Le chrétien honnête-homme 17 eme siècle ( Belgique –Pays-Bas autrichiens)

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Message par MichelT le Lun 30 Juin 2014 - 3:00

Le chrétien honnête-homme  17 eme siècle ( Belgique –Pays-Bas autrichiens)

Le Chrétien honnête-homme – ou l`Alliance des devoirs de la vie chrétienne et les devoirs de la vie civile – par l`abbé de Bellegarde.

Pais-bas autrichiens ( Belgique) – ( extraits)

Chapitre 1 – Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. ( Luc 20,25)

En ce passage de l`Évangile, que St-Luc  exprime en si peu de paroles, renferme l`abrégé de la Doctrine et de la Morale de Jésus-Christ, et présente du premier coup d`œil, l`idée ou la substance de tout ce qui est contenu dans cet ouvrage. Jésus-Christ a réuni en deux points toute la perfection de son Évangile, quand il a dit, qu`il faut aimer Dieu par-dessus toute choses, et le prochain comme soi-même.  Rendez à Dieu ce qui est à Dieu; rendez à César ce qui est à César. Voilà donc en peu de mots tous les devoirs du Chrétien honnête-homme, qu`on a choisi pour en faire le sujet de cet ouvrage.

L`homme Chrétien fait son capital et met sa principale application à remplir fidèlement tous les devoirs qui regardent Dieu et son Culte; l`honnête-homme s`étudie à remplir tous les devoirs de  son métier, de son état, de son pays. Tout ce qui a rapport au culte de Dieu nous doit être respectable, à cause de cette Majesté suprême, dont l`idée nous remplit de vénération et de terreur. D`un autre côté, comme tous les Hommes sont les membres d`une République civile et politique, ont encore d`autres obligations pour mériter l`estime et l`amitié de leurs semblables et pour vivre toujours dans une parfaite intelligence.

Jésus-Christ a établi dans son Évangile une Maxime qui semble détruire tout le système que je me suis proposé; car il dit nettement et en terme exprès, «qu`il est impossible, de plaire à Dieu et au Monde»; ce sont deux Maitres dont le service est tout-à-fait différent, et presque entièrement incompatible. Il est vrai que ce n`est pas assez d`être honnête-homme selon les idées du monde ( de la société), pour mériter les vrais biens et la possession de la Gloire que Dieu a promise aux Chrétiens qui garderaient sa Loi avec une inviolable fidélité : il faut pour cela aimer Dieu d`un amour de préférence, qui le mette dans notre esprit, et dans notre Cœur au-dessus de toutes choses. Quand on est dans une telle disposition a l`égard de Dieu, on peut avoir pour les hommes des sentiments favorables, et leur rendre de bons offices qui méritent leur reconnaissance et leur estime.

Il est vrai que le caractère d`honnête-homme, précisément selon les idées à la mode, n`est pas incompatible avec certains vices que la religion condamne absolument, et que Dieu punira sans miséricorde. Un homme qui sait se venger, et qui pousse une affaire avec vigueur, un ambitieux qui sacrifie a la Fortune; un autre engagé dans certains commerces; tous ceux-là ne sont point dégradé dans la société du caractère de gens honorables; mais Dieu a des idées toutes contraires. En un mot, ce n`est pas assez d`être vertueux comme Socrate, Épictète, ou Caton, quoique ce fussent de fort honnêtes gens à leur mode. Il n`y a de véritables vertus que dans le christianisme; les vertus que les païens pratiquaient étaient gâtées par les motifs; tout se faisait par vaine gloire et par ostentation; on ne se soutient pas longtemps par des motifs purement humains; ce n`est que dans l`École de Jésus-Christ qu`on peut puiser les sentiments d`une parfaite probité; c`est lui qui nous apprend, et qui nous donne la force de remplir nos Devoirs envers Dieu et les hommes. C`est aussi ce que j`ai entrepris d`examiner en détail dans la suite de cet ouvrage : rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.


Chapitre 6 –  De la crainte et de l`amour de Dieu

La Crainte et l`Amour, sont les deux principaux ressort qui agissent avec le plus de force, et de succès sur le cœur des Hommes et qui produisent tant de mouvements divers dont leur vie est agitée. Dieu, pour se conformer aux dispositions naturelles du cœur humain, et aux inclinations des hommes, se sert de deux motifs très pressants, pour les engager à l`observation de Sa Loi; la Crainte et l`Espérance.  D`un côté il nous propose une vie et une félicité éternelle, si nous avons le courage de nous assujettir, pendant le cours de notre vie, à faire ce qu`il nous «commande». D`un autre coté il nous menace de nous punir par des tourments éternels, si nous violons Sa Loi, pour nous laisser aller à nos tendances vicieuses, et aux désirs corrompus de la concupiscence.

Il y a entre Dieu et nous une espèce de «contrat», par lequel il s`oblige de nous donner la Vie éternelle, pourvu que nous observions Sa Loi; cette condition est essentielle; nous menaçant de nous punir très sévèrement si nous y manquons, et si nous sommes assez ennemis de nous-mêmes pour négliger le bonheur qu`il nous promet, pour la récompense et le prix de notre fidélité et de nos vertus; c`est à nous d`y voir.

La Crainte et l`Amour de Dieu sont comme la base et le fondement de la Piété Chrétienne. La Crainte nous retient, et nous empêche de ne rien faire qui puisse déplaire à Dieu : l`Amour nous porte a tout ce qui peut lui plaire; car quand on aime on ne trouve rien de difficile. Inspirez-nous Seigneur, les sentiments d`une crainte filiale, qui nous retienne dans notre devoir, comme des enfants qui craignent de déplaire à leur Père. Remplissez de votre  amour nos cœur, afin que vous aimant par-dessus toutes choses, nous ne soyons occupez que de vous, et que nous vous soyons toujours fidèles.

De quoi nous sert de croire en Dieu, si nous le déshonorons par le non-respect de Sa Loi? Il ne suffit pas de croire, pour être sauvé; il faut ajouter à cette créance une pratique exacte et fidèle des commandements du Seigneur. L`Essence de la Religion consiste à aimer Dieu et le prochain; il n`y a aucune excuse ni aucun prétexte vraisemblable, qui puisse nous en dispenser. L`Ordre demande que ce qui est de plus grand, de plus parfait, et de plus estimable, ait la première place dans notre esprit et dans notre cœur. Comme l`Amour du monde et de nous-mêmes nous éloigne de Dieu, il faut que la Charité nous en rapproche, en renonçant de tout notre cœur a ce que nous avons aimé contre les défenses de Dieu.

Nous sommes obligez en vertu du précepte de l`Amour que nous devons à Dieu, de prendre la défense de Sa Gloire, de nous opposer à ce qui pourrait blesser son Honneur, même au péril de perdre la faveur de personnes que nous honorons, et dont nous attendons des bienfaits. Cet Amour dominant nous est commandé comme un moyen nécessaire pour obtenir la vie Éternelle.

C`est un signe d`un véritable Amour de Dieu, quand on a de la douleur de l`avoir offensé. Au contraire l`indolence que l`on témoigne, en voyant des pécheurs violer la Loi de Dieu impunément est un signe certain d`une grande tiédeur et du peu de part que nous prenons a Sa Gloire. Nous devrions du moins avoir pour l`Honneur de Dieu le même zèle que nous avons pour nos propres intérêts. Quand on nous offense personnellement, que ne fait-on point pour repousser l`injure? Quelles plaintes contre ceux qui nous ont offensés?

Dieu ne peut souffrir le partage de ces cœurs tièdes et ingrats, qui ne lui donnent que le rebut, quelques restes d`une vieillesse languissante, et les derniers soupirs d`une vie passée dans le crime. Ce sont des sacrifices pareils à celui de Caïn, qui attirèrent sur lui l`indignation de Dieu, et qui furent peut-être la première source et le principe de la réprobation de ce malheureux.


C`est un Oracle du St-Esprit que la «crainte de Dieu est le commencement de la Sagesse» elle contient les hommes dans  de juste bornes, et les empêche de sortir et de s`écarter des règles de leur devoir. La Crainte de Dieu inspire du respect pour toutes les choses saintes, et pour tout ce qui peut avoir quelques rapports avec la Religion. Quand on a eu le malheur de s`oublier en quelque chose, cette crainte salutaire nous rappelle à nous-mêmes, et nous fait rentrer dans notre devoir.

Ce serait une grande présomption très mal fondée, que de se croire exempt de tout péché. Quelque attention que l`on ait sur soi, de quelques précautions que l`on se serve, on a toujours bien des fautes à se reprocher : ainsi l`on doit toujours être en crainte, et tacher efficacement d`apaiser la colère de Dieu, par des satisfactions proportionnées à la malice de nos œuvres. Bien loin de nous plaindre de la rigueur de la Pénitence, nous devrions bien plutôt admirer et louer la souveraine bonté de Dieu, qui nous donne les temps et les moyens de retourner a Lui et d`expier nos péchés. Il pourrait en rigueur de Justice nous punir au moment que nous l`offensons.

Si vous voyons maintenant comme dans l`Ancienne Loi ( Ancien Testament) , de fréquents et terribles exemples des vengeances de Dieu, qui exterminait sur le champ les Prévaricateurs de sa Loi; peut-être vivrions –nous avec plus de crainte et de respect pour Dieu et Ses Commandements : nos actions seraient faites avec plus de réserve et de retenue; ou quand nous aurions eu la malheur de tomber dans la disgrâce de Dieu, nous ne croupirions pas des années entières dans  un état si déplorable.

C`est à tort que des gens se plaignent de la rigueur et de l`austérité de la Pénitence. Si un ennemi, après avoir reçu de grands outrages, pardonnait de bon cœur à celui qui l`aurait offensé, pourvu qu`il en témoigne de la douleur, et qu`il se repente sincèrement de ses mauvais procédés, pourrait-on se plaindre de sa conduite?
Voilà comme Dieu en use a notre égard. Il a compassion de nos faiblesses, pourvu que nous fassions tous nos efforts avec Sa Grace pour nous relever de nos chutes, et que nous ne nous endurcissions pas dans nos mauvaises habitudes.

La Crainte de Dieu nous  réveille, et nous retire de ce funeste engourdissement; elle nous empêche de consentir aux sollicitations que l`on nous fait contre notre conscience et notre devoir. La plus forte et la dernière des raisons que l`on puisse apporter à ceux qui nous sollicitent, de faire quelque mauvaises actions, c`est de leur dire; que Dieu le défend. On ne sait quelquefois quoi répondre à des gens qui abusent de la complaisance qu`on a pour eux, et qui veulent nous rendre complices de leurs mauvaises actions : Ce que vous me proposez est contre la Loi de Dieu; voilà une excuse et une raison qui ne souffre pas de réplique.
Nous devenons coupables envers Dieu, non seulement par les péchés que nous commettons nous-mêmes : mais aussi par ceux des autres, quand nous les avons induits (poussés) au péché.
Voilà pourquoi les personnes exposées à la vue de tout le monde, les Maitres, les Peres de famille, doivent se comporter avec de grandes précautions, de peur de scandaliser les faibles; c`est ce que le Roi David voulait dire lorsqu`il priait Dieu de lui pardonner – les péchés d`autrui - , dont il avait été l`occasion.

Le doute ou sont plusieurs sur le succès de leur salut, et la crainte qu`ils ont de tomber entre les mains d`un Dieu vengeur, ne les fait point changer de conduite. Ils déplorent sans cesse leur misère, et ne font rien pour en sortir : leurs maux sont extrêmes : ils ont en main un remède efficace et ils négligent de le prendre. Ne vous y trompez pas, dit l`Apôtre en écrivant aux Galates, on ne se moque point de Dieu : car chacun recueille ce qu`il aura semé, c`est-à-dire que il sera puni ou récompensé selon ses œuvres.

C`est le dernier excès de folie que d`offenser et d`outrager à ses yeux, un Être tout-puissant, et qui est toujours en état de se venger. Que dirait un particulier, qui aurait l`audace d`aller seul et sans secours, attaquer dans son palais un grand Roi, entouré de gardes et de soldats?
Ce serait-ce pas s`exposer de façon téméraire a une mort certaine? Voilà pourtant ce que font tous les jours de faibles hommes, qui ne sont points retenues par la Crainte de Dieu.

L`Apôtre nous apprend, que nous sommes entre les mains de Dieu, comme un peu d`argile entre les mains du Potier, qu`il façonne a sa volonté, et qu`il destine pour servir à différents usages, selon qu`il le juge à propos; les plus beaux pour être placés sur des buffets, les autres sont destinez a des ministères moins honorables.
Dieu sait par sa divine prescience tout ce qu`il a résolu de faire de nous, chacun en particulier; mais il fera justice a tout le monde : de sorte que notre destinée dépend du bon et du mauvais usage que nous aurons fait de notre liberté pendant le cours de notre vie.

Contemplez toutes les Créatures qui vous environnent, vous verrez que tout est soumis à Dieu, a la réserve du cœur des méchants qui se révoltent contre Ses ordres, et qui abusent, pour l`offenser, de la liberté qu`il leur laisse, de choisir le bien ou le mal, afin qu`ils puissent mériter les récompenses qu`il leur destine pour le prix de leurs bonnes œuvres et de leur choix.
La première intention de Dieu en créant les Hommes, est d`être adoré, servi, aimé; pour les disposer à mériter une gloire immortelle. Mais dès le commencement du monde le péché effaça bientôt les idées du Vrai Dieu : de sorte que toutes les Nations qui devaient être l`héritage du Seigneur, devinrent en peu de temps par leur Idolâtrie la proie des anges déchus qu`elles adorèrent au préjudice de leur maitre légitime. Quoique l`idolâtrie soit maintenant moins répandu; on trouve encore des Nations entières qui ne connaissent pas la vrai Dieu.

Le sage Caton disait a ceux qui le consultait sur le culte et l`amour  que les hommes doivent a la divinité : Puisque Dieu est un pur Esprit, comme les oracles nous en assurent, vous devez le servir avec une grande pureté de cœur et d`esprit et l`honorer sur toutes choses, par reconnaissance pour les bienfaits que cet Être suprême, indépendant, premier Principe de tous les Êtres, répand sur vous a tous les moments de votre vie. C`est par lui, ajoutait ce sage Romain, que nous subsistons; car s`il cessait pour un moment de nous soutenir et de nous conserver, nous retomberions aussitôt dans le néant, dont sa main toute-puissante nous a tiré.

Ce n`est pas que Dieu ait besoin de nos hommages, ni qu`il soit plus heureux quand nous lui rendons, ou plus malheureux quand on lui refuse; mais c`est qu`il est juste que le Vassal reconnaisse son Maitre et son Souverain, et qu`il est juste qu`il y ait subordination entre le Créateur et sa créature.

(suite a suivre)

Chapitre VII – Des hommes et de leurs devoirs

Rendez à César ce qui est à César ( Extraits)

Il est bien plus difficile qu`on ne pense de s`acquitter exactement de toutes les obligations renfermées dans cette maxime, qui comprend en peu de paroles tous les Devoirs de la Vie Civile. Après avoir rendu à Dieu ce qu`on lui doit, dont on s`acquitte  envers lui par les exercices de la religion, et les sentiments d`un véritable Chrétien; il faut encore pour mériter le titre d`Honnête Homme et de rendre à nos pareils ce qu`ils ont le droit d`exiger de nous.

Tâche difficile : Les Hommes s`aiment trop; ils rapportent tout à ce point de vue; l`Amour propre qui ne songe qu`a soi, fait qu`on néglige assez volontiers les avantages et les intérêts d`autrui. L`Origine de l`homme est d`un côté très misérable et de l`autre très noble ce qui parait un paradoxe. Il a été formé du limon de la Terre : voilà qui marque la bassesse de sa naissance; mais il a été créé à l`image et ressemblance de Dieu; c`est ce qui le relève.

De sorte que l`homme est tout à la fois un assemblage de faiblesse, de force, de bassesse et de grandeur. Quel fonds de misères ne trouve-t-on pas dans l`homme? Que de ténèbres dans son esprit! Que d`extravagance dans ses imaginations! Quelle ardeur dans la recherche des plaisirs des sens! Quelle insensibilité pour les vrais biens! Quelle nonchalance pour ses devoirs essentiels! Quelle curiosité dans ses discours! Que d`infidélité dans ses promesses! Quel dérèglement dans ses mœurs! Quelle bizarrerie dans sa conduite! Quelle impétuosité dans ses emportements!

En un mot, quoi que l`homme soit raisonnable, s`il n`y prend bien garde, il ne fait guère usage de sa raison; ce n`est que caprice, qu`humeur, que légèreté, qu`inconstance. La plupart des hommes sont dans leur fonds un mélange de Vertus et de Vices; indéterminé au bien et au mal, ils se laissent aller, selon les bonnes ou mauvaises impressions que leur donnent la bonne ou mauvaise éducation et les différents caractères des gens qu`ils fréquentent.

En effet l`Esprit humain est susceptible de toutes sortes de formes; on le tourne au bien ou au mal selon les différents plis qu`on lui fait prendre; mais que l`on change avec peine, quand l`habitude s`est fortifiée et qu`elle a pris le dessus.

Le meilleur remède pour se guérir de ses mauvaises habitudes et de ses Passions, est de considérer avec soin le mauvais effet que ces mêmes Passions ont dans les autres. La vie des Hommes est un miroir, ou vous pouvez vous contempler pour régler votre conduite. Si vous êtes choqué des mauvaises manières, de l`humeur bourrue, des procédés désobligeants des personnes que vous fréquentés. Soyez persuadé que ces mêmes défauts, si vous les avez, font le même effet sur l`esprit des autres.

Fin

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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