Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images)

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Message par MichelT le Jeu 19 Avr 2018 - 22:26

UNE EXPLICATION DE LA SYMBOLIQUE CHRÉTIENNE (culte-art-musique, ect) - AVEC IMAGES ET MUSIQUE CHRÉTIENNES

Source: Le Symbolisme Chrétien au Moyen-Age - Angleterre - 19 eme siècle - Mr Mason Neale - Benj Webb - Cambridge


CHAPITRE 1.

Du symbolisme aux premiers siècles de l'Église. — Passage curieux de saint Augustin sur la signification symbolique des chiffres. — Main divine. — Du nombre trois. ( extraits)

Les observances journalières et surtout les rites religieux des premiers chrétiens furent éminemment figuratifs. Les cérémonies qui accompagnaient le sacrement de baptême donnaient une sanction solennelle à ce système, et elles ont suggéré les plus anciens spécimens du symbolisme chrétien. Le poisson mystique était l'emblème du rapprochement qu'on a cru remarquer entre ce rite et les lettres initiales du nom et des titres du Sauveur, — ixoyc, Poisson, renferme les initiales d'une phrase grecque qui signifie : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.

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Inscription des Catacombes romaines, avec le poisson mystique : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.


De là aussi la forme octogone du baptistère et des fonts, dont nous parlerons plus bas. Les principales doctrines se trouvaient symbolisées dès l'époque la plus reculée de l'ère chrétienne. La résurrection fut représentée dans le phénix sortant immortel de ses cendres;


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Le phénix renaissant était un symbole de la Résurrection du Christ


la passion et les mérites du Sauveur , par le pélican , qui nourrit ses petits de son propre sang ;


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La passion et les mérites du Sauveur symbolisée par le pélican qui nourrit ses enfants de son propre sang.


le sacrement de l'Eucharistie, par le raisin et l'épi de blé ,


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L`épi de blé – symbole de l`Eucharistie


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Le blé (pain) et le raisin (le vin) symbole de l`Eucharistie


ou bien par un agneau blessé , dont le sang , coulant du cœur et des pieds , tombait dans un calice ;


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L`agneau de Dieu blessé avec le sang qui tombe dans un calice


la rénovation de la force chez le chrétien trouvait son symbole dans l'aigle qui descend vieux et infirme dans l'Océan , et en sort plein d'une vigueur nouvelle ; l'Église était désignée par l'arche et par le vaisseau sur lequel le Seigneur s'est endormi; la pureté et l'innocence du chrétien, par la colombe, laquelle représentait encore les âmes de ceux qui avaient souffert pour la vérité .


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La colombe chrétienne est le signe de la pureté et de l`innocence chrétienne. Il est aussi le signe de l`Esprit-Saint


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Image de la colombe venant de catacombes chrétiennes au tout début de l`Église.

Plus  tard, l'image de la colombe figura le Saint-Esprit , qui descendit sur la tête de Notre-Seigneur sous la forme de cet oiseau, au moment où saint Jean le baptisa dans les eaux du Jourdain.

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Le Baptême du Christ au Jourdain par St-Jean le Baptiste avec le St-Esprit représenté en Colombe


Les douze Apôtres furent représentés sous la forme de douze colombes ; l'ascension de Jésus-Christ, dans celle de l'oiseau sur le vol, suivant la parole de saint Grégoire: « C'est avec raison que notre Rédempteur est appelé un oiseau, lui dont le corps s'est librement élevé dans les Cieux . » Les martyrs avaient le même symbole : « Il y a une espèce de chair particulière aux poissons, dit Tertullien, c'est-à-dire à ceux qui sont régénérés par le saint baptême ; mais il y en a une autre propre aux oiseaux, c'est-à-dire aux martyrs. »

L'oiseau en cage a une signification contraire ; on trouve cette figure sur la fiole renfermant le sang d'un martyr. Selon Boldetti, cet emblème se retrouve encore sur la mosaïque de l'ancienne tribune de Sainte-Marie, au delà du Tibre, à côté des deux prophètes Isaïe et Jérémie. Les perdrix, les paons sont représentés de la même manière, chacun avec la signification qui lui est propre ; les lions, les tigres, les chevaux, les bœufs, les poissons étranges et les monstres marins représentaient le cruel martyre des serviteurs de Dieu.

La main étendue signifiait la Providence; les sept étoiles, la lune et autres symboles avaient tous leur sens mystique. N'oublions pas l`Agneau de Dieu, l'image touchante du Sauveur lui-même ; ni le Bon Pasteur, qui rappelle une des plus touchantes paraboles.


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La main de la Providence de Dieu


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Jésus-Christ en Agneau de Dieu

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Jésus-Christ le Bon Pasteur

Les pierres fines gravées des catacombes sont toutes chargées de quelque devise symbolique. On y voit le vaisseau de l'Église, la palme des martyrs et l'instrument de leurs tortures, aussi bien que le monogramme sacré du Christ. Ce dernier symbole brillait sur le labarum du premier empereur chrétien, et les médailles et Monnaies.


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La barque de l`Église agitée par les vagues furieuses des peuples et des nations


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St-Catherine d`Alexandrie, vierge et martyre avec l`épée ayant servie à son exécution.


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Couronnes et palmes des martyrs


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Le Labarum ( le monogramme sacré de Jésus-Christ) – le signe divin envoyé par Dieu a l`empereur chrétien Constantin avant la bataille du pont Milvius ( 28 octobre de l`an 312)  – Par ce signe du vaincras ( In Hoc Signo Vinces) et dont il avait fait marquer les boucliers des Légions.

Le monogramme IHS se retrouve dans toutes les églises de l'Occident : ces mêmes caractères sont empreints sur les pains eucharistiques de l'Orient.

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Les figures emblématiques des évangélistes remontent très-haut, quoique leur application particulière ne fût pas toujours précisée comme elle l'est aujourd'hui. L'ange et le lion se mettaient souvent indistinctement pour saint Matthieu ou saint Marc.


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Les Quatre Évangélistes : St-Matthieu en Ange car ses premières pages parlent de généalogie et d’ange. St-Marc est un prédicateur dans le désert et a pour symbole le lion car la voie qui crie dans le début de ses écrits est le lion. St-Luc débute l’évangile dans le temple de Jérusalem, où l’on pratiquait à l’époque les sacrifices. Le taureau est l’animal que l’on sacrifiait. Jean apparaît comme celui qui prend de la hauteur, le spirituel. Au début de son écrit, il parle du verbe, c’est à dire de la Parole, de la Pensée et de la Sagesse. Son symbole est l’aigle. Aujourd’hui, vous retrouvez ces symboles dans beaucoup d’églises ce qui vous permet de savoir quel évangéliste l’artiste a voulu représenter.

Les chiffres étaient une source fertile en significations allégoriques, et on employait les combinaisons les plus ingénieuses pour en tirer un sens exotérique. Le chiffre un désignait l'unité de Dieu ; deux, la nature divine et la nature humaine du Sauveur ; trois, la très-sainte Trinité ; quatre, les quatre évangélistes; six , les attributs de Dieu ; sept, les sept grâces du Saint-Esprit; huit (pour une raison que nous expliquerons ailleurs) , la régénération ; douze , la compagnie glorieuse des Apôtres et métaphoriquement toute l'Église.

Les psaumes offraient des types et des emblèmes sans nombre, qui se retrouvaient continuellement dans les offices de l'Église. Le verset suivant : « Sa protection sera ton bouclier,» donne lieu à une belle allégorie de saint Bernard tirée de la forme triangulaire du bouclier en usage à l'époque où vécut ce saint, et telle que nous la voyons représentée sur les effigies des anciens chevaliers. «Il protège la partie supérieure du corps, mais il laisse les pieds à découvert.  De même, dit ce Père, la providence de Dieu défend son peuple des dangers spirituels, figurés par les armes dangereuses qui portent contre les parties supérieures et vitales du corps ; mais elle n'a jamais promis d'exempter ses élus des adversités temporelles, qui sont le partage de l'humanité; et ils restent ici -bas toujours exposés à ses coups. »


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Le bouclier de la foi ( Éphésiens 6,17) protège des dangers spirituels mais Dieu n`a jamais promis à ses élus qu`ils seront exemptés des adversités et dangers de la vie temporelle sur cette terre.

Pour suivre toute la pensée symbolique qui accompagne inséparablement le culte dans la primitive Église, il en faudrait parcourir en détail tous les rites. La confirmation, le mariage et surtout le baptême étaient accompagnés de cérémonies éminemment figuratives; mais nous en avons assez dit pour prouver quel attachement l'Église catholique a toujours manifesté pour le symbolisme.

Le signe de la croix est surtout ce qui a fourni une libre carrière à l'esprit symbolique. Nos lecteurs se rappellent probablement le passage de Tertullien , dans lequel il dit : « Nous faisons le signe de la croix lorsque nous sortons, lorsque nous rentrons, en nous levant, en nous couchant.» Le symbolisme respirait partout chez les premiers chrétiens.

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Saint Eucher, évêque de Lyon, au 5e siècle, dit que par la main de Dieu on désigne la puissance divine. C'est ainsi que la main de justice indique la puissance royale ; l'idée est la même dans l'ordre religieux que dans l'ordre civil.


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La main de la Justice Royale

Saint Prosper d'Aquitaine parle aussi de cette main de Dieu qui fait et modèle Jod, comme un sculpteur modèle une statue. Il semble, en effet, que ce motif provienne de l'Ancien Testament ; car dans une foule de passages bibliques il est question de cette main qui fait toutes choses , qui est l'expression de la puissance souveraine, qui façonne l'homme comme un potier l'argile. Au début de sa vision, le prophète Ézéchiel dit : « Je regardai , et voilà qu'une main me fut envoyée : elle tenait un livre qu'elle déroula devant moi, et qui était écrit en dedans et en dehors. »

Enfin, dans le chant sublime du Libera, qui est la suprême et dernière prière de l'Église pour ceux qui ne sont plus, le mort s'écrie : « 0 mes amis , vous du moins ayez pitié de moi , parce que la main de Dieu m'a touché. »



Le chant du Libera


C'est pour la même raison et par le même symbolisme que le bras a représenté Dieu, et que cette partie a figuré la puissance divine tout entière. Quand on voit ce bras représenté sur nos vitraux, dans les miniatures de nos manuscrits, dans l'amortissement de nos ogives, on se rappelle ce passage du cantique chanté par la Vierge Marie en présence de sa cousine Elisabeth : « Dieu a déployé la puissance de son bras; il a dissipé les orgueilleux, renversé les grands, élevé les petits.»


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La main divine


La seconde citation est prise dans la description de la cathédrale de Noyon ; elle est relative à la
signification symbolique des nombres. « Les plus remarquables des nombres , ceux auxquels on a voulu rattacher particulièrement une signification symbolique , étaient les nombres trois, cinq, sept et douze.

Le premier était l'expression de la Trinité divine, de ce dogme fondamental entrevu par Platon et par les Pythagoriciens, qui avaient établi en principe que Dieu chérit le nombre impair, le nombre trois. Cette grande idée de la Trinité était aussi représentée géométriquement chez les Hébreux par la figure du triangle , au milieu duquel était inscrit le nom de Jéhovah. On sait que plus tard cette figure fut adoptée par l'art chrétien, qui en fit l'une des manifestations sensibles de Dieu, en l'entourant rayonnante auréole.

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La sainte Trinité en triangle - le Père, le Fils et l`Esprit Saint


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La sainte Trinité en triangle


Maintenant, si, de cette interprétation toute sacrée du nombre trois, nous voulions descendre un peu pour étendre plus loin nos recherches, nous trouverions bien d'autres applications de ce nombre. Passons du Dieu créateur à la création elle-même, et l'univers se montre à nous avec ses trois parties distinctes, le ciel, la terre et la mer. Le temps, à l'empire duquel le monde est soumis, comprend le passé, le présent et l'avenir; tout , dans l'espace comme dans la durée , a son commencement, son milieu, sa fin; et chaque jour qui nous est donné se renferme invariablement dans les trois termes du matin , du midi et du soir.

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Le trèfle irlandais

L'homme élève-t-il son cœur vers Dieu , la religion se présente à lui avec ses trois parties essentielles : dogme, morale et culte. Veut-il exercer les facultés de son intelligence, il les réduit à une triple action, consistant à voir, comparer et juger ; de même que toute sa vie se passe dans l'exercice de ces trois actes, sentir, vouloir, agir. S'il descend enfin en lui-même pour se poser le grand problème de sa destinée, il ne peut que se demander ce qu'il est, d'où il vient et où il va , cherchant à expliquer les trois questions touchant sa nature, son origine et ses fins dernières.

Aussi, selon la belle expression de saint Augustin, l'homme, vivante image de Dieu, a-t-il aussi sa Trinité, d'après le triple aspect sous lequel il se considère. Son âme d'abord, puis la connaissance qu'elle a elle-même, l'amour dont elle se chérit, voilà ce qui constitue la trinité humaine, et se résume dans ces trois mots: esprit, connaissance, amour.
Pour exprimer enfin par un dernier trait jusqu'à quel point ce nombre trois vit s'étendre ses applications, rappelons cette abbaye de Centula ou de Saint-Riquier, construite en triangle par Angilbert, l'un des compagnons de Charlemagne, et dans laquelle la forme triangulaire se répétait sous mille aspects différents.

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Abbaye de Saint-Riquier


Dernière édition par MichelT le Sam 30 Mar 2019 - 12:49, édité 14 fois

MichelT

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Message par MichelT le Ven 20 Avr 2018 - 1:35

CHAPITRE 2.

Du symbolisme chez les Juifs — Le symbolisme de la nature et celui de la religion se correspondent mutuellement. — Réponse à quelques objections contre le système symbolique. ( extraits)


Nous allons maintenant essayer de démontrer, d'après l'analogie, que le principe symbolique, qui entre si fort avant dans l'enseignement de l'Église, devait nécessairement se refléter dans la construction matérielle de ses temples.

Le symbolisme chez les Juifs était un des traits les plus frappants de leur culte. Il serait inutile de parcourir en détail les rites multipliés du temple et du tabernacle, les ordonnances pour les sacrifices, les cérémonies légales. Il suffit de se rappeler la Pâque, la fête des Tabernacles, l'année sabbatique, le jubilé, la purification des lépreux, le bouc émissaire, pour voir que tout chez les Juifs était éminemment figuratif. Les pierres mêmes qui entraient dans la composition du rational du grand prêtre avaient, selon les rabbins, leur signification mystique.

Et comme pour leur inculquer de plus en plus cette doctrine symbolique, non- seulement dans les choses, mais dans les événements , il a plu à Dieu de faire de leurs ancêtres, de leurs chefs et de leurs conducteurs, tels qu'Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Josué, David, autant de types du Messie à venir. Dès le berceau même du monde, les principales doctrines du christianisme se trouvent exprimées tantôt sous une forme, tantôt sous une autre.

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Le Déluge et l`Arche de Noé sont la figure de l`Église et de la doctrine de la Régénération


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Le Déluge - Genèse 6,13


Le déluge et l'arche de Noé nous figurent l'Église et la doctrine de la régénération; la manne et le rocher frappé par Moïse, le pain et le vin eucharistiques ; Sara et Agar, l'ancienne et la nouvelle loi. Les Pères de l'Église puisaient dans l'Ancien Testament comme dans une mine féconde en symbolisme.


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La Manne récoltée par les Hébreux dans le désert ( Exode 16,15) est la figure du pain et l`eau du rocher frappé par Moise ( Nombres 20,11) est celle du vin. Le pain et le vin de la sainte Eucharistie.


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Moise faisant surgir une source d`un rocher (Nombres 20,11)


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Sara, la femme du patriarche Abraham et Agar, sa servante égyptienne sont la figure de l`Ancienne Loi et de Évangile. ( Genèse 16)

A chaque pas ils découvraient quelque trésor caché; aussi, dirons-nous à ceux qui nous accuseraient de pressurer le principe symbolique pour en extraire un sens forcé : Nous ne faisons que suivre les traces de nos illustres Pères et docteurs.

Dans leurs commentaires, lorsqu'ils expliquaient le sacrifice d'Isaac, la circoncision, la captivité et l'exaltation de Joseph, ils ne faisaient que développer le vrai sens que Dieu semble avoir voulu préfigurer par ces événements; tandis qu'en d'autres circonstances, comme nous l'avons déjà suggéré, leur ardente piété trouvait des interprétations qui ne devaient peut-être pas s'y rattacher : ainsi l'histoire du saint homme Job , à qui Dieu rendit , après ses épreuves , deux fois autant qu'il avait perdu , à l'exception des enfants dont il ne lui fut accordé qu'un nombre égal à celui qu'il possédait auparavant , offrit à quelques Pères une figure d'un autre état d'existence pour les âmes, parce que, disaient-ils, le patriarche ne pouvait être censé avoir perdu ceux qui jouissaient d'une autre vie.

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Les malheurs de Job (Livre de Job – Ancient Testament)

Si le principe symbolique est autorisé et appuyé sur l'Ancien Testament, il se trouvera encore plus développé dans la loi nouvelle ( l`Évangile). Nous traiterons bientôt de la naissance et du progrès des cérémonies symboliques du baptême : ici nous voulons plus particulièrement appeler l'attention sur l'insistance avec laquelle saint Paul applique d'une manière symbolique les ordonnances de la loi mosaïque, entre autres la défense de museler le bœuf qui foule le blé. La révélation de la nouvelle alliance constitue un magnifique poème symbolique.

L'enseignement en paraboles du Sauveur fera le sujet d'un autre chapitre. Ajoutons à cela la signification exotérique et ésotérique de certains livres de l'Ancien Testament, par exemple, le cantique de Salomon; la double interprétation de plusieurs des prophéties qui regardaient littéralement la Jérusalem d'ici-bas, mais principalement la Jérusalem céleste. Nous citerons encore le sens figuratif attaché dans la loi nouvelle ( Évangile) à certains rites accompagnant le sacrement de mariage et qui existaient avant l'institution chrétienne. Entourée d'une si grande nuée de preuves dans les écrits, les ordonnances, les personnages, les cérémonies , les constructions et les ornements symboliques des siècles précédents , comment l'Église catholique aurait-elle pu se défendre d'adopter le principe symbolique et de l'aimer avec passion ?

Le catholicisme, enseigne aux hommes à s'élever constamment au - dessus des sens, et porte les hommes à monter par le moyen des choses visibles aux choses invisibles. Si la chose matérielle n'était pas spiritualisée par le symbolisme, qui corrige ainsi l'infirmité et la faiblesse de tout ce qui est terrestre, l'homme ne pourrait manquer de se conduire par la vue, plutôt que de marcher par la foi. L'Église ne se contente pas de nous avertir que nous sommes en pays ennemi, elle s'empare hardiment des biens de ce même ennemi et les emploie à son service.

Le symbolisme entre ses mains devient le signe véritable de la croix, qui sanctifie ce qui est profane, qui fait trouver le salut dans le sein du danger; c'est ce vrai sel qui purifiait la piscine impure. Que d'autres s'amusent à prouver que l'Église, dans tout ce qu'elle fait et dans tout ce qu'elle ordonne, est étrangère à l'esprit symbolique, pour nous, nous savons le contraire et nous bénissons Dieu de notre conviction.

Mais il ne faut pas perdre de vue que la nature et l'Église se correspondent mutuellement comme révélation implicite et explicite de la parole de Dieu, de sorte que le système qui régit l'une se retrouvera probablement dans l'autre. Que le langage de la nature soit symbolique, personne, ce nous semble, n'en peut douter. Faut-il donc s'étonner si l'Église catholique exprime partout dans les splendeurs de ses formes et de son culte la doctrine de la sainte Trinité , lorsque la nature nous en offre des types ?

La doctrine de la résurrection n'est-elle pas merveilleusement symbolisée dans la nature ? Le lever du soleil et la renaissance des feuilles en sont des figures frappantes. Pour ne citer qu'un autre exemple , la loi de l'abnégation chrétienne n'est-elle pas admirablement représentée par le grain qui, « s'il ne meurt, devient stérile; mais qui, lorsqu'il meurt , produit du fruit en abondance ? »

L'analogie de l'art en général vient à l'appui de notre doctrine. La sculpture, peut-être, fournit moins sous ce rapport; mais la peinture a ses couleurs de convention appropriées à ses divers personnages. Le symbolisme mécanique de la poésie est familier à tous. N'oublions pas non plus que les usages conventionnels du langage, les archaïsmes , les inversions étudiées , la phraséologie recherchée ont toujours été adoptés par ceux qui traitent les sujets religieux et élevés. Nous devons cependant faire particulièrement mention de la musique.

On sait, par exemple, que chaque instrument est le symbole d'un son auquel il correspond. Ainsi, d'après Haydn, le trombone représente le rouge foncé , la trompette l'écarlate , la clarinette l'orange , le haut-bois le jaune, le basson le jaune foncé , la flûte le bleu ciel, le prestant ou diapason le bleu foncé, le double diapason le pourpre , le cor le violet ; tandis que le violon correspond au rose pâle , la viole ou alto au rose, le violoncelle au rouge, et la contre-basse au rouge cramoisi. Beaucoup ne verront dans tout cela qu'un jeu de l'imagination.

Examinons donc un passage des œuvres de Haydn et voyons s'il ne justifie pas les relations que nous avons établies. Prenons le lever du soleil dans la Création. D'abord , comme on l'a très-bien fait observer , les violons attirent l'attention par un son doux et continu , qui se fait à peine entendre , jusqu'à ce que le rose pâle du second violon diverge en l'accord de la seconde , auquel vient se joindre graduellement une plus grande abondance de couleurs à mesure que le rose de la viole et le rouge du violoncelle ajoutent insensiblement leur épanouissante beauté , en même temps que l'azur de la flûte tempère les rayons montants du violon ; à mesure que les notes continuent à s'élever jusqu'à l'éclat de la plus vive lumière , l'écarlate de la trompette et le pourpre du double prestant viennent unir leur splendeur toujours croissante; enfin apparaît le soleil au sein d'une éblouissante harmonie.


Joseph Haydn (1732-1809 - Autriche) - La Création - Le lever du Soleil ( Extrait)
String Quartet Diamant  Masha Lakisova, Rebecca Moy, Natalie Clarke, Adam Lee Midwest Young Artists Conservatory


L'exemple que nous venons d'offrir pourra servir à démontrer comment les expressions propres à un art peuvent être rendues par un autre art, parce que toutes et chacune d'elles en particulierprésentent un symbole de la même idée abstraite.

Le langage des fleurs arrive ici à propos. Ce genre de symbolisme a prévalu chez toutes les nations, et nos pieux ancêtres ne tardèrent pas à y laisser l'empreinte de la foi. Citons en preuve l`herbe de la Trinité, que nous appelons aujourd'hui pensée, la fleur de la passion et le laeryma Christi ( Gouttes de sang ou larmes du Christ).

De nos jours, qui ne sait que la rose est l'emblème de la beauté, la violette de la modestie, le tournesol de la fidélité, le pensez-à-moi du souvenir, le cyprès de la douleur, l` if du cœur constant, l`immortelle de l'immortalité? Nous traiterons dans un article spécial des fleurs introduites dans l'ornementation des églises.


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La fleur de la Trinité (La Pensée)


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La fleur de la Passion (du Christ)


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Gouttes de sang ou larmes du Christ (laeryma Christi)


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La rose est le symbole la beauté


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La Violette est le symbole la modestie chrétienne


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La fleur de Tournesol symbolise la fidélité chrétienne


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Le Cyprès, symbole de la douleur


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L`If, symbolise le cœur constant


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L`Immortelle, symbolise l`immortalité


Comme preuve plus concluante encore, nous dirons que ce qui formait le caractère distinctif de l'enseignement du Sauveur, doit naturellement se retrouver dans celui de son Église. Or, si le premier était toujours simple et sans figures , et proposait des vérités nues, exprimées en peu de paroles et sans circonlocutions ; alors il faudra accorder qu'il existe un argument de prime-abord contre le système que nous voulons soutenir. Mais si, au contraire, sa doctrine est énoncée d'une manière parabolique , figurative , descriptive , allégorique , pourquoi ne serait-il pas permis à l'Église d'imiter son divin maître ?  Les paraboles de Notre-Seigneur sont donc le plus solide argument en faveur du symbolisme de l'Église , et c'est là probablement qu'il a puisé son origine.

Dans une autre partie de cet ouvrage ce seront ces mêmes paraboles qui nous fourniront des armes pour combattre une des plus formidables objections qui aient été élevées contre le système des symboles. Il suffirait à notre but d'appeler ici l'attention sur le caractère figuratif de l'enseignement du Sauveur en général; mais nous avons son autorité pour appuyer une adoption plus spéciale de ce principe. La tradition nous dit qu'il était en vue du temple et qu'il l'indiquait du doigt lorsqu'il proféra ces admirables paroles : « Je suis la porte. »

Les sacrements de l'Église offrent des preuves irrécusables du genre le plus élevé du principe de l'enseignement figuratif ou symbolique. Ils sont, en effet , non-seulement des signes de choses invisibles , mais les canaux et les instruments de la grâce. Nous ne réclamons pas ce dernier caractère pour le symbolisme parlant d'une église matérielle; cependant l'architecture est un emblème de l'abstrait invisible non moins que le saint baptême et l'eucharistie. Enfin tout le système de l'Église, depuis le commencement jusqu'à la fin, est figuratif, ce qui ne le rend pas pourtant moins réel , moins actuel , moins visible et moins pratique , mais plutôt plus réel et plus pratique, parce que sa doctrine et sa discipline ne sont pas simplement matérielles et temporaires, mais, par anticipation , célestes et éternelles. Cette qualité symbolique ne saurait donc être refusée à l'expression extérieure de son enseignement , c'est-à-dire à son architecture. Une cathédrale n'est pas moins matérielle, moins solide, moins réelle, parce que nous y voyons l'exposition figurative des croyances de notre religion et des articles de notre symbole.


Dernière édition par MichelT le Lun 15 Oct 2018 - 23:57, édité 2 fois

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Message par MichelT le Lun 23 Avr 2018 - 12:26

CHAPITRE 3

— Plan d'une église d'après les constitutions apostoliques. — Premiers exemples en Orient et en Occident du plan cruciforme. ( extraits)

Quelque autorité que l'on veuille accorder aux constitutions apostoliques, il suffit pour nous qu'elles traitent assez longuement de la forme des églises. « Une église, y est-il dit, doit être de forme oblongue, et tournée vers l'orient. » La forme oblongue était regardée comme le symbole d'un vaisseau, ou de l'arche qui doit nous sauver d'un monde orageux. Il serait inutile d'appuyer par des citations un exemple si évident de symbolisme.

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L'orientation est encore une preuve également précieuse d'un symbolisme intentionnel. Un témoignage de plus en sa faveur se trouve dans le passage si connu de Tertullien  ( 200 Ap J.C.) où il parle de la Maison de notre Colombe. Soit que nous interprétions cet extrait corrompu avec Mede ou Bingham, on ne saurait douter que in lucem dont il est question signifie que l'église doit regarder l'orient ou le point du jour.

La coutume de prier en se tournant vers l'est était presque universelle dans les églises primitives, et elle est aussi symbolique que celle de se tenir debout, qui avait lieu à la fête de la Résurrection. L'orientation était si commune dans les anciennes églises, qu`il cite particulièrement l'église d'Antioche comme ayant une « position contraire, car l'autel « ne regarde pas l'orient, mais l'occident. » Cette règle paraît avoir été plus scrupuleusement suivie en Orient qu'en Occident, quoique même en Europe elle offre peu d'exceptions.

Les citations que nous venons de donner suffiront pour établir que les plus anciens documents sur les églises chrétiennes indiquent distinctement au moins trois particularités d'un symbolisme intentionnel. La forme circulaire donnée à l'église du Saint-Sépulcre se trouvait assez appropriée dans le cas de cette église, dont le sépulcre devait être le centre.


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Forme circulaire de l`Église du St-Sépulcre de Jérusalem


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Forme circulaire de l`Église du St-Sépulcre de Jérusalem

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Église du St-Sépulcre de Jérusalem construite à partir de l`an 330 ap J.C. sur ordre de l`empereur romain Constantin.

C'est sur ce modèle que furent bâties les églises circulaires de l'Europe. Il semblerait que la forme crucifère parut d'abord à Constantinople, c'est-à-dire dans cette cité qui la première a revêtu un complet caractère chrétien. L'église des Apôtres bâtie par Constantin était crucifère : son symbolisme est indiqué par saint Grégoire de Nazianze dans son poème cité par Bingham intitulé le Songe d'Anastasie.


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Plan cruciforme de l`Église des St-Apôtres bâtie à Constantinople ( de nos jours a Istamboul en Turquie)  par Constantin et par Constance vers l`an 350 Ap J.C. et aujourd`hui disparue.

Evagrius décrit de la même manière l'église de Saint-Siméon-Stylite, cité par Buscenis, qui fait mention aussi d'une église crucifère fondée par le roi Childebert vers l'an 550. La cathédrale de Clermont, nommée par saint Grégoire de Tours, et l'église des saints Nazaire et Celse, à Ravenne, fondées vers 450, étaient crucifères. De plus, nous avons des exemples d'églises oblongues qui ont été rendues avec intention crucifères par l'addition de transepts, comme celle des Blachernes par Justin le Jeune, et que Bingham cite d'après Cedrenus et Zonaras. Ce fait a été remarqué dans quelques églises italiennes, quoique les églises primitives de l'Occident paraissent avoir retenu la forme oblongue, lors même que leurs dispositions générales et leurs détails étaient byzantins, comme la Cappella Regia à Messine, qui offre un exemple d'autant plus remarquable que, dans l'île de Sicile, l'influence de Constantinople se faisait particulièrement sentir.

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Église ancienne de Monreale ( Mont Royal) de style byzantin en Sicile (Italie) dédiée a la St-Vierge Marie et construite vers 1172 par Guillaume le bon.

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Plan de l`Église St-Étienne de Nevers ( France) de style roman - 11 ème siècle.

Dans la comparaison établie entre le temple matériel et le temple vivant, l'Église spirituelle, il y a plusieurs points qui méritent de fixer notre attention. La pierre angulaire représente Notre-Seigneur, comme les fondements représentent les apôtres et les prophètes ; les fidèles sont les pierres de l'édifice. Ces symboles sont tirés directement de la sainte Écriture; aussi il est à peine nécessaire de faire remarquer la haute autorité que nous puisons dans ces passages, pour considérer l'édifice matériel de l'église comme symbolique : plusieurs de nos lecteurs se rappelleront comment Hermas poursuit cette même idée jusque dans ses moindres détails.

Nous citons comme un autre exemple la description symbolique d'une église, inscrite sur une feuille volante au commencement d'un manuscrit (Psalterium glossatum) que possédait autrefois l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer. Le texte est du 10e ou 11e siècle.

TRADUCTION DU PASSAGE LATIN :

Le fondement de l'édifice est la foi.
Sa hauteur est l'espérance.
Sa largeur est la charité.
Sa longueur est la persévérance.
Ses côtés sont la concorde et la paix.
Son frontispice est la justice et la vérité.
Sa beauté est l'exemple des bonnes œuvres.
Ses fenêtres sont les paroles des saints.
Son pavé est l'humilité du coeur.
Sa voûte est la vie céleste.
Ses piliers sont les vertus spirituelles.
Ses colonnes sont les bons évêques et les prêtres.
Ses points d'union représentent le lien de la paix.
Son toit est la figure de l'intendant fidèle.
sont la méditation du ciel.
La table du Christ ou l'autel est la vie sans tache.
Les vases sacrés dans l'église figurent le souvenir des bienfaits.
L'immolation du Christ encourage la volonté.
La louange du Christ est la pureté de la conscience.
Le trône du Christ est la sérénité de l'esprit.
L'épouse du Christ est l'âme sainte.
Les compagnes du Christ sont les vertus spirituelles :
La première est appelée la sainte charité, c'est elle qui gouverne
le palais du Christ;
La seconde est la sainte humilité, c'est elle qui garde le trésor
dans le palais du Christ ;
La troisième est la sainte patience, c'est elle qui illumine le
palais du Christ;
La quatrième est la sainte pureté, c'est elle qui nettoie le palais
du Christ.


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Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images) Empty Re: Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images)

Message par Rémi le Lun 23 Avr 2018 - 15:06

Vraiment très beau, merci Michel.


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Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images) Empty Re: Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images)

Message par MichelT le Lun 23 Avr 2018 - 17:48

CHAPITRE 4

Exemples de symbolisme. — Du symbolisme relatif aux dogmes de la sainte Trinité, de la régénération, de la rédemption, de la communion des Saints. - Exemples de symbolisme. ( extraits)


Nous considérerons la pratique du symbolisme dans ses rapports avec les doctrines : 1° de la sainte Trinité ; 2° de la régénération ; 3° de la rédemption ; 4° de la communion des saints ; nous indiquerons ensuite les différentes parties d'une église, telles que les fenêtres, les portes, etc., qui ont leur signification symbolique et propre.

I. Doctrine de la sainte Trinité.

La doctrine de la sainte Trinité a laissé son empreinte dans la structure de nos églises, plus profondément tracée qu'aucun autre article de notre foi. On peut citer la forme basilicale comme preuve de ce que nous avançons. A l'époque romane primordiale, nous trouvons la même idée reproduite non-seulement dans la nef et les deux bas côtés, mais aussi par la triple division qui embrasse dans sa longueur la nef, le chœur et le sanctuaire.

Cette triple division se manifeste plus fréquemment dans les constructions romano-byzantines du 11e siècle, par la tour centrale, le chœur et la nef. Nous retrouvons aussi dans le style de cette époque un triple arceau dans le chœur. Cette disposition ne se voit pas plus tard. La longueur et la largeur furent donc des signes de ce grand mystère ; la hauteur ne l'était pas moins. Le clerestory, le triforium et les piliers ne peuvent manquer de nous le suggérer. Souvent même, lorsque le triforium manquait, on faisait en sorte de conserver la triplicité dans les arcades des niches , de manière à conserver une certaine ressemblance, comme cela se voit dans les cathédrales d'Exeter et de Wells.

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Cathédrale St-Pierre d`Exeter en Angleterre


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Intérieur de la cathédrale d`Exeter en Angleterre


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Cathédrale de Wells en Angleterre

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Intérieur de la Cathédrale de Wells en Angleterre

Ce n'est que plus tard, quand le style flamboyant domine au 15e siècle, ainsi que cela a lieu dans la nef de la cathédrale de Cantorbéry, que la disposition des parties est par deux au lieu d'être par trois ; aussi le coup d'œil est loin d'être aussi agréable au spectateur.


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Cathédrale de Canterbury en Angleterre


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Intérieur de la Cathédrale de Canterbury en Angleterre - Disposition par deux au lieu de par trois

Ce n'était pas assez d'imprimer le symbole de la Trinité à quelques parties du plan général ; on alla jusqu'à faire reproduire le nombre sacré par chacune des parties, en sorte que la majesté du Très-Haut semblait remplir l'édifice ; majestas Domini implevit domum.

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Basilique médiévale de Paray-le-Monial en France avec ses trois clochers représentant la Sainte Trinité

L'église de Paray-le-Monial présente partout le nombre trois. Cette église, en forme de croix latine, mais se rapprochant de la croix grecque, est divisée en trois nefs : chaque nef est composée de trois travées ; les croisillons du transept sont de même divisés en trois travées ; chaque travée est garnie d'une arcature formée de trois arcs, et sur montée de trois fenêtres. Le portail occidental, les pignons des croisillons ont aussi leurs trois arcs obscurs et leurs trois fenêtres. Les trois chapelles absidales sont éclairées chacune par trois ouvertures. La voûte du chevet est plus basse que la voûte de la grande nef, et l'espace qui les sépare est orné de trois fenêtres, une baie longue en plein cintre entre deux oculus. Enfin, le sanctuaire est environné de neuf arcades surmontées de neuf fenêtres : neuf est le carré de trois ; c'est le nombre générateur qui produit ; c'est aussi le nombre angélique : l'autel, trône de l'Agneau, est placé au milieu des neuf choeurs des anges.

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Intérieur de la basilique médiévale de Paray-le-Monial en France

Si maintenant nous voulons considérer l'extérieur de cette église, nos regards, habitués au nombre trois si multiplié à l'intérieur, seront frappés à la vue des trois clochers dont les voix d'airain proclament dans les airs la gloire du Dieu trois fois saint. Il est impossible de ne pas reconnaître un plan arrêté par une pensée de foi dans ce nombre trois si souvent répété.


Cloches monastère, Autun, Saulieu, Paray-le-Monial, Vézelay
Cloches monastère, extrait de l'album les moines bénédictins de l'abbaye El Calcat.
,

Le triple arrangement des moulures qui revient plus souvent qu'aucun autre nombre, doit exprimer la même idée symbolique, aussi bien que les marches de l'autel qui se trouvent par trois ou quelque multiple de trois.

Les trois doigts avec lesquels se donne la bénédiction épiscopale constituent un exemple de symbolisme très-ancien. On le voit jusque dans les manuscrits enluminés. Les trois fenêtres percées dans la muraille orientale des églises ont la même signification. La doctrine de la Trinité est encore exprimée dans les clefs de voûte ; celle qui se trouve dans l'église de Sainte-Marie, à Stamford, en est un exemple remarquable.

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Le Christ donnant la bénédiction latine a trois doigts – Le Père, le Fils et Esprit-Saint – Par Joos Van Cleve

On y voit une figure portant dans sa bouche un triangle équilatéral, comme pour inculquer au prédicateur la mission qui lui est dévolue de prêcher la doctrine de la sainte Trinité. Les trois tours des grandes églises offrent le même emblème.


II. Doctrine de la régénération.( Par le Baptême)

Nous tenons comme un fait certain qu'à dater des premiers siècles la forme des baptistères et des fonts était octogone. Saint Ambroise, ou, si ce n'est lui , un de ses contemporains , explique la raison de cette forme en disant que le nombre huit était le symbole de la régénération , parce que , la création première s'étant accomplie en sept jours, le nombre huit peut bien se prendre pour indiquer la nouvelle création ou la régénération.

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Baptistère octogonal ( huit côtés - régénération par le baptême) des premiers chrétiens romains découvert à Sousse en Tunisie.


Il faut se rappeler que la plus grande commodité des fonts cylindriques ou circulaires, ainsi que la tendance des architectes romano-byzantins à symboliser les faits plutôt que les doctrines, expliqueront pourquoi on retrouve dans le style de cette époque si peu de fonts octogones : dans les siècles suivants leur prépondérance est presque universelle.

Le poisson est là la figure du chrétien qui renaît de l'eau. Le mystique vesica piscis de cette forme ( ), symbole de la divinité et (plus rarement) de la sainte Vierge, n'a aucun rapport, excepté par son nom , avec un poisson ; mais il représente une amande, symbole de la virginité et de la maternité privilégiée de la bienheureuse Vierge Marie, qui a conçu et enfanté sans cesser d'être Vierge.

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Vesica piscis - représente une amande, symbole de la virginité et de la maternité privilégiée de la bienheureuse Vierge Marie, qui a conçu et enfanté sans cesser d'être Vierge.


III. Doctrine de la rédemption

Nous envisagerons en troisième lieu la représentation symbolique de la grande doctrine de la rédemption, exprimée dans le plan par terre et dans la disposition générale de nos églises. Le christianisme ne fut pas plutôt en possession de temples pour son culte, que la forme crucifère fut adoptée, non pas toutefois sans quelques exceptions au commencement. Cette forme, comme nous le savons, a prévalu jusqu'à nos jours. L'Angleterre possède moins d'églises crucifères qu'aucun autre pays : elles ne se trouvent que dans la proportion d'une sur dix. En France, au contraire, les exemples sont en sens inverse.

Nous ne rechercherons pas ici la cause de cette différence notable : nous remarquerons seulement que plusieurs églises qui ne présentent pas à l'extérieur une forme crucifère, la possèdent pourtant véritablement par leurs dispositions intérieures. Les transepts n'avancent pas au-delà des bas-côtés, mais ils ont leurs arceaux distincts et une fenêtre
d'une plus grande dimension que celles des bas côtés; ceci a surtout lieu dans les églises des villes et lorsque l'architecte se trouvait restreint par le terrain. On le remarque aussi bien dans les églises qui ont des bas-côtés autour du chœur, comme à Godalming , dans le comté de Surrey, que dans celles où la nef seule en possède, comme HolyRood à Southampton.


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Cathédrale de York en Angleterre


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Cathédrale de York ( Angleterre) – Croix double intérieure formée par le plancher et l`alignement des bancs.


On les distinguera aisément à l'extérieur par le pignon du nord et du sud. Dans quelques églises cathédrales il y a une croix double : dans celle d'York, elle signifie peut-être la dignité métropolitaine. En France, la collégiale de Saint-Quentin offre la même forme, qui se reproduit assez fréquemment en Lorraine. — Quelques églises, mais elles sont rares, présentent la forme d'une croix grecque, les quatre bras étant d'une longueur égale. Darlington et Durham nous en offrent des exemples, il s'y trouve aussi une tour centrale; dans certaines églises, comme Westminster, Gloucester et Saint- Alban, le chœur se trouve à l'ouest du transept; dans celle de Séville, presque tout le chœur se trouve dans la nef. Ces singularités, curieuses en elles-mêmes, n'affectent pourtant pas le symbolisme et ne le modifient probablement en aucune manière. — Cette disposition se retrouve dans plusieurs grandes églises de la Champagne et du pays Messin, comme à Reims, à Metz et ailleurs : elle existe aussi à la cathédrale de Coutances.


Ainsi, dans le plan par terre, la croix du Christ se trouvait prêchée. On a souvent avancé que les chapelles adjacentes, surtout la chapelle de la Sainte-Vierge, obscurcissaient le symbolisme; mais il faut se rappeler qu'il n'existe que deux manières de juger de l'effet d'un plan par terre, en le contemplant d'une hauteur, comme , par exemple, de la tour de l'église, ou bien lorsqu'il est dessiné sur le papier. Dans l'un et l'autre de ces cas, la cathédrale la plus compliquée dans ses parties présente tout de suite à l'œil du spectateur la forme d'une croix.

En examinant les églises en détail, on trouve la croix empreinte sur les tombes à double pente latérale, et sur les simples pierres qui recouvrent les tombeaux des premiers siècles. Plus tard elle se trouve en tête des inscriptions, sur les plaques de cuivre ; elle surmonte le pinacle, le pignon et le porche ; elle est souvent imprimée sur les jambages de la porte principale, à l'endroit même touché par le saint chrême dans la cérémonie de la dédicace, où elle est destinée probablement à rappeler le souvenir du sang dont les Israélites devaient marquer leurs portes au temps de la Pâque.

Enfin elle se trouve érigée, mais sous une forme plus relevée, dans le cimetière. Une circonstance qu'on ne saurait passer sous silence et qui révèle la profondeur du sentiment catholique , c'est qu'il est rare de trouver une croix simple dominant une église. Tous les efforts de l'art chrétien semblent s'être concentrés sur l'instrument de notre rédemption pour l'embellir en y prodiguant tout ce que la sculpture a pu inventer en fait de fleurs, de feuillages et de figures.


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Croix avec des Lys au extrémités

Et pourquoi? Parce que ce qui était autrefois pour le païen un terme d'ignominie, pour le Juif un scandale, pour tous un honteux instrument de supplice, est devenu le symbole de l'espérance et de la gloire, de la joie et de l'éternelle félicité. De là le besoin d'exprimer matériellement cette sublime idée. Les bras des croix se terminent souvent en feuilles et en fleurs; c'est que l'Église plantée sur le Calvaire croît et fleurit sans cesse.

La couronne d'épines tressée autour de la partie supérieure ressemble plutôt à une couronne de gloire. Les instruments de la Passion s'y retrouvent sans cesse. Ce sont la couronne d'épines, la lance, le fouet, les clous et l'éponge fixée à l'extrémité d'une hampe. Dans quelques églises de l'Angleterre, d'autres instruments se trouvent adjoints. Leur position varie quelquefois , comme à Stogamber, où ils apparaissent au milieu du feuillage d'un chapiteau perpendiculaire ; ailleurs , comme dans les églises du Suffolk, ils se voient sur les stalles ouvertes, souvent aussi dans les clefs de voûte, sur les cuivres, sur les verrières, et quelquefois sur le bouclier de l'ange qui soutient un modillon. Les cinq plaies sont aussi souvent re présentées tantôt par un cœur entre deux mains et deux pieds qui sont percés, tantôt par un cœur portant cinq blessures, comme il s'en trouve un sur un cuivre de la chapelle du roi à Cambridge.


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Couronne d`épine


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Croix de la Passion du Christ avec la Couronne d'épines, l`échelle, la lance, le fouet, le marteau, les dés, les clous et l'éponge fixée à l'extrémité d'une hampe, ect.


A Belleville, près du Havre, et à Santa-Cruz, dans l'île de Madère, les instruments de la Passion se voient au milieu des volutes qui ornent la tige de la croix du cimetière. La position du Rédempteur sur la croix, telle qu'elle est représentée sur la grande croix du jubé et sur les verrières, n'est pas sans sa signification propre. Dans les peintures modernes les bras sont très-élevés au-dessus de la tête, et tout le poids du corps semble reposer sur eux. Cette vérité physique fournit occasion à l'artiste de faire un misérable étalage de science anatomique. La représentation catholique place les bras horizontalement, et donne par-là à entendre que le Sauveur, dans son immense charité, a voulu embrasser le monde entier. Elle a sacrifié, comme on doit toujours le faire, la vérité physique à la vérité morale.


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Petite église de style espagnol a Madère


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Le Christ crucifié en robe royale et avec une couronne royale


4. Doctrine de la communion des saints.

Nous appellerons l'attention sur l'influence que la doctrine de la communion des saints a exercée sur le plan des églises. Dans le plan par terre des petites églises, cette influence se fait peu sentir. Les dispositions principales qui nous reportent aux saints dans la gloire, se trouvent dans la clôture du chœur, dans les niches, dans les baldaquins qui couronnent les monuments, dans les cuivres et dans les verrières. Les monuments funéraires surtout offrent parfois des idées touchantes; entre autres ceux qui représentent des anges assis à la tête de la statue, soutenant le casque ou l'oreiller, emblème expressif du soin tutélaire de ces esprits célestes pour les élus. Dans les cathédrales, cependant, les chapelles modifient d'une manière remarquable le plan par terre.

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Ange sur pierre tombale

Pendant toute la durée du moyen âge, où la piété catholique honora d'un culte si fervent la glorieuse Marie mère de Dieu, on tint constamment à donner à la chapelle qui lui était dédiée une place d'honneur.
La dévotion envers la sainte Vierge est pour les catholiques une des plus touchantes traditions, que le cœur comprend facilement et que nous pouvons appeler une tradition de famille. La sainte Vierge n'est-elle pas la dépositaire des grâces de son divin fils ? Et quand nous lui adressons nos prières, nous sommes certains d'être exaucés , parce que Jésus-Christ, qui seul nous a mérité le salut, ne saurait rien nous refuser quand nous employons auprès de lui l'entremise puissante de sa mère.


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Le Sacré Cœur de Jésus-Christ et le Cœur Immaculé de la Très Sainte Vierge Marie


La plupart des cathédrales de France nous montrent, au chevet, de magnifiques chapelles consacrées à la sainte Vierge, comme un permanent symbole de la vénération et de la confiance que les populations catholiques du 13 eme et du 14e siècle professaient pour celle que nous aimons toujours à saluer du nom de Refuge des pécheurs, de Secours des chrétiens, de Reine des Anges et des Saints. Nous n'avons nulle part observé de plus belles chapelles de la Sainte-Vierge qu'au Mans, à Coutances, à Évreux , à Rouen et à Troyes.


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Cathédrale St-Julien du Mans (France) – Chapelle dédiée à la Sainte-Vierge Marie



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Cathédrale Notre-Dame de Rouen (France) – Chapelle dédiée à la Sainte-Vierge Marie


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Message par MichelT le Mer 25 Avr 2018 - 18:07

CHAPITRE 5

Autres exemples de symbolisme dans son application aux fenêtres et aux roses. — Aux portes (extraits)


La grande pensée qui se reproduit dans tous les styles d'architecture ecclésiastique, se résume dans cette sentence de Notre- Seigneur à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde. »

Dans le style romano-byzantin et le style ogival primitif, les fenêtres simples du nord et du sud figurent les apôtres et les docteurs qui ont brillé dans leur temps comme les lumières de l'Église; et l'émail riche et fleuri des verrières indique la variété des grâces qui ornaient chacun d'eux. Mais vouloir symboliser les serviteurs sans le maître, les membres sans leur chef, eût été contraire à ce que l'Église catholique a toujours pratiqué. En jetant donc les yeux du côté de l'est, nous voyons dans ce trait si connu, le triplet , c'est-à-dire trois fenêtres accolées , l'emblème de la très sainte et indivisible Trinité.

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Trois fenêtres dans la nef, symbole de la sainte Trinité

Dans les fenêtres du style romano-byzantin, la rose apparaît déjà. Qu'elle soit construite avec des rayons comme celles de l'église de Barfreston ou comme celles de l'église du Temple, elle représente un fait historique, celui du martyre de sainte Catherine. La célébrité de cette vierge martyre lui a valu cet honneur insigne.


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Rose sur la fenêtre


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St-Catherine d`Alexandrie, vierge et martyre en Égypte vers l`an 305 ap J.C.


Quelquefois une rosace à quatre ou à cinq feuilles était placée à une petite distance au-dessus du triplet , comme emblème de la couronne qui ceint le front du Roi des rois. Cette même couronne surmonte souvent aussi la fenêtre géminée de l'ouest. Et parce que la foi chrétienne nous oblige à reconnaître la Divinité dans chacune des trois personnes divines individuellement, la couronne se retrouve aussi parfois au-dessus de chaque fenêtre du triplet, comme cela a lieu dans la cathédrale de Wimborne.

Les portes.

Guillaume Durand nous a fourni la clef de la signification symbolique représentée dans les portes, en nous rappelant cette sentence du Sauveur : « Je suis la porte. » Et puisque la tradition rapporte que le Sauveur, en proférant ces paroles, indiquait des yeux et de la main le porche du temple, l'allusion symbolique acquiert par cela même une nouvelle force.

Dans les petites églises (sauf dans les églises romano-byzantines), les portes forment rarement un sujet d'ornementation symbolique ; mais dans les cathédrales, les dispositions emblématiques les plus frappantes sont groupées tout autour. On y voit constamment représentés les miracles, les doctrines et la personne même du Sauveur.

Les portes du style ogival primitif sont généralement doubles et représentent les deux natures en Jésus-Christ ; mais elles se trouvent encadrées dans un seul cintre pour démontrer en lui l'unité de personne. Nous en trouvons des exemples dans la porte célèbre de la cathédrale d'Ely, dans celle du chapitre à Salisbury, ainsi que dans celle de l'ouest ; dans la porte du style décoré de la cathédrale d'York et dans celle de son chapitre, dont l'inscription porte : La rose est la fleur des fleurs , ainsi cet édifice est l'église des églises; dans celle encore de l'entrée occidentale du chapitre de Wells.


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Cathédrale d`Ely en Angleterre reconstruite par les Normands vers 1081. Portes du style ogival doubles et représentent les deux natures en Jésus-Christ  

L'entrée de l'ouest de Higham-Ferrars représente au-dessus de ses doubles portes l'entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. La même idée est reproduite sur une des portes de la cathédrale de Séville. Dans les deux on a voulu figurer en même temps l'entrée de Jésus-Christ dans la Jérusalem terrestre et la nôtre dans la Jérusalem céleste.

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Cathédrale de Séville en Espagne – Entrée du Christ à Jérusalem le dimanche des Rameaux

Sur le tympan de quelques églises, surtout de celles du style romano-byzantin, on voit souvent représentés , comme pour contraster avec le second Adam qui nous a ouvert le ciel, l'arbre du fruit défendu, et Adam et Ève à côté : cet emblème démontre que « par un seul homme le péché est entré dans le monde. »

Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images) Eglise-de-Besse-2
Adam et Ève et l`arbre de vie : « par un seul homme le péché est entré dans le monde. »


Le crucifiement se voit rarement représenté au-dessus des portes , tandis qu'on retrouve souvent un crucifix surmontant un porche. Cette différence s'explique en ce que les premières sont fermées et les derniers sont ouverts : le Sauveur, « ayant détruit l'aiguillon de la mort , a ouvert le royaume du ciel à tous les fidèles. » On peut même presque affirmer que le crucifix ne se trouve jamais au-dessus d'une porte close, excepté dans le cas où il fait partie de la représentation de la sainte Trinité.

L'agneau est encore un emblème sculpté sur les tympans normands, le Sauveur ayant dit : « Je suis la porte de la bergerie. » Un coup d'œil rapide sur le livre de Guillaume Durand nous porterait à croire que les apôtres furent représentés sous l'emblème de portes; mais il fait probablement allusion à un verset bien connu de l'Apocalypse. (Apoc. 21, 14.)

Ce qui précède nous conduit à une autre signification symbolique attachée aux portes. Comme nous l'avons déjà remarqué, les moulures du style romano-byzantin et du style ogival du 10 eme siècle représentent souvent plusieurs genres de martyres, et on les voit plus fréquemment sur les portes qu'ailleurs; car il est dit : « Ce n'est que par beaucoup de tribulations que nous pouvons entrer dans le royaume des cieux. »

Et ici nous pouvons suivre la marche progressive du symbolisme et admirer tout ce qu'il a de touchant et de curieux dans son développement. Dans les premiers siècles de la foi il fallait un courage peu ordinaire pour se déclarer ouvertement chrétien et pour s'adjoindre ostensiblement à l'Église militante. Cette circonstance a laissé son empreinte dans les emblèmes variés de martyre qui entourent la porte de la nef des églises normandes et de celles du style primitif anglais de la première période, aussi bien que dans ces formes hideuses qui semblent menacer tous ceux qui veulent en franchir le seuil. Mais avec le temps le monde a été évangélisé, et alors on pouvait être membre de l'Église visible sans s'exposer au péril.

Il ne restait donc pour les fidèles qui aspiraient à la communion des saints dans le ciel, que les difficultés et les tentations qu'ils étaient appelés à sur monter dans leur carrière spirituelle avant leur entrée dans l'Église triomphante. Et c'est pour cela que dans les églises du style ogival au 12e et au 14e siècle, les symboles qui avaient figuré auparavant sur les portes de la nef, sont transférés aux arcades antérieures de la clôture du chœur ou au jubé.

Les signes du zodiaque, les divers ouvrages d'agriculture, les arts et métiers en tout genre sont dépeints quelquefois sur le dehors des portes romanes, et signifient que nous devons laisser derrière nous tous les soins et toutes les préoccupations terrestres, si nous voulons entrer dans le royaume de Dieu. Les portes, selon l'usage ordinaire, sont placées à l'ouest; car ce n'est que par la voie de l'Église militante que nous pouvons espérer d'entrer dans l'Église triomphante ( Paradis).


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Message par MichelT le Jeu 26 Avr 2018 - 12:13

CHAPITRE 6

Symbolisme du jubé et de la clôture du chœur. Les corbels, les gargouilles.

I. Le jubé et la clôture du chœur.

Nous venons maintenant traiter de l'arcade du jubé et de la clôture du chœur, dispositions importantes dans nos églises. L'arc antérieur du jubé, comme séparant le chœur d'avec la nef, indique littéralement la séparation du clergé d'avec les laïques ; mais symboliquement il exprime la division entre l'Église militante ( sur terre) et l'Église triomphante (Le Paradis), c'est-à-dire la mort des fidèles. Cette pensée nous est dépeinte d'abord dans le grand symbole par excellence, la croix triomphale, l'image de Celui qui, par sa mort, a vaincu la mort et qui a devancé son peuple en traversant la vallée ténébreuse. Les images des saints et des martyrs apparaissent dans les panneaux inférieurs comme nos modèles dans la foi et la patience. Les couleurs qui brillent dans la clôture même nous parlent de leurs épreuves.

Le Symbolisme Chrétien - 19 eme siècle - Angleterre ( Images) Jube
Le Jubé

Le rouge cramoisi dépeint leurs tourments, l'or leurs victoires. Les sculptures à jour, si curieusement travaillées, sont l'emblème de ce voile qui cache encore à l'Église militante la vue des choses célestes. Et parce que les bienheureux martyrs ne sont passés de ce monde à l'autre que par la voie d'amères souffrances, de même les moulures de l'arc du jubé représentent les divers genres de tourments auxquels ils furent soumis. La foi fut leur soutien, et elle doit être le nôtre ; la foi est donc représentée dans ses articles principaux sur certaines moulures du jubé ou de la clôture, comme cela se voit à l'église de Bishop's-Hull (Sommerset), par le Credo en lettres dorées et en relief; ou bien elle est représentée par quelque action notable dont elle fut le principe. Ainsi, dans l'église de Cleeve( Sommerset), l'histoire de la destruction du dragon ( l`ange déchu) parcourt non-seulement la clôture du jubé, mais aussi la clôture du nord.

Mais comme la puissance des malins esprits ( des anges déchus) s'exerce contre nous jusqu'au moment où nous quittons ce monde, mais non après, les formes les plus horribles sont aussi quelquefois sculptées sur le côté occidental de l'arc du jubé.

La voie étroite qui conduit au royaume des cieux est figurée par l'excessif rétrécissement des arcs de la clôture normande. Et la séparation finale de l'Église triomphante d'avec tout ce qui est impur, se révélait dans le jugement dernier qu'on retrouve presque toujours peint à fresque au-dessus de la clôture, et dont il existe encore plusieurs spécimens, entre autres celui de la Trinité à Coventry, et beaucoup d'autres qu'on découvrirait encore si l'on se donnait la peine de gratter le badigeonnage qui recouvre souvent ces endroits. Non-seulement le jugement général, mais le jugement particulier y est représenté.

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Cathédrale d`Exeter en Angleterre

Sur le côté sud du mur du sanctuaire de l'église de Preston (Sussex) est une fresque dont le sujet est la pesée des âmes par saint Michel : le démon ( l`ange déchu) est là à côté, avide pour sa proie; mais, par l'intervention de la sainte Vierge, la balance penche en faveur du pécheur. Il existait probablement autrefois au-dessous de cette peinture un autel dédié à la sainte Vierge. Les actes inspirés par la foi sont dépeints dans des positions analogues. Ainsi, dans la même église, sur le mur du nord du sanctuaire, se trouve le martyre de saint Thomas de Cantorbéry, peint à fresque. Nous avons déjà parlé de la triple arcade du jubé du style roman. On peut voir dans l'église de Capel-le- Jerne (Kent) un curieux spécimen d'une disposition semblable. Il existe aussi des jubés à double arcade , très-remarquables , à Finedon , à Wells , à Darlington (Durham) , et à Barton (Cumberland).


II, Les corbels, les gargouilles, etc.

Les corbels (pendentifs ou colonnes), qui se trouvent à l'intérieur des églises, représentent généralement la hiérarchie céleste. Les anges tiennent souvent entre leurs mains des instruments de musique et semblent vouloir prendre part aux pieux concerts des fidèles. Cette belle idée est pleinement développée dans les voûtes du style perpendiculaire récent , du haut desquelles les divers ordres de la hiérarchie céleste planent, les ailes étendues, sur tout l'édifice sacré.

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Colonne des Anges a la cathédrale de Strasbourg en France


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Anges musiciens

Cette pensée , il est évident, se rapporte aux chérubins dont les ailes recouvraient l'arche du Testament , ainsi qu'au verset de saint Paul : « Les choses que les anges désirent de contempler. » Les bienfaiteurs des églises sont aussi dépeints sur les voûtes. Les gargouilles, au contraire, sont l'emblème des esprits malins ( anges déchus - démons) qui se retirent des murs sacrés ; et leurs figures hideuses, qui excitent tant le ridicule et la critique de nos connaisseurs modernes, ne possèdent pas moins leur signification propre.

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Les gargouilles représentent les anges déchus ( démons)


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Les gargouilles représentent les anges déchus ( démons)

Fin


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Message par MichelT le Dim 29 Avr 2018 - 20:53

MANUEL DE L'ART CHRÉTIEN. ( Extraits)

Comte GRIMOUARD DE SAINT-LAURENT – commandeur de l`ordre de Pie IX – année 1878 – ( Extrait)

DU BEAU.

NATURE DU BEAU.

Le beau se présente à notre esprit comme réunissant une idée de perfection et une idée de jouissance, de jouissance dans la contemplation de ce qui est parfait; il n’est pas la perfection même, mais un de ses aspects; il n'est pas l’harmonie, condition essentielle elle—même de toute perfection, mais il en est un effet immédiat.

L’harmonie, signifiant accord, union, comprend une idée d’unité et une idée de variété : l’idée d’unité dans la variété, du nombre dans l’unité. Hors de ces conditions, il n’est point d’harmonie, dès lors point de beauté.

Rien n’est beau que le vrai, rien n’est vrai que le bien ; le vrai, le bien, le beau sont en soi inséparables. Si trop souvent ils semblent séparés, c’est ou que nous voyons mal, ou que les œuvres de Dieu nous apparaissent dans un état de mutilation et de déchirement. Ces désordres seront réparés; et, dans leur état définitif, plus parfaitement encore que dans leur premier plan, l’accord sera complet entre le bien, le beau et le vrai, en toutes choses et sous tous les aspects.

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Peinture de Raphael


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La Poésie - Salle de la Signature de Raphael - année 1508

Raphaël a exprimé la pensée de cet accord, ou peut le dire, en un magnifique langage dans la Salle de la signature, car les quatre figures allégoriques qui en ornent la voûte, et dont la signification se développe sur chacun des murs correspondants, peuvent être considérées comme des personnifications : la Théologie, du vrai dans l’ordre surnaturel; la Philosophie, du vrai dans l’ordre naturel; la Justice, du juste même qui se confond avec le bien, et la Poésie, du beau ou de la beauté dans toutes les œuvres de l’esprit humain.

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Anges musiciens par Raphael

Numine afflatur, elle est un souffle de la divinité. L’empreinte un peu trop forte de mythologie antique dont est ternie l’œuvre du peintre chrétien, n’ôte rien foncièrement à la justesse de la pensée. Supprimer toute réminiscence d’Apollon, il n’en sera que plus vrai de le dire : le beau est un souffle de Dieu, et la poésie n’est que ce côté des choses, cette forme de composition artistique et littéraire, cette disposition de l’âme, où le beau prend le pas sur cette face inférieure du vrai et du bien que l’on peut appeler l’utile, et, comparativement à ce quelque chose de plus positif, la poésie est un souffle et le beau une exhalation, mais un souffle divin et une exhalation qui enlève jusqu’aux cieux.

Le bien, le vrai, l’utile, d’ailleurs, ne sont sacrifiés que si la poésie est creuse et la beauté illusoire; le beau, s’il est véritable, les entraîne avec lui, puisqu’ils sont inséparables. Nous l'avons dit, et nous ne l’avons pas assez dit: le beau en effet, substantiellement, n’est pas autre que le vrai et le bien, il est une face de l’être; le vrai et le bien nous le montrent sous d’autres aspects ; le vrai est cette face de l`être par où il se fait connaître; le bien, celle par où il se fait aimer; le beau, celle par où il se fait admirer ; mais ce n’est pas dire suffisamment pour le définir, car le sentiment du beau cause une satisfaction intime que le mot d’admiration n’exprime qu’en partie ; le vrai éclaire, le beau attire, le bien attache.

Le vrai, le bien, le beau sont des manières d’envisager l’être dans la réalité, dans l’efficacité, dans la splendeur de ses perfections. Dans l’état parfait, elles s'appliquent à chacune de ses perfections ; car en lui tout ce qui est vrai est en même temps beau et bon. Et encore que ces idées de vérité, de beauté, de bonté, s’appliquent à l’être lui-même, quel que soit l’aspect sous lequel on l’envisage, si on les considère elles-mêmes comme étant des rapports, elles ont droit réciproquement, tout en demeurant distinctes, d’être qualifiées les unes par les autres. Aussi la vérité est bonne, elle est belle en tant que vérité, et la beauté est un bien, abstraction faite de l’être vrai, de l’être beau.

Ce n’est pas assez de définir la beauté : ce qui plaît, même en ajoutant : ce qui plaît à la vertu éclairée. De Maistre, lorsqu’il s’est servi de ces expressions, ne prétendait pas donner une définition rigoureuse, mais énoncer une vérité de mesure suffisante pour le besoin de la thèse qu’il soutenait. Il n’y a pas que le beau qui plaise ; le bien aussi, réel ou présumé, plaît pour l’utilité et la satisfaction qu’on en retire ou qu’on espère en retirer, sans rapport direct à. sa beauté. Le beau, qui est la splendeur du vrai et du bien, est aussi un attrait pour porter vers eux, mais il n’est pas leur unique attrait.

On approcherait plus de la vérité si on définissait le beau, ce qui plaît en soi, considérant qu’il suffit, pour en jouir, de le posséder, de cette seule possession de l’âme que donne la contemplation de l’objet, possession susceptible de devenir parfaite, si cet objet est lui-même parfait et purement spirituel.

BEAUTÉ NATIVE, SON MAINTIEN ET SA DÉGRADATION DANS LES ŒUVRES DE DIEU.

DIEU a fait les choses visibles et les invisibles. Il les a toutes créées belles à la manière qui leur convient, celles-là d’une beauté qui n’a pas d’action sur les sens, et qui n’en est que plus haute, car elle ressemble mieux à la beauté incréée; celles-ci, au contraire, d’une beauté qui ne se sépare pas dans notre idée des douces sensations de nos yeux et de nos oreilles.

Il y a donc différents genres de beauté, de même qu’il y a différents genres de bonté. Ces différences ne tiennent pas seulement à des différences de nature, elles sont motivées par des différences de point de vue et de destination; autre est la beauté de la fleur, autre est la beauté du fruit. Autre aussi est la bonté que l’on trouve en eux, suivant qu’on les considère par rapport à leur destination directe qui est la reproduction de la plante, ou qu’on s’élève jusqu’à la pensée d’une destination plus excellente qui leur est donnée relativement ù. un être supérieur, et par—dessus tout relativement à Dieu.

Les choses visibles ont des beautés qui ne se voient pas, par leurs rapports avec les choses invisibles, par les idées qui s’y attachent. Il nous arrive souvent d’envisager deux choses dans deux ordres d’idées différents, de juger de la bonté de l’une dans un sens, de sa beauté dans un autre, de faire le contraire quant à celles que nous lui comparons : de là ces disproportions apparentes qu’il nous semble apercevoir entre la beauté et la bonté. En réalité, dans tous les êtres et dans chacune de leurs parties, dans chacun de leurs organes considérés sous le même rapport, la proportion du beau est toujours en proportion du bien.  Nous irons plus loin et nous dirons que, selon le plan de la création dans chacun d’eux, la beauté sous tous les rapports devait leur être répartie proportionnellement en raison de la bonté qu’ils renfermaient aussi sous tous les rapports, la beauté visible en raison même de ce qu’ils avaient de bonté inaccessible à toute impression des sens.

Cette harmonie sera rétablie, et dans l’état définitif de toutes choses, ce qu’il y aura foncièrement de meilleur sera aussi ce qui apparaîtra au dehors revêtu de la beauté la plus grande. Dans le monde où nous vivons, l’ordre a été troublé, mais non pas détruit; il conserve des traces de ce qu’il aurait dû être, en y voit apparaître des préludes de ce qu’il doit devenir.

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Le Jardin d`Éden – la perfection avant que l`ordre soit troublé par le péché

L’ange enivré de sa propre beauté l’a perdue aussitôt qu’il a cessé de la rapporter à Dieu ( les Anges déchus – démons). L’harmonie rompue, elle l’était en tout et à jamais.  La nature angélique, à raison de sa simplicité purement spirituelle, se refusant à toute possibilité de réparation, n’offrant aucun refuge où il peut rester quelques débris de sa beauté première, le plus beau des anges, dès le premier instant de sa chute, est devenu le plus hideux des démons.

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Beauté des Anges de Dieu

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Transformation des Anges rebelles devenus des démons

Quand on le représente encore en lutte contre les bons anges, comme expression de son intelligence et de sa force, on peut lui conserver quelque reste de beauté, de grandeur. Mais c’est pure fiction. Tout ce qui lui est inhérent des dons naturels conserve une beauté abstraite, mais cette beauté ne lui appartient plus à lui-même, il la change au contraire en laideur par rapport à lui par l’usage pervers qu’il en fait, car tout mal est laid par la même qu’il est mal, comme tout bien est beau par là même qu’il est bien.

Quand l’âme se dégrade par le péché, elle perd sa beauté, et la laideur de l'âme conduit à la laideur du corps; mais elle y conduit par degrés, et souvent la dernière conséquence physique d’un mal moral ne se fait sentir, par l’abâtardissement des peuples, qu’au bout de plusieurs générations. Il faut aussi considérer les effets du mal moral sur la beauté du corps suivant ses propres degrés: la passion mène au vice, le vice à l’abjection des penchants.

La passion, d’abord, même la passion coupable, loin de détruire les facultés naturelles, les exalte et avec elle souvent la beauté du corps qui en est le revêtement; mais bientôt le vice les altère les unes et les autres, et quand il devient abject, il les conduit à l’abjection. La pente est fatale ; on peut s’y soustraire à tous les degrés avec l’aide de la grâce divine, tant que la mort ne vous a pas jeté au plus bas, sans ressource. Mais pour se soustraire à cette pente du mal, il faut s’arracher au mal lui-même par la réparation et le repentir, et rompre à temps avec les beautés qui séduisent, pour éviter de périr avec les laideurs qu’elles enfantent.

Nous disons beautés :la beauté est réelle, et, tant qu’elle subsiste, la proportion rationnelle avec une bonté correspondante n’est pas rompue. Cette bonté est dans les facultés natives qui nous sont données afin que nous en fassions un bon usage; il est dans l’ordre même que l’usage les exalte naturellement, quand il n’est désordonné que relativement à ses conditions morales et sociales. Ce genre de désordre n’en constitue pas moins à lui seul un mal moral, qui contient en germe toute la série de conséquences qui de la passion et de sa satisfaction coupable mènent à toutes les dégradations.

Nous disons un mal moral; nous ne dirions pas assez si nous ne rappelions que ce mal est un péché, c’est—à-dire un mal contre Dieu, en soi, par conséquent, un mal d’une perversité infinie et d’une laideur à laquelle aucune difformité physique ne pourrait être comparée. Il nous importe de ne pas affaiblir l’horreur qu’il doit inspirer au moment où nous le représentons encore dans ces conditions où il peut revêtir les dehors d’une véritable beauté.

En cela même on voit la bonté et la sagesse de Dieu ; il n’a pas voulu que le corps, par l’effet de la laideur de l’âme, perdit instantanément toute sa propre beauté, tant que l’âme, par un retour vers lui, pouvait, dans un instant, recouvrer toute la sienne, et rendre au corps le droit de rester beau à jamais.

Un beau corps, s’il ne revêt une belle âme, est comme un vêtement conservé pour être digne d’elle quand elle redeviendra belle, tant qu’elle peut le redevenir. Mais un beau corps vu dans l’accomplissement du mal, au lieu de ramener à la pensée de la réhabilitation, doit rejeter immédiatement vers celle de la dégradation et de la réprobation finale ; et si l’œil de notre âme était bien ouvert, le voyant tel qu’il est destiné à devenir, il nous paraîtrait hideux sur le modèle de Lucifer tombant du ciel et tout à coup transformé en Satan.


DU CORPS ET DE L'ÂME DANS LA BEAUTÉ.

Formé d'un corps et d’une âme, l’homme est le lien du monde visible et du monde invisible. De toutes les œuvres visibles de Dieu, son corps aussi est la plus belle, mais de toutes elle est aussi celle qui, par la dégradation, peut prendre l’aspect le plus repoussant, quand, cédant au côté animal de son être, il ne sait pas contenir et régler par l'esprit les appétits et les instincts de la chair.

Tous les êtres dans la nature ont la beauté qui leur est propre. Quelques-uns des types de beauté offerts par les animaux sont si nobles, que non-seulement l’on s’en sert par comparaison pour exprimer une idée de beauté supérieure chez l’homme, mais on applique cette idée aux Anges et à Dieu lui-même: tels le type du lion, de l’aigle, de la colombe.



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Mais l’emploi de ces figures suppose toujours qu’un esprit, et même un esprit supérieur, y domine la matière et les formes. Il n’est aucune figure de ce genre qui, dans le cas contraire ne, puisse être prise en mauvaise part; et quand, dans ce sens, l’homme devient animal, l’idée de la ressemblance qu’il acquiert alors extérieurement avec la bête devient le type de la laideur, et en italien, la langue de l’art par excellence, il n’y a qu’un mot, bruito, pour dire à la fois le laid et le bestial.

L’art, entendu comme nous le faisons des arts d’imitation, a pour objet direct les beautés visibles; il les observe pour les imiter, il les imite pour mieux en sentir et en faire sentir la beauté ; une imitation de la nature où il n’entrerait aucun sentiment de cette beauté ne serait pas de l’art; et comme l’homme est le chef-d’œuvre de la création visible, l’art a pour principal objet de saisir et de rendre la beauté humaine.

Mais dans l’homme il n’y a pas seulement un corps, il y a un corps et une âme, et l’art qui ne rendrait que la beauté corporelle ne rendrait pas toute la beauté humaine. C’est précisément un privilège de cette nature choisie, à la fois spirituelle et corporelle, de pouvoir rendre visibles par le corps les beautés de l’âme.

Les impressions de l’âme, et par conséquent ses beautés, se manifestent par les impressions correspondantes du corps, et l’exquise délicatesse avec laquelle nos organes se prêtent à ce rôle est le principe de leur plus grande beauté à la fois physique et morale. Il y a des beautés purement physiques, mais il n’y a pas de perception de la beauté qui soit purement physique. Les animaux sans raison n’en ont pas le sentiment.

L’accord des sons et des couleurs, la cadence du nombre dans l’harmonie universelle excitent, chez tous les êtres doués de quelque sensibilité d’organe, une impression agréable. Il est possible de la considérer comme un effet du beau, mais ce n’en est pas le sentiment, c’est un effet du beau en tant que l’harmonie produit un bien-être sensible : effet irréfléchi, irrésistible, momentané comme la circonstance qui le produit.

L’impression passe et la bête va où la portent ses appétits. A l’homme seul il appartient de s’arrêter au beau avec réflexion, de le contempler, de le rechercher pour lui-même; et dans cette voie les aspirations de son âme ont bientôt dépassé les impressions de ses sens; trait de ressemblance avec les anges qui, n’ayant rien de sensible, savent si bien
goûter la beauté des œuvres divines; acheminement vers Dieu, qui est insaisissable aux sens et la beauté même.

La notion du beau, à raison de l’idée de relation qu’elle renferme, exige une intelligence qui la comprenne ; d’un autre côté, le beau sensible, qui est l’objet fondamental des arts, demande des organes qui le sentent. Or l’homme étant le seul être de la création qui soit à la fois intelligent et sensible, le beau, tel que nous entreprenons de l’envisager, lui appartient en propre et ne peut se concevoir aussi en dehors des moyens qui lui sont propres de comprendre et de sentir.


LA BEAUTÉ DANS L’ART CHRÉTIEN.

Comme l’homme lui-même dont il est l’œuvre, l’art a un corps et une âme, et de même qu’il nous arrive de cultiver la beauté et la parure de notre corps préférablement à la beauté de notre âme, de même, dans la pratique de l’art, en recherche trop souvent la satisfaction des sens plus que l’élévation de la pensée et la bonté des sentiments. Il n’en peut aller ainsi dès que la question est posée non plus seulement sur le terrain de l’art, mais que l’on entend parler d’art chrétien. Qui dit chrétien dit la nature humaine réhabilitée par la grâce et relevée, pardessus son intégrité première, jusqu’à une destinée surnaturelle.

Au point de vue chrétien, la beauté physique non-seulement doit être tenue au service de la beauté morale, mais elle doit s’élever jusqu’à servir de corps à la beauté de l’âme transformée par la grâce.

Elle a son type dans Jésus et Marie : la nature humaine élevée jusqu’à l’union personnelle avec la divinité, comme type de la beauté virile; la créature ensuite la plus parfaite, toujours préservée et à jamais affranchie de tout ce qui altère les œuvres divines, comme type de la beauté dans la femme.


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Art chrétien de William Adolphe Bouguereau


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Art chrétien de William Adolphe Bouguereau


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Art chrétien de William Adolphe Bouguereau


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L’art chrétien n’est véritablement tout ce qu’il doit être, corps et âme, qu‘à la double condition de représenter les beautés de l'âme relevées par les plus chastes beautés du corps; mais pour lui l’âme avant tout, et sous ce rapport, jusqu’à un certain point, il procède à l’inverse de l’art qui n’est que de l’art.

Dans la voie de la dégradation comme dans celle de la réhabilitation, c’est toujours l’âme qui commence. Quand par sa faute elle a perdu sa beauté, le corps peut encore quelque temps conserver la sienne; quand avec le secours de la grâce elle recouvre en se relevant sa beauté première et bien au-delà, le corps reste dans l’état d’infirmité et de ruine où l’a réduit l’effet des passions, et il faut qu’il achève de mourir avant de prendre dans une nouvelle vie un aspect digne de l’âme à laquelle il sera à jamais uni.

Il y a bien quelque chose qui se relève dans le corps aussitôt que l’âme redevient bonne et par là même redevient belle : c’est l’expression. Mais l’expression dans l’art, c’est précisément l’âme, et c’est en effet par l’ex pression que l’art chrétien triomphe. L’art antique est arrivé, sous le rapport de la forme, à une perfection que l’art chrétien n’a jamais surpassé, qu’il a rarement égalée, si tant est qu’il l’ait jamais égalée, nous l’avouons non sans peine, car c’est la preuve que la réhabilitation n’est pas complète; nous avouerons même plus tristement encore qu’au moment où l’art né au sein du christianisme, alors que tout ce qui était resté de la civilisation antique allait cesser de vivre, qu’au moment, disons-nous, où cet art devenait capable de rivaliser pour la forme avec les chefs-d’œuvre de la Grèce, il cessa d’être chrétien, il cessa du moins de l’être principalement.

Serait—ce parce qu’il était moins chrétien qu’il devenait plus apte à rendre les beautés du dehors? Ne serait—ce pas plutôt parce que, devenu plus apte à les rendre par l’effet d’un progrès continu lié à la marche toujours croissante elle-même de la civilisation chrétienne, il s’en serait épris au point de les préférer aux beautés du dedans, et par la même serait devenu moins chrétien en les négligeant? Il y eut de l’un et de l’autre dans le mouvement de la Renaissance.

L’art resté plus chrétien ne se serait pas jeté avec tant d’engouement vers le genre de beauté que lui révélait, à, cette époque, la découverte et l’étude des marbres antiques ; il s’en serait tenu à une émulation mieux réglée, dût l’effet en être moins rapide, pour atteindre, sous le rapport de la justesse des proportions et de la beauté plastique une perfection égale et même supérieure, sans s’écarter de sa propre voie, c’est—à-dire en main tenant la suprématie de l’esprit sur la matière, la subordination du corps à son âme.

Il avait pour mission non-seulement d’exprimer par le moyen de l’art d’utiles vérités, d’exciter de bons sentiments, mais les vérités les plus vivifiantes, les sentiments de la plus vive piété. La beauté de ces conceptions, de ces effusions de l’âme, était sa propre beauté, non pas seulement en ce sens qu’elles sont belles en soi d’une beauté toute intellectuelle et morale, mais en égard à l’aptitude du corps humain à les rendre visibles par son attitude et sa physionomie.

Il y avait là un ordre de beauté supérieur à tout ce que l’on avait dans l’antiquité enfanté de plus idéal. La forme corporelle de ce noble à la fois et populaire langage laissait à. désirer, on ne le conteste pas, mais il la fallait en rapport avec le rôle éminent qu’il était appelé à jouer et cultiver la forme pour elle—même, ce fut la ravaler.

Alors même le sens artistique, si développé quant aux parties extérieures, nous pourrions dire corporelles de l’art, s’oblitéra à tel point, quant à ce qui en est l’âme, que l’on ne sut plus distinguer ce qui faisait la supériorité de l’art chrétien, et qu’on ne vit que décadence barbare, essais inconsistants d’une nouvelle enfance, dans tout ce qui, sous la forme la plus accessible de l’art, avait alimenté la piété, captivé les esprits et quelquefois enthousiasmé les peuples pendant quinze siècles de christianisme. Il nous faut résolument adopter une manière d’envisager le beau qui nous permette de tirer profit de notre propre héritage et de l’accroître, de le compléter, en lui ajoutant tout ce qui a pu lui manquer aux époques d’ailleurs les plus florissantes.

Fin


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Harmonie, beauté et tradition dans un spectacle en Europe de l`est

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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