Les convictions du musulman orthodoxe

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Message par MichelT le Mar 17 Mai 2011 - 13:52

Un islam de plus en plus présent, de plus en plus exigeant, de plus en plus exclusif… voilà ce que l'actualité nous montre chaque jour davantage. Mais, le musulman que nous croisons ou que nous rencontrons, quelles sont ses références, ses croyances, ses aspirations ? Qui que nous soyons et quelles que soient nos responsabilités, rien d'efficace dans les relations ou le dialogue avec un musulman ne peut se faire sans partir d'un minimum de connaissance de ce qu'il a dans la tête et dans le cœur.
A la base de tout : être soumis
Un musulman doit se soumettre en tout à Dieu et, en tout, se référer à la loi islamique.

Ses écrits de référence

Pour connaître la volonté de Dieu et s'y soumettre, le musulman se réfère à deux écrits principaux, le Coran et la Sunna :
- le Coran, considéré comme dictée divine donnée en langue arabe et transmise aux hommes par Mahomet.
Son statut "incréé", c'est-à-dire de document à la rédaction duquel l'homme n'a eu aucune part, le rend immuable et intangible.
Si des commentaires du Coran sont admis (pour aider les fidèles à comprendre les passages trop obscurs), en revanche aucune analyse critique ne lui est permise.
Le Coran n'est pas fait pour être lu et compris mais pour avoir le mérite et la satisfaction de réciter ce que Dieu a donné (80% des musulmans ne sont pas arabophones et parmi les 20% qui sont arabophones, beaucoup ne peuvent comprendre le Coran).
- la Sunna (Tradition), recueil des hadiths (paroles, faits et gestes, paroles attribués à Mahomet et recueillis par des témoins).
Ils complètent le Coran et sont normatifs, car Dieu demande qu'on obéisse à son Prophète (Coran 3, 32), qualifié de "beau modèle" (33, 21).
Le Coran et la Sunna constituent les deux sources principales de la charia (loi islamique). Celle-ci concerne tous les domaines : religieux, politique, économique, social, familial, personnel. Mais elle varie, dans un sens plus ou moins rigoriste, selon les écoles juridiques réparties dans l'aire islamique.
Les droits dont peuvent bénéficier les musulmans sont donc confessionnels parce que circonscrits dans le cadre de la charia. Certains de ces droits sont contraires aux principes énoncés dans les déclarations universelles des Droits de l'homme de 1789 et de 1948. De plus, le Coran ignore le concept chrétien de "personne" ainsi que la dignité qui lui est attachée en raison de sa nature d'être créé à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Ce qu'il doit pratiquer
Cette soumission à Dieu passe d'abord par la pratique des cinq « piliers" du culte islamique :
- la proclamation de la profession de foi (chahada),
- la prière rituelle 5 fois par jour, avec prosternations pour marquer respect et soumission,
- le jeûne annuel du Ramadan,
- le paiement de l'aumône légale,
- le pèlerinage à La Mecque, au moins une fois dans sa vie.

Il doit participer au djihad

Le musulman croit au triomphe final de sa religion, car le Coran le lui garantit (48, 28). Mais il doit tout faire pour hâter ce triomphe et transformer le monde entier en terre d'islam.
C'est le but du djihad (effort pour répandre l'islam) auquel tout musulman convaincu et pieux doit par principe participer et cela sans qu'aucune autorité temporelle n'ait besoin de le lui commander.
Les modalités du djihad sont diverses : natalité (le djihad des femmes), persuasion, ruse, mensonge, provocations, délinquance, attentats, combat armé…

Il est lié à l'Oumma

Le musulman est fier d'être membre de l'Oumma (la communauté des croyants) qu'il considère comme la meilleure des communautés voulues par Dieu (3, 110). C'est la "matrice" où s'accomplit la prise en charge de tous les musulmans, le lieu où ils prennent conscience de leurs droits et de leurs devoirs, de ce qui est licite et illicite. Cette prise en charge limite la liberté et le sens des responsabilités.

Inégalités foncières

Le musulman considère que les êtres humains ne sont pas égaux, ni en dignité ni en droits.
Les musulmans, seuls croyants authentiques, sont supérieurs, en position de domination par rapport aux "gens du Livre" (juifs et chrétiens) : ceux-ci sont tolérés dans un État islamique à condition d'accepter le statut humiliant de dhimmi (protégé mais assujetti) dont le fondement repose sur une prescription coranique (9, 29).
Les musulmans sont encore plus dominants sur les «sans religion" (athées et les païens) : eux n'ont aucun droit dans un État islamique.
Dans l'islam, l'homme est supérieur à la femme à cause des qualités prééminentes que Dieu lui a données par rapport à la femme (4, 34). Cette inégalité se traduit concrètement dans le droit et dans la pratique familiale et sociale (permission de la polygamie et de la répudiation, châtiments corporels, statut de mineure pour la femme, etc.).

Tout homme naît musulman

Le musulman croit que l'islam est la religion que Dieu a, dès l'origine, infusée dans la nature humaine. Pour lui, tout homme qui vient au monde naît musulman, mais il est détourné de sa religion par diverses influences : milieu de naissance, éducation, autre religion...

Torah/Évangile(s)/Coran

Le musulman est persuadé que :
- la vraie Torah était islamique, une anticipation du Coran,
- Juifs ont falsifié la Torah,
- le vrai Évangile était islamique, lui aussi une anticipation du Coran,
- Dieu voulait utiliser Jésus pour rectifier les erreurs introduites par les Juifs dans la Torah,
- les chrétiens ont falsifié à leur tour l'Évangile.
Dans le Coran, l'Évangile est toujours au singulier. La reconnaissance par l'Église de quatre évangiles est considérée comme un signe de fausseté pour le musulman, car Dieu ne peut parler que d'une manière identique, dans un même style, avec les mêmes mots.
Il n'y a qu'un seul Livre révélé, toujours le même. Le Coran est ce Livre, il n'a pas été falsifié et il ne doit pas l'être.

Reproches aux chrétiens

L'accusation de falsification que le musulman fait aux chrétiens porte avec véhémence sur trois points essentiels :
- la fabrication d'un Dieu trinitaire (selon le Coran, les chrétiens associent au Dieu unique deux autres divinités, Marie et Jésus : c'est le polythéisme, "l'associationnisme", seul péché irrémissible - cf. 4, 48) ;
- la divinisation de Jésus, prophète certes mais que les chrétiens ont en plus déclaré "fils de Dieu" (9, 30) ;
- le refus de voir dans l'Évangile l'annonce de la venue de Mahomet comme « sceau des prophètes" (les musulmans affirment que les chrétiens n'ont pas compris le vrai sens du mot "Paraclet" ; pour eux, il s'agit de Mahomet non de l'Esprit Saint).

Dieu ne peut pas être père

Le musulman ne voit pas Dieu comme un père. Il ne se considère pas comme "enfant" de Dieu. Pour lui, il s'agit là de conceptions anthropomorphiques inacceptables dont les chrétiens se rendent gravement coupables. Il les accuse de concevoir la divinité à l'image de l'homme.
Le musulman est persuadé qu'il n'a été créé que pour adorer son Créateur (51, 56) et se soumettre à sa Loi. Aucun commandement ne lui demande d'aimer Dieu. Il ne sait pas qu'il est aimé de Dieu. Il ignore que Dieu est Amour.
Et d'ailleurs, il n'a pas à s'interroger sur l'Être de Dieu, ce Dieu que le Coran dit "impénétrable", "inaccessible ", "inconnaissable".

Rédemption, salut et pardon
Il ignore qu'il a besoin d'être sauvé par un Rédempteur/Sauveur parce que le récit coranique de la Création fait l'impasse
- sur l'épisode du péché originel et la rupture d'amitié entre Dieu et l'homme qu'il a entraînée,
- sur sa transmission à toutes les générations et les conséquences qui s'en sont suivies (introduction du mal et de la souffrance dans le monde).
Un Dieu solidaire des hommes par l'Alliance biblique est impensable pour un musulman, vu la Transcendance ombrageuse de Dieu. En conséquence, Dieu ne peut pas être Sauveur allant jusqu'à l'Incarnation, la Passion, la Résurrection et l'ouverture de son Cœur à tous les hommes. C'est pourquoi l'islam ne se définit pas comme une religion de la Rédemption.
En conséquence, le musulman est allergique à la vue des crucifix et cela peut aller jusqu'au rejet de signes en forme de croix n'ayant rien à voir avec celle du Christ (par exemple, le signe de l'addition, les croisées de fenêtres… )
Le musulman ne connaît pas l'expérience du pardon de Dieu. Il ne comprend pas le pouvoir donné par Dieu aux prêtres de pardonner les péchés. Pour lui, ceux-ci se prétendent les égaux de Dieu et donc ils s'idolâtrent.
Le musulman peut certes se repentir, mais il restera durant toute sa vie dans l'incertitude du pardon qu'il a demandé. Il peut cependant se rassurer en pensant que, s'il se déclare musulman aux yeux des hommes et s'il accomplit scrupuleusement les rites et devoirs prescrits par sa religion, il gagnera le Paradis.
L'enfer est réservé, il en est certain, à ceux qui persistent dans le refus d'adhérer à l'islam.
Le musulman est sûr d'avoir fait le bon choix, il se sait membre du « parti de Dieu" et pour lui, quels que soient les moyens employés, les réussites sont considérées comme des bénédictions divines.

Interdits

Puisque le Coran explique que la Bible a été "falsifiée", le musulman n'est pas spontanément curieux de lire et d'analyser l'Ancien et le Nouveau Testaments. Cela lui est d'ailleurs interdit en de nombreux endroits. S'il transgresse la règle, il croit commettre un péché.
Il a aussi du mal à comprendre qu'un chrétien qui lit le Coran ne se déclare pas automatiquement musulman. C'est une chose impensable pour lui, surtout s'il a de la sympathie pour ce chrétien et qu'il veut lui éviter l'enfer.
Le musulman ne peut concevoir la liberté en matière de religion et de conscience. Il sait donc qu'il ne doit pas chercher à quitter sa religion. Cette interdiction est rappelée dans la Déclaration des Droits de l'homme dans l'islam approuvée en 1990 par l'Organisation de la Conférence Islamique : "l'islam est la religion naturelle de l'être humain. Rien ne saurait justifier un changement de religion" (art. 10).
S'il le fait, il se rend coupable de ridda, acte qui consiste à apostasier sa foi et à trahir sa communauté. Cet acte est passible de sanctions pénales, pouvant aller jusqu'à la mort, si ce n'est physique, au moins civile et sociale. Ce principe repose sur un hadith de Mahomet : "Celui qui quitte la religion (l'islam), tuez-le! " (C'est un frein très puissant à l'évolution et à l'évangélisation du monde musulman).

Religion et politique

Le musulman ne fait pas la distinction entre ces deux domaines, entre le spirituel et le temporel. Tous les actes de la vie, des plus importants aux plus anodins, des individuels aux collectifs, relèvent de la loi islamique. Le pouvoir politique a donc la responsabilité de faire observer toute la charia.
De fait, il n'y a pas d'autonomie du politique en Islam. C'est pourquoi, en référence au Coran et à la Sunna, le musulman ignore le concept de laïcité, même dans sa forme saine inspirée de l'Évangile.
Il confond laïcisme et laïcité, laïcité qu'il interprète comme une doctrine impie, entraînant le rejet de Dieu de la cité.
C'est pourquoi le musulman ne peut accepter qu'à contrecœur de vivre dans un pays où les dispositions de la charia ne sont pas appliquées. Il craint alors d'être infidèle à ses convictions. Il ne peut admettre cette situation que dans la mesure où elle est temporaire.


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Reste qu'il profite d’un pays qui l’accueille bien (s’il y est venu, c’est parce qu’il y a trouvé des avantages) et qui lui laisse toute liberté d’expression, une liberté dont il est souvent privé dans son pays d'origine.
Il peut alors être tenté de préférer les valeurs de la société d'accueil et de s'émanciper des contraintes de l'islam.
Mais alors comment va-t-il échapper à la pression de l'Oumma ? Et comment pourra-t-il se désolidariser de ceux qui militent activement pour le droit de vivre selon les principes et coutumes de la charia ?
En définitive, le musulman ne peut se sentir vraiment en cohérence profonde avec son pays d’accueil que dans deux cas : s’il a l’espoir que ce pays deviendra progressivement musulman, ou si lui-même accepte de remettre en question nombre de ses convictions… mais à quel prix et avec quel soutien ?

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MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Message par MichelT le Mar 17 Mai 2011 - 15:09

Les fondements du djihad[/b

][b]Islam


1 - Le Coran et la sunna

Dans le Coran, Dieu parle à la première personne. Les mots du Coran sont les mots de Dieu.

Le Coran n’est pas le récit de la vie de Mahomet, mais il est constitué d’une succession d’injonctions auxquelles l’humanité est appelée à se conformer. La sunna, la Tradition issue de la vie du Prophète, précise les injonctions données par le Coran en montrant la manière dont Mahomet les a mises en applications.

Le Coran et la sunna constituent, en quelque sorte, un code juridique d’origine divine auquel les hommes doivent se soumettre.

2 - La guerre sainte

Chaque musulman porte la responsabilité de la mise en application de ce code d’origine divine inscrit dans le Coran et la sunna. Le djihad, la guerre sainte, est cet effort demandé à chaque musulman d'augmenter l’emprise des lois divines dans sa vie et dans le monde. C’est là le sens véritable de la guerre sainte, de la guerre visant à rendre le monde saint, conforme à ce pourquoi il a été créé. Pourquoi employer le terme de « guerre » ? Parce que l’usage de la force est légitime.

Il y a deux facettes dans le djihad : celle d’un combat intérieur, spirituel, visant à conformer sa vie à la Loi (le djihad majeur) ; et celle d’une guerre contre ceux qui refusent de se soumettre aux lois divines (le djihad mineur). Anne-Marie Delcambre, docteur en civilisation islamique, précise :

« Il y a deux sens au mot djihâd, mais on ne peut nier que dans l'histoire de l'Islam, c'est le sens matériel et guerrier qui l'a largement emporté. »1

Dans la suite de cet article nous allons nous concentrer sur ce versant du djihad. L’autre versant (le djihad majeur) a fait l’objet d’un autre article (Islam – L’horizon musulman).

On retrouve de nombreuses injonctions dans le Coran appelant les musulmans à participer activement au djihad « militaire ». Voici quelques exemples de versets coraniques :

Cette guerre se fait au nom de Dieu :

« Combattez-les (les infidèles), afin que Dieu les châtie par vos mains. »2

« Ce n’est pas vous qui les tuez, c’est Dieu. »3

Les musulmans qui sacrifient leur vie au nom de cette guerre seront récompensés quelque soit l’issu du combat qu’ils ont entrepris :

« Que ceux (les musulmans) qui sacrifient la vie d’ici-bas à la vie future combattent dans la voie de Dieu ; qu’ils succombent ou qu’ils soient vainqueurs, nous (Dieu) leur donnerons une récompense généreuse. »4

Dans ce dernier exemple, Allah s’adresse à Mahomet et s’indigne des musulmans qui refusent de participer à cette guerre sainte :

« Lorsque on leur a ordonné de combattre, la plupart d’entre eux, (…) se sont écriés : “ Seigneur, pourquoi nous ordonnes-tu la guerre ? Pourquoi ne nous laisses-tu pas parvenir au terme naturel de nos jours ? ” Réponds-leur : “ Le monde d’ici-bas n’est que de peu de valeur, la vie future est le vrai bien pour ceux qui craignent Dieu. ” »5

Amadi Redissi, professeur à l’Université de Tunis, reprend le thème de la guerre sainte dans le Coran et conclut ainsi :

« Comme tous les prophètes monothéistes, Mohammed fut un prophète éthique, c’est-à-dire agissant au nom de Dieu et exigeant l’obéissance en tant que devoir éthique. (…) Toutefois, il se singularise fortement comme porteur d’une éthique de type “ politico-militaire ”. (…) Autant le dire, si “ l’idéal ” du juif est le royaume messianique sur terre, celui de l’islam est le guerrier. »6

3 - Quid des versets appelant à la tolérance ?

Le Coran contient environ cent vingt versets7 qui appellent à la patience, au respect, à la discussion. Les versets appelant explicitement à la guerre, à tuer les infidèles, à combattre dans les sentiers de Dieu sont environ deux cent cinquante8 . De plus, compte tenu du principe d’abrogation, les versets violents ont, d’un point de vue théologique, plus d’importance que les autres. Voyons en quoi consiste ce principe :

Un lecteur non averti pourrait voir dans la présence de versets contradictoires dans le Coran une liberté laissée à l’interprétation. Mais ce n’est pas de cette manière que les disciples du Prophète ont compris ces divergences. Pour eux, Allah a accompagné pendant une vingtaine d’années la naissance de la communauté musulmane. Cette naissance de la communauté des « vrais croyants » fut un temps exceptionnel. En effet comme toute naissance, c’est un moment délicat ou la communauté, encore fragile, se structure. Aussi Allah a fait descendre des versets spécifiques à ce moment particulier. Mais une fois l’islam bien établi, avant que Mahomet ne meure, et que la descente des versets ne s’arrête, Allah a révélé des versets qui serviraient aux générations futures. Ainsi selon ce principe, quel que soit le domaine, lorsqu’il existe deux versets contradictoires, cela signifie que le verset le plus ancien est lié au contexte particulier de la naissance de la communauté musulmane et qu’il est « abrogé », c'est-à-dire annulé et remplacé par le verset plus récent qui s’adresse aux générations futures. C’est Allah lui-même qui a énoncé le principe de cette exégèse dans le Coran9 .

Si les versets appelant les musulmans à combattre les infidèles sont plus nombreux que ceux appelant à la tempérance, ils ont été en plus révélés en dernier. Prenons par exemple le verset dit « de l’épée », dans la neuvième sourate :

« Les mois sacrés expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade ; mais, s'ils se convertissent, s’ils observent la prière et font l’aumône, alors laissez-les tranquilles, car Dieu est indulgent et miséricordieux. »10

Voici le commentaire de ce verset que fait Viviane Liati, agrégée d’arabe, docteur en histoire des religions, maître de conférences à l’Université Paris VIII :

« La simple évocation des “ mois sacrés ” qui recouvrent une période de temps contractuelle, propre à l'Arabie ancienne, au cours de laquelle il était interdit de verser le sang, semblerait aux yeux d'un lecteur non averti situer ce verset dans un contexte historique précis, celui du VIIe siècle, et par conséquent en limiter la portée. Le problème, c'est que ce verset fait partie d'une sourate, la neuvième, (…) la dernière “ descendue ” et, de ce fait, (…) les prescriptions qu’elle contient ont une valeur définitive car elles ne peuvent plus être abrogées. Le Coran étant la parole éternelle de Dieu, son champ d’application ou son efficace performative ne sauraient être limités, en principe, ni dans l’espace ni dans le temps. »11

Hamadi Redissi, redit ici l’importance de ce verset :

« Une lecture canonique de ce verset abroge de fait les cent quatorze à cent vingt-quatre versets qui appellent les musulmans à la patience, la tolérance… »12

Viviane Liati poursuit son propos en montrant comment, au XXe siècle, l’exégèse moderne du Coran a tenté de dépasser la théorie de l’abrogation. Elle commence par cette constatation :

« La théorie de l’abrogation est trop bien établie pour être contestée, mais ce qui peut être discuté, ce sont les modalités de son application. »13

Elle prend l’exemple du Manâr14 , qui propose de passer du principe de l’abrogation à celui de « l’oubli ». Allah n’aurait pas abrogé, supprimé, les anciens versets par la descente de nouveaux, mais appellerait les musulmans à les oublier. Cette nuance autoriserait les musulmans à observer un temps, si le contexte les y incite, les anciennes prescriptions. Viviane Liati reprend maintenant le Coran en utilisant les principes de cette exégèse moderne :

« Lorsque les musulmans sont en position de faiblesse et qu'ils sont minoritaires, ils doivent “ oublier ” l'injonction de combattre et au contraire prendre patience devant les préjudices qu'ils subissent, jusqu'à ce qu'ils soient en position de force. À ce moment-là, ils pourront alors “ oublier ” l'appel à la résignation et assumer le devoir de combattre. On ne doit donc pas parler dans ce cas d'abrogation car cela signifierait qu'une prescription est abolie définitivement et qu'il n'est plus permis de l'observer. Cette théorie opportuniste permet effectivement de ne pas enfermer la compréhension du Coran dans un schéma linéaire qui irait de la période obscure de La Mecque à celle triomphante de Médine. (…) Elle ne fait pas pour autant disparaître de l’horizon de pensée la visée ultime du triomphe temporel de l’islam par le djihad. »15

Ainsi même si temporairement la guerre sainte ne s’exprime pas, elle peut ressurgir à tout moment, mettant ainsi en pratique la parole divine.

4 - Ceux qui répètent que l’islam appelle à la paix

On entend souvent de la part d’intellectuels musulmans que l’islam est une religion prônant la paix. Dans les extraits suivant Soheib Bencheikh, ancien grand mufti de Marseille, chercheur en science islamique, réformateur, pointe le cœur du problème :

« Les intellectuels se réclamant de la confession musulmane répètent sans cesse que l’islam est fraternité, paix, tolérance. Ils ont certainement raison, mais ils n’ont aucun soutien théologique qui permette d’appuyer la plupart de leurs affirmations. Les modérés veulent à la fois relever et embellir l’image de leur religion (…). Ce qu’ils disent de l’islam (…) n’est pas le résultat d’un travail théologique laborieux, ou de déductions textuelles logiques, mais des affirmations ne traduisant qu’un souhait. Seule la version archaïque du droit musulman demeure (…) cohérente avec elle-même et offrant une vision globale des choses. Cependant, son application dans le domaine relationnel relève de la folie.»16

Il écrit encore :

« Aujourd’hui (…) la majorité des musulmans vivent leur religion dans la modération. Mais cela ne va pas sans malaise. Car cette modération n’est pas le fruit d’un travail cohérent et convaincant ; elle est dictée par l’instinct, par le bon sens, ou simplement par pragmatisme et le besoin de sociabilité. »17

Ainsi, pour reprendre les propos de Soheib Bencheikh, ceux qui répètent que l’islam est paix, devraient dire pour être exacts qu’ils souhaiteraient que l’islam soit paix, car les fondements de l’islam n’invitent absolument pas à cette conclusion.

5 - Étymologie d’« islam »

On entend souvent dire que « islam » signifierait étymologiquement « paix » ce raccourci sous-entendant que l’islam est une religion prônant la paix puisque c’est là son véritable sens.

La racine sémitique s.l.m a plusieurs dérivés en arabe qui ont des sens différents : salima signifie être conforme, être en sécurité ; salâm exprime la paix, la sérénité ; sallama véhicule quant à lui l’idée de rémission aussi bien dans le sens de s’en remettre à quelqu’un que de se constituer prisonnier ; et enfin aslama signifie se soumettre, faire allégeance. Le mot « islam » a pour origine aslama. Même si en arabe paix et soumission ont une racine commune, il s’agit de deux mots différents et « islam » provient de « soumission » et non de « paix ».

Alfred-Louis de Prémare est enseignant chercheur à l’institut de recherches et d’études sur le monde arabo-musulman d’Aix-en-Provence. Dans l’extrait qui suit, il détaille le sens originel du terme « islam ».

« “ Islâm ” fut dès le départ un terme équivoque. On avait tendance, naguère, à en occulter l’équivocité au profit d’un sens limité aux rapports de “ soumission individuelle ” que le croyant doit avoir à l’égard de Dieu. (…) À lire la littérature biographique autour de Muhammad et de ses compagnons, on en arrive à définir l’islam des origines de la façon suivante : c’est le ralliement ou la soumission à un pouvoir nouveau instauré par un prophète qui en définit les lois au nom de Dieu, et dont les assises politiques sont appuyées sur une action militaire permanente. C’est de cela que veulent rendre compte précisément les récits d’ “ Expéditions de l’Envoyé de Dieu ” (Maghâzî rasûl Allâh), noyau premier de l’écriture sur l’histoire des débuts de l’islam. »18

Le terme “ islam ” avait une double signification, il s’agissait d’une part d’une soumission individuelle à Dieu, mais aussi une soumission au pouvoir politique instauré par Mahomet au nom de Dieu. Pour le dire autrement la soumission n’est pas que spirituelle, il s’agit aussi d’une soumission « concrète » aux lois de Dieu, or ces lois exprimées dans le Coran et la sunna légifèrent aussi bien dans le domaine religieux que politique. Le terme « musulman » a d’ailleurs la même racine et signifie « soumis ». Un des propos les plus anciennement transmis que l’on ait du Prophète est le suivant :

« J’ai reçu l’ordre de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils disent : “ Point de divinité excepté Allâh ”. Celui qui dit : “ Point de divinité excepté Allâh ” préserve de mon atteinte ses biens et sa personne. »19

Ceux qui reconnaissent Allah, ceux qui lui sont soumis seront en paix et n’auront pas à craindre le djihad. L’islam menace de guerre ceux qui refuse de se soumettre. Nous sommes très loin de ce raccourci étymologique qui impliquait que « islam » signifiait « paix ».

Pour conclure cet article consacré au djihad, on peut dire que contrairement à ce que sous entendent de nombreux média, les djihadistes ne sont pas des illuminés analphabètes qui n’auraient jamais lu le Coran. Ils connaissent au contraire très bien leur Livre Saint auquel ils souhaitent se soumettre de manière totale, radicale, sans compromis, jusque dans la mort. Ils s’inscrivent dans la lignée du Prophète en poursuivant le combat inauguré par ce dernier pour soumettre le monde, de gré ou de force, aux lois d’Allah. La guerre sainte est un élément structurant de l’islam qui traverse de part en part le Coran comme la vie du Prophète.

1 DELCAMBRE Anne-Marie, L’islam des interdits, Paris, éditions Desclée De Brouwer, 2003, p. 21.
2 Coran (IX, 14 ; trad.k. IX, 14). Dans les traductions en français que nous avons du Coran, Dieu emploie le nous de majesté, et parle de lui à la troisième personne.
trad. K. : signifie traduction de Kasimirski. Il s’agit de la première traduction en français du Coran. Elle date de 1840. Elle a été enrichie par la suite, et reste aujourd’hui une des traductions les plus diffusées. Il faut noter que cette traduction comporte des écarts dans la numérotation des versets avec les traductions faites ultérieurement. Afin que le lecteur puisse aisément retrouver les versets cités les deux références sont systématiquement mentionnées, la première référence étant celle des autres traductions, et la seconde celle utilisée par Kasimirski.
3 Coran (VIII, 17 ; trad.k. VIII, 17)
4 Coran (IV, 74 ; trad.k. IV,76)
5 Coran (IV, 77 ; trad.k. IV,79)
6 REDISSI Hamadi, L’exception islamique, Paris, éditions du Seuil, 2004, pp. 92-94.
7 Ibid., p. 87.
8 DELCAMBRE Anne-Marie, L’islam des interdits, Paris, éditions Desclée De Brouwer, 2003, p.22.
9 Coran (II, 106 ; trad.k. II, 109)
10 Coran (IX, 5 ; trad.k. IX, 5)
11 LIATI Viviane, De l’usage du Coran, éditions Mille et une nuits, 2004, pp.82-83.
12 REDISSI Hamadi, L’exception islamique, Paris, éditions du Seuil, 2004, pp. 87-88.
13 LIATI Viviane, De l’usage du Coran, éditions Mille et une nuits, 2004, p.86.
14 El Manâr, le phare en arabe, est une revue égyptienne spécialisée dans toutes les questions liées à la foi musulmane.
15 LIATI Viviane, De l’usage du Coran, éditions Mille et une nuits, 2004, pp.87-88.
16 BENCHEIKH Soheib, Marianne et le Prophète, Paris, éditions Grasset et Fasquelle, 1998, pp.145-146.
17 Ibid., p.146
18 DE PREMARE Alfred-Louis, Les fondations de l’islam, Paris, éditions du Seuil, 2002, pp.86-87.
19 Hadith (MUSLIM, Al-Sahîh, Imân,I, 200 sq. trad. Alfred-Louis de Prémare, Les fondations de l’islam, Paris, éditions du Seuil, 2002, p. 87.)

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