité d'une manière si éclatante et si solennelle. Dans les heures canoniales que récitent les prêtres , on omet certaines courtes prières adressées aux Saints et qu'on appelle pour cette raison : « Suffrages des Saints. » (Commemorationes Sanctorum.) Vous n'ignorez pas, mes amis, que nous faisons mention des Saints d'abord pour nous rappeler leurs vertus et pour être portés à imiter leur sainteté, et ensuite afin de nous rendre participants de leur intercession.

Mais puisque, pendant le temps de la Passion, les regards de l'Église sont tournés exclusivement sur Jésus-Christ qui est la source de toute sainteté et le miroir de toutes les vertus, et parce que nous devons le considérer comme le fondement de notre espérance en même temps que le donateur de tous les dons, nous ne faisons pas mention expresse des Saints pendant la quinzaine qui précède la Fête de Pâques. Quand le soleil resplendit, on ne voit plus les étoiles. C'est ainsi qu'en tenant les yeux de notre âme dirigés vers le soleil de justice et l'auteur de toute sainteté, qui est aussi notre plus grand intercesseur auprès de son Père, nous ne pensons presque plus aux Saints.

Simon. Veuillez bien nous dire aussi pour quelle raison on voile les crucifix à dater de ce jour.

Le Curé. Parce que : 1° l'Évangile du dimanche de la Passion rapporte que le Sauveur s'est caché , les Juifs ayant voulu attenter à sa vie et le lapider. 2° Pour signifier la profonde douleur de la sainte Église, qui est l'Épouse de Jésus-Christ et son deuil à cause des souffrances inexprimables de son divin Époux. C'est tout-à-fait la même chose que fit un jour un peintre célèbre, qui, ne pouvant reproduire avec le pinceau la grande douleur de la Sainte-Vierge, lui voila la face d'un voile noir, voulant dire par là : « On peut bien penser à de pareilles douleurs et les considérer intérieurement, mais il est impossible de les exprimer et de les rendre sensibles. »

C'est pourquoi encore les voiles dont on se sert pour couvrir les crucifix, sont de couleur violette, symbole de la pénitence. Souvent on les remplace le Jeudi-Saint par d'autres de couleur blanche, à cause de l'institution de la Sainte Eucharistie qui se fit en ce jour.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Le-Maitre-Autel-de-Saint-Eugene-voile-pour-la-passion-640x864
Le crucifix voilé avant la semaine sainte


Le Dimanche des Rameaux

Simon. Passons au dimanche des Rameaux ou des Palmes; je crois pouvoir deviner pourquoi on lui a donné ce nom.

Note : Comme on bénit les rameaux en ce jour et que plusieurs joignent aux branches de buis, de saule , etc., des fleurs selon que la saison peut en fournir, en a appelé aussi ce dimanche la Pâque fleurie.

Le Curé. Hé bien, veuillez bien nous le dire.

Simon. Ne serait-ce point parce que ce fut en ce jour que Jésus- Christ entra en triomphe à Jérusalem, alors que les habitants de Jérusalem étendirent leurs vêtements et des palmes sur son passage, le saluant du Hosannah et de leurs cris de jubilation ?

Le Curé. Oui , c'est cela même. C'est aussi pourquoi à lieu la procession dite des Rameaux, qui n'est qu'une frappante représentation commémorative de cette entrée triomphante du divin Sauveur, ainsi que la dépeint saint Matthieu et comme l'avait prédite le prophète Zacharie en disant : «Dites à la fille de Sion : voilà que ton roi vient à toi plein de douceur , assis sur l'ânesse dont l'ânon n’a pas encore porté le joug. » Il a voulu s'asseoir sur l'ânesse, pour nous montrer combien sont méprisables les grandeurs du monde.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 UBzFpX0iOyg3MqDC1siBNNxb-ik@558x327

Saint Augustin dit que les palmes sont le signe de la louange; qu'elles signifient la victoire que le Seigneur a remportée sur la mort en l'acceptant pour nous , la victoire de la croix sur le prince de la mort qui est le démon ( l`ange déchu). Dans quelques endroits, il est d'usage que les enfants de chœur déposent leurs surplis, et se couchent à terre en chantant : «Voilà celui qui doit venir. » Par cet usage on rappelle d'une manière très-sensible la promptitude du peuple de Jérusalem à recevoir Jésus-Christ et la circonstance que les Juifs étendirent leurs vêtements sur la route par laquelle devait passer le Sauveur.

Mais les palmes signifient encore les bonnes œuvres , avec lesquelles nous devons comparaître devant Dieu, si nous voulons lui être agréables. C'est ce qui a fait dire là-dessus à un évêque ces belles paroles : « Nous allons à la rencontre de Jésus-Christ avec les enfants, lorsque nous conservons l'innocence ; nous portons des rameaux d'olivier, lorsque nous pratiquons les œuvres de miséricorde, de paix et de mansuétude; nous portons des palmes devant Dieu, lorsque nous remportons la victoire sur Satan dans la tentation ; enfin nous portons des branches verdoyantes , lorsque nous sommes ornés des belles vertus chrétiennes. Nous étendons nos vêtements, lorsque nous mortifions la chair , que nous évitons et que nous détestons la vanité dans la parure et l'orgueil, dans toutes les phases sous lesquelles il tâche de se produire en nous. »

Simon. Je pense que nous tous, ici présents, nous nous appliquerons à aller à la rencontre du Sauveur avec des palmes comme celles dont nous a parlé M. le Curé. Je le prie de vouloir bien ajouter encore à ses explications celle de la bénédiction des rameaux, en nous disant ce qu’ elle signifie.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Celebration_des_Rameaux

Le Curé. En bénissant les rameaux , le prêtre demande, au nom de toute l'Église, que Dieu veuille bénir les habitations dans lesquelles on conservera ces rameaux ; il prie , en outre , que le Seigneur nous donne la grâce de nous appliquer à vivre de plus en plus selon notre vocation , nous rendant toujours plus parfaits par la pratique des bonnes œuvres, pour qu'un jour nous soyons trouvés dignes d'entrer triomphants avec Jésus-Christ dans la Jérusalem céleste.

Office de Ténèbres

Simon. Pourquoi les matines des mercredi, jeudi et vendredi saints se nomment-elles Ténèbres?

Le Curé. Cet office, qui se compose des Matines et des Laudes du lendemain qu'on chante la veille par anticipation, se célébrait autrefois le soir dans la plupart des localités. Ailleurs il se faisait pendant la nuit et durait jusqu'au matin. On veut rappeler par là que Notre-Seigneur fut fait captif dans la soirée et qu'il dut subir durant toute une nuit les outrages et les violences de ses ennemis. L'Église veut en même temps représenter les ténèbres dont toute la terre fut couverte à la mort de Jésus-Christ, tout en exprimant son deuil profond causé par la considération de la douloureuse Passion de son divin Fondateur ; car la nuit si silencieuse et si sombre passe pour un temps de tristesse et de désolation. Cet office est donc particulièrement propre à produire en nous une espèce de tristesse. Ajoutez à cela le silence de l'orgue et des cloches remplacés par la quadruple voix de David, de Jérémie , des saintes Femmes et de l'Église, qui semblent profiter de ce silence universel pour pleurer seuls devant Dieu. Les lamentations de Jérémie, dont les sublimes accents émeuvent l'âme d'une si douce et si religieuse mélancolie , dépeignent la ruine future de Jérusalem et la captivité des Juifs.

Ces chants ont pour but de nous faire souvenir que ce sont nos péchés et nos propres prévarications qui ont occasionné la passion et la mort du divin Sauveur, et voilà pourquoi l'Église répète à plusieurs reprises : Jerusalem, Jerusalem , convertere ad Dominum. C'est par conséquent nous-mêmes et tous les chrétiens qui sont compris dans le mot Jérusalem.


Marc Antoine Charpentier - Office de Ténèbres

Pendant tous les autres temps de l'année , on commence les heures ecclésiastiques par la prière : Seigneur , ouvrez mes lèvres, afin que ma bouche chante vos louanges (Psaume. 50) ; mais en ce jour de deuil, depuis les vêpres de jeudi jusqu'à Pâques, on omet ces paroles parce que, vu la grandeur de sa tristesse, l'Église semble pour ainsi dire n'avoir pas le courage d'ouvrir la bouche pour chanter les louanges de Dieu. C'est pour la même raison aussi qu'on ne récite pas le Gloria Patri à la fin de chaque Psaume ; car n'est-ce pas précisément en ces jours que d'indignes créatures refusèrent de rendre l’hommage au Fils de Dieu et le comblèrent au contraire d'avanies et d'outrages ?

De plus, on ne dit pas, en commençant les Heures, cette exclamation : « Seigneur , venez à mon aide, hâtez-vous de me secourir!» (Psaume. 69), parce que Celui dont vient toute assistance, fut réduit à s'écrier sur la croix, a cause de nos péchés: « Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi m'avez-vous délaissé? » C'est encore pourquoi, dans les Heures, les hymnes et les cantiques ne se récitent plus, car ils rappellent trop douloureusement les outrages tout-à-fait contraires, les moqueries dont on accabla Notre-Seigneur et les hommages de dérision qui lui furent rendus.

Dans l'office de la nuit ou les Matines, les différentes Leçons commencent par des paroles de bénédiction par lesquelles nous invoquons sur nous la miséricorde divine ; elles se terminent par ces mots : «Mais vous, Seigneur , ayez pitié de nous !» Cela a lieu en temps ordinaire ; mais pendant la Semaine Sainte , on omet encore ces paroles, parce que le père céleste n'a pas même épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour la rançon de nos péchés.

Toutes les Heures finissent par ces mots : «Jésus-Christ a été pour nous obéissant jusqu'à la mort, même la mort sur la croix, » et ce n'est que la veille du Vendredi-Saint, qu'on ajoute ces paroles, qui renferment une certaine consolation et une lueur d'espérance: « Jésus-Christ a été pour nous obéissant jusqu'à la mort, même la mort sur la croix; c'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms. » (Philippiens, 2, 8.) On répète jusqu'à huit fois le jour le psaume Miserere dans les Heures, et lorsqu'on célèbre l'office en commun , on le chante à genoux et à demi voix ; puis, l'un des assistants récite la prière : «Nous vous supplions, Seigneur, d'abaisser vos regards sur cette famille qui vous appartient et pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a pas dédaigné d'être livré entre les mains des impies et de souffrir le supplice de la croix. »

La touchante salutation : Dominus vobiscum, cesse; et la finale de la prière « vous qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit durant toute l'éternité, » se dit seulement à voix basse. C'est très-naturel, puisqu'en ce jour d'opprobres, la gloire et la divinité du Fils de Dieu et son égalité avec le Père et le Saint- Esprit étaient comme recouvertes d'un voile lugubre. Enfin, pendant l'office qu'on nomme Matines, on éteint successivement toutes les lumières, excepté une seule , de sorte que les ténèbres se font réellement dans l'église.


Le Jeudi Saint


Le Curé. Sur les usages ecclésiastiques du jeudi saint, il y en a plusieurs : Lorsque, dans une paroisse, il y a plusieurs prêtres, un seul célèbre le saint sacrifice; mais les autres reçoivent la sainte communion de sa main tout-à-fait comme les autres fidèles. La raison en est que Jésus-Christ a seul offert le saint sacrifice en ce jour en donnant lui-même la sainte communion à ses disciples.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Jesus_washing_Peters_feet-e1522793965818


Pour remémorer le lavement des pieds que pratiqua le Sauveur envers ses disciples , il est d'usage, dans plusieurs endroits, d'imiter chaque année cet exemple d'humilité donné par Notre-Seigneur lui-même. La cérémonie du lavement des pieds s'appelle aussi le mandat ou mandatum, soit parce qu'en cette circonstance le Sauveur dit à ses disciples de faire entre eux ce qu'il venait de faire à leur égard et qu'il leur en donna l'ordre , le mandat; soit parce que l'antienne qu'on chante à plusieurs reprises pendant l'action, commence par ces mots : « Mandatum novum do vobis; je vous donne un commandement nouveau, » à savoir, celui de s'aimer les uns les autres comme il les avait aimés. A Rome, le Saint Père lave les pieds à douze personnes et il les baise ensuite après les avoir essuyés.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ciric_129945lavement


Enfin , dans les cathédrales , c'est l'Évêque lui-même qui célèbre le saint sacrifice et qui distribue la sainte communion à tous les prêtres présents. Or, c'est pendant cette messe qu'a lieu la consécration des saintes huiles, c'est-à-dire, l'huile des infirme pour l'administration de l'Extrême-Onction aux malades, celle que l'on emploie dans l'administration du Baptême qu'on nomme huile des catéchumènes et enfin le saint chrême qui sert pour la Confirmation.

Si vous me demandez pourquoi on a choisi le jeudi saint pour cette consécration, je vous dirai que, dans les premiers temps de l'Église, il était d'usage de baptiser les catéchumènes le samedi saint, et, comme ils recevaient en même temps la Confirmation pour l'administration de laquelle les saintes huiles étaient nécessaires, et que d'ailleurs cette bénédiction ne pouvait guère se faire convenablement le vendredi saint, on avait choisi pour ce motif le jeudi. Il y a lieu de croire que ces cérémonies, qui étaient déjà en usage du temps de saint Grégoire-le-Grand ( Pape en 590 Ap J.C.) sont, du moins pour la plus grande partie, d'origine apostolique.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 910113
Bénédiction des Saintes Huiles

Simon. Je voudrais pouvoir assister à cette grande et sublime cérémonie. La plupart d'entre nous n'ont jamais vu un si grand nombre de prêtres réunis. Et puis, qu'il doit être touchant de voir notre saint Père le Pape lui-même laver les pieds à ces gens et donner un si bel exemple d'humilité!

Le Curé. Si même il ne nous est pas donné de pouvoir être témoins de ces belles solennités, nous pouvons au moins, quelqu'éloignés que nous soyons; imiter ces exemples en même temps que celui que nous a donné le Sauveur lui-même en lavant les pieds à ses apôtres et tant d'autres que nous rapportent les saints Évangiles. Pardonnez à vos ennemis les offenses qu'ils vous ont faites; faites-vous violence à vous-mêmes, pour vous réconcilier avec eux, malgré les prétextes par lesquels votre mauvaise inclination voudrait vous en empêcher; ne vous emportez pas quand vos proches se rendent coupables de quelque petite faute; faites du bien aux pauvres, mais ne leur jetez pas votre aumône avec dédain, montrez, au contraire, charité et amour envers ces bien-aimés de Jésus-Christ; traitez-les, en vue du Sauveur, comme si vous étiez leurs serviteurs, et vous donnerez ainsi un exemple d'humilité qui sera méritoire pour vous et utile pour les autres.

Le Curé. Comme le jour du vendredi saint on ne célèbre pas le saint sacrifice, on consacre le jeudi saint deux hosties, dont l'une est mise en réserve et sert le lendemain à la communion. Mais on ne la conserve pas dans le tabernacle du maître-autel, on la transporte dans un calice ou ciboire sur l'un des autels latéraux où, recouvert d'un voile, il reste exposé à l'adoration des fidèles. Cela se fait ainsi pour rappeler de nouveau aux chrétiens que Jésus-Christ a été ravi du milieu des siens par la mort qu'il voulut souffrir pour eux. Les pieux fidèles ne manquent pas de se rendre à l'église pour y remercier le Seigneur de la grâce inexprimable qu'il nous a faite en voulant souffrir et mourir pour remédier à nos maux spirituels, et pour demander à Dieu pardon de leurs propres offenses qui ont été pour beaucoup dans la douloureuse passion de Jésus-Christ.

Ils rendent grâces au divin Sauveur de ce que, pour mettre le comble à son amour, il a bien voulu instituer la sainte Eucharistie et perpétuer, par ce sacrement d'amour, sa présence parmi les enfants des hommes. C'est pourquoi l'autel sur lequel est placé le saint Sacrement est paré avec tout le soin possible et, comme il représente le tombeau de notre divin Rédempteur, on l'appelle ordinairement le Tombeau ou le saint Sépulcre.  Ces cierges innombrables et ces riches ornements et surtout l'Homme-Dieu qui se donne aux hommes pour s'unir à eux de la manière la plus intime, font de ce tombeau un sépulcre vraiment glorieux, comme l'avait prédit le prophète Isaïe 11,10 (Les nations se tourneront vers lui. Et la gloire sera sa demeure.)

Simon. Dieu veuille, M. le curé, que nous suivions les bons conseils que vous nous donnez. Comme déjà il se fait tard, je crains de vous importuner encore par de nouvelles questions. Cependant, pour compléter votre instruction sur le jeudi saint, veuillez bien nous expliquer encore avant de nous séparer, pourquoi on porte le saint sacrement sur un autre autel, et pourquoi on dépouille les autels.

Le Curé: Après avoir répondu à la première partie de votre question, je dois vous dire un mot du dépouillement des autels. Cet usage signifie, d'abord, qu'à partir de ce moment jusqu'à la résurrection du Sauveur, on ne célébrera plus le saint Sacrifice ; c'est pourquoi on ôte ce qui se trouve sur l'autel comme étant inutile. En outre nous voulons encore exprimer par là notre douloureuse tristesse à cause de la mort du Fils de Dieu.

Celui qui est opprimé par la tristesse oublie jusqu'aux choses de la plus grande nécessité ; il ne prend intérêt à rien de ce qu'il voit autour de lui et il n'a aucun goût pour tenir en ordre par exemple sa maison, ses habillements, etc. Le dépouillement des autels nous rappelle encore Jésus dépouillé de ses habits. C'est pourquoi le prêtre, en procédant à cette cérémonie, récite le psaume 21 qui est une prophétie ayant trait à la passion de Jésus-Christ et dans laquelle on lit ces paroles : « Ils se sont partagé mes vêtements entre eux. » Le dépouillement des autels nous marque aussi la perte que fit le divin Rédempteur de toute la gloire visible de sa divinité au moment de sa passion selon cette parole du prophète «On ne trouva plus en lui ni beauté, ni éclat.» (Isaïe. 53.2) On y a trouvé enfin une indication symbolique du voile du temple qui se déchira au moment de son trépas et de l'abandon de ses disciples.

L'un des assistants demanda pour quelle raison on n'offrait pas le saint Sacrifice le Vendredi-Saint, mais le curé répondit : « Méditons jusqu'à demain ce qui a fait le sujet de notre causerie d'aujourd'hui. Puisse le Seigneur la faire fructifier en vous ! » Amen, répétèrent les bons villageois, tandis que leur digne pasteur quittait l'assemblée en disant : Loué soit J.-C. ! — A jamais.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 0iy5npzb

Institution de la Sainte-Eucharistie le Jeudi Saint au dernier repas : Le Jeudi-Saint, que Saint Chrysostome appelle le grand cinquième jour et qui portait aussi, dans les églises d'Orient, le nom de «jour des mystère» , nous rappelle outre l'institution du sacerdoce indiquée par la bénédiction du saint chrême et le lavement des pied , surtout l`institution de la sainte Eucharistie.

C'est la célébration de ce mystère qui est l'objet principal de la fête du Jeudi-Saint. Jésus-Christ ayant ordonné à ses disciples de le renouveler en mémoire de lui, on peut dire que l'origine de cette fête remonte aux Apôtres. Pour la célébrer d'une manière digne du mystère qui est le chef-d’œuvre de l'amour divin et le résumé de toutes les grâces célestes, puisqu'il renferme l'auteur même de la grâce, l'Église fit céder le deuil dans lequel elle est plongée, à la joie spirituelle que légitime un si grand bienfait. C'est en signe de joie qu'on chante encore aujourd'hui le Gloria in excelsis dans la messe du Jeudi-Saint. Pendant longtemps même, cette fête était d'obligation et, dès les premiers siècles, on adoucissait le jeûne à cause de la grande solennité de ce jour. Du temps de saint Augustin, c'était même l'usage que tous les fidèles y communiassent; ceux qui jeûnaient, recevaient la communion le soir et ceux qui ne pouvaient jeûner, la recevaient le matin. Mais dans la suite l'Église, considérant que la fête de l'institution de l'Eucharistie se trouvait trop resserrée entre les jours consacrés au souvenir de la passion et de la mort du Sauveur, jugea à propos de transférer la fête particulière du très-Saint-Sacrement au jeudi après l'octave de la Pentecôte, comme nous le dirons en son lieu, et le concile de Trente, assemblé en 1549 , réduisit le Jeudi-Saint au rang des demi-fêtes laissées à la dévotion des fidèles. L'Église ne laisse pas cependant d'honorer encore maintenant la sainte Eucharistie dans les offices de ce jour. C'est en actions de grâces pour ce témoignage de l'amour de Jésus-Christ envers les hommes, que la messe se célèbre avec toute la pompe que permet la douleur de la passion. On n'y donne point la paix, comme dans les autres fêtes, par horreur pour le baiser sacrilège que le traître Judas donna à son divin maître.

Si tous les prêtres, excepté le célébrant, s'abstiennent de dire la messe ce jour-là, ce n'est pas par des motifs de deuil et de tristesse comme le Vendredi et le Samedi Saints, mais c'est pour imiter de plus près la cène où le Seigneur, instituant la sainte Eucharistie, fit, pour la première fois, les fonctions de sacrificateur et fut le seul célébrant. Vu la signification de ce saint jour, nous devons, selon les intentions de l'Église, assister à la sainte messe avec une dévotion toute particulière, comme étant le jour anniversaire de son institution, et former la résolution d'assister dorénavant à ce saint Sacrifice avec plus de piété et de dévotion que nous ne l'avons fait ci-devant. Notre devoir est encore de remercier le doux Sauveur de ce que, non content de s'être une fois offert sur la croix pour nos péchés, il veut encore s'immoler tous les jours sur nos autels par la main de ses prêtres, afin de nous rappeler le souvenir, de nous appliquer les fruits et les mérites du Sacrifice sanglant de la croix.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Communion-sang-et-corps-du-christ_article

Enfin nous devons lui rendre mille actions de grâces de ce qu'en ce même jour, il a daigné instituer le Sacrement adorable de l'Eucharistie pour s'unir à nous par la sainte communion jusqu'à la consommation des siècles et nourrir notre âme de son propre corps et de son propre sang. Gémissons encore sur l'abus que nous pourrions avoir fait d'une si grande grâce, en le recevant sans les dispositions requises, avec tant de tiédeur et si peu de foi et de désir. Lorsque donc vous irez visiter les reposoirs ou faire les stations, vous ferez bien, âme chrétienne, de faire amende honorable à Jésus-Christ de ce qu'il a souffert tant d'ignominies durant sa passion de la part de ses apôtres, du peuple juif, de Caïphe, de Pilate et d'Hérode, etc., et surtout pour tant d'outrages que lui infligent encore dans la sainte Eucharistie des chrétiens irrévérents, profanateurs, sacrilèges ou hérétiques.

la suite bientôt

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty Re: BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par MichelT le Jeu 16 Mai 2019 - 19:01

ENTRETIEN QUATRIÈME.

DU VENDREDI ET DU SAMEDI SAINTS.

Résumé. Vendredi-Saint ; son nom. Office du Vendredi-Saint.  Découvrement et adoration de la croix. Messe des Pré-Sanctifiés. Samedi-Saint. Bénédiction du feu nouveau. Cierge pascal. Bénédiction des fonts baptismaux. Baptême des catéchumènes. Messe du Samedi-Saint.

Le Curé : Mes chers amis, j'ai pensé que si vous vous trouvez aujourd'hui réunis sitôt et en si grand nombre, je n'osais pas manquer moi-même, aussi n'y a-t-il aucun inconvénient à commencer ce soir un peu plus tôt qu'à l'ordinaire, car j'ai bien des choses à vous expliquer. Je n'ai pas encore répondu à la question qui m'a été faite en clôturant la dernière séance ; je pense néanmoins qu'il sera mieux de suivre, selon leur ordre, les cérémonies de la Semaine Sainte; de la sorte, nous aboutirons aussi à la discussion du point en question.

Simon. M. le Curé, les noms de Vendredi-Saint, me paraissent faciles à expliquer, si je réfléchis à ce que vous nous avez dit la fois dernière. Toutefois , comme l'assemblée est plus nombreuse aujourd'hui qu'elle ne l'était hier, je vous prie de vouloir bien nous en dire encore un mot.

Le Curé. Très-volontiers, Simon. Ce jour est Saint par excellence, parce que c'est en ce jour que le Saint des Saints a bien voulu s'offrir en sacrifice pour nous racheter de l'esclavage de Satan (le péché originel avait soumis l`homme a l`ange déchu), nous sanctifier et nous ouvrir le ciel ; il est bon, puisque des grâces infinies nous ont été méritées sur la croix. Cependant, par sa mort, Jésus-Christ n'a pas voulu nous priver de notre liberté ; il dépend de nous de nous sanctifier en coopérant à la grâce du Sauveur et de mettre en pratique ces paroles de l'Apôtre : « Vous avez été rachetés à un grand prix; c'est pourquoi glorifiez Dieu et portez-le en votre corps, » c'est-à-dire : devenez semblables à lui (1 Corinthiens 6. 20).


O Crux ave spes unica -  O Croix, salut, espoir unique! - Latin - 19 eme siècle - Espagne - Fernando Sor

Si donc vous vous réjouissez de ce que Dieu n'a pas dédaigné de donner son propre fils pour votre rançon, n'oubliez pas de correspondre à l'exhortation de l'Apôtre en vous montrant reconnaissants par une vie fervente et sainte.

Est-ce bien là ce que vous vous proposez de faire ?

Un grand nombre répondent : Oui, de tout coeur.

Dieu aidant, ajouta Simon.

Oui, mes amis, reprit le vénérable pasteur, et Dieu aidera sans faute, si seulement nous le voulons fermement. Du reste, vous avez raison. Simon, nous ne pouvons mettre qu'en Dieu seul notre confiance; nous devons même encore nous défier de nous-mêmes, quand il s'agit de faire le bien. Si Dieu ne bâtit lui-même la maison, ce sera en vain qu'y travailleront les ouvriers, dit le psalmiste.

Simon. M. le Curé. Ici les questions se pressent, vu le grand nombre des cérémonies du Vendredi Saint. Mais, ne les connaissant pas toutes de mémoire, vous voudrez bien vous-même y suppléer au besoin.

Le Curé. Commençons seulement ; les questions se présenteront d'elles-mêmes. — Arrive à l'autel, le prêtre se prosterne étendu de son long, la face contre terre, pour s'humilier par-là profondément devant le Seigneur, qui a voulu lui-même s'humilier jusqu'à la mort sur la croix; il exprime en même temps la douleur que ressent toute la chrétienté, en considérant la passion et la mort du Rédempteur des hommes. Après être resté prosterné le temps d'un Miserere, il se lève, monte les marches de l'autel et lit un extrait du prophète Osée, (6. 1-6.) dans lequel nous trouvons ces paroles: « Dans leur tribulation, ils reviendront à moi, disant : Venez, retournons vers le Seigneur; c'est lui qui nous a mis dans la captivité; c'est lui qui nous délivrera; c'est lui qui nous rendra la vie et nous ressuscitera au troisième jour, afin que nous vivions en sa présence. » Ces paroles, appliquées au Messie, sont comme une consolation que l'Église emploie, de peur que la douleur ne déborde, et, ne voulant pas nous laisser sans espérance, elle nous représente, à côté de la passion de Jésus-Christ, sa résurrection future. Tout chrétien auquel Dieu envoie des souffrances, doit tacher de s'appliquer ces paroles du prophète, puisque Dieu, en nous éprouvant par la tribulation, n'a en vue que notre bien, soit déjà en cette vie, soit surtout en l'autre. Ensuite le prêtre prie Dieu de vouloir faire servir ses tribulations au salut de notre âme, comme au bon larron, en nous préservant du sort de Judas, pour qui la souffrance ne fut qu'une malédiction; il lui demande de nous purifier du péché et de nous donner la grâce de ressusciter spirituellement avec le Seigneur.

Il lit ensuite un passage tiré de l'Exode, (12, 1-11) dans lequel il est parlé de la manière dont les Juifs devaient tuer et manger l'Agneau pascal, qui était une figure de la mort réparatrice de l'Agneau divin. Pour compléter la même figure par la réalité, on lit encore de quelle manière l'Agneau pascal de la nouvelle Alliance, Jésus-Christ, fut immolé sur la croix; c'est ce qui se fait par le récit de la Passion selon l'Évangile de saint Jean.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 43


Simon. Si j'ai bonne mémoire, on lit plusieurs fois la Passion pendant la Semaine-Sainte.

Le Curé. Oui, quatre fois, savoir : le dimanche des Rameaux, le mardi, le mercredi et le vendredi saints, et chaque fois selon un autre évangéliste ; de la sorte, ils viennent attester tous les quatre, l'un après l'autre, combien le Fils de Dieu a souffert par amour pour nous.

Simon. Pourquoi le Prêtre se prosterne-t`il pendant la lecture de la Passion?

Le Curé. Il se met à genoux lorsqu'il arrive au passage du récit évangélique qui rapporte la mort du Seigneur. C'est aussi un signe de tristesse et d'humilité ; le prêtre veut par là remercier Dieu au nom de tous les assistants de ce qu'il a bien voulu nous racheter par la mort de son Fils. — La Passion finie, le prêtre prie pour la prospérité de l'Église catholique, pour le Pape, les évêques et tous les autres membres de la hiérarchie ecclésiastique qui sont dans l`Église ; particulièrement encore pour les chefs chrétiens; ensuite il prie pour les catéchumènes, c'est-à-dire pour ces hommes qui sont sur le point de suivre l'Évangile et qui, par la réception du baptême, veulent confesser la vraie foi. Si, à la vérité, chez nous tous les enfants reçoivent le baptême immédiatement après la naissance , il est encore bien des pays où l'on travaille à la conversion des païens et où , par conséquent, il y a encore des adultes à baptiser. Le prêtre prie ensuite le Seigneur d'éloigner de nous la guerre, la peste ou autres maladies et surtout l'erreur; il demande le bonheur pour les voyageurs, la santé pour les malades, la délivrance pour les prisonniers.  Enfin il fait aussi mention des hérétiques et des schismatiques, afin que Dieu daigne leur ouvrir les yeux et les conduire à la connaissance de la vérité en les faisant entrer dans l'Église de Jésus-Christ.

Thomas. Ainsi donc l'Église catholique prie pour ceux qui ne sont pas ses membres ?

Le Curé. L'Église prie pendant toute l'année pour la propagation de la vraie foi, l'extirpation des hérésies et en général pour tous les hommes qui n'ont pas le bonheur de lui appartenir, afin qu'il plaise au Seigneur de faire briller à leurs yeux la lumière de l'Évangile et les préparer au salut éternel ; il en résulte donc que ceux qui ne sont pas catholiques ou qui ne sont pas même chrétiens, ne sont jamais exclus de ses prières.

Simon. Il nous tarde d'entendre expliquer les cérémonies sacrées du vendredi-saint. Si je ne me trompe, nous en sommes venus au découvrement de la croix ?

Le Curé. Oui. Après les oraisons sacerdotales, le célébrant prend la croix recouverte d'un voile noir ou violet et la découvre graduellement en se tournant vers le peuple et chantant trois fois « voici le bois de la croix, » et le choeur : «venez, adorons-le». En même temps on ôte les voiles dont sont recouverts depuis le dimanche de la Passion tous les christs ou crucifix qui se trouvent dans l'église. Ce découvrement des crucifix a pour but de nous représenter le moment auquel le divin Sauveur fut dépouillé de ses habillements, pour être ainsi suspendu à la croix et exposé aux regards de la multitude. Ensuite le prêtre dépose la croix au pied de l'autel et se prosterne à trois reprises différentes devant le crucifix.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ob_d0b5e6_adoration-croix

Alors tout le monde présent à l'église, les vieillards du sanctuaire et les enfants du choeur, les riches et les pauvres viennent adorer le bois rédempteur : il semble voir les enfants éplorés d'un père qui vient de mourir, admis dans la chambre mortuaire où le chef de famille est exposé sur la couche funèbre, et baiser avec une respectueuse douleur ses restes vénérables. En se prosternant devant le crucifix, le prêtre ne fait qu'exécuter ce que dit l'Apôtre aux Philippiens (2, 10): Que tous les genoux fléchissent au nom de Jésus.

Le Curé. Qu'en dites-vous maintenant, si nous aussi nous commencions à repasser intérieurement tous les bienfaits que nous avons reçus de Dieu depuis tant d'années que nous vivons, et si, d'autre part, nous nous rappelions aussi les péchés dont, malgré ces bienfaits, nous nous sommes rendus coupables?...  C'est Dieu qui nous a appelés à la vie ; n'en avons-nous jamais abusé pour l'offenser? C'est lui qui nous a donné tous les membres de notre corps; ne les avons-nous jamais fait servir au péché? C'est lui encore qui nous donne la nourriture de tous les jours ; n'en avons-nous jamais fait une arme contre Dieu? Enfin c'est Dieu lui-même qui est venu nous racheter par sa mort sur la croix, lui qui a lavé nos péchés de son sang; et avons-nous toutefois cessé de l'offenser?

Simon. Ce n'est que trop vrai, et nous aurions sujet de déplorer une pareille ingratitude avec des larmes de sang.

Le Curé : N'oubliez pas que la sainte messe est un sacrifice non sanglant et un mémorial du sacrifice sanglant de la croix. Or, comme le jour du Vendredi-Saint, nous avons sous les yeux le sacrifice sanglant lui-même, le sacrifice non sanglant n'est pas offert, afin que nous nous occupions exclusivement de la méditation de cet autre sacrifice dont l'Apôtre dit: Jésus, après avoir offert une seule victime pour les péchés, est assis pour toujours à la droite de Dieu (Hébreux 10. 12). La seconde raison, pour laquelle on ne dit pas la messe proprement dite, est fondée sur l'idée que l'Église se fait du saint sacrifice de nos autels, en le considérant comme une action toute de joie et de consolation. Il est donc convenable de l'omettre en ce jour lugubre auquel la nature elle-même voulut participer au deuil universel.

L'un des assistants dit qu'il avait toujours cru que la cérémonie du Vendredi-Saint n'était autre qu'une messe en désordre, comme on l'appelait dans le pays ; alors le curé reprit : On ne la désigne par ce nom que pour exprimer que ce n'est pas une messe proprement dite. L'essentiel, dans le saint sacrifice de la messe, consiste dans la consécration du pain et du vin au corps et au sang de Notre-Seigneur. Or, la consécration manque précisément dans la cérémonie du Vendredi-Saint. La sainte hostie, que le prêtre élève pour la consommer ensuite, a été déjà consacrée à la messe du Jeudi-Saint et mise en réserve pour le vendredi.

C'est pourquoi la messe du vendredi ou la messe en désordre se nomme, dans le langage de l'Église, messe des Pré-sanctifiés , c'est-à-dire messe où on consomme les dons sanctifiés ou consacrés la veille.  L'office divin de ce jour n'est donc qu'une cérémonie exprimant le deuil et la douleur et dans laquelle on se sert de plusieurs prières et de
plusieurs rites usités dans le saint sacrifice de la messe.

Le célébrant omet de saluer l'assemblée par les paroles joyeuses : « Que le Seigneur soit avec vous » (Dominus vobiscum), parce que Jésus-Christ a été arraché du milieu des siens, et il quitte l'autel immédiatement après la communion. Voilà donc de quelle manière l'Église catholique célèbre la triste journée qui nous rappelle la mort du divin Rédempteur. Si l'un ou l'autre avait encore quelqu'explication à demander, je le prie de vouloir me le dire, avant que nous nous occupions du Samedi-Saint.

Simon : Voyant que personne ne prenait la parole, dit : Je pense, monsieur le curé , qu'on trouverait difficilement à faire encore une question sur les  solennités du vendredi
saint; il ne nous reste donc qu'à vous remercier d'avoir bien voulu nous éclairer, d'une manière si incessante et si complète à la fois , sur la signification des beaux
usages de l'Église catholique. Vraiment on sent s’accroître l'amour envers elle, à mesure qu'on apprend à mieux la connaître.



Le Samedi Saint


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Samedi.saint


Le Curé. Hé bien, passons maintenant au Samedi-Saint. Ce jour n'est plus si sombre et les cérémonies qui le distinguent, ne portent plus le même caractère de tristesse, mais plutôt celui de la joie avec un certain mélange de tristesse. On sent que l'Église a foi au consolant et glorieux mystère du lendemain. Au commencement, le silence règne encore dans l'église; nous n'y voyons pas même une seule chandelle allumée, c'est là l'obscurité du sépulcre et le silence de l'Épouse qui veille au tombeau de son Époux. Mais au moment où l'office commence, apparaît devant, nous une série de figures qui nous rappellent déjà la résurrection du Seigneur. La première cérémonie qui a lieu, c'est la bénédiction du feu nouveau.

Simon. Je ne comprends guère pourquoi on bénit ce feu.

Le Curé : Je vais vous expliquer toute la cérémonie et vous dire en même temps sa signification. Ce feu signifie Jésus crucifié. D'après le précepte de l'Église et la coutume ancienne que nous trouvons déjà au quatrième siècle dans la plupart des contrées, on tire le feu de la pierre pour le bénir, plutôt que de le prendre à un foyer quelconque. Après l'avoir bénit, on s'en sert pour allumer tous les cierges de l'église. On le tire de la pierre, pour symboliser que Jésus-Christ est cette pierre angulaire et qu'il apparut sur la terre comme une lumière éclairant le monde. Nous pouvons espérer d'obtenir de lui seul la lumière pour notre intelligence et l'ardeur pour embraser nos coeurs du saint amour de Dieu, car tout ce qui nous est donné, ne nous est donné que par lui : voilà ce que signifie la cérémonie qui consiste à allumer tous les cierges au moyen du feu nouveau.

Or, on bénit le feu, parce que, dans la pensée de l'Église, toutes les créatures ont été viciées par le péché d'Adam et qu'il ne convient point, par conséquent, de les employer sans bénédiction aux cérémonies du culte divin. C'est ainsi que, dès les premiers siècles, on; bénissait le sel, l'encens, les ornements sacerdotaux, etc, pour indiquer par là qu'on retirait ces objets à tout usage profane, afin de les employer uniquement au service du Sanctuaire. On bénit encore le feu ; afin qu'il puisse d'autant mieux signifier Jésus-Christ, le Saint des Saints, et pour que le feu sacré de nos temples nous fasse souvenir que notre cœur ne doit plus brûler que d'un feu divin qui le consume pour Dieu.

Ce feu doit être nouveau et ne pas provenir d'un autre, pour signifier que Jésus- Christ, la lumière du monde, s'est, pour ainsi dire, éteint dans l'ombre de la mort et qu'il a voilé sa gloire, mais qu'à sa glorieuse résurrection, il s'est élevé du tombeau en devenant de nouveau une lumière pour nous éclairer. Dans cette cérémonie, nous imitons les Juifs, qui devaient éloigner de la maison tous les anciens aliments, aussitôt que Pâque arrivait. C'est ainsi que, nous aussi, nous n'employons rien dans les églises qui ne soit nouveau et sanctifié par la prière et la bénédiction de l'Église. Nous y trouvons également un avertissement qui nous dit d'éloigner de notre cœur l'ancien ferment du péché, en reprenant une nouvelle vie devant Dieu dans la sainteté et d'allumer en nos cœurs le feu de l'amour, divin et d'une piété ardente.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Veillee-paques-55344_14


Simon. Qui se serait imaginé de trouver une si belle signification à ce feu nouveau ! Que veut donc dire la chandelle à trois branches?

Le Curé. Elle rappelle la Sainte Trinité, qui est une dans sa nature et triple dans ses personnes, dont la seconde est la vraie lumière qui est venue dans le monde. « Il est cette vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde » (Jean. 1 . 9.). C'est pourquoi le prêtre, en l'allumant, chante trois fois : Lumen Christi, la lumière du Christ; et le peuple répond en se prosternant : Deo gratias, pour remercier l'Éternel de ce qu'il a daigné envoyer son Fils sur la terre, pour nous éclairer.

Simon. Et le cierge pascal?

Le Curé... Signifie encore Jésus-Christ ressuscité. La cire blanche représente le sein pur et virginal de la bienheureuse Vierge Marie, dont a été pris le corps de notre Seigneur. Vous savez qu'on y insère cinq grains d'encens en forme de croix. Souvent les grains sont renfermés dans des clous de cire qui nous rappellent les cinq plaies du Sauveur, qu'il conserva après sa résurrection et que nous verrons encore sur son corps, glorifiés à notre plus grande joie ou bien remplis de terreur, an grand jour du jugement; l'encens, au contraire, est le symbole des aromates avec lesquels Nicomède et Joseph d'Arimathie embaumèrent le corps de Jésus-Christ.

On allume le cierge pascal à la chandelle à trois branches dont je vous ai parlé, pour indiquer que le Fils a été engendré du Père et qu'il s'est incarné, pour opérer le salut des hommes, comme nous le confessons dans le Credo de la messe : Dieu de Dieu et lumière de lumière. Plus tard on allume encore les autres cierges de l'église à cette triple lumière, pour signifier que toute lumière intérieure provient du Père des lumières ( Jacques 1. 17.); qu'elle a son origine dans Notre- Seigneur Jésus-Christ qui est la lumière du monde, et qu'elle est répandue dans les âmes par la grâce du Saint-Esprit. Après la bénédiction des fonts baptismaux, on place le cierge pascal du côté de l'Évangile. Ce cierge rappelle le séjour que le divin Rédempteur fit sur la terre après sa résurrection.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Wielka-Sobota


Simon. Vous voudrez bien nous instruire maintenant sur la bénédiction des fonts baptismaux.

Le Curé. Elle est précédée du chant des prophéties. Par là, l'Église veut exprimer que maintenant toutes les prophéties et les figures qui avaient désigné et décrit le Messie depuis le commencement du monde, se sont vérifiées en lui, et que tout ce qui n'avait été montré aux Patriarches de l'Ancien Testament que sous un nuage, est maintenant radieux de clarté et de vérité. Les prophéties annoncent en même temps d'une manière emblématique le triste sort du pécheur, aussi longtemps qu'il n'aura pas joui du bonheur de la Rédemption, et le bonheur d'appartenir à Jésus-Christ par la réception du saint Baptême. Voilà en résumé leur contenu, et elles s'adressaient surtout aux nouveaux baptisés qui devaient recevoir le baptême le Samedi-Saint.  Ce n'est qu'après la lecture de ces douze prophéties tirées des livres de l'ancien Testament, qu'on procède à la bénédiction des fonts.

Thomas. Je trouve la bénédiction de l'eau destinée à conférer la Baptême passablement inutile, puisque l'eau naturelle suffit pour baptiser.

Le Curé. C'est vrai, le Baptême peut être validement conféré, même en ne se servant pas d'eau bénite. Mais l'Église de Dieu a prescrit cette bénédiction, afin que ce saint Sacrement fût conféré et reçu avec plus de respect et de dévotion. C'est dans ce but qu'on a pratiqué cet usage dès les temps les plus reculés. Saint Basile, qui vivait au quatrième siècle, mentionne cette bénédiction comme provenant des Apôtres, et plusieurs autres Pères de l'Église des premiers siècles en parlent également dans le même sens.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Images?q=tbn:ANd9GcSC5PjywoKEz7UXkxYsriiHnm98w7tH5YyjQnajOATVZm1sldnjOw


Simon. Pour autant que je m'en rappelle, il se pratique quelques cérémonies particulières à cette occasion.

Le Curé. Le prêtre s'avance d'abord vers la cuve baptismale en récitant les paroles du psaume 41 : « Comme le cerf altéré désire l'eau des fontaines, ainsi mon âme soupire après vous , Seigneur. Mon âme a soif du Dieu vivant. Quand est-ce que j'y parviendrai et quand apparaîtrai-je devant la face de Dieu? »

Ces paroles sont propres à nous faire souvenir avec quelle ardeur nous devons aspirer vers la grâce de Dieu, du Sauveur, en particulier combien est grande et précieuse la grâce du saint Baptême, et avec quel empressement nous devons en rendre participants les nouveaux-nés. Pendant les prières qu'on récite, le prêtre forme dans l'eau, avec la main, le signe de la croix, qu'il fait aussi sur la surface, pour rappeler le Calvaire et nous dire que la grâce du Baptême en est découlée ; il touche l'eau avec la paume de la main, pour signifier que, de même que l'Esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux avant la création, de même il fixera sa demeure dans l'âme de tous ceux qui recevront le Baptême, et les remplira de sa lumière et de sa force.

Le prêtre répand de l'eau vers les quatre parties du monde, pour indiquer que l'Évangile doit faire le tour de la terre et que toutes les parties du monde sont appelées à devenir participantes de ce bienfait, selon les paroles de Jésus-Christ: «Allez par tout le monde et annoncez l`Évangile à toutes les créatures et baptisez-les » (Matthieu 28. 19.). Le prêtre souffle sur l'eau en conjurant Jésus-Christ de la bénir de sa bouche même, pour signifier que, par le Baptême, l'homme récupère la vie de son âme, tout comme le Créateur vivifia le premier homme du souffle de sa bouche, et aussi pour montrer que le Saint-Esprit est communiqué aux nouveaux baptisés, de même que Notre-Seigneur le communiquait à ses Apôtres en soufflant sur eux.

C'est encore pour la même raison qu'on y plonge trois fois le cierge pascal, emblème de Notre-Seigneur, en disant : « Que la vertu du Saint-Esprit descende dans cette source d'eau et veuille lui donner la puissance de régénérer les âmes ! » Enfin le prêtre répand quelques gouttes de cire en forme de croix, pour marquer l'onction de la grâce que cette eau, rendue féconde et vivifiante par la vertu du sang de Jésus-Christ répandu sur la croix, produira dans les âmes; puis il y infuse du saint chrême et de l'huile des catéchumènes, pour indiquer la plénitude de l'Esprit divin qui agit par le moyen de cette eau dans le Baptême, et pour nous remémorer que la grâce du Saint-Esprit, ainsi que les vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité, sont infuses dans l'âme du néo-baptisé. Car l'huile et le saint chrême sont les emblèmes de l'Esprit-Saint. Mais, avant de verser l'huile sainte dans la fontaine baptismale, il asperge les assistants de l'eau qu'il vient de bénir. En faisant à cette occasion le signe de la croix, on fera bien de se rappeler son propre Baptême, pour renouveler et consolider les engagements sacrés qu'on y a pris envers Dieu. On vous donne alors, mes amis, la liberté d'aller prendre de cette eau et de l'emporter dans vos maisons.

Simon. Cette eau a une vertu particulière, n'est-ce pas ?

Le Curé. Se fondant sur les paroles elles-mêmes de l'Église, on l'emploie comme préservatif contre les accidents et les dangers spirituels et temporels.

Simon. Après la bénédiction des fonts, on chante les litanies de tous les Saints.

Le Curé. Cela se fait en revenant au choeur. Ce chant a lieu dans un grand nombre d'actions importantes dans l'Église, comme, par exemple, l'ordination des prêtres et des évêques. Le motif en est clair, car, lorsqu'il s'agit d'une action de si grande importance, nous sentons combien nos prières sont insuffisantes, et, à cet effet, nous nous adressons à nos frères glorifiés qui font partie de l'Église triomphante, afin qu'ils unissent, auprès de Dieu, leurs prières aux nôtres et que nous puissions ainsi compter avec d'autant plus d'assurance sur le succès de nos supplications. Nous le faisons aussi en ce jour, pour que la grâce du saint Baptême soit donnée à tous les hommes sans exception, mais particulièrement aux néo-baptisés. Pendant qu'on achève les litanies, le prêtre se prosterne au pied de l'autel, pour exprimer par là avec quelle ferveur l'Église supplie le Ciel en union avec les Saints pour une affaire si importante. Cette action du prêtre rappelle aussi l'état de mort spirituelle de l'homme qui n'a pas encore été baptisé, et, en se relevant, il indique que tous Ceux qui étaient morts de la sorte, ressusciteront par le Baptême à la grâce avec Jésus-Christ pour la Vie éternelle.

Simon. Vous nous avez déjà dit plusieurs fois qu'originairement on conférait, dans la journée du Samedi-Saint, le Baptême à ceux qui voulaient embrasser le christianisme. Cela ne se faisait-il qu'à cette époque et pourquoi justement le Samedi-Saint?

Le Curé. Oui, on le conférait de préférence le Samedi-Saint, mais pas exclusivement. La veille de la Pentecôte était fixée également pour le Baptême solennel des catéchumènes ; c'est donc pourquoi on procède en ces deux jours à la bénédiction des fonts nécessaires pour toute l'année. Or, on conférait le Baptême de préférence le Samedi-Saint, parce que la Semaine-Sainte nous fait penser au mystère de notre Rédemption, et puis encore, parce que le saint temps de carême avait donné occasion de se préparer, par la prière et le jeûne, à une action si importante.

Enfin, le Baptême par immersion, tel qu'il se pratiquait autrefois, et qui consistait à plonger dans l'eau le catéchumène, est comme un symbole de la sépulture de Jésus-Christ, de même que la sortie du catéchumène de la fontaine baptismale nous rappelle sa glorieuse Résurrection. L'Apôtre des nations nous dit à ce sujet : « Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ? En effet, nous avons été ensevelis avec lui par le Baptême, pour la mort du péché, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une vie nouvelle. » (Romains 6. 3.)

La fête de la Pentecôte, au contraire, avait été choisie pour le Baptême, soit qu'on la considérât comme la fin du temps pascal, soit parce que ce fut en ce jour que le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres, les baptisant par le feu et allumant en eux une foi vive ; ensuite parce qu'après la descente du Saint-Esprit, à la première prédication de saint Pierre, il y eut un si grand nombre de personnes qui se firent baptiser. On peut dire du Saint-Esprit comme du Fils de Dieu : « Voilà que je fais toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21. 5), ce qui s'applique surtout aux nouveaux baptisés qui sortent en hommes nouveaux du bain de la régénération. C'est une coutume usitée encore de nos jours dans plusieurs endroits du monde catholique, de faire baptiser en ce jour les enfants nés vers cette époque. On ajoute encore, d'après un usage très-ancien, dans toutes les messes qui se disent entre Pâques et la Pentecôte, une prière pour les nouveaux baptisés. Cette prière, qui se dit immédiatement avant la consécration, est celle-ci: «Ayez pour agréable, Seigneur, ce sacrifice que nous vous offrons en union avec toute votre sainte Église et dans l'humilité de nos cœurs pour ceux aussi que vous avez daigné régénérer par l'eau et le Saint-Esprit. »


Simon. Étaient-ce là les seuls jours auxquels le Baptême était conféré?

Le Curé. Oui, au moins dans les premiers siècles de l'Église; plus tard on y ajouta d'autres fêtes, telles que, celles de la Nativité, de saint Jean-Baptiste et autres. Dès les temps les plus reculés, on baptisait aussi le jour de l'Épiphanie, parce que les trois Mages avaient été les premiers infidèles appelés à la vraie foi. Ce jour était très-convenable pour cette solennité, parce qu'il exhortait ceux qui obtenaient la grâce du saint Baptême, à suivre comme les trois Rois l'étoile de la foi, pour lui soumettre leur intelligence et assujettir leur cœur à Dieu, par une vie chrétienne.  Comme on rappelle aussi le jour des Rois le changement de l'eau en vin aux noces de Cana en Galilée et le premier miracle de Jésus, par lequel il inaugura sa vie publique, le nouveau baptisé y trouvait une indication de la connaissance de Jésus-Christ qu'il acquérait par le baptême. Enfin cette fête est encore destinée à perpétuer le souvenir du Baptême de notre Seigneur par saint Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain, et ce précieux anniversaire vous dit suffisamment que le jour n'aurait pu être mieux choisi pour la dispensation de ce sacrement aux novices du christianisme.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ob_7ce448_imgp4581

De là provient l'usage de bénir de l'eau, dans certains pays, qu'on appelle eau des Trois Rois, mais qui n'est pas la même que celle qu'on bénit le Samedi-Saint et la veille de la Pentecôte pour l'administration du Baptême. Ensuite, je ne dois pas oublier de vous faire remarquer que l'observation de ces jours n'avait lieu que pour le Baptême des adultes et de ceux dont la vie n'était pas en danger. D'ailleurs, au commencement de l'Église, il n'y avait guère que des adultes à baptiser parmi ceux qui quittaient le paganisme ou la croyance des Juifs pour embrasser le christianisme. Dans le cas d'une maladie dangereuse, et plus tard, lorsque l'usage se fut introduit de baptiser les enfants, on cessa de limiter le Baptême à ces jours ; il importait avant tout de le conférer aussitôt que possible et de ne pas laisser mourir avec la faute originelle. De nos jours pas moins qu'alors, ce serait assumer une bien grande responsabilité, si les parents négligeaient de faire baptiser leurs enfants le plus tôt possible.

Simon. Oui, effectivement, quelle immense responsabilité et quels reproches des parents si négligents doivent se faire!

Le Curé. Et des reproches d'autant plus fondés, que les parents tiennent envers leurs enfants la place de Dieu qui ne les leur a confiés, que pour qu'ils prennent soin de leur bien-être spirituel et temporel. Mais, mes bons amis, il se fait tard et pourtant je n'ose pas finir aujourd'hui, sans avoir épuisé la matière que je m'étais proposée. Hâtons-nous donc de dire un mot de la Messe du Samedi-Saint.

Simon. Cette messe est beaucoup plus joyeuse que celle des autres jours de la semaine ; on peut déjà le remarquer à l'autel qui est orné et n'offre plus la nudité du Vendredi- Saint.

Le Curé. Cette messe anticipée se célébrait autrefois la nuit de Pâques, un peu avant l'heure de la Résurrection du Sauveur. C'est donc pour la célébrer que l'on décore les autels, en signe de joie, et pour signifier la jubilation spirituelle qui doit nous animer au jour de la grande victoire de Jésus-Christ sur la mort. En outre, l'Église nous fait comprendre par-là que Jésus-Christ est ressuscité du tombeau avec un corps glorieux et transfiguré.

Simon. Alors on entend de nouveau les cloches!

Le Curé. Je vous ai dit déjà que les cloches symbolisent les Apôtres, dont la voix devait faire résonner l'Évangile dans toutes les parties du monde. Or, ceux-ci s'étaient cachés et ils étaient restés muets pendant la Passion du Sauveur par la crainte des Juifs ; mais par la Résurrection et l'apparition de Jésus-Christ, les disciples furent remplis de courage et de consolation et ils répandirent partout la nouvelle que leur maître était ressuscité. Voilà pourquoi les cloches qui les symbolisent se font entendre de nouveau. En général leur son exprime la joie du monde catholique, comme leur silence est un signe du deuil et de la tristesse que nous ressentons à cause de sa mort.

Simon. Le prêtre entonne aussi le Gloria in excelsis ?

Le Curé. Oui, en signe de joie, car c'est en ce moment que les cloches et l'orgue se font entendre de nouveau ainsi que les sonnettes qui avaient fait silence dans l'église ; tout semble participer à la joie que ressent l'Église de voir son Époux triomphant reprendre une vie nouvelle, éternelle, glorieuse, impassible. Les raisons particulières, pour lesquelles on chante en ce jour le Gloria sont :

1° Parce que la Résurrection de Jésus-Christ était comme une seconde naissance. Or, comme les anges ont chanté ce cantique de joie, lors de la première naissance du Seigneur sortant du sein de la sainte Vierge, ce cantique convient aussi parfaitement pour solenniser sa seconde naissance du sein du tombeau, sa Résurrection.

2° De même que les anges annoncèrent à Bethléem la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, de même aussi on annonçait aux nouveaux baptisés la paix avec Dieu, qu'ils acquéraient par la grâce sanctifiante que le Baptême leur conférait le Samedi-Saint. C'était comme une salutation que leur adressait toute l'Église.

3° Des anges avaient annoncé aux bergers Jésus naissant dans la crèche, ce sont encore de ces esprits célestes qui annoncent sa naissance glorieuse aux saintes femmes et par elles aux Apôtres; quel chant aurait donc pu remplacer ici le cantique angélique ?

Profitez donc des connaissances que vous avez acquises pour assister à ces offices, non-seulement avec plaisir, mais aussi avec grande dévotion et en vous rappelant le bienfait de la Rédemption. Et maintenant je prie Dieu de vous protéger pendant cette nuit. Soyez, pendant votre sommeil, comme ensevelis avec Jésus-Christ, afin que chaque fois votre réveil soit comme une résurrection à une vie meilleure. Chaque jour vous apportera ainsi un joyeux Alléluia, jusqu'à ce que vous puissiez le chanter un jour. éternellement avec les anges et les Saints dans le ciel. Loué soit J.-C. ! — A jamais.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty Re: BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par MichelT le Lun 20 Mai 2019 - 2:11

DEPUIS PÂQUES JUSQU’À L'ASCENSION.

Résumé : Souhaits de Pâques. Œufs et agneaux de Pâques. Signification de la Pâque chrétienne. Procession et autres particularités. Le Dimanche de Quasimodo. Procession de saint Marc. Les Rogations et autres processions supplicatoires en temps de calamités publiques. Les pèlerinages. Litanies de tous les saints. Étendards.

Le Curé. Comme nous allons parler aujourd'hui de la solennité de Pâques, je commencerai, tout comme on le fait en ce grand jour, par vous souhaiter à tous de bonnes Pâques ou un heureux Alléluia.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Rc3a9surrection-du-christ


Simon. Nous vous en remercions, M. le curé, en formant le même souhait pour vous-même, et pour entrer de suite en matière, je vous prie de vouloir nous expliquer quelle est l'origine de ce souhait ou de ces félicitations que vous venez de nous adresser

Le Curé. Hé bien, on se félicite chaque fois qu'il arrive quelque événement joyeux ou heureux : or , peut-il s'en être passé de plus joyeux et de plus heureux à la fois, que l'accomplissement de notre rédemption et la résurrection du Rédempteur sortant glorieux du tombeau dans lequel ses ennemis l'avaient renfermé?

La résurrection de Jésus-Christ est en outre le gage que, nous aussi, nous ressusciterons un jour et voilà une des raisons que nous avons de nous féliciter mutuellement. Ainsi nous exprimons encore le vœu de célébrer cette fête avec une joie vive et cordiale; or, cela ne deviendra possible qu'en louant Dieu de toute notre âme à cause de ses miséricordes envers nous, en nous rendant dignes des grâces du Ressuscité et en menant une vie qui nous mette à même de penser avec joie et sans terreur à notre résurrection à venir. Ce qui, du reste, distingue encore ce jour d'une manière particulière, ce sont les présents que les chrétiens se font mutuellement.

Le petit Joseph. Oui, oui, les oeufs de Pâques.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ostern-2019
Joyeuse Pâques - Allemagne


Le Curé. Et les agneaux de Pâques ! Un agneau portant un étendard, est un bien bel emblème de notre Sauveur, qui se laissa conduire sans dire mot, comme un agneau à la boucherie, mais c'est précisément par sa mort qu'il a remporté la victoire sur la mort et l'enfer en sortant victorieux du sépulcre; c'est ce que signifie l'étendard qu'il porte. L'œuf est également une image de la résurrection. Sa coque ressemble à la pierre scellée qui renferme le tombeau que le Seigneur perça, tout comme le poussin perce la coque de l'œuf, pour en sortir vivant.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 10242652
Le Christ en agneau de Dieu avec l`Étendard victorieux de la Résurrection

Note : Aux premiers siècles de l'Église, dès l'aurore du grand jour de Pâques, tous les fidèles se rendaient à l`église Le prêtre entonnait le cantique de la Résurrection, puis il baisait l'image de Jésus-Christ ressuscité, il donnait ensuite le baiser de dilection au plus considérable de l'assemblée, qui le communiquait aux suivants, ainsi jusqu'au dernier des hommes. Les femmes en usaient de même entre elles. Celui qui donnait le baiser, disait : Jésus-Christ est ressuscité; celui qui le recevait, répondait : II est vraiment ressuscité. De l'église les embrassements passaient dans les rues, dans les champs, dans les maisons. Gardez-vous de voir là une vaine cérémonie : nos pères prenaient la religion au sérieux ; ils choisissaient d'ordinaire cette occasion pour se réconcilier publiquement, et recommencer la vie de paix et de charité qui doit distinguer les enfants de Celui qui a dit : On reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres. Ce touchant usage existe encore en Pologne pendant les fêtes de Pâques. Un Polonais qui en rencontre un autre, lui dit : « Jésus-Christ est ressuscité,» et l'autre lui répond : « Oui, Jésus-Christ est vraiment ressuscité; » et ils s'embrassent dans la rue. Parmi nous, il se réduit au baiser de paix que se donnent entre eux, avant la communion, les ministres de l'autel. Catéchisme de Persévérance.

Simon. Tenez, qui aurait attribué aux œufs de Pâques une signification si chrétienne? Quant à moi, j'avais toujours regardé cet usage comme insignifiant.

Le Curé. Leur signification est toute chrétienne, il fut même en usage pendant plusieurs siècles de les bénir dans l'église, avant que les chrétiens ne se les donnassent mutuellement. Et, soit dit en passant, ce petit œuf nous dit bien des choses utiles dans son langage muet. Quoique nous n'apercevions que la coque dure et extérieure de l'œuf, nous sommes convaincus qu'il peut en sortir un être vivant; or, comment pourrions-nous
moins ajouter foi aux choses que Dieu nous a révélées, quoique nous ne puissions les voir des yeux de la chair?

Simon. Sans doute.

Le Curé. Et voilà pourtant ce que ferait aussi celui qui, par exemple, ne voudrait pas croire que Jésus-Christ est ressuscité ou que nous ressusciterons nous-mêmes un jour, pour la raison qu'il ne trouve dans le sépulcre qu'un cadavre ou même les cendres, la pourriture.

Simon. Vraiment, c'est tout-à-fait la même chose. Mais, M. le curé, nous voilà engagés dans l'explication des usages de Pâques avant de savoir ce que signifie ce nom de Pâques.

Le Curé. Le nom de Pâques vient de l'hébreu et signifie passage. Il faut savoir que les Juifs célébraient en ce jour la mémoire de leur délivrance du joug des Égyptiens et de leur passage de la mer Rouge. L'ange du Seigneur passe durant la nuit et frappe de mort tous les premiers-nés des maisons sur lesquelles il ne voit pas le sang de l'Agneau pascal dont, selon l'ordre de Dieu, les Israélites devaient marquer leurs portes. Outre ce passage de l'ange et ce passage de la mer Rouge, il s'en est opéré pour nous un autre, dont ces premiers n'étaient que la figure. Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Rédempteur, nous a délivrés du péché par l'effusion de son sang, et nous a fait passer, par cette mer rouge de son sang précieux, de la servitude du démon à l'héritage céleste. Nos âmes, régénérées par la réception de la communion pascale, ont été marquées d'une manière invisible du sang de l'Agneau divin, de sorte que le prince de l'enfer n'a plus de puissance contre nous. Telle est aussi la raison pour laquelle nous nous servons encore du mot hébreu de Pâques pour désigner ce grand jour.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 LExode-Une
La traversée de la mer rouge par Moise et le peuple Hébreux

Simon. D'autres fêtes se célèbrent à un jour fixe tous les ans, comme par exemple la Noël, le 25 décembre. D'où vient-il que Pâques tombe toujours tantôt plus tôt, tantôt plus tard dans l'année ?

Le Curé. Le jour de la solennité de Pâques se règle d'après le cours de la lune, qui diffère également d'une année à l'autre sans coïncider avec les jours du mois. Toutefois la fête de Pâques se célèbre toujours un dimanche, parce que Jésus-Christ est réellement ressuscité à pareil jour. Comme Dieu acheva l'œuvre de la création au sixième jour en créant l'homme, de même aussi il compléta la seconde création, la rédemption de l'homme, par sa mort le sixième jour de la semaine, qui est le vendredi; et de même qu'il se
reposa le septième, de même encore il reposa au tombeau après avoir achevé l`œuvre de notre Rédemption. Mais le dimanche ou le premier jour de la semaine, après être donc demeuré enseveli pendant trois jours, c'est-à-dire depuis la soirée du vendredi jusqu'au dimanche matin, il sort glorieux du sépulcre. — La fête de Pâques une fois connue, il est alors facile de trouver le jour auquel tombent les autres fêtes que nous appelons ordinairement fêtes mobiles. C'est ainsi que l'Ascension se célèbre toujours quarante jours, la Pentecôte cinquante jours après Pâques, etc.

Simon. Pourquoi le mot Alléluia se répète-t-il si souvent dans les offices du temps pascal ?

Le Curé. Ce mot vient de l'hébreu et se retrouve souvent dans les psaumes. Sa signification est : louez le Seigneur ou bien louanges à Dieu. La répétition fréquente de ce mot nous remémore le devoir qui nous incombe de rendre des actions de grâces continuelles à Jésus-Christ, notre Rédempteur, à cause du grand bienfait de sa résurrection. Saint Augustin nous cite encore une autre raison, qui est très-belle, en disant : « Par le temps pascal est signifiée la vie éternelle et bienheureuse du ciel, où nous louerons Dieu sans En en union avec les Saints; mais le temps qui précède Pâques ou le carême, représente notre vie mortelle, qui est une vie de douleurs, pendant laquelle nous avons à combattre les mauvaises passions, à pleurer nos péchés et à soupirer après notre céleste Patrie. Ici-bas nous ne pouvons qu'espérer la vue de Dieu, sans pouvoir encore en devenir participants». C'est pourquoi, continue ce même Père de l'Église, l'exclamation Alléluia convient au temps pascal et non au triste temps de carême. — Dans le reste de l'année, on répète encore souvent le mot Alléluia, quoique moins fréquemment, et surtout les dimanches, parce que le dimanche doit nous faire souvenir du jour de la résurrection du Sauveur.


Hymne de Pâques


Simon. On ne chante pas non plus, les dimanches du temps pascal, l'Asperges me avant la messe, mais Vidi aquam, avant de faire l'aspersion de l'eau bénite : pourquoi cela?

Le Curé.
Outre cette aspersion de l'eau, dont je vous parlerai tantôt, on fait encore avant la messe la procession pascale qui a pour but de représenter les Apôtres et les disciples allant de Jérusalem en Galilée, où Jésus avait dit aux saintes femmes qu'il les précéderait.

Note: Les Évangiles des dimanches après Pâques nous rappellent, par leur contenu , les principaux fruits de la Résurrection du Sauveur. Le 1er rapporte l'institution du Sacrement de la Pénitence, le second nous représente dans le bon Pasteur, la sollicitude de Jésus-Christ pour le salut des fidèles et la propagation de la foi chrétienne; le 3 eme fait entrevoir aux enfants de son Eglise les persécutions souffertes en son nom récompensées par une vie sans fin; le 4 eme promet, dans le Saint-Esprit, un Maître, un Consolateur, un Sanctificateur ; le 5 eme assure l'efficacité à nos prières faites au nom de Jésus et le 6 eme prédit l'éternelle durée de l'Eglise, avec laquelle le Saint-Esprit demeurera jusqu'à la consommation des siècles.

Il vous faut savoir, d'abord, mes amis, que le chant qui commence par ces premières paroles, est tiré d'un psaume de la Pénitence et signifie : « Arrosez-moi avec l'hyssope, Seigneur , et je serai purifié ; lavez-moi et je deviendrai plus blanc que la neige. » On chante ensuite : « Ayez pitié de moi,, ô mon Dieu, selon votre grande miséricorde. Gloire soit au Père, etc.» Nous prions Dieu, par ces paroles, de vouloir nous pardonner nos péchés et user de miséricorde envers nous. Mais pendant le temps pascal, l'Église se sert de prières qui sont tirées en partie du prophète Ézéchiel (ch. 17), et en partie du psaume 117 et qui veulent dire : « J'ai vu une eau qui sortait du côté droit du temple, Alléluia, et tous ceux que cette eau a arrosés, ont été sauvés, et ils chanteront les louanges de Dieu. Louez le Seigneur, car il est bon, car sa miséricorde est éternelle. Gloire soit au Père, etc. »

Çe chant a pour but de nous rappeler l'eau du saint Baptême, par laquelle nous avons été purifiés du péché et nous remercions Dieu de cette grâce, dont nous sommes redevables à son infinie miséricorde. Voyez, il n'y a que quelques jours que nous nous rappelions encore la mort du Christ et ce torrent de sang et d'eau qui coula de son côté sacré en symbolisant si bien le sacrement de Baptême et celui de l'autel. Car la circonstance du Baptême des Néophytes à cette époque nous fait souvenir du jour auquel, nous aussi, nous avons été purifiés du péché et sanctifiés par le bain de régénération. Ajoutez à cela que la confession et la communion pascales ont eu lieu vers cette époque, et par conséquent aussi une nouvelle sanctification de notre âme, pour laquelle nous rendons grâces à Dieu.

Simon. Il n'y a probablement plus rien à observer concernant la fête de Pâques.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Lamb-of-god

Le Curé. Il y a encore quelques particularités propres à ce saint temps, dont vous avez très-bien pu ne pas vous apercevoir; j'en dirai quelques mots ;

1 . Cette fête, comme en général toutes les grandes fêtes célébrées par l'Église, a son octave, c'est-à-dire qu'on la prolonge pendant huit jours. Ce prolongement a pour but de nous donner l'occasion de nous occuper d'autant plus souvent, avec d'autant plus de zèle, de la méditation du mystère qu'on célèbre.

2, Les offices sont plus courts qu'à l'ordinaire, pendant cette octave, à cause de l'occupation que donnaient autrefois les catéchumènes et du temps qu'il fallait à les instruire. Un autre privilège qui distingue le temps pascal, est l`exemption de la loi du jeûne, même à l'égard des religieux et des pénitents. Ces jours étant consacrés à l'allégresse et aux actions de grâces, l'Église n'a pas voulu qu'on alliât les pratiques de la douleur et de la pénitence aux accents de la joie et aux louanges du Seigneur.

3. Là où l'on observe exactement toutes les règles de l'Église, par exemple dans un chœur composé de prêtres qui les connaissent à fond, toutes les prières se font debout, et pas à genoux, pour remémorer ainsi la résurrection. Cet usage doit nous rappeler encore que nous sommes ressuscités spirituellement avec Jésus-Christ à une vie nouvelle, devenant en lui des hommes nouveaux par la réception des saints Sacrements, et que, par conséquent, nous devons persévérer dans la sainteté, restant fidèles au bon propos de nous amender et d'éviter tous les dangers, toutes les occasions, qui auparavant nous entraînaient au péché, ayant sans cesse devant les yeux ces paroles de l'Apôtre : Que celui qui est debout prenne garde de tomber. (1 Corinthiens 10. 12). Il est donc convenable que nous éloignions en ces jours notre cœur de tout attachement aux vanités de ce monde, afin de ne plus désirer que les choses du ciel. Après être sortis du tombeau avec Jésus Christ, nous dit encore l'Apôtre, cherchez ce qui est du ciel et plus ce qui est de la terre. (Colossiens 3. 1). Élevez donc vos cœurs vers Dieu, pensez que vous n'avez pas été créés pour le monde, mais pour le ciel et pour l'éternité.

Simon. Monsieur le curé nous dira maintenant pourquoi le premier dimanche après Pâques porte le nom de Pâque close! Est-ce peut-être le dernier jour de ce qu'on appelle le temps pascal?

Le Curé. Le temps pascal, proprement dit, dure cinquante jours, et se termine seulement à la Pentecôte. Pâque close signifie tout simplement la clôture ou le dernier jour de la grande octave de Pâques: on nomme ce jour dimanche de Quasimodo, parce que l'Introït de la messe commence par ce mot. Comme autrefois toute la semaine de Pâques était une fête continuelle, les Néophytes baptisés le Samedi-Saint, portaient leurs vêtements blancs jusqu'au dimanche de Quasimodo et les déposaient seulement en ce jour, qui fut appelé pour cela : Dominica in Albis depositis, dimanche où l'on quitte les habits blancs.


La Fête de Saint Marc – 25 Avril

Monsieur le curé, comme la fête de saint Marc tombe ordinairement vers cette époque, seriez-vous assez bon pour nous expliquer ce que signifie la procession que l'on fait en ce jour.

Le Curé. C'est le saint pape Grégoire qui a, dit-on, établi cette procession en de l`an 590. En novembre 389, le Tibre avait débordé d'une manière effrayante et, en se retirant, il avait laissé dans les campagnes une telle infection, que celui qui seulement éternuait ou bâillait, était atteint de la peste et mourait à l'instant. En moins d'une heure, plus de quatre-vingts personnes tombaient et mouraient frappées de cette horrible maladie. Le pape Pelage II venait d'être emporté par le même fléau, et son successeur, saint Grégoire-le-Grand, comprit qu'il fallait apaiser la colère de Dieu par des supplications et des jeûnes extraordinaires et exhorter le peuple à la pénitence. Nous avons encore un sermon que ce saint Pontife prononça à cette occasion et dans lequel nous lisons les paroles suivantes : « Mes très-chers frères, dit-il en commençant, la solennité annuelle que nous célébrons et qu'on appelle généralement la Grande Litanie, nous dit assez que nous devons la faire avec attention et piété. Nous devons conjurer la divine miséricorde qu'elle daigne nous purifier de nos péchés. Il convient aussi de prendre à cœur les grandes et nombreuses calamités qui nous ont assaillis à cause de nos prévarications, pour que la bonté de Dieu daigne nous en délivrer. Remercions-le aussi, en assistant au saint Sacrifice, des bienfaits ancien et nouveaux qu'elle nous a accordés.» — Je dois vous dire encore que la foi du saint Pontife fut récompensée par la cessation instantanée de la contagion.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 0dqn2dT_feIKxL-meX4y3qd_Tg0
Saint-Marc l`Évangéliste


Les Rogations – pour bénir les récoltes et les agriculteurs


Simon. Nous avons encore les mêmes processions, les trois jours qui précèdent la fête de l'Ascension et que nous appelons les Rogations.

Le Curé. Oui, et ces processions qui portaient le nom de petites litanies (supplications), datent de la plus haute antiquité. Un écrivain ecclésiastique nous rapporte ce qui suit : Le Dauphiné et la Savoie étaient affligés, depuis longtemps, de grandes calamités publiques qui avaient répandu la désolation dans ces contrées. Les tremblements de terre y étaient à peu près journaliers, les incendies n'avaient Jamais été si nombreux, les bêtes féroces quittaient leurs antres et les bois, et menaçaient la sécurité. La nuit de Pâques de l`an 469, pendant que tout le peuple de Vienne (commune du Sud de la France) était réuni à l'église, avec saint Mamert, son évêque, le feu prit dans la ville. Tout le monde quitta l'église, afin de pourvoir à la sûreté de leur demeure, laissant l'Évêque seul au pied de l'autel. Le saint homme offre à Dieu ses prières et ses larmes, lui demandant de vouloir porter remède aux maux qui empêchaient son peuple de le servir avec la fidélité qui lui était due.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Pres-de-120-personnes-la-procession-des-rogations
Procession des Rogations dans les campagnes

Le grand embrasement s'arrête soudain ; le peuple reconnaissant se retrouve à l'église, où saint Mamert lui annonce que, pendant l'alarme générale, il avait voué à Dieu le rétablissement des anciennes Rogations, qui avaient déjà existé avant son temps, mais que l'on n'avait plus tenues que rarement et avec tiédeur. Tout le monde applaudit à la pieuse pensée de l'Évêque, et les trois jours qui précèdent l'Ascension, furent choisis pour s'acquitter du vœu. On établit ces processions pour éloigner la punition divine, et demander miséricorde en y joignant la prière et le jeûne.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 106403j-l750-h512

Cet exemple fut suivi par les autres Évêques des Gaules ou ancienne France, et nous voyons, déjà en l`an 511, qu'un concile tenu à Orléans ordonne les Rogations, comme devant se faire annuellement. Car si même les maux qui avaient occasionné ces pieuses manifestations, n'existaient plus, depuis que la Justice divine avait été pacifiée d'une manière si miraculeuse, les raisons de les continuer ne pouvaient pas manquer, puisque, dans tous les temps, nous avons des supplications à adresser à Dieu. De nos jours, c'est principalement pour les fruits de la terre que nous faisons la procession, afin que Dieu les bénisse, et comme ces jours tombent au printemps, c'est-à-dire, à l'époque décisive pour les moissons , ils sont donc très-bien choisis pour cette pratique du culte. Ensuite la fête de l'Ascension, qui suit immédiatement, nous exhorte à son tour à la prière : car ce jour de fête nous rappelle que le Sauveur est retourné au ciel, afin de devenir notre avocat et notre médiateur auprès de son Père céleste : c'est donc un motif de confiance. Voilà pourquoi, mes amis, on a choisi ces jours pour les Rogations, qui devinrent bientôt générales dans toute l'Église. C'est ainsi qu'un concile, tenu en l`an 813, dans la ville de Mayence, décréta que tous les chrétiens devraient accompagner la procession en ces trois jours, et y comparaître tous, sans autre exception que les malades, à pieds nus et revêtus des habits de pénitence.

Les processions

Le Curé. Les processions en général sont très-anciennes, et Tertullien, auteur ecclésiastique, qui vécut jusqu'à l'an 320 de notre ère, en parle déjà. Il est vrai qu'elles ne pouvaient encore être bien solennelles pendant les temps de persécution, quoique toutefois nous en trouvions qui furent publiques, même sous le règne du sanguinaire empereur romain Domitien (empereur de l`an 81 a 96 ap J.C.). Il s'en fit une entre autres, en 220, à l'occasion de la translation, de Tarse à Rome, des reliques de saint Boniface, qui avait été immolé pour la foi. Un grand nombre d'ecclésiastiques et d'autres fidèles allèrent publiquement à la rencontre de ce saint corps, en chantant des cantiques. C'était là, si vous le voulez, un convoi d'honneur pour vénérer le saint martyr, mais, dans le fond, ce n'était autre chose qu'une procession. Naturellement il fut plus facile de faire de semblables manifestations après que la paix eut été rendue à l'Église, et, pour la même raison, elles devinrent par conséquent aussi plus fréquentes. Pour ne citer qu'un exemple, saint Chrysostôme parle de processions, de véritables Rogations, qui se faisaient déjà de son temps, pour obtenir de Dieu la cessation de pluies.

Le Curé. Nous nous rendons ainsi d'un endroit à l'autre pour les mêmes raisons, bien louables sans doute, que celles dont je vous ai déjà entretenu concernant les processions. Nous voudrions adresser en commun nos prières au Tout-Puissant, afin de les rendre plus fortes et pouvoir compter d'autant plus sur leur efficacité. De même donc que les membres d'une paroisse se réunissent, vous voyez dans ce cas deux paroisses qui se réunissent et s'excitent mutuellement à la prière. Les différentes paroisses donnent encore par ce moyen un témoignage de leur foi et se montrent mutuellement comme catholiques. Cette action terminée, il est naturel qu'on prenne quelque repas, et pour la bonne raison que ces bonnes gens ont aussi un corps à soigner et que la fatigue de la marche les a épuisées en excitant leur appétit. Il faut donc prendre de la nourriture, et que peut-on y trouver de mauvais? Notre-Seigneur a mangé lui-même à Cana, il a rassasié dans le désert un grand nombre d'hommes accourus pour l'écouter.

Simon. Pourquoi porte-t-on la croix et les bannières ou étendards dans les processions ?

Le Curé. Voici les raisons pour lesquelles on porte la croix. C'est 1° pour indiquer que, dans les processions, nous sommes réunis au nom de Jésus crucifié; 2° que nous voulons commencer et accomplir toutes nos pratiques de dévotion au nom de Jésus-Christ, selon l'exhortation de saint Paul : Quoi que vous fassiez, faites tout au nom de Jésus ; 3° pour confesser que Jésus crucifié est notre chef; 4° que nous obtenons toutes les grâces de Dieu le Père par les mérites infinis du sang précieux du Sauveur au nom duquel nous prions , nous conformant à ces paroles du divin Maître : « Toutes les fois que vous demanderez à mon Père quelque chose en mon nom, il vous le donnera » (Jean 16. 23).

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Ds93npide9jlatfarecp


Pour ce qui concerne les étendards, je vous en dirai aussi quelques mots. Vous savez que l'Église se compose de trois ordres distincts selon les âmes qui en font partie : l'Église triomphante, composée des Saints qui jouissent de la gloire du ciel ; l`Église militante, composée des hommes qui combattent encore sur la terre et à laquelle nous avons le bonheur d'appartenir, et enfin l'Église souffrante, à laquelle appartiennent les âmes du Purgatoire.

Les étendards n'ont donc d'autre but que de signifier que, semblables aux soldats réunis autour de leur drapeau, nous voulons nous rassembler sous l'étendard de Jésus-Christ, afin de combattre pour la gloire de Dieu et le salut de notre âme les ennemis visibles et invisibles. Les étendards représentent encore le triomphe et la victoire du Sauveur, au jour de sa résurrection, remportée sur le péché, le démon et ses ennemis. Ils rappellent en même temps victoire solennelle remportée par notre foi au moyen de la sueur et des travaux des Apôtres, celle du sang des martyrs, sur l'idolâtrie des païens, la rage des tyrans qui persécutaient l'Église, ainsi que sur les erreurs et les hérésies. De même qu'une armée victorieuse déploie fièrement ses drapeaux, de même aussi nous portons l'étendard de la croix publiquement et à la vue de tous; devant l'impiété et l'erreur, et paraissant dire avec saint Jean : « Notre foi, c'est la victoire qui a vaincu le monde ! »


Dernière édition par MichelT le Ven 24 Mai 2019 - 19:31, édité 1 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty Re: BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par MichelT le Mar 21 Mai 2019 - 19:19

ENTRETIEN SIXIÈME.

DEPUIS LA FÊTE DE L'ASCENSION JUSQU’À LA FÊTE-DIEU.

Résumé. Ascension.  — Vigile de la Pentecôte. Bénédiction des fonts baptismaux. Eau bénite. Aspersion de l'eau bénite ; sa signification, ses vertus, son usage. Pentecôte. Pourquoi les Juifs célèbrent cette fête. Les Quatre-Temps. Temps pascal. Communion pascale. Fête de la Sainte Trinité.. Renouvellement des vœux du Baptême. Les dimanches de l'année. Le signe de la croix.

Monsieur le curé, débuta Simon, voilà déjà longtemps que nous réfléchissons et que nous sommes à nous demander l'un à l'autre quelles questions nous devons vous faire aujourd'hui, mais nous ne trouvons rien. Nous avons consulté le calendrier et, ne trouvant que les fêtes de l'Ascension et de la Pentecôte, nous sommes obligés de vous avouer que nous ne nous rappelons pas le moindre usage ni la moindre cérémonie qui exige une explication quelconque.

Le Curé. Hé bien, mes amis, je vous viendrai en aide. II est vrai que ces fêtes n'offrent pas tant de particularités que celles dont nous avons parlé en dernier lieu, nous y trouverons cependant matière à nous occuper aujourd'hui, tout en nous instruisant. Comme je vous l'ai déjà fait remarquer, c'est le jour de l'Ascension que Jésus-Christ a quitté le monde pour se trouver auprès de son Père comme il l'avait prédit lui-même : « Je quitte le monde et je vais à mon Père : » (Jean. 16. 18). Après avoir conversé pendant quarante jours avec ses Apôtres, il se sépara d'eux pour retourner au ciel.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Christi%2BHimmelfahrt%2B-%2BGebhard%2BFugel
L`Ascension de Jésus Christ au Mont des Oliviers quarante jours après la Résurrection (Luc 24,50)

En s’élevant vers les Cieux, il a rendu la captivité captive (c'est-à-dire, il a délivré de la captivité les âmes esclaves de Satan) et enrichi les hommes de ses dons (Psaume 67. 19. Éphésiens. 4. 8).L'eau signifie la grâce du Saint-Esprit que Jésus-Christ promit de répandre sur son Église, ainsi que dans nos cœurs, après qu'il serait remonté vers son Père, comme le prophète Ézéchiel (36. 25) l'exprime eu disant : « Je répandrai sur vous de l'eau pure. Passons maintenant à la vigile de la Pentecôte.

Simon. Souvent j'ai lu et entendu ce mot vigile sans en connaître la signification.

Le Curé. Ce mot signifie proprement une veille parce qu'autrefois la nuit qui précédait les grandes solennités religieuses, se passait dans la maison de Dieu. Déjà le Psalmiste nous invite à veiller en présence du Seigneur : « Élevez, dit-il, pendant la nuit vos mains vers le sanctuaire et bénissez le Seigneur (Psaume 133. 2). » Il dit encore : Je me lèverai à minuit pour vous louer, Seigneur. Les chrétiens des premiers siècles réalisaient ces paroles du roi prophète. Dès la veille, ou au moins dans la matinée des grandes fêtes, on les voyait se réunir et veiller pour se préparer par la prière et la méditation à la solennité du jour.

Ils imitaient en cela l'exemple des Apôtres qui, après l'Ascension du divin Maître, s'étaient réunis à Jérusalem et s'étaient renfermés dans une chambre, pour s'y préparer par la prière à la réception du Saint-Esprit. Aux vigiles, on observe ordinairement l'abstinence et le jeûne, afin que la prière unie au jeûne et à l'aumône devienne, selon les paroles de Tobie, plus agréable à Dieu. Ces réunions nocturnes étaient déjà en usage parmi les chrétiens du temps des persécutions. Pline-le-Jeune, qui était païen et gouverneur romain dans la Bithynie environ soixante-dix ans après la mort de Jésus-Christ, nous le fait voir dans un rapport qu'il adresse sur leur compte à l'empereur Trajan : « A un jour marqué, dit-il, les chrétiens se rassemblent avant le lever du soleil, et chantent en deux chœurs des hymnes en l'honneur du Christ, qu'ils regardent comme un Dieu.» Et Tertullien, que j'ai déjà cité plus haut, voulant empêcher le mariage des femmes chrétiennes avec les païens, leur dit : « Quel homme païen verra sans soupçons sa femme le quitter pour assister à l'office de la nuit? » Ces réunions nocturnes, il est vrai, tombèrent plus tard en désuétude, l'Église les défendit même à cause des nombreux abus auxquels elles avaient donné lieu. C'est pourquoi nous célébrons actuellement les vigiles au jour qui précède la fête; vous savez maintenant pourquoi cette préparation solennelle s'appelle vigile ou veille.

Simon. La veille de la Pentecôte, on bénit encore les fonts, comme la veille de Pâques ; la bénédiction est-elle la même qu'au Samedi-Saint?

Le Curé. Tout-à-fait, sauf les extraits de l'Écriture-Sainte, que l`on nomme prophéties. Aujourd'hui on n'en dit que six. Mais, comme nous en sommes venus à parler encore une fois de l'eau du Baptême, j'ajouterai cette fois une circonstance que j'aurais dû déjà vous rapporter en parlant du saint jour de Pâques. A Pâques, aussi bien qu'à la Pentecôte, on n'asperge pas avec l'eau bénite ordinaire, mais avec les fonts bénits la veille. Cette coutume est très propre à nous faire ressouvenir de notre baptême en ces grands jours ; et à nous exciter à la reconnaissance envers Dieu de ce qu'il a bien voulu nous rendre participants d'une si grande grâce. Ajoutez à cela que c'est encore une exhortation à la pureté qui convient à l'homme purifié par le bain de la régénération, à la pénitence et au changement de vie qui nous dit d'en éviter dorénavant jusqu'à la moindre tache qui pourrait détruire ou diminuer en nous la grâce du saint Baptême.

Simon. Il y a donc une différence entre l'eau bénite ordinaire et les fonts baptismaux?

Le Curé. L'eau bénite ordinaire, que l'on bénit tous les dimanches pendant l'année ou chaque fois que le besoin l'exige, ne sert pas à conférer le Baptême, mais uniquement pour l'aspersion. Dans les prières que le prêtre récite en la bénissant, il prie le Seigneur de remplir cette eau d'une vertu céleste, afin que, par son usage, le démon (l`ange déchu) soit mis en fuite, que les maux corporels soient éloignés et l'âme fortifiée des grâces du Ciel. Il demande que Dieu veuille purifier et sanctifier toutes les choses qui en seront arrosées et éloigner par elle tout ce qui pourrait être nuisible à l'homme. Il prie ainsi en s'adressant à Dieu : Que cette eau que vous avez créée, servant à vos mystères, reçoive l'effet de votre grâce divine pour chasser les démons et les maladies; afin que ce qui en sera arrosé dans les maison sou dans les lieux où se trouvent les fidèles, soit préservé de toute impureté et de tous maux; que tout ce qui peut corrompre l'air qu'ils y respirent, en soit chassé; qu'ils y soient délivrés des embûches secrètes de l'ennemi, et de tout ce qui pourrait y nuire à leur santé ou troubler leur repos, et qu'enfin la prospérité que nous demandons en invoquant votre saint nom, soit à l'abri de toute attaque.  Le prêtre met ensuite du sel bénit dans l'eau, après quoi il récite la prière suivante : « Nous vous supplions, Seigneur, avec tremblement et respect, de regarder favorablement ce sel et cette eau qui sont vos créatures et de répandre sur elles vos bénédictions et vos grâces, afin que tous les lieux qui en seront arrosés, soient préservés, par l'invocation de votre saint Nom, des illusions de l'esprit impur et du souffle empoisonné du serpent; et qu'en implorant votre miséricorde , nous soyons éclairés des lumières de votre Esprit-Saint. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi soit-il. »

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 A+(Custom)

Simon. Pourquoi mélange-t-on du sel avec l'eau ?

Le Curé. Pourquoi vous servez-vous du sel dans votre ménage, par exemple? N'est-il pas vrai, c'est pour préserver de la pourriture les choses que vous salez. Ici le sel nous fait entendre qu'après avoir obtenu la purification de notre âme figurée par l'eau, nous devons la préserver de la corruption du péché, de l'impureté et de toute malice de l'ennemi de notre salut. Telle est la double matière de l'eau bénite et sa signification.

Simon. Pourquoi le prêtre fait-il l'aspersion de l'eau bénite tous les dimanches, avant et après l'office divin?

Le Curé : Cela se pratique pour rappeler aux hommes qu'ils ne doivent se présenter devant Dieu, pour la prière et le service divin que purifiés de toute souillure; c'est pour la même raison que nous prenons de l'eau bénite en entrant dans l'église. C'est encore un souvenir de la grâce du Baptême, dans lequel nous avons été sanctifiés par l'eau qui renferme en même temps une exhortation à conserver notre âme dans l'innocence dont nous fûmes alors revêtus, ou à ne pas tarder à la reconquérir par les larmes de la pénitence, si nous avions été assez malheureux pour la perdre. Cette pratique nous dit encore que nous avons été rachetés, arrosés et purifiés par le sang précieux de Jésus-Christ, selon les paroles de saint Pierre (1 Épître de St-Pierre 1.2.) qui nous dit arrosés du sang de Jésus-Christ, et de saint Jean (Apocalypse 1. 5.) lorsqu'il écrit : « Il nous a lavés dans son sang.» C'est pourquoi aussi on chante les paroles du Psalmiste dont je vous ai parlé ailleurs : « Asperges me. « Arrosez moi avec l'hysope, Seigneur, et je serai purifié, lavez-moi et je deviendrai plus blanc que la neige.» Vous comprendrez mieux encore la convenance et la beauté de ces paroles, si je vous dis qu'elles font allusion à la manière dont le peuple Juif était purifié selon la loi de Moïse, qui ordonnait que l'on se servit de l'hysope pour en faire un aspersoir, afin de jeter sur ceux qui étaient censés impurs, par exemple les lépreux, de l'eau mêlée avec les cendres d'une victime.

L'aspersion du sang de l'Agneau pascal sur les parois des maisons se faisait de même avec un bouquet d'hysope, qui est une petite plante dont les feuilles touffues sont très-propres à retenir les gouttes d'eau pour l'aspersion. Après avoir donc entonné l'Asperge me, le prêtre, à genoux sur le premier degré, asperge l'autel en jetant par trois fois de l'eau bénite: il asperge ensuite le sanctuaire dont il fait le tour. L'Église se propose par-là d'éloigner du lieu saint l'esprit de ténèbres ( l`ange déchu), qui, au sentiment des saints Pères, fait tous ses efforts pour troubler les prêtres et les fidèles pendant le saint Sacrifice ; cette pratique signifie encore que toute force et toute pureté viennent du Christ symbolisé par l'autel, et l'aspersion du peuple à la fin de l'office remémore vivement à tous ceux qui sont présents que tout dépend de la bénédiction du Seigneur, et que, pour l'obtenir, ils doivent remplir les devoirs de leur état avec toute la pureté d'intention et la sainteté dont ils sont capables, afin d'être préservés de tous les maux du corps et de l'âme. Telles sont aussi les raisons pour lesquelles nous conservons et nous nous servons de l'eau bénite dans nos demeures.

Thomas. Je dois avouer, monsieur le curé, que cette explication de l'eau bénite a redressé la plupart des idées que je m'étais faites sur ce sujet.
Pourquoi se servir de l'eau bénite pour en arroser les maisons, la nourriture ou même les étables et les bestiaux ?

Le Curé :
Dans les prières de l'Église que je viens de rapporter tout au long : N'y est-il pas dit « que tout ce qui en sera arrosé dans les maisons ou autres lieux, soit préservé des embûches de l'ennemi ? » Pourquoi donc le chrétien ferait-il mal en arrosant, avec l'esprit de foi nécessaire, tous les objets qu'il possède ou qui servent à son usage, pour étendre par ce moyen, la prière de l'Église sur tout ce qui l'entoure ? L'Église elle-même nous en donne l'exemple en se servant de l'eau bénite dans mille occasions : elle en arrose les nouvelles maisons des vivants et la tombe du trépassé, les vêtements ecclésiastiques et en général tous les différents objets qui sont bénits pour l'usage des fidèles; — elle fait tout cela pour obtenir les grâces qu'elle mentionne dans les prières dont elle se sert en bénissant l'eau.


Fête de la Pentecôte


Simon prit la parole en demandant pourquoi les Juifs célébraient aussi la fête de la Pentecôte, laquelle, pensait-il, ne concernait que les chrétiens, puisqu'elle rappelait la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.

Le Curé. Les Juifs solennisent ce jour en mémoire du Décalogue donné par Dieu à Moïse, sur le mont Sinaï. Cela arriva cinquante jours après qu'ils eurent mangé l'Agneau pascal avant de quitter l'Égypte. Ceci n'était qu'une figure de ce qui devait avoir lieu sous la nouvelle alliance. A pareil jour, c'est-à-dire, cinquante jours après la Pâque nouvelle, le Saint-Esprit descendit, pour fortifier les Apôtres avant la prédication de la loi nouvelle, savoir la doctrine de Jésus-Christ, et conférer à tous les chrétiens la lumière et la grâce nécessaires pour croire en Jésus-Christ et vivre selon ses préceptes. De même que la loi ancienne fut donnée à Moïse, au milieu des éclairs et du bruit du tonnerre, de même le Saint Esprit descendit sur les Apôtres au bruit d'un vent impétueux et sous la forme de langues de feu, et enfin de même que Moïse proclama la volonté de Dieu en présence du peuple rassemblé, de même aussi le Prince des Apôtres, saint Pierre, fit connaître au peuple Juif, rassemblé pour la fête de la Pentecôte, la doctrine de l'Évangile.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Pentecote_50_gde
La Pentecôte est aussi la naissance de l`Église


Pour prévenir une question que, sans doute, vous alliez me faire, je vous dirai que le mot de Pentecôte est d'origine grecque et signifie le cinquantième, c'est-à-dire le cinquantième jour après Pâques.

Note : Le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit descendit sous la forme de langues de feu et, au baptême de Jésus-Christ, il apparut sous la forme d'une colombe. La colombe a été adoptée pour représenter le Saint-Esprit. Il n'est pas rare, dans les anciens monument, de voir sept colombes, pour rappeler les sept dons du Saint-Esprit. Parfois aussi les artistes lui donnaient une forme humaine, portant le livre de la Sagesse, pour exprimer par là que c'est la troisième personne de l'adorable Trinité qui a enseigné aux Apôtres toute vérité, ou bien le volume de l'ancien Testament, pour indiquer que les Prophètes ont écrit sous son inspiration.

Simon. Nous vous remercions de cette explication, que j'allais demander effectivement. Soyez maintenant assez bon pour nous dire un mot de la fête de la sainte Trinité.

Le Curé. Pour ne rien omettre, parlons d'abord des Quatre-Temps, puisque nous rencontrons ces jours de pénitence dans la semaine qui suit la Pentecôte. — Déjà les Juifs devaient jeûner plusieurs fois pendant l'année, comme nous lisons dans le prophète Zacharie (8. 19) : « Le jeûne du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois sera changé pour la maison de Juda en des jours de joie et d'allégresse, en des jours de brillantes solennités.» Or, il n'est pas croyable que les Apôtres aient fait de ces prescriptions un devoir pour les chrétiens, puisqu'ils dispensaient ordinairement les nouveaux convertis de l'observance de la loi de Moïse pour autant qu'elle se rapportait aux cérémonies du culte : toutefois il est à présumer que les premiers successeurs des Apôtres ont reconnu la convenance en même temps que l'utilité salutaire de ces jeûnes, en les rendant aussi obligatoires pour les chrétiens. Le pape saint Léon, qui vivait vers l'an 440 après Jésus-Christ, les dit d'origine judaïque, et également introduits parmi les chrétiens. C'est ainsi que nous observons encore aujourd'hui les Quatre-Temps ou le jeûne des quatre saisons. Comme nous voici encore revenus au jeûne, je dois porter votre attention sur une chose à laquelle vous n'avez peut-être jamais fait attention, savoir que, depuis Pâques jusqu'à la veille de la Pentecôte, l'Église n'a prescrit aucun jeûne. Elle ne l'a pas fait, parce que ces sept semaines sont un temps de réjouissance. Ainsi, de même qu'elle juge convenable de prescrire le jeûne pendant tout le temps de carême, qui est un temps de deuil, de même aussi elle s'en abstient pendant les jours qui sont destinés à l'allégresse religieuse et au souvenir du Sauveur ressuscité et conversant avec ses disciples, et en cela elle ne fait que diriger sa conduite d'après ce que le divin Maître répondit aux disciples de saint Jean-Baptiste, lorsque ceux ci lui demandèrent, pourquoi les Apôtres n'observaient pas de jeûne : « Les enfants de l'Époux ne peuvent gémir pendant que l'Époux est avec eux ; des jours viendront où l'Époux leur sera ôté, et alors (savoir après son Ascension) ils jeûneront. » (Mathieu 9- 15). Telle fut la pratique de la sainte Église dès les temps les plus reculés , et encore aujourd'hui les jeûnes prescrits la veille de la Pentecôte et aux Quatre-Temps de la semaine suivante, sont les premiers que nous rencontrions après Pâques. — Ainsi donc, mes amis, nous sommes arrivés maintenant à la fin du temps pascal, que clôture le samedi après la Pentecôte.

Simon. J'avais cru que le temps pascal signifiait le dernier jour auquel on peut faire ses pâques, c'est-à-dire recevoir la communion pascale.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Pentecost-2013

Le Curé. Je vais aussi vous en dire un mot d'explication. La communion pascale se faisait autrefois en un seul et même jour par tous les chrétiens, et cela au jour de l'institution de la sainte Eucharistie, c'est-à-dire le Jeudi-Saint. Les fidèles voulaient par là célébrer la mémoire du grand amour du divin Maître, et se réunir autour de la sainte Table, à l'imitation des Apôtres qui reçurent en ce jour le corps du Sauveur pour la première fois. Mais le nombre des chrétiens se multipliant, il devint bientôt impossible de distribuer la sainte communion à tous en un seul jour, surtout pour la raison que les confesseurs n'auraient pu suffire à entendre toutes les confessions en si peu de temps. Force fut donc à l'Église de prolonger le temps destiné à l'accomplissement de ce que tous regardaient déjà comme un devoir, de considérer comme accompli le Jeudi-Saint, ce devoir rempli dans le temps assigné par elle. C'est ce temps désigné pour la communion pascale que l'on de nomme ordinairement temps pascal. Mais, à proprement parler, le temps pascal n'est pas le temps pendant lequel on peut accomplir le devoir pascal, mais on appelle ainsi les cinquante jours depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, auxquels il faut encore ajouter l'octave de cette dernière fête, de sorte que le dimanche de la sainte Trinité est le premier jour qui n'appartienne plus au temps pascal. Je vous dirai encore, mes amis, qu'il fut longtemps inutile d'engager les fidèles à communier, tellement nos pères dans la foi étaient zélés pour se fortifier de la nourriture céleste. Mais ce premier zèle étant venu à se ralentir, le Concile général qui se tint dans l'église de saint Jean de Latran, à Rome, en 1215, ordonna à tous les chrétiens parvenus à l'âge de discrétion, de communier au moins une fois chaque année, à Pâques.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 0fba7ea0
Les sept dons du Saint Esprit



Fête de la Sainte Trinité

Simon. Pourrons-nous passer maintenant à la fête de la sainte-trinité? — Et, dans ce cas, ayez la bonté de nous dire pourquoi on la célèbre le dimanche après la Pentecôte.

Le Curé. Parce que le mystère de la très-sainte Trinité est la doctrine fondamentale de la religion chrétienne, qui a été annoncée par les Apôtres, et crue par les peuples, selon les paroles du Sauveur : Allez et enseignez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. (Mathieu. 28. 19.) Cette fête nous exhorte donc à croire fermement toutes les vérités qui nous ont été proposées par toutes les autres fêtes de l'année que celle-ci résume, en quelque sorte, et à ne pas rougir de confesser cette croyance devant le monde. L'Avent nous rappelait, vous vous en souvenez, la création de l'homme, par conséquent aussi le Créateur, Dieu le Père. A partir du temps de Noël jusqu'à l'Assomption, nous nous sommes occupés à méditer le Fils de Dieu fait homme, et la Pentecôte portait notre souvenir sur la descente du Saint-Esprit. Or, comme ces trois Personnes ne font qu'un seul Dieu, nous les réunissons, pour ainsi parler, en ce jour consacré à la sainte Trinité, afin de rendre nos humbles hommages et nos adorations à la Majesté divine, c'est-à-dire aux trois Personnes divines à la fois. Ajoutez encore que cette fête est comme un mémorial des bienfaits dont nous sommes redevables à ces personnes divines, bienfaits qui nous ont été rappelés par les solennités dont nous avons parlé jusqu'ici plus amplement , savoir notre création, notre rédemption et notre sanctification. Pour tous ces bienfaits Dieu a droit à nos actions de grâces, qu'il convient de lui rendre surtout en ce jour. Mais ce qui nous a donné le droit à jouir de toutes ces faveurs, c'est notre Baptême, qui nous a été administré au nom de la sainte Trinité. Ayant donc entendu dans le courant de l'année tout ce que Dieu a fait pour nous, il convient bien certainement de nous rappeler en ce jour, d'une manière solennelle, les promesses que nous avons faites dans le saint Baptême, en formant de nouveau le ferme propos de remplir, avec une fidélité de plus en plus grande, les devoirs que nous nous sommes engagés de remplir en devenant chrétiens. C'est ce que l'on appelle Renouveler les vœux du Baptême


Note : Au moyen-âge, on représentait la sainte Trinité comme sait : Dieu le Père tenant devant lui le Fils en croix et le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, planant au haut de la croix, — ou bien : par trois cercles égaux enlacés les uns dans les autres, — ou bien encore on enveloppait d'un même manteau les trois personnes divines pour représenter l'unité, et on donnait pour attribut au Père la boule du monde, au Fils la croix et au Saint-Esprit, représenté par la colombe, le livre de la Sagesse. Dans les siècles de foi, le symbole de la Trinité était imprimé au plan général aussi bien qu'aux différentes parties des édifices religieux. Le nombre trois s'y retrouve de préférence dans les absides, les fenêtres, les nefs, etc. A côté de la forme de la croix, qui exprime le mystère de la Rédemption, nos pères représentaient de préférence le mystère fondamental d'un Dieu en trois personnes, de sorte que la majesté du Très-Haut semblait remplir l'édifice. Majestas Domini implevit domum-  L'Église de Paray-le-Monial en est un exemple frappant. Partout cet édifice présente le nombre 3. Cette église, en forme de croix, est divisée en trois nefs, chaque nef est composée de trois travées, chaque travée a une arcade formée de trois arcs et surmontée de trois fenêtres, etc. A l'extérieur nous voyons trois clochers qui proclament la même pensée de foi, renfermée dans le nombre 3 si souvent répété.

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Eglise_Paray_le_Monial
L'Église de Paray-le-Monial - représente partout dans sa construction le chiffre de la Trinité


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Trinite1-5a6950
La Sainte Trinité


Simon. D'après votre explication et l'importance évidente de la fête, il est étrange qu’elle soit célébrée d'une manière si peu solennelle.

Le Curé. Je répondrai à votre observation par les paroles du pape Alexandre III, qui s'exprime ainsi: « Il n'y a pas de jour consacré spécialement à la sainte Trinité, parce que nous la célébrons tous les dimanches, voire même tous les jours sans exception. » Dans l'ancien Ordo romain, il est dit : « L'Église romaine n'a pas coutume de fêter ce jour d'une manière solennelle , parce que tous les jours on prie le Gloria Patri et autres prières en l'honneur de la sainte Trinité. » Effectivement l'Église a, de tous temps, porté la pensée des chrétiens sur ce grand mystère avec une prédilection visible. La pieuse louange : « Gloire soit au Père, et au Fils et au Saint-Esprit, » que nous employons si fréquemment, a son origine dans les temps les plus reculés de l'Église, puisqu'on la retrouve déjà dans les écrits des saints Basile, Athanase, et autres Pères de l'Église; oui, même déjà dans les épîtres de saint Paul. Ce fut vraisemblablement le Concile tenu à Nicée, en 325, qui y ajouta les mots: « Ainsi qu'il était au commencement, maintenant et par tous les siècles des siècles. » Le saint Synode fit cette addition en vue de détruire par-là l'hérésie des Ariens, qui enseignaient que le Fils de Dieu n'était pas éternel, mais engendré dans le temps par Dieu le Père. — A cela j'ajouterai encore que, chaque fois que nous faisons le signe de la croix, nous prononçons les paroles : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. »

C'est par ce signe et par le nom du Dieu trois fois saint que nous commençons et que nous finissons la journée, la prière, le travail et le repos. Le prêtre ne prononce pas seulement ces mots en administrant le Baptême, comme l'a ordonné notre divin Sauveur, mais il en fait usage en administrant presque tous les autres Sacrements; tout ce que l'Église bénit se fait au nom des trois personnes divines.


BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 949791c8aad2059e01a78a9744780fac_XL
La Sainte Trinité

Disons encore que chaque dimanche de l'année est consacré particulièrement à l'honneur et à l'adoration de la très-sainte Trinité, car le jour du Seigneur est le jour commémoratif de la création du monde, le jour auquel Dieu le Fils sortit glorieux du tombeau, et auquel enfin le Saint-Esprit descendit visiblement sur les Apôtres. Ainsi donc, toute la vie du chrétien est pleine de souvenirs qui nous rappellent le grand mystère d'un Dieu en trois personnes, et voilà aussi pourquoi, dans les temps anciens, on ne lui consacrait aucun jour de fête particulier. Mais comme, vers le neuvième siècle, il se manifesta une dévotion toute particulière envers la divine Trinité, on lui consacra un jour spécial d'abord dans quelques endroits, usage qui se propagea tellement dans le monde catholique que l'Église jugea à propos de le sanctionner en le rendant général. Toutefois elle n'en fit pas un jour de grande solennité extérieure pour les mêmes raisons qui l'avaient portée à ne pas le célébrer du tout.










la suite bientôt

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857 Empty Re: BEAUTÉS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: SON CULTE, SES MOEURS ET SES USAGES; SUR LES FÊTES CHRÉTIENNES - Allemagne - 1857

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum