St-Irené (pere de l'église) sur l'eschatologie

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Message par Francesco le Lun 14 Jan 2008 - 0:19

On trouvera, ci-après, sous forme de citations, accompagnées ou non d'un commentaire, une brève anthologie de la doctrine eschatologique d’Irénée.

– Après la condamnation et la défaite de l’Antichrist, :
Adv. Haer., V, 30, 4 (= Id., Ibid., p. 659) : " Le Seigneur viendra du haut du ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père, et il enverra dans l’étang de feu l’Antichrist avec ses fidèles ; il inaugurera en même temps pour les justes les temps du royaume, c’est-à-dire le repos du septième jour, qui fut sanctifié, et il donnera à Abraham l’héritage promis ; : c’est là le royaume en lequel, selon la parole du Seigneur, "beaucoup viendront du levant et du couchant pour prendre place à table avec Abraham, Isaac et Jacob.". "

– C’est dans ce monde-ci – même s’il est " rénové " – que, selon Irénée, s’exercera la royauté messianique du Christ et de ses élus ressuscités : :
Id., Ibid., V, 32, 1 (= Id., Ibid., p. 662) : " Aussi est-il nécessaire de déclarer à ce sujet que les justes doivent d’abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l’Apparition du Seigneur, recevoir l’héritage promis par Dieu aux pères et y régner [ C’était, semble-t-il, la conception de Jésus, comme en témoigne sa réponse à la question de ses apôtres : " Étant donc réunis, ils l'interrogeaient ainsi : Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas manifester (ou : ‘rendre’) le royaume à Israël? Il leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. " (Ac 1, 6) ]; ensuite seulement aura lieu le jugement de tous les hommes.. Il est juste, en effet, que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes les manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que, dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils règnent […] Il convient donc que le monde lui-même, restauré en son état premier, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes. "

– S’appuyant sur la phrase de Jésus : " Je ne boirai plus désormais du fruit de cette vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père " (Mc 14, 25), Irénée insiste sur le caractère terrestre de ce royaume, et sur le réalisme de la résurrection des élus :
Id., Ibid., V, 33, 1 (= Id., Ibid., p. 665) : " Sans aucun doute, c’est dans l’héritage de la terre qu’il le boira, de cette terre que lui-même renouvellera et rétablira en son état premier pour le service de la gloire des enfants de Dieu, selon ce que dit David : "Il renouvellera la face de la terre". En promettant d’y boire du fruit de la vigne avec ses disciples, il a fait connaître deux choses : l’héritage de la terre, en lequel sera bu le fruit nouveau de la vigne avec ses disciples, et la résurrection corporelle de ses disciples.. Car la chair qui ressuscitera dans une condition nouvelle est aussi celle qui aura part à la coupe nouvelle.. Ce n’est pas, en effet, alors qu’il serait dans un lieu supérieur et supra-céleste avec ses disciples, que le Seigneur peut être conçu comme buvant du fruit de la vigne, et ce ne sont pas davantage des êtres dépourvus de chair qui pourraient en boire, car la boisson tirée de la vigne a trait à la chair, non à l’esprit. ."

Bien qu’il n’y fasse pas allusion, il se peut qu’Irénée ait été influencé par un passage de l’évangile de Luc, dont la littéralité scandaleuse embarrasse tellement les commentateurs, que la quasi totalité d’entre eux l’interprètent au sens spirituel : " Vous mangerez et boirez à ma table, dans mon Royaume… " (Lc 22, 30). Rappelons qu’après sa résurrection, Jésus a mangé et bu avec ses disciples (Lc 24, 41-43 ; Ac 10, 41, etc.).

– Pour Irénée, la rétribution du royaume messianique a lieu en ‘ce monde-ci’, et non dans le ‘monde à venir’. :
Id., Ibid., V, 33, 2 (= Id., Ibid., pp. 665-666) : " Il dit encore: "Quiconque aura quitté champs ou maisons, ou parents, ou frères, ou enfants, à cause de moi, recevra le centuple en ce monde et héritera de la vie éternelle dans le monde à venir". Quel est donc en effet le centuple que l’on recevra en ce monde, et quels sont les dîners et les soupers qui auront été donnés aux pauvres et qui seront rendus? Ce sont ceux qui auront lieu au temps du royaume, c’est-à-dire en ce septième jour qui a été sanctifié et en lequel Dieu s’est reposé de toutes les œuvres qu’il avait faites : vrai sabbat des justes, en lequel ceux-ci, sans plus avoir à faire aucun travail pénible, auront devant eux une table préparée par Dieu et regorgeant de tous les mets. ."

Conception analogue dans le rabbinisme :

" Les Maîtres disaient: … à l’avenir … les hommes diront, lorsque quelqu’un trouvera les choses prêtes et toutes préparées : "un tel a trouvé un pain cuit et des mets préparés" ".

– Dans son tableau eschatologique, Irénée n’omet pas de mentionner la restauration du peuple juif sur sa terre : :
Id., Ibid., V, 34, 1 (= Id., Ibid., p. 669) : " Ezéchiel dit de même : "Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous introduirai dans la terre d’Israël. Et vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux, quand je vous ferai sortir des tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous établirai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur". Le même Prophète dit encore : "Voici ce que dit le Seigneur : Je rassemblerai Israël d’entre toutes les nations parmi lesquelles ils ont été dispersés, et je me sanctifierai en eux aux yeux des peuples des nations, et ils habiteront sur leur terre, que j’ai donnée à mon serviteur Jacob.. Ils y habiteront en sécurité, ils bâtiront des maisons et planteront des vignes, ils habiteront en sécurité, quand j’exercerai un jugement sur tous ceux qui les auront méprisés." "

– D’après Irénée, aux temps messianiques, Jérusalem sera rebâtie. :
Id., Ibid., V, 34, 4 (= Id., Ibid., pp. 671-672) : " Isaïe dit encore au sujet de Jérusalem : "Voici ce que dit le Seigneur : Heureux celui qui a une postérité dans Sion et une parenté dans Jérusalem! Voici qu’un roi juste régnera, et les princes gouverneront avec droiture." Et à propos des préparatifs de sa reconstruction, il dit : "Voici que je te prépare pour pierres de l’escarboucle et pour fondements du saphir ; je ferai tes créneaux de jaspe, tes portes de cristal et ton enceinte de pierres précieuses ; tous tes fils seront enseignés par le Seigneur, tes enfants seront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la justice." "

– Contrairement à ceux qui voient, dans ce texte, la prophétie d’un monde céleste après la destruction de l’univers, Irénée nous apprend qu’il s’agit, en fait, de la reconstruction, sur terre, de la Jérusalem messianique :
Id., Ibid., V, 35, 2 (= Id., Ibid., p. 674) : " Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra-célestes, "car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel", mais ils se produiront au temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’en haut. ."

– Contrairement à nombre de théologiens et de fidèles d'aujourd'hui, Irénée n’est pas choqué par la perspective d’une coexistence, dans le Royaume messianique, de ressuscités et de non-ressuscités (" ceux qui ont été laissés ", ou " gardés à cet effet", selon sa terminologie), et il refuse qu’on allégorise les textes scripturaires, qui, selon lui, garantissent l’accomplissement réel de ces annonces prophétiques : :
Id., Ibid., V, 34, 4 ; 35, 1 (= Id., Ibid., pp. 672-673) : " Le même prophète dit encore : "Voici que je crée Jérusalem pour l’allégresse, et mon peuple pour la joie. Je serai dans l’allégresse au sujet de Jérusalem, et dans la joie au sujet de mon peuple.. On n’y entendra plus désormais le bruit des lamentations ni le bruit des clameurs ; il n’y aura plus là d’homme frappé d’une mort prématurée, ni de vieillard qui n’accomplisse pas son temps : car le jeune homme aura cent ans, et le pécheur qui mourra aura cent ans et sera maudit. Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront […] Car les jours de mon peuple seront comme les jours de l’arbre de vie, : ils useront les ouvrages de leurs mains." […] Si certains essayent d’entendre de telles prophéties dans un sens allégorique, ils ne parviendront même pas à tomber d’accord entre eux sur tous les points. D’ailleurs, ils seront convaincus d’erreur par les textes eux-mêmes, qui disent : "Lorsque les villes des nations seront dépeuplées, faute d’habitants, ainsi que les maisons, faute d’hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte…" […] Il dit encore : "Que l’impie soit enlevé, pour ne point voir la gloire du Seigneur ! ". "Et après" que "cela" aura eu lieu, "Dieu, dit-il, éloignera les hommes, et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre." "Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront" […] Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la résurrection des justes […] alors les justes régneront sur la terre […] Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair, l’attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux mains de l’Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : "Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre." Ces derniers sont aussi tous ceux d’entre les païens que Dieu préparera d’avance pour que, après avoir été laissés, ils se multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem. ."

On trouve, chez Justin, un passage très similaire à celui-ci :

" Car voici comment Isaïe parle de cette période de mille années. [Justin cite alors intégralement Is 65, 17-25, avant de poursuivre]… Or, dis-je, nous avons compris que l’expression de ce passage : "Car, comme les jours de l’arbre seront les jours de mon peuple, ils feront vieillir les œuvres de leurs peines", révèle les mille années en mystère. Il fut dit, en effet, à Adam que "le jour même où il mangerait du fruit de l’arbre, il mourrait", nous savons qu’il n’a pas atteint mille ans (Gn 2, 17). Nous comprenons également que cette parole : "Le jour du Seigneur est comme mille ans" (Ps 89, 4) se rapporte à ce passage. D’ailleurs, chez nous, un homme du nom de Jean, l’un des apôtres du Christ, a prophétisé, dans la révélation [le texte porte : ‘l’apocalypse’] qui lui fut faite, que ceux qui auront cru à notre Christ passeront mille ans à Jérusalem ; après quoi arrivera la résurrection générale, et en un mot éternelle, pour tous sans exception, puis le jugement. "

Tels sont, en substance, les propos d’Irénée concernant les " temps messianiques ", appelés par lui " temps du Royaume ". Voyons maintenant ce qu’il dit du " monde à venir ". Notons qu’il distingue nettement les deux perspectives. Ce qu’il décrit ensuite – en citant principalement les chapitres 20 et 21 de l’Apocalypse – est expressément placé par lui " après les temps du royaume ". Et la Jérusalem qui descend du ciel n’est pas confondue avec celle qui a été rebâtie précédemment, lors de l’instauration, sur terre, du Royaume messianique :

Id., Ibid., V, 35, 2 (= Id., Ibid., p. 675) : " C’est de cette Jérusalem-là que sera l’image la Jérusalem de la première terre, où les justes s’exerceront à l’incorruptibilité et se prépareront au salut ;, comme c’est aussi de ce tabernacle-là que Moïse a reçu le modèle sur la montagne. "

– Pour Irénée, le " temps du Royaume " est la période où, dans une création partiellement renouvelée, les ressuscités franchiront graduellement les étapes qui les séparent de l’incorruptibilité parfaite. Ce schéma peut nous étonner ; pourtant, il ressort des propos mêmes de ce Père, comme en font foi les passages qui suivent :
Id., Ibid., V, 35, 2 (= Id., Ibid., p. 676) : " Et de même qu’il ressuscitera réellement… c’est réellement aussi qu’il s’exercera à l’incorruptibilité, qu’il croîtra et qu’il parviendra à la plénitude de sa vigueur, aux temps du royaume, jusqu’à devenir capable de saisir la gloire du Père. Puis, quand toutes choses auront été renouvelées, c’est réellement qu’il habitera la cité de Dieu. "

– À propos de ce processus, étrange à nos yeux, Irénée parle même de " transfert " de cette création à la nouvelle.. Mais pour éviter qu’une fois de plus, quelque héritier de la philosophie platonicienne ne s’avise de s’imaginer une espèce d’angélisation de l’humanité, ni une spiritualisation de la matière, il précise :
Id., Ibid., V, 36, 1 (= Id., Ibid., p. 676) : " Car ni la substance ni la matière de la création ne seront anéanties… mais "la figure de ce monde passera", c’est-à-dire les choses dans lesquelles la transgression a eu lieu : car l’homme a vieilli en elles. "

– Et pour mieux faire partager aux lecteurs de son ouvrage sa connaissance de ce mystère, Irénée ajoute :

Id., Ibid., V, 36, 1 (= Id., Ibid., p. 676) : " Mais lorsque cette "figure" aura passé, que l’homme aura été renouvelé, qu’il sera mûr pour l’incorruptibilité au point de ne plus pouvoir vieillir, "ce sera alors le ciel nouveau et la terre nouvelle", en lesquels l’homme nouveau demeurera, conversant avec Dieu d’une manière toujours nouvelle. "

– Il se réfère même à une vénérable tradition pour décrire ce que l’on pourrait appeler les ‘degrés proportionnels de gloire’, qui seront l’apanage des participants de ce Royaume :
Id., Ibid., V, 36, 1 (= Id., Ibid., p. 677) : " Et comme le disent les presbytres, c’est alors que "ceux qui auront été jugés dignes" du séjour du ciel y pénétreront, tandis que d’autres jouiront des délices du Paradis, et que d’autres encore posséderont la splendeur de la cité ; mais partout Dieu sera vu, dans la mesure où ceux qui le verront en seront dignes. ."

– Et de poursuivre sur le même thème :

Id., Ibid., V, 36, 2 (= Id., Ibid., p. 677) " Telle sera la différence d’habitation entre ceux qui auront produit "cent pour un, soixante pour un, trente pour un" : les premiers seront enlevés aux cieux, les seconds "séjourneront dans le paradis", les troisièmes habiteront "la cité", c’est la raison pour laquelle le Seigneur a dit qu’ "il y a de nombreuses demeures chez son Père" […] C’est là la "salle du festin" en laquelle prendront place et se régaleront "les invités aux noces". ."

– C’est alors qu’Irénée forge ce qui ressemble à une formule de ‘procession trinitaire’ – au sens théologique du terme –, laquelle est parfaitement conforme, d’ailleurs, à l’expression de ce mystère par saint Paul lui-même :
Id., Ibid., V, 36, 2 (= Id., Ibid.) : " Tels sont, aux dires des presbytres, disciples des apôtres, l’ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés, ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront : par l’Esprit ils monteront au Fils, puis, par le Fils, ils monteront au Père, lorsque le Fils cédera son œuvre au Père, selon ce qui a été dit par l’Apôtre : "Il faut qu’il règne, jusqu’à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort.". "



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