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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT le Lun 14 Déc 2020 - 14:02

CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES

EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857  (Extraits)


Comme gage d'une aussi grande faveur, recevez la bénédiction apostolique que Nous vous accordons de grand cœur, à vous même,
cher fils, et à toute votre famille. Donné à Rome , à Saint- Pierre, le 14 jour du mois de juin de l'année 1854 , l'an huitième de notre Pontificat. PIE IX , PAPE.


1 - A TOUT SEIGNEUR TOUT HONNEUR

Oh ! le beau proverbe, mes bons amis , et que j'ai grand plaisir à le rencontrer au début de nos petites causeries !

L'honneur dû aux supérieurs, quels qu'ils soient, parents, maîtres, magistrats, souverains, c'est le lien des familles , des cités, des États ; c'est le premier devoir de tous ceux qui ont des supérieurs. Et où est celui, je vous prie , si haut placé que vous le supposiez , qui, même sur la terre, n 'ait des supérieurs ? Le Pape lui- même, la plus haute autorité qui existe ici-bas, obéit à son confesseur, dans la conduite de sa conscience ; - s'il est malade , il obéit à son médecin . Et remarquez que c'est peu de parler d 'obéissance, l'honneur dit bien plus.

Honorer c'est non -seulement obéir matériellement à celui qui est en droit de nous commander , c 'est encore avoir pour lui le respect et l'amour. – Oh ! oui, une société où notre proverbe servirait de règle à chacun serait une société parfaite . Et s'il s'en faut de tant que nos sociétés aient atteint cette perfection , c'est surtout parce que nous avons perdu l'habitude d'obéir à nos supérieurs, de les respecter, de les aimer.  – Que penser donc, mes chers amis, de ceux qui disent, par leurs actions, sinon par leurs paroles : A tout Seigneur tout honneur, excepté au Seigneur des Seigneurs, au Roi des Rois?  – (Dieu)

Ou plutôt que dire de nous-mêmes, si nous sommes bons fils , bons serviteurs, bons citoyens, et que nous soyons mauvais chrétiens? Nous savons bien que Dieu est notre créateur et notre souverain Seigneur. Nous sommes nés dans un pays catholique ; notre enfance a été nourrie du pain de la vérité ; peut- être avons-nous été bercés sur les genoux d 'une mère pieuse, qui se plaisait a former nos jeunes coeurs à l'amour de Dieu. Aussi avons-nous conservé de ces premières impressions un vivant souvenir. La raison d`ailleurs suffit a nous démontrer combien il serait absurde que Dieu seul soit excepté de la règle générale exprimée par notre proverbe. Et cependant, chers amis, quelle place Dieu occupe t - il dans notre vie ? quel honneur lui rendons- nous ?  

Dieu existe ; il vous a comblés de ses biens; vous avez donc des hommages à lui rendre. - Et cependant combien de fois par jour, que dis - je ? par semaine, ou par mois, élevez-vous vers lui un coeur reconnaissant ? Encore une fois, quel rang Dieu tient-il dans vos pensées, dans vos affections, dans vos entretiens ? – Reconnaissez- le ; vous vivez absolument comme si Dieu n ' existait pas.

Que faire donc ? Rougir de cette conduite ; et, puisque Dieu a établi sur la terre des ministres de sa loi , qui sont comme ses représentants auprès de nous, il vous faut, mes bons amis , aller trouver un de ces hommes, et lui dire : « Mon père , je sens que j'ai jusqu 'ici manqué à un grand devoir. Je me pique d 'être a un homme juste et de rendre à chacun ce qui lui est dû ; et cependant je commets l' énorme injustice de vivre éloigné de Celui à qui sont dus, avant tous les autres, l'honneur, la louange et l'amour. Il fut un temps où j'étais plus heureux , parce que j'étais plus juste ; je me rappelle avoir aimé le Bon Dieu dans ma petite enfance . Rapprenez-moi, mon père , cette science . Je ne craindrai pas de reprendre, au premier chapitre , le catéchisme de mes jeunes années . Dieu nous a créés, disait ce catéchisme, pour le connaître , l'aimer et le servir , et par ce moyen obtenir la vie a éternelle .

Faites cela , chers amis. Vous n 'aurez pas de peine à trouver un bon prêtre qui pleurera de joie en voyant votre bonne volonté . Combien vous serez plus heureux alors ! combien l'obéissance vous sera moins pénible, lorsque vous aurez rappris que toute autorité vient de Dieu ! Combien aussi le commandement, si vous êtes, appelés à l'exercer, vous deviendra plus facile ! En vous voyant obéir à Dieu, vos enfants, vos ouvriers, vos domestiques auront moins de peine à vous obéir . Car ils sauront, eux aussi, par votre exemple et par vos leçons, qu'en vous obéissant ils obéissent au souverain Maître ; et ils seront fiers de cette obéissance dont on a dit qu'elle était une véritable royauté : Servir Dieu , c'est régner.


2 - CONTENTEMENT PASSE RICHESSES

Gardez -vous de croire, mes chers amis, que je veuille dire ici du mal des riches en général. Il y a de très- bons riches; j'en connais, et vous en connaissez ; il en est que ni vous ni moi ne connaissons, mais dont les mérites sont connus de l'oeil de Dieu ; et ce sont, à cause de cette obscurité même, les plus heureux . Non, je ne veux pas dire du mal des riches en général, pas plus que je ne veux, en général, dire du bien des pauvres, par cela seul qu'ils sont pauvres. Il y a de très-mauvais pauvres, qui blasphèment la Providence , au lieu de la bénir et de la prier , qui ont le coeur rongé de haine et d 'envie, et qui sont ainsi à la fois bien coupables et bien malheureux .  Non ; ce que je veux dire, parce que c'est une vérité de raison et de foi, c'est que les richesses ne font pas le bonheur à elles seules ; c'est qu 'elles entraînent avec elles beaucoup de soucis ; c' est que, si nous nous y attachons trop , ce qui arrive bien souvent, elles nous ôtent la paix de notre cœur, et deviennent alors un fléau plutôt qu 'une bénédiction .

Ce que je veux dire, c' est que les richesses ne sont rien , comparées au contentement. Et notez que, par ce mot, je n 'entends pas le plaisir : non ; mais cette délicieuse paix de l'âme, ce vrai contentement du coeur , qui a sa source en Dieu , ce sentiment qui assaisonne et élève toute la vie , qui est d 'autant plus vif et plus complet, qu 'en aimant Dieu davantage, nous sommes plus satisfaits des autres et de nous- mêmes. Ce contentement, les saints l' ont trouvé jusque dans une extrême pauvreté, ce qui vous prouve combien il est indépendant de la fortune. Si donc la Providence vous a donné une toute petite aisance, un pain que chaque jour vous gagnez en travaillant, le pouvoir de mettre, chaque jour aussi, de côté quelque chose , pour la maladie, la survenance d 'enfants, les vieux jours, et si surtout, avec cela , vous aimez le Bon Dieu ; oh ! gardez- vous, mes chers amis , de porter envie à de plus riches. Le lot le plus heureux vous est échu ; vous avez cette vie dorée que les sages même de l'antiquité ont tant exaltée, sans la connaître vraiment, puisqu 'ils étaient étrangers a ce profond sentiment d ' amour de Dieu , qui en fait le plus grand charme.

C ' est dans ce sens que je dis : Contentement passe richesses ; et je suis sûr que, la main sur votre cœur, vous pensez et dites comme moi. Que si vous êtes aux prises avec la misère , et que le découragement, peut-être le désespoir , soit tout près de votre âme, que souhaiterai-je de préférence pour vous? Les richesses ? ou le contentement ? Le contentement, sans hésiter . Ce qui ne veut pas, dire que je ne prierai pas le Bon Dieu d'adoucir les rudes épreuves qu' il vous a envoyées, ni que vous deviez vous-mêmes craindre de faire de semblables prières. Je ne dis pas que la misère vaille mieux que l'aisance. Je dis que, dans l'aisance comme dans la misère, et dans la misère comme dans l'aisance , c'est le coeur qui est la source de toute vraie joie ; que par conséquent le contentement vaudra toujours mieux que les richesses.

Veuillez le remarquer en effet, mes bons amis ; le bonheur ne consiste pas dans les circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons, mais dans l'état de notre âme. Au milieu de toutes les jouissances du luxe, le possesseur de richesses injustement acquises est malheureux ; car l'aiguillon du remords lui inflige des douleurs qui atteignent son âme, et la rendent incapable de goûter purement la moindre joie . — Il n 'y a pas de paix pour l'impie , a dit Dieu lui-même; or il n 'y a point de bonheur sans paix . Que font à cela les richesses ? Ce que je vous souhaite par-dessus tout, c'est le contentement, mais le contentement chrétien , qui n 'est autre que la paix et la joie de la conscience. Voulez-vous que je vous en donne quelques exemples ? Je les prendrai dans votre propre histoire. Je pourrais vous dire que la paix de l'âme, ce contentement chrétien que je vous recommande, se trouve en général dans l'accomplissement de tous vos devoirs. – Mais je vais plus loin , et je veux vous signaler, dans cette paix continuelle d 'une conscience toujours honnête , quelques joies plus vives, quelques tressaillements pour ainsi dire de votre cour, alors qu'il s'est approché de plus près de la divine perfection vers laquelle il doit tendre sans cesse.

Lorsque vous avez soulagé votre prochain en vous sacrifiant vous-même; lorsque vous avez remporté sur un vice qui vous éloignait de Dieu quelque notable victoire ; lorsque, dans la divine Eucharistie , vous avez reçu , avec le corps du Sauveur, une abondance de grâces que la parole humaine ne saurait dire , et que dans ce contact immédiat avec le Dieu d 'amour, vous avez senti tout ce qu'il y a de bon en vous se développer et s 'échauffer , tandis que, comme repoussées par ce foyer divin , vos mauvaises passions perdaient du terrain ; - dites si vous n 'avez pas goûté un bonheur, une joie, un contentement dont toutes les richesses ne sauraient approcher !


3 - PIERRE QUI ROULE N'AMASSE PAS DE MOUSSE.

Vous avez sans doute rencontré quelquefois, sur le bord d 'un ruisseau , dans un recoin écarté , au fond des bois, une pierre à moitié enfoncée dans le sol, et recouverte d 'une mousse verte et touffue ; le voyageur fatigué se réjouit en l'apercevant, soit qu'il veuille s'y asseoir et respirer le frais, soit qu 'il y pose ses deux genoux, comme sur un moelleux coussin , tandis que, le corps penché, il hume l' eau limpide du ruisseau . Fidèle aux lieux où , depuis des siècles peut-être, la Providence l'a déposée, elle a vu chaque année s'épaissir son tapis verdoyant. Elle-même, protégée contre les ardeurs du soleil, elle devient aussi précieuse aux rares passants qui l'approchent, qu'un caillou d 'ordinaire est inutile et méprisé . Tournez maintenant vos regards vers cette autre pierre , placée peut-être d'abord dans la même obscurité , mais que je ne sais quel triste hasard a jetée sur les routes de la montagne. Là , tantôt le pied du promeneur, tantôt celui du mulet, la rencontre et la pousse, comme un obstacle maudit. Ainsi roulant toujours, elle n 'amasse pas de mousse , comme dit notre Proverbe. Les années succèdent aux années, et elle est toujours la même, jusqu 'à ce que, descendue sur les grands chemins de la plaine, elle y trouve l'impitoyable marteau du cantonnier qui la broie et disperse ses débris, pour être à jamais foulés aux pieds de tous.

Quel enseignement, mes bons amis ! Si vous êtes vous-mêmes à l'abri des passions brûlantes, et de la misère, et du mépris, et de la ruine, qu 'elles traînent à leur suite , si vous pouvez rendre à vos frères ces bons offices qui partent du coeur bien plus encore que de la bourse ; bénissez Dieu , qui a caché votre vie sous l'abri tutélaire du toit paternel, qui entoure votre faiblesse d ' influences bienfaisantes, et vous rend ainsi l'existence plus douce et la vertu plus facile. Souvenez vous que de grandes bénédictions sont attachées à la fidélité avec laquelle vous conservez la position que le Ciel vous a faite. A moins d 'absolue nécessité, évitez donc de changer de profession , ou de ville, ou de quartier ; gardez l'état de votre père, où le souvenir de sa probité lui survit et vous protège ; demeurez dans la ville où votre mère a fait sa première communion , et où sa mémoire bénie vous soutient contre les mauvaises tentations ; soyez fidèles au quartier où chacun vous connaît, et où , pour réussir , si votre ambition est modeste, vous n 'avez qu 'à suivre le sillon tout tracé devant vous.

N 'oubliez pas que trois déménagements équivalent à un incendie , non point seulement à cause de tout ce qui s 'oublie , se brise , se perd ou se vole dans ces changements perpétuels, mais surtout parce que, chaque fois que vous quittez une ville ou un quartier, vous laissez derrière vous un trésor que rien ne peut remplacer, le plus précieux de tous les héritages : cet en semble de souvenirs, d 'affections, de bonne réputation , si long et si difficile à former. Votre père et votre grand-père y avaient travaillé avant vous : vous en recueilliez les fruits . Quelle perte immense n 'avez- vous pas faite , la première fois que vous avez sacrifié à votre humeur inconstante ce précieux patrimoine ! Que si, après vous être acclimaté dans une autre localité, vous l'avez encore quittée , lorsque vous commenciez à reconstituer votre trésor, vous avez été bien imprudent. Et certes , au troisième changement, il n 'est pas d 'incendie qui ait pu produire des pertes plus grandes, ni plus irréparables. Craignez donc, si vous roulez toujours ainsi, de ne point amasser de mousse : ni instruction pour votre esprit , ni expérience pour votre vie, ni économies pour vos vieux jours, ni héritage pour vos enfants. Ayez toujours devant les yeux l'histoire de nos deux pierres; et dites- vous qu 'il dépend de vous de choisir entre le sort enviable de la première, et la misérable destinée de la seconde.


4 - IL NE FAUT PAS S'EMBARQUER SANS BISCUIT


Si vous avez habité le bord de la mer , mes bons amis, vous devez savoir ce que c'est que le biscuit. Je ne parle pas de certain gâteau que nous aimions fort, vous et moi, quand nous étions écoliers ; mais bien d 'un pain très- dur, appelé ainsi parce qu 'il a subi une double cuisson : - biscuit veut dire deux fois cuit ; - et qui est la nourriture principale des matelots. Une fois lancés sur l'immensité des mers, ces pauvres matelots seront longtemps sans voir la terre, bien des jours , bien des mois, plusieurs années peut- être. Aussi l'imprudent équipage qui négligerait de s'approvisionner abondamment de ce précieux biscuit courrait grand risque de mourir de faim avant d 'arriver à destination . Me demanderez -vous, chers amis , où j' en veux venir , et ce qu 'il y a de commun entre vous, habitants des grandes villes, et ce marin qui parcourt l'Océan dans sa maison flottante ? Non , vous ne me le demanderez pas, et vous vous rappelez déjà avoir entendu comparer la vie à la haute mer, chacun de nous à un matelot , la position que Dieu nous a faite à une barque, Dieu lui-même au pilote qui nous dirige, et l' éternité au port où nous devons aborder, après une traversée dont le Ciel seul connaît et les vicissitudes et la durée.

Quel est donc, dans ce voyage mystérieux , le pain que nous devons avoir soin de placer dans notre barque ? I. De même que le biscuit de mer contient, sous un étroit volume, une quantité considérable de substance nutritive , de même que cet aliment se conserve incorruptible sous les climats les plus divers, et pendant de longues années, ainsi ne devons-nous charger notre barque que d 'un pain substantiel et qui soit à l'abri de la corruption . Pour soutenir la vie de notre corps, Dieu ne demande donc pas que nous emportions avec nous des richesses , ni de l' esprit, ni du pouvoir, toutes choses qu 'il ne dépend pas de nous de posséder. — Non , le biscuit de notre vie temporelle , c'est le travail, c'est un métier ; c 'est la possibilité de se suffire a soi-même, et de défier les révolutions, qui bouleversent les fortunes, mais laissent toujours, en fin de compte, du pain à l'ouvrier laborieux . C' est à vous que je parle , parents, vous que Dieu lui-même a chargés d 'introduire vos enfants sur la barque de la vie, et de les approvisionner de votre mieux.

Donnez un état à vos enfants ; veillez à ce qu'ils contractent l'habitude du travail, veillez - y dès leur plus tendre enfance ; vous ne sauriez trop tôt leur donner cette ressource précieuse . Celui qui entre dans la vie sans état est comme un matelot qui s'embarque sans biscuit, il aura tôt ou tard à lutter contre le besoin. Et, de même que, dans des naufrages fameux, on a vu des hommes, rendus féroces par la faim , se dévorer entre eux , de même, si vos enfants n 'ont point de pain assuré pendant la traversée de cette vie , craignez que la faim ne les mène au crime, et le crime à l'échafaud (prison ou pire). Ce ne serait pas la première fois que l'imprévoyance ou la faiblesse des parents auraient fait le malheur et la honte des enfants !

Mais l'homme ne vit pas seulement de pain , dit Notre-Seigneur; il vit encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Avec le travail qui assure la vie du corps, il est encore, pour votre barque, un autre approvisionnement, faute duquel vous arriverez aussi à la mort, à une mort invisible et qui n ' en est que plus redoutable . La parole de Dieu , c'est-à-dire la Religion , ce lien de l'homme avec Dieu ; cet ensemble de faits historiques, de dogmes, de préceptes qui constituent la vie de notre âme : voilà le pain spirituel que nous devons avoir soin d 'emporter avec nous.

Soit que, dans l'histoire du peuple de Dieu , dans les psaumes de David que l’Église chante chaque dimanche, dans la lecture du Saint Évangile, nous savourions les paroles sorties de la bouche de Dieu même; soit que nous apprenions, à l'aide de notre catéchisme, la science qui nous intéresse par-dessus tout : celle de Dieu et de nous-mêmes, de notre origine, de notre destinée ; soit que, par ces deux admirables conduits de la prière et des sacrements , nous élevions notre âme jusqu 'à Dieu , ou nous sentions, comme une rosée bienfaisante , la grâce divine descendre sur nous; toujours, par ces divers exercices, la partie la plus noble de nous-mêmes vit et respire, pour ainsi parler . Et si jamais nous avons eu le malheur d 'abandonner la foi, ou seulement la pratique, nous avons senti la vie diminuer par degrés au dedans de nous, et faire place à une léthargie bien voisine de la mort.

Oui, la Religion , voilà par excellence le pain sans lequel nous ne devons point nous embarquer. A peine  éveillés à la vie de l'âme, que la Religion soit notre nourriture de chaque jour, le principe de toutes nos actions, et comme l'air que nous respirons. — De même que, dans un naufrage où chacun s'efforçait de sauver quelques effets précieux , un philosophe s'en allait, les mains vides , disant, dans son orgueil, et faisant allusion à la sagesse dont il se croyait nanti : J' emporte tout avec moi; - nous aussi, et bien mieux que lui, pourvu que l'amour de Dieu nous pénètre , qu'aurons-nous a redouter des périls de la traversée ? Avec ce divin bagage, nous sommes sûrs d 'arriver au port; nous sommes sûrs que, pendant les tempêtes et les orages de la vie , nous aurons au dedans de nous un refuge , un aliment, une consolation , à quoi rien d 'humain ne saurait être comparé.

Pourrions - nous, mes chers amis, parler de provision de voyage, de pain de l'âme, sans rappeler à votre vénération , à votre attendrissement, ce pain miraculeux où notre bon Sauveur a voulu se cacher tout entier ? — Lorsque, au moment de partir pour le grand voyage , un mourant reçoit la sainte communion , on dit qu 'il communie en viatique, c'est- à -dire qu 'il reçoit une nourriture destinée à le fortifier pour les luttes du dernier passage . N 'oubliez pas ce mot, mes bons amis ; n 'oubliez pas que nous sommes des voyageurs; qu'incertains de l'heure de notre mort, nous devons par conséquent nous considérer comme toujours à la veille de terminer notre course . Que la sainte communion , ce pain substantiel, soit donc une provision sacrée que nous emportions toujours avec nous! Mettons-nous en état de recevoir souvent cette divine nourriture, au moins à toutes les grandes fêtes. Recevons-la avec le recueillement, le respect , l'amour d 'un chrétien qui va paraître devant Dieu . Ainsi toutes nos communions, vraiment faites en viatique, auront pour résultat de nous adoucir les peines du voyage et de faciliter notre entrée au port bienheureux de l' éternité ! Le Travail , la Religion , l’Eucharistie : pensez à ces trois choses, lorsque vous entendrez notre proverbe : Il ne faut pas s'embarquer sans biscuit. — Que ce triple pain vous nourrisse : et vous serez heureux, ici -bas et là -haut !


5 - MAUVAISE TÊTE ET BON COEUR

Vous en parlez bien à votre aise, comme si ce n 'était rien d'avoir une mauvaise tête ou un mauvais caractère, ce qui est à peu près la même chose. Un mauvais caractère ! Mais il y a peu de défauts avec lesquels on rende plus de monde malheureux autour de soi. Avoir un mauvais caractère, c'est être impatient, soupçonneux, susceptible, entêté; toutes choses très graves, et que l'on rapporte à la tête , lorsque souvent elles tiennent au coeur de plus près que l'on ne pense .

Je pourrais vous faire remarquer d 'abord que rien n 'est plus contraire à l'esprit du Christianisme qu 'un mauvais caractère. Qu'a dit Notre -Seigneur, en effet, lorsqu 'il nous a montré en lui-même le modèle que nous devons suivre : Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez, en m 'imitant, la paix de vos âmes ! Celui qui s'abandonne à son mauvais caractère est tout l'opposé de ce divin modèle. Ces révoltes continuelles contre la moindre observation , cette extrême délicatesse qui se croit toujours blessée et interprète tout en mal, cet attachement obstiné à son propre sens, est- ce autre chose que de la dureté, que de l'orgueil ?

Et lorsqu 'on juge ainsi toujours en mal ce qui est susceptible de mille interprétations favorables ou indifférentes; lorsqu'on est toujours irrité contre son prochain , qu'on ne lui passe rien , voulant que lui, au contraire, nous passe tout; lorsque, pour rien au monde, on ne céderait un pouce de son opinion ou de ses idées, on ose bien dire que l'on a un bon cœur, un cœur chrétien ! — Mais comment agissent donc les mauvais cœurs, si les bons cœurs se montrent de la sorte ? Et pourrions-nous oublier la parole du Sauveur : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ? Comment voulez - vous que nous jugions favorablement d 'un arbre dont les fruits sont si aigres et si amers ? Je vois bien votre mauvaise tête : mais votre bon cœur où est- il donc ?

Vous me direz que vous êtes très -honnête , très dévoué; que, dans les grandes occasions, on vous retrouve, et que, si vous péchez dans les détails, vous êtes, au fond , et dans ce qu' il y a de vraiment essentiel, irréprochable . Hélas! mon pauvre ami, que vous vous abusez étrangement ! Que ne venez-vous vous vanter de n 'a voir tué ni volé personne ? Remarquez que vous n 'avez aucun mérite à ne pas vous livrer aux vices pour lesquels vous n 'avez aucune inclination , ni a pratiquer des vertus , ou du moins à nourrir des sentiments que rien ne combat en vous. Si Dieu vous a donné un cœur tendre pour vos parents , une âme que les grands dévouements attirent, ce n 'est pas là un mérite de votre part; c'est une faveur, dont vous devez à Dieu compte et reconnaissance. Et puis les sentiments ne sont rien qu 'autant qu 'ils se manifestent par des actes.

Or l'effort consiste justement pour vous à lutter contre cette mauvaise tête dans laquelle vous vous complaisez presque, à vous attacher aux petites choses qui se représentent chaque jour, au lieu d 'amuser votre imagination avec de grands événements qui ne se réaliseront sans doute jamais, ou de calmer votre conscience par la contemplation de vertus qui ne vous coûtent rien . Vous me répondrez peut-être : « C 'est facile à a dire , d 'avoir un bon caractère ; mais c'est bien difficile à faire. D 'abord , moi je suis vif , et il m ' est impossible de me contenir . » Vous êtes vif, mon cher ami! - Qu ' est -ce à dire ? Si je vous disais : « Vous voulez que je sois tempérant, chaste, honnête : c'est facile à dire; mais à faire ? D 'abord , moi j'aime le vin , les plaisirs, j'aime « l'argent de mon prochain ! » vous me trouveriez absurde, et vous auriez raison . Je ne dirais pourtant que ce que vous dites.

Vous êtes vif . Eh bien , travaillez a modérer cette vivacité, ou à lui donner un bon cours, Réprimez vos premiers mouvements , quand ils sont mauvais ; pensez- y tous les jours; tous les jours cherchez à gagner sur vous-même. La vie ne vous a pas été donnée pour autre chose . Mais n 'entreprenez pas seul cette besogne difficile ; appelez Dieu à votre secours; cherchez-le là où il se trouve : dans la prière et dans les sacrements. Surtout allez vous confesser ; allez- y souvent. Vous avez remarqué que, lorsque vous reveniez du tribunal de la pénitence, vous étiez meilleur; que le baume du sacrement avait adouci l'amertume de votre humeur. Puisque vous connaissez le remède, employez - le. Vous retomberez souvent : - sans doute ; on ne triomphe pas, en un jour, d 'un ennemi dont si longtemps on a porté le joug . Mais Dieu lui-même a promis la victoire à la persévérance .

Persévérez donc, et vous vaincrez. Pour cela cependant une première disposition est nécessaire; c 'est que vous mettiez tout à fait de côté le proverbe menteur que nous combattons; c'est que vous soyez persuadé que vous n 'aurez jamais un vraiment bon cour, un bon coeur selon Dieu et selon vos frères, que lorsqu 'il se traduira par un bon caractère. Il faut surtout que vous considériez résolument ce mauvais caractère comme votre grand ennemi, comme votre passion dominante, comme celle qui, si vous vous y abandonnez , vous mènera en enfer . Ayez le courage de penser à cela , et vous n 'hésiterez plus à employer les moyens qui vous transformeront, à la grande surprise de vos amis, qui commencent à vous croire incurable , à la grande édification de tous. Car remarquez en passant que le caractère aigre et difficile de certaines personnes chrétiennes est, pour ceux qui n 'ont pas le bonheur de croire, un grand scandale . Qui sait si telle âme, sur le point de se convertir, n 'a pas été arrêtée par le spectacle de vos impatiences et de vos rancunes ?


6 - IL FAUT BIEN QUE JEUNESSE SE PASSE - COURTE ET BONNE.

Certainement il faut que jeunesse se passe .Mais la question est de savoir comment il faut qu 'elle se passe . Je dis, moi, qu'il faut qu'elle se passe bien . Votre proverbe a l'air de dire, c'est du moins dans ce sens qu'on l'entend d 'ordinaire , que dans la jeunesse il faut s'amuser; — Dieu sait ce que cela signifie ! - que d'ailleurs, voulut-on faire autrement, on ne le pourrait point, entraîné que l'on est par la force des passions, que l'on a bien le temps d ' être sage quand on arrive à un âge avancé , etc., etc., etc . Dites -moi, mes bons amis, que penseriez- vous d 'un apprenti qui dirait : « Il faut bien que jeunesse se passe. J'aurai le temps de travailler lorsque je serai ouvrier . Maintenant que je suis dans le printemps de ma vie , je veux en cueillir les roses, m 'amuser et ne rien faire ? » Vous diriez : Mais cet apprenti est un apprenti de Charenton . Car s'il ne travaille pas à apprendre son état , comment pourra -t -il l'exercer un jour ? Les années de l'apprentissage sont les plus importantes de la vie ; c 'est d ' elles que dépend souvent toute la suite de la carrière.

C 'est alors que l'on sème ce que l' on commencera de moissonner plus tard. Ce sont les bonnes habitudes contractées pendant ce noviciat qui, fructifiant dans les années suivantes, font l'honnête et solide ouvrier. Eh bien, mes chers amis, un jeune homme, qu'est ce autre chose qu 'un apprenti-homme ? - Et vous voulez qu ' en passant dans le plaisir , c'est- à -dire, pour parler clair , dans l'oubli de tous ses devoirs, dans la débauche, dans l'impiété, vous voulez qu'en passant ainsi les belles années de sa jeunesse, cet apprenti devienne un homme, c 'est - à -dire un bon époux, un citoyen utile , un père de famille ! N ' est-ce pas de la folie ? Vous savez bien que notre vie est un combat perpétuel, une lutte de chaque jour contre nos mauvais instincts. Vous savez que les véritables hommes, ceux qui remplissent leur mission ici-bas, qui font du bien à leurs semblables, qui vivent honorés et meurent pleurés de tous, ce sont les hommes de coeur, chez qui les instincts de la chair et du sang sont dominés par une âme forte , ces hommes qui savent s'immoler a leur devoir, se sacrifier au bonheur de leurs semblables, mourir pour leur patrie, se consacrer à une multitude de dévouements et de sacrifices d 'autant plus méritoires qu 'ils sont plus cachés et connus de Dieu seul. Vous savez tout cela , et, pour faire des hommes semblables, vous voulez que vos enfants commencent par être les esclaves volontaires de ces passions qu'il  s'agira pour eux de dompter plus tard ! Étrange manière de former des soldats victorieux, que de les inviter à se laisser défaire sans combat, et à rendre d 'abord les armes à l' ennemi! Ne me dites pas que ces jeunes gens, qui se sont amusés, deviennent d'excellents pères de famille. — Il est évident qu 'ils seraient bien meilleurs s'ils s 'étaient de bonne heure formés aux mâles vertus qui ne sont pas moins utiles au bien-être de la société qu 'au salut du chrétien .

Il est évident que bien des choses leur manquent; et qu 'à supposer qu' ils soient vraiment revenus à de bons sentiments, ce doit être pour eux un éternel sujet de remords d 'avoir ainsi profané leurs jeunes années. Oh ! mes amis, je suis bien loin de dire que les années de la jeunesse ne soient pas difficiles à passer ! Dieu me garde surtout de jeter la pierre aux pauvres jeunes gens qui succombent dans cette route si laborieuse ! Mais, au nom du ciel, ne cherchez pas, vous leurs parents , à justifier ces écarts ; ne fournissez pas à ces jeunes imprudents une doctrine qui les endorme dans le mal. Que nous n 'ayons pas à déplorer ce scandale de voir des mères chrétiennes encourager le désordre de leurs fils , et les aider à faire taire la voix de leur conscience ! C 'est bien assez de faire le mal, sans chercher encore à se persuader qu 'on a le droit de le faire . Oui, mes chers amis, il faut que la jeunesse se passe. C 'est une époque orageuse; priez Dieu que vos enfants : la traversent sans chavirer; ou , si le vaisseau qui les porte doit faire un triste naufrage, que du moins la foi . leur reste , et avec elle une planche assurée de salut et de retour.

Dirons-nous quelque chose de ce triste axiome et l'usage des libertins : Courte et bonne? Hélas ! il renferme dans son premier mot une bien cruelle vérité; c' est que, trouvant leur punition dès cette vie , les passions honteuses, l'intempérance, la débauche, le jeu , abrègent bien souvent l'existence de ceux qui s'y adonnent.  Nous le savons tous : la vie de l'impie , la vie du libertin peut être courte ; - mais certes elle n 'est pas bonne.  Et, de même qu'il est dit : « Cherchez d 'abord le royaume de Dieu , et tout le reste vous sera donné par surcroît; » de même on peut dire : Cherchez le royaume du démon ( de l`ange déchu); c'est-à -dire marchez, par une vie criminelle , vers l'éternelle damnation ; et le reste, c'est-à -dire la damnation temporelle , le désespoir de la conscience, vous sera imposé par surcroît.


Dernière édition par MichelT le Jeu 14 Jan 2021 - 12:19, édité 3 fois

MichelT

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT le Jeu 31 Déc 2020 - 1:50

7 - QUI TRAVAILLE PRIE.

Que de choses dans ces trois mots, mes bons amis, et qu 'ils justifient bien ce que je vous disais en commençant, que la plupart des proverbes sont un étrange composé de vérités et d 'erreurs! Voulez- vous dire que l'homme, condamné à gagner son pain à la sueur de son front, ne peut pas être toujours à l'église; que négliger les devoirs de son état pour des exercices de piété non obligatoires, c'est bien mal entendre la piété ; que la place d 'une mère de famille est, d 'ordinaire et pour la plus grande partie du jour, au milieu de ses enfants, et la place du père de famille aux champs ou à l'atelier, le corps courbé sur la charrue, l'enclume ou le rabot ? - Si vous voulez dire cela , vous énoncez une grande vérité . Allez plus loin encore, et cherchez, par ce proverbe, à faire éclater votre reconnaissance envers le Bon Dieu

Il veut bien que le travail nous serve de prière ; il n 'a pas circonscrit nos hommages à un lieu ni à une heure déterminés. Mais , comme il est partout et toujours , partout et toujours il permet que nous le prions; il nous tient compte et des aspirations que, de temps a autre, au milieu du travail, notre âme élève vers lui et aussi de ce travail lui-même, qui, lorsqu 'il est entrepris dans le but de lui plaire, constitue une véritable prière. Vous ne devez, ni ne pouvez être toujours à l'église ; vous pouvez, et, jusqu 'à un certain point, vous devez prier toujours. Faites en vue de Dieu , toutes vos actions deviendront ainsi des prières; même vos actions les plus indifférentes; à plus forte raison ce qui est le fond de votre vie , votre travail, ce travail trois fois béni de Dieu , puisque c 'est un instrument providentiel de pénitence , un refuge assuré contre les tentations de l'oisiveté, et le moyen régulier de subvenir aux besoins de votre famille.  

Soit que vous mangiez, soit que vous buviez , dit saint Paul, soit que vous fassiez toute autre chose , faites-le au nom du Seigneur. -- Un Ave Maria donc, mes bons amis, ou , si le temps vous manque, une élévation du coeur vers Dieu , au moment où vous commencez votre journée ! Un souvenir au charpentier de Nazareth et a son divin apprenti, lorsque quelque difficulté vous arrête , et que vous êtes tentés de vous décourager ! - Ainsi consacré, ne craignez pas d 'appeler votre travail une prière.

8- TOUT CHEMIN MÈNE A ROME.

Rome, la ville par excellence, Rome si longtemps la capitale du monde civilisé, depuis Notre- Seigneur la capitale du monde chrétien , Rome figure ici, ce qu 'elle est en effet, le centre de toute vérité , la source par conséquent de toute vertu et de toute vraie félicité .

Lors donc que l'on dit : Tout chemin mène à Rome, on entend par là (sans parler des applications secondaires) qu'en quelque position que Dieu nous ait placés , soit que nous ayons à gravir péniblement les sentiers les plus escarpés, soit que des routes faciles et toutes bordées de fleurs s'étendent à perte de vue sous nos pas, toujours, au bout du chemin , c 'est-à -dire au terme de notre existence , nous pouvons, nous devons arriver à la Rome de l'autre vie, à la Jérusalem céleste .

Ainsi le chrétien , cheminant dans le sillon que lui a tracé la Providence , ne voit pas seulement le but au terme de son voyage ; il est tellement identifié avec ce but qu'il en vit, pour ainsi parler. C 'est vers Dieu qu 'il marche, et c 'est Dieu lui-même qui, lui donnant la force et le courage, le soutient dans sa pénible route . - Oh ! qu 'il est doux de marcher, quand on est sûr d 'arriver ; et qu 'importe par quel chemin l'on s'avance. quand l'oeil de la foi, toujours ouvert, voit , au terme de la carrière, les couronnes éternelles promises à ceux qui auront persévéré jusqu la fin !  Donc tout chemin mène à Rome. Tous les chemins ne mènent pas tout le monde. Il faut d 'abord que nous soyons dans le chemin où Dieu nous a placés, et non dans un chemin où nous nous soyons mis nous-mêmes . Avez- vous quelquefois entendu prononcer le mot de vocation , mes amis ? C 'est le cas de vous en dire quelque chose. Vocation veut dire appel. Chaque homme a sa vocation ; c'est-à - dire que Dieu l'appelle à tel ou tel état. Celui- ci est appelé au service direct de Dieu dans la vie religieuse ; celui-là , dans l'état de mariage, doit aussi servir Dieu , mais d 'une manière moins immédiate : les uns sont amenés, par des circonstances que Dieu seul a combinées, à sortir de l'humble position de leurs pères ; les autres , au contraire, ont pour mission , d 'y demeurer. Les vocations ne sont pas extrêmement marquées pour tout le monde ; mais celui qui consulte ses dispositions naturelles, qui surtout prend conseil de ses parents , et qui, devant Dieu , choisit un état où le service de Dieu ne soit pas impossible, celui- là est fidèle à sa vocation ; il est dans le chemin où Dieu veut qu ' il soit; ce chemin le mènera au but.

Le voyageur qui, à moitié chemin de la ville éternelle , s 'assoirait sur le bord de la route , et dirait : Tout chemin mène à Rome, croyez- vous qu 'il y arrivât jamais ? Ce n 'est pas à cheval, ni en voiture, mes chers amis, que nous devons faire notre salut, mais bien à pied . Nous sommes dans le chemin : eh bien , marchons; et nous arriverons. — Dieu fait beaucoup pour nous : il nous place dans la bonne voie ; il dispose , le long de notre route , la nourriture pour nous soutenir , le sommeil pour réparer nos forces , le soleil pour nous éclairer , une douce pluie pour nous rafraîchir . Quelquefois même, des orages surviennent, pour nous apprendre que nous ne sommes pas encore dans la patrie du repos. Quand la fatigue nous accable , un regard levé vers le Ciel nous obtient des forces nouvelles . - Voilà ce que Dieu fait pour nous; mais tout cela, à condition que de notre côté nous marcherons. Ce n 'est pas sans nous que notre salut s'opère. Dieu veut que nous soyons, dans cette grande oeuvre, ses collaborateurs ; et l' on ne dit pas: recevoir son salut, mais faire son salut. Acceptation de toute position que Dieu nous donne ; obéissance à notre vocation ; coopération courageuse à notre salut: voilà les trois leçons que nous fournit notre Proverbe. Ainsi compris, il est bien vrai que tout chemin mène à Rome.


9- UN BON TIENS VAUT MIEUX QUE DEUX TU L 'AURAS - EN TOUTE CHOSE IL FAUT CONSIDÉRER LA FIN.

I. Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras. J'ai connu , mes chers amis, une honnête famille qui vivait à Paris d 'un emploi suffisant pour donner au père, à la mère, et aux quatre enfants , le logement, la nourriture et le vêtement ; même, avec un peu d 'économie, on eût pu mettre de côté pour l'avenir . — Il arriva qu 'en 1848 l’emploi, qui était de quatorze cents francs, fut réduit à douze. Mécontents de cette réduction , nos gens prêtèrent l'oreille à un charlatan qui leur promit qu'en un autre pays ils feraient fortune au bout de quelques mois. Ils quittèrent donc leur place, vendirent tout ce qu' ils possédaient, et partirent pour ce pays. Là le désenchantement ne se fit pas attendre : après avoir souffert mille privations, vu mourir deux de leurs enfants , compromis leur santé, perdu leur petit avoir , ils furent obligés de renoncer à leur folle entreprise. A grand peine ils retraversèrent la Méditerranée, et revinrent à Marseille . Avec les quelques sous qui leur restaient, le mari acheta une voiture, et regagna péniblement Paris , traînant lui-même sa femme, ses enfants , et quarante tortues d 'une lourdeur extrême qu 'il croyait vendre au poids de l'or. Dans ce même Paris, où, six mois auparavant, ils avaient une position enviable , nos voyageurs seraient morts de faim sans la charité publique. Je vous assure n 'avoir jamais rien vu de plus misérable que leur intérieur. De ces fameuses tortues la plupart étaient mortes en route , et je ne sais si l'on réussit à vendre les écailles dix sous pièce. Certes , ces pauvres gens, – maintenant à peu près tirés d 'affaire, je me hâte de vous le dire, pour ne pas trop vous affliger , certes, s'ils avaient un peu réfléchi, au lieu de se laisser monter la tête, ils y auraient regardé à deux fois avant de quitter le certain pour l'incertain , un bon tiens pour deux tu l'auras.

De deux maux il faut choisir le moindre. Ils ont fait ce que font tous ceux qui se livrent à leurs passions; pour eux le moment présent est tout , l'avenir rien . C 'est ainsi que l' écolier paresseux aime mieux être constamment grondé et puni que de travailler ; l'ouvrier, risquer sa place que de se priver de quelque partie de plaisir : l'ivrogne et le libertin , perdre santé , réputation , la vie même, que de résister à l'entraînement de leurs sens. Ils ont fait comme le chrétien qui sait bien qu'en se laissant aller à tel vice, en ne travaillant pas résolument à l'extirper de son âme, il s'expose peut-être aux flammes de l'enfer, et qui, tout entier aux jouissances honteuses de la matière, se dit : Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras.  Si nous nous trouvons placés entre Dieu et le diable (l`ange déchu), et que celui- ci, le trompeur par excellence, nous offre des jouissances coupables, en nous disant: Tiens, nous ne sommes plus dans le cas de notre Proverbe . Car ce tiens, à peine sommes -nous assurés de le tenir ; et, en tous cas, nous savons bien que ce n 'est pas un bon tiens ; tandis que c 'est Dieu lui-même qui nous dit : « Repousse ces offres perfides ; ne t 'abandonne ni à la vengeance, ni à l'avarice, ni à l'impureté . Tu souffriras un peu ; mais, en récompense, tu auras la paix de l'âme, ce bien le plus précieux a de tous ceux d 'ici -bas; et puis, là - haut, tu auras le a bonheur suprême: car tu me posséderas moi-même. » - Soyons des chrétiens sages et prévoyants, qui se disent de chaque chose : Après ? qui, surtout, se préoccupent du dernier et définitif après, et font tout en conséquence. — Cette fin dernière n 'est elle pas la seule en effet qui dure toujours ? et quelle folie ne serait -ce point de travailler pour le temps qui passe , quand on est fait pour l' immuable éternité ?

10 - MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS

Oh ! mes bons amis, que le diable est habile ! Là où je mensonge ne ferait pas son compte , et ne réussirait point à nous maintenir dans la mauvaise voie , il sait bien avoir recours à la vérité ;  mais à une vérité qui est vraie pour d 'autres que pour nous, et qui, nous étant appliquée, nous abusera tout aussi sûrement que l'erreur la plus infernale.  Notre Proverbe en est un exemple frappant. Certes , quand, au déclin de notre vie, Dieu nous envoie la bonne inspiration de nous convertir , c 'est encore de Dieu que nous vient cette pensée que mieux vaut tard que jamais ; que nous avons sans doute eu tort de tant différer, de vivre de longues années dans l'oubli de nos devoirs ; mais qu'enfin le pardon est promis au repentir sincère , à quelque moment qu ' il se manifeste, etc., etc . Certes aussi, lorsque nous voyons des âmes qui nous sont chères tarder longtemps, bien longtemps , à rentrer au bercail, nous ne devons point désespérer de leur salut ; et, tout en redoublant nos prières afin que Dieu daigne enfin les toucher, nous devons croire que le repentir leur arrivera, et redire a leur intention : Mieux vaut tard que jamais.

1. Mais vous, chers amis qui me lisez, est- ce dans  ce sens que vous prenez notre Proverbe ? Quelques. uns peut- être, et je les en loue. — Mais d 'autres, lors que l'idée de se convertir vient frapper à la porte de leur coeur (et cela arrive tous les jours peut- être ), d 'autres, pour écarter cette idée importune, se disent: « Maintenant, je n 'ai pas le temps ; mais je me convertirai lorsque j'aurai terminé telle affaire , que je me serai retiré du commerce , que mes enfants seront établis . En tout cas, je me convertirai, pour sûr, à  l'heure de ma mort. J'ai bien recommandé aux a miens, lorsqu 'ils me verraient dangereusement malade , d 'appeler un prêtre avant un médecin . Après tout, mieux vaut tard que jamais, et grâce à Dieu je ne suis point de ceux qui projettent de mourir dans « l'impénitence finale . »

II . Tout cela, chers lecteurs , vous vous l'êtes dit mille fois à vous-mêmes, et je ne suis ici, n 'est-ce pas ? que l' écho de votre conscience . - Pourquoi donc alors ne vous convertissez - vous pas ? Ce serait une longue affaire que de répondre à ce pourquoi; car vous n 'êtes pas tous retenus par les mêmes chaînes; et il me faudrait signaler à chacun les siennes , tout en lui indiquant le moyen de les rompre . Peut-être n 'avez-vous pas la foi. Mais, si vous la désirez vraiment, vos prières et votre persévérance vous l'obtiendront infailliblement. Peut-être y a -t- il dans votre âme un hôte qu 'il en faut chasser, avant d ' y introduire le Dieu de toute pureté ; car nul ne peut servir deux maîtres ; et vous ne pouvez servir en même temps  Dieu et l'argent, ou Dieu et la volupté , ou Dieu et la haine. Peut-être le respect humain vous retient-il, et craignez-vous les railleries de vos camarades ? Vous savez bien que, pour triompher de cette lâche terreur, il suffit d 'un peu de courage. Demandez- le à Dieu ; il vous le donnera ; et vous verrez de quel puéril épouvantail vous étiez effrayés. Mais il y en a , parmi vous, que ni le manque de foi, ni les passions, ni même le respect humain , n 'arrêtent; qui pensent, qui vivent, qui parlent en chrétiens, et qui pourtant ne remplissent pas certaines obligations capitales du Christianisme, qui ne se confessent pas (pour lâcher le grand mot). Ne trouvez-vous pas d 'abord , mes bons amis, ce langage bien peu respectueux à l'égard du Souverain Maître , et digne de ces mauvais débiteurs , qui disent à leur créancier : J'aimerais mieux vous devoir toute ma vie que de nier un seul instant ma dette ? En avez vous vu beaucoup, de ces débiteurs , s'acquitter avant de mourir ?  De même soyez assurés que Dieu est très- peu honoré de cette résolution de repentir pour l'heure de la mort. De grâce, mon bon ami, mettez donc Dieu dans votre âme, et vous verrez quelle paix et quelle confiance y entreront avec lui. Cela vaut bien la peine de faire un effort.


11 - PETIT A PETIT , L'OISEAU FAIT SON NID

On lit dans l’Esprit de saint François de Sales que ce saint évêque ne pouvait parcourir la campagne sans trouver dans tout ce qu'il voyait des occasions de louer Dieu , et comme des ailes qui portaient sa prière, plus rapide et plus reconnaissante , vers le Créateur. Faisons comme ce grand saint, chers lecteurs, et allons ensemble regarder de près cet oiseau, qui, petit à petit, fait son nid . Regardons-le , non par une vaine et puérile curiosité, mais pour en retirer la leçon que Dieu y a placée , et pour apprendre, par son exemple , une des vertus qui réjouissent le plus les regards de notre Auteur : la persévérance douce et infatigable du Père de famille et du chrétien .

I. Pour se mettre à l'oeuvre, l'oiseau n 'attend pas la naissance de sa famille . Dès que le retour du printemps a réveillé son infaillible instinct, il sait qu 'il doit, selon son espèce , établir son nid sur le faite d 'un grand arbre, au fond d 'un vieux mur, dans les blés , ou parmi les roseaux touffus du rivage ; il sait que la divine providence a répandu dans la campagne les matériaux de sa petite demeure, et que le toit de chaume du paysan , les bois , les champs et les prairies lui gardent ces petits brins de paille, de mousse et d 'herbe séchée, qui lui serviront de moellons et de plâtre ; il sait qu 'à lui seul, l'architecte et le maçon de son palais aérien , il lui faudra, pour l' achever, d ' innombrables voyages, dont la pensée pourtant ne le décourage point; .. .. ou , plutôt, il ne sait rien de ces choses. Mais Dieu les fait toutes pour lui,. .. et pour nous, qu 'il veut instruire. Oui, mes chers amis, apprenons, par l'exemple de cette petite créature, que rien de bon ne se fait vite . Comme le nid de l'oiseau, le nid de votre famille ne sera solide et béni de Dieu que s'il est le résultat de votre travail de chaque jour. L 'oiseau qui voudrait épargner quelques voyages, et qui lésinerait, comme on dit, sur la matière première ou sur la main d 'oeuvre, ferait une triste besogne ; sa fragile construction serait bien vite balayée par le vent, minée par l'eau courante de la rivière , ou tout au moins entamée par la dent avide de la fouine ou du mulot. Vous de même, mes bons amis , ne vous imaginez pas, quelles que soient votre intelligence et votre assiduité au travail, que vous puissiez tout d 'un coup , je ne dis pas faire fortune, mais fonder seulement la plus humble aisance . Cela est arrivé à quelques- uns, de même que quelques-uns aussi naissent riches et n 'ont pas besoin , ce semble, de travailler pour vivre. Mais ce sont là des exceptions sur lesquelles il ne faut pas compter. D 'abord , ceux qui naissent riches, et qui succombent à la tentation de ne rien faire , parce qu' ils ont du pain de cuit, ceux- là , ne faisant rien de bien , font souvent du mal ; la plupart du temps, ils aventurent leur fortune dans de folles spéculations, quand ils ne la prodiguent pas en coupables dépenses; et ils défont leur nid , non pas petit à petit, mais bien vite ; car autant le patrimoine d 'une famille est long à amasser, autant il se dissipe facilement, et comme en un clin d ' oeil.

Quant à ceux qui font leur fortune tout d 'un coup, il y en a... comme il y a des hommes qui ont sept pieds, comme il y a des épis de blé contenant jusqu 'à deux ou trois cents grains. Mais ce sont là aussi de rares exceptions. El, de même qu'un insensé seul oserait se lamenter, parce que ses fils n 'ont pas tous la taille phénoménale des géants, ou prétendre n 'avoir dans son champ que des épis prodigieux , de même il faut nous résigner à la loi commune de faire notre nid petit à petit. Comme l'oiseau, vous ne sauriez vous y prendre trop tôt. Vous qui êtes bon ouvrier, qui gagnez de bonnes journées, qui n 'avez encore ni femme ni enfants à nourrir, pensez au temps prochain où ces charges vous arriveront ; douces charges pour votre coeur, qu 'elles réjouiront de toutes les saintes affections de la famille; mais charges enfin , puisque tout ce petit peuple qui fera votre joie, il faudra bien le loger, le nourrir , le vêtir, payer ses mois de nourrice et d'école, et son apprentissage ; – même lui donner plus tard une petite dot, pour l'aider à son tour à se faire son nid dans ce monde. – Pensez à cela quelquefois ; vous êtes dans le meilleur moment de votre vie pour économiser; et, sans prétendre vous interdire quelques honnêtes réjouissances avec d 'honnêtes camarades, qu 'elles soient rares et pas trop dispendieuses. Mettez votre joie à voir chaque jour le nid de votre famille à venir prendre figure ; vous jetez les fondements de votre bonheur, en vous garantissant ainsi d 'avance , autant que le peut faire la prévoyance humaine, contre la misère et les dépenses extraordinaires que la maladie , le chômage, les révolutions peuvent vous occasionner.

Ce que vous aurez fait, étant garçon , je n 'ai pas besoin de vous engager, votre femme et vous, à le continuer . Dieu bénit toujours les ménages où règne une sage et persévérante économie ; - non pas cette économie cruelle , qui n 'économise que sur le prochain , qui est aussi empressée à refuser un sou à un pauvre qu'à en dépenser cent par ostentation ou par gourmandise ; - mais cette économie chrétienne, soeur de la charité , qui ne prend jamais sur la part du pauvre , cette économie, non seulement permise, mais ordonnée, et qui met de côté , afin de pouvoir soulager, dans leur vieillesse , leurs maladies ou leurs autres épreuves , ceux dont Dieu nous a particulièrement confié le soin : un père, une mère, de jeunes frères ou soeurs, une femme, des enfants.

II. Vous m 'en voudriez , mes bons amis , et vous auriez raison , si je m 'arrêtais ici, à moitié chemin , et si je n 'ajoutais que votre nid éternel, votre place dans le ciel, c'est petit à petit aussi qu'il les faut préparer . Chaque bonne action que vous ferez , chaque victoire que vous remporterez sur vous -mêmes, chaque prière fervente , chaque sacrement pieusement reçu ; ce sera , pour votre nid du Ciel, autant de brins de paille et de mousse qui commenceront à le former. Tous les jours vous pouvez, et vous devez, ajouter quelques parcelles à cette riche demeure qui vous attend. Et pour cela il ne vous faut point d 'occasions extraordinaires . Remplir les devoirs de votre état, vos obligations de famille ; vous montrer bon écolier ; ne pas perdre de temps, ce bien si précieux, qui appartient à votre maître si vous êtes apprenti, ou ouvrier à la journée, qui, en tout cas, appartient à Dieu ; être résigné dans vos petites peines ; reconnaissant envers Dieu des petites jouissances qu 'il vous envoie : voilà de quels menus actes de vertu se compose votre nid . Mais précisément parce qu 'ils sont menus, l'on conçoit qu 'ils doivent être répétés. Aussi est - ce tous les jours que vous y devez travailler . - Vous vous rappelez cet empereur romain qui, à la fin d 'un jour où il n 'avait pu obliger personne, disait : J'ai perdu ma journée. Ainsi nous, nous devons considérer comme perdu un jour où nous aurons négligé les mille occasions qui s'offrent à notre âme de prendre son vol, et de porter à l'architecte céleste quelques humbles mérites pour la construction de notre nid éternel .

III . Mais, pour que vous fassiez votre nid dans le Ciel , il faut que la vertu fasse son nid dans votre coeur ; il faut surtout que telle vertu s' établisse chez vous, vertu pour laquelle vous avez une sorte de répulsion , - enclins que vous êtes au vice opposé. . C 'est petit à petit aussi que ce nid se construira . - N 'allez pas vous imaginer que vous deveniez parfaits en un jour. -- Tendre à la perfection , et n 'y arriver jamais (Dieu seul est parfait), c'est le travail de notre vie tout entière. Surtout ne désespérez jamais de venir à bout d 'un défaut. Avec la grâce de Dieu , qui bénira vos efforts , qui vous aidera - car il l'a promis, lui qui ne peut mentir, — dans votre labeur de chaque jour, petit à petit cette vertu dont vous êtes si éloignés aujourd 'hui sera solidement implantée dans votre âme.


Dernière édition par MichelT le Jeu 14 Jan 2021 - 12:19, édité 1 fois

MichelT

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

Message par MichelT le Jeu 14 Jan 2021 - 12:18

12 - NE RÉVEILLEZ PAS LE CHAT QUI DORT

Maintenant quel est le chat dont je veux vous parler, à vous, mes bons amis ? Je veux vous parler des caractères difficiles, avec lesquels peut- être vous avez à vivre. Je veux vous parler de vos passions, avec lesquelles certainement vous avez à vivre .

I . Vous vous rappelez sans doute que Notre- Seigneur, dans l'Évangile , et saint Paul d'après lui, nous recommandent d 'aimer, de bien traiter non-seulement nos amis et ceux qui sont d 'une humeur aimable et facile (les païens eux-mêmes agissent ainsi), mais encore nos ennemis, ou les personnes dont le caractère est aigre, rancuneux, méchant même. — Il se peut donc qu'afin de vous faire pratiquer la douceur, cette vertu qu 'il aime tant, Dieu ait placé près de vous, dans votre vie de chaque jour, des êtres dont l'humeur sauvage et le mauvais caractère sont pour votre patience un exercice de tous les instants . Il faut pourtant, même avec ces difficiles compagnons, garder la paix ; il y faut du moins faire tous ses efforts . Or voulez - vous que je vous enseigne un des moyens les plus sûrs d ' obtenir ce résultat si désirable ? C 'est de ne pas réveiller le chat qui dort; c'est , lorsque vous voyez sommeiller cette mauvaise humeur qui, éveillée, vous donne tant de fil à retordre , de vous bien garder d 'en troubler le repos, A quoi bon contester, par exemple , avec les gens que la contradiction irrite ? Si la conscience n 'est pas intéressée dans ce que disent cette femme acariâtre ou ce mari grondeur, laissez-les donc dire, et craignez qu 'un mot hasardé à l'encontre n 'amène une querelle, qui pour longtemps chassera la paix de votre logis. – Si au contraire vous savez vous taire, la crise de gronderie passera faute d 'aliment.

Après la paix de la conscience , le plus précieux de tous les biens, c'est la paix du ménage. Or il n 'y a pas de bien qui ne s'achète . Pourquoi ne pas savoir vous gêner et vous contraindre un peu pour obtenir celui- ci ? Il en vaut certes bien la peine. Ne me dites pas, madame, que c'est votre mari qui allume toutes les disputes. — Vous, vous les attisez . Si vous saviez ne pas réveiller sans cesse sa susceptibilité ou son humeur chagrine, par vos observations maladroites, ou vos réponses aigres- douces, qui sait combien de temps ne durerait pas ce sommeil heureux ? N 'oubliez jamais que, dans toute dispute, il y a des torts de part et d 'autre. C 'est à vous, que le Bon Dieu a faite chrétienne, à calmer , au lieu de les exciter , les tempêtes dont est menacé votre horizon . Et quel admirable calmant que le silence ! - Essayez-en . Encore une fois, ne réveillez pas le chat qui dort .

II . Le chat, disions-nous, est comme un tigre apprivoisé. Que de passions , mes chers amis, nous portons en nous-mêmes, dont la Religion a tempéré la violence, et qui sont comme endormies par les salutaires et bénignes influences d 'une vie chrétienne ! — Mais comme,  l'animal féroce retrouve ses instincts sanguinaires, sachons bien que, pour ne pas se réveiller plus terribles, nos passions ont besoin d 'être maintenues loin des lieux et des occasions qui jadis leur furent si fatales. Que si nous allions les exposer aux tentations qui les firent tant de fois succomber, les allécher par l'aspect de leur pâture habituelle, ou seulement leur faire respirer, au lieu de l'atmosphère d 'une vie sage et retirée, l'air vif et excitant d 'une existence mondaine, soyons sûrs que tout le travail de notre vie sera perdu. O mon Dieu ! donnez -moi de la douceur, pour ne pas réveiller les humeurs chagrines endormies à côté de moi. Donnez-moi de la fermeté , pour maintenir dans un sommeil nécessaire les passions violentes qui s'agitent sans cesse et se voudraient réveiller au dedans de moi. Vous êtes le Prince de la Paix; c'est à vous que je demande la paix de ma maison et la paix de mon âme.

13 - LA LOI CHRÉTIENNE ET LA STABILITÉ DE NOS SOCIÉTÉS

Mais à quoi donc sont destinées , je vous prie, les lois, l'armée, la magistrature , la police , sinon à protéger le faible contre le fort, et la société en général contre les attaques de certains hommes fort dangereux, et que vous connaissez aussi bien que moi ? L 'assassin qui m 'ôte la vie, le voleur qui me dérobe ma montre ou mon portefeuille , le plaideur de mauvaise foi, qui espère me ruiner en me cherchant d 'injustes querelles.

Que les hommes abusent de tout?  - Il y a longtemps que nous le savons. - Que, malgré de sages lois, une magistrature intègre, une police vigilante , il s'en faut que tout soit parfait dans la société? – Eh ! mes bons amis, est-ce que les hommes eux -mêmes sont parfaits ? et comment voulez - vous qu 'ils communiquent à leurs oeuvres une perfection qui leur manque à eux-mêmes ? Dieu seul est parfait; et, parmi ses oeuvres, celles- là seulement sont parfaites qu'il fait seul et sans notre coopération . Aussi, de même que la vérité tout entière ne réside que dans la Religion que Dieu nous a révélée , de même l'ordre tout entier ne se rencontrera que dans la vie à venir , parce que là notre sort éternel à chacun sera l'exécution d 'une sentence prononcée par Dieu lui-même.

La société , nous l'avons dit, est sans cesse en lutte contre la force injuste et violente. Victorieuse jusqu'ici, la société le sera - t -elle toujours ? Dieu seul le sait. Ce que nous savons, nous, c'est que la lutte est terrible , et par les résultats qu 'elle doit finalement produire , et par l'ardeur des combattants . Ceux qui veulent nous ramener à l'état sauvage ont pour auxiliaires toutes les mauvaises tendances de notre nature; et vous savez si elles sont à la fois dépravées et puissantes. - Contre de tels assaillants, la société ne saurait être trop fortement défendue. Comment le sera-t- elle ? Le voici : c 'est la loi, le lien , la subordination de tous à un pouvoir suprême, à des règlements, à des magistrats qu'il a établis. Ce pouvoir ne peut venir que de Dieu . Comment en effet le lien nécessaire de la société viendrait-il d 'un autre que de l'auteur même de l'homme et de sa nature sociale , de Celui qui, d 'ailleurs, est l'auteur de tout bien ? Or il importe de nous bien pénétrer de cette conviction , qu 'aucune de nos actions n 'est indifférente au maintien ou à la ruine de la société, puis que tout acte , selon qu 'il est bon ou mauvais , raffermit ou ébranle cette clef de voûte des sociétés, la loi, l'autorité. — Oui, chaque fois que nous faisons le mal, que nous nous abandonnons sans résistance à l' entraînement de nos passions, nous poussons la société , autant qu'il dépend de nous, vers l' état sauvage. Le jour, en effet, où la majorité des citoyens d 'une nation serait ennemie des lois, du pouvoir,de tout ce qui constitue une société régulière, amie au contraire des jouissances brutales, d 'une vie désordonnée , errante et sanguinaire , ce jour-là on courrait grand risque que la raison du plus fort serait en effet la meilleure .

Cela ne durerait pas longtemps; mais cela durerait assez pour faire crouler bien des fortunes (des petites  plus encore que des grandes) et tomber bien des hommes . J'ajoute que, puisque les lois sont le salut des sociétés, il faut se rattacher fortement à celle de ces lois qui est la première , la plus vénérable de toutes, celle de qui les autres empruntent leur force et leur durée , la loi chrétienne. Oui, mes bons amis, soyez chrétiens, donnez l'exemple du respect de Dieu, de son Église , de ses ministres, de ses commandements moraux.  Pensez-y : - chaque homme qui se convertit, outre qu 'il sauve son âme, contribue, pour sa part, à sauver la société . Car il grossit les rangs de ses vrais défenseurs , et diminue l'armée de ses ennemis, de ceux qui veulent substituer au règne de la loi le règne de la force, et, de chrétiens que nous sommes, nous faire redescendre à la condition des sauvages ou des animaux.

la suite bientôt

MichelT

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CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857 Empty Re: CINQUANTE PROVERBES - CAUSERIES FAMILIÈRES ET CHRÉTIENNES - EUGÈNE DE MARGERIE – Paris – année 1857

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