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« La spiritualité du Sacré-Cœur est d’une actualité brûlantissime »

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Message par Lumen Mar 21 Juin 2022 - 23:28

« La spiritualité du Sacré-Cœur est d’une actualité brûlantissime »

« On ne voit bien qu’avec le cœur. » La phrase de Saint-Exupéry  est presque devenue un cliché. Mais qu’entend-on au juste par ce mot « cœur » ? Laissons-nous conduire du Cœur de Dieu au cœur des hommes. À l’occasion de la fête du Sacré-Cœur, commençons donc par interroger ce culte étonnant et ses trésors.

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« Adorer le cœur sanguinolent du Christ ? Beurk ! », grimace Geneviève. À 80 ans, cette femme ne cache pas sa perplexité devant la fête liturgique du Sacré-Cœur, traditionnellement célébrée le vendredi suivant celle du Saint-Sacrement – soit le 24 juin cette année. « Mièvre et sulpicien », persifle Tiphaine, qui y voit plutôt un romantisme de sacristie passablement « kitch » et vieillot. Pourtant, à voir la flopée de livres qui sortent en librairie sur le sujet, la spiritualité du Cœur de Jésus serait en plein boum.

L’instauration du dimanche de la Miséricorde sous le pontificat de Jean-Paul II aurait relancé une dévotion en voie d’essoufflement depuis la grande mutation des années 1960. « Loin d’être dépassé, sentimental ou doloriste, le culte du Cœur de Jésus est l’assise sur laquelle peut s’irriguer toute action d’évangélisation, nourrissant le cœur des croyants », affirmait le Père Joël Guibert dans un livre remarqué, Rendre amour pour amour (Pierre Téqui). Pour le célèbre prédicateur, tombé sur le tard dans le chaudron de cette brûlante spiritualité, nous ne serions même qu’à l’aube de ce culte. « Rendre amour pour amour, réparer, consacrer, vivre la compassion, la consolation, la charité fraternelle. » C’est le message pressant adressé par Jésus-Christ à ses divers porte-parole : sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), la bienheureuse Conchita, laïque mexicaine et mère de neuf enfants (1862-1937), la religieuse polonaise sainte Faustine (1905-1938), et bien d’autres saints. Un message résonnant dans nos pauvres âmes par-delà des siècles d’apostasie et de soupçon.

Prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles et professeur de théologie, le Père Benoît de Baenst, qui vient de consacrer un livre au sujet, Le Cœur de Jésus. Cœur de notre foi, (Éd. Emmanuel), précise : « Malgré un aspect poussiéreux aux yeux de certains, la spiritualité du Sacré-Cœur est d’une actualité brûlantissime, car elle est l’expression de quelque chose d’essentiel. Elle résume tout, sous le drapeau de l’intériorité, de la subjectivité, et de l’amour. » Plus récemment, également, Clémentine Beauvais, jeune écrivain et enseignante-chercheuse à l’université anglaise de York se présentant comme « féministe milléniale, agnostique non baptisée et écolo végétarienne », a surpris tout le monde (visitandines en tête, gondolées de rire à la lecture de son ouvrage) avec une (en)quête détonante sur Marguerite-Marie Alacoque, sa lointaine aïeule : Sainte Marguerite-Marie et moi (Quasar). Le Sacré-Cœur ? « Ben, c’est l’instrument de Jésus pour redire son amour, à la base ; et comment Il a racheté nos péchés », résume-t-elle avec son humour ravageur, sans pour autant adhérer à la doctrine chrétienne. À l’origine de la solennité du Sacré-Cœur, les apparitions à la religieuse du monastère de la Visitation de Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) constituent en effet un point d’orgue, et méritent qu’on s’y arrête brièvement, tant elles frappent l’imagination.

Rappelons les faits, tels que la mystique les rapporta, à contrecœur. Le 27 décembre 1673, jour de la fête de saint Jean l’évangéliste, Jésus fait reposer longuement la religieuse sur son côté. Puis Il lui découvre son Cœur enflammé et ceint d’une couronne d’épines. Avant de plonger sa main dans le côté de la voyante, afin de procéder à une sorte de « transplantation cardiaque » rappelant la manière dont le Dieu biblique implante le fond de son être – sa loi, sa vie, son amour – dans le cœur des hommes. Son Divin Cœur si passionné d’amour « ne peut plus contenir les flammes de son ardente charité », lui exprime-t-Il. Surprenante déclaration d’amour.



« J’ai soif, je brûle du désir d'être aimé »

En 1674 et 1675, rebelote. Le Christ se manifeste à nouveau et lui « ouvre » encore une fois son Cœur, au propre comme au figuré, tout en faisant entendre une sourde plainte : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes […] et pour reconnaissance je ne reçois que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges et par les froideurs et mépris qu’ils ont pour moi […]. J’ai soif, je brûle du désir d’être aimé […]. Je ne trouve personne qui s’efforce, selon mon désir, de me désaltérer. »

Enfin, dernier coup de théâtre : la demande de « réparation », à articuler avec la notion de justice divine, difficilement audible aujourd’hui. L’ardente Marguerite-Marie accepterait-elle de « suppléer » à l’indifférence des hommes ? On classerait bien ce curieux cérémonial amoureux au rayon « heroic fantasy » ou « légendes arthuriennes ». Et le verdict « psy » serait sans doute sans appel aujourd’hui : amour toxique.

« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur », dirait Cocteau. Et ce fut un peu l’attitude de l’Église, visiblement gênée aux entournures par le rugueux récit de ces apparitions à cœur ouvert. « Un récit carrément transgressif, gore et brutal, réagit vivement Clémentine Beauvais. Car normalement le cœur, bien à l’abri derrière le mur de peau et la cage thoracique, n’est pas voué à sortir de sa cavité. Et lorsque le Christ apparaît à la mystique du XVIIe, il faut l’imaginer tout à fait tangible, fumant, odorant et pulsatile. » De fait, les versions courantes de ce récit déroutant, alliant en vérité hyper-réalisme et mystique du plus haut degré, sont soigneusement expurgées de ses aspects les plus « cliniques », qui s’accordaient sans doute mieux aux sensibilités de l’époque, moins douillettes que les nôtres. « L’exaltée » du bocage charolais avait en effet les nerfs solides. Mais poursuivons.

Pourquoi donc toute cette mise en scène ? Quelle pédagogie divine ? Ceux qui ont creusé la question apportent des éléments de réponse. « Caractéristique numéro un du Sacré-Cœur : il enregistre les trahisons humaines à l’égard de Jésus, reprend Clémentine Beauvais. Caractéristique numéro deux : il est non seulement symboliquement, mais aussi physiquement, blessé. Caractéristique numéro trois : il est, littéralement, une pièce à conviction. Quand on le voit, on ne peut pas en douter. Le Cœur de Jésus, ce n’est pas juste un concept, pas une métaphore du supplice ou une métonymie, mais vraiment un morceau de son corps. »

« Ce réalisme du Cœur de chair de Jésus – qui rencontra déjà à l’époque l’hostilité conjuguée des jansénistes et des encyclo- pédistes – peut avoir un effet repoussant, convient le Père Joël Guibert dans son ouvrage. Le Christ aurait pu proposer à notre vénération ses mains qui ont tant guéri, ou ses yeux avec lesquels Il a tant aimé. Mais, face à un monde qui allait bientôt s’enfoncer dans l’apostasie tranquille, Il a choisi de frapper les hommes en révélant son Cœur enflammé d’amour pour eux. » « La douce éloquence des pulsations du Cœur divin », selon les mots de saint Jean l’évangéliste à une autre mystique, quelques siècles avant Marguerite-Marie, aurait « été gardée en réserve » pour notre « ère de glaciation de l’amour ».



Une expérience d'une intensité peu commune

« Certes, l’expérience spirituelle vécue par Marguerite-Marie fut d’une intensité peu commune, qui nous dépasse, admet aussi le Père Benoît de Baenst. Mais il ne faut pas s’arrêter à son aspect sensationnel et considérer aussi sa symbolique, à la fois riche et très simple. Le Cœur battant du Christ est une réalité vivante, mais qu’est-ce qui le fait battre ? Son incommensurable amour. Il est l’image même du Cœur de Dieu et le moyen de l’honorer et de l’aimer. Il apparaît comme le centre d’où l’amour, tel un soleil, rayonne. Mais un amour total : éclairé, voulu, libre… Et ce qui blesse le Cœur du Christ, ce sont précisément les personnes qui ne vivent pas selon la logique de l’amour. »

Cette logique même qui innerve toute la Bible, et qui peut demander une vie entière avant d’être perçue. Loin d’être une nouveauté du XVIIe, la dévotion populaire au Sacré-Cœur serait bien plus ancienne. « À sa manière, l’Écriture sainte l’exprime et la tradition de l’Église, en lisant l’Écriture, en a progressivement reconnu et déployé sa richesse », poursuit ce membre de la Communauté de l’Emmanuel. « Si les termes lev (hébreu) et kardia (grec) désignent chacun le cœur physiologique, dans la Bible, le cœur revêt surtout une signification métaphorique. Mais ce langage analogique s’est perdu. Il est devenu aujourd’hui malheureusement incompréhensible, ou jugé dépassé, car sans validité scientifique. »

Ce cœur au sens large englobe le tout de l’homme, et a fortiori de son Créateur : vie intellectuelle, sensible, affective, morale et spirituelle. Il désigne le centre intime de l’être, ou sa racine, « là où l’homme dialogue avec lui-même, assume ses responsabilités, s’ouvre (ou se ferme) à Dieu », écrivait le théologien Xavier Léon-Dufour. Il est l’expression du « mystère intérieur de l’homme », selon la belle expression de Jean-Paul II – l’autre nom de l’âme et de la conscience. « Dans l’Ancien Testament, le Cœur de Dieu, mu totalement par l’amour, est révélé au point d’en constituer la trame profonde », continue le Père de Baenst.

La miséricorde (dérivé du terme hébreu rahamim, désignant « les entrailles »), la pitié, la bonté ou la tendresse en sont les déclinaisons… Dieu aime l’humanité d’un amour inconditionnel. Et l’appelle à L’aimer en retour à travers la bouche de ses prophètes… « Revenez à moi de tout votre cœur » ; « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. » C’est l’essence du fameux Shema Israël (« Écoute Israël »). Tout l’enseignement du Christ reprend cette thématique de l’ouverture du cœur associé au commandement de l’amour, renversant toutes nos perspectives humaines… : « Mais amassez-vous des trésors dans le Ciel […] car là où est ton trésor, là sera ton cœur » (Mt 6, 19-23). « Prenez sur vous mon joug car je suis doux et humble de cœur », se définit Lui-même le Christ. Sollicitude dont attestent toutes ses guérisons miraculeuses.



Le coeur, centre intime de l'être

Dans un petit ouvrage méditatif très inspiré, Neuf jours avec le Sacré-Cœur (éd. des Béatitudes), le Père Nicolas Bossu, vicaire à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste (Lyon) et auteur d’ouvrages sur la lectio divina, invite à contempler cet aspect-ci du Sacré-Cœur, plus rarement mis en valeur. « Autrefois, on insistait beaucoup sur la dimension d’expiation :  accompagner Jésus dans sa Passion, nous dit-il. Dimension profondément juste, mais souvent mal comprise, pouvant dégénérer en dolorisme. Alors que beaucoup de nos contemporains, blessés affectivement et psychiquement, peuvent découvrir dans cette belle dévotion, un cœur qui sait aimer, tout simplement. »

Il précise : « Durant sa vie publique, le Christ a aimé les personnes de façon chaste et passionnée, à l’image de l’amour qui unissait Marie et Joseph. Son affectivité d’homme, mûri à Nazareth et accompli dans un don universel et total (à travers le célibat), est une extraordinaire source d’inspiration, en particulier pour les consacrés. Contempler la Sainte Famille, modèle d’une affectivité joyeuse et parfaite, élève et purifie le cœur. Jésus est la plénitude de la douceur et de l’humilité de Dieu. Ce ne sont pas des petites vertus au rabais, pour une spiritualité de frustration ou d’anéantissement. Au contraire. C’est dans cette douceur que Dieu révèle sa force et sa grandeur, sa noblesse, la perfection de l’amour. » Cette spiritualité du Sacré-Cœur se vit pas à pas, selon le Père Bossu, en reconnaissant notre vulnérabilité, et laissant de côté nos dures caboches. « C’est en déversant l’eau vive jaillie de son Cœur, transpercé par notre rejet de Dieu, à travers les plaies ouvertes de nos propres blessures intérieures, que le Christ vient nous guérir et nous sauver », éclaire-t-il. Un mystère paradoxal qu’ont approché en tremblant tous les saints. Et qui reste la sublime réponse du Dieu chrétien face à la contagiosité du mal.



Diane Gautret
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