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SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE

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Message par MichelT Mar 11 Jan 2022 - 15:41

SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE

abbé Lucien Vigneron – année 1894

SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE Noev-kovcheg-antique
Noé et ses trois fils dans l`Arche - Sem, Cham et Japhet (Genèse 6,10 - Ancien Testament)

L'origine des peuples et nations

Dans la Bible en Genèse 10, il y a la liste des nations, issues des trois fils de Noé: Sem, Cham et Japhet. Dans ses Antiquités judaïques, l’historien du 1er siècle Flavius Josèphe fut parmi les premiers à essayer d’identifier les peuples présentés dans la Table des peuples connues de son époque. Il établit ces relations en fonction des noms qu’avaient ces divers peuples avant que ceux donnés par les Grecs ne les remplacent.

La Bible nous donne en détail l’origine de beaucoup de peuples connus Même si certaines relations sont bien attestées, certaines des données ci-dessous peuvent évoluer en fonction des découvertes archéologiques. Il faut aussi tenir compte d’un inévitable métissage.


Japhet et ses fils

En gros les descendants de Japhet correspondent aux peuples indo-européens ou plus exactement eurasiatiques= indo-européens + peuples altaïques (turcs) + Ouraliens + Japonais/Coréens + Eskimos

Gomer
 
Germains, les Celtes (Galates, Gaulois, Gallois. La langue des Gallois:GomeRaeg. Pays de Galles: Cymru), Cimmériens (Crimée), Kymris, Cimbres, Ashkenaz : Scythes, Sarmates, Saxons, la Scandinavie s'appelait ascania. Riphat: Paphlagoniens (carpates). Togarma: Tokhariens, Arméniens et Turcs
 
Magog
 
Scythes (dont ossètes), Magyars, Finnois, estoniens
 
Madaï
 
Les Mèdes: Kurdes, Aryens, Indiens
 
Javan
 
Yavan=Ywn=Ion les ioniens (grecs): Elisha (Hellas), Tarsis (Espagne), Kittim (Chypre), Dodanim (Rhodes)
 
Tubal
 
Tibareni= Ibères dont géorgiens (kartvéliens, Tbilissi). Sibériens (Tobol, Tobolsk).
 
Meshek
 
Slaves (Moscou).
 
Tiras
 
Thraces (Troyens), étrusques


Cham et ses fils

Les peuples d'Afrique mais aussi peut être les peuples chinois descendent de Cham.

Cush
 
Éthiopien, Nubiens (Soudan), Afrique Noire
 
Mitsraïm
 
Égyptiens (Mosr=Égypte en Arabe), Philistins, Crétois
 
 Put
 
Lybie, Berbères, Peuls (Puta Jalon, Futa Toro,..)
 
Canaan
 
Sidon (Phéniciens dont les carthaginois), Amoréens, Héviens, Hitittes (Khathay= peuples turcs), Siniens (Chinois)
 

Sem et ses fils

Elam
 
Elamites, Perses (Civilisation de la vallée de l'Indus)
 
Loud
 
Lydiens (Anatolie)
 
Arkpashad
 
Chaldéens et hébreux (dont juifs et arabes)
 
Aram
 
Syriens, Araméens
 
Assur
 
Assyriens

On peut retracer l’origine de la quasi totalité des peuples du monde au travers de cette table des nations de Genèse 10. Voir aussi Flavius Josèphe – L`Antiquité des Juifs – livre du premier siècle Ap J.C. (Source : La Lumière du Monde)

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SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE

abbé Lucien Vigneron – année 1894


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JAPHET

La Suisse (Extraits)

Je descends à Goldau, village construit sur les chalets détruits en 1806 par l'éboulement du Rossberg, qui glissa dans la vallée et la transforma en un affreux désert. A Goldau je déjeune dans une auberge : Haben sie etwas um zu essen? — Wir haben Eier, haltes Geflügel, Käse imd Früchte. — Das ist gut für ein Frühstück. Es ist mir ganz gleich. Geben sie mir ein kleines Stückchen.

Et la conversation continue sur ce ton: « Cela m'est égal, donnez-moi un petit morceau, de la volaille, des oeufs, n'importe quoi. » Dame, vous savez, quand on voyage, il n'est pas nécessaire de connaître à fond une langue, mais vous ferez toujours plaisir aux gens en leur disant quelques mots; vous vous ferez plaisir à vous-même et vous ménagerez certainement vos écus, croyez-moi. « Nient mehr? — Nicht mehr!

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Goldau - Suisse

C'est fini. Je regarde les murs de la salle à manger : ils sont tapissés d'images religieuses : le Sacré-Coeur, la Vierge d'Einsiedeln (Notre-Dame des Ermites). L'église était tout proche, j'allai la visiter; c'est là que je vis la plus formidable des serrures de porte, et avec des rouages si compliqués que je lui attribuai du coup plusieurs centaines d'années d'âge. Je loue une voiture qui me transporte sur la route nationale de Schwitz à Einsiedeln et me dépose à Sattel. Toutes ces localités de montagnes se composent d'une église, d'une école, d'un presbytère et d'une auberge, et puis c'est tout; le reste du village est dispersé sur les hauteurs, dans les vallons, un peu partout. Cet éboulement du Rossberg, on n'y peut songer sans frémir! Voilà de paisibles paysans qui vivent heureux et tranquilles comme dans l'âge d'or; tout à coup, une masse énorme, longue d'une lieue, large de  trois cents mètres, épaisse de trente-deux mètres, s'incline, tombe et écrase quatre riantes petites agglomérations. Le lac de Lowers fut diminué d'un quart par cette horrible catastrophe. On ne comprend pas comment on peut habiter dans ces pays fertiles en accidents si affreux. Et n'ont-ils pas aussi les avalanches si fréquentes en hiver.

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Suisse

Il était neuf heures du soir; après mon dîner, je descendis pour aller faire une visite à Notre-Dame des Ermites. On sait que le couvent d'Einsiedeln a été fondé, au 10 ème siècle, sur l'emplacement de l'ermitage de saint Meinrad, qui avait consacré sa vie à la garde d'une image noire de la Vierge. Les bâtiments du monastère actuel sont immenses. Au centre de la façade s'élève l'église à deux tours, avec la statue colossale de de la sainte vierge Marie.


Pèlerinage a Notre-Dame des Ermites - Einsiedeln - Suisse


Italie

Milan

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Duomo de Milan

Il est certain que Milan est rempli d'attraits avec son Duomo, ses dentelles de marbre et ses cérémonies, son théâtre de la Scala et son école de chorégraphie, sa galerie Vittorio Emmanuele, la plus vaste de toutes les galeries, y compris les parisiennes.  Milan est plein du souvenir de trois grands époques : Saint Ambroise, Saint Augustin, Saint Charles Borromée; l'histoire du premier se mêle à celle du second, et leur histoire à tous les trois est ce qu'il y a de plus noble et de plus attendrissant. C'était une époque fertile en grands hommes que celle où naquit Saint Ambroise. Saint-Hilaire et Saint Martin vont remplir les Gaules de leur renommée; Saint Basile, Saint Grégoire et Saint Chrysostome émerveilleront l'Orient; Saint Augustin illustrera l'Afrique, et Saint Jérôme, Rome et l'Asie. A quatorze ans, Ambroise étudiait à Rome les lettres grecques et latines; et lorsqu'il voyait sa soeur Marcelline baiser la main des évêques, il lui présentait en riant la sienne, en disant que lui aussi serait évêque. Il était né en 340, dans les Gaules, où son père exerçait la charge de préfet; plus tard, nous le voyons gouverneur de Milan : c'est à ce moment que l'évêque de cette ville mourut. Les évêques de la province en écrivirent à l'empereur Valentinien, qui résidait à Trêves, pour lui demander conseil; l'empereur répondit :

« Nourris des divines écritures, vous savez ce que doit être un pontife; sa vie comme sa doctrine doit servir d'instruction à ceux qu'il gouverne ; ce doit être pour eux un modèle de toutes les vertus, et sa vie doit répondre à la sainteté de sa doctrine. Placez sur la chaire pontificale un pareil homme, afin que nous-mêmes, qui gouvernons l'empire, nous puissions lui soumettre nos têtes avec une entière confiance et recevoir ses réprimandes comme un remède salutaire; car, étant hommes, il se peut que nous commettions beaucoup de fautes. »

L'empereur ne savait pas si bien dire, et plus tard le nouvel évêque de Milan devait se souvenir de ces paroles. Probus, préfet du prétoire, avait envoyé Ambroise à Milan en lui disant : « Allez, agissez, non pas en juge, mais en évêque! »

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L`empire romain a l`époque de Saint-Ambroise de Milan et de Saint Augustin

Le peuple de Milan avait-il connaissance de cette parole prédestinée, nous ne le savons pas; mais quand il se trouva en pleine sédition, les uns tenant pour un candidat orthodoxe, les autres pour un arien, on entendit tout à coup un enfant crier: «Ambroise évêque, Ambroise évêque!» Et tous répétèrent : « Ambroise évêque!»

Le gouverneur n'y pensait pas, il affecta une sévérité extrême et se donna même l'apparence de la faute; mais le peuple l'acclamait toujours et disait : « Nous prenons sur nous ton péché ! » C'était bien la voix de Dieu qui se faisait entendre. Le catéchumène Ambroise fut baptisé et huit jours après sacré évêque de Milan. Aussitôt il donna à l’Église et aux pauvres tout ce qu'il avait d'or et d'argent, et s'appliqua tout entier à son ministère; ses prédications répétées purgèrent bientôt l'Italie de l'hérésie arienne qui l'infestait.

Ce n'était pas Valentinien qui devait profiter de sa propre leçon, c'était Théodose. Ce prince, d'un naturel vif et emporté, s'était rendu coupable du massacre des habitants de Thessalonique (Grèce), et malgré cela avait osé se présenter à l'église; l'évêque de Milan alla au-devant de lui, hors du vestibule, et étendant les bras comme pour élever une barrière, lui, l'ami de coeur du prince, osa lui dire :

«Seigneur, comment pourrez-vous élever vers Dieu des mains qui dégouttent encore du sang que vous avez répandu injustement? Comment recevrez-vous sur de telles mains le corps sacré du Seigneur? Comment porterez-vous à votre bouche son sang précieux, vous qui, transporté de fureur, avez fait une si horrible effusion de sang? Retirez-vous donc d'ici et n'augmentez pas votre crime par un autre. »

L'empereur voulait excuser sa faute par l'exemple du roi David, coupable en même temps d'adultère et d'homicide. « Puisque vous avez imité le roi David dans son péché, lui répondit l'évêque, imitez-le dans sa pénitence. » Théodose resta huit mois dans son palais, sans entrer dans l'église. Aux approches de la Noël, il pleurait amèrement. Un courtisan, nommé Ruffin, lui en demanda la raison. « Je pleure, dit l'empereur, quand je considère que le temple de Dieu est ouvert aux esclaves et aux mendiants, tandis qu'il m'est fermé et que le ciel m'est fermé, par conséquent, car je me souviens de la parole du Seigneur : «Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux. » (Matthieu 16,19)

Je courrai chez l'évêque, si vous voulez, répondit Ruffin, et je le prierai tant que je le persuaderai de vous absoudre. — Vous ne le persuaderez pas, dit l'empereur; je connais la justice de sa censure, et le respect de la puissance impériale ne lui fera rien faire contre la loi de Dieu.Ruffin insista, et partit pour trouver Ambroise; celui-ci s'écria : « Je vous avertis, Ruffin, que je l'empêcherai d'entrer dans le vestibule sacré.» L'empereur vint pourtant trouver l'évêque hors de l'église: « Je ne veux point entrer contre les règles dans le vestibule sacré, lui dit-il; mais je vous prie de me délivrer de ces liens en considérant la clémence de notre Maître commun, et de ne pas me fermer la porte qu'il a ouverte à tous ceux qui font pénitence.»

Quelle pénitence avez-vous faite après un tel péché? —

«C'est à vous à m'apprendre ce que je dois faire, à moi de l'exécuter. »

Saint Ambroise se laissa enfin toucher et lui dit d'ordonner, par une loi, que les sentences de mort n'auraient leur exécution que trente jours après qu'elles auraient été prononcées, afin de laisser à la colère le temps de tomber.

Théodose fit aussitôt écrire la loi et la signa de sa main. Il obtint alors l'absolution et, s'étant dépouillé de ses insignes impériaux, il entra dans le temple et se prosterna sur le pavé en l'arrosant de ses larmes. En voyant cette humiliation, le peuple priait et pleurait avec son souverain. Je ne connais rien d'aussi beau que cette histoire.  L'attitude de l'empereur et celle de l'évêque sont admirables, et on est presque tenté de dire ici : Félix culpa! S'il n'y avait pas eu de faute, nous n'aurions pas eu ce touchant récit. Ah! que les temps sont changés, et comme les grands savent aujourd'hui se rapetisser, mais d'une autre manière!

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Saint Ambroise de Milan - (339 a 397 Ap J.C.)

Saint Ambroise était digne de s'entendre avec Saint Augustin. C'est grâce aux Manichéens que celui-ci obtint la place de professeur de rhétorique à Milan, où il arriva en 384 Ap J.C.; il avait alors trente ans. Saint Ambroise l'accueillit avec une bonté paternelle qui commença à lui gagner le coeur. Augustin écoutait assidûment ses sermons, mais seulement pour la beauté et l'éloquence du style. Il ne faisait d'abord aucune attention aux idées; mais insensiblement, et sans qu'il y prît garde, les choses entraient dans l'esprit avec les paroles, et il vit que la doctrine catholique était au moins soutenable. Il résolut tout à fait de quitter les Manichéens et de demeurer en qualité de catéchumène, grade qu'il possédait déjà, dans l'Église que ses parents lui avaient recommandée, jusqu'à ce que la vérité lui apparût plus clairement. Singulière époque où les hérétiques ariens ou manichéens marchaient côte à côte avec les orthodoxes, les uns près des autres, en parfaite bonne foi souvent et en s'estimant mutuellement! Ambroise avait succédé, à Milan, à un évêque arien; le monde pouvait s'étonner de s'être réveillé si près de l'abîme, mais Dieu veillait et savait faire luire le soleil de justice, quand son heure était venue.

Et puis il y avait Sainte Monique, cette radieuse figure de femme et de mère qui brillait d'un éclat si doux dans le ciel de l'Église et au foyer du professeur d'éloquence destiné à de si grandes choses. Elle était venue d'Afrique le trouver, et sa foi était si grande qu'au milieu de la tempête, sur le navire qui traversait la Méditerranée, elle disait aux matelots qu'il n'y avait point de danger, qu'ils ne pouvaient ni faire naufrage ni périr, puisqu'elle devait nécessairement rejoindre son fils et l'amener à la vérité ; et quand son fils lui dit qu'il n'était plus hérétique, mais qu'il n'était pas encore catholique, elle lui répondit tranquillement, avec une assurance toute prophétique, qu'elle était certaine de le voir bon et fidèle catholique avant qu'elle ne mourût. Elle avait du reste déjà converti son mari sur la fin de sa vie. Ambroise félicitait souvent Augustin d'avoir une telle mère. A cette époque on rencontrait beaucoup d'Africains en Italie; ces Africains du nord avaient des charges considérables à la cour : tel Pontinien, dont le commerce et les discours ne pouvaient qu'édifier le futur apôtre de l'Afrique; tel Nébridius de Carthage; Alypius et Romanien de Tagaste, comme Augustin. Celui-ci n'avait pas de plus cher ami qu'Alypius, assesseur du grand trésorier d'Italie, et plus tard assesseur à Milan.

C'est à Alypius qu'il s'adressa un jour après une visite de Pontinien en disant : « Que faisons-nous? Des ignorants viennent ravir le ciel, et nous, avec notre science, insensés que nous sommes, nous voilà plongés dans la chair et le sang. Avons-nous honte de les suivre, et n'est-il pas plus honteux de ne pouvoir pas même les suivre? » C'était le jour mémorable de la conversion; un peu après, il entendait comme une voix miraculeuse qui sortait de la maison voisine et disait : « Prenez et lisez ! » Il prit un livre qui était sous sa main, les épîtres de saint Paul, et tomba sur ce texte :

« Ne passez pas votre vie dans les festins et l'ivrognerie, ni dans la débauche et l'impureté, ni dans les querelles et la jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne cherchez point à contenter la chair dans ses convoitises.» (Romains 13,13)

C'était fini, la grâce avait parlé et agi. Augustin, son ami Alypius et son fils Adéodat, âgé de quinze ans, furent baptisés la veille de Pâques, en 387, par l'évêque de Milan, qui, à cette occasion, prononça devant eux la magnifique instruction qui fait le sujet de son livre sur les mystères. Augustin vint alors avec sa mère à Ostie, pour s'embarquer sur un navire qui devait l'emmener dans sa patrie. C'est là que tous deux, la main dans la main, appuyés ensemble sur une fenêtre qui donnait sur un jardin et sur la mer, eurent cette célèbre vision qui précéda de quelques jours la mort de sainte Monique, et qui a fourni au peintre Ary Scheffer le sujet d'une magnifique composition popularisée par la gravure. Monique n'avait plus rien à faire sur cette terre; elle allait au ciel chanter le cantique d'action de grâces, l'alléluia éternel.

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Saint-Augustin (354 a 430 Ap J.C,) et Sainte Monique, sa mère.

Milan a peut-être conservé mieux encore le souvenir d'un autre évêque qui naquit dans ses environs, au château d'Arona, sur les bords du lac Majeur, vécut et mourut dans ses murs. Charles était de la noble famille des Borromée; sa mère, Marguerite de Médicis, était soeur du pape Pie IV. Il fut le modèle des pontifes et le restaurateur de la discipline ecclésiastique à Milan. Né en 1538, il était déjà cardinal et archevêque de Milan en 1559, légat à Bologne, dans les Romagnes et la Marche d'Ancône, prolecteur de la couronne de Portugal, des PaysBas, des. cantons catholiques de Suisse, des ordres des Franciscains et des Carmes et des chevaliers de Malte. Il donnait aux affaires la plus grande attention, il les discutait, avec sagesse et en rendait la décision facile; il était la consolation et l'appui du souverain pontife, son oncle, et gouvernait l'Église en son nom. Il mit tous ses soins à conclure le concile de Trente, qui ne prit fin qu'en 1563, après avoir commencé en 1545.

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Saint Charles Borromée, Archevêque de Milan (1538-1584)

On pourrait trouver qu'il était facile, pour cet archevêque de Milan, d'acquérir de la célébrité après avoir accompli de grandes choses; à son entrée dans la vie, tout lui avait souri et il n'avait qu'à suivre une voie tracée naturellement devant ses pas. Ce serait une erreur: Charles était un saint; il était riche, il se fit pauvre; il était né et vivait dans des palais, sa vie était celle d'un anachorète de la Thébaïde ou  de la Trappe. Il faisait tout cela joyeusement, avec le sourire sur les lèvres et des reparties plaisantes. On le pressait de modérer ses austérités, en raison de ses fatigues quotidiennes; il répondait que ses abstinences l'avaient guéri sans aucuns remèdes d'un mal qui l'avait fait souffrir longtemps. On voulait lui bassiner un lit, il dit : « Le meilleur moyen de ne pas trouver le lit froid, c'est de se coucher plus froid que le lit.» Mais le grand motif de la vénération que le peuple milanais porte à l'archevêque Charles est dans le dévouement qu'il montra à ses diocésains lors de la fameuse peste qui désola la ville en 1576. Le peuple n'oublie pas ces choses-là, et de générations en générations le souvenir s'en perpétue. Le gouverneur, la noblesse, les magistrats avaient fui; Charles resta avec les pauvres qui l'entouraient criant : «Miséricorde! miséricorde!» Pendant six mois, il pourvut aux besoins spirituels et corporels des habitants, les visitant et leur administrant lui-même les sacrements; il donna tout ce qu'il avait, jusqu'à son lit, se réduisant à coucher sur des planches. Il mourut en 1584. A Arona, sur une colline dominant toute la contrée, s'élève la statue du saint, haute de vingt et un mètres et placée sur un piédestal de treize mètres. Elle a été élevée en 1697.


Dernière édition par MichelT le Lun 17 Jan 2022 - 19:31, édité 6 fois

MichelT

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Message par MichelT Jeu 13 Jan 2022 - 15:01

SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE Omnia-card-pass-vatican-rome

Rome

Roma!-Roma! Avec Jérusalem, je ne crois pas qu'il y ait au monde un nom qui puisse faire battre le coeur comme celui-là. Non, j'ai un coeur qui a battu fort souvent, mais peu de cette façon, comme à mon arrivée à Rome. J'ai pérégriné dans bien des mondes, et aux approches des endroits célèbres j'étais ému, je l'avoue; mais pas comme ici. Quand je suis arrivé à Paris pour la première fois, à dix ans, mon père m'a fait descendre le faubourg Saint Martin, un soir, à huit heures, jusqu'aux boulevards. Dieu! quel ahurissement, quel tapage!  Quand je suis arrivé en Chine, il y avait comme un acheminement et une gradation qui m'avaient acclimaté et me laissaient froid, quoiqu'il fit bien chaud à Hong-Kong! Et puis à Hong-Kong on me disait : Est-ce vraiment la Chine?  Je n'aurais pensé que je viendrais dans cette ville célèbre, qui me paraissait devoir être éloignée de plusieurs milliers de lieues.

C'est évidemment la Rome païenne que j'ai étudiés la première; plus tard, en apprenant le catéchisme, je ne me rappelle pas avoir très bien saisi la Rome chrétienne et papale; mais à quinze ans, je savais très bien, grâce à un de mes chers maîtres, ce que c'était qu'un zouave pontifical; alors j'ai aimé Rome et le pape, et j'ai pensé à eux en allant en Italie, sur la route de l'Orient. J'ai vu les grandes cités du Céleste Empire avant de connaître aucune autre cité d'Europe que Paris; au retour, j'ai vu Jérusalem, et ce n'est qu'après Jérusalem que je suis arrivé à Rome; j'y venais autant pour Saint-Pierre et le Vatican que pour le Forum et le Capitole. Il y a donc plusieurs Rome, c'est incontestable; un auteur célèbre a intitulé un de ses ouvrages : les Trois Rome; moi j'en ai trouvé quatre :

La Rome des papes,
La Rome des Césars,
La Rome des artistes et des poètes,
La Rome des Piémontais.

A première vue, on s'aperçoit que Rome n'est pas une ville comme les autres; ceci dit pour l'artiste et le poète. Aussi il admire la Rome des Césars et celle des papes, et il n'ira guère du côté de la gare du chemin de fer qui entoure la Rome des Piémontais. Et ce qui donne un cachet à la ville éternelle, si bien nommée, c'est la campagne qui l'envahit. D'abord l`agro romano, avec ses marais Pontins, ses herbages, ses grands aqueducs, ses vieux tombeaux et ses temples en ruines.

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Ruines de la Rome païenne

Si l'on a du temps, et il faut toujours en avoir à Rome, le plus grand plaisir qu'on puisse goûter, c'est d'errer çà et là, à l'aventure; au bout de deux ou trois heures, vous aurez rencontré non pas dix, mais cent choses différentes et plus intéressantes les unes que les autres. C'est ainsi que, courant au hasard, sur le Janicule, j'ai vu, à gauche de Saint-Pierre et du Vatican, ce gentil couvent de Sant'Onofrio et la cellule où le Tasse vint mourir. Dans le jardin du couvent on a une vue idéale sur Rome.

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Couvent de Sant'Onofrio

Le Torquato, qui est venu là, y a composé sans doute ce sonnet où il s'écrie dans un élan de tout son coeur chrétien : « 0 Rome, ce ne sont point les colonnes, les thermes, les arcs de triomphe que je recherche en toi; mais le sang répandu pour le Christ et les os dispersés des martyrs dans cette terre maintenant consacrée; bien qu'une autre terre l'enveloppe et la recouvre partout, oh! puissé-je lui donner autant de baisers et de larmes que je puis faire de pas en traînant mes membres infirmes ! »

Beauté des fontaines de Rome

Les fontaines sont des merveilles à Rome qui possède de si belles eaux : la fontaine du Triton, la fontaine de Trevi, la fontaine de l`eau Pauline, les fontaines de Saint-Pierre, de la place Navone, l`Aqua Argentina du Cloaca Maxima et tant d'autres! Dans la cour des habitations romaines, il y a toujours une fontaine ou un jet d'eau; rien de poétique et de doux comme cette eau pure et limpide, qui donne une impression si rafraîchissante quand on arrive du dehors après une course un peu forcée, les jours de canicule.

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Fontaine de Saint-Pierre de Rome

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Fontaine de l`eau Pauline

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Fontaine de Trévi

La charité chrétienne

Les papes battaient monnaie pour les pauvres, et les inscriptions des petites pièces depuis Jules II sont touchantes :

Donnez aux pauvres – Pour la nourriture du pauvre – Le juste aime la cause du malheureux – Donnez et l`on vous donnera – Malheur a vous qui êtes rassasiés! - Dieu aime le donateur joyeux. - Donnez afin qu`il ne vous soit pas funeste. - Il vaut mieux donner que recevoir.

Autant de leçons, d'avertissements, de réprimandes données dans la forme la plus bénigne, la plus charmante, la plus quotidienne, la plus chrétienne et la plus antique.


Dernière édition par MichelT le Lun 17 Jan 2022 - 11:52, édité 1 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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Message par MichelT Lun 17 Jan 2022 - 1:11

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CHAM

L`AFRIQUE ÉQUATORIALE  (EXTRAITS)

Nous savons que l'Afrique est un vaste et intéressant continent,  où la chaleur est très forte, en raison de sa position sous l’Équateur et aux environs; où les cours d'eau, très abondants, ont parfois plusieurs lieues de large; où la faune et la flore sont d'une richesse prodigieuse : la faune comprenant des animaux de toutes sortes; la flore, des plantes d'une variété et d'une valeur inappréciables et une végétation gigantesque.

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Le fleuve Zaïre ou Congo

Le Congo

Le Congo prend son nom du fameux fleuve qui traverse l’État; ce fleuve, mes chers lecteurs, a quatre mille huit cent cinquante-six kilomètres (4,856) de longueur, de sa source à son embouchure. La source est aux monts Chibalé, là-bas, bien loin, près du grand lac Nyassa ( Lac Malawi), à l'est; l'embouchure est à l'ouest, à Banane. Le fleuve africain est une fois et demie plus long et neuf fois plus large que le Mississipi,  il déverse dans l'Atlantique, durant la saison des pluies, deux millions cinq cent trente mille pieds cubes d'eau (2,530,000) par seconde. Quand il passe à travers le Mouero, il a cent sept kilomètres de large et, à travers le lac Banguelo, ( en Zambie) trois cent cinquante-deux kilomètres. Ce gigantesque ruban d'eau, coulant sur un plan d'une déclivité faiblement accentuée, rencontre sur sa route deux escaliers de titans, au bas desquels il se précipite pour reprendre sa marche imposante à travers les hautes herbes et les forêts vierges; et il laisse derrière lui, comme marque de sa force souveraine, deux longues séries de chutes : celles de Stanley (Les chutes Boyoma) et celles de Livingstone.

SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE Fleuve-congo
Fleuve Zaïre

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Fleuve Zaïre

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Les chutes Boyoma

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Pêche sur le lac Zaïre

La terre des rives, noyée dans le soleil et dans l'eau, ploie sous une végétation luxuriante, folle, incessante; les humus s'accumulent, les herbes s'amoncellent, les lianes s'enfoncent dans cette boue féconde, les arbres s'affaissent et pourrissent sur place; et sous le manteau impénétrable d'éternelle verdure qui renaît sans repos de ces débris accumulés, le fleuve roule, roule toujours et sans cesse dans une majesté que rien n'égale et dans un silence qui fait peur.


Croisière sur le fleuve Congo - Sur le fleuve Congo, on sait quand on part, on ne sait jamais quand on arrive. Entre la capitale Kinshasa et la grande ville du nord, Kisangani, à 1 700 kilomètres de là, le principal moyen de transport, ce sont des convois de barges de 450 mètres de long embarquant toutes sortes de marchandises et des centaines de passagers pour un voyage hasardeux sur ce fleuve impétueux.

Si je vous dis qu'à l'est vous avez les régions montagneuses, le pays des lacs (le Nyanza, le Tanganika et le Nyassa) et puis les grandes plaines qui conduisent du côté de l'Océan indien, vous saurez tout. Il faudrait le pinceau d'un Cameron pour faire le tableau des rives du Tanganika, par exemple : « Sur la rive orientale, dit-il, une végétation épaisse d'un vert éclatant, avec çà et là des clairières où apparaissent des grèves au sable jaune et de petites falaises d'un rouge vif. Des bouquets de palmiers et des villages arrivent au bord de l'eau. Tout cela mêlé au vert éclatant et varié du feuillage, au bleu des eaux, forme un ensemble de couleurs qui, à la description, paraît criard, mais qui, dans la réalité, est d'une harmonie suprême. Des oiseaux d'espèces diverses rasent la surface du lac : mouettes blanches et grises à bec rouge, anhinngas au long cou, au plumage noir, alcyons gris et blancs, balbuzards à tête blanche, des plongeons, des martins-pêcheurs. Et, de temps à autre, le renâclement d'un hippopotame, une longue échine de crocodile ressemblant à la crête d'un roc à demi découvert par la marée, ou le saut d'un poisson annoncent que les eaux et les airs sont abondamment peuplés.»


Le Jardin Extraordinaire RTBF 1 - Les mystères du fleuve Congo - chutes de Zongo - Mangrove

Quels sont les hommes qui habitent ces contrées si intéressantes? Tout le long du Congo, nous trouvons de nombreux villages, de nombreuses tribus. Au centre du village il y a presque toujours une vaste case ou un hangar, qui est comme la maison commune, où les réunions ont lieu et où, sous la présidence du chef, on entend les discours des orateurs publics.

Quelle idée n'a-t-on pas d'une contrée où les forêts, les lacs et les fleuves sont peuplés d'animaux énormes, monstrueux, puissants! Ici les éléphants s'avancent à travers bois, broyant tout sur leur passage; là les lions et les léopards s'en vont en chasse, mettant en fuite devant eux d'innombrables troupeaux de singes, d'antilopes, de zèbres et de gazelles; les buffles et les rhinocéros se précipitent tète baissée contre les caravanes marchant dans l'étroit sentier de la plaine. Et si l'homme, faible créature en face de ces monstres dévorants, ne déploie pas toutes les ressources de la prudence, tout à l'heure en traversant ce cours d'eau, l'affreux crocodile le happera au passage ou l'hippopotame renversera d'un coup de tête sa fragile embarcation. Malheur à lui aussi s'il réveille ces milliers de reptiles suspendus aux arbres comme de hideuses lianes et se cachant dans la brousse! Malheur à lui s'il dérange ces légions de fourmis rouges ou noires qui remplissent les campagnes, construisant des maisons de terre glaise qui ont jusqu'à cinq et six mètres de haut! Mais pendant que tous ces animaux s'agitent, répandant partout une vie intense, animant la nature jusque dans ses profondeurs, une autre vie se fait sentir à côté de la première, une vie massive elle aussi, colossale, mais paisible, silencieuse et pourtant majestueuse et solennelle : la vie végétale.

Voici l`êlaïs ou palmier à huile, la grande culture de l'avenir; le borassus, le cocotier; leurs superbes touffes de verdure, qui dominent orgueilleusement les productions d'alentour, étalent au plein soleil du jour leurs grandes feuilles d'un vert sombre, que le vent du soir agite languissamment comme des éventails. Voici l'arbre à pain, l'arbre à beurre. Voici le géant des végétaux, le baobab, le plus ancien et le plus colossal des monuments organiques de notre planète : il tient parmi les arbres la place de l'éléphant parmi les animaux; il a été le témoin antique des déluges et des révolutions du globe; il atteint quelquefois un développement circulaire de vingt mètres.

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Palmier a l`huile

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Borassus

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Cocotier

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Arbre a pain

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Arbre a beurre

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Produit de l`arbre a beurre

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Baobab

Voici le bananier avec ses grandes feuilles ployées en forme de voiles de navire, la providence nourricière des tribus africaines. Voici la liane caoutchouc, le boa végétal des grandes forêts, se traînant sur le sol, courant par bonds énormes à travers les sentiers des fauves, contournant les rochers, enlaçant les grands arbres, jetant des ponts d'une rive à l'autre des cours d'eau, enchevêtrant dans le réseau des racines et des broussailles. Voici l'arbre acajou, le kola, — la noix précieuse, — le papayer qui est comme un énorme cierge, l'arbre à copal qui donne la gomme, le cotonnier, la canne à sucre, le manguier aux beaux fruits, le caféier, la plante de tabac. Tout cela s'agite silencieusement, croît, vit, monte; c'est une fécondité prodigieuse.

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Bananier

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Noix du Kola au Congo

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Papayer

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Cotonnier

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Caféier

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Manguier

Vous avez d'admirables emplacements pour la culture du manioc, du maïs, du sorgho, des patates, des arachides ou pistaches. Mais la forêt, la forêt africaine! qui redira ses splendeurs? Qui comprendra, dans notre froide Europe, la mystérieuse colonnade des bois obscurs, les taxus, arbres qui s'élancent jusqu'à une hauteur de cinquante-quatre mètres, les câbles de lianes épais de quarante centimètres, les touffes d'orchidées et de fougères, les plantes sarmenteuses ensevelies  dans le feuillage? Et ces fleurs éblouissantes, ces corolles rouges et jaunes, ces choux géants, ces amones neigeuses, ces grappes violettes, ces clochettes, ces thyrses, ces houppes dorées! Fouillis de tiges, de troncs, de ramures et de feuilles, voilà la forêt vierge du Congo. Et sur nos têtes, dans la coupole épaisse de verdure, gambadent des milliers de singes et jacassent des armées de perroquets, ibis, perruches, oiseaux-soleils, tandis que les aigles, çà et là perchés sur une branche énorme, fouillent l'horizon d'un regard perçant.

SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE Corolle
Corolles rouge

C'est sur les bords d'un grand lac; la nuit est tombée... On entrevoit au-dessus des masses de verdure de la forêt prochaine, le long de la rive escarpée, les falaises à pic d'où les cascades tombent en gémissant. Le grand concert des fauves commence; le rugissement puissant du lion le domine, et les hiboux jettent leur cri mélancolique à travers les espaces... Où sommes-nous? Est-ce dans un monde inconnu? Est-ce encore la petite planète qui nous porte? Tout est si différent de ce que nous savons, de ce que nous voyons en Europe.


KTO - L'Eglise en République Démocratique du Congo relève le défi de l'évangélisation


Dernière édition par MichelT le Jeu 20 Jan 2022 - 22:57, édité 1 fois

MichelT

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Message par MichelT Lun 17 Jan 2022 - 14:04

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LA CHINE - au 19 ème siècle -  Extraits avec vidéos des mêmes villes en Chine communiste actuelle.

C'est Hong-Kong l'anglo-chinoise, c'est Canton , c'est Chang-Haï (Shanghaï) , c'est le fleuve Bleu ou Yangtse-Kiang, c'est Hang-Keou (Hankou-Wuhan – la maintenant fameuse ville du Coronavirus), puis la Chine mystérieuse, celle que les missionnaires presque seuls connaissent. Nous allons franchir les rapides du grand fleuve, — on y met trois mois.

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La Chine communiste et en grande partie athée ou païenne

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La Chine communiste

Je me revois, avec mes vingt-cinq ans, plein d'ardeur, courant à toute vapeur sur mer, ne m'arrêtant dans les ports que pour les escales, avec la hâte de voir les Célestes chez eux, et je me rappelle encore l'étrange impression ressentie à Hong-Kong en arrivant dans la rade, la forte odeur de musc qui vous prenait au nez. Rien qu'en respirant l'air qui venait de la terre, on sentait que c'était la Chine et que la Chine est un autre monde. Et puis cette course à Canton (Guangzhou); mon séjour à la résidence des missionnaires. Un grand vieux ya-men (tribunal) de mandarin; les nuits passées dans un pavillon délabré, tout seul, au milieu d'un jardin planté de bambous -, grouillant de reptiles, et ma chambre qui donnait sur une rue voisine où oh jouait la comédie en plein vent dans un vacarme étourdissant.

Et cette grande pagode, où l'on me conduisit et où je vis les bonzes en chappe jaune , chanter l'office comme des chanoines, avec accompagnement de tambours monstres dont les roulements me jetaient dans une vraie épouvante. Et cette autre pagode où, parmi un peuple de statues, le gardien nous montra une satue de jésuite en soutane et de matelot européen en chapeau ciré. Étrange! étrange! Tout ce que je voyais m'ahurissait. Ce qui achevait de m'étourdir, c'est que dans les rues étroites, bondées de monde.

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Je me revois, longeant les côtes pendant cinq jours, à bord d'un steamer des États-Unis et arrivant à ChangHaï, obligé de me débrouiller tout seul, causant avec le batelier qui m'avait pris dans son canot. Ce n'était pas long, la conversation; je savais trois mots : « San-té-tang! la maison des Trois-Yertus; » c'était la procure des Missions. Puis le séjour à la procure, l'arrivée des trois courriers de l'intérieur, Pan, Lu et Liéou, qui venaient chercher les marchandises des missions de l'Ouest et me prendre avec eux pour remonter le fleuve; le voyage pendant quatre jours de Chang-Haï à Hang-Kéou (Wuhan de nos jours - Hankou, Wuchang et Hanyang sont fusionnées dans Wuhan - ville de départ du Coronavirus) , sur le Yang-tse-Kiang, à bord d'un bateau à vapeur anglais. C'est là que la Chine a passé devant mes yeux comme une magnifique vision. Il n'y a pas de contrée d'un caractère plus grandiose et plus gracieux tout ensemble; montagnes et vallées, villes murées, tours à dix étages, pagodes aux toits recourbés, rizières en damiers, fermes dans les massifs d'arbres, jonques mandarines et barques de commerce, je ne me lassais pas de regarder tout cela, et, si je ne m'étais pas retenu, plus d'une fois j'eusse poussé comme un enfant des cris de joie et d'admiration.


Chine : Shanghaï  (ChangHaï) - modernité et tradition - 24 millions d`habitants en 2020 - La Chine communiste est aussi un pôle important du mondialisme, de la finance et des multinationales - Le reportage montre deux temples païens ou des idoles sont adorées.

Quelle merveilleuse faculté d'assimilation on possède quand on est jeune missionnaire! A Hang-Kéou (Wuhan), l'élément européen disparaît complètement et l'on s'enfonce dans la Chine vierge. J'y allais avec une vaillance qui à présent me stupéfie. J'étais déjà devenu Chinois. Qu'on en juge : depuis quelques jours, j'avais quitté mes vêtements européens pour prendre le costume du pays. Coiffé d'une calotte bleu de ciel, une longue robe de coton ouatée et un pardessus court aux larges manches sur le dos, avec, aux pieds, des souliers aux épaisses semelles; dans la main droite un éventail formé d'une feuille de papier plissée; dans l'autre, une longue pipe en ébène à fourneau de cuivre; des lunettes rondes, énormes, sur le nez ; la tête rasée et ornée de la fameuse tresse mandchoue que l'on sait; tel était mon portrait, la reproduction exacte de tous ces hommes qui m'entouraient. Dans ces conditions, mais dans ces conditions seulement, il m'était, permis de m'aventurer dans l'intérieur.

Et je fais alors connaissance avec la jonque indigène, un moyen de locomotion lent, je vous assure, qui permet de fournir dans une journée tantôt deux lieues, tantôt quatre, rarement davantage, surtout à la montée, surtout au milieu des rapides. Est-il vraiment possible que ce soit moi qui, un jour, ai osé passer dans les gorges sombres d'I-Tchang, parmi les roches noires et les torrents impétueux , au milieu des barques éventrées çà et là sur la rive inhospitalière?.

C'est moi, pourtant, avec une belle furia d'apôtre de vingt ans; et c'est moi qui regardais à Kin-Tchéou-Fou (Fuzhou), tout près de là, les grossiers soldats tartares assommer les paisibles bourgeois; c'est encore moi qui recevais dans la barque la visite des bacheliers d'I-Tchang et causais avec eux à l'aide d'un dictionnaire , aussi étonné qu'ils l'étaient eux-mêmes; c'est moi qui, certain jour d’Épiphanie, célébrais la messe, portes closes, devant les courriers, au fond de la jonque, le corps plié en deux, parce que, sans cela, ma tête eût heurté le plafond. Et j'ai passé trois mois ainsi! jusqu'au jour, enfin, où j'ai touché à Tchong-Kin, (Chongqing) la capitale de ma nouvelle patrie.


Chongqing, (Tchong-Kin) - une mégapole chinoise en pleine expansion - 16 millions d`habitants environ en 2020 dans la ville et la zone métropolitaine

Réconforté par quelques jours de repos dans la résidence des missionnaires de Tchong-Kin, je prends cette fois la route de terre; on m'envoie étudier la langue, à quelques lieues de là, dans une ferme, chez des chrétiens. Je traverse le fleuve, un matin, à l'aube, et j'escalade la montagne en face, où commence ce long ruban de larges dalles, qui est un chemin chinois et qui va bien loin dans le sud, vers le Kouy-Tchéou. Je me retourne sur la cime, pour dire adieu à la grande cité pleine de rumeur. Un million d'habitants là-dedans: (Tchong-Kin - 34 millions en 2021) des riches, des pauvres; des commerçants qui remuent l'or à la pelle; des misérables couverts d'ulcères, qui se traînent par les rues pour mendier une tasse de riz; quelques chrétiens, — ils sont trois mille peut-être; — un peuple de païens sceptiques et superstitieux.

Le soleil dore les briques jaunes et bleues des palais et des temples; une file non interrompue de porteurs , d'ouvriers , de matelots, de soldats, d'employés, monte et descend les gigantesques escaliers de pierre qui partent du fleuve pour aller aboutir aux portes; on entend des bruits de gong et des détonations, mille appels qui se croisent dans l'air et sur l'eau. En contemplant, ce matin là, cette vieille cité fondée sous la dynastie des Tchéou, l'an 1077 avant Jésus-Christ, et qui fut autrefois le chef lieu du royaume de Pa-Kouo, j'ai pensé à l'antique Carthage et à tout ce que l'auteur de Salammbô nous dit de la reine du négoce et des mers, et si je cherche bien, tout au fond de moi-même, en face de ces mondes inconnus, à la lecture de l'oeuvre de Flaubert comme en regardant ces choses d'Extrême-Orient, dans l'âme du pauvre petit Européen il y a toujours, toujours , comme une impression d'effroi.  

Mais cela passe, et la nouveauté m'intéresse et finit même par m'égayer. Dans une auberge où je prends une tasse de thé, je trouve des porteurs qui viennent me chercher et m'installent dans leur palanquin. Nous filons vile au milieu des rizières, montant, descendant les pentes des collines, grimpant parfois le long des rampes ardues, traversant des marchés, croisant de nombreux voyageurs, à pied, en chaise, des laboureurs à la robe retroussée qui conduisent leurs charrues et leurs boeufs, nous reposant aussi à l'ombre d'un gros vieil arbre, planté là depuis des siècles; et quand on reprend cette course effrénée, je m'endors doucement, bercé par le balancement du véhicule.

Ta-pin-Kang! C'est le nom de la ferme où j'arrive le soir et où je suis attendu par la famille Tchéou. Un rectangle, dont trois côtés occupés par des bâtiments en bois et en terre; devant le corps central une cour très propre; puis des rizières à perte de vue, où coassent des milliers de grenouilles; des montagnes dans le lointain; derrière l'habitation, un bois de bambous. Une assez large galerie, abritée sous un auvent, règne tout le long de la façade. Au milieu du principal corps de logis s'ouvre une porte à deux battants, donnant dans la salle des hôtes qui sert de chapelle ou kin-tang; au fond un autel en bois sculpté; à gauche ma chambre, dont la porte est cachée par une tenture; dans la chambre deux fenêtres en papier, un lit avec moustiquaire, une table, une armoire et deux chaises. Mes hôtes sont deux paysans mariés; outre leurs femmes et leurs enfants, ils ont avec eux leur vieille mère, leurs deux tantes et leurs deux soeurs; celles-ci font partie de la confrérie des vierges chrétiennes du Se-Tchouan, lesquelles se lient par des voeux annuels.

A mon arrivée, tout le monde est là réuni; ils tombent à genoux et j'étends la main sur eux en prononçant la formule sacrée : « Tien tchoù kiang fou ngy men. Que le Seigneur du Ciel vous bénisse! » Mon temps est partagé entre l'étude et la prière. Étudier les caractères chinois, il n'y faut pas songer : il y en a quarante mille ! et quoique avec cinq ou six mille on puisse déjà déchiffrer bien des livres, ce serait encore une rude tâche. L'important pour une jeune recrue est d'apprendre la langue parlée, et, disons-le tout de suite, la meilleure manière d'apprendre est de chercher à parler par tous les moyens. J'ai avec moi un séminariste du collège de la mission qui sait le latin et qui me sert d'interprète ; j'ai aussi un petit boy qui ne me lâche pas d'une semelle; les femmes dans leurs moments de loisirs viennent jusqu'à la porte de ma chambre et essayent de me faire dire quelques mots. Pendant les repas, et quand, armé des bâtonnets d'ivoire, je pique çà et là dans les bols chinois un morceau de lard ou un légume pour manger avec mon riz, les hommes sont tous là, debout à mes côtés, les mains passées dans leurs manches, graves, respectueux et s'ingéniant à me faire comprendre ce qu'ils racontent autour de moi. Déjà sur le Fleuve Bleu, lors du grand voyage, avec une simple phrase : j'avais pu apprendre une foule de mots. On va vite après. Le grand écueil c'est le ton. Un seul mot prononcé sur cinq ou six tons différents a cinq ou six significations diverses; de là souvent une confusion et des quiproquos fort extraordinaires et quelquefois fâcheux.

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L`Annonciation de la Sainte Vierge Marie

A part ces difficultés que l'on arrive à vaincre assez rapidement dans un milieu chinois, la langue du pays des fleurs est une des plus jolies du monde ; elle a des intonations d'une suavité incomparable. Rien de beau, rien d'émotionnant comme d'entendre les prières des chrétiens, celles des femmes qui, le soir venu, après les travaux des champs, se réunissent dans l'oratoire pour chanter leurs longues litanies : «: Chen-mou-Maly-a! Chen-Pe-to-lou! Chen-Pa-o-lo! Cheti-I-gni-sé! Chen-Aga-ta! 0 Marie ! ô Pierre! ô Paul ! ô Agnès ! ô Agathe ! priez pour nous! priez pour nous! » Caché derrière la tenture de ma porte, dans l'ombre crépusculaire, longtemps, longtemps j'écoutais ces douces mélopées, ces tendres et plaintives cantilènes, où passaient l'un après l'autre les noms de tous les aimés qui étaient là-bas, à cinq mille lieues de l'exilé volontaire. Et ces prières, c'étaient la famille et la patrie un peu retrouvées!..

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Le moment vint trop tôt où je dus quitter mes bons amis de Ta-pin-Kang. Il y a déjà bien des années que je les ai laissés et pourtant leur souvenir m'est toujours cher. C'est qu'on se crée là-bas, au fond de l'Empire du milieu comme ailleurs, des amis sûrs et dévoués. Ceux-là l'étaient. Ils m'aimaient. Il m'aimait aussi le bon et pieux provicaire de la mission qui m'appelait toujours : « Mon gros Lorrain. » Mon coeur va encore à eux maintenant, à travers les mers et les montagnes.

A trente lieues de Tchong-Kin, il y a un beau district de vieux chrétiens; on l'appelle Ta-tsiou-ha-tchang; il est composé de deux sous-préfectures. Ce fut le lot qu'on m'assigna; je devais être aidé par un jeune prêtre chinois et plus particulièrement chargé du pays de Ta-tsiou. C'est là que je me rendis après quatre mois de séjour dans ma chère ferme. Je n'avais qu'un tout petit pied-à-terre dans la ville, car à Ta-tsiou on ne comptait pas plus d'une trentaine de chrétiens; mais mon district, qui se composait de vingt stations environ et de deux mille chrétiens, comprenait plusieurs groupes importants, celui de Long-chouy-tchen, entre autres, avec quatre cents paroissiens. Ces gens du Se-Tchouan, de haute stature, sont braves et même un peu batailleurs. Mes chrétiens ne craignaient rien, hormis Dieu ! Ils savaient parfaitement se faire respecter des païens qui les entouraient. Plusieurs d'entre eux étaient des commerçants notables de l'endroit, des marchands d'objets en cuivre; il y avait même un changeur dont je me servais pour convertir mes globules d'argent en monnaie courante de sapèques.

Un joli presbytère, certes! que le mien à Long-chouytchen, la ville du dragon aquatique. On arrivait en suivant le bord delà rivière voisine; on entrait par une grande porte de jardin et, après avoir traversé deux cours et longé les bâtiments de l'orphelinat, on pénétrait dans le grand kin-tang que j'avais orné de superbes lanternes en étoffe rouge. Mes appartements s'ouvraient à droite de l'oratoire; derrière, dans une cour entourée de murs, s'élevait une tour au sommet de laquelle était suspendue une cloche qui pesait deux cents livres et qui sonnait l`Angélus trois fois par jour. La tour hexagonale est en bois; une flèche de terre cuite la surmonte et porte à son sommet une grande croix; sur les six arêtes supérieures, six anges sont prosternés devant la croix; plus bas six autres anges, tenant des lances en main, les dirigent contre six dragons qui mordent l'extrémité des arêtes. Voilà comment, nous autres missionnaires, nous mettons l'architecture au service d'un dogme.

Mais je n'ai pas dit le plus curieux : les païens, — dans ce temps-là du moins, — étaient ravis de cette idée de la cloche et de la tour. Au coup du matin, la ville du dragon aquatique se réveillait et tous les travaux commençaient. Au coup de midi, on s'asseyait à table, et, au coup du soir, tous les bonzes des pagodes environnantes se mettaient à battre le tambour pour le couvre-feu. C'était ordonné comme dans un couvent. Mais toutes mes stations n'étalaient pas un pareil luxe. Me voyez-vous courir sur les épaules de mes porteurs dans la verte campagne, au milieu des rizières, passant sous les arcs de triomphe qui enjambent la route et qu'on a élevés à la mémoire des veuves non remariées? Ils portent des inscriptions pompeuses au frontispice : Me voyez-vous? C'est le missionnaire qui fait la visite des chrétientés. En arrivant, il y aura catéchisme pour dix ou douze personnes désignées à l'avance. Combien souvent j'ai adressé cette interrogation à des vieillards ou à des enfants!... Après le catéchisme, la messe, puis les confessions, et ceux qui se sont acquittés de ce devoir communieront le lendemain. Quant à l'après-midi, on la réserve aux baptêmes et aux malades. A Ong-ky-miao, je confessais mes gens au-dessus d'une auberge, obligé de subir un tapage infernal, et dans une soupente dont Gresset aurait ri.


La ville de Wuhan en Chine - anciennement 3 villes - Hang-Kéou, Wuchang et Hanyang


Que deviennent les catholiques de Chine?


Le citadin chinois - au 19 ème siècle

Nous sommes dans une ville chinoise, une de l'ouest, à cinq cents lieues du littoral; Tchong-kin-fou, du Se-Tchouan Oriental. (Sichuan) En Chine, les fou sont les villes de premier ordre, les tchou de second, les hien de troisième; les premières sont des préfectures, les autres des sous-préfectures. Mille ans avant notre ère, il y avait donc là un royaume, dont notre ville était la capitale. On sait que l'empire chinois actuel, conquis par les Tartares-Mandchoux des steppes du Nord, était divisé autrefois par petits États; le royaume central aurait soumis tous les autres, et, par extension, on a donné à tout le territoire le nom d'Empire du Milieu, Tchong-Koué.

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On l'appelle aussi Céleste-Empire, parce que le souverain prend fastueusement le titre de Fils du Ciel. C'est un va-et-vient continuel; une foule innombrable circule sur les chemins, du fleuve à la ville et dans les rues; cette foule est tout aussi bruyante que les Napolitains dont nous parlions tout, à l'heure. Ei-ho! ha-ho! Les porteurs font retentir ce cri sans cesse ni répit; c'est pour marquer le pas et charmer la monotonie de leur existence. Vêtus d'une chemise de coton bleu serrée à la ceinture, ils transportent tous leur fardeau suspendu aux deux extrémités d'un fort bambou. Tout se porte à dos d'homme, même les hommes; car vous voyez circuler aussi de nombreux palanquins où se prélassent les gens qui en ont le moyen. Ce n'est pas tout le monde. Les boutiques des deux côtés de la rue s'étalent, surmontées d'enseignes pompeuses. L'étranger qui vient à Paris et parcourt nos grands boulevards s'extasie, dit-on, devant les lettres gigantesques qui ornent les balcons et sont autant de réclames. Ce n'est rien à côté du luxe des enseignes chinoises, composées en caractères dorés, en beaux caractères compliqués, écrits avec élégance sur une table de laque rouge ou noire. Ici un magasin de meubles ou de soieries; là un marchand d'objets en cuivre pour le ménage et la toilette; plus loin une épicerie, une pâtisserie, un boucher, un orfèvre, une boutique d'éventails et de parapluies en papier huilé. Et quelles odeurs! quelles odeurs! Quant aux hôtels et aux maisons de thé, c'est ici surtout qu'il faut regarder les enseignes. Si vous vous écoutez, vous ferez une station dans chacun d'eux; le moyen de faire autrement! Vous n'avez donc pas lu? Hôtel des désirs accomplis, hôtel de l'Hospitalité gratuite, hôtel de l'Humble Fortune, hôtel de la Vertu, hôtel du Jardin des Roses, etc.

C'est un pays de cocagne : interrogez ces gros négociants que vous apercevez dans les magasins sans devantures, ouverts à tous les vents; ces respectables bourgeois qui paraissent si satisfaits de la vie. En voici un : son honnête figure bouffie, est surmontée de la calotte de satin noir à bouton rouge. Il porte une superbe robe en soie du pays, couleur bleue ou grise ou prune, serrée à la taille par une large ceinture de même étoffe; il a passé sur son dos le ma-koua-tse, la casaque-pardessus en drap, aux manches larges et courtes, ou bien le ko-chan-long, aux manches plus longues : aux pieds, des souliers de drap aux arabesques de velours; sur le nez, une paire de lunettes rondes en cristal de roche avec une grosse monture de cuivre; dans la main, s'il n'a pas la machine à compter aux billes d'ivoire, il tient l'éventail de feuilles de palmier ou l'inévitable chouy yen tay, la pipe à eau; si enfin il ne tient rien, il a les mains passées dans ses manches, et je vous certifie que ce riche gentleman, dans cet accoutrement, a conscience de sa dignité. Il y a bien la natte de cheveux, signe de la servitude imposée par les conquérants tartares; mais on a parfaitement oublié ce qu'elle représentait dans l'origine; pour le moment c'est le plus bel ornement de notre personnage.

Pénétrons plus avant dans la maison, une belle maison de briques grises, avec une entrée dans la rue voisine, peut-être. Voici le vestibule où l'on dépose les palanquins, puis une cour, puis un corps de bâtiment, une grande salle que l'on traverse sans s'arrêter, puis une seconde cour, enfin un autre corps de bâtiment et derrière encore une autre cour. Ces cours sont ornées de verdure et de fleurs entretenues avec amour par des jardiniers spéciaux; des camélias, des pêchers, des lan-hoa, sorte de tulipes, des arbustes auxquels on donne la forme d'un chien, d'un tigre, d'un lion. Les appartements privés, les chambres à coucher sont à droite et à gauche des grandes salles du milieu. Généralement, malgré quelques beaux meubles de laque, les chambres sont obscures et humides; l'usage des vitres est inconnu; aux petites fenêtres carrées, des treillages revêtus de papier soyeux mais opaque. Il est impossible de rien apercevoir au dehors; donnez au contraire une petite poussée au papier, faites-y un trou du bout du doigt, vous verrez parfaitement au dedans. Ces indélicatesses se commettent souvent en Chine.

La grande salle du fond est le salon de réception. Il n'y a pas d'étage; on aperçoit les poutres du toit soutenues par de hautes colonnes de bois verni et peint en rouge. Au fond se dresse un large canapé en bois noir, à deux places, séparées par un tabouret qui sert à poser les tasses de thé. A droite et à gauche des chaises recouvertes d'une pièce de drap et toutes séparées aussi par des crédences pour le service du thé. Au milieu de la salle souvent une table carrée. Aux murs pendent des tablettes en papier blanc sur lesquelles on a peint des personnages historiques ou mythologiques, ou ces beaux caractères chinois qu'on sait. Des lanternes ovales ou rectangulaires en étoffe ou en verre se balancent sur vos têtes. Le repas est servi ! Ils sont quatre assis à la table carrée, jouant des bâtonnets d'ivoire et piquant çà et là dans un des douze bols placés au milieu, entre eux. Les serviteurs vigilants, attentifs au moindre signe, s'empressent derrière les convives et leur versent l'eau-de-vie brûlante dans des tasses microscopiques. Les convives sont joyeux, ils n'ont sur les lèvres que des paroles de politesse; toujours les mêmes, par exemple : « Pou-chao-leao! Quel copieux repas! Pou-kan-tang ! Je n'oserais avaler cette bouchée avant vous! To sié ! Mille grâces ! etc. » On apporte le riz dans d'autres bols; alors les fruits, les gâteaux de sésame, les bonbons, les pépins de citrouille  et l'on attaque vigoureusement les poulets bouillis, les jambons, les ailerons de requin, les nids d'hirondelles. Le repas se termine par la tasse de thé et la pipe de tabac traditionnelles. Et nos convives de philosopher, de raconter des traits de l'histoire nationale, de citer des proverbes, de rire gentiment, doucement, sans éclats.

C'est ainsi que les choses se passent là à côté, dans le secret des appartements intérieurs du palais mandarinal. Mais lorsque le mandarin-préfet paraît en public, il en va autrement. Investi d'un pouvoir presque sans limites, le simple sous-préfet, tche hien, apparaît dans toute la pompe orientale, trônant dans sa chaise, entouré d'un peuple de satellites et de soldats. On bat le tam-tam devant lui; on porte derrière le grand parasol d'honneur. Il s'avance par les rues de la cité, vêtu de son costume de cérémonie, le bouton bleu vissé au sommet du bonnet officiel, le poitrine couverte du plastron orné de la grue symbolique, le collier d'ambre autour du cou. Tout à l'heure il est descendu de son tribunal, peut-être en marchant dans le sang du malheureux qu'il a fait fustiger à coups de rotins; il est passé ensuite devant d'autres misérables dont les têtes grimaçaient au-dessus de leurs lourdes cangues; maintenant il court, il vole au milieu des cent familles, de ce peuple que sa garde écarte à grands coups de gaules. Il rencontre un théâtre en plein vent où vingt mille spectateurs sont réunis, et il dit : « C'est bien! ils s'amusent.  Il longe les escaliers d'une magnifique pagode, où par les portes à demi ouvertes on entrevoit dans la pénombre la colossale statue de Bouddha, assis sur les talons, le doigt levé vers le ciel, et il dit : « C'est bien! les dieux me protègent; la ville est heureuse. Continuons, continuons à en tirer de l'or et du sang. » Voilà le « père et la mère du peuple » ! Lecteurs, avez-vous remarqué que je n'ai pas encore dit un mot de la femme? La femme ne compte pas en Chine, on ne la nomme pas; elle vit à l'intérieur, humble, effacée, retirée dans les profondeurs du gynécée. Patience pourtant; nous la verrons tout à l'heure, pour vous faire plaisir.

Le laboureur chinois.  au 19 ème siècle

Le voyez-vous le laboureur, la robe retroussée, la natte roulée autour de la tête? Dans la rizière, il pousse devant lui la charrue attelée d'un buffle noir, — une charrue sans coutre, sans oreilles et sans roue, un soc emmanché d'un morceau de bois recourbé. — Le buffle est un heureux animal qui, après son travail, peut se reposer. Il est uniquement destiné à l'agriculture; quand il sera vieux, on ne le tuera point, il mourra de sa belle mort. Pas de vaches, le Chinois a leur lait en horreur.. Par contre, il engraisse beaucoup de volailles et des porcs : la seule viande qu'il mange.

Dans ces pays perdus, aucun morceau de terrain ne sera négligé; la plaine est couverte de rizières; les collines sont cultivées elles-mêmes, et les rizières remplies d'eau s'y étagent les unes au-dessus des autres. Le sommet de la hauteur est souvent une rizière; on y fait monter l'eau au moyen de chapelets de seaux fort ingénieux et très simples en même temps; dans la vallée, des canaux servent à l'irrigation. On voit de riches paysans, un panier à la main, suivre les animaux pour recueillir leur fumier. Partout des fossés où l'on entasse aussi l'engrais humain; je laisse à penser si les campagnes sont odorantes. .. Voici des champs de cannes à sucre, des champs de froment même, des champs de pavots pour l'opium, — la plaie du pays, l'abrutissante fumigation; — voici des plantations d'arbustes à thé qui sont comme de petits camélias, aux feuilles sombres et bronzées; voici des pépinières d'arbres inconnus chez nous : le tong chou, qui ressemble au noyer et donne un fruit précieux dont on extrait l'huile; le pé lachou, qui ressemble au cerisier et sur lequel un insecte dépose la cire blanche. On exporte du Se-Tchouan tous les ans pour quatre millions d'huile et quatre millions de cire. Allons! allons! brave paysan, travaille, prépare la moisson. Les jambes dans l'eau sale où grouillent toutes sortes de poissons, sarcle, échenille du matin jusqu'au soir; la terre produira deux récoltes si tu prends de la peine.


RIZIÈRES en TERRASSES - YUNNAN - CHINE


Dernière édition par MichelT le Lun 24 Jan 2022 - 15:14, édité 1 fois

MichelT

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Message par MichelT Hier à 14:11

Et gare au mandarin! gare à l'impôt! Le mandarin est l'ennemi du paysan, qui fera tout son possible pour s'en passer, même quand il en aurait besoin; cela coûte trop cher. Dans la campagne, occupé à son champ, le laboureur voit de loin la tour de briques à sept étages qui lui annonce le voisinage de la ville, et intérieurement il se félicite d'être un Tityre et un Mélibée, et de vivre à peu près paisiblement dans son coin herbu, à l'abri du regard inquisitorial du maître.

Celui-ci apparaît pourtant une fois ou deux officiellement et à jour marqué aux yeux des ruraux; c'est pour la fête des semailles, qu'on appelle aussi et «journée de emprisonnement des esprits malfaisants» et  « journée des aliments froids ». On en saisit la raison. Le mandarin donne alors au peuple l'exemple de la pénitence, pour appeler la bénédiction du ciel, pour conjurer l'enfer et empêcher les diables d'enlever la semence et d'étouffer les germes; au son du tam-tam, du canon et des cloches des pagodes, le sous-préfet commande aux malins esprits de rentrer en ville et d'aller y attendre ses ordres. Les citadins ne tiennent guère à cette compagnie; ils auront leur tour de faveur; à la fin de l'automne, on lâchera de nouveau les diables dans les guérets.

Le vingt-cinquième jour de la deuxième lune, on voit aussi l'empereur à Pékin, et les grands mandarins dans les provinces, conduire eux-mêmes la charrue pour honorer l'agriculture. Quels soins, quelle vigilance le paysan chinois n'apportera-t-il pas à son bien, à sa terre! Il lui faut garder la moisson quand elle commence à mûrir. Les maraudeurs s'en vont de ci de là, braconnant et coupant les épis furtivement pendant la nuit; mais le tsin-miao-houi veille. Les propriétaires se sont constitués en société, et, depuis huit heures du soir jusqu'à cinq heures du matin, il y aura des hommes dans les champs : armés d'une petite bêche, d'un pinceau et d'un pot de chaux, ils disposeront de distance en distance de petits amas de terre blanchis, qui serviront le lendemain à faire constater leur vigilance. Le moyen est ingénieux et bien chinois.

Puis, quand on a coupé et battu les gerbes, vanné les grains sur la grande aire devant la maison, on les dépose dans des paniers d'osier si hauts qu'ils faut une échelle pour en atteindre le sommet. Les voleurs sont à craindre encore et toujours. On a donc constitué une autre société de veilleurs de nuit : dans les villages et les marchés, comme dans les grands centres, on les reconnaît quand on entend le bruit du gong, de la crécelle et des bâtons de bambous. Bonnes gens, dormez en paix; l'ange gardien est là!

Il est des périls plus grands qui surgissent à certaines époques. Un voleur n'est rien auprès d'une armée de Nien Fei, par exemple, de ces rebelles qui parcourent la campagne à défaut des villes, mettant tout à feu et à sang. Les paysans sont aussi organisés pour résister à ces terribles attaques dans le cas où elles se produiraient. Certes, ce n'est pas le soldat impérial qui les défendrait. Un soldat chinois est ordinairement un misérable voyou habillé de noir, ayant sur le dos et la poitrine un grand caractère qui indique sa profession et une sorte de turban rouge autour de la tête. Quand ce n'est pas un régulier de Pékin ou du fameux vice-roi Ly-hong-tchang, il est armé d'une lance, d'un arc ou d'un mauvais fusil à pierre; il a en outre son parapluie de papier et sa lanterne.

Le général ou le colonel se fait porter, au milieu de la tourbe, dans une élégante litière. Cela s'appelle une armée. Les notables des villages et des fermes ont donc pris l'initiative de l'organisation des milices nationales propres à repousser les agressions importantes et à défendre la vie, les maisons et les biens des intéressés. Chaque famille participe à l'oeuvre; les uns donnent des hommes, les autres de l'argent pour l'armement, l'équipement et l'entretien.

Oh! je me rappellerai toute ma vie mes séjours prolongés dans les fermes chinoises, bien plus délicieux que mes stations forcées dans les villes. Les campagnes d'abord sont beaucoup plus propres, et le paysan est un être simple et tranquille qui viendra au missionnaire plus facilement qu'un autre, gâté par la corruption qu'on rencontre dans les grandes agglomérations. Ne les froissez pas, traitez-les avec douceur et politesse; vous en ferez tout ce que vous voudrez: annoncez-leur l'Évangile, parlez-leur de Dieu ou de la vérité, ils viendront à vous comme on va au soleil, à la lumière et à la chaleur.

La femme chinoise (au 19 ème siècle)

« Un homme en Chine en parlant à une femme ne la regardera jamais en face, ni ne se tournera vers elle. Lorsqu'une femme sort pour se rendre dans quelque endroit, si elle a soin de sa réputation, elle se fera toujours accompagner. Lorsqu'elle arrive dans une auberge, ce n'est pas l'aubergiste qui vient la recevoir, mais sa femme ou sa fille qui l'introduit dans l'appartement où mangent les femmes et qui a soin d'elle. S'il arrive un étranger à la maison et qu'il soit invité à dîner, serait-ce un ami de la famille, les femmes ne mangeront pas à la même table.»  Depuis cent ans peut-être, la femme chinoise a su, à force d'adresse, conquérir un rang meilleur. Elle n'est pas devenue la compagne véritable de son mari, mais elle n'est plus tout à fait son esclave.

Les familles, en Chine, ne se séparent pas comme chez nous; souvent, dans une même maison, on rencontre jusqu'à quarante et soixante personnes, depuis le bisaïeul jusqu'aux arrière-petits-enfants, par conséquent trois, quatre, cinq ménages qui n'en font qu'un, se servant de la même cuisine, des mêmes ustensiles, des mêmes meubles. Les brus sont là côte à côte, obligées de vivre ensemble; je vous laisse à penser, dans ce milieu tout païen et égoïste, ce que peut être l'intérieur d'une maison chinoise.


Le mandarin chinois. (au 19 ème siècle)

La grande porte du prétoire est toujours ouverte; quand on a le droit de son côté, et pas de sapèques dans la poche, il faut se garder d'y entrer. » Les Chinois aiment à parler gravement, sentencieusement, et ils citent volontiers des proverbes, dont ils ont là-bas une aussi riche collection que nous-mêmes. Celui-ci est bien connu; il résume toute la question que nous voulons traiter. Le mandarinat est une belle et antique institution; mais il se déshonore de plus en plus. Qu'est-ce qu'un mandarin? Vous le savez déjà. Vous êtes mêlé à la foule; vous cheminez paisiblement dans les étroites rues de la vieille cité, bayant aux corneilles, vous éventant nonchalamment, tirant des bouffées de votre pipe, regardant les boutiques aux belles enseignes de laque noire, avec de grands caractères dorés. Tout à coup, au-dessus des mille rumeurs qui vous entourent, plane une rumeur formidable, un bruit strident : Bimî ziml bômmml Le gong! le tam-tam! Bimlbiml bim! Et la foule s'écarte adroite et à gauche pour faire place à la procession qui s'avance, non ! accourt, roule en avalanche. Des satellites habillés comme des mendiants, avec des figures de malfaiteurs, le teint blême, les yeux furibonds, mais coiffés du chapeau de cérémonie, chassent le peuple à grands coups de gaules. Tous ces malheureux, porteurs d'eau, porteurs de riz, porteurs de cuivre, porteurs de palanquins, déroulent au plus vite la natte qu'ils ont relevée sur la tête en chignon, pour travailler plus aisément; ils se rangent le long des boutiques, et, vous-même, vous y voilà Biml... la cohue passe, c'est la ma-houai : des satellites qui portent le tam-tam ; des satellites qui portent des tablettes de bois avec des caractères indiquant le titre du grand homme; des satellites qui portent des oriflammes; des satellites qui trament des prisonniers, et, au milieu de cet affreux cortège, le fou mou kouan, le père et la mère du peuple ; cet homme-là, assis dans son palanquin, la figure bouffie, l'air ennuyé ou préoccupé.

Vous avez saisi au passage cette tête plus ou moins aristocratique, entre le bonnet officiel et le scintillement du costume, des breloques et des insignes. Rien qu'un diminutif de la pompe orientale antique, un vague souvenir des anciens âges; allez ! les satrapes du temps des Grecs ou d'Artaxercès. Ici, ils ne connaissent point la séparation des pouvoirs : administrateur et juge, c'est tout un, et avec cela l'autorité absolue, autocratique : cet homme que vous venez de voir passer, trônant dans son palanquin et qui commande dans une capitale de trois mille âmes, a droit de vie et de mort sur ses subordonnés; vous voyez les garanties d'indépendance offertes aux citoyens par une semblable organisation. En Chine, nous comptons seize provinces; dans quelques-unes, comme le Se-Tchouan (Sichuan), il y a jusqu'à trente-cinq millions d'habitants; dans la capitale, deux millions. Le gouverneur de la province ou vice-roi s'appelle tche-taï ou tsong-tou. Immédiatement au-dessous de lui, un ou deux gouverneurs appelés fou-taï, puis le fan-taï, trésorier général, puis le tao-taï, qui inspecte les préfets.

Les villes se divisent en trois classes; les fou, les tcheou et les shien; les fou sont des préfectures, les tcheou , des sous-préfectures de première classe, les shien, des sous-préfectures de seconde classe. Un mandarin-préfet, tche-fou, commande à un fou; les tche-shien sont les sous-préfets préposés aux tcheou et aux shien. Ils sont légion, en Chine ; tout le pays est dans leurs mains. Au Se-Tchouan, pour douze fou et dix-neuf tcheou, il y a cent douze shien, villes murées, résidence des sous-préfets. Pour compléter ces renseignements précis sur la hiérarchie mandarinale, disons que le mandarinat se subdivise en neuf degrés d'honneur, dont les insignes sont les fameux boulons vissés au sommet du bonnet officiel,— rouge, bleu, blanc et or,— et que, parallèlement aux degrés civils, correspondent autant de degrés militaires. Le mandarin militaire est loin d'avoir l'autorité du civil ; dans quelques villes, il a à peine quelques soldats sous ses ordres, et son grade peut équivaloir à notre grade de sous-lieutenant, et peut-être bien même de sergent. Ce qui relève le mandarinat militaire, c'est cette curieuse particularité qu'on rencontre dans certaines grandes villes chinoises et qui consiste dans l'installation, près du vice-roi ou du tche-fou, d'un maréchal Larlare appelé Man-kiim, représentant de l'empereur (qui, comme on sait, est Tartare mandchou) et sans lequel le vice-roi ne peut rien ordonner.  Le maréchal est un seigneur puissant qui réside dans un quartier spécial habité seulement par les troupes tartares , et c'est probablement grâce à cette institution prudente, à ce contrepoids efficace, que la dynastie actuelle doit de s'être maintenue si longtemps au pouvoir.

Le fauteuil du sous-préfet se dresse derrière une table recouverte d'un tapis rouge, au-dessus d'une estrade. Sur la table se trouvent des pinceaux, de l'encre, de petits jetons en bambous avec des chiffres gravés dans le bois, des rouleaux de papier ; ce sont les tchem-tse, suppliques, requêtes civiles ou plaintes au criminel. Des lances ornées de franges vertes sont plantées au bout de la table; des instruments de torture sont suspendus à la muraille : des haches, des fouets, des rotins, des semelle de bottes pour frapper sur la bouche. Le mandarin porte au cou le collier de grains d'ambre, et sur la poitrine la grue, signe de l'autorité civile. Près de lui sont rangés les tche-ié, conseillers ou secrétaires, les iaï-chou, avoués, les ou-tsouo, médecins légistes, les bourreaux. Quand j'aurai nommé les men-chan, gardiens des portes, j'aurai énuméré presque tous les employés d'un tribunal. L'accusé est amené, il s'agenouille :Ton nom? dit le sous-préfet juge. — Le tout petit porte le nom vil et méprisable de Tong. — Quel âge as-tu? — Il y a vingt-cinq ans que le tout petit endure les misères de la vie dans le pauvre pays de Ma-pao-tchang. » L'interrogatoire continue. S'il y a lieu, — et cela arrive huit fois sur dix, —le tout-puissant préfet choisit avec nonchalance un des jetons qui se trouvent sur la table rouge et le lance à terre. Les bourreaux le ramassent, puis saisissent le patient, lui rabattent son large pantalon sur les pieds, l'enroulent autour des jambes et le fixent à un piquet en jetant le malheureux ventre à terre; ils ont aussi attaché la natte de cheveux à un autre piquet, et ils ont détaché de la muraille les rotins flexibles. Les voici deux de chaque côté du condamné :  frappe, frappe! » a crié le mandarin d'une voix glapissante, et ils frappent en chantant et en marquant les coups : Un, deux, trois, quatre, cinq, six. » Le premier zèbre la peau d'une raie sanglante; au troisième, le sang jaillit.

SEM, CHAM ET JAPHET - VOYAGE DANS TROIS PARTIES DU MONDE Famille-de-mandarin-chinois-dl-1079-1
Famille de Mandarin Chinois

MichelT

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