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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT Lun 14 Déc 2020 - 14:02

CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES

EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857  (Extraits)


Comme gage d'une aussi grande faveur, recevez la bénédiction apostolique que Nous vous accordons de grand cœur, à vous même,
cher fils, et à toute votre famille. Donné à Rome , à Saint- Pierre, le 14 jour du mois de juin de l'année 1854 , l'an huitième de notre Pontificat. PIE IX , PAPE.


1 - A TOUT SEIGNEUR TOUT HONNEUR

Oh ! le beau proverbe, mes bons amis , et que j'ai grand plaisir à le rencontrer au début de nos petites causeries !

L'honneur dû aux supérieurs, quels qu'ils soient, parents, maîtres, magistrats, souverains, c'est le lien des familles , des cités, des États ; c'est le premier devoir de tous ceux qui ont des supérieurs. Et où est celui, je vous prie , si haut placé que vous le supposiez , qui, même sur la terre, n 'ait des supérieurs ? Le Pape lui- même, la plus haute autorité qui existe ici-bas, obéit à son confesseur, dans la conduite de sa conscience ; - s'il est malade , il obéit à son médecin . Et remarquez que c'est peu de parler d 'obéissance, l'honneur dit bien plus.

Honorer c'est non -seulement obéir matériellement à celui qui est en droit de nous commander , c 'est encore avoir pour lui le respect et l'amour. – Oh ! oui, une société où notre proverbe servirait de règle à chacun serait une société parfaite . Et s'il s'en faut de tant que nos sociétés aient atteint cette perfection , c'est surtout parce que nous avons perdu l'habitude d'obéir à nos supérieurs, de les respecter, de les aimer.  – Que penser donc, mes chers amis, de ceux qui disent, par leurs actions, sinon par leurs paroles : A tout Seigneur tout honneur, excepté au Seigneur des Seigneurs, au Roi des Rois?  – (Dieu)

Ou plutôt que dire de nous-mêmes, si nous sommes bons fils , bons serviteurs, bons citoyens, et que nous soyons mauvais chrétiens? Nous savons bien que Dieu est notre créateur et notre souverain Seigneur. Nous sommes nés dans un pays catholique ; notre enfance a été nourrie du pain de la vérité ; peut- être avons-nous été bercés sur les genoux d 'une mère pieuse, qui se plaisait a former nos jeunes coeurs à l'amour de Dieu. Aussi avons-nous conservé de ces premières impressions un vivant souvenir. La raison d`ailleurs suffit a nous démontrer combien il serait absurde que Dieu seul soit excepté de la règle générale exprimée par notre proverbe. Et cependant, chers amis, quelle place Dieu occupe t - il dans notre vie ? quel honneur lui rendons- nous ?  

Dieu existe ; il vous a comblés de ses biens; vous avez donc des hommages à lui rendre. - Et cependant combien de fois par jour, que dis - je ? par semaine, ou par mois, élevez-vous vers lui un coeur reconnaissant ? Encore une fois, quel rang Dieu tient-il dans vos pensées, dans vos affections, dans vos entretiens ? – Reconnaissez- le ; vous vivez absolument comme si Dieu n ' existait pas.

Que faire donc ? Rougir de cette conduite ; et, puisque Dieu a établi sur la terre des ministres de sa loi , qui sont comme ses représentants auprès de nous, il vous faut, mes bons amis , aller trouver un de ces hommes, et lui dire : « Mon père , je sens que j'ai jusqu 'ici manqué à un grand devoir. Je me pique d 'être a un homme juste et de rendre à chacun ce qui lui est dû ; et cependant je commets l' énorme injustice de vivre éloigné de Celui à qui sont dus, avant tous les autres, l'honneur, la louange et l'amour. Il fut un temps où j'étais plus heureux , parce que j'étais plus juste ; je me rappelle avoir aimé le Bon Dieu dans ma petite enfance . Rapprenez-moi, mon père , cette science . Je ne craindrai pas de reprendre, au premier chapitre , le catéchisme de mes jeunes années . Dieu nous a créés, disait ce catéchisme, pour le connaître , l'aimer et le servir , et par ce moyen obtenir la vie a éternelle .

Faites cela , chers amis. Vous n 'aurez pas de peine à trouver un bon prêtre qui pleurera de joie en voyant votre bonne volonté . Combien vous serez plus heureux alors ! combien l'obéissance vous sera moins pénible, lorsque vous aurez rappris que toute autorité vient de Dieu ! Combien aussi le commandement, si vous êtes, appelés à l'exercer, vous deviendra plus facile ! En vous voyant obéir à Dieu, vos enfants, vos ouvriers, vos domestiques auront moins de peine à vous obéir . Car ils sauront, eux aussi, par votre exemple et par vos leçons, qu'en vous obéissant ils obéissent au souverain Maître ; et ils seront fiers de cette obéissance dont on a dit qu'elle était une véritable royauté : Servir Dieu , c'est régner.


2 - CONTENTEMENT PASSE RICHESSES

Gardez -vous de croire, mes chers amis, que je veuille dire ici du mal des riches en général. Il y a de très- bons riches; j'en connais, et vous en connaissez ; il en est que ni vous ni moi ne connaissons, mais dont les mérites sont connus de l'oeil de Dieu ; et ce sont, à cause de cette obscurité même, les plus heureux . Non, je ne veux pas dire du mal des riches en général, pas plus que je ne veux, en général, dire du bien des pauvres, par cela seul qu'ils sont pauvres. Il y a de très-mauvais pauvres, qui blasphèment la Providence , au lieu de la bénir et de la prier , qui ont le coeur rongé de haine et d 'envie, et qui sont ainsi à la fois bien coupables et bien malheureux .  Non ; ce que je veux dire, parce que c'est une vérité de raison et de foi, c'est que les richesses ne font pas le bonheur à elles seules ; c'est qu 'elles entraînent avec elles beaucoup de soucis ; c' est que, si nous nous y attachons trop , ce qui arrive bien souvent, elles nous ôtent la paix de notre cœur, et deviennent alors un fléau plutôt qu 'une bénédiction .

Ce que je veux dire, c' est que les richesses ne sont rien , comparées au contentement. Et notez que, par ce mot, je n 'entends pas le plaisir : non ; mais cette délicieuse paix de l'âme, ce vrai contentement du coeur , qui a sa source en Dieu , ce sentiment qui assaisonne et élève toute la vie , qui est d 'autant plus vif et plus complet, qu 'en aimant Dieu davantage, nous sommes plus satisfaits des autres et de nous- mêmes. Ce contentement, les saints l' ont trouvé jusque dans une extrême pauvreté, ce qui vous prouve combien il est indépendant de la fortune. Si donc la Providence vous a donné une toute petite aisance, un pain que chaque jour vous gagnez en travaillant, le pouvoir de mettre, chaque jour aussi, de côté quelque chose , pour la maladie, la survenance d 'enfants, les vieux jours, et si surtout, avec cela , vous aimez le Bon Dieu ; oh ! gardez- vous, mes chers amis , de porter envie à de plus riches. Le lot le plus heureux vous est échu ; vous avez cette vie dorée que les sages même de l'antiquité ont tant exaltée, sans la connaître vraiment, puisqu 'ils étaient étrangers a ce profond sentiment d ' amour de Dieu , qui en fait le plus grand charme.

C ' est dans ce sens que je dis : Contentement passe richesses ; et je suis sûr que, la main sur votre cœur, vous pensez et dites comme moi. Que si vous êtes aux prises avec la misère , et que le découragement, peut-être le désespoir , soit tout près de votre âme, que souhaiterai-je de préférence pour vous? Les richesses ? ou le contentement ? Le contentement, sans hésiter . Ce qui ne veut pas, dire que je ne prierai pas le Bon Dieu d'adoucir les rudes épreuves qu' il vous a envoyées, ni que vous deviez vous-mêmes craindre de faire de semblables prières. Je ne dis pas que la misère vaille mieux que l'aisance. Je dis que, dans l'aisance comme dans la misère, et dans la misère comme dans l'aisance , c'est le coeur qui est la source de toute vraie joie ; que par conséquent le contentement vaudra toujours mieux que les richesses.

Veuillez le remarquer en effet, mes bons amis ; le bonheur ne consiste pas dans les circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons, mais dans l'état de notre âme. Au milieu de toutes les jouissances du luxe, le possesseur de richesses injustement acquises est malheureux ; car l'aiguillon du remords lui inflige des douleurs qui atteignent son âme, et la rendent incapable de goûter purement la moindre joie . — Il n 'y a pas de paix pour l'impie , a dit Dieu lui-même; or il n 'y a point de bonheur sans paix . Que font à cela les richesses ? Ce que je vous souhaite par-dessus tout, c'est le contentement, mais le contentement chrétien , qui n 'est autre que la paix et la joie de la conscience. Voulez-vous que je vous en donne quelques exemples ? Je les prendrai dans votre propre histoire. Je pourrais vous dire que la paix de l'âme, ce contentement chrétien que je vous recommande, se trouve en général dans l'accomplissement de tous vos devoirs. – Mais je vais plus loin , et je veux vous signaler, dans cette paix continuelle d 'une conscience toujours honnête , quelques joies plus vives, quelques tressaillements pour ainsi dire de votre cour, alors qu'il s'est approché de plus près de la divine perfection vers laquelle il doit tendre sans cesse.

Lorsque vous avez soulagé votre prochain en vous sacrifiant vous-même; lorsque vous avez remporté sur un vice qui vous éloignait de Dieu quelque notable victoire ; lorsque, dans la divine Eucharistie , vous avez reçu , avec le corps du Sauveur, une abondance de grâces que la parole humaine ne saurait dire , et que dans ce contact immédiat avec le Dieu d 'amour, vous avez senti tout ce qu'il y a de bon en vous se développer et s 'échauffer , tandis que, comme repoussées par ce foyer divin , vos mauvaises passions perdaient du terrain ; - dites si vous n 'avez pas goûté un bonheur, une joie, un contentement dont toutes les richesses ne sauraient approcher !


3 - PIERRE QUI ROULE N'AMASSE PAS DE MOUSSE.

Vous avez sans doute rencontré quelquefois, sur le bord d 'un ruisseau , dans un recoin écarté , au fond des bois, une pierre à moitié enfoncée dans le sol, et recouverte d 'une mousse verte et touffue ; le voyageur fatigué se réjouit en l'apercevant, soit qu'il veuille s'y asseoir et respirer le frais, soit qu 'il y pose ses deux genoux, comme sur un moelleux coussin , tandis que, le corps penché, il hume l' eau limpide du ruisseau . Fidèle aux lieux où , depuis des siècles peut-être, la Providence l'a déposée, elle a vu chaque année s'épaissir son tapis verdoyant. Elle-même, protégée contre les ardeurs du soleil, elle devient aussi précieuse aux rares passants qui l'approchent, qu'un caillou d 'ordinaire est inutile et méprisé . Tournez maintenant vos regards vers cette autre pierre , placée peut-être d'abord dans la même obscurité , mais que je ne sais quel triste hasard a jetée sur les routes de la montagne. Là , tantôt le pied du promeneur, tantôt celui du mulet, la rencontre et la pousse, comme un obstacle maudit. Ainsi roulant toujours, elle n 'amasse pas de mousse , comme dit notre Proverbe. Les années succèdent aux années, et elle est toujours la même, jusqu 'à ce que, descendue sur les grands chemins de la plaine, elle y trouve l'impitoyable marteau du cantonnier qui la broie et disperse ses débris, pour être à jamais foulés aux pieds de tous.

Quel enseignement, mes bons amis ! Si vous êtes vous-mêmes à l'abri des passions brûlantes, et de la misère, et du mépris, et de la ruine, qu 'elles traînent à leur suite , si vous pouvez rendre à vos frères ces bons offices qui partent du coeur bien plus encore que de la bourse ; bénissez Dieu , qui a caché votre vie sous l'abri tutélaire du toit paternel, qui entoure votre faiblesse d ' influences bienfaisantes, et vous rend ainsi l'existence plus douce et la vertu plus facile. Souvenez vous que de grandes bénédictions sont attachées à la fidélité avec laquelle vous conservez la position que le Ciel vous a faite. A moins d 'absolue nécessité, évitez donc de changer de profession , ou de ville, ou de quartier ; gardez l'état de votre père, où le souvenir de sa probité lui survit et vous protège ; demeurez dans la ville où votre mère a fait sa première communion , et où sa mémoire bénie vous soutient contre les mauvaises tentations ; soyez fidèles au quartier où chacun vous connaît, et où , pour réussir , si votre ambition est modeste, vous n 'avez qu 'à suivre le sillon tout tracé devant vous.

N 'oubliez pas que trois déménagements équivalent à un incendie , non point seulement à cause de tout ce qui s 'oublie , se brise , se perd ou se vole dans ces changements perpétuels, mais surtout parce que, chaque fois que vous quittez une ville ou un quartier, vous laissez derrière vous un trésor que rien ne peut remplacer, le plus précieux de tous les héritages : cet en semble de souvenirs, d 'affections, de bonne réputation , si long et si difficile à former. Votre père et votre grand-père y avaient travaillé avant vous : vous en recueilliez les fruits . Quelle perte immense n 'avez- vous pas faite , la première fois que vous avez sacrifié à votre humeur inconstante ce précieux patrimoine ! Que si, après vous être acclimaté dans une autre localité, vous l'avez encore quittée , lorsque vous commenciez à reconstituer votre trésor, vous avez été bien imprudent. Et certes , au troisième changement, il n 'est pas d 'incendie qui ait pu produire des pertes plus grandes, ni plus irréparables. Craignez donc, si vous roulez toujours ainsi, de ne point amasser de mousse : ni instruction pour votre esprit , ni expérience pour votre vie, ni économies pour vos vieux jours, ni héritage pour vos enfants. Ayez toujours devant les yeux l'histoire de nos deux pierres; et dites- vous qu 'il dépend de vous de choisir entre le sort enviable de la première, et la misérable destinée de la seconde.


4 - IL NE FAUT PAS S'EMBARQUER SANS BISCUIT


Si vous avez habité le bord de la mer , mes bons amis, vous devez savoir ce que c'est que le biscuit. Je ne parle pas de certain gâteau que nous aimions fort, vous et moi, quand nous étions écoliers ; mais bien d 'un pain très- dur, appelé ainsi parce qu 'il a subi une double cuisson : - biscuit veut dire deux fois cuit ; - et qui est la nourriture principale des matelots. Une fois lancés sur l'immensité des mers, ces pauvres matelots seront longtemps sans voir la terre, bien des jours , bien des mois, plusieurs années peut- être. Aussi l'imprudent équipage qui négligerait de s'approvisionner abondamment de ce précieux biscuit courrait grand risque de mourir de faim avant d 'arriver à destination . Me demanderez -vous, chers amis , où j' en veux venir , et ce qu 'il y a de commun entre vous, habitants des grandes villes, et ce marin qui parcourt l'Océan dans sa maison flottante ? Non , vous ne me le demanderez pas, et vous vous rappelez déjà avoir entendu comparer la vie à la haute mer, chacun de nous à un matelot , la position que Dieu nous a faite à une barque, Dieu lui-même au pilote qui nous dirige, et l' éternité au port où nous devons aborder, après une traversée dont le Ciel seul connaît et les vicissitudes et la durée.

Quel est donc, dans ce voyage mystérieux , le pain que nous devons avoir soin de placer dans notre barque ? I. De même que le biscuit de mer contient, sous un étroit volume, une quantité considérable de substance nutritive , de même que cet aliment se conserve incorruptible sous les climats les plus divers, et pendant de longues années, ainsi ne devons-nous charger notre barque que d 'un pain substantiel et qui soit à l'abri de la corruption . Pour soutenir la vie de notre corps, Dieu ne demande donc pas que nous emportions avec nous des richesses , ni de l' esprit, ni du pouvoir, toutes choses qu 'il ne dépend pas de nous de posséder. — Non , le biscuit de notre vie temporelle , c'est le travail, c'est un métier ; c 'est la possibilité de se suffire a soi-même, et de défier les révolutions, qui bouleversent les fortunes, mais laissent toujours, en fin de compte, du pain à l'ouvrier laborieux . C' est à vous que je parle , parents, vous que Dieu lui-même a chargés d 'introduire vos enfants sur la barque de la vie, et de les approvisionner de votre mieux.

Donnez un état à vos enfants ; veillez à ce qu'ils contractent l'habitude du travail, veillez - y dès leur plus tendre enfance ; vous ne sauriez trop tôt leur donner cette ressource précieuse . Celui qui entre dans la vie sans état est comme un matelot qui s'embarque sans biscuit, il aura tôt ou tard à lutter contre le besoin. Et, de même que, dans des naufrages fameux, on a vu des hommes, rendus féroces par la faim , se dévorer entre eux , de même, si vos enfants n 'ont point de pain assuré pendant la traversée de cette vie , craignez que la faim ne les mène au crime, et le crime à l'échafaud (prison ou pire). Ce ne serait pas la première fois que l'imprévoyance ou la faiblesse des parents auraient fait le malheur et la honte des enfants !

Mais l'homme ne vit pas seulement de pain , dit Notre-Seigneur; il vit encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Avec le travail qui assure la vie du corps, il est encore, pour votre barque, un autre approvisionnement, faute duquel vous arriverez aussi à la mort, à une mort invisible et qui n ' en est que plus redoutable . La parole de Dieu , c'est-à-dire la Religion , ce lien de l'homme avec Dieu ; cet ensemble de faits historiques, de dogmes, de préceptes qui constituent la vie de notre âme : voilà le pain spirituel que nous devons avoir soin d 'emporter avec nous.

Soit que, dans l'histoire du peuple de Dieu , dans les psaumes de David que l’Église chante chaque dimanche, dans la lecture du Saint Évangile, nous savourions les paroles sorties de la bouche de Dieu même; soit que nous apprenions, à l'aide de notre catéchisme, la science qui nous intéresse par-dessus tout : celle de Dieu et de nous-mêmes, de notre origine, de notre destinée ; soit que, par ces deux admirables conduits de la prière et des sacrements , nous élevions notre âme jusqu 'à Dieu , ou nous sentions, comme une rosée bienfaisante , la grâce divine descendre sur nous; toujours, par ces divers exercices, la partie la plus noble de nous-mêmes vit et respire, pour ainsi parler . Et si jamais nous avons eu le malheur d 'abandonner la foi, ou seulement la pratique, nous avons senti la vie diminuer par degrés au dedans de nous, et faire place à une léthargie bien voisine de la mort.

Oui, la Religion , voilà par excellence le pain sans lequel nous ne devons point nous embarquer. A peine  éveillés à la vie de l'âme, que la Religion soit notre nourriture de chaque jour, le principe de toutes nos actions, et comme l'air que nous respirons. — De même que, dans un naufrage où chacun s'efforçait de sauver quelques effets précieux , un philosophe s'en allait, les mains vides , disant, dans son orgueil, et faisant allusion à la sagesse dont il se croyait nanti : J' emporte tout avec moi; - nous aussi, et bien mieux que lui, pourvu que l'amour de Dieu nous pénètre , qu'aurons-nous a redouter des périls de la traversée ? Avec ce divin bagage, nous sommes sûrs d 'arriver au port; nous sommes sûrs que, pendant les tempêtes et les orages de la vie , nous aurons au dedans de nous un refuge , un aliment, une consolation , à quoi rien d 'humain ne saurait être comparé.

Pourrions - nous, mes chers amis, parler de provision de voyage, de pain de l'âme, sans rappeler à votre vénération , à votre attendrissement, ce pain miraculeux où notre bon Sauveur a voulu se cacher tout entier ? — Lorsque, au moment de partir pour le grand voyage , un mourant reçoit la sainte communion , on dit qu 'il communie en viatique, c'est- à -dire qu 'il reçoit une nourriture destinée à le fortifier pour les luttes du dernier passage . N 'oubliez pas ce mot, mes bons amis ; n 'oubliez pas que nous sommes des voyageurs; qu'incertains de l'heure de notre mort, nous devons par conséquent nous considérer comme toujours à la veille de terminer notre course . Que la sainte communion , ce pain substantiel, soit donc une provision sacrée que nous emportions toujours avec nous! Mettons-nous en état de recevoir souvent cette divine nourriture, au moins à toutes les grandes fêtes. Recevons-la avec le recueillement, le respect , l'amour d 'un chrétien qui va paraître devant Dieu . Ainsi toutes nos communions, vraiment faites en viatique, auront pour résultat de nous adoucir les peines du voyage et de faciliter notre entrée au port bienheureux de l' éternité ! Le Travail , la Religion , l’Eucharistie : pensez à ces trois choses, lorsque vous entendrez notre proverbe : Il ne faut pas s'embarquer sans biscuit. — Que ce triple pain vous nourrisse : et vous serez heureux, ici -bas et là -haut !


5 - MAUVAISE TÊTE ET BON COEUR

Vous en parlez bien à votre aise, comme si ce n 'était rien d'avoir une mauvaise tête ou un mauvais caractère, ce qui est à peu près la même chose. Un mauvais caractère ! Mais il y a peu de défauts avec lesquels on rende plus de monde malheureux autour de soi. Avoir un mauvais caractère, c'est être impatient, soupçonneux, susceptible, entêté; toutes choses très graves, et que l'on rapporte à la tête , lorsque souvent elles tiennent au coeur de plus près que l'on ne pense .

Je pourrais vous faire remarquer d 'abord que rien n 'est plus contraire à l'esprit du Christianisme qu 'un mauvais caractère. Qu'a dit Notre -Seigneur, en effet, lorsqu 'il nous a montré en lui-même le modèle que nous devons suivre : Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez, en m 'imitant, la paix de vos âmes ! Celui qui s'abandonne à son mauvais caractère est tout l'opposé de ce divin modèle. Ces révoltes continuelles contre la moindre observation , cette extrême délicatesse qui se croit toujours blessée et interprète tout en mal, cet attachement obstiné à son propre sens, est- ce autre chose que de la dureté, que de l'orgueil ?

Et lorsqu 'on juge ainsi toujours en mal ce qui est susceptible de mille interprétations favorables ou indifférentes; lorsqu'on est toujours irrité contre son prochain , qu'on ne lui passe rien , voulant que lui, au contraire, nous passe tout; lorsque, pour rien au monde, on ne céderait un pouce de son opinion ou de ses idées, on ose bien dire que l'on a un bon cœur, un cœur chrétien ! — Mais comment agissent donc les mauvais cœurs, si les bons cœurs se montrent de la sorte ? Et pourrions-nous oublier la parole du Sauveur : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ? Comment voulez - vous que nous jugions favorablement d 'un arbre dont les fruits sont si aigres et si amers ? Je vois bien votre mauvaise tête : mais votre bon cœur où est- il donc ?

Vous me direz que vous êtes très -honnête , très dévoué; que, dans les grandes occasions, on vous retrouve, et que, si vous péchez dans les détails, vous êtes, au fond , et dans ce qu' il y a de vraiment essentiel, irréprochable . Hélas! mon pauvre ami, que vous vous abusez étrangement ! Que ne venez-vous vous vanter de n 'a voir tué ni volé personne ? Remarquez que vous n 'avez aucun mérite à ne pas vous livrer aux vices pour lesquels vous n 'avez aucune inclination , ni a pratiquer des vertus , ou du moins à nourrir des sentiments que rien ne combat en vous. Si Dieu vous a donné un cœur tendre pour vos parents , une âme que les grands dévouements attirent, ce n 'est pas là un mérite de votre part; c'est une faveur, dont vous devez à Dieu compte et reconnaissance. Et puis les sentiments ne sont rien qu 'autant qu 'ils se manifestent par des actes.

Or l'effort consiste justement pour vous à lutter contre cette mauvaise tête dans laquelle vous vous complaisez presque, à vous attacher aux petites choses qui se représentent chaque jour, au lieu d 'amuser votre imagination avec de grands événements qui ne se réaliseront sans doute jamais, ou de calmer votre conscience par la contemplation de vertus qui ne vous coûtent rien . Vous me répondrez peut-être : « C 'est facile à a dire , d 'avoir un bon caractère ; mais c'est bien difficile à faire. D 'abord , moi je suis vif , et il m ' est impossible de me contenir . » Vous êtes vif, mon cher ami! - Qu ' est -ce à dire ? Si je vous disais : « Vous voulez que je sois tempérant, chaste, honnête : c'est facile à dire; mais à faire ? D 'abord , moi j'aime le vin , les plaisirs, j'aime « l'argent de mon prochain ! » vous me trouveriez absurde, et vous auriez raison . Je ne dirais pourtant que ce que vous dites.

Vous êtes vif . Eh bien , travaillez a modérer cette vivacité, ou à lui donner un bon cours, Réprimez vos premiers mouvements , quand ils sont mauvais ; pensez- y tous les jours; tous les jours cherchez à gagner sur vous-même. La vie ne vous a pas été donnée pour autre chose . Mais n 'entreprenez pas seul cette besogne difficile ; appelez Dieu à votre secours; cherchez-le là où il se trouve : dans la prière et dans les sacrements. Surtout allez vous confesser ; allez- y souvent. Vous avez remarqué que, lorsque vous reveniez du tribunal de la pénitence, vous étiez meilleur; que le baume du sacrement avait adouci l'amertume de votre humeur. Puisque vous connaissez le remède, employez - le. Vous retomberez souvent : - sans doute ; on ne triomphe pas, en un jour, d 'un ennemi dont si longtemps on a porté le joug . Mais Dieu lui-même a promis la victoire à la persévérance .

Persévérez donc, et vous vaincrez. Pour cela cependant une première disposition est nécessaire; c 'est que vous mettiez tout à fait de côté le proverbe menteur que nous combattons; c'est que vous soyez persuadé que vous n 'aurez jamais un vraiment bon cour, un bon coeur selon Dieu et selon vos frères, que lorsqu 'il se traduira par un bon caractère. Il faut surtout que vous considériez résolument ce mauvais caractère comme votre grand ennemi, comme votre passion dominante, comme celle qui, si vous vous y abandonnez , vous mènera en enfer . Ayez le courage de penser à cela , et vous n 'hésiterez plus à employer les moyens qui vous transformeront, à la grande surprise de vos amis, qui commencent à vous croire incurable , à la grande édification de tous. Car remarquez en passant que le caractère aigre et difficile de certaines personnes chrétiennes est, pour ceux qui n 'ont pas le bonheur de croire, un grand scandale . Qui sait si telle âme, sur le point de se convertir, n 'a pas été arrêtée par le spectacle de vos impatiences et de vos rancunes ?


6 - IL FAUT BIEN QUE JEUNESSE SE PASSE - COURTE ET BONNE.

Certainement il faut que jeunesse se passe .Mais la question est de savoir comment il faut qu 'elle se passe . Je dis, moi, qu'il faut qu'elle se passe bien . Votre proverbe a l'air de dire, c'est du moins dans ce sens qu'on l'entend d 'ordinaire , que dans la jeunesse il faut s'amuser; — Dieu sait ce que cela signifie ! - que d'ailleurs, voulut-on faire autrement, on ne le pourrait point, entraîné que l'on est par la force des passions, que l'on a bien le temps d ' être sage quand on arrive à un âge avancé , etc., etc., etc . Dites -moi, mes bons amis, que penseriez- vous d 'un apprenti qui dirait : « Il faut bien que jeunesse se passe. J'aurai le temps de travailler lorsque je serai ouvrier . Maintenant que je suis dans le printemps de ma vie , je veux en cueillir les roses, m 'amuser et ne rien faire ? » Vous diriez : Mais cet apprenti est un apprenti de Charenton . Car s'il ne travaille pas à apprendre son état , comment pourra -t -il l'exercer un jour ? Les années de l'apprentissage sont les plus importantes de la vie ; c 'est d ' elles que dépend souvent toute la suite de la carrière.

C 'est alors que l'on sème ce que l' on commencera de moissonner plus tard. Ce sont les bonnes habitudes contractées pendant ce noviciat qui, fructifiant dans les années suivantes, font l'honnête et solide ouvrier. Eh bien, mes chers amis, un jeune homme, qu'est ce autre chose qu 'un apprenti-homme ? - Et vous voulez qu ' en passant dans le plaisir , c'est- à -dire, pour parler clair , dans l'oubli de tous ses devoirs, dans la débauche, dans l'impiété, vous voulez qu'en passant ainsi les belles années de sa jeunesse, cet apprenti devienne un homme, c 'est - à -dire un bon époux, un citoyen utile , un père de famille ! N ' est-ce pas de la folie ? Vous savez bien que notre vie est un combat perpétuel, une lutte de chaque jour contre nos mauvais instincts. Vous savez que les véritables hommes, ceux qui remplissent leur mission ici-bas, qui font du bien à leurs semblables, qui vivent honorés et meurent pleurés de tous, ce sont les hommes de coeur, chez qui les instincts de la chair et du sang sont dominés par une âme forte , ces hommes qui savent s'immoler a leur devoir, se sacrifier au bonheur de leurs semblables, mourir pour leur patrie, se consacrer à une multitude de dévouements et de sacrifices d 'autant plus méritoires qu 'ils sont plus cachés et connus de Dieu seul. Vous savez tout cela , et, pour faire des hommes semblables, vous voulez que vos enfants commencent par être les esclaves volontaires de ces passions qu'il  s'agira pour eux de dompter plus tard ! Étrange manière de former des soldats victorieux, que de les inviter à se laisser défaire sans combat, et à rendre d 'abord les armes à l' ennemi! Ne me dites pas que ces jeunes gens, qui se sont amusés, deviennent d'excellents pères de famille. — Il est évident qu 'ils seraient bien meilleurs s'ils s 'étaient de bonne heure formés aux mâles vertus qui ne sont pas moins utiles au bien-être de la société qu 'au salut du chrétien .

Il est évident que bien des choses leur manquent; et qu 'à supposer qu' ils soient vraiment revenus à de bons sentiments, ce doit être pour eux un éternel sujet de remords d 'avoir ainsi profané leurs jeunes années. Oh ! mes amis, je suis bien loin de dire que les années de la jeunesse ne soient pas difficiles à passer ! Dieu me garde surtout de jeter la pierre aux pauvres jeunes gens qui succombent dans cette route si laborieuse ! Mais, au nom du ciel, ne cherchez pas, vous leurs parents , à justifier ces écarts ; ne fournissez pas à ces jeunes imprudents une doctrine qui les endorme dans le mal. Que nous n 'ayons pas à déplorer ce scandale de voir des mères chrétiennes encourager le désordre de leurs fils , et les aider à faire taire la voix de leur conscience ! C 'est bien assez de faire le mal, sans chercher encore à se persuader qu 'on a le droit de le faire . Oui, mes chers amis, il faut que la jeunesse se passe. C 'est une époque orageuse; priez Dieu que vos enfants : la traversent sans chavirer; ou , si le vaisseau qui les porte doit faire un triste naufrage, que du moins la foi . leur reste , et avec elle une planche assurée de salut et de retour.

Dirons-nous quelque chose de ce triste axiome et l'usage des libertins : Courte et bonne? Hélas ! il renferme dans son premier mot une bien cruelle vérité; c' est que, trouvant leur punition dès cette vie , les passions honteuses, l'intempérance, la débauche, le jeu , abrègent bien souvent l'existence de ceux qui s'y adonnent.  Nous le savons tous : la vie de l'impie , la vie du libertin peut être courte ; - mais certes elle n 'est pas bonne.  Et, de même qu'il est dit : « Cherchez d 'abord le royaume de Dieu , et tout le reste vous sera donné par surcroît; » de même on peut dire : Cherchez le royaume du démon ( de l`ange déchu); c'est-à -dire marchez, par une vie criminelle , vers l'éternelle damnation ; et le reste, c'est-à -dire la damnation temporelle , le désespoir de la conscience, vous sera imposé par surcroît.


Dernière édition par MichelT le Lun 8 Mar 2021 - 17:11, édité 4 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT Jeu 31 Déc 2020 - 1:50

7 - QUI TRAVAILLE PRIE.

Que de choses dans ces trois mots, mes bons amis, et qu 'ils justifient bien ce que je vous disais en commençant, que la plupart des proverbes sont un étrange composé de vérités et d 'erreurs! Voulez- vous dire que l'homme, condamné à gagner son pain à la sueur de son front, ne peut pas être toujours à l'église; que négliger les devoirs de son état pour des exercices de piété non obligatoires, c'est bien mal entendre la piété ; que la place d 'une mère de famille est, d 'ordinaire et pour la plus grande partie du jour, au milieu de ses enfants, et la place du père de famille aux champs ou à l'atelier, le corps courbé sur la charrue, l'enclume ou le rabot ? - Si vous voulez dire cela , vous énoncez une grande vérité . Allez plus loin encore, et cherchez, par ce proverbe, à faire éclater votre reconnaissance envers le Bon Dieu

Il veut bien que le travail nous serve de prière ; il n 'a pas circonscrit nos hommages à un lieu ni à une heure déterminés. Mais , comme il est partout et toujours , partout et toujours il permet que nous le prions; il nous tient compte et des aspirations que, de temps a autre, au milieu du travail, notre âme élève vers lui et aussi de ce travail lui-même, qui, lorsqu 'il est entrepris dans le but de lui plaire, constitue une véritable prière. Vous ne devez, ni ne pouvez être toujours à l'église ; vous pouvez, et, jusqu 'à un certain point, vous devez prier toujours. Faites en vue de Dieu , toutes vos actions deviendront ainsi des prières; même vos actions les plus indifférentes; à plus forte raison ce qui est le fond de votre vie , votre travail, ce travail trois fois béni de Dieu , puisque c 'est un instrument providentiel de pénitence , un refuge assuré contre les tentations de l'oisiveté, et le moyen régulier de subvenir aux besoins de votre famille.  

Soit que vous mangiez, soit que vous buviez , dit saint Paul, soit que vous fassiez toute autre chose , faites-le au nom du Seigneur. -- Un Ave Maria donc, mes bons amis, ou , si le temps vous manque, une élévation du coeur vers Dieu , au moment où vous commencez votre journée ! Un souvenir au charpentier de Nazareth et a son divin apprenti, lorsque quelque difficulté vous arrête , et que vous êtes tentés de vous décourager ! - Ainsi consacré, ne craignez pas d 'appeler votre travail une prière.

8- TOUT CHEMIN MÈNE A ROME.

Rome, la ville par excellence, Rome si longtemps la capitale du monde civilisé, depuis Notre- Seigneur la capitale du monde chrétien , Rome figure ici, ce qu 'elle est en effet, le centre de toute vérité , la source par conséquent de toute vertu et de toute vraie félicité .

Lors donc que l'on dit : Tout chemin mène à Rome, on entend par là (sans parler des applications secondaires) qu'en quelque position que Dieu nous ait placés , soit que nous ayons à gravir péniblement les sentiers les plus escarpés, soit que des routes faciles et toutes bordées de fleurs s'étendent à perte de vue sous nos pas, toujours, au bout du chemin , c 'est-à -dire au terme de notre existence , nous pouvons, nous devons arriver à la Rome de l'autre vie, à la Jérusalem céleste .

Ainsi le chrétien , cheminant dans le sillon que lui a tracé la Providence , ne voit pas seulement le but au terme de son voyage ; il est tellement identifié avec ce but qu'il en vit, pour ainsi parler. C 'est vers Dieu qu 'il marche, et c 'est Dieu lui-même qui, lui donnant la force et le courage, le soutient dans sa pénible route . - Oh ! qu 'il est doux de marcher, quand on est sûr d 'arriver ; et qu 'importe par quel chemin l'on s'avance. quand l'oeil de la foi, toujours ouvert, voit , au terme de la carrière, les couronnes éternelles promises à ceux qui auront persévéré jusqu la fin !  Donc tout chemin mène à Rome. Tous les chemins ne mènent pas tout le monde. Il faut d 'abord que nous soyons dans le chemin où Dieu nous a placés, et non dans un chemin où nous nous soyons mis nous-mêmes . Avez- vous quelquefois entendu prononcer le mot de vocation , mes amis ? C 'est le cas de vous en dire quelque chose. Vocation veut dire appel. Chaque homme a sa vocation ; c'est-à - dire que Dieu l'appelle à tel ou tel état. Celui- ci est appelé au service direct de Dieu dans la vie religieuse ; celui-là , dans l'état de mariage, doit aussi servir Dieu , mais d 'une manière moins immédiate : les uns sont amenés, par des circonstances que Dieu seul a combinées, à sortir de l'humble position de leurs pères ; les autres , au contraire, ont pour mission , d 'y demeurer. Les vocations ne sont pas extrêmement marquées pour tout le monde ; mais celui qui consulte ses dispositions naturelles, qui surtout prend conseil de ses parents , et qui, devant Dieu , choisit un état où le service de Dieu ne soit pas impossible, celui- là est fidèle à sa vocation ; il est dans le chemin où Dieu veut qu ' il soit; ce chemin le mènera au but.

Le voyageur qui, à moitié chemin de la ville éternelle , s 'assoirait sur le bord de la route , et dirait : Tout chemin mène à Rome, croyez- vous qu 'il y arrivât jamais ? Ce n 'est pas à cheval, ni en voiture, mes chers amis, que nous devons faire notre salut, mais bien à pied . Nous sommes dans le chemin : eh bien , marchons; et nous arriverons. — Dieu fait beaucoup pour nous : il nous place dans la bonne voie ; il dispose , le long de notre route , la nourriture pour nous soutenir , le sommeil pour réparer nos forces , le soleil pour nous éclairer , une douce pluie pour nous rafraîchir . Quelquefois même, des orages surviennent, pour nous apprendre que nous ne sommes pas encore dans la patrie du repos. Quand la fatigue nous accable , un regard levé vers le Ciel nous obtient des forces nouvelles . - Voilà ce que Dieu fait pour nous; mais tout cela, à condition que de notre côté nous marcherons. Ce n 'est pas sans nous que notre salut s'opère. Dieu veut que nous soyons, dans cette grande oeuvre, ses collaborateurs ; et l' on ne dit pas: recevoir son salut, mais faire son salut. Acceptation de toute position que Dieu nous donne ; obéissance à notre vocation ; coopération courageuse à notre salut: voilà les trois leçons que nous fournit notre Proverbe. Ainsi compris, il est bien vrai que tout chemin mène à Rome.


9- UN BON TIENS VAUT MIEUX QUE DEUX TU L 'AURAS - EN TOUTE CHOSE IL FAUT CONSIDÉRER LA FIN.

I. Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras. J'ai connu , mes chers amis, une honnête famille qui vivait à Paris d 'un emploi suffisant pour donner au père, à la mère, et aux quatre enfants , le logement, la nourriture et le vêtement ; même, avec un peu d 'économie, on eût pu mettre de côté pour l'avenir . — Il arriva qu 'en 1848 l’emploi, qui était de quatorze cents francs, fut réduit à douze. Mécontents de cette réduction , nos gens prêtèrent l'oreille à un charlatan qui leur promit qu'en un autre pays ils feraient fortune au bout de quelques mois. Ils quittèrent donc leur place, vendirent tout ce qu' ils possédaient, et partirent pour ce pays. Là le désenchantement ne se fit pas attendre : après avoir souffert mille privations, vu mourir deux de leurs enfants , compromis leur santé, perdu leur petit avoir , ils furent obligés de renoncer à leur folle entreprise. A grand peine ils retraversèrent la Méditerranée, et revinrent à Marseille . Avec les quelques sous qui leur restaient, le mari acheta une voiture, et regagna péniblement Paris , traînant lui-même sa femme, ses enfants , et quarante tortues d 'une lourdeur extrême qu 'il croyait vendre au poids de l'or. Dans ce même Paris, où, six mois auparavant, ils avaient une position enviable , nos voyageurs seraient morts de faim sans la charité publique. Je vous assure n 'avoir jamais rien vu de plus misérable que leur intérieur. De ces fameuses tortues la plupart étaient mortes en route , et je ne sais si l'on réussit à vendre les écailles dix sous pièce. Certes , ces pauvres gens, – maintenant à peu près tirés d 'affaire, je me hâte de vous le dire, pour ne pas trop vous affliger , certes, s'ils avaient un peu réfléchi, au lieu de se laisser monter la tête, ils y auraient regardé à deux fois avant de quitter le certain pour l'incertain , un bon tiens pour deux tu l'auras.

De deux maux il faut choisir le moindre. Ils ont fait ce que font tous ceux qui se livrent à leurs passions; pour eux le moment présent est tout , l'avenir rien . C 'est ainsi que l' écolier paresseux aime mieux être constamment grondé et puni que de travailler ; l'ouvrier, risquer sa place que de se priver de quelque partie de plaisir : l'ivrogne et le libertin , perdre santé , réputation , la vie même, que de résister à l'entraînement de leurs sens. Ils ont fait comme le chrétien qui sait bien qu'en se laissant aller à tel vice, en ne travaillant pas résolument à l'extirper de son âme, il s'expose peut-être aux flammes de l'enfer, et qui, tout entier aux jouissances honteuses de la matière, se dit : Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras.  Si nous nous trouvons placés entre Dieu et le diable (l`ange déchu), et que celui- ci, le trompeur par excellence, nous offre des jouissances coupables, en nous disant: Tiens, nous ne sommes plus dans le cas de notre Proverbe . Car ce tiens, à peine sommes -nous assurés de le tenir ; et, en tous cas, nous savons bien que ce n 'est pas un bon tiens ; tandis que c 'est Dieu lui-même qui nous dit : « Repousse ces offres perfides ; ne t 'abandonne ni à la vengeance, ni à l'avarice, ni à l'impureté . Tu souffriras un peu ; mais, en récompense, tu auras la paix de l'âme, ce bien le plus précieux a de tous ceux d 'ici -bas; et puis, là - haut, tu auras le a bonheur suprême: car tu me posséderas moi-même. » - Soyons des chrétiens sages et prévoyants, qui se disent de chaque chose : Après ? qui, surtout, se préoccupent du dernier et définitif après, et font tout en conséquence. — Cette fin dernière n 'est elle pas la seule en effet qui dure toujours ? et quelle folie ne serait -ce point de travailler pour le temps qui passe , quand on est fait pour l' immuable éternité ?

10 - MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS

Oh ! mes bons amis, que le diable est habile ! Là où je mensonge ne ferait pas son compte , et ne réussirait point à nous maintenir dans la mauvaise voie , il sait bien avoir recours à la vérité ;  mais à une vérité qui est vraie pour d 'autres que pour nous, et qui, nous étant appliquée, nous abusera tout aussi sûrement que l'erreur la plus infernale.  Notre Proverbe en est un exemple frappant. Certes , quand, au déclin de notre vie, Dieu nous envoie la bonne inspiration de nous convertir , c 'est encore de Dieu que nous vient cette pensée que mieux vaut tard que jamais ; que nous avons sans doute eu tort de tant différer, de vivre de longues années dans l'oubli de nos devoirs ; mais qu'enfin le pardon est promis au repentir sincère , à quelque moment qu ' il se manifeste, etc., etc . Certes aussi, lorsque nous voyons des âmes qui nous sont chères tarder longtemps, bien longtemps , à rentrer au bercail, nous ne devons point désespérer de leur salut ; et, tout en redoublant nos prières afin que Dieu daigne enfin les toucher, nous devons croire que le repentir leur arrivera, et redire a leur intention : Mieux vaut tard que jamais.

1. Mais vous, chers amis qui me lisez, est- ce dans  ce sens que vous prenez notre Proverbe ? Quelques. uns peut- être, et je les en loue. — Mais d 'autres, lors que l'idée de se convertir vient frapper à la porte de leur coeur (et cela arrive tous les jours peut- être ), d 'autres, pour écarter cette idée importune, se disent: « Maintenant, je n 'ai pas le temps ; mais je me convertirai lorsque j'aurai terminé telle affaire , que je me serai retiré du commerce , que mes enfants seront établis . En tout cas, je me convertirai, pour sûr, à  l'heure de ma mort. J'ai bien recommandé aux a miens, lorsqu 'ils me verraient dangereusement malade , d 'appeler un prêtre avant un médecin . Après tout, mieux vaut tard que jamais, et grâce à Dieu je ne suis point de ceux qui projettent de mourir dans « l'impénitence finale . »

II . Tout cela, chers lecteurs , vous vous l'êtes dit mille fois à vous-mêmes, et je ne suis ici, n 'est-ce pas ? que l' écho de votre conscience . - Pourquoi donc alors ne vous convertissez - vous pas ? Ce serait une longue affaire que de répondre à ce pourquoi; car vous n 'êtes pas tous retenus par les mêmes chaînes; et il me faudrait signaler à chacun les siennes , tout en lui indiquant le moyen de les rompre . Peut-être n 'avez-vous pas la foi. Mais, si vous la désirez vraiment, vos prières et votre persévérance vous l'obtiendront infailliblement. Peut-être y a -t- il dans votre âme un hôte qu 'il en faut chasser, avant d ' y introduire le Dieu de toute pureté ; car nul ne peut servir deux maîtres ; et vous ne pouvez servir en même temps  Dieu et l'argent, ou Dieu et la volupté , ou Dieu et la haine. Peut-être le respect humain vous retient-il, et craignez-vous les railleries de vos camarades ? Vous savez bien que, pour triompher de cette lâche terreur, il suffit d 'un peu de courage. Demandez- le à Dieu ; il vous le donnera ; et vous verrez de quel puéril épouvantail vous étiez effrayés. Mais il y en a , parmi vous, que ni le manque de foi, ni les passions, ni même le respect humain , n 'arrêtent; qui pensent, qui vivent, qui parlent en chrétiens, et qui pourtant ne remplissent pas certaines obligations capitales du Christianisme, qui ne se confessent pas (pour lâcher le grand mot). Ne trouvez-vous pas d 'abord , mes bons amis, ce langage bien peu respectueux à l'égard du Souverain Maître , et digne de ces mauvais débiteurs , qui disent à leur créancier : J'aimerais mieux vous devoir toute ma vie que de nier un seul instant ma dette ? En avez vous vu beaucoup, de ces débiteurs , s'acquitter avant de mourir ?  De même soyez assurés que Dieu est très- peu honoré de cette résolution de repentir pour l'heure de la mort. De grâce, mon bon ami, mettez donc Dieu dans votre âme, et vous verrez quelle paix et quelle confiance y entreront avec lui. Cela vaut bien la peine de faire un effort.


11 - PETIT A PETIT , L'OISEAU FAIT SON NID

On lit dans l’Esprit de saint François de Sales que ce saint évêque ne pouvait parcourir la campagne sans trouver dans tout ce qu'il voyait des occasions de louer Dieu , et comme des ailes qui portaient sa prière, plus rapide et plus reconnaissante , vers le Créateur. Faisons comme ce grand saint, chers lecteurs, et allons ensemble regarder de près cet oiseau, qui, petit à petit, fait son nid . Regardons-le , non par une vaine et puérile curiosité, mais pour en retirer la leçon que Dieu y a placée , et pour apprendre, par son exemple , une des vertus qui réjouissent le plus les regards de notre Auteur : la persévérance douce et infatigable du Père de famille et du chrétien .

I. Pour se mettre à l'oeuvre, l'oiseau n 'attend pas la naissance de sa famille . Dès que le retour du printemps a réveillé son infaillible instinct, il sait qu 'il doit, selon son espèce , établir son nid sur le faite d 'un grand arbre, au fond d 'un vieux mur, dans les blés , ou parmi les roseaux touffus du rivage ; il sait que la divine providence a répandu dans la campagne les matériaux de sa petite demeure, et que le toit de chaume du paysan , les bois , les champs et les prairies lui gardent ces petits brins de paille, de mousse et d 'herbe séchée, qui lui serviront de moellons et de plâtre ; il sait qu 'à lui seul, l'architecte et le maçon de son palais aérien , il lui faudra, pour l' achever, d ' innombrables voyages, dont la pensée pourtant ne le décourage point; .. .. ou , plutôt, il ne sait rien de ces choses. Mais Dieu les fait toutes pour lui,. .. et pour nous, qu 'il veut instruire. Oui, mes chers amis, apprenons, par l'exemple de cette petite créature, que rien de bon ne se fait vite . Comme le nid de l'oiseau, le nid de votre famille ne sera solide et béni de Dieu que s'il est le résultat de votre travail de chaque jour. L 'oiseau qui voudrait épargner quelques voyages, et qui lésinerait, comme on dit, sur la matière première ou sur la main d 'oeuvre, ferait une triste besogne ; sa fragile construction serait bien vite balayée par le vent, minée par l'eau courante de la rivière , ou tout au moins entamée par la dent avide de la fouine ou du mulot. Vous de même, mes bons amis , ne vous imaginez pas, quelles que soient votre intelligence et votre assiduité au travail, que vous puissiez tout d 'un coup , je ne dis pas faire fortune, mais fonder seulement la plus humble aisance . Cela est arrivé à quelques- uns, de même que quelques-uns aussi naissent riches et n 'ont pas besoin , ce semble, de travailler pour vivre. Mais ce sont là des exceptions sur lesquelles il ne faut pas compter. D 'abord , ceux qui naissent riches, et qui succombent à la tentation de ne rien faire , parce qu' ils ont du pain de cuit, ceux- là , ne faisant rien de bien , font souvent du mal ; la plupart du temps, ils aventurent leur fortune dans de folles spéculations, quand ils ne la prodiguent pas en coupables dépenses; et ils défont leur nid , non pas petit à petit, mais bien vite ; car autant le patrimoine d 'une famille est long à amasser, autant il se dissipe facilement, et comme en un clin d ' oeil.

Quant à ceux qui font leur fortune tout d 'un coup, il y en a... comme il y a des hommes qui ont sept pieds, comme il y a des épis de blé contenant jusqu 'à deux ou trois cents grains. Mais ce sont là aussi de rares exceptions. El, de même qu'un insensé seul oserait se lamenter, parce que ses fils n 'ont pas tous la taille phénoménale des géants, ou prétendre n 'avoir dans son champ que des épis prodigieux , de même il faut nous résigner à la loi commune de faire notre nid petit à petit. Comme l'oiseau, vous ne sauriez vous y prendre trop tôt. Vous qui êtes bon ouvrier, qui gagnez de bonnes journées, qui n 'avez encore ni femme ni enfants à nourrir, pensez au temps prochain où ces charges vous arriveront ; douces charges pour votre coeur, qu 'elles réjouiront de toutes les saintes affections de la famille; mais charges enfin , puisque tout ce petit peuple qui fera votre joie, il faudra bien le loger, le nourrir , le vêtir, payer ses mois de nourrice et d'école, et son apprentissage ; – même lui donner plus tard une petite dot, pour l'aider à son tour à se faire son nid dans ce monde. – Pensez à cela quelquefois ; vous êtes dans le meilleur moment de votre vie pour économiser; et, sans prétendre vous interdire quelques honnêtes réjouissances avec d 'honnêtes camarades, qu 'elles soient rares et pas trop dispendieuses. Mettez votre joie à voir chaque jour le nid de votre famille à venir prendre figure ; vous jetez les fondements de votre bonheur, en vous garantissant ainsi d 'avance , autant que le peut faire la prévoyance humaine, contre la misère et les dépenses extraordinaires que la maladie , le chômage, les révolutions peuvent vous occasionner.

Ce que vous aurez fait, étant garçon , je n 'ai pas besoin de vous engager, votre femme et vous, à le continuer . Dieu bénit toujours les ménages où règne une sage et persévérante économie ; - non pas cette économie cruelle , qui n 'économise que sur le prochain , qui est aussi empressée à refuser un sou à un pauvre qu'à en dépenser cent par ostentation ou par gourmandise ; - mais cette économie chrétienne, soeur de la charité , qui ne prend jamais sur la part du pauvre , cette économie, non seulement permise, mais ordonnée, et qui met de côté , afin de pouvoir soulager, dans leur vieillesse , leurs maladies ou leurs autres épreuves , ceux dont Dieu nous a particulièrement confié le soin : un père, une mère, de jeunes frères ou soeurs, une femme, des enfants.

II. Vous m 'en voudriez , mes bons amis , et vous auriez raison , si je m 'arrêtais ici, à moitié chemin , et si je n 'ajoutais que votre nid éternel, votre place dans le ciel, c'est petit à petit aussi qu'il les faut préparer . Chaque bonne action que vous ferez , chaque victoire que vous remporterez sur vous -mêmes, chaque prière fervente , chaque sacrement pieusement reçu ; ce sera , pour votre nid du Ciel, autant de brins de paille et de mousse qui commenceront à le former. Tous les jours vous pouvez, et vous devez, ajouter quelques parcelles à cette riche demeure qui vous attend. Et pour cela il ne vous faut point d 'occasions extraordinaires . Remplir les devoirs de votre état, vos obligations de famille ; vous montrer bon écolier ; ne pas perdre de temps, ce bien si précieux, qui appartient à votre maître si vous êtes apprenti, ou ouvrier à la journée, qui, en tout cas, appartient à Dieu ; être résigné dans vos petites peines ; reconnaissant envers Dieu des petites jouissances qu 'il vous envoie : voilà de quels menus actes de vertu se compose votre nid . Mais précisément parce qu 'ils sont menus, l'on conçoit qu 'ils doivent être répétés. Aussi est - ce tous les jours que vous y devez travailler . - Vous vous rappelez cet empereur romain qui, à la fin d 'un jour où il n 'avait pu obliger personne, disait : J'ai perdu ma journée. Ainsi nous, nous devons considérer comme perdu un jour où nous aurons négligé les mille occasions qui s'offrent à notre âme de prendre son vol, et de porter à l'architecte céleste quelques humbles mérites pour la construction de notre nid éternel .

III . Mais, pour que vous fassiez votre nid dans le Ciel , il faut que la vertu fasse son nid dans votre coeur ; il faut surtout que telle vertu s' établisse chez vous, vertu pour laquelle vous avez une sorte de répulsion , - enclins que vous êtes au vice opposé. . C 'est petit à petit aussi que ce nid se construira . - N 'allez pas vous imaginer que vous deveniez parfaits en un jour. -- Tendre à la perfection , et n 'y arriver jamais (Dieu seul est parfait), c'est le travail de notre vie tout entière. Surtout ne désespérez jamais de venir à bout d 'un défaut. Avec la grâce de Dieu , qui bénira vos efforts , qui vous aidera - car il l'a promis, lui qui ne peut mentir, — dans votre labeur de chaque jour, petit à petit cette vertu dont vous êtes si éloignés aujourd 'hui sera solidement implantée dans votre âme.


Dernière édition par MichelT le Lun 8 Mar 2021 - 17:23, édité 2 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT Jeu 14 Jan 2021 - 12:18

12 - NE RÉVEILLEZ PAS LE CHAT QUI DORT

Maintenant quel est le chat dont je veux vous parler, à vous, mes bons amis ? Je veux vous parler des caractères difficiles, avec lesquels peut- être vous avez à vivre. Je veux vous parler de vos passions, avec lesquelles certainement vous avez à vivre .

I . Vous vous rappelez sans doute que Notre- Seigneur, dans l'Évangile , et saint Paul d'après lui, nous recommandent d 'aimer, de bien traiter non-seulement nos amis et ceux qui sont d 'une humeur aimable et facile (les païens eux-mêmes agissent ainsi), mais encore nos ennemis, ou les personnes dont le caractère est aigre, rancuneux, méchant même. — Il se peut donc qu'afin de vous faire pratiquer la douceur, cette vertu qu 'il aime tant, Dieu ait placé près de vous, dans votre vie de chaque jour, des êtres dont l'humeur sauvage et le mauvais caractère sont pour votre patience un exercice de tous les instants . Il faut pourtant, même avec ces difficiles compagnons, garder la paix ; il y faut du moins faire tous ses efforts . Or voulez - vous que je vous enseigne un des moyens les plus sûrs d ' obtenir ce résultat si désirable ? C 'est de ne pas réveiller le chat qui dort; c'est , lorsque vous voyez sommeiller cette mauvaise humeur qui, éveillée, vous donne tant de fil à retordre , de vous bien garder d 'en troubler le repos, A quoi bon contester, par exemple , avec les gens que la contradiction irrite ? Si la conscience n 'est pas intéressée dans ce que disent cette femme acariâtre ou ce mari grondeur, laissez-les donc dire, et craignez qu 'un mot hasardé à l'encontre n 'amène une querelle, qui pour longtemps chassera la paix de votre logis. – Si au contraire vous savez vous taire, la crise de gronderie passera faute d 'aliment.

Après la paix de la conscience , le plus précieux de tous les biens, c'est la paix du ménage. Or il n 'y a pas de bien qui ne s'achète . Pourquoi ne pas savoir vous gêner et vous contraindre un peu pour obtenir celui- ci ? Il en vaut certes bien la peine. Ne me dites pas, madame, que c'est votre mari qui allume toutes les disputes. — Vous, vous les attisez . Si vous saviez ne pas réveiller sans cesse sa susceptibilité ou son humeur chagrine, par vos observations maladroites, ou vos réponses aigres- douces, qui sait combien de temps ne durerait pas ce sommeil heureux ? N 'oubliez jamais que, dans toute dispute, il y a des torts de part et d 'autre. C 'est à vous, que le Bon Dieu a faite chrétienne, à calmer , au lieu de les exciter , les tempêtes dont est menacé votre horizon . Et quel admirable calmant que le silence ! - Essayez-en . Encore une fois, ne réveillez pas le chat qui dort .

II . Le chat, disions-nous, est comme un tigre apprivoisé. Que de passions , mes chers amis, nous portons en nous-mêmes, dont la Religion a tempéré la violence, et qui sont comme endormies par les salutaires et bénignes influences d 'une vie chrétienne ! — Mais comme,  l'animal féroce retrouve ses instincts sanguinaires, sachons bien que, pour ne pas se réveiller plus terribles, nos passions ont besoin d 'être maintenues loin des lieux et des occasions qui jadis leur furent si fatales. Que si nous allions les exposer aux tentations qui les firent tant de fois succomber, les allécher par l'aspect de leur pâture habituelle, ou seulement leur faire respirer, au lieu de l'atmosphère d 'une vie sage et retirée, l'air vif et excitant d 'une existence mondaine, soyons sûrs que tout le travail de notre vie sera perdu. O mon Dieu ! donnez -moi de la douceur, pour ne pas réveiller les humeurs chagrines endormies à côté de moi. Donnez-moi de la fermeté , pour maintenir dans un sommeil nécessaire les passions violentes qui s'agitent sans cesse et se voudraient réveiller au dedans de moi. Vous êtes le Prince de la Paix; c'est à vous que je demande la paix de ma maison et la paix de mon âme.

13 - LA LOI CHRÉTIENNE ET LA STABILITÉ DE NOS SOCIÉTÉS

Mais à quoi donc sont destinées , je vous prie, les lois, l'armée, la magistrature , la police , sinon à protéger le faible contre le fort, et la société en général contre les attaques de certains hommes fort dangereux, et que vous connaissez aussi bien que moi ? L 'assassin qui m 'ôte la vie, le voleur qui me dérobe ma montre ou mon portefeuille , le plaideur de mauvaise foi, qui espère me ruiner en me cherchant d 'injustes querelles.

Que les hommes abusent de tout?  - Il y a longtemps que nous le savons. - Que, malgré de sages lois, une magistrature intègre, une police vigilante , il s'en faut que tout soit parfait dans la société? – Eh ! mes bons amis, est-ce que les hommes eux -mêmes sont parfaits ? et comment voulez - vous qu 'ils communiquent à leurs oeuvres une perfection qui leur manque à eux-mêmes ? Dieu seul est parfait; et, parmi ses oeuvres, celles- là seulement sont parfaites qu'il fait seul et sans notre coopération . Aussi, de même que la vérité tout entière ne réside que dans la Religion que Dieu nous a révélée , de même l'ordre tout entier ne se rencontrera que dans la vie à venir , parce que là notre sort éternel à chacun sera l'exécution d 'une sentence prononcée par Dieu lui-même.

La société , nous l'avons dit, est sans cesse en lutte contre la force injuste et violente. Victorieuse jusqu'ici, la société le sera - t -elle toujours ? Dieu seul le sait. Ce que nous savons, nous, c'est que la lutte est terrible , et par les résultats qu 'elle doit finalement produire , et par l'ardeur des combattants . Ceux qui veulent nous ramener à l'état sauvage ont pour auxiliaires toutes les mauvaises tendances de notre nature; et vous savez si elles sont à la fois dépravées et puissantes. - Contre de tels assaillants, la société ne saurait être trop fortement défendue. Comment le sera-t- elle ? Le voici : c 'est la loi, le lien , la subordination de tous à un pouvoir suprême, à des règlements, à des magistrats qu'il a établis. Ce pouvoir ne peut venir que de Dieu . Comment en effet le lien nécessaire de la société viendrait-il d 'un autre que de l'auteur même de l'homme et de sa nature sociale , de Celui qui, d 'ailleurs, est l'auteur de tout bien ? Or il importe de nous bien pénétrer de cette conviction , qu 'aucune de nos actions n 'est indifférente au maintien ou à la ruine de la société, puis que tout acte , selon qu 'il est bon ou mauvais , raffermit ou ébranle cette clef de voûte des sociétés, la loi, l'autorité. — Oui, chaque fois que nous faisons le mal, que nous nous abandonnons sans résistance à l' entraînement de nos passions, nous poussons la société , autant qu'il dépend de nous, vers l' état sauvage. Le jour, en effet, où la majorité des citoyens d 'une nation serait ennemie des lois, du pouvoir,de tout ce qui constitue une société régulière, amie au contraire des jouissances brutales, d 'une vie désordonnée , errante et sanguinaire , ce jour-là on courrait grand risque que la raison du plus fort serait en effet la meilleure .

Cela ne durerait pas longtemps; mais cela durerait assez pour faire crouler bien des fortunes (des petites  plus encore que des grandes) et tomber bien des hommes . J'ajoute que, puisque les lois sont le salut des sociétés, il faut se rattacher fortement à celle de ces lois qui est la première , la plus vénérable de toutes, celle de qui les autres empruntent leur force et leur durée , la loi chrétienne. Oui, mes bons amis, soyez chrétiens, donnez l'exemple du respect de Dieu, de son Église , de ses ministres, de ses commandements moraux.  Pensez-y : - chaque homme qui se convertit, outre qu 'il sauve son âme, contribue, pour sa part, à sauver la société . Car il grossit les rangs de ses vrais défenseurs , et diminue l'armée de ses ennemis, de ceux qui veulent substituer au règne de la loi le règne de la force, et, de chrétiens que nous sommes, nous faire redescendre à la condition des sauvages ou des animaux.

14 - QUI DONNE AUX PAUVRES PRÊTE À DIEU

Comment? me direz-vous, Dieu peut devenir notre débiteur, et nous ses créanciers ? Oui, mon cher lecteur, il ne tient qu 'à vous d 'opérer ce prodige. Il suffit pour cela de faire l'aumône, et de la faire en vue de Dieu . I. Quand vous donnez à un riche, parce qu 'il vous rendra , ce riche, jusqu'à ce qu 'il vous ait rendu , est votre débiteur. Vous faites là une affaire, et Dieu n 'a rien à y voir, à moins que vous ne la fassiez malhonnêtement, auquel cas, tôt ou tard , il interviendra pour vous punir .  Mais si vous donnez à celui qui ne peut vous rendre, Dieu est là qui prend la place de votre obligé, et qui vous rendra au centuple ; et cela, non seulement parce que vous méritez la récompense de votre bonne action , mais parce que c'est Dieu lui même que vous avez nourri , vêtu , logé, en la personne de ce pauvre. Ce n 'est pas moi qui invente ces choses, mes bons amis : l'Église, notre mère , appelle les pauvres du nom glorieux de membres souffrants du Sauveur; et en cela elle ne fait qu 'emprunter le langage du Sauveur lui même, qui, nous retraçant, dans l'Évangile , la grande scène du jugement dernier, dit aux bienheureux : « Venez, les bénis de mon Père ; possédez le royaume a qui vous a été préparé depuis la création du monde: « car j'ai eu faim , et vous m 'avez donné à manger; « j'ai eu soif, et vous m 'avez donné à boire; je ne « savais où loger, et vous m 'avez recueilli chez vous ; « j'étais nu, et vous m 'avez habillé. »

II. Mais nous sommes pauvres nous-mêmes, me répondrez- vous. Comment donnerions-nous, nous qui avons tant besoin qu 'on nous donne, nous qui sommes si souvent privés du nécessaire ? Nous n 'aurons jamais cette joie de rendre Dieu lui-même notre débiteur, ni de mettre à cette céleste caisse d 'épargne de la charité . Ne me dites pas cela , mes chers amis ; car je vous fermerais la bouche avec les nombreux exemples de charité, de dévouement héroïque (je ne demande pas tant de vous), qui sont chaque jour donnés au monde par de moins riches que vous. Je vous montrerais ces pauvres portiers, qui sont peu payés, qui n 'ont pas d 'ouvrage tous les jours, ni de pain autant qu'ils en voudraient pour leurs six enfants , adopter un orphelin , et l'élever avec autant de tendresse que leurs fils et leurs filles. Je vous mènerais dans cette mansarde, où une pauvre vieille femme reçoit le vivre et le couvert d 'une autre vieille femme, presque aussi misérable qu 'elle. Je ferais appel à vos souvenirs , et je vous demanderais si vous n 'avez pas reçu, ou rendu vous-mêmes, mille petits services, qui sont bien la charité , et qui, pourvu qu'ils en aient l'esprit, en méritent la récompense. Et puis, avez-vous oublié l'Évangile , et ce denier de la pauvre veuve , célébré par Notre-Seigneur lui-même, comme plus méritoire que les pompeuses offrandes des riches d 'Israël, et ce verre d'eau froide qui, donné au nom de Jésus-Christ, vous méritera les récompenses éternelles ? - En est-il un seul parmi vous qui, de temps en temps , ne puisse donner un sou à un plus pauvre que lui, un morceau de pain ou un verre d ' eau à ceux qui ont faim et soif ? Votre sou offert de bon ceur, et qui vous privera de tabac ou d 'eau-de- vie pour donner du pain à votre voisin , vaudra plus dans les balances célestes qu'une pièce d 'or donnée par de plus riches . Et si, pour apporter ce verre d 'eau froide au pauvre mendiant épuisé, vous avez remonté gaiement, pour la vingtième fois peut-être de la journée, vos six étages, soyez sûr que Dieu se considère bien comme votre débiteur, et pour le verre et pour les étages. Enfin remarquez que notre proverbe ne dit pas: Qui donne de l`argent aux pauvres prête à Dieu ; mais : Qui donne aux pauvres. - Est- ce que par hasard il n ' y aurait que de l'argent qui se puisse donner ? Vous avez trop bon cour pour le penser. Est-ce que votre mère, quand elle vous prenait enfant sur ses genoux, qu'elle berçait votre sommeil avec ses chansons , ou votre veille avec ses histoires du temps passé, est-ce que, votre bonne mère ne vous donnait rien ?

Est- ce que la soeur de Charité qui vous parle du ciel, est-ce que le prêtre qui l'ouvre à votre repentir, est-ce que le pieux jeune homme qui vous visite malade ou prisonnier, est-ce que le voisin charitable qui, trop pauvre pour vous secourir lui-même, apitoie en votre faveur des coeurs chrétiens et généreux, est-ce que tous ceux-là ne vous donnent pas ? Oh ! mes amis, la charité, que vous croyez être le patrimoine du riche, est, de toutes les vertus, celle qui . s'exerce le plus facilement par tout le monde, envers tout le monde, dans tous les instants de la vie . Il faut seulement le vouloir . Aimez vraiment Dieu : vous aimerez les pauvres, ses amis et ses représentants ; vous trouverez moyen de leur faire du bien en mille manières. Et ce bien , accumulé dans les trésors du Père céleste , fera votre consolation , au grand jour où nos comptes à tous seront définitivement arrêtés . Vous aurez certainement, en ce moment suprême, bien des dettes à payer à Dieu : quel bonheur que Dieu , de son côté, en ait aussi contracté envers vous ! - Il se fera alors , entre lui et vous, une heureuse compensation , et, une fois de plus, vous verrez , à votre grande et éternelle joie , s'accomplir cette parole de l'Apôtre : La charité couvre une multitude de péchés.

15 -  QUI DONNE VITE DONNE DEUX FOIS

Nous venons de voir les récompenses de la charité . Deux mots sur les qualités qu'elle doit avoir pour nous obtenir , dans le coeur du prochain , cette reconnaissance qui, après le bonheur du ciel, est le plus doux fruit de la charité .

1. Qui donne vite (et qui donne gaiement, ajoutent quelques-uns) donne deux fois. - Oh ! que cela est vrai! Oui, la manière de donner vaut mieux que ce que l'on donne. Pourquoi ? C'est que ce que l'on donne, quelque précieux qu'il puisse être, ce n 'est, après tout, qu'une chose . La manière de donner, au contraire, c' est une partie de notre coeur. Or rien ne va droit au coeur comme le coeur. Aussi la règle suprême de la charité est-elle qu' il faut donner avec son coeur. Cette règle est générale, et ne connaît pas d ' exception . Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup; si vous avez peu, donnez peu ; mais que vous donniez peu ou beaucoup , donnez gaiement et donnez vite.

2 - Nous avons le bonheur d 'appartenir à une religion où tout est jugé d 'après la pureté de l'intention , qui dépend toujours de nous, et rien d 'après l'événement, qui est l'affaire de Dieu . Profitons donc de cet immense avantage . Remontons sans cesse nos coeurs ; rallumons- y les bons sentiments . Combattons ceux qui sont mauvais ou indifférents. Cherchons, en un mot, à bien faire tout ce que nous avons à faire . Or, nous l'avons dit, bien faire la charité , outre que c'est la faire pour Dieu , c'est la faire vite et gaiement; c'est la faire avec le coeur.

16-  A CHAQUE JOUR SUFFIT SA PEINE (Matthieu 6,34)

Ce proverbe est bien vieux, mes bons amis ; car Notre-Seigneur lui-même l'emploie dans l'Évangile , comme déjà usité de son temps. Mais ce qui n 'était jusque- là qu'une maxime de la prudence humaine nous est devenu sacré, en passant par les lèvres du Sauveur. Méditons- le donc avec le respect et l'amour dus aux paroles de Celui qui a dit : Le ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passeront point.

I. Vous avez sans doute rencontré quelquefois de ces gens ingénieux à se tourmenter eux-mêmes, non point de leurs peines présentes, ce qui serait assez naturel, mais de leurs peines à venir , des dangers qu'ils courront l'année prochaine , des difficultés qu'eux ou leur famille auront à traverser dans un avenir éloigné. Ce sont des gens pleins d'imagination , très- impressionnables, comme on dit, qui ne savent pas voir les choses simplement, et telles qu'elles sont, mais dont la déplorable perspicacité entrevoit toujours l'avenir sous les couleurs les plus sombres et les plus invraisemblables : leurs enfants sont encore à naître , qu'ils  se demandent déjà comment ils feront pour racheter leurs fils de la conscription , et pour doter leurs filles .

Mais , hommes étonnants , suis -je tenté de leur dire, cet avenir dont vous vous préoccupez tant, vous ne le verrez point peut- être . Ces fils et ces filles qui troublent déjà votre paix , qui sait si le Bon Dieu vous les donnera ? Ces peines , ces dangers, ces difficultés, vous n ' aurez peut- être point à les affronter ; ou bien votre bon ange, vous prenant par la main , vous fera traverser sans encombre ce qui, de loin , vous effrayait tant. A quoi bon vous être ainsi tourmentés d 'un avenir incertain ? Vous vous êtes troublés ; vous avez douté peut-être de la protection de Dieu ; peut-être avez- vous murmuré contre sa divine providence; peut- être , en envisageant de loin des épreuves imaginaires, avez vous senti faiblir votre courage, et vous êtes - vous décidés d 'avance à succomber à la tentation , lorsqu 'elle se présenterait. Que de péchés de pensée , pour avoir négligé la parole du Sauveur : A chaque jour suffit son mal!

II. Le Dieu juste et bon qui nous a créés, mes chers amis , prend soin de toujours proportionner les épreuves qu ' il nous impose à notre degré de force , ou plutôt aux forces que sa grâce nous communique ; car nous mêmes ne sommes- que faiblesse , et toute force vient de Dieu . Hélas! nous nous plaignons souvent, malgré cela , que notre fardeau est bien lourd pour nos épaules. Pourquoi donc y ajouter celui des peines imaginaires ? Remarquez qu'indépendamment des grâces générales que Dieu nous accorde, il y en a encore un certain nombre de particulières à telle position , à telle difficulté, à tel état, et que pour cela on nomme grâces d 'état. Mais, pour mériter, ces grâces, il faut deux choses : être dans cet état pour lequel elles sont faites, et ne point s'y être jeté volontairement.

Lorsque notre imagination recherche les épreuves probables , ou possibles, que nous aurons à traverser demain , ou dans un an , nous n 'avons point cette grâce qui nous aide à triompher des tentations, qui nous adoucit les chagrins et les peines. Par conséquent nous succombons ou nous souffrons, en esprit, là où plus tard nous eussions, en fait , lutté avec consolation et succès contre le péché ou l'infortune ; à supposer toujours que ces périls tant redoutés ne se soient pas évanouis à notre approche, comme ces fantômes de la nuit qui de loin nous effrayent, et de près sont tout simplement des arbres tordus ou des moulins à vent.

A chaque jour donc suffit sa peine. – A chaque jour aussi suffit son bien : aussi remarquez que, dans la divine prière que Notre-Seigneur lui-même nous enseigna, nous disons, bornant notre demande aux besoins du jour présent : Donnez- nous aujourd 'hui notre pain de chaque jour. De même devons- nous dire à Dieu : Mon Dieu , aidez-nous à supporter aujourd 'hui nos peines de chaque jour. Demain je vous adresserai la même prière , et après-demain encore ; et par là je reconnais bien que les peines sont de tous les jours; mais, en même temps, je restreins mes préoccupations à celles d 'aujourd 'hui, — Car qui est sûr du lendemain ? - C 'est là ce que l'on entend , lorsque l' on dit, et cette parole est encore de l’Écriture, qu 'il faut vivre au jour le jour.  

III. Et ne croyez pas que cette règle de conduite soit contraire au conseil de prévoyance que je vous donnais tout à l'heure. Celui-ci s'appliquait à l'action ; celle-là s'applique surtout à l'imagination ; deux choses bien distinctes. Mettre de côté pour le lendemain , penser à l'avenir de sa famille , et se priver pour elle de quelques jouissances, travailler à se faire un petit pécule, pour que nos enfants aient une entrée plus facile dans cette vie que nous ne l'avons eue nous-mêmes, – tout cela c 'est de la sage prévoyance; c'est remplir le devoir d 'un bon père de famille. Mais, se tourmenter l'esprit; se ronger les sens, comme l'on dit ; se persuader que tel bien , que Dieu nous a donné, ne peut point durer ; passer en revue toutes les circonstances, même les plus improbables, qui peuvent nous le ravir ; s 'en désoler ; — c 'est là une disposition très-fâcheuse et très-coupable ; car elle est en opposition avec la douce et filiale confiance que nous devons avoir en Dieu . Disons-nous bien plutôt : Dieu est bon ; je suis entre ses mains ; je m 'y abandonne. Autant je serais coupable de me révolter contre les épreuves qu'il lui plaira de m 'imposer, autant je serais ingrat et insensé de ne pas jouir des moments de repos et de bonheur qu'il m 'envoie , et de les empoisonner par la prévision de malheurs qui n 'arriveront peut-être jamais.


Dernière édition par MichelT le Lun 8 Mar 2021 - 17:30, édité 3 fois

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT Ven 19 Fév 2021 - 18:24

17 -  AUX GRANDS MAUX LES GRANDS REMÈDES

Voici, mes chers lecteurs, un proverbe à l'usage des braves. Le royaume du ciel souffre violence, dit l'Évangile ; ce sont les braves qui l'emportent. (Matthieu 11,12)

Ce courage, mes bons amis, nécessaire pour conquérir le royaume du ciel, il faut l'employer surtout à écarter les obstacles qui surgissent dans notre route , à guérir notre âme des maladies qui ralentissent sa marche dans cette route bénie , c'est ce que dit notre proverbe : Aux grands maux les grands remèdes. Vous faut-il des exemples ? Hélas, vous les connaissez mieux que moi. Chacun de vous sait bien quel est le grand mal qui le ronge . On a beau vouloir s'étourdir, il y a des heures où l'on est seul avec soi-même; et, dans ces heures que Dieu nous ménage à tous, pour nous sauver , la conscience parle : « Tu es un grand misérable , nous dit-elle ; — tu es l'esclave du libertinage, ou de l'ivrognerie , ou de l'avarice , ou de la haine. - Tu étais bien plus heureux lorsque tu étais plus vertueux . Et puis, tu ne vivras pas toujours. Qu 'arriverait -il de toi, si tu venais à mourir dans cet état? » N 'est-il pas vrai que souvent, quelquefois du moins, vous vous dites ces choses ? — Ainsi il est bien convenu (je parle pour ceux qui ne vivent pas selon Dieu) qu'il y a en nous un grand mal. Que faire pour le guérir ? - - Ce que dit notre proverbe : y appliquer un grand remède, c'est-à -dire un remède énergique, qui supprime le mal, et rende son retour difficile , en supprimant l'occasion.

Vous avez fait de mauvaises fréquentations ( De mauvais amis, mauvaises influences).  Voici l'occasion d 'obéir à ce précepte. Rompez, non point pour quelques jours , non point peu a peu ; mais tout de suite et à jamais. Si vous n 'employez ce grand remède, tous les autres ne serviront de rien . Au bout de quelques jours, vos visites seront aussi fréquentes , votre passion aussi ardente . Vous n 'aurez fait que jeter de l'huile sur un feu qu 'il fallait éteindre.

Vous savez que jamais vous ne vous rendez dans tel lieu sans y boire à l’excès, sans consommer en festins inutiles la paye de la semaine, sans jurer, sans rougir de Dieu , sans faire pis peut- être. Ne dites pas : Une autre fois je m 'observerai davantage.  Dites : « Rien ne m 'appelle en ce lieu , je n 'y ai jamais fait que du mal ; je n 'y remettrai plus les pieds. O mon Dieu ! aidez -moi à tenir cette résolution que je forme pour ne plus vous offenser . »

Vous avez acheté un mauvais livre ; et dans ces heures que jadis vous consacriez à la prière, au travail, ou à d 'honnêtes délassements , vous vous êtes enivré de ce poison . Votre foi en a été ébranlée ; vos moeurs en ont reçu peut- être une mortelle atteinte . Vous sentez le mal, et vous voulez le guérir . Ce livre funeste , ne le cachez donc pas ; ce serait un petit remède . Jamais vous n ' oublieriez sa cachette ; et, le jour où votre coeur corrompu aurait faim de cette odieuse pâture, vous sauriez bien la retrouver tout de suite. Ne le donnez pas, ni ne le vendez pas non plus. Que diriez - vous de celui qui donnerait à un camarade, ou remettrait en circulation , un poison dont il aurait failli mourir lui-même? C 'est pourtant ce que vous feriez en disposant ainsi de cet exécrable poison , un mauvais livre. — Pour qu'il ne vous fasse jamais de mal, ni à vous ni à d 'autres, n 'hésitez pas à le détruire .

Enfin , mes bons amis, et d 'une manière générale, le mal par excellence , c 'est le péché; et le remède par excellence, c 'est la confession . – Pourquoi ? Parce que nous confesser , c'est justement nous mettre en rapport avec le médecin de notre âme, avec celui qui connaît son tempérament, et qui sait toujours quel traitement lui convient davantage.  Si donc nous sentons que le poison du péché est entré dans notre cœur, prenons garde qu'il n ' y fasse, en y séjournant longtemps, des ravages considérables. — Adressons-nous à notre ami, à notre médecin spirituel, à celui qui veut nous guérir, parce qu'il nous aime; — et prenons courageusement les remèdes que nous indiquera sa tendresse .

Surtout, puisque c 'est notre confesseur qui doit nous indiquer les remèdes, que notre premier acte de courage soit de l'aller trouver sans délai. Le premier pas du malade vers la guérison , c'est de consulter son médecin . - Et puis , la confession par elle -même est un remède déjà :notre orgueil , notre paresse, notre sensualité, l'attachement à notre sens propre (mauvaises passions), le culte exclusif que nous vouons à nos affaires et à nos intérêts matériels, tout cela ressent, dans la confession , un salutaire affront. C'est déjà un acte de courage de se confesser. N 'hésitons donc jamais à le faire . Par là nous sera facilité le courage de nous soumettre aux sacrifices que la prudence de notre confesseur exigera de nous; sacrifices que notre conscience déjà nous avait indiqués, mais qu 'il appartient à Dieu seul de nous imposer par son ministre , et de nous adoucir par sa grâce.


18 - IL N'Y A PAS DE BONNES FÊTES SANS LENDEMAIN

On croit communément que ce proverbe est du à quelque ami du plaisir et de la joie , et qu'il indique combien l'homme est porté à prolonger ses jouissances, ne consentant à les interrompre en quelque sorte qu'à son corps défendant. C 'est une grave erreur, mes bons amis : il s'agit ici des fêtes de l'Église . On disait anciennement les bonnes fêtes, comme on dit le Bon Dieu , comme on disait encore de certaines villes importantes : la bonne ville de Paris, de Lyon ou de Rouen . Dans beaucoup de provinces encore, on emploie cette expression de bonnes fêtes; et l'on dit, par exemple, d'une personne régulière : Elle communie à toutes les bonnes fêtes.

Il n`y a pas de bonnes fêtes sans lendemain . En effet, Pâques et la Pentecôte ont leurs lundis. L'Église fête aussi après la Toussaint, le Jour des Morts ; la fête de l'Église souffrante, après la fête de l'Église triomphante . Après Noël, ce jour vénéré de la naissance du Sauveur, trois jours qui s'y rattachent, et qui sont désignés sous les noms de fêtes de Noël: la Saint- Étienne, la Saint-Jean et les Saints -Innocents. Quelle instruction devons-nous tirer de cette disposition de l'Église à donner un lendemain à toutes ses grandes fêtes?

I. Nous devons d'abord ne pas faire ce que dit cet autre proverbe: La fête passée, adieu le saint. Que de fois mes bons amis, impressionnés par l'éclat religieux d 'une grande solennité, entraînés par la parole d 'un prédicateur éloquent, touchés surtout par cette parole intérieure qui souvent nous parle de préférence au milieu de l'assemblée recueillie des fidèles, émus au souvenir des merveilleux événements dont nous fêtions l'anniversaire , que de fois nous nous sommes sentis meilleurs! Nous avons formé de bonnes résolutions ; nous avons vraiment pensé à notre salut !  Et que de fois, tant nous sommes légers, oublieux, absorbés par les choses matérielles, que de fois , le lendemain , nous avons repris notre train de vie , non pas précisément coupable ni impie, mais tiède, indifférent, et où Dieu occupe si peu de place ! -

Cela arrive à tout le monde, mes bons amis ; c'est la tendance de notre nature. Aussi l' Église , voulant gagner du moins un jour sur notre vie de routine et d ' oubli, avait établi un lendemain à toutes ses grandes fêtes . Notre cœur nous dit qu'elle avait bien fait .  Si maintenant ces lendemains ne sont plus des fêtes d 'obligation , si nos occupations ne nous permettent pas de les fêter, au moins par l'assistance à la Messe, nous avons un moyen d ' y suppléer , et d 'entrer tout à fait dans l'esprit de l'Église , lorsqu' elle les institua ces lendemains. C ' est de nous roidir contre cette tendance de notre nature qui nous porte à oublier le monde invisible , le seul durable , pour ne voir que ce monde visible , si fragile et si passager. C'est surtout, au lendemain des grandes fêtes , de détourner le plus possible notre imagination des pensées frivoles, pour la reporter sur le souvenir des grâces que Dieu nous a faites dans la solennité d 'hier. Si une parole nous a frappés, redisons-nous-la , cherchons à en extraire tout le suc, à en nourrir notre esprit . Aimons à la répéter à ceux qui nous entourent, et à les en faire, eux aussi, profiter. Nourrissons-nous du souvenir des héroïques vertus que nous avons entendu raconter, des exemples de recueillement et de piété dont nous avons été les témoins. Surtout rappelons- nous les grâces qui nous ont été accordées.

Si nous aimons vraiment Dieu , si nous avons le coeur touché du bien qu' il ne cesse de nous faire , nous n 'aurons pas de peine à arrêter notre pensée sur ce sujet. - La reconnaissance est la mémoire du cœur, a -t - on dit . Comment n 'auriez-vous pas cette mémoire ? Chargeons-là de faire nos lendemains de bonnes fêtes,  nous seront ainsi bien salutaires et bien agréables à Dieu . Que Dieu ne soit pas un accident dans notre vie qui se représente trois ou quatre fois par an , ou une fois la semaine, le dimanche, ou deux fois par jour, le matin et le soir . Que Dieu soit notre pensée dominante , à laquelle naturellement nous revenions toujours, lorsque quelque distraction nous en aura écartés. Qu'en lui nous vivions. Qu' il soit par excellence notre amour, notre vie , notre tout. Les fêtes alors , les dimanches, les heures de prières régulières , seront comme cette horloge placée dans un atelier laborieux , et dont l'avertissement sonore vient, à des intervalles fréquents , exciter le zèle des travailleurs, annonçant que le moment approche où la tâche de chacun devra être terminée. Chaque fête ainsi nous trouvera travaillant au grand but de notre vie ; mais aussi chaque fête, en avivant toutes les saintes pensées dont nous sommes pénétrés , nous imprimera une nouvelle ardeur ; comme l'ouvrier fidèle que l'heure sonnante ne trouve jamais inoccupé, mais qui cependant ne travaille jamais aussi bien que lorsque l'heure vient de sonner.


19 - LA VÉRITÉ SORT DE LA BOUCHE DES ENFANTS

Est - ce à dire , vous, mes enfants , qui me lisez , qu 'il ne sorte jamais de vos jeunes bouches autre chose que la vérité ? - Hélas ! je le voudrais . Mais vous savez aussi bien que moi que les enfants menteurs ne sont pas rares; peut- être, ce qu 'à Dieu ne plaise ! le savez-vous par votre propre expérience . Hélas ! oui,mes bons amis . Il y a des enfants menteurs, comme il y en a de voleurs , de paresseux , de colèriques. Mais ce vice du mensonge a , dans de jeunes âmes faites pour la vérité , je ne sais quoi qui révolte beaucoup plus que les autres défauts que je viens de nommer. On n 'a jamais dit que l' enfance fut la saison de la sobriété, des habitudes laborieuses, de la force du caractère. Toujours on a cru qu 'elle était l'époque  bénie de la franchise, de l'ouverture du coeur, de la simplicité, de la vérité.

Vous vous rappelez ce jour où notre divin Sauveur, discourant avec ses disciples, mit tout à coup au milieu d 'eux un petit enfant, et leur dit : Si vous ne devenez comme ce petit enfant, vous n 'entrerez pas dans le royaume des cieux . Quelle leçon pour nous, mes bons amis, et quelle exhortation à cultiver ces humbles et douces vertus qui font le charme de l'enfance ! Quel encouragement pour vous, mes enfants, à ne pas perdre le privilège de votre âge, et à conserver longtemps cette âme simple et vraie du petit enfant, qui vous ouvrira les portes du royaume éternel !  Quand la raison s 'éveille chez vos enfants , mes chers amis , et qu 'elle y trouve la grâce du baptême, si quelque vice dans leur éducation n 'a pas hâté le développement de leurs mauvais penchants, la vérité règne en maîtresse dans ces jeunes âmes. L'enfant qui ne connaît pas encore ces passions coupables dont le mensonge est le complice nécessaire , l'enfant qui n 'a point respiré l'air du monde tout imprégné de dissimulation, l'enfant dit ingénument et simplement ce qu'il voit, ce qu'il sent, ce qu'il pense .

Son âme n 'est point une de ces boîtes à double ou à triple fond, à l'aide desquelles le prestidigitateur éblouit et trompe le vulgaire crédule ; c'est un pur cristal dont l'oeil pénètre tout d 'abord la profondeur. Ses affections ne sont jamais le résultat d 'un calcul; il ne sait pas ce que c'est que de manifester une grande tendresse à des personnes pour qui son cœur ne dit rien . Docile à l'impulsion de la nature, il aime son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, de tout son coeur, selon une expression enfantine, mais profondément  vraie. Il ne sait pas aimer à moitié. A tous ceux qui lui témoignent de l'affection , il donne en retour son cœur tout entier . Ses actions aussi ne sont pas autre chose que la manifestation vraie des sentiments qu'il éprouve. S ' il fait le bien , ce n 'est pas par intérêt, par ambition (il ne connaît pas plus ces choses qu' il n ' entend leurs noms), c'est parce qu 'il sent que c 'est le bien ; c'est pour l'amour de Dieu ; c'est pour plaire à sa mère. Il ne connaît (je parle de l' enfant chrétien , du petit enfant, qu'une éducation vicieuse n 'a point gâté ; bien loin de là), il ne connaît pas l'orgueil, ce ver rongeur qui tue, dans leur germe, le mérite de nos bonnes oeuvres, pour en faire des œuvres coupables.

L ' enfant dit tout; il pense tout haut. Ce qu'il dirait à Dieu , dans sa candeur il se demande comment il craindrait de le dire aux hommes. On parle quelquefois des enfants terribles.  Entendons-nous, mes bons amis , et prenons garde de blâmer les enfants, là où les grandes personnes seules sont coupables. Comment voulez-vous qu 'un enfant de cinq ans ou de sept fasse le discernement de ce qui peut impunément être répété et de ce qui doit demeurer secret? C 'est aux personnes qui vivent avec les enfants à se bien persuader que tout ce qu 'elles disent devant eux , c 'est comme si elles le déposaient dans une coupe de verre. C 'est aux parents surtout à préférer les indiscrétions les plus désobligeantes de ces petits personnages à une précocité fâcheuse qui leur ferait, à l'âge de la candeur, comprendre et pratiquer la dissimulation .  

II. Voilà ce qu 'est un petit enfant, mes bons amis, - et voilà ce que vous devez être , si vous désirez , avec les petits enfants, entrer dans le royaume du Père céleste. La vérité, voilà ce qui doit remplir votre coeur, éclater sur vos traits , dans vos actions, dans vos paroles. Soyez vrais dans les petites comme dans les grandes choses, et vous serez plus près de Celui qui, parmi tant de noms magnifiques , affectionne plus particulièrement celui-ci, la vérité. Je suis la vérité , a dit, en parlant de lui-même, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Vous comprenez parfaitement, chers amis, que, pour que la vérité sorte de votre bouche, il faut qu'elle ait son siège dans votre coeur. La bouche parle de l'abondance du coeur , dit l’Évangile. Et, comme je vous disais tout à l'heure que la vérité dans sa source la plus haute et la plus pure, c' est Dieu lui-même, c'est donc Dieu qu 'il faut avoir au fond de vos coeurs pour que la vérité sorte de votre bouche. Je n 'ai pas besoin de vous répéter que vous posséderez Dieu par la foi, en croyant les dogmes qu 'il nous a révélés; que vous le posséderez par l'amour, en lui consacrant vos sentiments et vos actions.

Si vous êtes ainsi pleins de Dieu , vous éprouverez pour le mensonge une invincible répulsion . Vous saurez que votre ennemi le plus acharné, le démon (l`ange déchu), est appelé le père du mensonge , et que, chaque fois que vous manquez à la vérité , vous faites un pas vers ce grand ennemi. Mais surtout, ô vous tous qui avez le bonheur d 'appartenir à la Religion catholique, un souvenir bien plus auguste consacre votre bouche à la vérité. — Avez -vous oublié les douceurs de la communion ? Comment! sur votre langue le Dieu d 'amour a reposé : et cette langue ne craindrait pas de se profaner par le mensonge, elle, le temple du Sauveur !

Soyons donc simples : que la vérité sorte de notre bouche comme de celle des enfants. — Mais surtout rappelons-nous cette parole de Notre-Seigneur à ses disciples : Laissez venir à moi les petits enfants. Elle s'applique à nous qui sommes père et mère, et elle nous dit :  De grâce, n 'élevez pas vos enfants dans le mensonge; ne gâtez pas l'ingénuité de leur âme; laissez-les plutôt suivre tout aimablement l' impulsion de leurs bons petits sentiments :  Quel malheur, mes bons amis, si, dans l'éducation que vous donnez à ces êtres chéris, quelque chose pouvait les éloigner du Dieu Sauveur qui les aime tant !


20 - LE TEMPS EST UN GRAND MAÎTRE

I. Croyez- vous, mes chers lecteurs, que pour apprendre une science, un art, un métier, il suffise de s'adresser à un homme fils pour introducteur dans la carrière que vous lui destinez le plus savant mathématicien, le premier de nos sculpteurs, ou le tailleur le plus en vogue, pensez- vous que votre fils soit assuré d 'égaler bientôt son maître, et qu 'il ne lui reste plus qu 'à se croiser les bras, attendant que, comme par enchantement, les connaissances viennent meubler sa tête ou enrichir ses doigts d 'un précieux gagne- pain ? - Non , mes bons amis; les maîtres, si habiles qu 'ils soient eux -mêmes, ne rendent savant que l'écolier docile et laborieux , toujours prêt à écouter, méditer et mettre en pratique leurs leçons et leurs conseils . Je vous dis tout cela , mes amis , non point au hasard , mais à propos de ce proverbe : Le temps est un grand maître, dont je crains que vous ne saisissiez pas parfaitement le sens. Il en est de ce proverbe comme de cette phrase qui se rencontre si souvent dans la bouche des parents : Oh ! cet enfant a de grands moyens ! Qu 'est-ce que cela prouve ? Qu 'il faut lui enseigner à les bien employer , ces moyens; car autrement il pourrait, ou en faire un mauvais usage, ou les laisser se rouiller dans l'inaction (ce qui est une autre manière d 'en abuser). Bien loin donc que nous devions nous reposer sur ces prétendus moyens, comme s'ils étaient une infaillible garantie d 'avenir , c'est tout simplement pour nous une raison de plus de soigner l'éducation de nos enfants. Tout don duquel il doit nous être demandé compte emporte avec soi un accroissement de responsabilité . Ainsi cette vérité : Le temps est un grand maître, deviendrait une erreur funeste , si nous l'entendions en ce sens, que nous ne pouvons manquer sans aucun effort ni aucune correspondance de notre part de tirer des leçons de ce grand maître une augmentation de sagesse , de prudence et de vertu . Qu' importe que le temps soit un grand maître, si nous ne voulons pas nous faire ses disciples ! Et la belle disposition pour le devenir, que de commencer par mépriser ses leçons!

II. Quelle est en effet la grande leçon de ce grand maître ? L'expérience . - On appelle de ce nom la science de ceux qui ont vu beaucoup d'hommes, et beaucoup d 'événements, et qui, ayant beaucoup examiné et beaucoup réfléchi, ont saisi cette leçon de modération , de sagesse et de religion , qui, pour tout cour droit et pur, ressort d 'un pareil examen . L 'expérience est donc d 'ordinaire la qualité des vieillards. Quiconque a beaucoup vu peut avoir beaucoup retenu dit la Fontaine. -- De là vient que, dans tous les âges, les cheveux blancs furent entourés d 'une si grande vénération . A travers les ombres mêmes du paganisme, l' instinct des peuples comprenait que ce temps qui est un grand maître n 'est autre que Dieu lui -même, instruisant la faiblesse humaine par le spectacle des événements que tient et que dirige sa main puissante. Les fronts ridés et les têtes chenues étaient donc comme le cachet empreint sur ceux qui avaient suivi le plus longtemps ces leçons de la Providence. Or, mes amis, cette expérience , plus grande chez les vieillards, nous la possédons, à un moindre degré, mais enfin nous la possédons, du moment que la raison s'est éveillée dans notre esprit, et que la conscience a commencé de parler au fond de notre cœur.

Il suffit d`avoir une fois seulement, fait le mal, et senti, dans les profondeurs de son âme, l' aiguillon du remords; il suffit d 'avoir éprouvé, dans les joies pures de la conscience, la première et immédiate récompense d 'un acte méritoire, pour avoir une expérience qui, si nous étions sages, nous écarterait à jamais du péché, et nous tiendrait étroitement attachés à la vertu . Il suffit d 'avoir jeté le plus rapide coup d 'oeil autour de soi, pour comprendre que, tôt ou tard, le châtiment atteint les coupables, et que jamais la couronne ne manque aux sacrifices . – Si donc, après cette expérience , nous retournons au mal, si nous fuyons le bien , n 'ai- je pas raison de dire que nous agissons comme si l'expérience nous manquait absolument, que les leçons du temps sont perdues pour nous, et que nous ressemblons à ces écoliers qui espèrent apprendre sans étudier, ou qui attendent, pour profiter des leçons du maître, le moment où leurs parents les retirent de l'école ?

Mais ce n 'est pas tout; et vous allez , une fois de plus, admirer avec moi la bonté de Dieu . - L 'homme n 'est pas isolé dans le temps et dans l'espace , de telle sorte que chacun n 'ait à son service que sa propre expérience. Bien que pour les choses capitales, c' est- à dire pour les choses de la conscience , chacun trouve dans cette même conscience une expérience plus que suffisante , Dieu a voulu encore qu'au moyen de la société, des rapports qui unissent entre eux les membres d 'une même famille , d 'une même ville , d 'un même État, et surtout de ces rapports spirituels qui rapprochent entre eux tous les enfants de l'Église , Dieu a voulu que l' expérience de tous les hommes fut, pour chacun d 'eux , comme une partie de son patrimoine.  Les leçons du temps ne sont pas comme ces improvisations rapides qu 'applaudit un auditoire enthousiaste, mais qui passent sans laisser de traces. Elles sont conservées, au sein de chaque famille , dans la mémoire des vieillards. De là vient que les vieillards aiment tant à raconter. De là vient que, si nous étions sages , au lieu de rire de cette tendance, nous chercherions à tirer de leurs récits les leçons utiles que presque toujours ils renferment.


III. Mais il y a plus.; et, comme le souvenir des événements passés finirait par s 'effacer dans chaque fa mille, Dieu a permis que l'humanité tout entière conservât la mémoire de ces faits qui l'intéressent et la peuvent instruire , et l'histoire se charge de nous transmettre ces leçons du temps, les plus anciennes comme les plus récentes. Avez -vous quelquefois réfléchi à cela mes bons amis? S ' il vous est arrivé d 'ouvrir un livre d 'histoire, ne l'avez-vous pas parcouru avec un sentiment de curiosité , ou avec le désir d'augmenter tout simplement la masse de vos connaissances ? tandis que vous auriez pu y trouver, pour peu que vous vous y fussiez appliqués, les leçons les plus utiles et les plus pratiques. L'histoire des empires , de leur élévation , due toujours à quelques vertus, de leur chute amenée toujours par la dégradation des peuples et les fautes des rois ou dirigeants ; l'histoire de l' Église surtout, où sa divinité est écrite en caractères plus brillants que le soleil ; l'histoire des Saints, où se trouvent réunies toutes les vertus que Dieu fait jaillir de nos âmes régénérées, depuis l’héroïsme du martyre jusqu 'à celui de la charité, depuis la grandeur d'âme des évêques qui luttèrent pour la défense de l'Église, jusqu 'à ces vertus aimables et cachées qui trahies par leur suave parfum ,ont placé sur nos autels, à côté des docteurs et des confesseurs de la foi, des paysans, des servantes, des ouvriers : - toutes ces histoires, mes bons amis, qu 'est- ce autre chose que l'expérience de l'humanité prolongée jusqu 'à nous par la miséricordieuse bonté de Dieu ? Qu 'est-ce autre chose que la leçon du temps, et sa leçon la plus précieuse , – puisque dans ces immenses annales, à quelque page que nous les ouvrions, le temps, ce grand maître, nous enseigne le mépris des actions coupables, l'admiration pour les dévouements généreux, la confiance en Dieu , la reconnaissance pour son adorable providence, toujours présente dans les événements humains, le désir de marcher sur les traces glorieuses de ses serviteurs, en un mot l'amour de Dieu et de nos frères, et le respect de nous -mêmes ? — Voilà les enseignements de l'histoire. — Ai-je tort de dire qu'il y a là , dans cette expérience des siècles ajoutée à la nôtre, plus de leçons mille fois qu 'il n 'en faudrait pour nous convertir ?


IV . D 'où vient donc que nous profitons si peu de ces leçons? C 'est que nous les voyons sans les regarder , que nous les entendons sans les écouter, que nous ne réfléchissons pas, en un mot. Quel est, en effet, mes bons amis, le grand art de vivre ? C 'est de tirer de chaque chose l'enseignement qu 'elle contient ; de ne jamais marcher au hasard ; de tendre toujours vers un but, et de faire servir à ce but tout ce qui nous entoure . Mais cela ne se fait pas tout seul ; cela demande de la réflexion . Et nous ne réfléchissons pas. Réfléchissons donc, mes bons amis ; il y a mieux : prions. La prière, c'est la réflexion faite devant Dieu , c'est-à- dire en présence de Celui qui, étant la lumière  même, peut seul éclairer nos âmes, et faire servir nos réflexions à notre salut éternel . La prière, c'est encore l'aveu de notre faiblesse , de cette pauvreté de notre nature, qui fait qu 'entre la vérité reconnue et la vérité pratiquée il y a si souvent un abîme. – Dieu donc, si nous le prions, si nous réfléchissons devant lui aux leçons du temps et à celles que nous avons reçues nous mêmes, et à celles dont l'histoire conserve le dépôt, Dieu nous donnera l'esprit pour les comprendre, et la force pour les pratiquer. C'est alors seulement que le temps aura été pour nous un grand maître, puisqu'il nous aura conduits aux pieds de Celui qui est le Maître par excellence , Notre- Seigneur Jésus – Christ.


21 - IL NE FAUT PAS DISPUTER DES GOÛTS NI DES COULEURS  et TOUS LES GOÛTS SONT DANS LA NATURE

I. Certainement, mes bons amis, si vous entendez par là uniquement ce que vous dites : à savoir , que vous avez le droit de préférer le bleu au rouge, moi le rouge au bleu , tandis que tel autre a pour le vert une prédilection marquée; et que nous serions bien fous, les uns et les autres, d ' en venir aux mains, ou simplement aux gros mots, pour ce futile sujet ; que d 'ailleurs aucune couleur n 'ayant sur sa voisine une supériorité absolue, la dispute qui porterait sur une, pareille question n 'aurait point de terme, chacun étant toujours en droit de dire : Tous les goûts sont dans la nature ; - si c'est là ce que vous voulez dire , vous avez mille fois raison . Il y a même, dans notre proverbe ainsi entendu, une bien utile leçon , puisqu'il nous apprend à éviter l'esprit de dispute et à fuir cette déplorable disposition qui sur des riens fonde des discussions interminables ; - arrivant ainsi quelquefois à brouiller les meilleurs amis, pour des opinions dont ils ne se soucient au fond ni les uns ni les autres. Oh ! oui, dans ce sens, il ne faut pas disputer des goûts ni des couleurs. .

II . Mais il est bien évident qu'un proverbe veut toujours dire plus qu 'il ne dit, et a toujours un sens Moral. Ici ce sens est un contre-sens ; et un contre sens dangereux . Il signifie que toutes les inclinations, toutes les affections, toutes les passions sont dans la nature; que par conséquent chacun a le droit de suivre la pente de son naturel, sans que son voisin ait celui de l'inquiéter ; que je puis m 'abandonner à la volupté , à l'amour de l'argent, aux rancunes ou aux violences de mon caractère , de même que vous , vous vous trouvez être humble, doux , chaste, patient, charitable . C ' est là , mes bons amis, une doctrine que je soutiens être extrêmement dangereuse . Voyez d'abord qu 'elle est le renversement des principes du Christianisme.

En effet, elle dit trois choses, qui de fait s'enchaînent : la première, que tout est bon dans la nature humaine; la seconde , que personne n 'est obligé de résister aux impulsions de la nature ; la troisième, que chercher à changer la manière d 'être de son prochain , à le rendre chrétien , par exemple, d 'ivrogne ou de débauché qu 'il est, c'est pour ainsi dire attenter à son indépendance; et cela , parce que tous les goûts sont dans la nature. - Peut-on rien imaginer de plus absurde ou de plus faux ? , Hélas! il n 'est que trop vrai, tous les goûts sont dans la nature. Mais vous, qui n 'avez pas oublié votre catéchisme, vous savez que, par le péché originel, notre nature, créée bonne primitivement, a ressenti une grave atteinte ; qu ' elle a été corrompue et viciée dans sa source ; qu 'il a fallu , pour nous relever, qu'un Dieu même descendît parmi nous ; et que la lutte du bien et du mal, dont la terre est le théâtre, n 'est autre chose que le combat perpétuel entre notre nature corrompue et l' influence réparatrice de Dieu que l'on nomme la grâce. - Voilà , mes bons amis, ce que vous savez ; ou, si vous l'avez oublié , voilà ce que votre petite fille, lorsqu 'elle revient de l' école, voilà ce que votre garçon qui va faire sa première communion , vous peuvent rappeler . Cela est dans la nature: donc cela est bon ! - Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Mais toutes les fautes, tous les crimes proscrits par la loi de Dieu , ils sont dans la nature. Sondons plutôt notre coeur ; et rappelons-nous quelle pente facile le porte à tout ce qui est mal. Le Décalogue (les Dix Commandements) , que condamne-t-il autre chose que les mouvements ordinaires d 'une nature abandonnée à elle-même? L'oubli de Dieu , le blasphème, la violation des saints jours, le mépris et la révolte contre les parents, la colère et ses sanglantes conséquences , les passions honteuses , le mensonge et la calomnie, l'envie du prochain et de ses richesses , les attentats grands et petits à sur la propriété ; dites si tout cela n 'est pas dans la nature ; si vous n 'avez pas éprouvé, à un degré plus ou moins violent, chacun de ces sentiments ; si vous n 'avez pas été d 'autant meilleurs, que vous résistiez plus vivement à tous ces goûts, qui étaient pourtant dans la nature; d 'autant plus mauvais que vous vous y abandonniez davantage ? Ne dites donc plus: Tous les goûts sont dans la nature , pour vous excuser; puisque notre mission ici-bas, cette guerre à laquelle notre vie doit être vouée, consiste justement à contrôler en nous la nature, pour y substituer la vie de la grâce. - Ou , si ce proverbe vient frapper vos oreilles, qu'il ne réveille en vous qu'une pensée de confusion , au souvenir de tout ce que notre nature renferme d'inclinations mauvaises; une prière surtout au Dieu de toute force, pour qu 'il nous aide à en triompher .

III . Mais surtout ne disons point : Il ne faut pas disputer des goûts. Au contraire , mes amis, il en faut grandement disputer ; avec soi d 'abord et contre soi. L 'élément grossier et instinctif de nous-mêmes aimerait bien que notre âme n 'entrât jamais en dispute avec lui, et le laissât libre toujours de suivre ses goûts de chair et de sang . - Qu' il n 'en soit pas ainsi ! Disputons contre nous-mêmes. L 'homme spirituel finira toujours par l'emporter sur l'homme charnel, si à celui- ci, nous savons opposer les forces supérieures que Dieu communique aux combattants de bonne volonté . C 'est encore avec notre prochain qu' il faut disputer des goûts; non pas, mes bons amis , à tort et à travers, non pas en manquant de respect à ses supérieurs, en prenant la parole quand le silence seul nous conviendrait, en nous donnant, a nous et à la religion qui nous inspire, une réputation d 'aigreur et d 'amertume qui ne saurait convenir aux disciples du doux Jésus: -- non ; - mais avec prudence, avec cette prudence des enfants de Dieu qui est, nous l'avons déjà dit , sœur de la charité, et aussi éloignée de la lâcheté que de l'ostentation .

S 'il y a des circonstances où il est permis de se taire et alors même, que de moyens, pour tous, sans excepter les plus humbles, de montrer leur désapprobation de certains goûts blâmables étalés devant eux par des supérieurs! combien de circonstances, au contraire, où il nous est ordonné de parler, non pour notre intérêt, mais pour celui de notre prochain , duquel il est dit dans l'Écriture, que Dieu en a confié le soin à chacun de nous! Lorsque près de nous le mal est fait, ou est dit, ce qui est une autre manière de le faire, par un égal ou un inférieur, ne dites pas : C' est leur affaire ; c'est leur goût ; moi j'ai les miens. Ce sont là propos d 'égoïste. Un chrétien doit penser et agir autrement. Dites : Voici des hommes qui s' égarent; ils se laissent aller a sans résistance à leur mauvaise nature. Je vais m ' efforcer de les retenir sur ce terrain glissant, comme, si je voyais un voyageur près de tomber dans un précipice, je me croirais un misérable de ne pas tout faire pour empêcher sa chute. Cherchez donc à persuader à celui dont les paroles ou les actions sont le développement du proverbe : Tous les goûts sont dans la nature; cherchez à lui persuader qu'il se trompe ; qu'en raisonnant ainsi, le voleur et l'assassin se justifient aussi bien que l'ivrogne et le libertin .

Et si vous lui faites connaître Dieu , ou si seulement vous lui inspirez le désir de le connaître , à cet homme qui jusqu'ici ne connaissait que la nature et ses entraînements si puissants pour le mal, quelle belle œuvre vous aurez accomplie , mon cher ami! Vous aurez travaillé à sauver une âme. Quand même vous ne réussiriez pas, vous aurez toujours défendu la vérité. C ' est une assez belle tâche pour suffire à votre récompense. Après tout, parmi ces hommes qui prétendent que tous les goûts sont dans la nature , quel est celui qui aurait le droit de s'étonner de vous voir, à vous, le goût de Dieu et le goût de la vérité ? Puissiez -vous l'avoir toujours ! Puisse -t-il, saintement contagieux , de vous se communiquer à bien d'autres


la suite bientôt

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT Jeu 8 Avr 2021 - 13:21

22 - CE QUE DIEU GARDE EST BIEN GARDÉ

1. Il est plus difficile, a dit un ancien , de conserver une province que de la conquérir. On en pourrait donner d 'excellentes raisons mais ans aller aussi loin , mes bons amis, et sans parler de provinces, que nous n 'aurons jamais sans doute , ni vous ni moi, à conquérir pas plus qu 'à conserver , avez- vous quelquefois remarqué combien , en toutes choses, la conservation est difficile ? La science que vous avez acquise comment vous jouant, gardez vous de la laisser dormir (ne fût-ce que quelques mois ) dans un coin de votre mémoire ; lorsque vous irez l’y chercher , vous ne la trouverez plus. L'argent que vous avez gagné par un travail pénible, il est vrai, mais joyeux pourtant, si vous n 'en faites un emploi immédiat, ou si vous n 'en confiez la garde à votre sage ménagère, - n 'est-il pas vrai qu'il séjourne à peine dans votre poche ou dans votre bourse, et que tout à coup , sans que vous sachiez comment, il vous échappe ? Parlerai-je des bons principes que vous avez cherché à inspirer à vos enfants, et qui, au premier contact du monde et des passions, ont disparu sans presque laisser de traces? Quoi de plus difficile à un peuple que de garder ses institutions, à un marchand de garder ses pratiques, à l'homme, en général, de garder ses bonnes résolutions, au chrétien de garder la grâce ?

II . Et voilà précisément, chers lecteurs, ce qui fait la nécessité en même temps que la vérité de notre Proverbe. Oh ! oui, ce que Dieu garde est bien gardé. Dieu d ' abord , à la différence des gardiens de la terre, est un gardien désintéressé. Ici-bas, ce n 'est pas chose sans exemple de voir un gouverneur s' emparer, pour son compte , de la province qu 'il devait garder au nom de son souverain ; ou bien un banquier s 'enfuir avec l'argent, que vous avez vu des assemblées et des armées renverser ce qu'elles devaient défendre . – En un mot, l'homme, en se confiant à l'homme, ne sait jamais, d 'une certitude absolue, si sa confiance n 'est pas mal placée. — Dieu , au contraire, n 'a nul besoin des biens que nous possédons, biens que d 'ailleurs nous ne tenons que de lui. Souverainement heureux par lui-même, il ne prend en mains nos intérêts que par amour pour nous. Et puis , comme il est souverainement puissant, l'appui qu 'il nous prête est efficace autant qu 'il est désintéressé . Oui, mes bons amis , Dieu seul peut, Dieu seul veut nous bien garder . – Ne cherchons donc pas d 'autre protecteur ; mettons sous sa garde puissante et bénie tout ce que nous avons de précieux . -

III . Mais cette grande grâce d 'être gardés de Dieu , vous comprenez qu 'il la faut mériter. En d 'autres termes, pour obtenir que Dieu nous garde, il est juste que nous prenions la peine de le lui demander ; et, pour voir notre demande accueillie , il faut commencer par remplir nos devoirs envers Dieu . Que diriez - vous d 'un fils qui, vivant sous le même toit que son père , passerait cependant des jours, des mois et des années sans lui parler, sans lui rendre ces hommages que le respect et l'amour inspirent au coeur de tout enfant bien né ? Qu 'en diriez - vous surtout-si, malgré ce silence, malgré cette indigne et grossière conduite, il comptait sur la protection de ce père méprisé ? s'il la réclamait même au jour du danger ? C ' est votre histoire , mon bon ami, si vous manquez à vos devoirs envers Dieu et que vous espériez cependant qu 'il vous garde. Commencez par devenir un bon et fidèle chrétien . Alors ce sera le coeur libre, avec l'élan d 'un fils tendre et respectueux, que vous implorerez la protection de votre père céleste sur tout ce qui vous intéresse. Sous cette garde puissante , vos affaires temporelles seront en sûreté. — D 'abord, par cela seul que vous vous éloignerez des passions mauvaises , vous éviterez mille écueils contre lesquels viennent chaque jour se briser la santé, la fortune, la paix , le bonheur de ceux qui sont loin de Dieu . Mais surtout c'est votre âme, ce sont les âmes qui vous sont chères, que vous ne vous lasserez pas de mettre sous la sauvegarde de la divine providence. . Et quoi de plus légitime qu'une telle sollicitude ? Plus une chose est précieuse , plus il la faut conserver avec soin . Or est-il rien d 'aussi précieux que nos âmes? Et, lorsque ce bien si précieux est convoité par un ennemi redoutable, quel puissant protecteur ne lui faut il pas donner ! Ignorez - vous que le démon (l`ange déchu)  tourne nuit et jour autour de notre âme, comme un lion furieux qui cherche à la dévorer ? (1 Pierre 5,8) - Ce sont les propres expressions de l’Église . Donc nous devons travailler à lui opposer celui devant lequel il tremble comme devant son maître : Dieu lui-même. Et pour cela , mes bons amis, ayons soin d 'employer docilement les moyens que ce grand Dieu daigne nous indiquer. Allons chercher la force là où il l'a mise ; c'est- à -dire, comme nous avons eu déjà plus d 'une occasion de le rappeler : dans la prière et dans les sacrements.

IV. Mais ce n 'est pas tout. Et vous m 'en voudriez de prendre congé de notre Proverbe, sans avoir rien dit de votre ange gardien , ce fidèle et charitable guide, comme dit la prière du matin , à qui Dieu lui-même a spécialement confié le soin de vous protéger . Il y aurait tout un livre à faire sur ce sujet que nous ne pouvons qu 'effleurer ici. Vous avez quelquefois, chers lecteurs, entendu parler des déserts brûlants de l'Afrique, et des périls qu 'offre leur traversée . Eh bien , voyez ce jeune écervelé. Il va s 'engager dans cette mer de sable . Un prince puissant, et qui lui veut du bien , lui offre une redoutable escorte . Lui, refuse ; ou bien s'il accepte, il a toujours soin de se tenir à une grande distance de la troupe armée qui doit le protéger. Et, quand des féroces l'attaquent, il se défend seul, au lieu de leur opposer une force supérieure, qui bien vite les mettrait en fuite . Aussi sera - t - il certainement dépouillé , peut- être emmené en esclavage , peut-être mis å mort. Nous voyageons, mes bons amis , dans un pays que l'on appelle la vie , et où les dangers sont bien autrement terribles qu 'au coeur du Sahara. Le plus puissant des princes, le Roi des rois , Dieu lui-même, qui nous aime, qui désire que nous triomphions de tous les obstacles semés sur notre route, Dieu nous a remis entre les mains d 'un esprit céleste , dont les lumières, dont la vive tendresse , nous valent mieux qu'une armée : il nous a confiés à notre ange gardien . - Et nous, chaque fois que nous avons un pas difficile à traverser, que nous nous sentons près de faiblir dans notre lutte incessante; nous, insensés , nous ne savons pas invoquer cet invisible ami, toujours présent à nos côtés ; nous combattons seuls, et nous sommes vaincus, tandis qu'aidés par notre bon ange , nous eussions certainement triomphé.

Relisez , mes bons amis , dans l'Ancien Testament, l'histoire du jeune Tobie (Livre de Tobie). Vous y verrez, outre un récit on ne peut plus touchant, l'image de ce que votre ange gardien fait pour vous, de ce qu'il ferait du moins, si vous preniez soin de vous adresser plus souvent à lui. Élevé par des parents pieux dans la crainte du Seigneur et l'amour de ses frères, Tobie va partir pour un long voyage. La sollicitude paternelle le place sous la conduite d 'un jeune homme, dans lequel Tobie ne voyait qu 'un compatriote obligeant, et qui, de fait, était l'archange St-Raphaël, son ange protecteur. C 'est grâce aux sages conseils de son conducteur que Tobie échappe à la mort dont le menaçait un monstre marin , qu'il termine une affaire difficile , conclut le plus heureux mariage, et que, revenant dans ses foyers , il guérit son vieux père , devenu aveugle . Je voudrais , mes bons amis , que le temps me permît de suivre pas à pas cette histoire, et de vous montrer en détail comment votre ange gardien , si vous l'invoquiez souvent et avec confiance vous ferait traverser sains et saufs les périls les plus redoutables, vous aiderait à mener à bien même vos affaires temporelles , et surtout attirerait les bénédictions du Ciel sur ces circonstances solennelles d ' un mariage ou du choix d 'un état, desquelles dépend si souvent notre bonheur ici-bas, et notre salut là -haut.

Il n 'y a pas jusqu 'à ce détail du jeune Tobie rendant la vue à son vieux père qui ne pût trouver, si vous le vouliez bien , son application dans votre vie . Votre père peut- être est loin de Dieu ; élevé à une époque malheureuse où la religion renaissait à peine, il ignore tout ce que cette divine loi renferme de lumière, de force et de consolation. Son âme est aveugle ; car elle n 'est point frappée de ces rayons éblouissants que répand autour de lui le Soleil de vérité, et pour lesquels l'oeil de notre esprit est fait comme l' oeil de notre corps pour les clartés du jour. – Eh bien , vous, mon bon ami, dans votre course à travers la vie , et dans cette succession de triomphes et de chutes qui n 'ont jamais, grâce à votre ange gardien , ébranlé votre foi, n 'avez - vous pas découvert un remède infaillible aux degrés divers de l'aveuglement humain , qu 'ils s 'appellent incrédulité , doute ou indifférence ?

La pureté , l'humilité, la charité , lorsqu 'on a dans le cœur le désir seulement, mais un désir sincère de ces divines vertus, il n ' est point d ' écailles si épaisses qui ne tombent aussitôt des yeux . Priez donc votre ange gardien , priez l' ange gardien de votre père, de lui inspirer ce désir sincère . Priez-les de vous aider à devenir l'instrument de cette illumination si ardemment désirée . Que la bonne odeur de vos mœurs chrétiennes , que la simplicité de votre modestie , que votre douceur, que votre ardente et ingénieuse charité , que votre charmante égalité d 'humeur, que tout cela soit comme un premier rayon pour ces yeux endormis dans les ténèbres : et bientôt ces yeux seront ouverts, et, comme Tobie , vous aurez la joie de voir , à votre contact, la lumière divine inonder ces paupières aimées. Lisez aussi, mes bons amis, lisez et relisez l'histoire des Saints. Vous les verrez vivre dans une intimité presque quotidienne avec leurs anges gardiens. Il semble que Dieu ait voulu récompenser la foi de ses fidèles serviteurs en leur laissant apercevoir, avec les yeux du corps, ces esprits célestes que l'œil de leur âme voyait déjà d 'un regard si assuré!

Pour nous, en apparence moins favorisés, n 'oublions pas cette parole de Notre- Seigneur à son disciple saint Thomas : Tu as cru , Thomas, parce que tu as vu ! Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ! N 'oublions pas que les anges sont de purs esprits, c'est -à -dire des âmes sans corps; que, par conséquent, l'esprit seul peut les voir ; et que, s'il plaît à Dieu de les faire quelquefois apparaître à nos yeux matériels, c'est en les revêtant d 'un corps d ' emprunt. - Mais toutes les fois que nous pensons à notre ange gardien , que nous l' invoquons dans nos besoins, que nous remettons entre ses charitables mains les intérêts de notre âme et des âmes qui nous sont chères , nous le voyons véritablement. Car nous croyons en lui; nous ayons foi en son existence et en sa puissance . Or c'est par la foi que nous voyons le monde invisible, comme c'est par la prière que nous conversons avec lui. Revenons à notre Proverbe : Ce que Dieu garde est bien gardé. Dieu vous garde ! C 'est par ces mots que la piété de nos pères aimait à terminer une lettre ou un entretien . --- Quand nous disons plus brièvement adieu à ceux que nous aimons, pensons que cela veut dire : Je vous confie , je vous recommande à Dieu . — Adieu donc, mes bons amis. Confiés à Dieu , comment ne seriez - vous pas bien gardés ?

23 - A TOUT PÉCHÉ MISÉRICORDE

Élevons un peu nos coeurs, chers amis. Ce n 'est plus un simple proverbe que nous allons chercher à expliquer gaiement. C 'est sous une forme proverbiale, une des doctrines les plus admirables de votre sainte religion que je veux vous rappeler.

1. Pardonnez -nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; voilà ce que vous dites tous les jours dans votre Pater . Y pensez -vous? Êtes - vous bien persuadés que, de même qu'il vous est défendu d 'attenter à la vie ou à la propriété de votre prochain , de même il vous est interdit de chercher à lui rendre le mal pour le mal, ou seulement de lui en vouloir du tort qu 'il peut vous avoir fait ? Êtes-vous convaincus que la vengeance est un grand péché, et le pardon des injures un devoir bien important, puisque Dieu lui-même en a fait la condition du pardon que nous lui demandons chaque jour, et que nos offenses multipliées nous rendent si nécessaire ? Sachez bien cependant que, si vous n 'êtes pas convaincus de tout cela, vous n 'êtes pas chrétiens.

Sachez-le , et admirez la grandeur de la religion dans laquelle vous avez le bonheur d 'être nés. Avant la venue de Notre -Seigneur, alors que le monde adorait de fausses et cruelles divinités, les poètes ne consultant que les mauvais sentiments de notre nature , disaient que la vengeance était le plaisir des dieux . En effet , dans l'histoire de ces dieux prétendus, jamais ce doux sentiment de la miséricorde ne se manifestait ; la colère, la vengeance, tout au moins l'impitoyable justice, voilà quels étaient les mobiles de leurs actions. Hélas ! mes bons amis, mettez la main sur votre coeur, rappelez-vous combien souvent vous faites le mal, le besoin continuel que vous avez d 'indulgence et de pardon , et dites ce que vous deviendriez si Dieu vous jugeait, lui aussi, avec sa seule justice ; - je ne parle pas de la vengeance et de la colère ; il est trop évident que ces sentiments violents ne sauraient appartenir à la Divinité. - Aussi , Notre-Seigneur , au contraire , est- il venu apporter à la terre la charité , l'indulgence et la miséricorde. C 'est avec cette condescendance qu 'il nous juge. Mais il entend que, suivant son divin exemple, nous usions envers nos frères de douceur et de condescendance. La mesure dont vous vous servirez , est-il dit dans l'Évangile, on s' en servira avec vous. Encore une fois, chers amis, combien la Religion Chrétienne est admirable de s'adresser ainsi , non point à la partie brutale et corrompue de notre nature, mais à sa partie noble et délicate, à ce fonds de bonté que le péché originel avait vicié, mais que la Rédemption nous a rendu ; de ne pas dire , avec l'antiquité païenne : La vengeance est le plaisir des dieux, mais avec notre doux Sauveur : Heureux les miséricordieux , parce qu ' ils obtiendront miséricorde !

Le pardon des injures est semblable à ces riches métaux ou à ces pierres précieuses que la terre cache au plus profond de ses entrailles. A en juger par l'apparence, les contrées qui recèlent ces trésors sont souvent les plus stériles et les plus désolées. Ainsi le cœur de l'homme, si on s 'arrête à la surface, est enclin à tous les mauvais sentiments ; et vous pouvez, vous qui avez oublié l'Évangile , vous pouvez, ainsi que ces infortunés qui ne le connurent jamais , dire que la vengeance est un vif plaisir ; la vengeance , ce plaisir féroce, plein de trouble et de remords, et qui ne laisse après lui que désolation.  

Mais creusez plus avant; demandez à l’Église , votre mère, de vous guider dans cette fouille de votre propre coeur; et, sous une couche épaisse de sentiments grossiers, tristes produits du péché , vous découvrirez l'or pur de la charité, ce diamant dont l'éclat efface tout ce que vous pouvez imaginer de plus étincelant. Oui, vous le découvrirez dans votre coeur même, après l'avoir découvert dans le cour sacré de votre bon Maître. Et, parmi les rayons de cette divine charité , le pardon des injures vous apparaîtra comme l'un des plus doux et des plus divins. Donc, à tout péché miséricorde. Quelque énormes que vous paraissent les torts de votre prochain à votre égard , et presque toujours ils vous paraîtront plus grands qu 'ils ne sont en effet, vous n 'avez pas autre chose à faire que de pardonner. Dieu vous l'ordonne : n 'est-ce pas assez ? Et puis, dans l'accomplissement de ce devoir toujours pénible à la nature irritée , vous goûterez une joie délicieuse , miséricorde qu'au dernier jour Notre-Seigneur doit faire aux miséricordieux . Comment pourriez -vous rendre le mal pour le mal, vous les disciples d 'un maître qui a prié pour ses ennemis, qui est mort pour eux ?  Lorsque vous sentez les flots de la vengeance bouillonner en votre cœur, pensez à Jésus en croix, et vous vous arrêterez .

II . Un mot encore sur un second aspect de notre Proverbe; un mot à l'adresse de ceux qui, comme Judas, reconnaissent l'énormité de leurs péchés, et comme lui s'imaginent que Dieu ne leur pardonnera jamais. Comment, mes bons amis, Dieu nous fait un commandement du pardon des injures , et lui- même ne pardonnerait pas à un repentir sincère ! Non, vous ne pouvez le croire. Sondez bien votre coeur, et prenez garde de mentir à Dieu et à vous-mêmes. — Vous savez bien que Dieu pardonne toujours au repentir . Mais le repentir, vous ne l'avez pas, et vous ne voulez pas l'avoir ! Vous humilier au tribunal de la pénitence ; renoncer à vos péchés et aux occasions qui y mènent; voilà ce qui révolte votre orgueil et votre sensualité . Voilà pourquoi vous écoutez cette parole hypocrite, que le démon (l`ange déchu) murmure à votre oreille : Jamais Dieu ne te pardonnera ! C 'est lui, l`ange déchu , qui tout à l'heure vous engageait à ne pas pardonner . Prenez donc le contre- pied des insinuations de ce grand trompeur. Pardonnez vous mêmes, et ne doutez pas du pardon de Dieu .

24 - LE TEMPS FUIT ET NE REVIENT PAS.

Vous avez souvent, mes bons amis , entendu parler de cette marche précipitée du temps. Dans les livres et dans les sermons, on l'a comparé devant vous au coursier le plus agile ; à un navire fin voilier qui, le vent en poupe, fend les flots de l'Océan ; à une flèche qui traverse les airs; à un éclair que l'œil ébloui a à peine le ,loisir de contempler; enfin à tout ce que la pensée humaine peut imaginer de plus rapide. Et cependant peut- on dire que toutes ces comparaisons suffisent à définir la brièveté du temps, et sur tout à exprimer combien il est irréparable ? Il est certain qu ' elles sont insuffisantes pour nous convaincre; car, à voir l' usage inconsidéré que nous faisons du temps, l'aisance avec laquelle nous le gaspillons, notre calme parfait en le regardant fuir devant nous, qui se douterait que nous le considérons comme le plus précieux des biens, en même temps que le plus difficile à fixer ?

I. Il ne m 'appartient pas, je le sais, de vous faire å ce sujet un sermon . Seulement j'ai rencontré ce matin  dans un livre italien , à propos du temps, une comparaison si juste et si frappante, que je veux vous la communiquer, et aussi les réflexions qu 'elle m 'a suggérées. « Le paysan sème, et il chante; le marchand , pour alléger le navire au milieu de la tempête, jette dans la mer ses marchandises, et il pleure ; parce que la semence se retrouve centuplée au jour de la moisson ; mais jamais les marchandises jetées à la mer ne se repêchent. » Quel est ce paysan , chers amis, et quel est ce marchand ? et que pensez-vous que figurent celte semence confiée aux entrailles fécondés de la terre , et ces marchandises abandonnées aux gouffres de l'Océan ? Le laboureur, c 'est le chrétien ; et le marchand , c'est l'homme qui ne sait pas régler sa vie d 'après les sages et douces lois de l’Église. Cette semence et ces marchandises sont l'image du temps qu 'il dépend de nous de faire fructifier, ou de perdre irrévocablement , selon l'emploi que nous en ferons.  Avez-vous quelquefois assisté aux semailles ? — Sans doute , et plusieurs d 'entre vous les ont faites eux -mêmes. — Les uns et les autres, vous devez convenir que c 'est une douce et joyeuse besogne; c 'est même, pour ceux qui ont le bonheur d 'être chrétiens, une des plus frappantes occasions d 'admirer et de louer la paternelle providence du Bon Dieu . Vous jetez quelques grains dans la terre ; de chacun de ces grains, à mesure qu' il se décompose, sort et se développe un germe d 'où naît une plante qui doit porter des épis; chaque épi reproduit au centuple ce grain que vous avez semé. — Aussi, tandis qu 'il confie son grain à la terre , le laboureur, qui sait ces choses, chante. S'il connaît, s'il aime Dieu , ses chants sont un cantique de reconnaissance; toujours ils sont l'expression de sa joie et de l'empressement avec lequel, sur la foi des siècles passés , il croit à la moisson prochaine, et n 'hésite pas à sacrifier, en vue de ces grandes espérances, quelques sacs de froment, — dont pourtant il pourrait tirer , en les envoyant moudre au moulin , un profit plus immédiat .

Bien différent est le spectacle que nous présente ce marchand, s 'embarquant pour les Indes ou la Chine, avec une cargaison d 'eau -de-vie ou d 'opium. ( Il s`agit ici des marchands malhonnêtes internationaux du 19 ème siècle qui voulaient s`enrichir rapidement par des moyens immoraux – il  existe encore de nos jours des gens qui veulent s`enrichir rapidement par toute sorte de moyens malhonnêtes et immoraux.) En échange de ces poisons, il voit déjà ses coffres pleins d 'or, et charme les ennuis du voyage en construisant dans son esprit une maison luxueuse. Tout à coup une violente bourrasque l'arrache à ses rêves éveillés... Une tempête furieuse s' est élevée; il faut à toute force, et sous peine de périr , alléger le navire. Notre marchand jette donc à la mer toute sa cargaison ; il le fait en pleurant; car il sait bien que jamais l'avide Océan ne rendra sa proie ; et que, s'il n 'est pas lui-même englouti par les flots , il va rentrer au port les mains vides , et n 'ayant recueilli de sa longue navigation que des dangers et des déceptions.

II . Vous êtes assez familiarisés déjà , chers lecteurs, avec le langage figuré des paraboles, pour voir quelle image fidèle du temps ces deux tableaux nous présentent. Pour le chrétien comme pour l'incroyant, le temps fuit; il n 'est irréparable que pour celui-ci. Car , pour le chrétien , le temps n ' est qu 'un moyen , qu 'une route , qu'une semence. Or le moyen mène à la fin , la route conduit au but, et la semence devient une plante qui oserait dire que le moyen est inutile, que la route est vaine, que la semence est perdue , lorsqu'on a retiré de chacune de ces choses ce qu 'elle était appelée à produire ?

Oui, pour reprendre notre comparaison , le chrétien sème le temps ; comme ces grains féconds que le laboureur jette en terre, il répand, volontairement et devant Dieu , chaque minute de son temps, dans le travail, la prière, les peines, les joies, dans tout ce qu'il plaît au Seigneur d 'ordonner de lui. Il sait que ce temps, ainsi employé, fuit rapidement sans doute , mais que, bien loin d 'être perdu pour jamais , il se retrouvera quelque jour accru plus qu'au centuple : car il s'appellera l'éternité . Aussi voit- il sans regrets cette fuite rapide du temps; il se plaît à le sacrifier lui même, et chante, toujours comme notre laboureur, heureux déjà au milieu de la fatigue des semailles, heureux déjà des joies de la moisson qu'il contemple avec l'oeil de la foi. - Ou, si quelquefois ses épreuves présentes lui arrachent quelques larmes, ce sont des larmes involontaires ; larmes de résignation et jamais de murmure ; larmes passagères enfin , puisque, à travers, la moisson toujours lui apparaît ; ce qui concilie notre passage avec cette belle figure de l’Écriture : « lls cheminaient et pleuraient, en jetant leurs semences dans la terre. Mais ils reviendront un jour pleins d 'allégresse, en portant leurs gerbes. » Tandis que le chrétien , l’oeil fixé sur une compensation certaine , sème volontairement, pour le recueillir, ce temps que Dieu lui confia , l'incroyant ressemble à notre marchand ; il voit avec douleur, quelquefois avec rage, fuir de ses mains les jours, les mois, les ans, pour tomber dans un abîme qu 'il sait  être éternel. Jamais il n 'en fait volontairement le sacrifice , il les voudrait retenir ; et précisément parce qu'il s'y attache avec acharnement, parce qu'il ne sait pas les employer au service de Dieu , le temps lui échappe, sans laisser de son passage d 'autre trace que les châtiments promis, lorsque le temps ne sera plus, aux serviteurs infidèles.

III. Quelle conclusion tirer de tout cela , mes bons amis ? La conclusion à laquelle nous arriverons toujours , toutes les fois que nous voudrons examiner la conduite de la divine Providence à notre égard : une Profonde et amoureuse reconnaissance pour les bienfaits dont elle nous a comblés, pour les continuelles occasions qu'elle nous fournit, en étant fidèles à la grâce , d 'augmenter chaque jour nos bonnes œuvres, et d 'en former comme un édifice de vertu , et par conséquent de mérite, qui montera, jusqu'au ciel. – Que nous le voulions ou non , le temps fuit pour nous ; et cependant il dépend de nous de tirer de chaque instant qui passe une valeur infinie. Il suffit pour cela de l'employer en vue et selon les desseins de Dieu . Ai- je besoin de vous dire quels sont ces desseins de Dieu ? Remplir les devoirs de notre état, tel est, en résumé, ce que Dieu demande de chacun de nous; — et notre état, ce n 'est pas seulement notre profession ; nous sommes, avant tout, les enfants et les serviteurs de Dieu . Soyons donc bons chrétiens, et, selon notre position , bons pères ou bons fils, bons époux , bons amis, bons maîtres ou bons serviteurs , bons citoyens ou bons gouvernants . Aimons Dieu et nos frères ;  aimons par conséquent à faire aimer Dieu autour de nous. N 'oublions pas que chaque instant consacré à la prière , à la charité, au travail, nous sera rendu centuple , si nous l'employons de bon coeur et pour obéir à Dieu ; n 'oublions pas d 'ailleurs qu'en employant ainsi le temps, en vue de l' éternité , non -seulement nous nous acquérons une place dans les tabernacles éternels, mais encore nous choisissons, dans le rapide passage de cette vie, la plus douce place et la plus consolante . En attendant la joie de la moisson , et pour la préparer, nous avons la joie des semailles. C 'a été la joie des saints. Pourquoi ne serait-elle pas la nôtre.


25 - A FORCE DE FORGER ON DEVIENT FORGERON .

La plupart d'entre vous, mes chers lecteurs , sont ouvriers, et par conséquent ont été apprentis. Causons donc un peu de vos jours d'apprentissage. . 1. Vous d ' abord , Pierre Fournier, je vous connais pour un habile horloger. Quand une montre est malade, on vous appelle pour la soigner. Pour lors, vous la regardez, d 'un air entendu, et vous dites à son propriétaire, qui n ' y connaît rien , mais qui vous croit parce que vous êtes un honnête garçon : C 'est ceci ou c'est cela . Puis vous me démontez cette petite machine je casserais , moi, si j'essayais tant seulement d 'y toucher ; vous tombez juste sur le ressort en mauvais état; vous le mettez dans un petit étau, vous le travaillez avec des instruments aussi fins qu 'un fil de soie : et voilà qui est fait; ma montre va mieux que jamais . - Eh bien , si, le premier jour de votre apprentissage, votre patron vous eût dit : Pierre, raccommode-moi cette montre, vous auriez ouvert de grands yeux , et vous vous seriez dit : Mon patron est fou , ou il me prend pour un autre. Est-ce que c'est chez lui la mode de commencer par la fin ? ou bien a -t-il quelque boisson pour rendre les gens savants sans avoir appris ? Mais on n 'a pas fait comme cela ; on a pris son temps et ses mesures; on vous a d 'abord mis après des pièces plus grosses et plus faciles à manier. Dans les commencements, vous ne faisiez pas de bien bon ouvrage, et vous gâtiez plus de ressorts que vous n ' en sépariez. Le patron grondait un peu , quoiqu 'il fut bien bon homme; et , entre nous, il avait quelquefois raison . Avec tout cela , petit à petit on gagnait du terrain , et voilà qu'au bout de trois ans, au lieu d 'un enfant étourdi et gauche qu 'on avait pris à votre mère, on lui a rendu un fin ouvrier , qui se connaît en montres de Genève mieux qu'un pêcheur à la ligne ne se connaît en carpes et en brochets . — Si vous n 'aviez pas voulu aller ainsi pas à pas, et que la fantaisie vous eût pris de faire au bout de huit jours ce que vous avez mis trois ans à apprendre, vous seriez encore un ignorant et un maladroit. Vous voyez donc qu'à force de forger on devient forgeron .

Mais il y a, mes chers mais, un métier que nous devons tous apprendre, oui, tous, les riches comme les pauvres, les notaires comme les maçons, les avocats comme les chaudronniers . C 'est le métier de bons chrétiens ; et, pour ne pas vous mentir, ce métier-là a aussi ses difficultés. Un bon chrétien est résigné à la volonté de Dieu ; et il y a des gens qui, à la moindre contrariété , sont tentés de se mettre en colère contre la Providence . Un bon chrétien ne se grise pas: et cependant, s'il s'écoutait, peut- être aimerait-il un peu trop le cabaret. Un bon chrétien pardonne à ses ennemis ; il est intraitable sur l'article de la probité ; il est chaste , il est patient, il est charitable ; et cependant il serait bien doux de se venger; on aurait bien envie de tromper , rien qu 'un peu , son prochain sur la qualité de la marchandise ; et naturellement on serait plus porté à une vie de dissipation et de débauche qu'à une vie sobre et pure. Oui, toutes les vertus du chrétien sont difficiles ; et cependant il faut les acquérir toutes. Nous ne serons jamais sauvés sans cela .

III. Je m 'attends bien qu'alors vous allez me dire, comme Louis Dubreuil pour ses bottes : Mais nous ne pourrons jamais ; c'est trop fort pour nous. Vous êtes comme un paresseux qu 'on mettrait au bas d 'une montagne élevée , et à qui on dirait : Grimpe là -haut. Il commencerait par se récrier aussi, et dire : Je ne peux pas. Moi, je lui dis , et je vous dis , que cela n 'est pas vrai, et que vous le pouvez . On ne demande pas à ce clampin de prendre des ailes pour arriver en un clin d ' oeil au sommet de la montagne. On lui demande de prendre un sentier, et de le suivre pas à pas, lui promettant que, s 'il a de la bonne volonté, il trouvera aussi de la force . De même on ne vous dit pas : Il faut que, du jour au lendemain , vous deveniez parfaits, qu 'il ne s 'élève plus dans votre coeur aucun murmure, aucun désir de vengeance, aucune pensée sensuelle. On vous dit : Il faut que vous travailliez de bon coeur à acquérir les vertus qui vous manquent; et, si votre désir est sincère, si vous priez Dieu de venir à votre secours, il y viendra , n 'en doutez pas. Vous n 'arriverez pas au but aussi vite et aussi droit qu'une flèche ; mais vous arriverez. Allez d 'abord au plus pressé : attaquez vous à votre plus grand ennemi; je veux dire vous le dise. Puis, prenez en un second, puis un troisième, n 'oubliant jamais de demander à Dieu , sans lequel vous ne pouvez rien , d 'aider votre faiblesse et d 'affermir votre volonté. De cette façon , je réponds du succès ; ou plutôt Dieu vous en répond lui-même.

IV . J'entends cependant Jean Micou , qui n 'est pas convaincu , et qui me dit : Mais cela n 'est pas toujours vrai qu'à force de forger on devient forgeron . Moi, par exemple , on avait voulu faire de moi un graveur : eh bien , je n 'ai jamais pu y mordre, il a fallu me donner un autre état. Et voilà pourquoi vous me voyez avec un tablier de charron : sans vanité , je réussis assez bien dans cette partie-là. Qui sait s' il n 'y en a pas qui sont aussi mal faits pour être bons chrétiens que moi pour être graveur ? Voilà ce que dit Jean Micou ; et voici ce que je lui réponds : Il n 'en est pas du métier de chrétien comme de ceux dont nous avons parlé d'abord. Comme il faut dans le monde des gens de divers états, il est tout simple que tel homme soit capable de réussir dans une profession , et incapable de rien faire de bon dans une autre . Mais le métier de chrétien est celui que tous doivent avoir. Et Dieu , qui n 'en dispense personne, est trop juste et trop bon pour refuser à aucun de nous le pouvoir d' y réussir . Il y a dans notre France, mes bons amis, bien des métiers; mais, au-dessus de toutes ces professions, il y a celle de Français ; et je vous demande un peu comment vous traiteriez celui qui dirait : Moi, je ne suis pas fait pour être Français; c'est trop fort pour moi, et qui, sous ce beau prétexte , se croirait dispensé de servir son pays. Vous lui diriez qu' il est un traître et un lâche, et vous auriez raison . Eh bien , nous avons une autre patrie plus belle que la France ; c'est le ciel ; et ceux qui veulent être citoyens de cette patrie, ce sont les bons chrétiens. Comment alors faut-il appeler ceux qui renoncent à cette patrie , sous prétexte que c'est trop fort pour eux d 'être bons chrétiens, et qu 'il faut se donner trop de mal pour le devenir ? Nous aurions le droit de leur donner des noms qui ne leur feraient point plaisir. Mais nous aimons mieux croire que jusqu'ici ils ont péché par ignorance plutôt que par malice ; et nous avons bon espoir que désormais, quand les difficultés que l'on rencontre dans la pratique du bien seront sur le point de les décourager , ils commenceront par demander avec ferveur à Dieu un secours qu'il ne refuse jamais, et se mettront ensuite bravement à l’œuvre, en prenant pour refrain : A force de forger , on devient forgeron .

la suite bientôt

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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26 - DIS-MOI QUI TU HANTES, JE TE DIRAI QUI TU ES .

Je connais, mes chers lecteurs, peu de fléaux plus terribles que les mauvaises compagnies . Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ; c'est là certainement un des proverbes les plus complètement vrais que nous ayons rencontrés .

I. S'il vous était donné, mes bons amis, comme au grand poète catholique du moyen âge, le Dante , de pénétrer dans la cité des pleurs (l`enfer), et d 'étudier les fautes qui ont conduit dans ce triste séjour chacun des damnés, vous comprendriez ce mot d 'un écrivain : que l'enfer est pavé de bonnes intentions; et que, pour en courir à jamais la colère divine, il n 'est pas nécessaire d 'avoir voulu le mal pour lui-même, d ' avoir , comme Satan , déclaré à Dieu une guerre ouverte. Il suffit de n 'avoir pas voulu le bien fortement, de n 'avoir pas employé les moyens qui y conduisent, de n 'avoir pas pris, d 'une manière décidée, le parti de Dieu , selon ce mot terrible de l'Évangile : «Celui qui n 'est pas pour moi est contre moi.» (Luc 11,23). Or, parmi les moyens que la prudence, autant que la foi, indique aux chrétiens pour se maintenir dans le bien , la fuite des mauvaises compagnies et la recherche des bonnes occupent le premier rang. La raison en est facile à comprendre. L 'homme ne vit pas isolé , ou du moins cela est bien rare . Quelle que soit sa position , écolier, soldat, ouvrier ou laboureur, il vit au milieu de ses semblables. A peine même est - il entré dans l'une ou l'autre de ces carrières, qu 'il se trouve en présence de deux partis, jaloux l'un et l'autre de grossir leurs rangs, et faisant à chaque nouveau venu force avances et promesses. Ces deux partis ont des noms qui sont partout les mêmes ; on les appelle les bons et les mauvais : les bons écoliers et les mauvais écoliers ; les bons soldats et les mauvais soldats ; les bons et les mauvais ouvriers ; les bons et les mauvais laboureurs . Ai-je besoin de vous dire que les mauvais écoliers sont ceux qui font l' école buissonnière, qui montent les cabales contre les maîtres , qui ont beaucoup de punitions et jamais de prix ? Les bons au contraire sont les élèves assidus, laborieux , obéissants, et à qui reviennent toujours éloges et récompenses. Au régiment, les mauvais soldats sont ceux que l'on trouve toujours sur le chemin du cabaret , quand ils ne sont pas à la salle de police , et qui, indisciplinés et débauchés, ne voient jamais les galons et la Croix d 'honneur que sur les manches ou la poitrine de leurs camarades, les bons soldats . Ainsi, parmi les ouvriers de la ville et les laboureurs de la campagne, les méchants se distinguent aisément, et forment deux camps ennemis toujours en guerre. Il y a plus, cette distinction se rencontre d 'une manière générale dans le monde, où le bien et le mal se livrent une lutte acharnée; elle durera jusqu'à la fin des temps, jusqu'à ce jour redoutable où le Juge suprême l' établira sur ses bases véritables et dernières, en séparant définitivement les bons d 'avec les méchants, les boucs d 'avec les brebis .

II . Si donc le monde est comme un champ de bataille, sur lequel les bons et les méchants sont éternellement aux prises ; si rien n ' est plus facile que de reconnaître de quel côté sont les bons, et de quel côté les méchants ; s'il ne nous est pas permis de demeurer neutres entre les deux armées, il en résulte nécessairement que, par le fait seul de notre fréquentation de l'un ou l'autre parti, nous devenons les soldats de ce parti, nous en épousons la cause . Si nous fréquentons les méchants, nous sommes les soldats du mal; nous servons sous ses étendards. Aussi notre Proverbe tient-il avec grande raison à chacun de nous ce discours : « Dis-moi qui tu hantes (fréquente), je te dirai qui tu es». Je te dirai qui tu es ; et cela sans même examiner ce que tu fais toi-même; car l'action décisive de ta vie , celle d 'après laquelle tu as pris couleur , «tu t'es classé toi-même», c 'est précisément la hantise ou la fréquentation des soldats de l'un ou de l'autre camp.  

Cela me paraît clair comme la lumière du jour. Et cela répond d 'avance à ce que nous disent si souvent, et à ce que se disent à eux-mêmes, pour calmer les cris de leur conscience, certains jeunes gens, chrétiens et amis du bien . Ils fréquentent cependant des camarades impies et libertins. Dieu nous garde , disent-ils, de leur ressembler ! Nous ne les fréquentons que a parce qu 'ils sont amusants . Nous prenons plaisir à jouir de leurs joyeux propos. Mais nous sommes bien décidés à ne pas aller plus loin . Illusion et ruse du démon que tout cela, mes bons amis! Non-seulement c 'est nous ranger de nous-mêmes parmi les méchants que d 'en faire notre compagnie habituelle ; c'est montrer que de ce côté sont nos sympathies et nos tendances . Non-seulement notre présence parmi ces ennemis de la foi et des bonnes moeurs est un scandale affreux, et, pour tant d 'autres, une occasion de chute . Soyons encore assurés que jamais nous ne fréquenterons impunément les mauvaises compagnies , et que s'il peut se rencontrer quelques exceptions à notre Proverbe : Dis-moi qui tu hantes , je te dirai qui tu es, il n 'en est plus de possible , en changeant le dernier mot : Dis -moi qui tu hantes , je te dirai qui tu seras. En fréquentant les débauchés , si vous n 'êtes pas débauchés aujourd'hui, vous le serez demain ou dans huit jours, ou dans un mois. De même des joueurs : de même des buveurs ; de même des impies. Qui ne connaît, par sa propre expérience, la puissance de l'exemple, et surtout d 'un exemple répété chaque jour , qui nous entoure et nous presse de toutes parts, et agit sur nous avec la force de l'entraînement et la persistance de l'habitude ?

C 'est précisément pour cela , chers amis, et à cause de cet ascendant presque irrésistible de l'exemple, que nous devons bénir Dieu de vivre dans notre temps et dans notre pays ; car , dans ce temps et ce pays , malgré tant de choses qui laissent à désirer , il y a , pour chaque profession , un noyau d 'hommes chrétiens auxquels nous pouvons nous attacher , bien sûrs que nous trouverons dans leur exemple la force de faire notre devoir . Lorsque nous entrons dans la vie , mes bons amis, Dieu nous montre ce bataillon sacré de ses fidèles serviteurs ; il nous offre de nous enrôler dans cette armée ,où , pour remporter les plus brillantes victoires ( pour gagner le ciel !), il suffit de marcher, comme on dit au régiment, en sentant les coudes et en emboîtant le pas. Mais aussi, malheur à nous, si nous préférons nous engager dans l'armée des méchants ! Nous deviendrons bien vite méchants nous-mêmes. Et là aussi, serrés de droite et de gauche, par- devant et par - derrière , entre nos complices, il nous sera comme impossible de nous arrêter .

III . Je ne connais qu'une seule exception à cette règle. C 'est le cas où nous nous trouverions fréquenter les méchants forcément, par suite de circonstances ut à fait indépendantes de notre volonté, se rattachant au contraire à la volonté de Dieu . Celui qui, par curiosité , ou pour faire parade de son courage , fut descendu dans la fosse aux lions, eût été infailliblement dévoré. Daniel, qui' y était jeté par suite de son héroïque fidélité à la loi de Dieu , est miraculeusement préservé. Il n 'avait pas cherché le péril ; il l'acceptait de la main de Dieu ; Dieu l'en tira . Il en sera de même de nous. Si, par exemple, la volonté de nos parents, qui sont pour un enfant les représentants de Dieu lui-même, si cette volonté nous a placés dans un atelier où la plupart des ouvriers ou des apprentis, nos camarades, méprisent la loi de Dieu , de la fréquentation nécessaire entre eux et nous, s'ensuivra-t-il que nous devions forcément de venir impies comme eux ? – Nullement. — Ce sera sans doute un danger pour nous; et les parents sages font tout ce qu 'ils peuvent pour épargner à la foi naissante de leurs enfants cet immense danger. Mais il peut se trouver que ce danger soit une des conditions inévitables de notre état ; que, dans la ville que nous habitons, tous les ateliers de cet état soient en grande partie composés d 'ouvriers libertins. . Que faire alors ? Prier Dieu de nous aider à traverser cette épreuve, sans que notre foi en -soit ébranlée; lui demander de nous indiquer, parmi tous ces camarades, avec lesquels nous vivons, ceux qui sont chrétiens comme nous désirons l'être toujours; - et alors faire de ceux-là nos compagnons de choix.

En effet, ce n 'est pas pendant le travail que sont particulièrement dangereuses les mauvaises compagnies . Le travail , surtout le travail consciencieux de l'ouvrier chrétien , est un bouclier contre le mal. Mais c'est dans les heures de repos et de repas que les conversations de camarades corrompus peuvent verser en nous un poison funeste. Or c'est pendant ces heures que nous sommes libres de choisir nos compagnons, et d 'aller de préférence avec ceux dont l'exemple nous peut être salutaire. Soyons donc prudents ; traversons le mal, lorsqu 'il se rencontre sur notre chemin ; mais ne le cherchons jamais . - Et alors , comme l'on voit, dans une épidémie, les médecins et les soeurs de charité, appelés chaque jour près des malades, résister souvent au fléau plus que d 'autres moins exposés; comme le prêtre , dans l'exercice de son redoutable ministère, entend d 'une oreille tranquille des confidences qui suffiraient pour bouleverser à jamais des âmes dont ce ne serait point la profession de les recevoir particulièrement; de même, nous sortirons sans souillure de ce commerce avec les méchants, que Dieu a voulu , et qui, cessant ainsi d 'être coupable , devenait , par là même, moins dangereux . Ce ne sera plus le cas de dire de nous : Dis-moi qui qui tu hantes, je te dirai qui tu es . Ce sera le cas de nous écrier, en élevant vers le Ciel une âme reconnaissante : «Quand même je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucuns maux ; parce que je sais, Seigneur, que vous êtes avec moi!» (Psaume 23, 4).  

MichelT

Date d'inscription : 06/02/2010

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