Pour bien défendre sa foi devant les dénigreurs

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Message par Rémi le Sam 12 Nov 2011 - 2:59

Rappel du premier message :

Je vais poster ici, jour après jour l'entièreté d'un ouvrage qui enseigne l'art de défendre sa foi par les mots, devant ceux qui pourraient la contester et vous troubler. Cet art s'appelle de l'apologétique et cet ouvrage, écrit par le Père Auguste Boulenger à pour titre : Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique.

Alors débutons :

N.B. Je ne retranscris pas les 29 premiers numéros du livre, qui sont une explication de la démarche, je passe directement au vif du sujet.

**********************************************************************************************
[ IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.]

CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu.



DÉVELOPPEMENT



Division du Chapitre.



30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu' ? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:



Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ?



Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu ? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstra­tion ?



§ 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME.



31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnos­tiques ou indifférents.

1° Théisme (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est pos­sible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous expo­serons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.

2° Matérialisme. - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - maté­rialiste, naturaliste, ou moniste19, - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.

3° Agnosticisme. - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique20 déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnais­sable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en géné­ral et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon ! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser21.»

Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affir­mer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinc­tion entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,

qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: « Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»

Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre exis­tence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.


19



Les trois dénominations: matérialiste, naturaliste, moniste, désignent, sous des aspects différents, le même fond de doctrine. Tous trois prétendent expliquer le monde par l'existence d'un seul élément, mais tandis que le matérialiste met en avant la seule matière, le naturaliste parle de la nature, ce qui est déjà un terme plus vague, et le moniste fait appel au mouvement cosmique. - Le moniste dont nous parlons ici est évidemment le moniste matérialiste.

20



Agnostique (du grec « a » privatif et « gnosis » connaissance). - D'après l'étymologie, le mot agnostique est opposé à gnostique.. l'agnostique déclare ignorer là où le gnostique prétend savoir. Le mot a été jeté dans la circulation par le philosophe anglais HUXLEY vers 1869. , La plupart de mes contemporains, dit-il un jour, pour faire profession de libre-pensée, pensaient avoir atteint une certaine gnose et prétendaient avoir résolu le problème de l'existence; j'étais parfaitement sûr de ne rien savoir sur ce sujet, et bien convaincu que le problème est insoluble : et comme j'avais Hume et Kant de mon côté, je ne croyais pas présomptueux de m'en tenir à mon opinion. .

21



Revue des Deux- Mondes. 1er juin 1865




Dernière édition par Rémi le Mar 10 Jan 2012 - 20:10, édité 4 fois


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Message par Rémi le Sam 10 Mar 2012 - 21:39

194. — III. Le Bouddhisme. — Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.



1° Fondateur. — La vie du Bouddha fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.

Le Bouddha naquit au VIe ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de Çakya-Muni sous lequel il est connu, veut dire moine de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Il se livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était Bouddha (racine budh, comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'hu­manité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que Mâra, l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le Nirvana pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Boud­dha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.

Le parallélisme qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échap­pera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chré­tiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).

Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite d'une indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher le Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.



195. — 2° Doctrine. — Les points principaux qui caractérisent la doctrine bouddhiste sont : — a) l'athéisme, ou, si l'on préfère, l'agnosticisme. S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — b) la croyance à la métempsycose-: doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — c) le pessimisme. Dans la doc­trine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.

La morale bouddhiste ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la pratique du renoncement. Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté157, la pauvreté sont des règles strictes pour les Bhikchous, ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le côté négatif de la perfection chrétienne, c'est le renon­cement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puis­que la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le culte des images et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une idolâtrie mêlée de magie.



196. — NOTA. — Le bouddhisme se propagea surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa diffusion si étendue s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la protection du pouvoir civil : protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.



197— 3° Critique. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de sage. Si nous considérons maintenant sa doctrine, il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incon­testable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’athéisme, quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la transmigration et du Nirvana ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monas­tique dans la contemplation pure et la mendicité sans travail. Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthar­gie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au chris­tianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »158



157 Il est bon de remarquer que le moine bouddhiste n'est pas lié par des vœux et qu’il se contente d'accepter la chasteté comme une règle. De même, sa vie se passe à mendier et a méditer sur le néant de l'existence : il ne s'adonne pas au travail manuel.



158 L'abbé de Broglie, op. cit.





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Message par Rémi le Dim 11 Mar 2012 - 23:26

198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur. — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique d'hindouisme ou néo-brahmanisme. La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le Vishnouisme et le Civaïsme, noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit Vishnou, soit Civa comme Dieu suprême. Le Vishnouisme seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.



199. — 2° Doctrine. — Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la Trinité et de l'Incarnation,— a) La Tri­nité hindoue ou Trimurti se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — b) Les incarnations ou avatars de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de fois : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux Bâma et Krishna. Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout mon­trer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction défi­nitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)



200. — 3° Critique. — Pas plus dans l'hindouisme que dans le boud­dhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de céré­monies religieuses et de coutumes barbares, en particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.


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Message par Catherine le Lun 12 Mar 2012 - 11:56

Merci Rémi, c'est une très bonne initiative que vous avez prise!
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Message par Rémi le Lun 12 Mar 2012 - 14:50

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Merci Rémi, c'est une très bonne initiative que vous avez prise!

Merci Catherine, ça me permet de m'instruire aussi.


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Message par Rémi le Lun 12 Mar 2012 - 20:18

Art. VI. — L'Islamisme.



201. — Avant la fondation du Mahométisme, les Arabes, sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar,, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la Kaaba, leur sanc­tuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilo­mètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.

Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.



1° Fondateur. — Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontrer un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée Y-hégire, que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y ins­talla ; et, à partir de cette date, il prêcha la guerre sainte. Il dit à ses parti­sans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son pro­phète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entre­prirent la guerre sainte. C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du VIIIe siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Mar­tel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les Byzantins l'avaient brisé sur le front d'Orient.



202. — 2° Doctrine. —Le Coran est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil des fragments de dis­cours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.

En voici les points principaux. — a) Sur la question de Dieu, Mahomet enseigne l’unité divine. Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les attributs de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » (Jean, XV, 26).

b) Sur la question de l’homme. D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot islam signifie du reste résignation, abandon à la volonté de Dieu.

La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse ou malheureuse suivant la sentence prononcée.

c) La morale et le culte de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la foi : « I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la prière. Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jus­qu'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génu­flexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spé­ciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. Aumône. Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le jeûne. Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de Ramadan. Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un pèlerinage à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.



203. — 3° Critique. — On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indiffé­rence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.

« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme direc­tement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christia­nisme comme une œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »

Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»159 Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et sui­vent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.



159 L’abbé de Broglie, op. cit.



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Message par Rémi le Mar 13 Mar 2012 - 20:05

Art. VII. — Le Judaïsme actuel.



204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le judaïsme actuel. La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démons­tration que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la religion mosaïque était une religion préparatoire, et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.



205. — Conclusion générale — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine surhumaine. — a) D'une part, leurs fonda­teurs ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, sont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur doctrine est mêlée d'imperfections, et les miracles qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, les faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les pré­misses. Mais n'est-ce pas un semblable illogisme que commettent les his­toriens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est transcendante160, mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doc­trines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.

3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait opposition totale entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.



BIBLIOGRAPHIE- - De Broglie, Problèmes et conclusions de l'histoire des religions (Tricon) ; Religion et critique (Lecoffre). — Dufourcq, Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive (Bloud). — Poulin et Loutil, La Religion (Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. Babylone et la Bible ; J. Huby, art. Religion des Grecs ; Mallon, art. Egypte ; Lagrange, Religion de l'Iran ; d'Alès, La Religion de Mithra ; Roussel, Religions de l'Inde ; Carra de Vaux, L'Islamisme et ses sectes ; Power, art. Mahomet ; Touzard, Le peuple juif dans l'Ancien Testament. — Bricout, Où en est l'histoire des religions (Letouzey). — Huby, Christus (Beauchesne).



160

Il n'y a pas lieu d'établir ici la transcendance de la religion chrétienne. Celle-ci sera suffisamment démontrée lorsque nous aurons apporté les preuves de la divinité du christianisme. Évidemment la transcendance est une condition nécessaire de la vraie religion, et la faire apparaître peut servir d'échelon préparatoire à la démonstration de la divinité, mais c'est une voie qu'il n'est pas nécessaire de prendre pour arriver au but que nous poursuivons.



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Message par Rémi le Mer 14 Mar 2012 - 18:14

SECTION II

LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME



Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles.



DÉVELOPPEMENT

Division du Chapitre.



206. — Deux méthodes s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer l'origine divine du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au fondateur et lui demande ses titres. Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des documents authentiques, dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il n'y a pas de doute : il est un envoyé divin, et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totale­ment conforme à l'histoire. Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme un simple envoyé de Dieu, mais comme l'Envoyé attendu par les Juifs, comme le Messie promis par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révé­lation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de vérifier les documents qui rapportent le fait de cette triple Révélation. Il faut donc établir la valeur historique : — a) du Pentateuque qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive161 et la Révéla­tion mosaïque162 ; et — b) celle des Évangiles où est consignée la Révé­lation chrétienne.



Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse163, sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux pre­mières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstra­tion chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la valeur historique du Pentateuque. 2° Le second, de la valeur historique des Évangiles.



REMARQUE PRELEMINAIRE AUX DEUX ARTICLES



207. — Il s'agit de savoir si les documents qui contiennent le fait de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres docu­ments de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commen­taires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et tel qu'il est sorti des mains de son auteur164 ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : intégrité, authenticité, véracité, nous allons voir si les deux docu­ments de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Évan­giles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insis­terons davantage sur la valeur des Évangiles.



161

La Révélation primitive ou patriarcale est celle que Dieu a faite à nos premiers parents et aux patriarches. Elle a : — 1. pour dogmes principaux : l'unité de Dieu, créateur du ciel et de la terre, ayant fait tout bien dès le principe, dogme qui excluait le polythéisme et le dualisme ; l'existence de l'âme humaine, spirituelle et libre, la chute originelle et la promesse d'un sauveur ; — 2. pour préceptes : l'obligation de rendre un culte à Dieu, de lui offrir des sacrifices et, plus tard, au temps d'Abraham, la Circon­cision comme signe de l'alliance entre Dieu et le peuple juif.



162 La Révélation mosaïque est celle qui fut faite au peuple juif par l'intermédiaire de Moïse et des prophètes : elle avait pour but d'instaurer à nouveau la religion primitive et de préparer l'avènement du Messie et la religion chrétienne. Elle a : — 1. les mêmes dogmes que la religion primitive, mais elle met plus particulièrement en relief le dogme de l'unité divine (monothéisme) que les autres nations avaient perdu de vue ; —- 2. les préceptes moraux formulés dans le Décalogue, lesquels sont une promulgation de la loi naturelle, s'adressant par conséquent à toute l'humanité, sauf la sanctification du sabbat qui ne concernait que les Juifs. A cette première catégorie de préceptes s'en ajoutait une autre, tout à fait spéciale aux Juifs, et qui réglait les questions de culte (cérémonies, objets sacrés, jours de fêtes, personnes consacrées à Dieu).

163

Nous disons que la première méthode est : — 1. incomplète. En effet, dès lors qu'elle se borne à prouver que Jésus-Christ est un simple envoyé divin, elle supprime l'un des meilleurs arguments en faveur du christianisme, à savoir l'argument tiré des prophéties ; — 2. dangereuse, car cette méthode parait une concession à la thèse ratio­naliste qui rejette l'authenticité du Pentateuque. Il est vrai que la divinité du christia­nisme peut être démontrée, indépendamment de toute autre question, et en s'appuyant uniquement sur la crédibilité des Évangiles ; mais en acceptant ou en ayant l'air d'ac­cepter le point de vue rationaliste, comment les apologistes qui ont d'abord suivi cette voie, s'y prendront-ils ensuite pour justifier les dogmes du christianisme parmi lesquels se trouve celui de l'origine divine de la religion mosaïque?



164 L’intégrité est évidemment le premier point à établir, vu que, pour rechercher l'auteur, l'on s'appuie sur la critique interne du document, laquelle n'a d'autorité qu'autant qu'elle porte sur le document authentique.




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Message par Rémi le Ven 16 Mar 2012 - 15:53

Art. I — Valeur historique du Pentateuque.



Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° l'intégrité ; 2° l'au­thenticité, et 3° la véracité du Pentateuque.





§ 1. — Le Pentateuque. Son intégrité.



208. — 1° Le Pentateuque. — Division. — Le Pentateuque (du grec « pente » cinq et « teuchos » livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — a) lav Genèse (gr. « genesis » origine), qui raconte la "création et l'origine des choses ; — b) l’Exode (gr. « excodos» sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le Lévitique, c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les Nombres : appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites ; — e) le Deutéronome ou seconde loi ; livre qui contient une réca­pitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de Torah, ou la Loi, parce qu'il contient la législation mosaïque.



209. — 2° Intégrité. — Avant de se servir d'un document, il est néces­saire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'au­teur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — a) l'intégrité absolue, quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) l'intégrité substantielle, lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.

L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ; L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient pro­duites. La Commission biblique, dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécia­lement quatre sources de modifications : — 1. des additions postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des gloses et des explications insérées dans le texte primitif165 et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expres­sions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.



Ainsi, comme l'admet la Commission biblique, le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.



§ 2. — Authenticité du Pentateuque.



210. — 1° Définition. — On dit qu'un livre est authentique, quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.



211. — 2° Authenticité. — A. ADVERSAIRES. L'origine mosaïque du Penta­teuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse documentaire, l'hypothèse fragmentaire et l'hypothèse complémentaire, — a) Hypothèse documentaire. Le Français Jean Astruc (mort en 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de docu­ments, dont les deux principaux sont : le document élohiste et le document jahviste, ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un Elohim, et dans l'autre, Jahweh. Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des" modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’Elohiste, le Jahviste, le Deutéronome et le Code Sacerdotal, rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par consé­quent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) Hypothèse fragmentaire. Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nom­breux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) Hypothèse complémentaire. Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un écrit primitif, composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, l’Elohiste, auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu Jahweh, ajouta de nombreux suppléments166.



B. PREUVES. — L'origine mosaïque du Pentateuque repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse (Exode, xvii, 14 ; XXIV, 4 ; Deut., XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de Josué en fait mention ; les Psaumes et les Prophètes sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &) sur la tradition juive, qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) sur le témoignage du Nouveau Testament. Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., viii, 4 ; xix, 7, 8 ; Marc, VII, 10; XII, 26; Luc, xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; Act., xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) sur les critères internes qui se tirent du livre lui-même.



A vrai dire, cette quatrième preuve de l'origine mosaïque du Pentateu­que est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la critique interne du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — documents, fragments ou suppléments, — d'épo­ques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les diversités de langue, de style, d'idées qui trahis­sent une époque et des auteurs différents ; — 2. l'emploi de deux noms, Elohim et Jahweh, pour désigner Dieu, — 3. les doublets, c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la créa­tion, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inex­plicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. les passages relatant des faits ou des institutions manifestement pos­térieurs à Moise, par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume (Deut, xvii, 19).



A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la Commission Biblique : — 1. que de nombreux mots égyptiens témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les diversités de langue et de style s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de secrétaires qui, sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent paral­lèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des sources, antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insé­rées, mot à mot, ou quant aux idées, tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le décret de la C. B. du 27 juin 1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont impu­tables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, Elohim et Jahweh pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les passages d'origine certainement postérieure à Moïse, la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).

Des quatre preuves qui précèdent il résulte que l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.



165

Tout ce qui est inséré au milieu d'un texte porte le nom d'interpolation. Il y a donc deux sortes d'additions : la continuation et l'interpolation. La continuation con­siste à reprendre le récit où l'auteur l'avait laissé et à le compléter ; ce procédé était fréquemment employé au Moyen Age : beaucoup de chroniques ont été continuées sans qu'il soit possible de savoir où commence et où finit le travail des différents continua­teurs, ceux-ci n'ayant pas pris soin de le déterminer. "L'interpolation c'est l'insertion, au milieu d'un texte, de mots ou de phrases qui n'étaient pas dans le manuscrit de l'auteur.

166

En somme, les adversaires de l'authenticité du Pentateuque ont suivi la tactique des critiques littéraires qui ont attribué la composition de l'Iliade et de l'Odyssée à plusieurs auteurs, qui ont considéré ces deux poèmes épiques comme un assemblage de petits poèmes indépendants, ou comme formés d'un noyau primitif grossi par des additions et remaniements successifs.


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Message par Rémi le Lun 19 Mar 2012 - 23:36

§ 3. — Véracité du Pentateuque.



212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est digne de foi ? Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper167. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.



213. — Remarque. — La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici l'origine divine de la Révélation primi­tive, et surtout de la Révélation mosaïque, à laquelle la Révélation chré­tienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pour la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les titres du fondateur et la valeur de la doctrine.



A. LE FONDATEUR. — La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.



B. LA DOCTRINE. — Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le mono­théisme et l'idée messianique : — a) Et d'abord le monothéisme, c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des reli­gions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes accep­tables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? Le mono­théisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de Dieu. Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est l'espérance messianique. Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'au­tre part, annoncé que leur religion n'était pas définitive et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'es­pérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'éten­dra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.

La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, et qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié les documents de la Révélation chrétienne.



167 Nous insisterons davantage sur la question de la véracité dans l'article sur les Évangiles (Nos 233 et suiv.).



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Message par Rémi le Mar 20 Mar 2012 - 21:18

Art. II — Valeur historique des Évangiles.



214. — Les quatre Évangiles168 selon169 saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les principaux170 documents qui contiennent le fait de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur intégrité ; 2° leur authenticité ; et 3° leur véracité.



§ 1. — Intégrité des Évangiles.



215. — Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 variantes dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus con­formes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.

Le premier travail de la critique historique a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manus­crits171 qui ont été retrouvés, des versions anciennes172 et des citations des Pères173. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans impor­tance et que les corrections tendancieuses sont plutôt rares174 et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le texte critique actuel soit identique dans sa substance, au texte original.

216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les endroits dont l'au­thenticité est mise en doute. — a) Saint Matthieu. La question d'authen­ticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — b) Saint Marc. Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — c) Saint Luc. Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre XXII La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — d) Saint Jean. Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (XXI). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.



§ 2. — Authenticité des Évangiles.



217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les auteurs et quelle en est la date de composition. Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le pré­tend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — a) des arguments extrinsèques, tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des arguments intrinsèques tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contempo­rain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.




168 Le mot Évangile (du grec « euaggelion » bonne nouvelle) a un double sens. Il dési­gne : — 1. soit la nouvelle par excellence, celle du salut apporté au monde par Jésus-Christ ; — 2. soit les livres eux-mêmes qui contiennent cette bonne nouvelle. Il n'y a donc qu'un Évangile, celui de Jésus-Christ, et quatre livres qui le rapportent.



169 A première vue, cette expression selon pourrait signifier que nos Évangiles actuels sont des écrits se couvrant simplement de l'autorité de saint Matthieu... Mais toute l'antiquité a vu dans cette formule l'indication des auteurs, comme nous le montrerons dans le paragraphe 2.

170

Nous disons que les Évangiles sont les principaux documents de la Révélation chrétienne. Ils ne sont pas, en effet, notre seul moyen d'information sur la vie et l'œuvre du Christ. Outre les Évangiles, il y a encore : — a) parmi les sources chrétiennes cano­niques, les Actes des Apôtres et tous les autres écrits du Nouveau Testament, entre lesquels les Epîtres de saint Paul occupent une place de tout premier ordre ; — b) parmi les sources chrétiennes non canoniques, les Évangiles apocryphes. Le mot « Apocryphes» (du grec apocruphos, caché) sert à qualifier soit des œuvres qu'il faut tenir secrètes, soit des œuvres dont on ne connaît pas ou dont on suspecte l'origine. Il est employé ici dans le second sens et désigne un certain nombre d'écrits, composés entre le IIe et le Ve siècle, qui prétendent raconter l'histoire évangélique, mais qui n'ont pas été reconnus par l'Église comme inspirés et ne figurent pas dans le canon ou liste officielle des Livres Sacrés. Les Évangiles apocryphes dont les principaux sont : l'Évangile de saint Pierre, l'Évangile de Thomas, l'Évangile des Hébreux... n'ont guère de valeur documentaire ; les détails qu'ils contiennent, par exemple, sur l'enfance de Jésus, sur ses dernières heures sur la Croix, sont des détails romanesques où la puérilité se mêle à l'indécence ; — c) parmi les sources non chrétiennes : — 1. les écrits juifs, tels que les Antiquités judaïques de l'historien Josèphe où il est fait allusion à la mission de Jésus, les ouvrages de Philon qui nous montrent les pensées qui fermentaient au temps de Jésus dans les âmes préoccupées de la question religieuse ; — 2. les écrits des historiens latins, entre autres, de Pline le Jeune qui, alors qu'il était gouverneur de Bithynie, écrivit à Trajan pour lui demander quels supplices il convenait d'infliger aux chrétiens (Epître 97) ; de Sué­tone (Vies de Claude et de Néron), et surtout de Tacite qui mentionne que Jésus fut crucifié sous Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée (.Annales, livre XV).

Remarquons enfin que, même en l'absence de tout document écrit, nous aurions toujours, pour connaître les traits de Jésus, le témoignage de la tradition, ce grand fait historique de l'existence d'une communauté chrétienne dont la naissance et le dévelop­pement ne s'expliquent pas en dehors de la vie et de l'œuvre du Christ.

171

Les manuscrits grecs et latins déjà retrouvés sont plus de 12.000. Voici les prin­cipaux : le Vaticanus, du IVe siècle, à la bibliothèque du Vatican ; le Sinaïticus,. du IVe siècle, découvert au "couvent du Mont Sinaï par Tischendorf et actuellement à Saint-Pétersbourg ; l'Alexandrinus du Ve siècle qui se trouve au Musée britannique de Londres; le Codex Ephraemus rescriptus du Ve siècle à la Bibliothèque nationale de Paris ; le Codex Bezae du VIe siècle, à l'Université de Cambridge.

172

Les Évangiles ayant été écrits en grec, sauf l'Évangile primitif de saint Matthieu qui était en hébreu, on appelle versions les traductions qui en ont été faites dans une autre langue. La plus célèbre des anciennes versions s'appelle la Vulgate, traduction latine, faite par saint Jérôme à la fin du IVe siècle. Il y a aussi des versions syriaque, égyptienne, éthiopienne, arménienne.

173

Les Pères de l'Église citent souvent les Écritures. Mais leurs citations ne sont pas toujours littérales, auquel cas elles ne peuvent servir qu'à la reconstitution du sens et non de la lettre.



174 Que les corrections tendancieuses soient rares, cela s'explique par une double raison. La première c'est que les chrétiens veillaient sur leurs Écritures avec un soin jaloux, les apprenant par cœur, les lisant dans toutes leurs assemblées, bref, les entourant d'un respect et d'un culte presque à l'égal de l'Eucharistie, considérant l'altération de leurs Livres Sacrés comme une profanation grave. La seconde c'est que les adversaires des chrétiens : juifs, hérétiques, infidèles, étalent, eux aussi, attentifs à la destinée des Écritures, épiant toutes les occasions d'en découvrir les points faibles ou de surprendre les chrétiens en flagrant délit de falsification




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Message par Rémi le Jeu 22 Mar 2012 - 1:29


1° Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. — A. ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du IIe siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les Logia en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de logia ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.

Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la compo­sition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.



B. ARGUMENT INTRINSÈQUE. — Le témoignage de la tradition est confirmé par la critique interne du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, juif palestinien, publicain, et qu'il écrivait pour les Juifs convertis : trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.

a) L'auteur du premier Évangile était juif palestinien. Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les cou­tumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un pales­tinien. — b) L'auteur était publicain, du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait pour des Juifs convertis : la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accom­plit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.

Nous pouvons donc conclure que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.

Date et lieu de composition. — La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationalistes en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)



218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc. — A. ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. — L'on possède, à partir du IIe siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du Canon de Muratori175, de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accom­pagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoc­cupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »

Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.



B. ARGUMENT INTRINSÈQUE. — De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — a) Il était juif, comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était disciple de saint Pierre. Cela ressort de la place pré­pondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande préci­sion. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glo­rieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédi­cation de saint Pierre. — c) Le second Évangile a été écrit pour des Romains. Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.

Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode Actes, XII, 12).



Date et lieu de composition. — D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.



175

Le Canon de Muratori, ainsi appelé du nom du savant italien qui l'a découvert et publié en 1740, est un document dans lequel sont énumérées les Écritures du N.T. telles qu'on les lisait dans l'Église romaine entre 170 et 200. Les quatre Évangiles y sont mentionnés comme faisant partie du recueil biblique.






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Message par Rémi le Jeu 22 Mar 2012 - 23:30

219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc. — A. ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — Dès la fin du IIe siècle, la tradition commune attri­bue le troisième Évangile à saint Luc, disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son Épître aux Colossiens (iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du Canon de Muratori. Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.



B. ARGUMENT INTRINSÈQUE, L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — a) Il était médecin, comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — b) grec d'origine et esprit cultivé : un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice cer­tain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) disciple de saint Paul. Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du fond que de la forme. Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la jus­tification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écri­vains.

Date et lieu de composition. — L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.

220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de critiques pro­testants et rationalistes (Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de critiques libéraux, parmi lesquels renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contien­drait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.

L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles



A. ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — A la fin du IIe siècle, nom­breux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du Canon de Muratori, de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. celui de saint Irénée, évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, dis­ciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. celui de Clément d'Alexandrie qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Évan­gile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses fami­liers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la tradition hétérodoxe. Celse, les judaïsants, les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile.



Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du IIe siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.



B. ARGUMENT INTRINSÈQUE. — De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — a) Il était juif d'origine. Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'au­teur était un apôtre. Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « l'apôtre que Jésus aimait». Si nous en croyons le der­nier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Évan­gile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.

Date et lieu de composition. — Le quatrième Évangile a été composé à Éphèse, vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques176.



176 Les critiques rationalistes reculent la date de composition du 4e Evangile beaucoup plus loin rentre 160-170 (Baur), vers 125 (Renan), entre 80-110 (Harnack),entre 100-125 (Loisy).



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Message par Rémi le Sam 24 Mar 2012 - 0:19

§ 3. — VÉRACITÉ DES ÉVANGILES



221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur intégrité subs­tantielle, et ils ont bien pour auteurs deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la valeur historique de ces documents ?

Deux conditions sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit bien informé et 2° qu'il soit sincère (V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.



222. — I. Valeur historique des Synoptiques. — Le mot « Synoptiques » attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une synapse (gr. « sunopsis» vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.

Pour déterminer la valeur historique des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?



223. — 1° Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. — Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été com­posés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bor­nent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des res­semblances frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jus­qu'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du problème et des solutions qui ont été pro­posées pour le résoudre.



224. — A. LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. — Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — a) Ressemblances. 1. Tout d'abord même plan général. Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. Récits des mêmes faits. Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) Divergences. A côté de ces res­semblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie narrative est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Évan­gélistes.



225. — B. SOLUTIONS PROPOSÉES. — Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypo­thèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. Hypothèse de la dépendance mutuelle. D'après les partisans de ce sys­tème, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exacte­ment, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devan­ciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypo­thèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu (version grecque), et leur a servi de source. — 2. Hypothèse de la tradition orale. D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la tradition orale ; ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons le même fond dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une forme unique, et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'al­térer peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ressemblances s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les divergences ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers pré­dicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de mon­trer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. Hypo­thèse des documents. D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits;les uns (Eichhorn...) suppo­sent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des Logia ou discours du Proto-Matthieu et d'au­tres sources particulières, comme le témoigne saint Luc (i, 1).


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Message par Rémi le Lun 26 Mar 2012 - 1:29


Que valent ces trois hypothèses? — L'hypothèse 1 de la dépendance commune n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la tradition orale rend bien compte de la res­semblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités sup­posent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un document primitif unique est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de plusieurs documents rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.



Conclusions. — 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'ex­clusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synop­tiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un conte­nant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.

2. Quoi qu'il en soit du mode de composition des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous inté­resse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens bien informés, car, ou bien les Synop­tiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rap­portaient.



226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seu­lement les Synoptiques étaient bien informés, mais ils étaient sincères. Leur sincérité ressort avec évidence : — a) de la critique interne des Évan­giles. Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extrac­tion, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »177, tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la sincérité de semblables témoins.

Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.



227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils préten­dent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux élé­ments : l’élément naturel et l'élément surnaturel. Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — école naturaliste de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail d'idéalisation progressive accompli autour de la vie et de la per­sonne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement histo­riques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »178 Les récits des cures mer­veilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été trans­posés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édi­fication, les besoins de l'apologétique. »179 En d'autres termes, les miracles seraient des mythes ou légendes, qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après l'école mythique de Strauss. Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle180.



Réfutation. — 1. Le point de départ du système de l'idéalisation, à savoir la négation du surnaturel, est un préjugé rationaliste dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le système lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en contradiction avec les faits. Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la date de composition des Évangiles. La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la foi ce qui autrefois était attribué à la légende, et l'on eut la fameuse distinction entre le Christ de la foi et le Christ de l'histoire. Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en con­tradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'atta­chent, avant tout, à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'incidemment qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont qu'insinués dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?



La théorie de l'idéalisation manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs récits sont indépen­dants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont purement historiques.




177 D'après l'édition Havet, page 387, le texte de Pascal est le suivant : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger. » Ce qui revient à dire que jamais on ne s'est fait martyriser pour des miracles qu'on dit avoir vus, mais en réalité on n'a pas vus et qu'on n'est pas fou au point de subir le martyre pour soutenir un mensonge

178

Loisy, Les Évangiles synoptiques.



179 Ibid.

180

D'après M. Loisy, la rédaction définitive de l'évangile selon saint Marc peut être fixée approximativement à l'an 75, celle du premier Évangile et du troisième aux envi­rons de l'an 100





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Message par Rémi le Mar 27 Mar 2012 - 1:31

228. — II. Valeur historique du IVe Évangile. — A. ADVERSAIRES. La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — b) D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les discours comme des fictions. — c) D'au­tres enfin, comme J. Réville, Loisy181, Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une composition artificielle destinée à exposer, sous le voile de l'allégorie, les idées propres de l'auteur.



B. PREUVES DE L'HISTORICITÉ. — Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des faits et des discours qui y sont conte­nus. — a) Caractère historique des faits. Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du but de l'ouvrage. L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but182, qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un témoin qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I Jean, I, 1, 3) ; — 2. de l'examen interne du livre. On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des points communs. Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont propres à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hy­pothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circons­tances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus la nuit (III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des his­toires adaptées à la thèse qu'il a en vue.

b) Caractère historique des discours. — Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les discours ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du fond, soit au point de vue de la forme, de ceux que nous trouvons chez les Synop­tiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces diver­gences, celles-ci s'expliquent très bien par le caractère et le but différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traités dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le carac­tère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particu­lièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synop­tiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du Logos, ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.



CONCLUSION. — Il est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »183 Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses dis­cours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »184 Nous avons donc le droit, dans! la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.



BIBLIOGRAPHIE. — Mangenot, L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques — Méchineau, L'origine mosaïque du Pentateuque (Bloud). — Vigouroux, Manuel biblique, t. I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, L'authen­ticité du Pentateuque (Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. Pentateuque et Hexateuque (Dict. d'Alès).

Brassac, Manuel biblique (à l'index), t. III. — Lepin, Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes (Dict. d'Alès) ; Les théories de Loisy (Beauohesne).—Méchineau, L'origine du Nouveau Testament (Bloud). — Jacquier, Histoire des livres du Nouveau Testament (Gabalda). — Rosé, Les évangiles, traduction et commentaires (Bloud). —Fouard, Vie de Jésus-Christ (Lecoffre). — Batiffol, Six leçons sur l’Évangile (Bloud). — Calmes, Comment se sont formés les Évan­giles (Lethielleux). — Levesque, Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective (Beauchesne). — Fillion, Introduction générale aux Évangiles (Lethielleux). — Camerlynck, De quatro Evangelii auctore (Bruges). — Durand, A propos des décrets de 1912 sur les Évangiles (Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, Théologie dogmatique fondamentale (Desclée). — Langlois et Seignobos, Introduction aux. Études historiques (Hachette).




181

D'après M. Loisy (Autour d'un petit livré), le quatrième Évangile n'est pas l'écho direct de la prédication du Christ. C'est un livre de théologie mystique où l'on entend la voix de la conscience chrétienne, non le Christ de l'histoire.

182

Il est incontestable que l'auteur du quatrième Évangile s'attache moins à exposer les faits qu'à les interpréter et que son récit de la vie du Sauveur n'est pas essentielle­ment historique comme ceux des trois premiers Évangélistes, qu'il est plutôt doctrinal et théologique. Mais un fait historique ne cesse pas d'être historique parce que l'auteur s'applique plus à le commenter, à en déduire des conclusions dogmatiques, qu'à le raconter.



183 Lepin, Évangiles canoniques (Dict. d'Alès).

184 Ibid.



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Message par Rémi le Mer 28 Mar 2012 - 22:09

Chapitre II

La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus.
DÉVELOPPEMENT



Division du Chapitre.

229. — Pour connaître l’origine, et par conséquent, la valeur d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du fondateur, et lui deman­der qui il est? Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.

Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est l’ Envoyé de Dieu, l'Oint ou Messie, annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le Fils unique de Dieu, Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.

Nous avons donc à rechercher tout d'abord185 si Jésus s'est bien donné pour le Messie attendu des Juifs et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le Fils de Dieu, ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la réponse de Jésus et quelle foi devons-nous y ajouter ? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.



230. — Nota — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, Il lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a déclaré et prouvé qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de l'apologétique constructive (V. N° 2). Car s'il s'agit de l'apologétique défensive c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors le dogme n'a aucune base historique : c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de l'apologie des dogmes, que nous aurons à traiter la question dans l'article II186.



Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité.



231. — Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était ? Le seul moyen de nous éclai­rer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoi­gnage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur his­torique.



1° Adversaires. — Certains protestants libéraux et les rationalistes n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — a) Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de mythes ou légendes formées après coup par les Apô­tres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure inven­tion de la part des écrivains sacrés. — b) Les rationalistes et modernistes contemporains (Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.



185 Nous estimons en effet superflu de poser la question préalable de l'existence de Jésus Quelques érudits, plus originaux que sages, n'ont voulu voir dans l'existence même de Jésus qu'un mythe. Une telle opinion ne mérite pas d'être discutée. S'il fallait voir dans l'histoire de Jésus une collection de légendes groupées autour d'un nom, com­ment pourrait-on expliquer un mouvement religieux aussi considérable que celui du christianisme, un effet aussi grandiose, sans cause qui l'ait produit? L'époque où Jésus a vécu, appartient du reste à l'histoire et nous est connue par tout un ensemble de monu­ments dont on ne peut contester l'authenticité.



186 Il importe donc de bien distinguer les deux questions : la messianité et la divinité de Jésus. Comme le but de l'apologiste est de démontrer la divinité du christianisme, il suffit de prouver que le fondateur est accrédité par Dieu dans sa mission, qu'il est un légat divin. A ce point de vue, la démonstration chrétienne ne diffère pas de la démons­tration de la divinité du judaïsme. De même que le judaïsme est d'origine divine sans que son fondateur, Moïse, soit Dieu, de même le christianisme est divin, du moment qu'il est reconnu que Jésus était Bien le Messie promis et envoyé de Dieu.


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Message par Rémi le Jeu 29 Mar 2012 - 22:14

232. — 2° Thèse. — Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a mani­festé, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.



Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa mes­sianité. Nous distinguerons donc entre ses affirmations implicites et ses affirmations explicites, en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.



A. AFFIRMATIONS IMPLICITES. — Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une manière implicite et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est néces­saire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.

A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les Saducéens et les Pharisiens, se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de Pharisiens (du grec pharisaioi, séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés Zélotes, parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces der­niers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.

L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, l'espérance messianique ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les Sadducéens n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un boule­versement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les Pharisiens, au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le caractère du futur royaume, les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient l'avènement messianique comme le triomphe des justes, comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de grandeur et de prospérité matérielle, et voyaient déjà dans le Messie un grand conquérant, un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triom­phale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libé­rateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.

Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifesta­tions et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.

Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — a) Par des déclarations indirectes. C'est ainsi que, sans pro­noncer le nom de Messie, il dit qu'il est « venu », qu'il a été « envoyé», pour prêcher l'Évangile du royaume (Marc, i, 38), pour appeler les pécheurs (Marc, II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres (Luc, iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b) Par ses œuvres. Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messia­nique annoncée par Isaïe (xxxv, 5, b) se réalise (Luc, vii, 18, 23). — c) Par son attitude. Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » (Marc, il, 28), etc.



233. — B. DÉCLARATIONS EXPLICITES. — IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation expli­cite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — a) Confession de Pierre. A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'ap­prouver (Mat., xvi, 13-17). — b) Entrée triomphale à Jérusalem. La con­fession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier (Mat., xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient au nom du Seigneur» (Mat., XXI, 1-9). — c) Le procès devant le Sanhédrin. Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit déci­der de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( Mat., xxvi, 63, 64).

Donc, soit d'une manière implicite, soit d'une manière explicite, Jésus a bien affirmé qu'il était le Messie attendu, et les prétentions des ratio­nalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propa­gation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) . Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascen­sion le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en pré­sente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le Messie en personne et en fonction.


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Message par Rémi le Sam 31 Mar 2012 - 23:12

Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine.



234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle nature ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; homme ou Dieu187. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.





1° Adversaires. — a) D'après les Protestants libéraux (Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »188. — b) Les rationalistes admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »189 Comment expliquer alors le fait chré­tien? Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'en­traînait. Il est évident que le titre de rabbi, dont il s'était d'abord con­tenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »190 Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blas­phématoire de s'arroger. — c) Les modernistes, avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»191 « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chré­tienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie.



235. — 2° Thèse. — Jésus s'est donné pour le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.

Remarques préliminaires. — 1. Il importe, avant tout, de bien com­prendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacri­lège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équi­valent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le dogme catholique qui enseigne que Notre-Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa racine et son fondement dans l’affirmation de Jésus ; découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'ex­pression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la cons­cience chrétienne?

2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évi­dence que notre proposition ne peut être démontrée que par l'affirmation personnelle de Jésus. Invoquer le témoignage des Apôtres ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est prêter des armes à l'adversaire, — rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son affirmation personnelle.

3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuie­rons plus particulièrement sur ces derniers.

4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seu­lement, c'est que le dogme est en germe et quant à la substance, dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seule­ment dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.




187 Sans doute si l'on envisage la question du point de vue dogmatique, et que l'on considère le Messie comme le Rédempteur du monde, une réparation adéquate des pêches de l'humanité exigeait l'Incarnation d'une personne divine, mais Dieu pouvait accepter une expiation proportionnée aux capacités de l'homme, auquel cas le Messie pouvait être une simple créature.


188

Sabatier, Esquisse d'une Philosophie de la religion d'après la psychologie et l’histoire.

189

Renan, Vie de Jésus.



190 Ibid.

191

Loisy, Autour d'un petit livre.




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Message par Rémi le Lun 2 Avr 2012 - 14:30


236. — A. TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. — Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa per­sonne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — a) Dans sa rencontre avec Nicodème, Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son Fils unique » (Jean, iii, 16). — b) Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu son propre père, se faisant l'égal de Dieu». — c) Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : « Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» (Jean, viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réci­proquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — d) Jésus va plus loin : il ne craint pas de s'identifier avec son Père : aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... Moi et le Père nous sommes un. » Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider (Jean, x, 23-31). — e) Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur mon­trer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » (Jean, xiv, 5,10).

Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne dis­cutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.



237. — B. TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver l'équivalent dans les paroles et dans les actes du Sauveur.

a) Dans ses paroles. — 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le Fils du Dieu vivant « ( Mat., xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le Fils de Dieu», il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est mon fils, mon premier né» (Exode, iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la Sagesse (II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationa­listes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il ne semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité192, il y a d'autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « mon Père », « votre Père », jamais il ne dit « notre Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas excep­tion, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fonda­tion du monde... (Mat., xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec vous dans le royaume de mon Père » ( Mat., xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la connaissance du Père ne se fait que par l'intermédiaire du Fils : « Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (Mat., xi, 27). — 3. Le témoi­gnage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des vignerons homicides. La voici, telle que la rapporte saint Mat­thieu (xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres ser­viteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Fina­lement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront mon fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici l'héritier ; venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le Fils unique que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la formule solennelle du Baptême où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.

b) Dans ses actes. — Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus s'attribue les perfections, divines : impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il revendique les droits divins : il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» (Mat., x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes (Mat., VIII, 2), que le possédé de Gérasa (Marc, V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir (Mat, ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» (Actes, x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre (Actes, xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il s'arroge les pouvoirs divins. Nous avons vu déjà qu'il se met au-dessus de la Loi, qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... Et moi je vous dis..., répète-t-il plusieurs fois (Mat., v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il remet les péchés : privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le juge suprême de l'humanité, qu'il enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. Il accomplit surtout de nombreux prodiges, si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il agit en son propre nom, et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.



Conclusion. — Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses préten­tions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour parler ainsi, pour agir ainsi, il fallait qu'il eût pleine cons­cience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, il fallait qu'il fût Dieu. Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait histo­rique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église.




192

C'est, du reste, l'opinion des rabbins les plus célèbres, que Jésus fut condamné à mort parce qu'il se proclamait Dieu. Jésus comparait devant le Sanhédrin, écrit M. Weil (Le Judaïsme, ses dogmes, sa mission, t. III) pour répondre à l'accusation de lèse-majesté divine. » Incontestablement, écrit à son tour M. Cohen (Les Déicides), Jé­sus, par la proclamation de sa divinité, non seulement heurtait violemment les croyances séculaires du peuple juif, inquiétait toutes les consciences et détruisait toutes les vérités reçues, mais portait une atteinte spécialement grave à cette loi qu'il avait déclaré, d'abord si solennellement, n'être pas venu modifier. »




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Message par Rémi le Mar 3 Avr 2012 - 20:27

Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus.



238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.

1° Jésus n'était pas un imposteur. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, Fils de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypo­thèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la loyauté et l'humilité de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — a) Sa loyauté. S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » (Mat., xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» (Mat., v, 34, 37). — b) Son humilité. Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pha­risiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'en­tendre appeler par les hommes Rabbi. » (Mat., xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» (Mat., vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu (Luc, xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle con­duite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.

Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pour­rions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté193 incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des Encyclopédistes qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.



193

Nous ferons remarquer avec M. Tanquerey que la sainteté, même suréminente de Jésus, ne constitue pas une preuve de sa mission divine, si on la considère isolément et indépendamment de son affirmation. Un homme peut être un très grand saint, il peut, avec la grâce de Dieu, atteindre au plus haut degré de perfection, sans être pour cela un envoyé divin. Que la sainteté découle de la mission divine, cela paraît évident : on ne conçoit pas, en effet, un envoyé divin chargé d'établir une religion, et dont la conduite démentirait les vérités qu'il a mission d'enseigner ; mais la réciproque n'est pas vraie. Les vertus transcendantes de Jésus peuvent donc fournir un thème riche en développements à l'apologétique oratoire, alors que la démonstration de la divinité de Jésus est déjà chose faite, mais dans l'apologétique didactique, elles ne peuvent être la matière d'un argument.






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Message par Rémi le Mer 4 Avr 2012 - 22:07

239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a pu se tromper. Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.

Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les rationalistes modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incompa­rablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »194 A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'hu­manité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.

Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et s'il y a évolution, ce n'est pas dans la pensée de Jésus, mais dans la manière de l'exprimer, ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; ce qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.

Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alter­native qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »195 « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette expli­cation. »196 « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence com­plète d'illusion . » Il est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'au­cun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).



Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équi­valents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'hu­manité? Non, vraiment, un fou n'a pas tant de sagesse. Jamais un désé­quilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.



Conclusion. — Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un impos­teur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affir­mation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.



BIBLIOGRAPHIE. — Lepin, Jésus, Messie et Fils de Dieu (Letouzey) ; Christologie ; Les théories de M. Loisy (Beauchesne). — Batiffol, L'enseignement de Jésus (Bloud). — De Grandmaison, art. Jésus-Christ (Dict. d'Alès). — Rosé, Études sur les Évangiles (Bloud). — Frémont, Lettres à l'abbé Loisy (Bloud). — Mgr Freppel, La divinité de Jésus-Christ (Palmé). — Hugueny, Critique et catho­lique (Letouzey). — Mangenot, Jésus, Messie et Fils de Dieu (Bloud). — F. Prat, La théologie de saint Paul (Beauchesne).




194 Renan, Vie de Jésus.



195 E. Stapfer, Jésus-Christ avant son ministère.

196

La thèse de Renan a été reprise de nos jours par le Dr Binet-Sanglé, qui, dans un ouvrage Interminable « La folie de Jésus » (4 vol. in-8°, 1908-1915), a pré­tendu démontrer que Jésus était un fou atteint de théomanie, autrement dit, un fou religieux. Cette thèse a été réfutée, tout dernièrement, au double point de vue médi­cal et exégétique, par le Dr Vérut. dans un livre qui a pour titre : « Voilà vos bergers... Jésus devant la science. » (Paris, 1928).



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Message par Rémi le Jeu 5 Avr 2012 - 21:41

Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques.



DÉVELOPPEMENT

L'argument prophétique.





240.— Préliminaire. — Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour le Messie prédit par les prophètes. Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.

Si Jésus est un Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.



241. — 1° Adversaires. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient l'existence même des prophéties. Les autres en contestent la réalisation en Jésus.



A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE appartiennent les rationalistes et les protestants libéraux qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des prophéties, ni des prophéties messianiques. D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »197 ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs prédictions sont inexistantes ou sans valeur, leur prédication les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale198. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.



B. DANS LA SECONDE CATÉGORIE d'adversaires il faut ranger les Juifs qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messia­niques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour pré­tendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exé­gèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire en lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que cer­tainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient pro­noncées tout d'abord. »199



242. — 2° Argument. — L’argument prophétique peut se formuler dans le syllogisme suivant : Il existe dans l'Ancien Testament une série de pro­phéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la personne et l'œuvre du Messie. Or ces prophéties se sont réalisées dans la personne et l'œuvre de Jésus. Donc Jésus est le Messie.

L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. l'existence des prophéties messianiques ; — 2. leur réalisation en Jésus. Si nous par­venons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'ad­versaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.



REMARQUES. — 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démons­tration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « Envoyé de Dieu », du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.

2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que le fait d'avoir été prédit d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique remonte aux origines du christianisme. L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testa­ment qui concernaient la gloire du Messie sans prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infruc­tueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » (Luc, xxiv, 25, 27).



197 J. Reville, Le prophétisme hébreu, esquisse de son histoire et de ses destinées.



198 Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire.

199

Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire.




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Message par Rémi le Dim 8 Avr 2012 - 0:11

Art. I- — Existence des prophéties messianiques.



Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties mes­sianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les pro­phètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° Notions géné­rales sur les Prophètes. 2° Le fait des prophéties messianiques.



§ 1. — Notions générales sur les Prophètes200.



243. — 1° Définition. — Étymologiquement, le mot prophète (du grec « prophètes » interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.

A. Dans le premier sens, ou sens large, le prophète, appelé nabi en hébreu, est donc un interprète. C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Seigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» (Ex., iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot prophète est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire chantait) dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I Sam., xviii, 10).

B. Au sens strict, le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'ave­nir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.

Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps pré­sent, l'autre à l'avenir »201.



244. — 2° Le mode de la révélation prophétique. — Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — a) par la parole. Il faut enten­dre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sen­sible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) par des visions. Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des images matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — c) par des songes. Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.

« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût commu­niquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de délire, à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »202, alors même qu'il ne saisissait pas entiè­rement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.



245. — 3° Les particularités du langage prophétique. — Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord l'emploi très fréquent du présent au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, l'absence de toute chronologie : les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des évé­nements qu'ils prédisent.



246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament. — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les pro­phètes se divisent en deux classes : les grands et les petits prophètes.

a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — b) Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias203 au début du IXe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.

Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Élisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.



200

Ces notions générales sont indépendantes de la question de savoir s'il y a eu des prophéties messianiques lesquelles se seraient réalisées en Jésus.



201 Vigouroux, Manuel biblique, t. II, n. 895.



202 Ibid., n. 898

203

En réalité, il est très difficile de déterminer l'époque à laquelle a vécu Abdias « Les uns, dit Vigouroux, le regardent comme le plus ancien des petits prophètes, les autres le font vivre du temps de la captivité... On peut, néanmoins, sans affirmer le fait comme certain, regarder le prophète Abdias comme le plus ancien de tous ceux dont les écrits nous ont été conservés. »



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Message par Rémi le Mar 10 Avr 2012 - 15:42

§ 2. — LE FAIT DES PROPHÉTIES MESSIANIQUES.



247. — Est-il vrai, comme l'affirme la majeure de l'argument prophé­tique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la personne et l'œuvre du Messie? Telle est la première question qui se pose.

Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testa­ment, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on l'a dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée messianique. Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — a) Elle est d'abord l'attente d'un royaume qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, l'attente d'un roi, — « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.



Comme on le voit, les prophéties ont un double objet. Elles concernent soit le royaume futur, soit le Roi qui instaurera et régira le royaume.



248. — 1° Prophéties concernant le royaume. — L'attente messianique concernant le futur royaume peut être envisagée au triple point de vue de son origine, de sa nature et du rôle joué far les prophètes dans la genèse de cette idée.



A. ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. — Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les révélations et les promesses divines. Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de déso­béissance que Dieu leur promettait un rédempteur (Gen., iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécia­lement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à Abraham, parce que vous avez obéi à ma voix. »(Gen., xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète Jacob à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son plan, non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire compren­dre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumi­neux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripé­ties de l'histoire juive, à la fois l'unité et la continuité du plan divin. Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'inter­ruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le monothéisme, appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.



B. NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. — On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au rétablissement de leur royaume terrestre. Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » (Actes, i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place (Is., ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle (Osée, ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.



C. ROLE DES PBOPHÈTES204. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement de tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les défenseurs du mono­théisme. A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes propre­ment dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, misé­ricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, s'étendrait à toutes les nations de l’univers. C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » (Is., ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois pro­phètes postexiliens : Aggée, Zacharie et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( Mal. i, 11).



Conclusion. — Ainsi, le rôle des prophètes au sujet du royaume à venir fut double. — Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la foi en un Dieu unique, et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut d'annoncer, pour un avenir plus ou moins rapproché, un ordre nouveau, une religion spirituelle qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et res­treinte au peuple juif, mais universelle, à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.



204 Le but que nous poursuivons ici étant uniquement de montrer le rôle des prophètes dans l'origine de l'espérance messianique, nous n'avons pas à rechercher la date précise où leurs livres furent composés. Il suffît qu'ils aient été antérieurs à l'avènement du Christ (V. N° 251).






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Message par Rémi le Mer 11 Avr 2012 - 15:31

249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. — Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet Envoyé ou Messie205 ; longtemps à l'avance ils en déterminent l'origine, la naissance, les fonc­tions et le mode dont il accomplira son œuvre.



A. SON ORIGINE. — Le Messie sera de la race d'Abraham (Gen. xii) et de la famille de David (II Sam., vii).



B. SA NAISSANCE. — 1. La date. Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda (Gen., xlix, 10) : voilà déjà une indica­tion très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles206 avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» (Dan., ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approxi­matif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusa­lem. — 2. Le lieu. Le Messie doit naître à Bethléem, d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » (Michée, v, 2). — 3. Le carac­tère miraculeux de sa naissance : « Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Em­manuel. »

C. SES FONCTIONS. — Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera roi ; comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu (Ps., ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle (Is., xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » (Is., ix, 5). — 2. Le Messie sera prêtre. Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens doc­teurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera prophète (Deut., xviii, 15 ; Is., lxi, 1).



D. LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — Nous le trouvons décrit en entier dans la seconde partie d'Isaïe, dans quelques passages de Zacharie et dans quelques psaumes, en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le serviteur de Dieu qui sau­vera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de con­sommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humilia­tions : il sera trahi par l'un des siens (Ps., xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent (Zach., xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple (Ps., xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage (Ps., lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort (Ps., xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance (Zach., xii, 10). Mais les humilia­tions du Christ seront suivies de sa glorieuse résurrection et de son ascen­sion ; son corps ne sera pas livré à la corruption (Ps., xv, 10) ; il ressusci­tera le troisième jour (Osée, vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la mon­tagne des Oliviers (Zach., xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).

Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.




205 Il convient de remarquer que les deux termes Envoyé et Messie qui, dans le lan­gage courant, sont employés indistinctement l'un pour l'autre, ne sont pas en réalité des termes équivalents. Le mot Messie, transcription de l'hébreu Meschiah, et synonyme du mot grec Christos, signifie : oint, sacré, de sorte que, quand nous disons Messie, nous voulons désigner un personnage oint, sacré par Dieu, et non pas un Envoyé.



206 Les rationalistes prétendent que le livre de Daniel ne serait pas de Daniel ; il aurait été composé beaucoup plus tard. La chose importe peu, puisque aussi bien Ils reconnaissent que le livre est antérieur à l'ère chrétienne, au moins de deux siècles, et que par conséquent il y a eu prophétie. Et comment pourraient-ils ne pas le reconnaître? Sans compter qu'il est rapporté, dans l'Évangile, que Notre-Seigneur cite la prophétie de Daniel lorsqu'il annonce que l'abomination de la désolation doit fondre sur Jérusa­lem (Mat., xxiv, 15), il est bien certain que les Juifs n'auraient jamais inscrit le livre de Daniel parmi leurs livres sacrés, s'il avait été composé après l'Évangile.





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Message par Rémi le Jeu 12 Avr 2012 - 16:42

Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus.



250. — Or les prophéties messianiques, dit la mineure de l'argument prophétique, se sont réalisées dans la personne et dans l’œuvre de Jésus.



1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques. — Jésus est-il bien l’Envoyé annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa personne tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de l'origine, de la naissance, des fonctions et de la manière dont l'œuvre messianique devait être accomplie.



A. SON ORIGINE. — Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et de saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, fils de David »( Mat., ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» (Mat., xxi, 9, 15). — B. SA NAISSANCE. — Jésus est né : — 1. au temps marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au lieu indiqué et de la manière prédite (Luc, i, 34 ; ii, 1, 7). — C. SES FONCTIONS. — Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de roi. Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde (Jean, xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs (Mat., xviii, 18) ; — 2. de prêtre. Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de prophète. Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'oc­casion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).



D. MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. — L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.



251. — 2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques. — Est-il vrai que Jésus a établi le royaume attendu et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas éta­bli le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spiri­tuelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la manière que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu Israël pour intermédiaire, comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chré­tienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des obser­vances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo (Jér., vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins répandue par tout l’univers et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.

Avant de conclure, nous avons à nous demander si les oracles qui annon­çaient le Messie remplissent les conditions de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — a) Ils étaient d'abord des prédic­tions certaines, et non conjecturales. La preuve en est que l'attente mes­sianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — b) Ils étaient l'annonce de choses futures. Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avène­ment de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ne pouvaient être connues par des causes naturelles. Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fonda­teur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.

Conclusion. — Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'An­cien Testament de véritables prophéties messianiques ; et — 2. que Jésus les a réalisées dans sa personne et dans son œuvre, si bien qu'on peut accep­ter cet adage connu de l'École :

Novum Testamentum in Veteri latet.

Vetus Testamentum in Novo latet.

Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.207




207

L'on remarquera que nous n'avons fait usage, dans l'argument prophétique, que des textes qui peuvent être entendus au sens littéral, mais il y en a beaucoup d'autres que l'exégèse chrétienne a toujours considérés comme formant des prophéties spiri­tuelles ou figuratives, dominée qu'elle a toujours été « par ce principe que toute l'éco­nomie de la Loi était figurative de l'ordre futur, que les personnages, les institutions, les usages d'antan étaient des symboles, des types, des ombres, de ce qui devait se réali­ser dans l'avenir... Les apologistes ont donc le droit de voir dans les interventions de Dieu au cours de l'histoire juive, le prélude des interventions futures et dans les grandes âmes de l'Ancien Testament les figures de celles du Nouveau, et en particulier de celle qui devait dominer toutes les autres, et dans les vieux rites mosaïques eux-mêmes l'ombre des augustes réalités de l'ordre nouveau» (Touzard)






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Message par Rémi le Ven 13 Avr 2012 - 19:38

252. — Objections. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la doctrine de l'évolution pour dépouiller les prophéties de tout caractère surnaturel. Dans leur hypo­thèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une évolution de la pensée dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’apparition soudaine du prophétisme, sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la concep­tion du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils pas­sèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triom­pher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domine­raient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascen­dant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande espérance qu'on appelle l’idée messianique. Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.



Réponse. — La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son point de départ et à son point d'arrivée.



1. AU POINT DE DÉPART, elle suppose que l'origine du mono­théisme s'explique par des causes naturelles. Or ceci est en contradiction avec les faits. — 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Sei­gneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » (Amos, vii, 15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( Jér., i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en voyants et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) Il n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annon­çant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.



2. LE POINT D'ARRIVÉE de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circu­lation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une idée-force qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle efferves­cence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore contraire à l'histoire. Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume mes­sianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expli­quer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’idée ne progresse pas ; au lieu de se développer et de se préciser, elle dévie de la pensée des prophètes. Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'obser­vances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les pro­phètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.

Concluons donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la révélation divine.



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Message par Rémi le Dim 15 Avr 2012 - 0:38

253. — 2° Mais si tant est, objectent encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.



Réponse. — Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que l'élément spirituel qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — b) Quant à l’élément temporel, il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un élément secondaire dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de servir de cadre à l'élément spirituel. I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destina­taires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remar­quer que les promesses de Dieu concernant la félicité terrestre et le réta­blissement du royaume d'Israël, ont toujours été conditionnelles. Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.



254. — 3° Si les prophéties avaient été claires, les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.



Réponse- — Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persé­cuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.

Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la con­ception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.

Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'ad­miration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison. »208



BIBLIOGRAPHIE. — Touzard, art. La religion juive (Dict. d'Alès) ; Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament (Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; L'argument prophétique (Bloud). — Abbé de Broglie, Questions bibliques ; Les prophéties messia­niques (Bloud). — S. Protin, L'argument prophétique (Rev. Augustinienne, 15 octo­bre 1909). — Mgr Pelt, Histoire de l'Ancien Testament (Lecoffre). — Mgr Meignan, Les Prophètes d'Israël et le Messie. — Condamin, Le livre d'Isaïe (Lecoffre). — Lagrange, Le Messianisme chez les Juifs (Gabalda). — Le Hir, Les prophètes d'Israël. — Mgr Freppel, La divinité de Jésus-Christ (Palmé). — Abbé Frémont, La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée (Bloud). —Hugueny, Critique et catho­lique (Letouzey). — Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, 2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, Introduction au dogme catholique, 16e et 17e conférences. —A. Nicolas, Études philosophiques sur le christianisme, t. II (Vaton). — Tanquerey, Théologie fondamentale. — Valvekens, Foi et raison (de Meester).




208 « N'est-ce pas ce qui se passe encore de nos jours ? continue l'abbé de Broglie (Les prophéties messianiques, seconde conférence). Que de difficultés, que d'objections contre la foi sont venues de ce que, pareils en cela aux Juifs obstinés, nous nous étions fait de la religion une conception qui n'était pas la conception de Dieu ! Bien des per­sonnes avaient rêvé une Église dégagée de tout lien terrestre ; lorsqu'elles ont vu qu'afin de pourvoir aux besoins des ministres et du culte on demandait de l'argent, elles ont abandonné une société qui ne répondait pas à leur idéal. D'autres ont imaginé une Église dont la sainteté exclurait de ses adeptes et de ses ministres toute faute, toute imperfection. Là où ils rencontrent le moindre scandale, ils ne reconnaissent plus l'Église et ils s'en vont.

« Pour d'autres, c'est la Providence qui est en cause. Dieu est juste : donc il doit châtier les méchants, il doit récompenser les bons. S'il ne le fait pas immédiatement, Dieu a tort, il n'y a pas de Dieu.

« Ou bien : Dieu est bon, donc il ne doit imposer aux hommes qu'une certaine mesure d'épreuves. Si la mesure leur parait dépassée, Dieu n'est pas bon, et, en conséquence, Dieu n'est pas. C'est imiter la conduite des Juifs, c'est se former soi-même une certaine conception de Dieu, de sa Providence, de sa religion et de son Église, s'obstiner dans cette conception, et tout lui sacrifier. Et, s'il arrive que Dieu ne se plie pas à nos désirs, a notre conception, on donne tort a Dieu.

Qu'ont fait les Apôtres? Ils ont reconnu, ils ont senti, à un certain jour, que Jésus-Christ était le Messie, et dès qu'ils eurent reconnu cette autorité divine du Messie, ils se remirent entre ses mains. Ils ont accepté tout ce qu'il voulait, même ce qui leur répugnait le plus et qu'ils comprenaient le moins, même l'idée que le roi glorieux d'Is­raël, le fils de David qui devait régner sur les douze tribus, et sur toutes les nations, serait cloué sur un gibet. »

Bien que ce passage soit indépendant de l'argument prophétique, il nous a paru intéressant de le citer à cause de son caractère apologétique d'application quotidienne.






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Message par Rémi le Lun 16 Avr 2012 - 15:28

Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection.



DÉVELOPPEMENT

Division du Chapitre.



Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démon­trer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les prophéties ; 2° les miracles ; et 3° le miracle suprême de sa résurrection. Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.



Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties.



Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les pré­dictions qu'il a faites se soient réalisées ; 2° que ces prédictions remplissent les conditions de la vraie prophétie ; et 3° qu'elles aient été faites en confir­mation de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.



§ 1. — JÉSUS A FAIT DES PRÉDICTIONS QUI SE SONT RÉALISÉES.



255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à lui-même ;. — 2° à ses disciples ; — 3° aux destinées de l'Église et des Juifs ; — 4° à la ruine de Jérusalem et du temple et à la fin du monde.



1° Relativement à lui-même. — Jésus a prédit sa passion, sa mort et sa résurrection. Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jé­rusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (Marc, x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.



256. — 2° Relativement à ses disciples. — Jésus a prédit la trahison de Judas, la fuite des Apôtres et le triple reniement de Pierre. Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pen­dant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois (Mat., xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les persécutions qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs syna­gogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. » (Mat., x, 17, 18). — Jésus prédit à Pierre son futur martyre, et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » (Jean, xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.



257, — 3° Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. — a) DESTINÉE DE L'ÉGLISE. — Jésus annonce : — 1. La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres et l'admirable propagation de l'Église. Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » (Actes, i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre (Mat., xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’indéfectibilité. Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (Mat., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'éta­blir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) DESTINÉE DES JUIFS. Jésus prédit le rejet de la synagogue et le châtiment des Juifs. A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (Mat., xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.



258. — 4° Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. — Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde (Mat, xxiv ; Marc, xiii ; Luc, xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arrive­ront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (Mat, xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.



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Message par Rémi le Mar 17 Avr 2012 - 14:17

§ 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties.

Objection.



259. — 1° Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. — Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les conditions de la prophétie. Elles sont, en effet : — a) des prédictions certaines, et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de choses futures. Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Évan­gélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoi­gnage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ne pouvaient être connues par des causes naturelles: il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes objectent, il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pou­vait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admis­sible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les détails de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?



260. — 2° Objection. — A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — a) D'un côté, ils prétendent que la prophétie sur la ruine de Jérusalem est l’œuvre des Évangélistes qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) De l’autre, s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (Mat., xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que Jésus a commis une erreur manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie209, comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.



Réponse. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — a) Quant à la première attaque qui porte sur l’ensemble du passage et qui accuse les Evangélistes d'avoir forgé eux-mêmes la prophétie, elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes en présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confu­sion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe (Hist. eccl., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se souvinrent de la prédiction de Jésus, lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.

b) Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné la fin du monde comme imminente, et que par conséquent il a commis une erreur, elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du juge­ment n'est connu de personne, sauf de Dieu (Mat., xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations (Mat., xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « Cette génération ne passera pas... » doivent s'entendre de la destruction de Jéru­salem, et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.



Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal com­prises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simple­ment ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigi­lance et à la fidélité. » (Art. Fin du monde. Dict. d'Alès.)210



209 Le mot parousie (du grec « parousia » présence) est synonyme d'avènement (adventus, venue). Tous les deux désignent le glorieux avènement de Jésus-Christ aux derniers jours du monde.



210 Pour l'interprétation des textes de saint Pierre (I Pet., i, 6 ; II Pet., iii, 9, 15) et de saint Paul (I Thess., iv, 15-17 ; II Thess., i, 6, 7 ; I Cor., vii, 29-31 ; iv, 51, 53 ; Rom., xiii, 11, 12 ; Heb., x, 25, 37) qui semblent annoncer le jour de la Parousie comme prochain, la Commission Biblique, dans sa décision du 18 juin 1915, a énoncé les principes suivants :

1er Principe. — Pour résoudre les difficultés qui se rencontrent dans les épîtres de saint Paul et des autres apôtres où il est question de la Parousie, c'est-à-dire du second avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n'est pas permis à un exégète catholique d'affirmer que les Apôtres, bien que sous l'inspiration du Saint-Esprit ils n'enseignent aucune erreur, émettent néanmoins leurs propres opinions tout humaines ou peut se glisser l'erreur ou l'illusion.

2e Principe. — L'apôtre saint Paul n'a absolument rien dit, dans ses écrits, qui ne concorde parfaitement, en ce qui concerne l'époque de la Parousie, avec cette ignorance dont le Christ a dit qu'elle était commune à tous les hommes.

3e Principe. — Quand saint Paul a écrit : « Nous les vivants qui sommes restés » (I Thess., iv, 15), il n'a voulu, en aucune façon, affirmer une Parousie tellement pro­chaine qu'il se soit rangé, lui et ses lecteurs, au nombre des fidèles qui seront alors vivants et iront au devant du Christ... (V. L'Ami du Clergé, 6 mai 1920)





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