La Vérité dans la Charité (Dom Marmion)

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Message par Invité le Ven 26 Mar 2010 - 11:04

LA VERITE DANS LA CHARITE

vous connaissez ce texte » de saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens : « Accomplissez la vérité dans la charité ». Je voudrais m'y arrêter avec vous quelques instants. Vous verrez que, par ces mots, l'apôtre fixe la loi fondamentale qui régit, dans le domaine de la grâce, notre activité surnaturelle.

« Accomplir la vérité dans la charité », cela revient à dire que la vie surnaturelle doit se maintenir en nous par des actes humains, animés par la grâce sanctifiante et rapportés à Dieu par la charité.

Le terme facientes, accomplir indique la nécessité des oeuvres. Je n'ai pas besoin d'insister beaucoup sur ce point. Toute vie doit se traduire par des actes ; « sans les oeuvres, la foi, qui est le fondement de la vie surnaturelle, est une foi morte »(Jac. 2,17). C'est l'Apôtre St Jacques qui l'écrit. Et saint Paul, qui ne cesse de nous montrer les richesses que nous avons en Notre Seigneur, ne craint pas de nous dire que le Christ n'est « une cause de salut et de vie éternelle que pour ceux qui lui obéissent ». Si notre désir d'être agréables à Dieu est sincère, écoutons ce que dit le Christ Jésus : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements ; car ce ne sont pas ceux qui disent seulement des lèvres : Seigneur, Seigneur, qui entrent dans le royaume des Cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père ». C'est à cela que veut nous amener le Christ. « Il nous rachète, nous purifie, pour que, vivant de sa vie et animés de son esprit, nous fassions des oeuvres dignes de Lui et de Son Père ».

Mais quelles oeuvres devons-nos accomplir ? Quels sont leur nature et leur caractère ? Veritatem facientes, « Des oeuvres vraies ». Qu'est-ce que saint Paul entend par là ? Dire la vérité, c'est exprimer une chose qui est d'accord avec notre pensée. Un objet est vrai, quand il y a accord entre ce qu'il doit être d'après sa nature et ce qu'il est réellement : l'or est dit vrai quand il possède toutes les propriétés de l'or : entre ce qu'il paraît être et ce qu'il doit être, d'après les éléments que nous connaissons, comme constitutifs de sa nature, il n'y a pas d'accord. Une action humaine est vraie si elle répond réellement à notre nature humaine de créatures douées de raison, de volonté et de liberté. Nous devons, dit saint Paul, accomplir des oeuvres vraies, c'est à dire qui soient conformes à notre nature humaine ; tout acte qui est contraire, qui ne répond pas notre nature d'êtres raisonnables est un acte faux. Nous ne sommes aps des statues ; nous ne sommes pas davantage des automates ; nous ne sommes pas non plus des anges. Nous sommes des hommes ; et le caractère qui doit d'abord se manifester dans nos actions et que Dieu veut rencontrer en elles, est le caractère d'oeuvres humaines, accomplies par une créature libre, douée d'une volonté éclairée par la raison.
Voyez l'univers autour de vous ; Dieu trouve sa gloire dans toutes les créatures, mais seulement quand elles des conforment aux lois qui régissent leur nature. Les astres des cieux louent Dieu en silence par leur course harmonieuse dans les espaces incommensurables : les cieux racontent la gloire de Dieu ; les eaux de la mer, « en ne franchissant pas les limites que dieu leur assigne » ; la terre, « en gardant les lois de sa stabilité ». Tu as fondé la terre et elle demeure (Ps 118) ; les arbustes, en donnant les fleurs et les fruits de leur essence et d'après les saisons ; les animaux, en suivant l'instinct que le Créateur a déposé en eux. Chaque ordre d'êtres a des lois spéciales qui règlent son existence et qui manifestent la puissance et la sagesse de Dieu, constituent un cantique de louanges à sa gloire : Seigneur notre Dieu, que votre nom est admirable par toute la terre ! (Ps 8 )
l'homme enfin, que le Seigneur a établi roi de la création, vous avez tout mis sous ses pieds, a des lois qui conditionnent sa nature et son activité de créature raisonnable. Comme toutes les créatures, l'homme a été fait pour glorifier Dieu ; mais il ne peut le glorifier qu'en posant d'abord des actes conformes à sa nature. L'homme répond ainsi à l'idéal que dieu s'est formé en le créant, et, par là, il le glorifie, et lui est agréable.
Or, l'homme, de sa nature, est un être raisonnable ; il ne peut, comme l'animal dépourvu de raison, n'agir que par l'instinct : ce qui le distingue de tous les autres êtres de la création terrestre, c'est d'être doué de la raison et de la liberté ; la raison doit donc être dans l'homme, souveraine ; mais en qualité de créature, soumise elle-même à la volonté divine dont elle dépend et qui se manifeste par la loi naturelle et les lois positives.
Pour être «vraie », et c'est la première condition requise pour être agréable à Dieu, toute action humaine, doit être conforme à notre condition de créature libre et raisonnable, soumise à la volonté divine ; autrement, elle ne répond pas à notre nature, aux propriétés qui en dérivent, aux lois qui la régissent ; elle est fausse.
N'oubliez pas que la loi naturelle est quelque chose d'essentiel dans l'ordre de la religion. Dieu pouvait ne pas me créer ; mais après avoir été créé, je suis et demeure créature, et les relations qui se fondent pour moi sur cette qualité sont immuables ; on ne peut concevoir par exemple, qu'un homme pût être créé, auquel il serait loisible de blasphémer son Créateur.
C'est ce caractère d'acte humain pleinement libre, mais en accord avec notre nature et la fin dernière de notre création, et par conséquent moralement bon, qui doit d'abord marquer nos oeuvres aux yeux de Dieu : L'homme qui prétend connaître Dieu sans observer ses commandements est un menteur et la vérité n'est pas en lui. (1 J, 2,4)
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Nous devons être « vrais » en étant d'accord avec la vocation à laquelle Dieu nous a appelés. Nous ne sommes pas seulement des individus isolés, mais nous faisons partie d'une société qui comprend différents états de vie. Il est clair que nous devons, pour être dans la vérité », garder aussi les devoirs propres que crée à chacun l'étais spécial dans lequel la Providence l'an engagé : la grâce ne peut y contredire. Ce serait une « fausseté qu'un mère de famille demeurât de longues heures à l'église quand sa présence est réclamée au foyer par le gouvernement de sa maison ; ce serait une « fausseté » qu'un religieux fît passer par dévotion une heure d'oraison avent le travail prescrit par l'obéissance, si banal que fût ce travail. De tels actes ne sont pas entièrement « vrais ».
Ô Père, disait Jésus à la dernière cène, en priant pour ses disciples, « sanctifiez-les dans la vérité » !....

Suffit-il que nos actes soient « vrais », pour être des actes de vie surnaturelle ?
Non cela ne suffit pas ; il faut encore et c'est ici le point capital, qu'ils procèdent de la grâce, qu'ils soient accomplis par une âme ornée de la grâce sanctifiante. C'est ce que saint Paul indique par ce mot « Dans la charité », c'est à dire, d'abord, dans cette charité fondamentale, essentielle, qui fait que, nous rapportant tout entiers à Dieu, nous trouvons en lui le bien suprême que nous préférons à tout autre bien ; c'est là le fruit de la grâce qui nous rend agréables à Dieu au oint que nous sommes ses enfants. Il est vrai que la charité surnaturelle n'est pas la grâce ; mais toutes deux vont toujours de pair. La charité est répandue de nos coeurs par le Saint Esprit qui nous est donné.
La grâce élève notre être ; la charité transforme notre activité.. Grâce et charité sont toujours unies ; le degré de l'une marque le degré de l'autre ; toute faute grave, de quelque nature qu'elle soit, tuen en nous, à la fois, et la grâce et la charité.
La grâce sanctifiante doit être la source où s'alimente notre activité humaine ; sans elle, nous ne pouvons produire aucun acte surnaturel qui ait quelque proportion méritoire avec la béatitude de la vie éternelle. Dieu fond d'abord en nous un état, l'état de grâce : c'est ce qui importe tout d'aborsd. Un être n'accomplit des actions qu'en raison de sa nature : nous n'accomplissons des actions humaines que si nous possédons d'abord la nature humaine ; de même, nous ne posons des actes de vie surnaturelle que si nous possédons d'abord, par la grâce, comme une nouvelle nature.

Extrait des Oeuvres Spirituelles de Dom Columba Marmion

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