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SERMON POUR LE JOUR DE NOËL - Jean-Baptiste Massillon - 17 ème siècle

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SERMON POUR LE JOUR DE NOËL - Jean-Baptiste Massillon - 17 ème siècle  Empty SERMON POUR LE JOUR DE NOËL - Jean-Baptiste Massillon - 17 ème siècle

Message par MichelT le Mar 12 Jan 2021 - 19:11

SERMON POUR LE JOUR DE NOËL - Jean-Baptiste Massillon - 17 ème siècle  20cbe8d5

SERMON POUR LE JOUR DE NOËL.

(un extrait abrégé du sermon de Massillon devant le Roi de France au 17 eme siècle)

Source : Oeuvres de Massillon – Paris – 1817

Jean-Baptiste Massillon, (1663 à 1742) (France) est un homme d'Église français, évêque de Clermont en Auvergne.

Je viens vous apporter une nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une
grande joie; c'est qu'aujourd'hui il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. (Luc. 2,10)


SIRE,

Voila en effet la grande nouvelle que le monde attendait depuis quatre mille ans : voilà le grand événement que tant de Prophètes avaient prédit; que tant de cérémonies avaient figuré; que tant de Justes avaient attendu, et que toute la nature semblait promettre, et hâter par la corruption universelle répandue sur toute chair : voilà le grand bienfait que la bonté de Dieu préparait aux hommes, depuis que l'infidélité de leur premier père les eut tous assujettis au péché et à la mort. (Genèse 2,17)

Le Sauveur, le Christ, le Seigneur, paraît enfin aujourd'hui sur la terre. Les nuées enfantent le Juste; l'étoile de Jacob se montre à l'Univers : le sceptre est sorti de Juda, et celui qui devait venir est arrivé : les temps mystérieux sont accomplis : le Seigneur a fait paraître le signe promis à la Judée : une Vierge a conçu et enfanté, et de Bethléem sort le conducteur qui doit instruire et régir tout Israël. Quels nouveaux biens, Chrétiens, cette naissance n'annonce-t-elle pas aux hommes ! Elle n'aurait pas été durant tant de siècles annoncée, attendue, désirée; elle n'aurait pas fait la religion de tout un peuple, l'objet de toutes les prophéties, le dénouement de toutes les figures, l'unique fin de toutes les démarches de Dieu envers les hommes, si elle n'avait été la plus grande marque d'amour qu'il pouvait leur donner. Quelle nuit heureuse que celle qui vient de présider à cet enfantement divin ! elle a vu la lumière du monde luire dans ses ténèbres : les cieux en retentissent de joie et de cantiques d'actions de grâces.

Mais pour entrer dans les transports d'allégresse que cette naissance répand dans le ciel et sur la terre, il faut participer aux bienfaits qu'elle vient nous apporter. La joie commune n'est fondée que sur le salut commun qui nous est offert ; et si, malgré ce secours, nous nous obstinons encore à périr, l’Église pleure sur nous, et nous mêlons le deuil et la tristesse à la joie que lui inspire une si heureuse nouvelle. Or, quels sont les bienfaits inestimables que cette naissance vient apporter aux hommes ? Les Esprits célestes (Anges) eux-mêmes viennent l'apprendre aujourd'hui aux bergers: elle vient rendre la gloire à Dieu, et la paix aux hommes : et voilà tout le fond de ce grand mystère développé : à Dieu, la gloire que les hommes avaient voulu lui ravir ; aux hommes, la paix qu'ils n'avaient cessé de se ravir à eux-mêmes. Implorons, - Ave, Maria.

PREMIÈRE PARTIE.

L'Homme n'avait été placé sur la terre, que pour rendre à l'auteur de son être, la gloire et l'hommage qui lui étaient dus. Tout le rappelait à ces devoirs; et tout ce qui devait l'y rappeler, l'en éloigna. Il devait à sa majesté suprême son adoration et ses hommages; à sa bonté paternelle, son amour; à sa sagesse infinie, le sacrifice de sa raison et de ses lumières. Ces devoirs, gravés dans le fond de son coeur, et nés avec lui, lui étaient encore sans cesse annoncés par toutes les créatures : il ne pouvait ni s'écouter lui-même, ni écouter tout ce qui était autour de lui, sans les retrouver. Cependant il les oublie; il les efface de son coeur. Il ne vit plus dans l'ouvrage, l'honneur et le culte qui était dû à l'ouvrier souverain ; dans les bienfaits dont il le comblait, l'amour qu'il devait à son bienfaiteur; dans les ténèbres répandues sur les effets mêmes de la nature, l'impossibilité de sonder, à plus forte raison, les secrets de Dieu, et la défiance où il devait vivre de ses propres lumières.

L'idolâtrie rendait donc à la créature, le culte que le Créateur s'était réservé à lui seul : la Synagogue l’honorait des lèvres ; et l'amour qu'elle lui devait, se bornait à des hommages extérieurs, qui n'étaient pas dignes de lui : la Philosophie s'égarait dans ses pensées ; mesurait les lumières de Dieu à celles de l'homme, et croyait que la raison qui se méconnaissait elle-même, pouvait connaître toute vérité : trois plaies répandues sur toute la face de la terre. En un mot, Dieu n'était plus connu ni glorifié, et l'homme ne se connaissait plus lui-même.

Et premièrement, à quels excès l'idolâtrie n'avait-elle pas poussé son culte profane ? La mort d'une personne chère l’érigeait bientôt en divinité ; et ses viles cendres, sur lesquelles son néant était écrit en caractères si ineffaçables, devenaient elles-mêmes le titre de sa gloire et de son immortalité. L'amour conjugal se fit des dieux ; l'amour impur l'imita, et voulut avoir ses autels : l'épouse et l'amante, l'époux et l'amant criminels eurent des temples, des prêtres et des sacrifices. La folie, ou la corruption générale adopta un culte si bizarre et si abominable ; tout l'Univers en fut infecté ; la majesté des lois de l'Empire romain l'autorisa ; la magnificence des temples, l'appareil des sacrifices, la richesse immense des simulacres rendirent cette extravagance respectable. Chaque peuple fut jaloux d'avoir ses dieux ; au défaut de l'homme, il offrit de l'encens à la bête : les hommages impurs devinrent le culte de ses divinités impures ; les villes, les montagnes, les champs, les déserts en furent souillés, et virent des édifices superbes, consacrés à l'orgueil , à l'impudicité, à la vengeance.

La multitude des divinités égala celle des passions ; les dieux furent presque aussi multipliés que les hommes : tout devint dieu pour l'homme; et le Dieu véritable fut le seul que l'homme ne connut point. Le monde était plongé depuis sa naissance presque, dans l'horreur de ces ténèbres : chaque siècle y avait ajouté de nouvelles impiétés. Plus les temps marqués du Libérateur approchaient, plus la dépravation semblait croître parmi les hommes. Rome  elle-même ; maîtresse de l'Univers, s'était soumise aux différents cultes des nations qu'elle avait subjuguées, et voyait s'élever au milieu de ses murs, les idoles diverses de tant de peuples soumis, qui devenaient plutôt les monuments publics de sa folie et de son aveuglement que de ses victoires.  Mais enfin, quoique toute chair eût corrompu sa voie, Dieu ne voulait plus faire pleuvoir sa colère sur les hommes, ni les exterminer par un nouveau déluge. Il voulait les sauver. Il avait mis dans le ciel le signe de son alliance avec le monde; et ce signe véritable n'était pas cet arc lumineux et grossier, qui paraît dans les nuées , c'était Jésus Christ son Fils unique, le Verbe fait chair, le sceau véritable de l'alliance éternelle, et la seule lumière qui vient éclairer tout le monde.

Il paraît aujourd'hui sur la terre, et rend à son Père la gloire que l'impiété d'un culte public avait voulu lui ravir. L'hommage que lui rend son âme sainte unie au Verbe, dédommage d'abord sa majesté suprême, de tous les honneurs que l'Univers lui avait jusques là refusés, pour les prostituer à la créature. Un adorateur Homme-Dieu rend plus de gloire à la divinité, que tous les siècles et tous les peuples idolâtres ne lui en avaient ôté : et il fallait bien que cet hommage fût agréable au Dieu souverain, puisque lui seul effaça l'idolâtrie de dessus la terre; fit tarir le sang des victimes impures, renversa les autels profanes; imposa silence aux oracles des démons (anges déchus); mit en poussière les vaines idoles; et changea leurs temples superbes, jusques-là les asiles de toutes les abominations, en des maisons d'adoration et de prière. Ainsi l'Univers changea de face : le seul Dieu inconnu dans Athènes même, et au milieu des villes les plus célèbres par leur science et par leur politesse, fut adoré; le monde reconnut son auteur ; Dieu rentra dans ses droits : un culte digne de lui s'établit sur toute la terre, et il eut partout des adorateurs, qui l'adorèrent en esprit et en vérité.

Voilà le premier bienfait de la naissance de Jésus Christ et la première gloire qu'il rend à son Père. Mais, Chrétiens, ce grand bienfait est-il pour nous ? Nous n'adorons plus de vaines idoles ; un Jupiter incestueux, une Vénus impudique, un Mars vindicatif et cruel : mais Dieu en est-il plus glorifié parmi nous ? Ne mettons-nous pas à leur place la fortune, la volupté, la faveur du maître, le monde avec tous ses plaisirs ? car tout ce que nous aimons plus que Dieu, nous l'adorons ; tout ce que nous préférons à Dieu , devient notre Dieu lui-même ; tout ce qui fait le seul objet de nos pensées, de nos désirs et de nos affections, de nos craintes et de nos espérances , fait aussi tout notre culte; et nos dieux sont nos passions auxquelles nous sacrifions le Dieu véritable.

Voilà comment nous ravissons encore à Dieu la gloire que la naissance de Jésus Christ lui avait rendue. Elle nous avait appris à sacrifier au mystère incompréhensible de sa manifestation dans notre chair, nos propres lumières, et à ne plus vivre que de la foi; elle avait fixé les incertitudes de l'esprit humain, et l'avait ramené des égarements et des abîmes où la raison l'avait précipité, à la voie de la vérité et de la vie et nous l'abandonnons, et, sous l'empire même de la foi, nous voulons marcher encore comme autrefois, sous les étendards, si j'ose parler ainsi, d'une faible raison : les mystères de la religion qui nous passent, nous révoltent : nous réformons tout; nous doutons de tout ; nous voulons que Dieu pense comme l'homme. Sans perdre entièrement la foi, nous la laissons affaiblir au dedans de nous; nous n'en faisons aucun usage : et c'est cet affaiblissement de la foi, qui a corrompu les moeurs; multiplié les vices; allumé dans tous les cœurs l'amour des choses présentes; éteint l'amour des biens à venir; mis le trouble, la haine, la dissension.  Mais non-seulement la naissance de Jésus Christ rend à Dieu la gloire que les hommes avaient voulu lui ravir; elle rend encore aux hommes la paix qu'ils n'avaient cessé de se ravir à eux-mêmes : Et paix sur la terre aux hommes qu`il agrée! (Luc 2, 14).

SECONDE PARTIE.

Une paix universelle régnait dans tout l'Univers, quand Jésus Christ, le Prince de la Paix (Isaïe 9, 6), parut sur la terre; toutes les nations, soumises à l'Empire Romain, portaient paisiblement le joug de ces maîtres orgueilleux du monde; Rome elle-même, après des dissensions civiles qui avaient dépeuplé ses murs, répandu ses proscrits dans les îles et dans les déserts, et inondé l'Asie et l'Europe du sang de ses citoyens, respirait de l'horreur de tous ces troubles; et, réunie sous l'autorité d'un César Auguste, elle trouvait, dans sa servitude, la paix dont elle n'avait jamais pu jouir dans sa liberté.

L'Univers était donc paisible, mais ce n'était là qu'une fausse paix. L'homme , en proie à ses passions injustes et violentes, éprouvait au dedans de lui-même la guerre et la dissension la plus cruelle : éloigné de Dieu, livré aux agitations et aux fureurs de son propre coeur; combattu par la multiplicité et la contrariété éternelle de ses penchants déréglés, il ne pouvait trouver la paix, parce qu'il ne la cherchait que dans la source même de ses troubles et de ses inquiétudes. Les Philosophes s'étaient vantés de pouvoir la donner à leurs disciples; mais ce calme universel des passions qu'ils promettaient à leur Sage, et qu'ils annonçaient avec tant d'emphase, en pouvait réprimer les saillies, mais en laissait tout le venin et tout le tumulte dans le coeur.

C'était une paix d'orgueil et d'ostentation : elle masquait les dehors; mais, sous ce masque d'appareil, l'homme se retrouvait toujours lui-même. Jésus Christ descend aujourd'hui sur la terre pour apporter aux hommes cette paix véritable, que le monde jusques-là n'avait pu leur donner. Il vient porter le remède jusqu'à la source du mal ; sa divine philosophie ne se borne pas à donner de ces préceptes pompeux, qui pouvaient plaire à la raison, mais qui ne guérissaient pas les plaies du coeur; et comme l'orgueil, la volupté, les haines et les vengeances avaient été les sources fatales de toutes les agitations que le coeur de l'homme avait éprouvées, il vient lui rendre la paix en les tarissant par sa grâce, par sa doctrine et par son exemple.

Oui, Chrétiens, je dis que l'orgueil avait été la première source des troubles qui déchiraient le coeur des hommes. Quelles guerres, quelles fureurs, cette funeste passion n'avait-elle pas allumées sur la terre ! De quels torrents de sang n'avait-elle pas inondé l'Univers ! Et l'histoire des Peuples et des Empires, des Princes et des Conquérants, l'histoire de tous les siècles et de toutes les nations, qu'est-elle ? Que l'histoire des calamités dont l'orgueil avait, depuis le commencement, affligé les hommes. Le monde entier n'était qu'un théâtre lugubre, où cette passion hautaine et insensée donnait tous les jours les scènes les plus sanglantes. Mais ce qui se passait au dehors n'était que l'image des troubles que l'homme orgueilleux éprouvait au dedans de lui-même. Le désir de s'élever était une vertu, la modération passait pour lâcheté; un homme seul bouleversait sa patrie, renversait les lois et les coutumes, faisait des millions de malheureux, pour usurper la première place parmi ses citoyens; et le succès de son crime lui attirait des hommages; et son nom, souillé du sang de ses frères, n'en avait que plus d'éclat dans les annales publiques, qui en conservaient la mémoire ; et un scélérat heureux devenait le plus grand homme de son siècle.

Cette passion, en descendant dans la foule, était moins éclatante; mais elle n'en était pas moins vive et furieuse. L'homme ordinaire n'était pas plus tranquille que l'homme public; chacun voulait l'emporter sur ses égaux : l'Orateur, le Philosophe se disputaient, s'arrachaient la gloire, l'unique but de leurs travaux et de leurs veilles; et comme les désirs de l'orgueil sont insatiables, l'homme à qui il était alors honorable de s'y livrer tout entier, ne pouvant s'y fixer, ne pouvait aussi être calme et paisible. L'orgueil, devenu la seule source de l'honneur et de la gloire humaine, était devenu l'écueil fatal du repos et du bonheur des hommes.

La naissance de Jésus Christ, en corrigeant le monde de cette erreur, y établit la paix, que l'orgueil avait bannie de la terre. Il pouvait se manifester aux hommes avec tous les traits éclatants que les Prophètes lui avaient attribués; il pouvait prendre les titres pompeux de Conquérant de Juda, de Législateur des Peuples, de Libérateur d'Israël : Jérusalem, à ces caractères glorieux , aurait reconnu celui qu'elle attendait; mais Jérusalem ne voyait dans ces titres qu'une gloire humaine, et Jésus Christ vient la détromper, et lui apprendre que cette gloire n'est rien ; qu'une pareille attente n'eût pas été digne des oracles de tant de Prophètes qui l'avaient annoncé; que l'Esprit Saint, qui les avait inspirés, ne pouvait promettre que la sainteté et des biens éternels aux hommes; que tous les autres biens, loin de les rendre heureux, multipliaient leurs malheurs et leurs crimes; et que son ministère visible n'allait répondre aux promesses éclatantes qui l'annonçaient depuis tant de siècles, que parce qu'il serait tout spirituel, et qu'il ne se proposerait que le salut de tous les hommes.

Aussi il naît à Bethléem dans un état pauvre et abject; sans appareil extérieur, lui dont les cantiques de toute la milice du ciel (Anges) célébraient alors la naissance; sans titres qui le distinguent aux yeux des hommes, lui qui était élevé au dessus de toute principauté et de toute puissance; il souffre que son nom soit inscrit avec les noms les plus obscurs des sujets de César, lui, dont le nom était au-dessus de tout autre nom, et qui seul avait le droit d'écrire le nom de ses Élus dans le livre de l'éternité; des bergers simples et grossiers tout seuls viennent lui rendre hommage, lui, devant qui tout ce qu'il y a de grand dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, doit fléchir le genou : enfin, tout ce qui peut confondre l'orgueil humain est rassemblé dans le spectacle de sa naissance.

Si les titres, si l'élévation, si les prospérités avaient pu nous rendre heureux ici-bas, et mettre la paix dans notre coeur, Jésus Christ en aurait paru revêtu, et aurait apporté ces biens à ses disciples. Mais il ne nous apporte la paix qu'en les méprisant, et en nous apprenant à les mépriser nous mêmes ; il ne vient nous rendre heureux, qu'en venant réprimer les désirs qui jusques-là avaient formé toutes nos inquiétudes; il vient nous montrer des biens plus réels et plus durables, seuls capables de calmer nos coeurs, de remplir nos désirs, de soulager nos peines ; des biens que les hommes ne peuvent nous ôter, et qu'il suffit d'aimer et de désirer, pour être assuré de les posséder.

Cependant, cette paix heureuse, qui la goûte ? Les guerres, les troubles, les fureurs en sont-elles plus rares dans l'Univers depuis sa naissance ? les empires et les états qui l'adorent, en sont-ils plus paisibles ? l'orgueil, qu'il est venu anéantir, en met-il moins le tumulte et la confusion parmi les hommes ? Cherchez au milieu des Chrétiens cette paix qui devrait être leur héritage : où la trouverez-vous ? Dans les villes : l’orgueil y met tout en mouvement ; chacun veut monter plus haut que ses ancêtres ; un seul, que la fortune élève, y fait mille malheureux, qui suivent ses traces, sans pouvoir atteindre où il est parvenu. Dans l'enceinte des murs domestiques ? elle ne cache que des soins et des inquiétudes; et le père de famille, sans cesse occupé, agité, plus de l'avancement que de l'éducation chrétienne des siens, leur laisse pour héritage ses agitations et ses inquiétudes, qu'ils transmettront un jour eux-mêmes à leurs descendants  Dans le palais des Riches et des dirigeants ? mais c'est ici qu'une ambition démesurée ronge, dévore tous les coeurs ; c'est ici que, sous les dehors spécieux de la joie et de la tranquillité, se nourrissent les passions les plus violentes et les plus amères; c'est ici où le bonheur semble résider, et où l'orgueil fait plus de malheureux et de mécontents.

O paix de Jésus Christ ! qui surpassez tout sentiment, seul remède des troubles que l'orgueil ne cesse d'exciter dans nos coeurs, qui pourra donc vous donner à l'homme ?

Enfin, la naissance de Jésus Christ réconcilie les hommes avec son Père : elle réunit les Gentils (les non-juifs) et les Juifs ; elle anéantit toutes ces distinctions odieuses de Grec et de Barbare, de Romain et de Scythe; elle éteint toutes les inimitiés et toutes les haines ; de tous les peuples elle n'en fait plus qu'un peuple; de tous ses disciples , qu'un coeur et qu'une âme : dernier genre de paix qu'elle vient apporter aux hommes. Ils n'étaient liés auparavant entre eux, ni par le culte, ni par une espérance commune. Ils se regardaient presque comme des créatures d'une espèce différente : la diversité des religions, des moeurs, des pays, des langages, des intérêts, avait, ce semble, diversifié en eux la même nature ; à peine se reconnaissaient-ils mutuellement à la figure de l'humanité , le seul signe d'union qui leur restait encore. Ils s'exterminaient comme des bêtes féroces, ils faisaient consister leur gloire à dépeupler la terre de leurs semblables, toujours occupés à se détruire, et qui ne les avaient placés ici-bas que pour venger leur querelle et terminer leurs différends par l'extinction universelle de l'un des deux partis : tout divisait les hommes, et rien ne les liait entre eux que les passions et les intérêts, qui étaient eux-mêmes la source unique de leurs divisions et de leur discorde.

Mais Jésus Christ est devenu notre paix, notre réconciliation, la pierre angulaire qui rassemble et réunit tout l'édifice, le chef vivifiant qui unit tous ses membres, et n'en fait qu'un même corps. Tout nous lie à lui; et tout ce qui nous lie à lui, nous unit ensemble. C'est le même esprit qui nous anime, la même espérance qui nous soutient, le même bercail qui nous rassemble, et le même pasteur qui nous conduit : nous sommes les enfants d'un même père, les héritiers des mêmes promesses, les citoyens de la même cité éternelle, les membres d'un même corps. Unissons-nous donc à Jésus Christ naissant; entrons dans l'esprit de ce mystère ; rendons à Dieu avec lui la gloire qui lui est due : c'est le seul moyen de nous rendre à nous-mêmes la paix que nos passions nous avaient jusqu'ici ôtée. Ainsi soit-il.

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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