Dénatalité: le piège se referme

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Message par MichelT le Mer 5 Jan 2011 - 13:51

Dénatalité: le piège se referme

Il y a quinze ans, Raymond Aron écrivait: "Les Européens sont en train de se suicider par dénatalité" (Cinquante ans de réflexions politiques, Julliard). Son pronostic se vérifie aujourd'hui, comme le montre l'économiste Yves-Marie Laulan dans Les nations suicidaires (1). Une chape de silence s'est d'emblée abattue sur cet essai. Politiquement incorrect et stylistiquement incisif, il ne peut que déplaire aux tenants de la pensée unique.
La dénatalité occidentale a commencé avant le premier choc pétrolier. Le non-renouvellement des générations apparaît en Suède dès 1968, en Allemagne de l'Ouest en 1970. Aujourd'hui, l'ensemble du monde occidental accuse un lourd déficit démographique. L'Europe méditerranéenne catholique (Italie, Espagne, Portugal) oscille entre 1,2 et 1,3 enfant par femme. La très catholique Irlande est tombée à 1,9 enfant au lieu de 4 en 1970. La capitale de la Bavière, Munich, n'enregistre que 0,9 enfant par femme. Au baby-boom a succédé le papy-boom et les parcs d'attraction comme Disneyland, construits pour les enfants, prospèrent grâce au troisième âge...
Cette dépression démographique reflète notre dépression morale et religieuse. Rançon amère de la culture de mort, elle amorce la " boucle implosive de la natalité européenne " (2).

Sept effets pervers

Le vieillissement cumule déjà sous nos yeux sept effets ravageurs qui vont s'accentuer en 2006 lorsque les premiers "baby-boomers" nés en 1946 prendront leur retraite.

Premier effet: la faillite des systèmes de protection sociale. Mme Martine Aubry, fer de lance de notre politique antifamiliale, peaufine au cours de l'été l'énième dispositif destiné à endiguer le déficit galopant des comptes sociaux. Il est étonnant qu'elle ne fasse aucun lien entre ce déficit, fruit du vieillissement, et la dénatalité, fruit de la politique antifamiliale. Le coût social d'une personne âgée étant le double de celui d'une personne jeune, la hausse des dépenses de santé et de retraite est inexorable.

Deuxième effet: la spoliation des familles. Les allocations familiales ont perdu 75% de leur pouvoir d'achat depuis leur création par le général de Gaulle en 1946. Comme les enfants ne votent pas et ne manifestent pas dans les rues, les hommes politiques ont avalisé une spoliation des familles fécondes au profit d'autres groupes sociaux plus revendicatifs. C'est ainsi que, depuis dix ans, les excédents cumulés des caisses d'allocations familiales sont utilisés à d'autres fins que l'aide aux familles (financement du R.M.I. qui relève de l'aide sociale, aide aux personnes dépendantes qui relève de la branche santé, etc.). Le poids croissant du régime vieillesse exerce un effet d'éviction au détriment de la politique familiale. Les familles soumises à des ponctions croissantes bénéficient d'une protection décroissante.

Troisième effet: le recul de l'âge de la retraite. Faute d'actifs jeunes pour financer les retraites, il faut augmenter le nombre d'années de cotisation, c'est-à-dire reculer l'âge de la retraite. Ce que fit avec sagesse M. Balladur en 1993 en prolongeant de trois ans la durée de la vie professionnelle. Les jeunes qui entrent aujourd'hui sur le marché du travail doivent savoir que notre société sénescente ne pourra leur financer aucune retraite. Les plus informés et les plus diplômés misent uniquement sur la retraite par capitalisation et recherchent par conséquent des salaires élevés en début de carrière pour se constituer un capital initial susceptible de fructifier toute leur vie durant. Cet objectif les incite, d'une part, à quitter la France pour les pays à fiscalité plus raisonnable, (l'Angleterre notamment), d'autre part, à différer le plus longtemps possible la naissance de leur premier enfant afin d'être totalement disponibles pour leur vie professionnelle. Le cercle vicieux est donc déjà enclenché. La pénurie d'enfants des années Giscard d'Estaing nourrit dans les années Chirac des anticipations pessimistes qui conduisent elles-mêmes à retarder la procréation, donc à accroître la pénurie d'enfants.

Quatrième effet: le risque fratricide. Dans les pays industriels, le nombre des personnes âgées a doublé entre 1950 et 1985. Il doublera de nouveau d'ici à 2025. En France, les moins de 20 ans n'ont jamais été si peu nombreux. Ils représentaient plus du tiers de la population en 1968, seulement le quart en 1998. En entrant dans la vie active, ils seront accablés par la charge financière de leurs ascendants plus nombreux qu'eux-mêmes. Ils rejetteront les différentes formes de solidarité: rejet de la solidarité nationale d'abord: les cotisants actifs, constatant que leurs prélèvements augmentent alors que leur retraite diminue, exigeront que leurs cotisations soient reversées directement à leurs parents; rejet de la solidarité européenne ensuite: les différentiels de fécondité intra-européens feront voler en éclats tous les mécanismes communautaires de péréquation. Aujourd'hui déjà, le taux de fécondité de la France est le double de celui de la Ligurie. Dans une génération, les actifs français feront pression pour que l'Italie, incapable d'auto-subvenir à ses propres vieillards, sorte de l'Union Européenne. D'ores et déjà, les actifs divergent des inactifs sur la question européenne. L'analyse sociologique du référendum français du 20 novembre 1992 sur les accords de Maastricht montre que les inactifs (jeunes en formation, retraités, rentiers) ont voté majoritairement oui, alors que les actifs ont voté majoritairement non...

Cinquième effet: la dépression économique. La dénatalité française entraîne déjà des fermetures de classes. en primaire et dans les collèges. L'Espagne, où le déficit des naissances dépasse 2 millions depuis 20 ans, pâtit d'un recul tendanciel du marché de l'automobile et de l'équipement ménager. Conjuguée aux effets nocifs de la politique déflationniste que nous nous imposons pour créer l'Euro ("les critères de convergence"), la dénatalité européenne interdit tout reprise économique. Mais cet effet dépressif est masqué à court terme. En effet, la diminution de la population permet, à investissements constants, d'élargir dans un premier temps la part du gâteau social attribuée à chacun; c'est ainsi que dans la décennie qui a précédé la chute du mur de Berlin, le pouvoir d'achat des Allemands de l'Ouest a progressé de 4% l'an, alors que le P.N.B. n'augmentait que de 2% ! Aujourd'hui, cette euphorie passagère tire à sa fin. L'Allemagne va devoir faire face aux effets dévastateurs de son malthusianisme démographique. On se souvient de la réponse d'Alfred Sauvy à ceux qui, dans les années 1970, se pâmaient devant le miracle économique allemand: " L'Allemagne n'existe plus ! L'ennui, c'est qu'elle ne le sait pas encore ! "

Sixième effet: le risque totalitaire. L'institutionnalisation du libertinage (C.U.C.S., etc.) jointe aux manipulations génétiques rendent désormais possible une politique nataliste qui ne soit en rien une politique familiale. "La reproduction, affaire d'État, ne sera donc plus laissée aux couples. En relevant la production des hommes au niveau requis pour éviter les déséquilibres, on introduira enfin dans ce domaine démographique une rationalité économique et sociale compatible avec le maintien de la morale sexuelle libertine... Ils en viendront donc à vouloir faire reproduction une entreprise non familiale, anonyme ou étatique... Une branche de l'activité économique régie comme toute autre. par le marché ou par l'intervention de l'État" (3). L'aboutissement logique de notre dénatalité est donc le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, c'est-à-dire l'euthanasie des vieillards indésirables associée à la socialisation de la reproduction. La vieille utopie totalitaire de Platon qui, dans sa République, voulait confier dès leur naissance tous les enfants à des nourrices collectives, serait ainsi réalisée. C'est un fait historique que les berceaux vides font le lit du fascisme. En 1933, quand Hitler prend le pouvoir, la natalité allemande est tombée à quatorze pour mille.

Septième effet: la marginalisation de l'Occident. L'Europe deviendra un foyer d'accueil pour les pays du Moyen-Orient, dont la fécondité est le quadruple de la sienne. Les effets déstructurants du multiculturalisme viendront s'ajouter aux ravages du chômage induit par la mondialisation. Yves-Marie Laulan nous en avertit:
"La mondialisation, quelles que soient ses vertus supposées, ronge comme un acide le ciment qui assure la cohésion sociale des sociétés occidentales, en aggravant les fractures sociales, en encourageant la délocalisation des industries de main d'œuvre et en accentuant la marginalisation d'une partie croissante de la population insuffisamment qualifiée" (p. 286).

Agir rapidement

Yves-Marie Laulan cerne les causes réelles de notre dénatalité suicidaire: perte du sens du transcendant, évacuation de la morale, substitution des valeurs molles aux valeurs fortes, primat des fins hédonistiques (loisirs, sports, jeux) " sans oublier l'inévitable sexe omniprésent ". Le sport-spectacle, récemment illustré par la coupe du monde de football, tient lieu d'anesthésiant social et de drogue individuelle, pour redonner du sens à des existences qui n'en ont plus. " On va à son cours de tennis ou l'on fait du jogging comme autrefois on allait à la messe ou à une réunion politique. La religion du sport dissimule le déficit de spiritualité de l'Occident. On cultive le corps pour mieux oublier son âme ou l'absence de son esprit ".
Le processus de dénatalité révèle ainsi une nouvelle forme de pauvreté. " Cette nouvelle forme de pauvreté s'exprime dans les attitudes négatives face à la vie et à la famille. Ces attitudes conduisent à un oubli de la solidarité; elles rejettent les hommes dans la solitude; elles ne sont plus suffisamment accueillantes aux générations futures, ni assez sensibles au manque d'hommes. Ces attitudes révèlent la pire des pauvretés: la pauvreté morale " (Instrumentum laboris: document du Conseil pontifical pour la famille, 25 mars 1994, § 63). A terme, la transmission du patrimoine commun de l'humanité - valeurs morales, religieuses, culturelles - est en péril. " Les premiers qui souffriraient de cet appauvrissement et de ce déclin, seraient précisément les plus démunis d'entre les hommes, parce que les sociétés opulentes mais vieillissantes risquent de sombrer dans un égoïsme accentué " (id. § 64).
L'Instrumentum laboris invite les chrétiens en matière démographique à " promouvoir la vérité, en particulier lorsque celle-ci est occultée par des poncifs largement diffusés et néanmoins dépourvus de fondement " (§ 77). Le Conseil pontifical pour la famille identifie des priorités qui " requièrent une action rapide ":
- l'invocation de soi-disant " nouveaux droits de la femme " méprisant la vocation de celle-ci à donner la vie;
- les tentatives de divulguer des produits abortifs, tels que le RU 486 ...;
- la banalisation et la diffusion des dispositifs contre la vie, tels que les dispositifs intra-utérins (stérilet);
- " la violation des droits imprescriptibles et inaliénables des individus et de la famille, et plus généralement l'abus de pouvoir intellectuel, moral et politique" (§ 79).

Paul VI, à l'O.N.U., avait rappelé en 1965 aux responsables des nations que leur rôle n'était pas de "diminuer le nombre des convives au banquet de la vie". Trente ans après, les princes qui nous gouvernent comprendront-ils enfin les pièges du malthusianisme et les bienfaits sociaux d'une vraie politique familiale?

Richard Dubreuil
Publié dans l'homme nouveau, HN 1189/1190 DIMANCHES 2-16 AOÛT 1998

1. Les Nations suicidaires, Yves-Marie LAULAN, François-Xavier de Guibert, mai 1998, 130 FF/795 FB/30,60 $.
2. La Chienne qui miaule, Philippe de VILLIERS, Albin Michel, 1989, p.146.
3. Croissance et Liberté, Henri HUDE, Critérion, 1995, (pp. 153-154), 250 p., 98 FF/601 FB/23,05 $.

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MichelT

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Message par Francesco le Mer 5 Jan 2011 - 19:37

Ce qui me choque et m'attriste c'est le fait que nous avons les informations aujourd'hui pour corriger le tir mais ca reste lettre morte...Et ce seront les cultures qui font bcp d'enfants qui vont prendre les places vides un jour...


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